Samedi 2 décembre 2006 à 19:45

Adolescence



  “ Personne ne me comprend !”. C'est ce que me disent presque toutes les ados avec lesquelles je corresponds.

     Mais je constate que vous même ne vous comprenez pas non plus; vous n'assimilez pas ce changement qui intervient rapidement en vous, les filles encore plus que les garçons. Pourquoi?

     Il est certain que l'adolescence est une périiode de contestation où parents et enfants divergent tout à coup et se frottent parfois énergiquement le museau, ce qui crée malentendus, voire conflits et quelquefois des drames, auquels parfois vous me mêlez.
     “Conflit de générations” dit on; je n'y crois pas trop, car finalement, je me sens très proche de certaines d'entre vous et pourtant je ne pense pas encore être en train de “retomber en enfance”. LooL

     De nombreux adeptes de Freud et de son école, vous diront que cela est la faute des hormones, et que la puberté déclenche de tels bouleversements
     Pourtant ce n'est pas l'avis des neurobiologistes et de la science moderne.
     Bien sûr la puberté transforme votre corps , surtout chez les filles, et cela a un impact psychologique. Vous êtes plus ou moins satisfaites de ces transformations et le plus souvent vous trouvez que vous êtes trop maigre ou trop grosse, trop petite ou trop grande, avec une poitrine trop frèle ou trop volumineuse, etc... Cela passera en grande partie quand votre corps aura atteint sa plénitude d'adulte et que vous vous y serez habituée.
     Bien sur les hormones, qui vont devenir partie prenante de l'organisme, engendrent l'apparition du désir et des comportements nouveaux, et un intérêt différent, notamment pour les personnes du sexe opposé.
     Mais aujourd'hui, au temps des CD, DVD, d'internet et du téléphone portable, le conditionnement médiatique et le souci de l'opinion des copains ont probablement plus d'influence  sur vos comportements amoureux que les hormones.

     Alors que nous disent les neurobiologistes sur les transformations de l'adolescence ?
     Ils constatent en fait une évolution profonde du cerveau qui conduit à la situation d'adulte. (enfin pour la plupart d'entre vous), évolution qui est physiologique, mais favorisée évfidemment par l'instruction et le développement de votre culture.
     Alors que votre cerveau a acquis sa taille normale, des structures essentielles subissent des transformations fondamentales, certaines acquièrent de nouveaux développements, alors que d'autres régressent en apparence,mais pour acquérir une nouvelle efficacité.
     C'est ce que je vais essayer de vous expliquer dans l'article suivant.



Samedi 2 décembre 2006 à 19:42

Adolescence



Une première transformation essentielle est une diminution importante du réseau neuronal du “système de récompense”, qui perd environ un tiers de ses neurones qui utilisent la dopamine comme neurotransmetteur.

     Ce système intervient dans deux fonctions importantes :
     - l'apprentissage de l'enfant à la vie, car c'est ce système qui permet parmi les nombreux essais que fait l'enfant, de reconnaître ceux qui ont le plus d'efficacité et doivent être sélectionnés, comme conduite habituelle.
     - la génèse des sentiments du plaisir : non seulement il permet de ressentir du bien-être, mais il vous incite à rechercher des actes qui vous apportent de la satisfaction.

     Cette diminution entraîne des changements importants de comportement de l'adolescent : il boude les plaisirs de son enfance, il s'ennuie et se désintresse de ses occupations jusque là prisées. Il s'éloigne de ses parents, dont il ressent moins le besoin. L'effort pour apprendre des choses nouvelles lui est plus pénible, l'apprentissage devenant moins naturel et facile.Pour beaucoup d'entre vous, l'apparition de cet ennui est synonyme de tristesse.
     A noter aussi que cette diminution du nombre de neurones dopaminergiques rend les adolescents particulièrement vulnérables aux drogues et aux conséquences néfastes de celles ci.

     Mais parallèlement se produit un développement des réseaux du cortex frontal. La capacité d'abstraction augmente, favorisée par les travaux scolaires, la capacité de jugement et de contrôle de soi de développe, les centres permettant de se projeter dans l'avenir et d'évaluer les conséquences de ses actes, acquièrent peu à peu un plus grand développement au fur et à mesure que l'adolescent va expérimenter de nouveaux comportements.
 Cependant ce développement est lent et pendant une période plus ou moins longue, l'adolescent présentera un “goût du risque” anormalement élevé, qui l'attirera vers des situations nouvelles, mais représentera pour lui un certain danger. Aux parents de veiller à ce que cela ne lui nuise pas.
     Les adolescents vont essayer d'accumuler les expériences et les enseignements qui feront d'eux des adultes indépendants. Mais pour cela, il leur faut peu à peu quitter la protection du cocon familial. Sans cet ennui latent et ce goût du risque accru, bon nombre d'adolescents n'oseraient pas quitter cet environnement sécuritaire.
     Les réseaux des lobes frontaux, sièges de la pensée, de la logique, du contrôle de nos actes n'atteindront leur maturité que vers une vingtaine d'années, voire même 30 ans pour certains.
     D'ailleurs les jeunes, qui jusque là, n'utilisaient habituellement que leur préférences innées commencent à s'essayer à utiliser les fonctions cérébrales non préférées. Je consacrerai un article à cet aspect.

     La troisième transformation est un remodelage des connexions entre neurones, du nombre et de la qualité de connexion de leurs synapses.
     En fait le nombre de connexions augmentent dans le cerveau jusqu'à l'adolescence et sont en surnombre, puis elles diminuent ensuite.
 Parallèlement les axones (ces prolongements qui conduisent l'influx nerveux ) s'entourent d'une gaine isolante blanche, la “myéline” et de ce fait, la vitesse de transmission de l'influx nerveaux augmente considéralement. (elle est multipliée par 100). Les circuits nerveux sont donc beaucoup plus efficaces.

     Au début de l'adolescence cette amélioration concerne surtout tous les circuits sensoriels,  car durant cette période le jeune va grandir en taille et en force et le système nerveux et le cerveau doivent faire face à cette transformation, pour garder la maîtrise des mouvements et des actions.

     Puis les centres du langage répartis dans les deux hémisphères cérébraux, communiquent mieux entre eux, augmentant ainsi les capacités linguistiques et d'expression des adolescents.

     Enfin le développement de la partie frontale du cerveau, siège des capacités intellectuelles, va se poursuivre jusque vers la trentaine, augmentant les capacités de la mémoire, les facultés de décision, les capacités d'abstraction, de déduction, de synthèse et de généralisation, le maniement de nouveaux concepts.
     Les adolescents sont davantage aptes à recevoir instruction et culture, découvrent des domaines nouveaux et commencent à former leurs propres opinions.

     L'ultime étape est la réorganisationd'une petite aire du cerveau frontal, au dessus des yeux,  qui régule les comportemlents sociaux.
 Ces modifications marquent la fin de l'adolescence, le jeune devient responsable, augmente son sens du comportement moral, perfectionne sa capacité de se mettre à la place des autres lors du déroulement des discussions et des négociations et du règlement des conflits.

     Finalement contrairement à ce que croient  la plupart des gens, l'adolescence n'est pas une crise, ni une révolution sexuelle due aux hormones, mais une transformation profonde de notre cerveau, qui nous fait entrer dans le monde des adultes
     L'instruction, le contact des autres favorise cette évolution, qui, si elle n'avait pas lieu, nous ferait rester éternellement un enfant.



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