Mardi 31 juillet 2007 à 11:04

Scarification, suicide

        Certaines de mes correspondantes ont eu le malheur d'avoir parmi leur proches qu'elles aimaient, quelqu'un qui s'est suicidé.
        Elles culpabilisent alors de ne pas avoir assez aidé cette personne, de ne pas avoir su empêcher son acte.

        Je voudrais d'abord remarquer que ce n'est pas spécifique du suicide.
    Quand nous avons perdu une personne que nous aimions beaucoup, et même si nous ne pouvions avoir aucune action sur sa maladie ou sur l'accident qui l'a emportée, nous nous reprochons toujours de ne pas avoir su faire plus, de ne pas avoir été là au bon moment, alors que le destin en a décidé autrement.
        Même si ce n'est pas logique et rationnel, c'est un regret courant et naturel. Aider ceux qu'on aime est heureusement quelque chose d'instinctif chez l'homme.
   
         Le problème essentiel n'est pas que nous n'ayons pas ce regret, mais qu'il ne dure pas trop longtemps, car il peut alors fortement perturber notre vie et c'est ce que je constate chez certaines de mes correspondantes.

        Ce sentiment de culpabilité est donc naturel, mais il faut que vous essayez de lutter contre.
        Si votre ami(e) vous avait appelé(e) à l'aide lorsqu'elle a eu des intentions suicidaires, et que vous n'ayez pas pu l'en empêcher, je comprends que ce soit très difficile à accepter. Cependant même dans ce cas, vous ne devez pas vous faire de reproches. C'est extrèmement difficile de trouver les paroles efficaces et de l'empêcher de passer à l'acte, si on n'est pas près de la personne géographiquement et physiquement, le seul moyen vraiment efficace étant alors de l'empêcher matériellement d'agir.
        A distance on n'a que la parole et ce que l'on dit, provient de son propre mode de réflexion ou de sentiments, ou de ceux qui résultent des conversations que l'on avait habituellement avec la personne.
        Seulement la personne n'est pas dans son état normal : comme je vous l'ai expliqué, elle ne raisonne plus normalement. Alors que vous n'ayez pas su trouver les mots qu'il fallait dire, n'est pas une faute de votre part.
        Il aurait fallu que vous raisonniez comme celui ou celle que vous vouliez empêcher d'agir et cette personne était dans un instant de folie, et vous ne partagiez pas cette folie !
        De plus, c'était pour vous la première fois où cela arrivait et quand on n'a pas l'expérience d'une telle situation, on a tendance à s'affoler soi même et à ne pas savoir que faire d'efficace.

        Mais dans les cas que je connais, la personne qui voulait disparaître n'a pas appelé et elle est passé à l'acte seule, sans essayer de se raccrocher aux gens qu'elle aimait. C'est injuste, inhumain, mais il ne faut pas lui en vouloir, elle ne savait plus ce qu'elle faisait, son cerveau tournait à vide; elle se sentait seule, désespérée, inutile, et ne voulait pas, ne pouvait plus se souvenir de ceux qui vivaient, de ceux qu'elle aimait, sinon elle ne se serait pas suicidée.

        Il arrive parfois que ce soit en réalité un accident, une overdose non voulue, une potentialisation de médicaments entre eux ou de somnifères par l'alcool. Vous n'y êtes pour rien et la personne non plus, sinon elle se serait abstenue.
        Souvent c'est une personne sous l'effet de la boisson de la drogue, ou de médicaments qui a alors fait un geste désespéré. Dans ce cas, vous ne pouviez rien faire. Même sur place, le seul moyen d'arrêter une personne complètement inconsciente de ses actes, c'est de l'attacher ou de l'assomer.
        Même lorsque la personne n'était pas sous une telle emprise, le désespoir, comme je vous l'ai décrit dans mon précédent article, associé à la fatigue, à l'isolement de la nuit, aboutit à un état dépressif tel, que la personne est presque aussi inconsciente de ses actes et surtout de leurs conséquences, que si elle était sous l'emprise d'un stupéfiant. Le personne oublie ses espoirs, ses liens, ceux qu'elle aime, et n'a plus qu'une idée en tête, mettre fin à son tourment, et la mort lui apparaît comme la seule issue possible, même si cette issue est en réalité fallacieuse.
        Comme je vous l'ai dit, ces “overdoses de tristesse” sont comme des coup de folie : comme l'on dit vulgairement, la personne “pête un cable”, en fait, tous ses cables qui la retiennent à la vie.

        Vous me direz que vous auriez dû prévoir cela et aider la personne avant qu'elle n'en arrive là, que vous n'avez pas vu la gravité de la situation.
        C'est encore un raisonnement fallacieux.
        Si c'était possible de prévoir ainsi, mais on arriverait presque toujours à intervenir à temps et il n'y aurait pas ou très peu de suicides.
        En fait un “coup de folie”, cela ne se prévoit pas. Il est probablement dû à des modification de concentration dans le sang, des neurotransmetteurs dans le cerveau, et cela ne se voit pas tant c'est brutal.
        Une personne qui se suicide n'est évidemment pas joyeuse et sans problème avant son acte, mais elle paraît, la plupart du temps, dans un état normal, ou en tout cas, pas plus alarmant qu'en temps normal.
        Rien en général ne laisse prévoir son geste, sauf si elle veut faire cette tentative pour attirer l'attention des autres, toutefois, dans ce cas, elle ne veut pas en général mettre fin à ses jours, mais seulement faire peur en tentant de le faire.

        Alors je m'adresse à celles qui ont ainsi le remord lancinant de ne pas avoir pu aider un être cher.
        Je ne vous demande pas d'oublier cette personne que vous aimiez, je sais que c'est impossible.
        Mais essayez plutôt de vous rappeler les instants heureux passés avec elle, ceux où elle était joyeuse et où vous avez passé de bons moments ensemble.
        Dites vous qu'elle vous aimait comme vous l'aimiez, que si elle était encore en vie, elle souhaiterait que vous soyez heureuse et que vous oubliiez son acte
        Dites vous qu'elle souhaiterait que vous continuiez à vivre, que vous n'ayez pas ces regrets et ces remords, qu'elle ne soit pas pour vous une source de culpabilité.
        Vous devez pouvoir vivre sans elle, puisque cette personne ne peut plus revenir près de vous, et elle serait très fachée de vous empoisonner ainsi la vie.
        Il faut prendre sur vous, non pas de l'oublier, mais de tourner la page.



