Samedi 31 mai 2008 à 14:44

Solitude, Ennui, Absence



    Laissez un enfant seul, après s'être ennuyé quelques instants, il trouve un insecte, une feuille, une fleur qu'il se met à examiner, ou bien il se observe un spectacle : un immeuble qui se construit, des autos dans la rue, des avions qui décollent au loin.    

    L'environnement intéresse l'enfant et l'ennui n'est plus là.
    Laissez un adolescent seul, après avoir trouvé qu'il perd son temps, qu'il ne sait pas quoi faire, il va venir vous trouver pour vous dire qu'il s'ennuie ou bien il va se morfondre et tourner en rond.
    En classe la somnolence vous gagne, vous avez de plus en plus de mal à écouter votre professeur. Vous prenez des notes de façon automatique, sans comprendre ce que vous écrivez. Combat perdu d'avance : vous vous ennuyez

    Nous attribuons en général l'ennui au fait que l'environnement ne nous intéresse pas, que de ce fait nous ne sommes pas motivés, nous n'avons envie de rien faire et finalement nous n'avons rien à faire.
   
    Que disent les psychologues de l'ennui, qu'ils étudient depuis près d'un siècle.?

    Vers les années 1930, ils étudiaient dans les usines les tâches répétitives et fastidieuses et leurs études ont montré que l'ennui et le sentiment de fatigue qui l'accompagne, résultaient d'un manque de vigilance et de motivation, les tâches correspondantes étant considérées comme inintéressantes par l'individu.
Des stimulants comme les amphétamines , l'adrénaline, la caféine... diminuaient ces sensations.
    Ces études n'ont vraiment évolué qu'à partir de 1986 lorsque le psychologue Norman Sundberg, qui est un professeur connu de l'université d'Orégon, a développé un questionnaire-test  (28 items) et une échelle d'inclination à l'ennui, dont le but était d'étudier la sensibilité des individus à l'ennui dans diverses situations.

    Les études menées par la suite ont montré que si toutes les personnes éprouvaient de la lassitude devant des tâches répétitives, monotones et contraignantes, par contre certaines personnes étaient davantage sujettes à l'ennui, et que cet ennui venait d'un manque de stimulations.

    Les extravertis en particulier s'ennuient plus facilement que les introvertis.
Les introvertis, habitués à évoluer dans le monde de leurs idées, de leur propre pensée, ont la capacité de s'occuper dans toutes sortes de situations et sont en général plus créatifs et ont de nombreux passe-temps et centres d'intérêt et donc s'ennuient moins.
    Les extravertis qui tirent leurs motivations de l'extérieur et en particulier des autres hommes, ont donc besoin de davantage de stimulations venant de l'environnement.
Si le monde extérieur ne fournit pas assez de nouveautés intéressantes, si personne n'est là pour les occuper, les extravertis ressentent l'ennui et la solitude.

    Ils ne sont pas capables, comme les introvertis de “s'auto-stimuler”.

    Des études plus récentes ont montré que l'ennui pouvait venir chez beaucoup de personnes d'une certaine incapacité à faire attention et à se concentrer, à trouver de l'intérêt à ce qu'ils font.
    Les chercheurs ont trouvé que les personnes distraites, sujettes à l'oubli et inattentives avaient une tendance marquée à s'ennuyer.
    Il est certain que dans le monde actuel qui est centré autour des moyens de communication et des médias, avec en plus la vie devenue trépidente, nous sommes devenus inattentifs par nature, dérangés sans cesse, ayant l'habitude de “zapper” d'une occupation à l'autre, de telle sorte que beaucoup de jeunes sont incapables de se concentrer pendant longtemps. Si donc on leur impose une tâche trop longue, ils “décrochent” et s'ennuient.       
    En fait les tâches trop faciles sont ennuyeuses, de même que les tâches trop difficiles ou anxiogènes.
    Certains psychologues ont même défini l'ennui comme étant le contraire de la capacité à fixer son attention sans effort, à se focaliser sur la tâche entreprise, à se laisser absorber par elle. C'est un manque d'intérêt.

    Les neurobiologiste ont plus récemment cherché si l'on pouvait trouver des raisons de l'ennui dans la structure du cerveau.
Ils n'ont pas pour le moment réussi à trouver des centres responsables, mais ils ont montré que des patients ayant des lésions du cortex frontal ou de certains centres du gyrus cingulaire dans le cerveau émotionnel, qui sont concernés par la conscience, la vigilance et l'attention, présentaient une tendance marquée à s'ennuyer, une recherche de sensations forte et une prise de risques incontrôlée.

    Des études d'imagerie cérébrale ont également montré qu'il existait dans le lobe frontal des circuits impliqués dans la perception du temps qui passe. Des lésions de ce lobes peuvent déformer cette perception et on constate que cela empêcherait de s'engager pleinement dans une tâche et que que les personnes sujettes à l'ennui auraient l'impression que le temps passe plus lentement que les autres personnes.

    Nous venons donc de voir que l'environnement peut avoir de temps à autre une influence sur nous en suscitant l'ennui et cela d'autant plus que nous sommes sujets à des déficits d'attention.

    Mais chez certaines personnes cet ennui peut devenir une manifestation chronique.
Ce sera l'objet de mon prochain article.



