Jeudi 2 août 2007 à 19:02

Scarification, suicide

        Cet article est destiné à celles qui sont vraiment très tristes au point de penser parfois que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, mais qui ne pensent pas donner un sens à leur geste (j'ai traité cela dans mon dernier article), mais simplement ont cette idée par lassitude de leur état de souffrance.

        D'abord je sais que vous ne simulez pas, que vous souffrez réellement et que l'envie de mourir que vous avez parfois n'est pas feinte.    
Mais je sais aussi que la plupart d'entre vous ne souhaiteraient pas vraiment mourir et que vous voulez seulement échapper à une situation qui vous parait insupportable et sans issue, et que vous n'avez pas encore trouvé d'autre solution.

   
        Mon propos aujourd'hui, sera donc d'essayer de vous persuader, tant que vous raisonnez encore, que le suicide n''est p)as la bonne solution.
        En aucun cas je ne vous jugerai, et pour moi, il ne faut ni être courageux, ni lâche, pour penser au suicide, mais simplement ne pas avoir trouvé la clé de la porte de sa souffrance, qui conduit au bout du tunnel.

        Dites vous d'abord que tant que vous resterez en état de raisonner, que vous penserez logiquement, vous avez des chances de vous en sortir.
        Voltaire écrivait : “Ce n'est pas que le suicide soit toujours de la folie. Mais en général, ce n'est pas dans un accès de raison que l'on se tue”.
        Il y a des milliers de gens qui souffrent plus que vous, qui sont dans des situations bien plus difficiles et qui s'en sortent, qui s'en sont sortis.
        Il y a aussi ceux qui sont au bord de la mort dans des situations désespérées, et qui luttent pour vivre. Pensez à cette petite fille, atteinte d'un cancer, qui disait à une de mes jeunes correspondantes : “Je voudrais être comme toi... parce que tu vas vivre longtemps...”

    Ceux qui veulent vraiment s'en sortir y arrivent alors pourquoi pas vous ? Réfléchissez y !

    Ma deuxième réflexon que j'ai déjà faite souvent, c'est que vous voulez mourir pour ne plus souffrir, pour être soulagée de cette souffrance.
    Mais la souffrance comme le soulagement sont des sensations que notre cerveau ne peut ressentir que si nous sommes vivants.  Donc vous ne ressentirez pas le soulagement que vous cherchez, si vous êtes mort. La seule façon de le sentir, est de vivre et de remonter la pente.

    Par ailleurs mourir est au contraire une source d'angoisse et de souffrance.   
    Des personnes qui ont fait une tentative, m'ont raconté combien le suicide est pénible. Moi non plus je ne le savais pas.
    D'abord on a peur avant, et on est très angoissé, on hésite et c'est une véritable torture de l'esprit. Puis juste après, on panique parce qu'on ne peut plus revenir en arrière, que l'on ait pris des médicaments ou que l'on se soit ouvert les veines
    On se sent partir, on a peur, on ne veut plus, on veut revenir à la vie, on crie au secours, aidez moi, soignez moi et personne n'entend. On panique et c'est une souffrance horrible, celle de tout le corps, qui n'est rien à coté de la souffrance uniquement psychologique d'avant sa tentative.
    En plus quand on se rate, si le cerveau est privé trop longtemps d'oxygène on peut restre paralysé toute sa vie.
    La mort sans souffrance, ce n'est qu'un rêve, un rêve absurde et sans espoir.

    Le suicide n'est pas une fin en soi. C'est la fin de soi
    Quand vous serez morte, vous ne pourrez plus regretter votre geste, vous ne pourrez plus revenir en arrière, vous ne ressentirez plus rien, ni joie, ni souffrance.
    Alors que vous apportera cette issue autre que le néant ?
    Aucune situation, aucun chagrin, aucune personne qui vous a trahie ne vaut la peine que l'on quitte cette vie.
    Ce sont des situations passagères qui nous font certes souffrir, mais elles ne dureront pas éternellement et le bonheur revinedra, alors que la mort est, elle, définitive et tout espoir sera perdu à jamais.

    Françoise Sagan disait “Quand on se tue, c'est pour infliger sa mort aux autres.”.  Sans aller jusque là, avez vous pensé à ceux que vous laissez derrière vous, à vos parents, à vos amis, qui seront  désespérés de votre mort et qui culpabiliseront de ne pas avoir pu vous en empêcher.
    Pouvez vous vous sentir responsable de leur peines futures, pouvez vous leur infliger cela, alors qu'il suffirait que vous décidiez de vivre pour leur épargner ce désespoir ?