Dimanche 29 juillet 2007 à 22:04

Scarification, suicide

     J'ai reçu plusieurs mails à la suite de mon dernier article, dans lesquels vous me posez des questions sur le suicide. Je vais donc essayer de vous répondre.
     J'ai été plusieurs fois appelé à l'aide par des jeunes qiu avaient l'intention de se suicider.  Je ne crois pas qu'elles l'auraient fait, mais évidemment, comme on n'en est pas certain, on ne prend jamais de risque dans ce domaine et on cherche avant tout à les aider.

    Mais je reste persuadé qu'une personne qui raisonne encore correctement ne se suicidera pas !  Parce qu'elle tient instinctivement à la vie et que son cortex lui donne encore quelques bonnes raisons de ne pas le faire : la peur et l'incertitude de la mort, la peur de souffrir, la peine que l'on fera aux parents et amis ou petit(e) ami(e), les projets que l'on avait faits et les espoirs que l'on a, malgré son désespoir.

    Alors pourquoi y a t'il tout de même des suicides ?
    Je vois plusieurs circonstances possibles :

        - Il y a d'abord des tentatives qui sont des appels à l'aide comme la scarification en est aussi un : on veut attirer l'attention sur soi, sur sa souffrance et on pense que ceux ou celui (celle) dont on veut attirer l'attention, sera impressionné, ému(e) par cet acte et fera désormais attention à vous, qu'il vous considèrera (à nouveau) comme le personnage principal de son entourage.
    Alors on pense à cet acte spectaculaire, à faire celui (ou celle), dégouté(e) de la vie et qui est fort(e), qui n'a pas peur de mourir....., mais on calcule vraiment son geste (le plus souvent la nature et la quantité du médicament qu'on avale), pour que l'on ne meure pas et même on fait en sorte de prévenir, pour être sûr que l'on vous sorte de là.

        - mais il peut y avoir l'accident : on a mal calculé la dose, certains médicaments se renforcent l'un l'autre, on est plus sensible à l'un d'entre eux.
    Le pire est qu'on peut ainsi rester paralysé(e) toute sa vie !
    L'un des accidents qui ne découle même pas forcément d'une envie de disparaître est l'over-dose de drogue, mais qui résulte seulement du fait que la personne, sous les premiers effets de la drogue, ne se rend plus compte des quantités qu'elle s'administre.

        - on a là, le premier exemple des conséquences de la neutralisation du cortex, et donc de l'absence de réaction rationnelle et raisonnable.
    La personne qui est en proie au désespoir et qui s'enivre ou se drogue, même au cannabis, ne se rend absolument plus compte de ce qu'elle fait et, quelle que soit la peur de la mort qu'elle aurait en temps normal, ou l'amour qu'elle peut avoir pour ses proches, elle pourra se suicider de diverses façons, sans qu'il soit possible, ni de prévenir son geste, ni de l'aider ou de l'en empêcher.

        - et, à mon sens, cette absence de raison, même si elle n'est pas dûe à l'alcool ou à la drogue est la principale raison des suicides.
    J'ai recueilli plusieurs témoignages que je ne publierai pas pour des raisons de confidentialité, mais qui me montrent tous que, à un moment donné de grande tristesse, mais aussi de grande fatigue, on n'en peut plus et les émotions, le sentiment de désespoir, de “ras le bol”, se mettent à tourner dans votre cerveau émotionnel. Vous ne vous rendez peu à peu, plus compte de ce que vous faites, votre cortex décroche, il n'est plus là pour raisonner, pour vous garder logique, pour vous garder en vie.
    Alors votre cerveau émotionnel vous souffle “ pourquoi pas ?...”
    On va jusque l'armoire à pharmacie en faisant attention à ne réveiller personne, puis on revient dans la chambre avec des médicaments, les larmes coulent ...On revoit le visage des gens que l'on a aimé et qui sont morts, ce qui donne envie d'aller les rejoindre, cela fait tellement longtemps que on ne les a pas revus ...
Alors on avale le premier cachet ... puis le deuxième , puis tous les autres.Les larmes sont encore plus grosses, il n'y a plus personne pour vous sauver  et on attend dans la souffrance au moins morale.
    J'appelle cela une “overdose” de tristesse et là, la personne qui ne raisonne plus du tout, peut effectivement se suicider.

        - je dois aussi parler d'un cas particulier : celui des “couples” (d'amants ou d'amis) qui se suicident. Là aussi les deux personnes ne raisonnnent  plus normalement, entraînées par le désespoir, mais elles peuvent encore garder en partie des idées rationnelles. Cependant leur envie commune de mourir, leur excitation sentimentale, leur amour ou leur amitié mutuelle, font qu'il y a une certaine surdité vis à vis du raisonnable, une certaine émulaton, un crainte de décevoir l'autre si on n'est pas capable depasser à l'acte. Cela  fait l'objet de plusieurs films et de faits divers soit d'un garçon et d'une fille qui s'aiment sans espoir d'avenir, soit de deux amies qui désespèrent ensemble..

    A quoi bon, me direz vous une telle analyse, si on ne peut rien faire ?
    
    Alors dans les prochains articles je voudrais d'abord m'adresser à celles et à ceux qui, ayant malheureusement été témoin d'un suicide d'une personne qu'ils aimaient, se reprochent de n'avoir pas su l'en empêcher et conservent un regret dont ils ne se défont pas.

    Je voudrais ensuite réfléchir à ce qu'on peut faire vis à vis de quelqu'un qui manifeste l'intention de se suicider, pour arriver à le détourner de ses intentions.

    Je pense aussi à ceux ou celles qui ont eu l'intention et n'ont pas donné suite, ou ont fait une tentative. Comment s'en sortir ensuite ?

    

Vendredi 27 juillet 2007 à 18:04

Amour et peines de coeur

    Je l'ai dit souvent, sur ce blog, 70% des “catastrophes” pour lesquelles on m'appelle à l'aide pour essayer de vous consoler ce sont des “peines de coeur”.

    Comme cela m'arrive quelquefois, j'ai reçu un mail d'une correspondante que j'appellerai Falbala, très affligée parce que son petit ami venait de rompre par téléphone (encore un garçon courageux !!) et qui n'avait plus goût à la vie.
    Nous avons beaucoup discuté, de la relation entre un garçon et une fille à vos âges, de la mentalité différente d'un garçon, du fait que pendant les vacances, on s'éloigne “matériellement”  et les esprits, qui avaient été auto-conditionnés à ne penser qu'à une seule personne, s'émancipent et se rendent compte tout à coup, de choses auxquelles il ne pensait pas auparavant.
    Peu à peu on a cerné les raisons de cette rupture et Falbala est peu à peu revenue à la raison et a convenu, que, même si sa peine restait grande, jamais le fait qu'un garçon vous quitte ne valait que l'on renonce à la vie.
    Heureusement le temps apaise la peine et l'on retrouve peu à peu la joie de vivre.