Vendredi 30 mai 2008 à 8:31

Divers

    J'ai beaucoup de travail et je dois être légèrement fatigué en ce moment, car je me choque facilement et je dois donc être un peu susceptible.

    J'écoutais le journal télévisé hier soir à 20h et j'ai entendu un interview d'une directrice d'un hôtel qui sous-traitait l'entretien de ses chambres à une entreprise de nettoyage.
    Cette entreprise sous-traitante utilisait (et exploitait manifestement),  des travailleurs sans papiers.
    La directrice se défendait devant les questions du journaliste, en disant qu'elle n'était pas responsable des personnels de son sous-traitant et n'avait pas à vérifier leur état civil et que seule, l'entreprise de nettoyage à laquelle elle passait un contrat, était responsable.
    Je n'entrerai pas dans cette discussion, (elle a sans doute raison sur le plan juridique), pas plus que dans le problème délicat de l'immigration clandestine et des sans-papiers.
    Ce n'est pas le sujet de cet article.

    Par contre j'ai entendu la phrase suivante dans la bouche de cette directrice, phrase qui m'a vraiment hérissé mes poils de vieux singe.

    “ C'est l'entreprise à laquelle je passe un contrat qui est responsable de ses personnels. Moi j'utilise les femmes de ménage qu'elle m'envoie comme j'utilise la cafetière électrique de mon bar que j'ai en location."

    Dire que lon utilise une femme de ménage, noire de surcroit, comme une cafetière, me parait dénoter un tel mépris de l'humain que j'en suis resté muet.
    Je me suis cru un instant revenu quelques siècles en arrière, au temps de l'esclavage.
       
    Dommage que la télévision n'ait pas mentionné le nom de cette chaîne d'hôtel. Je me serais juré de ne jamais y mettre les pieds.
    Mais ce qui m'a tout autant scandalisé, c'est que le journaliste n'a même pas réagi à ce propos.
    A croire que pour la télévision les spectateurs ne sont plus que des numéros de robots.

Jeudi 29 mai 2008 à 9:11

Solitude, Ennui, Absence

    Il m'arrive souvent dans mes discussions avec mes correspondant(e)s ou avec mes petits enfants, que l'on me répète : “je m'ennui iiiiie....!!!.” , avec beaucoup de tristesse et en se lamentant sur les méfaits de la solitude.
    Cela me parait effectivement un symptôme courant de la jeunesse actuelle, voire même de notre temps.
    Alors j'aimerais y réfléchir avec vous, probablement en plusieurs articles pour qu'ils ne soient pas trop longs.

  Aujourd'hui je ne parlerai que du petit enfant, disons entre deux et six ans.



 
    J'ai peu de souvenirs de cette lointaine enfance, mais j'ai souvent observé de jeunes enfants dans ma famille. Il me semble qu' ils ne s'ennuient jamais.

    D'abord le petit enfant n'est jamais seul. Il peut, sans difficulté imaginer la présence de ses parents près de lui, surtout de sa mère, qui l'accompagne dans ses soliloques. Il a aussi près de lui son “doudou”, ses ours en peluche et ses jouets préférés.
    Et même sans eux, l'enfant ne s'ennuie pas il découvre le monde.
    Je pense que comme moi vous avez joué à faire entrer ou sortir un escargot de sa coquille.
    “Escargot, montre moi des cornes , ou sinon, je te casse ta maison !“ dit la chanson enfantine.

    Bien sûr l'enfant cherche d'abord à jouer avec ses jouets. Mais cela ne l'occupe qu'une partie du temps
    Il ne s'ennuie pas pour autant; l'enfant est intéressé par tout ce qui l'entoure et la moindre petite chose capte son attention : un insecte qui butine, une grue qui construit un immeuble, les oiseaux qui viennent manger des graines sur un balcon, les avions qui atterrissent au loin, sa mère qui fait la cuisine ou son père qui bricole.
    Il regarde attentivement, cherche à comprendre, observe pour pouvoir imiter. Il découvre ce qui l'entoure et se forge peu à peu une certaine expérience.
Au fond l'enfant s'amuse de tout, car tout pour lui est une aventure, une découverte, une nouveauté, une stimulation.
     Ses sens sont en éveil, son attention est soutenue, son cortex frontal réfléchit, sa mémoire emmagasine et des tas de questions fusent. Et lorsqu'il ne s'agit pas de choses nouvelles mais de jeux avec des objets connus, alors son imagination invente, lui raconte un conte, une nouvelle histoire. Il joue alors un jeu de rôle.
   
    Quand il est en bonne santé, l'enfant est dans son monde à lui, heureux.
    Tout pour lui est nouveauté, stimulation, imagination.
    L'ennui, il ne connait pas, sauf si les adultes lui ont inculqué cette notion, malgré lui.

    Malheureusement il n'en sera plus de même lorsqu'il grandira.
    Pourquoi un ado s'ennuie t'il alors, j'essaierai d'y réfléchir dans un prochain article.

Mercredi 28 mai 2008 à 11:31

Divers

    J'ai lu sur un blog d'un jeune qui par ailleurs me semblait raisonnable, cette phrase qui personnellement, m'a choqué :

“...S'il n'y avait pas les pauvres il n'y aurait pas de plaisir à être riche...”