    Enfin ne culpabilisez pas de vous sentir suicidaire. Vous n'êtes ni folle, ni forte, ni faible, ni incapable, ni idiote. Cela ne veut même pas dire que vous vouliez vraiment mourir, mais que vous avez plus de souffrances que vous n'avez de volonté et de ressources, pour pouvoir être plus forte que cette douleur et la dominer
    Le poids de cette douleur est trop fort pour vos épaules, et il risque de vous mettre à terre.    
    Il faut donc réagir avant et appeler à l'aide pour que quelqu'un vous soutienne momentanément, vous prête son épaule pour que vous puissiez vous y appuyer, et vous soulage ainsi d'une partie du poids de votre souffrance.

Mercredi 1er août 2007 à 15:30

Scarification, suicide

    Il m'est arrivé plusieurs fois de me trouver sur internet, face à une jeune qui m'avait appelé à l'aide, parce qu'elle voulait prendre des médicaments pour quitter la vie et qui tout à coup avait eu peur de son geste.
    Je crois qu'en définitive, si elle m'avait appelé c'est qu'elle ne voulait pas mourir, mais on n'est jamais certain de cela, on n'est pas rassuré, on a peur de ne pas savoir trouver les mots qu'il faut, et on a peur de ne pas réussir.
    Et une fois je crois que ma “guenon” (le vieux singe que je suis ne trouve pas d'autre mot d'amitié) avait vraiment envie de passer à l'acte et j'avais l'impression de ne pas y arriver et j'avais très peur.
    Alors peut être puis-je faire quelques remarques, pour le cas où vous vous trouveriez un jour embarqué(e)s dans une telle galère, mais je ne suis pas psy, ce ne sont donc que des observations personnelles.
    Pour faciliter mon texte, je l'écrirai au féminin, mais rien ne changerait si c'était un garçon qui vous demandait de l'aide.

    Tout d'abord, comment dialoguer ?
    Les mails sont lents; il faut attendre la réponse de l'autre et pendant qu'il écrit, il peut se passer bien des choses dans sa tête..Il faut essayer de faire de tout petits mails pour qu'il y ait un échange rapide analogue à MSN.
    MSN c'est mieux, parce que cela va plus vite; il y a un contact immédiat on peut réagir. Mais il est commode d'écrire sur un traitement de texte un “projet de réponse” pendant que l'autre tape son texte pour ne pas perdre de temps et faire ensuite des copier-coller sur la fenêtre MSN. On arrive ainsi à faire presque une “conversation”.
    Ecrire est bénéfique pour celle qui a des intentions de suicide, cela l'oblige à réfléchir, mais en sera t'elle capable, car écrire demande un bon fonctionnement du cortex ?.
    Le téléphone portable, c'est finalement la meilleure solution, car c'est rapide et on écoute non seulement les paroles, mais aussi les intonations de la voix. Seulement attention, on peut corriger avant d'envoyer un texte, mais on ne corrige pas la parole, alors il faut réfléchir avant de parler!! Ne pas dire de bêtises !!

    D'abord essayez vous même de rester calme, de ne pas paraître effrayé(e), oubliez surtout vos convictions, votre propre peur de la mort, vos préoccupations à vous.
Ce n'est pas de vos problèmes, de vos pensées qu'il s'agit, mais de celles de la personne qui est en face de vous et qui vous a appelé(e) et a donc confiance en vous..
    On ne vous demande pas votre avis : on vous demande d'aider celle qui vous appelle.
    Bien sûr il faut arriver à la convaincre, mais on n'est, ni en train de faire un devoir de philo, ni dans une réunion politique, ni en train de discuter avec des copains.  A priori vous ne savez pas comment vous y arriverez, et il va falloir que vous trouviez comment vous allez vous y prendre.

    Une recommandation importante, ne la jugez pas, ne lui dites surtout pas que c'est mal ce qu'elle veut faire. Vous n'êtes pas là pour faire de la morale, mais pour essayer de diminuer une souffrance.
Ne vous laissez surtout pas embarquer dans une discussion pour savoir si se suicider est lâche ou courageux, si c'est bien ou mal au plan moral ou religieux. Quelle importance ? Croyez vous que cela diminuera sa souffrance ?