    Mais cette conversation sur ce que l'on ressent quand celui qu'on aime vous quitte, m'a rappelé un très beau poème qui m'avait ému, car j'ai cru revivre, ce que j'ai ressenti autrefois.
    J'ai ensuite découvert que son auteur n'avait que 14 ans.
    Alors je lui avais demandé l'autorisation de le publier.
    Son blog n'existe malheureusement plus (http://misschacha.cowblog.fr).
    Voici ce poème.

“Un chagrin d'amour,
C'est réapprendre à voir, à sourire, à aimer,
C'est lui dire simplement bonjour
quand tu aurais envie de l'embrasser
C'est regarder par la fenetre
et attendre celui qui ne viendra pas
C'est espérer en entendant quelque pas.

Un chagrin d'amour,
C'est le dernier rendez-vous qui t'as semblé si merveilleux,
C'est des étoiles qui se reflétaient dans tes yeux,
C'est un beau clair de lune que tu ne voudrais pas voir,
C'est vouloir, mais ne jamais pouvoir.

Un chagrin d'amour,,
C'est pleurer en écoutant la chanson qu'il fredonnait,
C'est l'aimer malgrès tout le mal qu'il t'a fait,
C'est faire semblant de croire que la vie continue,
C'est chercher l'amour là ou il n'y en a plus.

Un chagrin d'amour,
C'est de ne plus être capable de regarder des amoureux,
C'est de rire avec les larmes aux yeux,
C'est l'indifférence qui s'installe en toi,
C'est se surprendre à l'attendre comme autrefois.

Un chagrin d'amour,
C'est le regarder sans pouvoir le toucher?
C'est rêver la nuit sans jamais exister?
C'est un roman qu'on a déjà lu?
C'est un soleil qui ne chauffera plus.

Un chagrin d'amour
C'est quand tu t'apercois qu'une autre a pris ta place dans son coeur;
C'est une église vide où en silence tu pleures;
C'est une question dont on sait toujours la réponse.”


Mercredi 25 juillet 2007 à 9:31

Eveil, sommeil, rêves


   
Dans l'article précédent je vous ai fait un cours de SVT sur ce qui se passait dans notre cerveau pendant le sommeil et les rêves.
    Aujourd'hui je vais essayer de voir à quoi correspondent les rêves et comment on peut interpréter leur contenu.
   
   
Lorsqu'éveillés nous regardons quelque chose, une image de ce que nous voyons se projette dans les neutrone de l'aire primaire visuelle du cerveau, chaque neurone de la rétine envoyant par un circuit complexe de mise en forme, un signal à un neurone de cette aire.
    Lorsqu'on fait regarder à un singe une image géométrique et que l'on observe son cerveau par imagerie cérébrale qui montre les neurones actifs dans cette aire, on voit se dessiner l'image géométrique regardée. (dessin ci dessous).



    Les aires secondaires d'interprétation donnent ensuite des éléments sur cette image : couleur, texture, distance, déplacement, vitesse.....

    Il s'agit d'une perception réelle.

    Pour comprendre le rêve,
étant éveillés, fermons les yeux et essayons de penser à un évènement heureux dont nous avons gardé beaucoup de souvenirs.
Au bout de peu de temps de “concentration”, nous avons l'impression de voir des images des scènes de cet événement.

    Ce n'est pas une image réelle, nos yeux ne voyant rien.
   
Ce sont les neurones où ces images étaient “enregistrées”, qui sollicités par le cortex, ont envoyé via l'hippocampe et le thalamus, les signaux correspondant dans les aires secondaires visuelles qui les interprètent alors, comme s'il s'agissait d'images réelles en provenance de nos yeux et des centres primaires.
    C'est ce que l'on appelle des “images internes”.
    Elles ont été “commandées” par notre cortex car nous étions éveillés; la suite de ces images est donc cohérente, logique, réfléchie.

    Dans le rêve, le processus est le même, mais le cortex n'est pas là pour veiller à leur cohérences et la suite de ces images est donc le plus souvent  illogique et aberrante.

    De nombreuses études ont été faites pour savoir à quoi servaient les rêves, mais les scientifiques sont encore loin d'avoir fait le tour du problème.


1. - Une activité aléatoire du cerveau :
   
    Il est d'abord possible qu'une partie de nos rêves résultent de phénomènes purement aléatoires :  les images du rêve peuvent être produites par des impulsions nerveuses totalement aléatoires déclenchées par la libération de l'acétylcholine par les cellules du tronc cérébral. Le cerveau endormi fait alors exactement la même chose qu'il ferait durant l'état de veille avec des signaux visuels ambigus : le cortex et le cerveau émotionnel tentent de leur attribuer un sens, en vain, en les reliant à des images de notre mémoire et de notre vie..

    Dans ce cas, les rêves ne seraient donc  rien de plus que des tentatives désespérées du cerveau de produire des images cohérentes d'après  des signaux confus émis par le tronc cérébral. En résulteraient à chaque  nuit les histoires étranges de notre « cinéma de l'esprit »,  amalgame de préoccupations du moment et d'événements mémorisés avec leurs émotions associées.

2. - L'élimination de nos souvenirs superflus ou indésirables :

    Nos sens perçoivent chaque seconde de très nombreuses sensations : images, sons, ....Mais notre attention n'est attirée que par peu d'entre elles et nous en mémorisons encore moins, du moins consciemment. Par contre, beaucoup d'entre elles sont stockées provisoirement en mémoire.
    Même les informations qui ont été prises volontairement et mémorisées ne sont pas utiles au bout d'un ceratin temps (par exemple l'endroit où vous avez garé votre voiture au parking),
    Le cerveau croulerait vite sous le nombre d'informations inutiles et lors du sommeil, le cerveau se débarasse de ces informations, en éliminant les connexions entre neurones qu'elles représentent.
Ce faisant les centres d'interprétation secondaire sont sollicités, ce qui est la caractéristique de l'activité onirique.
    Le cerveau fait le ménage comme vous le faites parfois dans le disque dur de votre ordinateur pour retrouver de la place.
    Une grande partie des rêves, notamment pendant le sommeil profond, résultent de l'élimination d'informations superflues de la mémoire, notamment informations sensitives.
    L'élimination se faisant sans ordre particulier, les informations correpondantes arrivent donc dans un désordre complet dans les centres d'interprétation secondaire, d'où l'incohérence des rêves.