    Je n'ai pas voulu laisser de commentaire qui risquait d'entamer une polémique.

    Le jeune se plaignait de ne pas disposer d'assez d'argent de poche pour pouvoir acheter la même chose que ses camarades de lycée, ses parents n'étant pas fortunés et il cherchait des stages pour l'été, tâche pas toujours facile.
    Cela me semblait très louable et raisonnable.
    Je me demande si cette phrase, qui concluait son article, reflète bien sa pensée. Mais cela n'avait pas l'air non plus, d'une boutade destinée à faire un peu de provocation.
    Que l'on me dise quand on n'a pas pu acheter quelque chose dont on avait envie, que l'on souhaiterait être riche pour pouvoir le faire, je comprends parfaitement, même si je suis persuadé que pouvoir s'offrir instantanément tout ce qu'on désire n'est sans doute pas une des clés du bonheur, car tout désir trop vite satisfait n'engendre pas autant de plaisir que l'on croit, car, avec cette habitude, on passe tout de suite à une autre envie.
    Mais par contre dire qu'il faut qu'il y ait des pauvres pour que les riches trouvent le plaisir de l'être me semble malsain. Cela me fait presque le même effet que si on se réjouissait qu'il y ait des pauvres sur terre.

    Est ce un signe des temps chez certains jeunes, une conséquence du martelage médiatique et de la société de consommation?
    Ou bien est ce seulement que manier le français n'est plus une habitude naturelle et que ce jeune s'est seulement mal exprimé.? Je le souhaite.
    Peut être voulait il dire qu'il aimerait être riche, car il apprécierait alors tous les avantages qu'il aurait par rapport à la période à laquelle il était pauvre.
Cela je le comprendrai car ce serait une simple référence à lui même.
    Au fond ce qui m'a choqué, c'est la référence à des pauvres autres que lui même, ce qui m'apparaissait comme un summum d'égoïsme, voire de cynisme.

    Il me semble que les guenons avec lesquelles je corresponds  seraient plus altruistes. Peut être aussi que la plupart d'entre elles maniant mieux notre langue, se seraient sans doute exprimées plus clairement.

    Ou encore ma mentalité de vieux singe est elle peut être "cromagnon" ? ( ou anthropopithèque, si vous préférez !).   

Mardi 27 mai 2008 à 8:48

Oiseaux

    Pas d'article sérieux aujourd'hui : j'ai des tas de mails à faire à mes guenons et je suis à la bourre, alors un petit tour sur ma terrasse en région parisienne.

    Un petit intermède avec les pigeons de mes petites filles !
N'allez pas croire qu'il s'agit de leurs petits amis, ce sont bien de véritables oiseaux
    
  

 
Un pigeon était venu presque mourant, s'affaler sur ma terrasse.

 Nous
l'avons soigné nourri et il s'est “remplumé” et un jour est reparti.







    Mais ensuite il est revenu régulièrement nous voir  et certes casser aussi un peu la graine. Mes petites filles l'adorent et l'ont appelé “Vaillant”, car il a maintenant l'air très fier.
   









    Ses copains viennent parfois le voir et il les invite à déjeuner avec lui
J'avoue ne pas savoir à distance distinguer si c'est un pigeon ou une pigeonne !







    Et puis parfois il y a des intrus, un couple de canards de l'étang Colbert, et qui fait étape sur la terrasse lorsqu'il va vers le canal du parc de Sceaux ou vers l'étang de l'Arborétum.

    C'est beau un "colvert" au printemps avec ses vives couleurs

    Cela me rappelle quand j'avais 5 ans le livre "Plouf" du Père Castor

   





    Un gros héron passe aussi en rase motte au dessus de la terrasse, mais hélas, je n'ai pas encore pu le photographier;



Lundi 26 mai 2008 à 7:55

Histoires drôles




     Puisque mes derniers articles parlaient de l'Education nationale, pensons aussi à ses “petits élèves” de l'école communale.


    Je lisais récemment sur internet un bêtisier sur les animaux et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques unes de mes lectures, qui m'ont fait sourire.


    “ ...--Le crocodile est un gros insecte nuisible aux Africains”
    (J'espère  qu'il ne volera pas par dessus la Méditerranée ! )

    “...Quand un éléphanteau n'est pas sage il reçoit de papa et maman de grands coups de trompe dans la gueule.”
    (Je crois que je n'aurais plus de scrupules à donner une petite claque à mes petits-enfants !)

    “ ...Attention quand vous êtes devant une vache et qu'elle fait meuh, c'est qu'elle est prête à vous attaquer”
    (Qu'en penses tu Carinecow ?)

    “...Les vaches sont végétariennes et ne mangent que de l'herbe car si elles mangeaient du boeuf, elles devraient dévorer leur mari !”
    ( Et en plus, sans faire cuire le beefsteak !)

    “ Le porc s'appelle un cochon parce qu'il est dégueulasse !”
    (Et le porc est l'animal dont la peau ressemble le plus à celle de l'homme )

    “.. Les bons microbes sont ceux qui nous font mourir lentement”
    Je dédie cette dernière pensée profonde à mes chères  correspondantes qui sont en train de passer leur concours de P1 (1ère année de médecine).