    Et quoiqu'elle vous dise, même si vous trouvez idiotes et exagérées les raisons qu'elle vous donne de son envie de mourir, ne doutez pas de sa souffrance. Cette souffrance est peut être démesurée par rapport à ses causes, mais elle est réelle, et pour en arriver à désirer mourir, son désespoir sur le moment est grand. Certes il n'est peut être que passager, il passerait peut être rapidement, mais si elle est passée à l'acte avant, ce sera trop tard.

    La première chose à faire, même si vous la connaissez déjà, c'est de l'écouter, même si son langage est un peu incohérent (et plus il l'est plus la situation est critique).
Il faut arriver à savoir ce qui lui arrive, à écouter sa souffrance pour la comprendre et la mesurer.
Quand vous ne comprenez pas, essayez de poser des questions, doucement, clairement, sans s'énerver, sans l'énerver aussi. Essayez surtout de lui montrer que son histoire vous intéresse, que vous êtes son ami(e), que sa souffrance, vous la faites vôtre.
    Ce n'est que lorsqu'on a bien compris cette souffrance, ses causes et leur importance relative, que l'on pourra vraiment faire quelque chose.

(suite dans l'article ci après)

Mercredi 1er août 2007 à 15:26

Scarification, suicide

    Dans un tel moment la personne a besoin d'affectivité de se sentir aidée, épaulée, d'avoir confiance en vous. Il faut donc d'abord essayer de la rassurer sur le plan affectif, lui dire qu'on est là, qu'elle peut s'appuyer sur vous, que l'on va essayer de comprendre et de partager sa souffrance, de l'aider à la surmonter, que son état actuel est passager, que cela va aller mieux maintenant que vous êtes là, près d'elle.
    Il faut essayer de faire rentrer dans la pensée de la personne que l'on peut s'en sortir, que d'autres l'ont déjà fait et qu'elle n'est plus seule pour le faire.
    Et ne croyez pas que parler du suicide avec quelqu'un qui a envie de se suicider augmente cette envie : votre interlocutrice a, au contraire, besoin d'en parler, de “vider son sac”, de partager sa douleur. C'est pour cela qu'elle vous appelé(e).

    Une chose très importante est de savoir alors si la personne raisonne encore et si des arguments logiques peuvent encore la toucher, ou si elle est en plein délire sentimental, si elle est submergée par sa tristesse et dans ce cas, les arguments raisonnables et logiques n'ont plus de poids.
    Cela vous le verrez à la façon dont elle vous fera part de sa souffrance et des raisons, si son discours est raisonnable et sensé ou au contraire, si il n'est fait que de sensations affectives, de plaintes, de désespoir.
    Car là il va falloir décider de la façon dont vous allez essayer de la convaincre.

    Si elle est  encore en état de raisonner, vous pourrez faire appel à son intelligence, à la logique, à des arguments ratiuonnels. Mais sachez que ces arguments, s'ils sont efficaces avec des personnes qui ont simplement des idées morbides, par contre si la personne est au bord du gouffre, elle ne raisonne plus, et ils sont inefficaces.
    Ces arguments raisonnables, je les développerai dans un autre article, car une de mes correspondantes m'a suggéré d'en faire un pour celles qui auraient des idées mortifères, mais sans être encore dans le désespoir et proches du suicide et donc qui peuvent encore réfléchir logiquement.

    Alors que faire avec quelqu'un qui, désespérée a perdu tous ses repères rationnels?
    On ne peut plus agir qu'au niveau des sentiments et le but immédiat c'est de forcer le cerveau de la personne à oublier quelques secondes son désespoir pour revenir à la raison : rétablir le contact entre le cerveau émotionnel et le cortex. Et là il faut improviser en fonction de ce qu'elle vous dit.

    L'une de mes correspondante m'a montré qu'elle avait très peur de la mort et j'ai essayé d'augmenter cette peur à tel point que son cerveau tout à coup a réagi “n'en rajoute plus”, est revenu dans le rationnel et on a pu discuter.
    Je connaissais bien une autre de mes interlocutrices depuis quelques mois et elle m'avait confié ses espoir, ses projets futurs qui lui tenaient à coeur et on en avait beaucoup discuté.  Je le lui ai rappelé ces projets que je l'avais aidée à construire, et je lui ai dit qu'elle ne pouvait abandonner, faire cela ni à elle, ni à moi. Et on s'est remis à parler de ces projets, de façon affective d'abord, rationnelle ensuite et l'envie d'un avenir est revenue.

    Il n'y a pas de recette, il faut faire au mieux, et si l'on a trop peur de ne pas réussir, appeler quelqu'un d'autre à l'aide

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