    Le cerveau cherche également à éliminer deux sortes d'informations particulières :
    - les pensées que vous avez eues juste avant de vous endormir. Et très souvent celles ci correspondent à vos préoccupations, à vos soucis.
    Ce à quoi vous avez pensé avant de vous endormir se retrouve donc très souvent dans vos rêves
    - les problèmes qui vous préoccupent et vous stressent, que le cerveau veut minimiser afin de vous protéger et dont il cherche à sortir de la mémoire les points les plus défavorables. (même si vous n'y avez pas pensé avant de vous endormir).
    Comme il s'agit de problèmes émotionnels, les centres amygdaliens et les gyrus sont concernés et ces “évacuations” ont lieu plutôt pendant le sommeil paradoxal. Vous avez donc davantage de chances de les retrouver dans des rêves dont vous pourrez avoir ensuite conscience.

3. - Un perfectionnement des capacités de réaction du cerveau :   

    Certains neurologues pensent qu'en outre les rêves contribueraient chez l'enfant au développement du cerveau (une sorte d'apprentissage des neurones à certaines tâches, sans les risques de l'action réelle) et chez l'adulte, le sommeil paradoxal servirait aussi d'entraînement afin de préserver la personnalité de l'individu ou à la modifier en fonction de l'expérience vécue, en vue d'une meilleure adaptation à l'environnement (ainsi, un chat, élevé et gardé dans un appartement en ville par exemple, réussira toujours à chasser une souris s'il se retrouve à la campagne peut être parce qu'il se sera entraîné toutes les nuits à le faire en rêve).

4. - Le rêve se fabrique quand on se réveille :

    Je vous ai dit dans mon précédent article que nous ne sommes conscients de nos rêves que lorsque nous sommes en train de nous réveiller (ne serait ce que pour quelques instants), et que notre conscience est en train d'émerger pour revenir à un état normal d'éveil.

    En fait si je n'utilise plus le langage des neurobiologistes, mais le langage courant de tous les jours et que j'appelle “rêves” uniquement ceux dont nous avons conscience, que nous nous “rappelons” une fois réveillés, alors durant le sommeil paradoxal, le cerveau est actif, échange des signaux entre ses centres mais son activité onirique ne permet ni la conscience, ni le “rêve”.
    En réveillant un dormeur, on n'interrompt  pas un rêve, on lui donne naissance !    
    Lorsqu'on se réveille, ces neurones nécessaires à la  conscience se remettent en action et nous permettraient alors  de prendre conscience des images subliminales oniriques générées  durant notre sommeil.
    Le rêve pourrait donc se construire  en aussi peu que les quelques centièmes de secondes  que dure notre réveil. C'est alors qu'on  pourrait par exemple intégrer la lumière ou  les paroles qui nous ont réveillé dans le récit  du rêve, comme on l'observe parfois.
    Un bon dormeur peut se réveiller jusqu'à dix fois par nuit et se rendormir rapidement et ce, même  s'il vous dit qu'il a dormi d'un trait.  Durant ces « micro-éveils » de  quelques secondes ou fractions de seconde, le cerveau se  trouve dans un état identique à l'éveil,  mais si peu longtemps que nous nous en souvenons très  rarement. Ce serait pendant ces micro-éveils que nous  pourrions rêver, c'est-à-dire organiser  en récit des images mentales souvent hétéroclites.  Et comme générateur d'images mentales  hétéroclites, le sommeil paradoxal semble être  le candidat tout désigné, bien  que le sommeil lent puisse aussi en générer.  En plus, le sommeil paradoxal est le stade du sommeil où les éveils  spontanés sont les plus fréquents.
    Dès lors, l'explication à l'aspect illogique, impossible ou irréel des scénarios de la majorité de nos rêves serait la suivante : comme la prise de conscience qui donne naissance au rêve se produit dans un temps très court suivant fréquemment une phase de sommeil paradoxal, les réminiscences sont trop disparates pour être intégrées en un récit cohérent, et notre cerveau conscient « forcerait » un peu la réalité pour donner un sens à ces images.
    Par ailleurs, si le rêve survient en quelques centaines de millisecondes, la censure qui peut exister à l'état d'éveil n'apparaît plus. D'où le caractère "bizarre" du rêve.

5. - La signification de nos rêves :

    En définitive les rêves n'ont aucune propriété prémonitoire et il n'existe aucune symbolique pour décoder une quelconque signification. Ils ne correspondent pas non plus à des pulsions, à des désirs refoulés comme le pensait Freud.
    Si on cherche vraiment à leur trouver une interprétation psychologique, on ne peut la trouver que dans les dernières pensés que l'on a eues avant de s'endormir, dans les préoccupations et les problèmes stressants, ainsi que dans le fait que la censure habituelle du cortex n'existe plus lors des tentatives qu'il fait pour rendre cohérentes et explicables les images désordonnées qui s'échangent dans le cerveau pendant le sommeil, du fait d'une élimination spontannée inconsciente d'informations superflues, non utliles ou jugées nuisibles.

Lundi 23 juillet 2007 à 12:01

Eveil, sommeil, rêves


    Aujourd'hui, c'est un peu un cours de SVT que je vais vous faire !! LooL
    Alors courage : ce sont les vacances !

    Si vous avez lu les articles que j'ai déjà écrits sur le cerveau, vous vous rappelez que l'on distingue : (voir schéma ci dessous)
    - le cortex frontal qui réfléchit, organise, ordonne nos actions.
    - les centres du cortex qui interprêtent les senations et notamment à l'arrière du crâne, les centres primaires qui font une première analyse des signaux visuels et les transmettent à des centres secondaires d'interprétation visuelle, qui vont reconstituer les caractéristiques des images et des mouvements.
    - le cerveau émotionnel, avec notamment
        • les gyrus qui interviennent dans nos sentiments et nos émotions, dans nos relations sociales, pour maintenir conscience et attention.
        • les centres amygdaliens qui gèrent l'angoisse, la peur, la colère, l'agressivité.
        • l'hippocampe qui est le “professeur de la mémoire”
        • le thalamus qui centralise les données de perception et les transmet au cortex.
    - le cerveau central, et notamment l'hypothalamus et le tronc cérébral, qui contrôle de façon inconsciente et automatique les paramètres essentiels à de vie .