Dimanche 25 mai 2008 à 8:12

Enseignement, école, fac



    Puisque j'avais commencé à parler des réformes de l'Education Nationale, autant continuer par une question qui m'a rendu perplexe.

    Certains d'entre vous m'ont demandé ce que je pensais d'une des nombreuses idées du ministre, qui voudrait qu'au collège, on apprenne la politesse aux élèves.
    Alors je me suis demandé, si j'étais prof, comment faudrait il m'y prendre. ?

    Essayons de réfléchir et d'abord qu'est ce que la politesse?

    La politesse c'est un ensemble de règles destinées à rendre meilleurs nos rapports entre personnes à l'intérieur de notre société et cela dans la vie de tous les jours. C'est un régulateur de la vie sociale.
    Ma grand mère, lorsqu'elle m'enseignait la politesse, appelait cela du “savoir vivre” !
    Ces règles peuvent avoir des origines diverses, certaines anciennes correspondant à la culture “ethnique”, à l'appartenance culturelle à une communauté et diffèrent donc suivant nos origines. Chaque groupe culturel a ses propres règles, reliées à son système de valeurs. Dans un pays où l'on concsidère que chacun est maître de son temps, être bref est une marque de respect; mais au contraire là ou le degré de respect et d'attention que l'on vous porte, se mesure au temps passé avec vous, ce serait au contraire une impolitesse et il faut donc “être long”.
    Dans le même esprit certaines règles sont très traditionnelles, comme la façon de saluer ou de dire bonjour, de manifester sa déférence, qui varie beaucoup d'un pays à l'autre (comparez nos traditions à celles des japonais par exemple !). Elles se sont forgées au cours du temps et évoluent lentement.   
    Pratiquer les règles en vigueur revient à reconnaître que l'on appartient à un groupe dans lequel elles ont cours, que l'on adhère à ses valeurs et que l'on désire s'y faire accepter. Elles sont un facteur d'intégration et un lien social.
    D'autres règles sont plutôt l'apanage d'une catégorie sociale, car elles correspondent à des modes de vie, des habitudes différentes, mais ces différences, très fortes autrefois, tendent aujourd'hui à s'estomper.
    En effet elles peuvent aussi créer un clivage entre ceux qui les connaissent et ceux qui ne les connaissent pas et contribuer à une ségrégation sociale entre les riches et les pauvres, les autochtones et les immigrés, les gens des villes et ceux de la campagne, dans l'entreprise entre les cadres et les employés.....
    Auxiliaire du lien social, mais aussi vecteur de ségrégation et d'hypocrisie, la politesse, tel le dieu Janus, a un double visage et les philosophes se sont toujours demandé s'il fallait la considérer comme une vertu ou en dénoncer le formalisme. Je crois que tout dépend de l'usage que nous en faisons.
    Enfin je pense qu'il faut, pour être complet, citer certains détails de cette politesse, propres à une communauté ou à une famille, habitudes qui sont issues de circonstances historiques particulières, d'un environnement géographique ou culturel ou de personnes marquantes qui la composent.
   
    Enseigner la politesse c'est donc enseigner d'abord des règles et je me souviens avoir lu - quelquefois en riant quand celles-ci avaient beaucoup changé -, de petits livres qui donnaient des conseils pour bien “se tenir” en société, pour savoir quoi dire dans certaines circonstances (éviter par exemple de dire à une dame qui vous remercie d'avoir assisté à l'enterrement de son mari “mais pensez donc c'était avec plaisir” !), ou pour savoir les coutumes pour mettre les verres et couverts et bien se tenir à table.
    Il me semble tout d'abord que une partie de cette politesse s'apprend très tôt, avant quatre ans et c'est aux parents de faire l'éducation des jeunes enfants par l'exemple qu'eux mêmes donnent et que l'enfant essaie d'imiter, en recevant des conseils, voire quelques remontrances. C'est le cas notamment de ce qui devrait devenir un réflexe tel que “bonjour”, “s'il vous plaît”, “merci” ou s'excuser quand on gêne.
    La presque totalité de ces “coutumes” s'apprend avant dix ans. Si l'école devait donner un complément de formation par rapport à celle des parents, c'est plutôt d'abord à la maternelle, puis à la communale.
    Cela s'est d'ailleurs toujours fait. Quand j'étais gosse, si en arrivant en classe nous n'enlevions pas notre casquette, si nous ne disions pas “bonjour Monsieur”  à l'instituteur, nous avions droit à des remarques et nous trouvions cela normal et lorsque nous étions ainsi impolis, c'était un oubli, très rarement volontaire.
    Il existe même des stages de “savoir vivre”, mais ceux ci sont perçus comme des moteurs d'ascension sociale, ce qui ne serait sûrement pas le cas pour des élèves des collèges et lycées qui y verront une “matière scolaire” comme une autre et surtout son coté contraignant et moraliste, qui risque de leur déplaire.
    En outre la force de notre école, c'est son coté universel pluraliste, laïque, qui lui fait un devoir d'accueillir tous les élèves quelle que soit leur origine, leur nationalité, leurs opinions ou leur religion.
    Or si on regarde les règles de politesse dans leur détail, elles peuvent être différentes selon ces critères, et alors que faut il enseigner qui soit réellement utile et qui ne choque personne ?
   
    Je ne pense donc pas que l'école soit à même d'enseigner la politesse comme devraient le faire les parents. Ce n'est pas son rôle.
    Alors comment ferais je personnellement si on me demandait de le faire?
    Je crois que j'essaierai d'en expliquer non pas les règles, mais les principes, éventuellement  avec des exemples.

    Dominique Picard, professeur de Psychologie sociale à l'université de Paris, estime que la politesse a quatre grands piliers :

    La “sociabilité” : c'est :
        - la “convivialité” dire bonjour, merci, respecter des règles simples.
        - les “marques d'intérêt”  vis à vis des autres.
        - la “bienveillance” : proposer ses services.

    Le “respect d'autrui” :
        - la “considération” : ne pas gêner les autres.
        - “le tact, la discrétion”, éviter les propos désobligeants.
        - la “retenue”  être modéré dans ses propos, exprimer son désaccord sans blesser.

    Le respect de soi même :
        - avoir une tenue correcte
        - garder un langage châtié et si possible clair.
        - éviter les attitudes gênantes ou provocantes.

    Un équilibre dans ses attitudes :
        - la “bonne distance”, éviter les excès de froideur ou de familiarité;
        - la “modération”, ne pas abuser du temps d'autrui, ne pas s'imposer
        - la “réciprocité” , être avec une personne comme elle a été avec vous lorsque elle a été elle même polie.

    Ces idées générales me plaisent assez. A des adolescents, c'est ce que j'essaierais d'apprendre !  Qu'en pensez vous ?

Samedi 24 mai 2008 à 8:35

Enseignement, école, fac



    Les articles sur l'enseignement que j'ai faits m'ont valu pas mal de mails, beaucoup plus modérés que je ne pensais.

    Je voudrais répondre à certains d'entre eux.

    Vous avez eu l'air étonné que je trouve différent l'enseignement au lycée et celui en entreprise à des adultes, et vous me demandez quelles sont ces différences.
   
    D”abord au niveau des “élèves”
    En entreprises, les personnes qui viennent suivre une formation continue, le font pour ensuite mieux faire leur métier ou parce que ce stage est exigé pour qu'ils puissent avoir une promotion. Elles sont donc très motivées, viennent pour apprendre, sont attentives et travaillent.
    Il est donc facile d'intéresser l'auditoire et si certains ont parfois envie de redevenir potaches, il est très facile de recapter leur attention. Le professeur peut donc se consacrer entièrement à sa tâche d'enseignement.
    D'ailleurs l'enseignement est beaucoup plus “interactif” qu'au lycée, les “élèves adultes” posant toutes sortes de questions pour que le professeur compléte leurs connaissances en fonction de leurs besoins particuliers.

    Par contre cela a une contrepartie pour vous enseignant.
    D'abord les personnes qui viennent à ces stages sont de niveau assez divers, ayant une formation de base et des parcours professionnels différents. D'autre part ils appliqueront ce que vous leur apprenez dans des postes de travail différents.
    Vous serez donc amené en début de stage, à évaluer vos interlocuteurs et à faire des rappels, les plus courts possibles pour que tous puissent suivre. Puis chacun ayant une attente différente de faire un suivi individuel et souvent de consacrer du temps chaque soir après votre intervention, à écouter l'un ou l'autre pour lui fournir des compléments. En général on prend un  repas avec eux et là encore les discussions sont intéressantes et utiles.
    Surtout vous avez en face de vous des gens qui connaissent déjà en partie le sujet et surtout qui, sachant qu'ils allaient en stage, et voulant réussir ont fait avant de la documentation, même s'ils ne l'ont pas bien assimilée.
    Alors on va vous poser toutes sortes de questions,
    - soit pour connaître ce qu'est la “réalité physique”  qui se cache derrière un calcul théorique (et dans certains domaines comme la physique des particules, ce n'est pas évident), 
    - soit très pratiques sur les applications et la façon de s'y prendre dans la vie de tous les jours, par exemple dans un stage de management des équipes, et dans de tels domaines la “réalité” est plus complexe qu'en mathématiques.
    - soit parce qu'ils ont soif d'apprendre et sont plus spécialisé dans un domaine particulier et on vous demande d'expliquer des détails “pointus” et extrèmement divers de l'un à l'autre.

    L'enseignant à des adultes doit beaucoup plus maîtriser et dominer son sujet car on lui demande toujours beaucoup plus que le strict programme du stage.
    Il m'est souvent arrivé devant une question difficile de donner une première réponse, de dire que j'allais encore y réfléchir et de compléter le lendemain en ayant regardé de la doc et en ayant réfléchi le soir à la question.
    D'ailleurs les stagiaires apprécient en général  que le prof ait des limites et le reconnaisse, mais qu'il puisse aussi y faire face et finalement prendre en considération leurs demandes personnelles.
    L'enseignement aux adultes, c'est plus qu'un cours, c'est un dialogue et ce qui est intéressant c'est d'une part que c'est différent à chaque fois, et que d'autre part vous apprenez à connaître vos élèves et à avoir avec eux un échange.
   