        Eveil et sommeil :

    On a pu mettre en évidence dans l'hypothalamus postérieur deux régions dont le rôle est essentiel pour maintenir la personne en était d'éveil : on les appelle “centre de l'éveil”
    A contario il existe dans l'hypothalamus antérieur un “centre du sommeil” qui contrôle l'asoupissement.
    Enfin la stimulation d'une zone du tronc cérébral, entraîne le réveil de la personne.
    Ces centres agissent en stimulant d'autres régions du cerveau qui gèrent les échanges sensoriels avec le cortex, nos émotions et la conscience et l'attention. Ils modulent leurs signaux grâce à des neurotransmetteurs chimiques particuliers au niveau des synapses des réseaux nerveux.
    En outre le tronc cérébral contient des neurones spécifiques de véritables “oscillateurs”, qui grâce à des phénomènes d'échanges ioniques particuliers, fournissent des trains d'impulsions nerveuses de fréquences précises et sont un peu comme des” horloges à quartz”, étalons de fréquence pour d'autres neurones, notamment ceux du thalamus.

        Le contrôle des sensations transmises au cortex :

    Le thalamus joue un rôle très particulier.
    Lorsque nous sommes éveillés, certains de ses neurones vibrent à une fréquence de 40 hertz
    40 fois par seconde, ils interrogent les centres qui interprêtent nos diverses sensations (notamment vue et ouie) et trient les informations reçues de nos sens dont ils transmettent les synthèses importantes au cortex.
    Pour effectuer le tri, le thalamus est en relation avec les centres amygdaliens et les gyrus qui gèrent attention et émotions. Il reçoit aussi des demandes du cortex sur des problèmes particuliers qui ont attiré l'attention (par exemple un objet, une personne que l'on a vue), et pour lesquels il demande de l'information.
    Lorsque nous sommes éveillés, il y a donc un grand nombre d'échanges avec un cortex très actif et les actions menées sont relativement rationnelles.

    Pendant le sommeil profond, ces mêmes neurones vibrent à une fréquence très réduite de 8 à 9 hertz (voire même 2 à 3 hz dans les phases de sommeil très profond et par ailleurs, nos sens ne transmettent pas d'informations aux centres primaires de traitement.
Le thalamus échange seulement à fréquence réduite des informations avec les centres secondaires d'interprétation. il ne transmet pratiquement rien au cortex.
    A titre d'information, le coma est analogue à un sommeil très profond, mais la fréquence des EEG descend alors vers 0,5 hz.

    Pendant le sommeil paradoxal, il en est tout autrement : les neurones du thalamus vibrent à une fréquence voisine des 40 hertz (autour de 38/39 Hz).
Les échanges avec les zones secondaires d'interprétation des sensations sont nombreuses, mais il s'agit seulement d'informations internes “artificielles”, puisque nos organes de sens sont inactifs.
    Par contre  les centres des gyrus limbiques qui gèrent attention et consciences sont très peu actifs. De même les échanges avec le cortex peu actif, sont peu nombreux et  ces diverses opérations n'ont plus le caractère rationnel qu'elles avaient lors de l'éveil.
    Les échanges avec les zones qui interviennent dans nos processus émotionnels restent importantes au niveau des gyrus et des centres amygdaliens. De même l'hippocampe qui agit sur la mémorisation reste relativement actif.

        Les conséquences pour les rêves.

    Durant le sommeil profond, nous rêvons, mais peu, puisque les échanges sont très ralentis et les informations qui circulent sont réduites.
    Et comme le cortex ne reçoit pas d'information, même si on nous réveille à cet instant, nous ne nous souvenons pas de ces rêves (ou très rarement).
       
    Le sommeil paradoxal est au contraire la période privilégiée des rêves.
    De très nombreuses informations de sensations notamment auditives et visuelles circulent, de même que des sentiments émotionnels.
    Les cortex frontal et préfrontal demeurent relativement  calmes durant le sommeil paradoxal et comme ces centres sont très impliqués dans  la pensée consciente et le jugement, leur faible activité pourrait  expliquer les rêves bizarres, illogiques ou au contenu souvent inapproprié du point de vue social.

    Le sommeil paradoxal représente environ 25% du temps de sommeil d'une personne jeune et 15% chez une personne âgée.
    Une telle durée représente un nombre de rêves extrèmement élevé et effectivement les mesures que l'on peut faire sur le cerveau montrent que c'est effectivement le cas.
    Cependant on ne se rappelle que quelques uns d'entre eux, voire aucun.
    Cela tient à ce que l'enregistrement dans  la mémoire exige un état de conscience et d'attention qui n'existe pas lors du sommeil paradoxal. En effet des  neurones (utilisdant comme neurotransmetteur la  noradrénaline et à la sérotonine) nécessaires  pour que l'information  nerveuse soit maintenue au-delà de quelques millisecondes  dans le cerveau cessent de fonctionner durant le sommeil.
    Nous ne sommes donc conscients de nos rêves que lorsque nous sommes en train de nous réveiller (ne serait ce que pour quelques instants), et que notre conscience est en train d'émerger pour revenir à un état normal d'éveil.
    Cela explique certaines circonstances bizarre assez fréquentes de cauchemars où nous rêvons que nous sommes dans une situation dangereuse, que nous savons quelle n'est pas réelle et que nous sommes en train de rêver, et que nous cherchons à nous réveiller mais que nous n'y arrivons pas.
    Puis nous nous réveillons alors : c'est notre conscience qui émerge dans un état d'éveil.
   
    Mon prochain article traitera d'un sujet plus terre à terre : “à quoi servent les rêves ?”

Samedi 21 juillet 2007 à 9:49

Eveil, sommeil, rêves

    Nous passons environ le tiers de notre vie à dormir. Moi qui ai 75 ans, j'ai donc passé 25 ans à dormir. Le sommeil fait partie de la vie de tous les vertébrés supérieurs. Sa suppression sur une période prolongée a des effets dramatiques sur l'équilibre physiologique de l'organisme. A l'extrème, on perd la raison et on meurt. Bref, dormir est presque aussi important que se nourrir ou respirer.

    Et pourtant, les scientifiques ne savent pas encore exactement pourquoi nous dormons ! Cela peut sembler incroyable, mais malgré nos connaissances de plus en plus approfondies sur les mécanismes qui font que chaque nuit le sommeil l'emporte sur l'éveil, très peu de certitudes existent au niveau de tous les rôles du sommeil.

    Les différents sommeils

    Vous avez peut être appris en SVT que, dans les années  1950, les chercheurs ont constaté que le sommeil est loin d'être un phénomène unitaire, passif et dont la seule  finalité serait la récupération.

    Au  contraire l'activité électrique cérébrale, mesurée sous la forme d'un électroencéphalogramme (EEG) permet de distinguer entre le  sommeil lent (profond) et le sommeil paradoxal.
    Si  on analyse les caractéristiques de ces deux types  de sommeil et de l'éveil, on note d'importantes  différences physiologiques un peu partout dans l'organisme.

        -  Le tracé de l'EEG est  semblable pour l'éveil et le sommeil paradoxal  avec sa faible amplitude et sa fréquence élevée.  C'est le contraire pour le sommeil lent qui montre  plutôt une grande amplitude et un rythme lent des signaux électriques.

        -  Durant l'éveil, les sensations sont vives et proviennent de l'environnement extérieur. Elles sont également vives durant les rêves du sommeil paradoxal, mais générées intérieurement cette fois-ci. Quant au sommeil lent, les sensations sont absentes ou très atténuées.

        -  Quand on est éveillé, l'activité motrice est volontaire et  pratiquement continue. Durant le sommeil lent, elle est occasionnelle  et involontaire. Et lors du sommeil paradoxal, elle est inexistante  (sauf pour les mouvements oculaires rapides). En réalité,  les mouvements sont commandés par le cerveau mais  sont bloqués et non réalisés, d'où une  atonie musculaire généralisée.

        -  Les mouvements oculaires sont donc très fréquents à l'état de veille et durant les rêves, mais rares durant le sommeil lent.

        -  La pensée, plutôt  logique et progressive chez l'individu éveillé,  devient répétitive avec l'apparition  du sommeil lent et carrément illogique et étrange  durant les rêves. J'essaierai de l'expliquer dans un prochain article.
    Le sommeil lent semble correspondre à un état fait pour le repos.
    Les muscles sont plus relâchés, et les rares mouvements ne servent qu'à ajuster la position du corps. Le métabolisme général de l'organisme diminue : température, consommation d'énergie, fréquence cardiaque, respiration, fonction rénale, tout cela ralentit conformément à la prépondérance du système parasympathique durant cette phase du sommeil.
    Les rythmes lents de l'électroencéphalogramme (ou EEG) durant le sommeil lent indiquent que le cerveau semble également au repos.
    Les chercheurs caractérisent le sommeil lent ou profond par un « cerveau fonctionnant  au ralenti dans un corps mobile »
       
        -  À l'opposé, ils définissent le  sommeil paradoxal comme l'état d'un   « cerveau  actif halluciné dans un corps paralysé ».
    C'est surtout dans cette période que nous rêvons :
    Le comportement du dormeur et les modifications physiologiques que subit son corps durant  le sommeil paradoxal et le rêve sont très spécifiques.
    La fréquence de l'EEG élevée et sa faible amplitude évoquent celles de l'éveil.
    La consommation d'oxygène du cerveau, qui reflète sa consommation d'énergie, est très élevée, et même supérieure à celle du même cerveau éveillé qui réfléchit à un problème cognitif complexe.
    Il y a perte presque totale de tonus musculaire et nous sommes littéralement paralysés durant nos rêves ! Nos muscles respiratoires et cardiaques assurent toutefois les « services essentiels vitaux» et nos muscles oculairesdemeurent actifs en produisant les fameux mouvements oculaires rapides.
    Durant le sommeil paradoxal, la température interne  du corps n'est plus bien régulée et tend à glisser  vers la température de la pièce.

 
    Les cycles d'une nuit :


    L'électroencéphalogramme de sujets dormant des nuits complètes révèle une alternance des différents stades de sommeil (quatre stades de niveaux différents) selon des cycles très réguliers.
    (voir la figure ci dessous)



    Chaque soir, autour de la même heure, une sensation  de fatigue, de manque de concentration ou de froid nous incite à aller  nous coucher. Si nous allons au lit à ce moment, l'endormissement  est généralement rapide, soit moins de 10 minutes. 
    Nous descendons alors tous les stades du sommeil lent, du  stade 1 plutôt léger au stade 4 très profond. Puis, le sommeil  redevient léger pour quelques minutes et soudainement survient une première courte période de sommeil  paradoxal de 5 à 10 minutes. Ceci termine le premier  cycle de notre nuit de sommeil. Selon les individus, de une  heure et demie à deux heures se sont alors écoulées  depuis l'endormissement.




     Une nuit complète représente l'enchaînement de 4, 5 ou parfois 6 cycles de ce genre. À la fin de la période de sommeil paradoxal qui clôt chacun de ces cycles survient un moment où l'éveil est très facile et où l'on se réveille d'ailleurs très souvent.    
    Puis, on enchaîne avec un nouveau cycle. Nous ne gardons alors aucun souvenir de ces brefs éveils, qui durent généralement moins de trois minutes, et nous en profitons souvent simplement pour changer de position.
    Mais si vous réfléchissez trop à cet instant, si votre cerveau est trop stimulé, cela peut prendre un cycle complet avant que vous ne vous endormiez à nouveau. Ces éveils sont plus longs et plus fréquents après les deux premiers cycles de sommeil.
    C'est pourquoi quand vous êtes préoccupées !ou moi qui suis âgé et eai moins besoin de sommeil, nous restons éveillés  entre 4 et 6 heures du matin avant que nous réussissions finalement à nous endormir profondément.

    Après une période d'éveil durant  la nuit, on repasse nécessairement par des stades de sommeil lent.
    Bien que de durée semblable, les cycles évoluent  au cours de la nuit.
Les deux premiers cycles comportent surtout du sommeil lent profond. En contrepartie, le  sommeil lent léger et le sommeil paradoxal sont proportionnellement  plus importants en fin de nuit, la durée des périodes de sommeil paradoxal pouvant alors atteindre jusqu'à 30 à 50  minutes. Une période de sommeil lent d'au moins  30 minutes semble toutefois nécessaire entre les périodes  de sommeil paradoxal, même en fin de nuit.

     Dans le prochain article, j'examinerai de façon détaillée ce qui se passe dans certains centres du cerveau, afin de pouvoir comprendre succintement quelle est l'origine de nos rêves et donc leur signification.


Mercredi 18 juillet 2007 à 22:16

Eveil, sommeil, rêves

    On me pose souvent des questions sur les rêves et leur interprétation.
Je vais donc essayer de vous donner quelques renseignements à ce sujet.

    Tout d'abord, contrairement  à ce que certains croient, les rêves n'ont aucune valeur prémonitoire.
    On peut essayer de prévoir l'avenir de façon rationnelle, avec des marges d'erreurs plus ou moins importantes (pensez à la météo !), mais la “vision” de l'avenir est une chose impossible.
    Il s'agit de croyances anciennes, qu'entretiennent des personnes qui ont intérêt à exercer un pouvoir sur autrui ou à en tirer des finances.
    Les cas dits “prémonitoiresé que l'on connait ont une explication logique.
    Etant ado, j'ai rêvé la mort de mon grand-père, qui s'est produite le lendemain. Mais mon grand père avait eu une crise cardiaque deux jours plus tôt. Je l'aimais beaucoup et j'étais inquiet pour lui et rien d'étonnant à ce que cette préoccupation se traduise par un tel rêve, car son état s'était aggravé.