    Et en définitive je pense que j'ai moi même appris beaucoup plus en tant que professeur qu'en tant qu'elève, car cela vous oblige à répondre à des questions que vous ne vous seriez jamais posées, à aller au fond des choses pour pouvoir y répondre, et donc à perfectionner encore plus vos propres connaissances théoriques et pratiques.
    Cela demande beaucoup de travail, (surtout quand c'est en plus de votre propre métier), mais un travail passionnant et cela vous permet ensuite de mieux faire votre propre métier.

Vendredi 23 mai 2008 à 8:09

Enseignement, école, fac



    En général tout nouveau ministre de l'Education nationale fait chaque fois sa réforme des programmes, et celui des Finances
pour faire des économies, réduit le nombre de postes de professeurs aveuglément et technocratiquement .
    Alors aujourd'hui je voudrais vous dire ce que je pense personnellement de ces questions.

    Je suis toujours un peu surpris par le fait que l'on augmente toujours les programmes, le nombre d'activités et d'options et que parallèlement on réduit les durées des cours et les exercices à la maison.
    Logiquement c'est incompatible.
    Une information absurde m'a également agacé : un haut responsable à qui l'on se plaignait de la surcharge des classes en élèves (quelquefois plus de 30) disait qu'en fait, il y avait en moyenne 17 élèves par professeur. C'est ou un énorme bêtise, ou quelqu'un qui nous prend pour des idiots. Vu le nombre de spécialités et d'options qui existent actuellement, le nombre d'élèves par professeur n'est en aucun cas représentatif de la surcharge des classes.
    Tout au plus cela pourrait indiquer que le nombre d'options est beaucoup trop élevé. C'est personnellement mon opinion, car on disperse les efforts des élèves sur des options qui ne sont pas essentielles, et demandent beaucoup plus de professeurs.
    Je pense quant à moi, que l'enseignement général n'est pas un enseignement professionnel et qu'on ferait mieux d'améliorer ce dernier et de mieux orienter les jeunes vers cet enseignement.

    Certaines d'entre vous me demandent ce que je pense du remplacement d'un prof absent par un professeur d'une autre spécialité; là je peux vous répondre car j'ai moi même suffisamment aidé des jeunes dans leurs études et fait des cours à des adultes;
    C'est possible dans des spécialités voisines à condition de pouvoir le préparer à l'avance en concertation avec la personne qu'on peut être amené à remplacer. Je me sens capable de faire des cours de maths, de physique ou de chimie; à la rigueur de SVT sur des sujets que je connais, parce que la formation et l'expérience assez poussées que j'ai de ces domaines au delà du bac, me permettent de dominer suffisamment le sujet. Mais je ne me vois en aucun cas faire un cours de français, de philo, de latin (bien que j'ai été un bon élève dans ces matières) ni à fortiori en histoire, géographie, langues ou gymnastique.
Chacun son métier !!!
    Et il m'arrive que des jeunes de taupe me demandent une aide et là, le niveau étant beaucoup plus élevé que celui du bac et les matières ayant évolué, je suis souvent assez peu à l'aise. (En 60 ans on oublie aussi beaucoup de ce qui ne vous a pas servi souvent).
    Je pense donc que ce système peut dépanner, mais qu'il atteint vite ses limites.

    Je ne vais pas discuter du contenu des programmes, mais je voudrais dire un mot des méthodes pédagogiques, du moins dans les matières scientifiques pour lesquelles j'aide quelques jeunes. (mais je pourrais dire presque la même chose sur l'orthographe ou les méthodes de rédaction).
    Je suis étonné du fait qu'on n'apprend plus par coeur aucune règle et aucune formule. Ce n'est pas à mon sens un travail ni inutile, ni idiot; cela ne dispense pas d'avoir expliqué et compris la règle ou la formule et de savoir l'appliquer. mais être obligé de la savoir très bien par coeur permet de la retrouver instantanément sans être obligé de réfléchir et sans erreur, et sans perdre un quart d'heure à la rétablir (si on sait le faire).
    Je pense que certaines formules de base de mathématiques ou de physique doivent être devenues aussi familières et aussi automatiques que les tables de multiplication
(si on les apprend encore !!) ou les quatre opérations.(sans calculette) .
    Je constate que l'on ne donne plus non plus aucune règle très simple ( des trucs et astuces) pour les calculs de maths et de physique, de telle sorte que les élèves compliquent énormément les calculs littéraux, si tant est qu'ils sachent les faire sans erreur.!
    Et comme on ne donne plus non plus d'exercices à faire chez soi que rarement et en nombre très limité, les jeunes ne savent plus appliquer ce qu'ils ont appris et donc l'oublient.
    C'est tout aussi vrai pour ce que l'on apprend dans le primaire; je connais des bacheliers qui sont incapables dans un supermarché, de me dire quelle est la plus avantageuse entre une bouteille de 70 cl qui coûte 14 € et une autre de 3/4 de litre qui coûte 15 €. J'ai rencontré de nombreux lycéens qui ne savent pas calculer la surface d'un triangle, d'un parallélogramme ou d'un trapèze ni le volume d'une sphère. Ou mesurer le hauteur d'un arbre (sur lequel on ne peut monter), avec un décamètre et un piquet par exemple de 2m. (c'est un problème enfantin de triangles semblables - pardon vous les appelez maintenant "isométriques", c'est plus chic !).
    J'aurais envie de mettre sur mon blog les problèmes de robinets ou de trains que l'on avait il y a 65 ans pour entrer en sixième, pour voir si mes guenons du lycée savent les faire. !! IooI

    Un mot sur les professeurs. Entre ceux de mes enfants, de mes petits enfants, de ceux d'amis, j'en ai connu beaucoup. Bien sûr il y a parmi ces professeurs quelques fumistes et quelques cloches, mais très peu.
    Tous les autres me paraissaient consciencieux, voulant bien faire leur métier d'enseignants et se consacrant à leurs élèves, même les cancres.
    Sans doute ont ils moins qu'autrefois la “vocation” et certains ont choisi ce métier parce que c'était, en cette période de chômage, un des postes possibles pour eux. Mais c'est vrai pour tous les métiers aujourd'hui. Les “saints” sont devenus rares et on rencontre beaucoup plus rarement des instituteurs aussi extraordinaires que ceux que j'ai eu la chance d'avoir.
    En général les professeurs sont beaucoup plus instruits et diplômés que ceux d'autrefois, mais par contre, je trouve souvent leurs cours beaucoup moins simples, beaucoup moins faciles à appliquer; Je ne sais plus très bien quels en sont les objectifs. Autrefois c'était bête et méchant : apprendre à bien se servir d'outils simples et utiles  (en maths, physique, chimie et français) et acquérir dans les autres matières une certaine culture générale.
    Par contre je reconnais que les moyens audiovisuels rendent les cours d'histoire-géo bien plus intéressants et que les cours de langues sont bien plus utiles aujourd'hui qu'autrefois où on n'étudiait guère que de la littérature.
    Mais je plains les profs d'aujourd'hui car leurs élèves sont souvent peu motivés et peu travailleurs et plutôt enclins à chahuter; encore heureux s'ils ne sont pas violents. cela n'est pas la majorité de la classe, mais il suffit de quelques brebis galeuses pour l'empêcher de fonctionner.

    Voilà quelques réflexions du vieux singe que je suis, mais je comprendrais parfaitement que vous ne soyez pas d'accord avec moi et
cela m'intéresserait que vous me donniez votre opinion.

Jeudi 22 mai 2008 à 7:57

Enseignement, école, fac



    Je vous avais promis hier de répondre sur ce blog aux questions que vous me posez sur les problèmes actuels de l'enseignement, qui vous préoccupent évidemment puisque vous êtes élèves.
    Mais je ne suis ni professeur ni élève et donc je ne peux vous donner que mon opinion personnelle, car je n'ai pas de véritable compétence dans ce domaine, même si j'ai fait beaucoup d'enseignement à des adultes.

    Un premier point qui me paraît évident c'est que le niveau moyen des connaissances des élèves a baissé dans de nombreuses matières (à numéro de classe égal), par rapport à ce qu'il était hier.
    C'est en particulier le cas lors de l'entrée au collège où l'on constate une proportion non négligeable d'élèves qui ne comprennent pas parfaitement ce qu'ils lisent (et ne parlons pas de l'orthographe!)
    il est évidemment facile de dire que c'est la faute des professeurs ou des programmes.
    Mais on pourrait aussi se demander ce qui a changé parmi les élèves et aussi chez les parents, seulement cela c'est plus difficile à modifier et puis en parler risque de déplaire à des électeurs.

    Il y a d'abord une première constatation de bon sens mais que j'entends peu souvent citer : le pourcentage d'élèves dans l'enseignement secondaire a considérablement augmenté et la proportion de reçus au bac dépasse actuellement 80%, alors que lorsque j'étais jeune elle était de 20%.
    Quand on augmente dans de telles proportions l'accession à un examen, il est en général normal que le niveau moyen baisse. Il n'y a pas lieu de s'en offusquer : ce serait plutôt un bien que davantage de personnes aient accès à l'instruction.
    La seule conséquence est que pour certains emplois, le niiveau bac n'est plus suffisant et les employeurs demandent plus et le nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur augmente.
    Evidemment il peut y avoir de grandes lacunes dans certains domaines et là des modifications peuvent être nécessaires.
    Mais je suis moins pessimiste que certain(e)s d'entre vous : je prends le cas de l'orthographe par exemple. je suis effaré des fautes que font les ados que je connais et qui sont au collège. Mais je constate que (du moins sur cowblog)  les articles faits par des élèves des lycées sont relativement bien écrits sans trop de fautes. Et il m'arrive aussi de faire des fautes de frappe ou d'inattention que je corrige ensuite en relisant l'article sur mon blog.