    D'autres croient que certains objets, certains mots rencontrés dans les rêves ont une interprétation symbolique. C'est également erroné. Aucune étude sérieuse n'a montré l'existence d'un code symbolique qui permette, aussi bien de prévoir l'avenir que d'expliquer la personnalité du rêveur.
    Les personnes qui exploitent leurs semblables en leur prévoyant l'avenir ont tout intérêt à faire croire à de tels symboles. D'autres personnes peu scientifiques mais sincères, croient  aussi à ceux-ci.

    Le psychiâtre Freud et ses disciples ont émis des hypothèses quant à l'origine des rêves, qui sont encore très utilisées par les psys français, bien qu'elles soient considérées comme périmées à la lumière des connaissances modernes sur le cerveau.
    Freud qui soignait surtout des personnes ayant eu des problèmes sexuels, accordait beaucoup d'importance à la libido. Il pensait que notre cerveau n'acceptait pas , notamment pour des raisons morales ou d'éducation, certaines pensées ou certains désirs, et les rejettait dans notre inconscient; il appelait  cette opération le “refoulement”.
    En ce qui concerne les rêves, Freud pensait que notre inconscient était à leur origine et qu'ils correspondaient notamment à des désirs refoulés.
    Tout en admettant la notion d'inconscient, mais sous une forme beaucoup plus large que celle imaginée par Freud, et sans refuser la possibilité de refoulements, la neuropsychologie considère aujourd'hui, que la corrélation entre les rêves et des désirs refoulés est très faible;

    La neurobiologie et les méthodes modernes d'investigation du cerveau nous donnent aujourd'hui une idée malheureusement encore très imprécise, du processus de formation des rêves.
    Dans le prochain article, j'essayerai d'abord de vous expliquer  ce que sont attention et conscience (au sens “être conscient de” et non au sens moral), la différence entre les situations d'éveil et de sommeil, et enfin quelles sont les diverses phases du sommeil et leur lien avec les rêves.
    Ces points étant connus, je vous donnerai ensuite, dans l'article suivant, une idée des origines et des explications des rêves.

Dimanche 15 juillet 2007 à 18:28

Tristesse, désespoir

    Dans l'article précédent je disais que pour lutter contre la tristesse, contre nos idées noires qui tournent en rond dans notre cerveau émotionnel, et retrouver l'équilibre, il fallait arriver à faire intervenir à nouveau notre cortex, la partie de notre cerveau qui réfléchit et analyse logiquement les situations.

    Puisqu'on ne peut s'empêcher de penser à nos problèmes, d'accord, mais pensons y autrement.
    Au lieu de nous lamenter sur leurs conséquences néfastes, de s'angoisser à se demander quelle catastrophe pourrait nous tomber dessus, essayons d'examiner la situation de façon logique, en raisonnant.
    Essayons de décortiquer nos problèmes, d'examiner leur environnement, de rechercher leur causes.
    Sont ils si terribles que cela, n'ont ils que des conséquences nuisibles, n'ont ils pas quelques aspects positifs? Notre situation n'a sûrement pas que des cotés négatifs.
    Si nous avons réussi à décortiquer ainsi problèmes et tristesse en leurs éléments élémentaires, peut on rechercher des solutions pour atténuer leur coté néfaste, ou pour supprimer leurs causes ?

    Bien sûr c'est plus facile à dire qu'à faire.
    Ceux dont les préférences de décison et de comportement sont L (la logique) et J (agir sur les événements) , y arriveront plus facilement que ceux dont les préférences sont V (valeurs et goüts) et P ( s'adapter aux événements).
    Si vous n'arrivez pas à remettre en selle votre cortex faites vous aider.

    Et si nous voulons aider quelqu'un dans ce cette situation que faire ?

    Dans ces cas là, je cherche d'abord à comprendre ce qui se passe et donc je vais écouter la personne qui est plongée dans ses idées noires, essayer de comprendre ce qui lui arrive, ce qui la tourmente, et quel est son environnement, notamment familial ou amical, et sur quoi ou qui, elle peut s'appuyer.
    Mais en essayant de comprendre, je pose des questions plutôt logiques que sentimentales, j'essaie de pousser la personne à faire une analyse objective de ses problèmes, bref de l'obliger à refaire fonctionner son cortex.
    Cela ne veut pas dire que ses problèmes sont résolus et qu'elle peut les oublier, mais en général on arrive ensemble à empêcher les idées noires de continuer à tourner en rond dans le cerveau émotionnel et d'aggraver ainsi le stress ou l'angoisse.
    Une autre méthode complémentaire est de solliciter son cortex préfrontal, en essayant de tourner le dos au passé et de penser uniquement à l'avenir, à ce que l'on va faire, à des projets, à des objectifs que l'on va se donner.

   Il faut aussi se rappeler que l'ennui et l'oisiveté sont sources de tristesse car on pense alors trop aux cotés négatifs de notre vie.
    Au contraire une vie très active que ce soit dans sa famille ou avec des amis, ou même des occupations solitaires telles que lire écrire, écouter de la musique (mais pas de la musique triste et pas toujours la même en boucle !!), travailler, ranger sa chambre, bricoler, faire un travail artistique, toutes ces activités permettent de ne pas se complaire dans sa tristesse et d'obliger cortex et cerveau émotionnel à penser à autre chose.

    Enfin certaines d'entre vous me disent qu'elles ont du mal à s'endormir, car c'est à ce moment qu'elles pensent à tous leurs problèmes, à leurs malheurs passés, aux événements néfastes qui sont arrivés ou qui pourraient survenir.
    Le remède est analogue : il faut arriver à ce que ces pensées obsédantes ne tournent plus en rond dans notre cerveau émotionnel et que notre cortex nous aide à rester objectif et à penser à autre chose.
    Une bonne recette n'est pas de compter ses moutons LooL, mais de lire un ou deux chapîtres d'un livre intéressant, de faire un mot croisé, de résoudre un sudoku, bref d'avoir une occupation deconnectée de nos problèmes, puis, une fois cette occupation terminée, d'essayer de faire le vide dans son esprit.
    En général, on arrive alors à s'endormir.

    Quant aux cauchemars, il ne faut pas y attacher d'importance.
    Mon prochain article sera justement consacré aux rêves.

Vendredi 13 juillet 2007 à 12:07

Tristesse, désespoir

    Mes correspondantes me disent souvent “ je n'arrive pas à chasser mes idées tristes, à ne pas penser à mes problèmes, j'angoisse et je stresse, j'ai souvent des crises de larmes; je ne sais pas comment en sortir.”
    Voyons comment réagit notre cerveau dans de telles circonstances.

    Le schéma ci après est une image très simplifiée du cerveau émotionnel.



    Les perceptions provenant de nos sens sont interprétées par des centres spécialisés du cerveau (vue, ouie, toucher, odorat, goût) et dont le thalamus, fait d'abord une synthèse, et avant d'envoyer les informations au cortex, il les transmet aux centres amygdaliens.
    Ces centres gèrent des sentiments tels que la crainte, la peur, la colère, le stress (et engendrent des réactions de défense et de survie).
    Ils communiquent ces renseignements aux gyrus cingulaire et insulaire, (voir les flèches rouges) qui contrôlent notamment nos émotions, nos réactions de communication en société, nos sentiments sur les autres personnes.
    En quelques dixièmes de seconde nait ainsi une réaction de perception émotionnelle immédiate que nous avons déjà décrite dans un article précédent.
    Puis les informations sont ensuite transmises au cortex (flèches bleues), qui réfléchit, dirige les prises d'information et les décisions d'actions.
    Cette transmission se fait à travers des centres intermédiaires de stockage provisoire du cortex préfrontal, espèces de mémoires tampons analogues à celles d'un ordinateur stockant les informations provenant du disque dur.  Cela nous explique que nous ne pouvons traiter en même temps qu'un nombre d'informations limité : cinq à sept seulement.

    Quand des problèmes sentimentaux ou tristes nous obsèdent, que nous sommes sous le coup d'une émotion stressante, cette transmission vers le cortex ne se fait pas. Les informations et nos pensées émotionnelles se mettent à “tourner en rond” dans notre cerveau selon les flèches rouges, passant et repassant par les centres amygdaliens, qui rajoutent à notre angoisse et notre stress.
    Ce circuit (flèches rouges), un peu caricatural certes par rapport à un réalité plus complexe, s'appelle le “circuit de Papez”, du non du neurologue qui l'a étudié.
    Le cortex ne vient donc plus réléchir et mettre de l'ordre dans nos pensées et nous ne sortons pas de notre tristesse et de nos préoccupations qui nous obsèdent sans cesse. Des crises de larmes viennent évacuer le trop plein de stress comme nous l'avons dit dans l'article précédent .

    Alors que faire pour lutter contre cet état et retrouver l'équilibre.?
 Il faut arriver à faire intervenir à nouveau notre cortex. Ce sera le sujet du prochain article.



Mercredi 11 juillet 2007 à 15:29

Tristesse, désespoir

    Rien n'est aussi étrange qu'un être humain qui pleure et pourtant cela arrive souvent et à tous.
    Mais c'est une caractéristique humaine : les animaux gémissent ou crient, mais aucun ne verse des larmes d'émotion. Les glandes lacrymales, quand elles existent comme chez les primates, ont un simple rôle de lubrification de l'oeil.
    Chez l'être humain, une connexion neuronale existe entre les glandes lacrymales et les zônes du cerveau émotionnel. qui détectent, ressentent et expriment des émotions.

    Comme chez les animaux, les larmes humidifient l'oeil à chaque battement de paupière.
    Autre fonction physiologique, humecter l'oeil agressé par un coup ou un produit chimique irritant (quand vous pelez des oignons par exemple).
    Les larmes émotionnelles sont très particulières : elles contiennent beaucoup plus de protéines, de potassium et de manganèse que les précédentes larmes à vocation physiologique.
    Elles sont aussi très chargées en hormones et notamment en prolactine qui contrôle les neuromédiateurs des récepteurs nerveux des glandes lacrymales et en ACTH (adénocorticotropine), qui est produite lorsque nous sommes stressés et anxieux.
    Les femmes, qui ont après la puberté, une concentration naturelle plus élevée en prolactine que les hommes, pleurent plus souvent qu'eux. Ce n'est pas parce que les hommes sont plus forts et moins sensibles : un mythe qui s'écroule ! !

    Le système nerveux autonome contrôle des opérations inconscientes, telles la respiration et la fréquence cardiaque, ainsi que le fonctionnement d'organes, tels les reins ou le cerveau. Il est lui même constitué de deux sous-systèmes, nommés sympathique et parasympathique. Le rôle de ces sous-systèmes dans les pleurs est controversé, mais intéressant.
    Le système nerveux sympathique prépare à la fuite ou au combat - physiquement, mentalement et émotionnellement .
Quand nous avons peur, il envoie des messages pour préparer notre corps à résister et à se battre - ou à fuir.
    Le système nerveux parasympathique ramène ensuite les fonctions activées dans leur état normal.
    Certains neurologues pensent que les pleurs sont dues à une contrariété (donc commandées par le système sympathique), et d'autres au contraire que l'organisme recherche ainsi un soulagement ( et donc commandées par le système para-sympathique).
Aucune étude à ce jour n'a pu les départager.
    On pourrait penser que nous cherchons à surmonter notre contrariété pour éviter un stress trop important.

    Les larmes pourraient avoir, pour notre espèce un rôle de communication destiné à augmenter l'entr'aide et la coopération nécessaires entre personnes.
     Elles se remarquent et sont le résultat d'une souffrance.
Mais comme elles n'apparaissent que chez une personne qui ressent de profondes émotions, elles ne sont pas faciles à simuler. Elles envoient donc un message clair : les sentiments sous-jacents sont réels et, par conséquent, doivent être pris au sérieux.
    Les larmes révèlent notre état le plus vulnérable, indiquent que toutes nos défenses se sont effondrées.
    Les liens émotionnels intenses qui se forment en partie grâce aux pleurs auraient permis aux communautés humaines de s'allier plus efficacement que cela n'aurait été le cas autrement.

    Des relations sociales complexes demandent des moyens complexes de communication. Dans notre espèce, le langage est l'un de ces moyens.
    Les larmes, avec les messages forts et visibles qu'elles apportent, en sont un autre. en associant les émotions primaires avec un cerveau humain capable de réfléchir sur ses sentiments.
    Elles aident à surmonter des émotions qui restent hors de portée des mots, qu'il s'agisse d'une profonde tristesse, d'une frustration, de joie, de fierté ou de douleur. Les larmes nous renseignent là où la syntaxe et les mots sont inefficaces.
    Sans les larmes nous ne serions pas humains.

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