    La deuxième constatation que je fais, ayant discuté avec mes petits enfants, ceux d'amis, et surtout avec maintenant plus de 300 guenons et babouins,  c'est qu'il y a des disparités assez grandes d'un établissement à l'autre. Je connais quelques lycées où le niveau et la qualité de l'enseignement est voisine de celle que j'ai connue autrefois (et les résultats au bac dépassent 90%) et d'autres où ce n'est pas aussi bon de très loin.
    Je crois que les causes sont multiples mais je n'ai pas étudié le problème.
    Je pense néanmoins que d'une part le niveau et la motivation des élèves dans ces lycées sont meilleurs, l'intérêt moyen des parents et le temps qu'ils peuvent consacrer à suivre leurs enfants sont plus grands, la discipline est sans doute plus ferme et mieux acceptée par les élèves, les programmes sont certes les mêmes, mais peut être mieux détaillés et mieux appliqués par une équipe professorale qui a peut être été placée dans de meilleures conditions, ayant des élèves plus faciles à instruire. Je pense aussi que dans ces lycées, on donne davantage de travail à faire aux élèves - mais parce qu'ils veulent bien et peuvent le faire et que donc ils ont un meilleur entrainement eux épreuves d'examen.
   
    Je sais que certains d'entre vous vont me repoocher cette phrase, mais je pense que l'influence des parents est aussi importante que celle des professeurs et que ceux qui ont la chance d'avoir des parents instruits et qui s'occupent d'eux auront une probabilité plus grande de faire de bonnes études, s'ils y mettent aussi du leur.
    Je pense que je n'aurais jamais été reçu dans une grande école d'ingénieurs si je n'avais pas eu un grand père ingénieur qui m'a appris de l'école communale à mon bac, des tas de connaissances pratiques et qui m'a donné le goût d'apprendre, le courage de travailler, une certaine curiosité intellectuelle et l'habitude de chercher simple avec bon sens avant de compliquer les choses.

    Je crois aussi que la motivation des élèves n'est plus la même dans notre société de médias et de consommation où les jeunes ont une attirance et des priorités beaucoup plus grandes pour d'autres choses que leurs études. : ordinateur, jeux, internet, téléphoner aux copains, écouter la musique, voir films et télé, avoir un petit ami, ....et cette dispersion a entraîné une certaine réticence à l'effort et au travail, un manque de mortivation, un besoin de “zapper” et une difficulté à se concentrer, souvent aussi un certain manque de bon sens.
    Je constate que parmi mes guenons, celles qui travaillent beaucoup réussissent.  Mais je m'aperçois aussi qu'elles ont réussi leur bac sans beaucoup travailler, certaines avec la mention TB, mais qu'enuite elles ont eu du mal à se mettre au rythme d'une faculté ou d'une prépa d'école d'ingénieur et qu'il leur a fallu un effort sérieux pour s'adapter et réussir.
    J'ai des professeurs dans ma famille et ils me disent qu'effectivement ils ne peuvent faire travailler assez leurs élèves car s'ils le faisaient, 70% d'entre eux ne suivraient plus et seraient vite “largués”. Je crois que c'est effectivement un des problèmes clés qui préoccupe les professeurs, mais qu'ils n'ont pas beaucoup de latitude dans ce domaine et les 30% de “bons” élèves en souffrent et n'ont pas la chance que nous avions autrefois.

    Je me garderai bien de proposer des solutions à ce problème, car je ne les ai pas étudiées, mais je ne crois pas que ce soit en diminuant de façon systématique et technocratique le nombre de postes d'enseignants que l'on résoudra le problème.
    Que le ministère de l'Education Nationale coûte très cher, que l'on puisse faire des économies ne me choque pas. mais je pense que les procédés actuels de réduction d'effectifs me paraissent trop rapides, trop systématiques et généraux et pas assez réfléchis.
    Qu'il faille aider les moins favorisés, leur donner des cours supplémentaires mais aussi essayer de changer leur mentalité, c'est certain et cela fait partie des souhaits actuels. Je ne sais pas si les solutions préconisées sont bonnes, si les moyens seront suffisants et surtout s'il ne faut pas avoir plus de liberté pour les adapter à chaque contexte d'établissement.

    Certaines d'entre vous me disent qu'il faudrait trier les élèves pour avoir des classes où ‘lon pourrait faire davantage travailler les élèves à potentiel et qui ont le courage de travailler et qu'on pourrait alors faire des cours renforcés pour ceux dont le niveau ou la motivation sont moindres, avec des horaires et cours adaptés dans les classes où ils se trouveraient.
    Certes il faudrait établir des passerelles entre ces deux types de classes.
    C'est effectivement ce qu'on fait à la sortie des prépa de maths et physique, où l'on dispache selon leurs résultats les élèves entre les taupes et les taupes*
    Je ne sais pas répondre à cette question qui paraît effectivement logique. Je ne sais pas en effet si, dans l'ensignement secondaire ou les élèves sont plus jeunes et encore très malléables, ce “tri” est facile à faire et surtout quelles en seraient les répercussions psychologiques sur la motivation des moins bons.
    Il n'a jamais été très bon de mettre certains dans un “gettho” et tant qu'à faire un tri, je  préfèrerais personnellement le faire plutôt sur la motivation et le courage, l'ardeur au travail des élèves que sur leurs connaissances, car j'ai peur qu'un tel tri ne soit finalement une ségrégation par catégorie sociale et selon le niveau financier des parents.
    Vous me direz que de mon temps, 20 % de réussite au bac, c'était un tri progressif dans le secondaire, c'est vrai, mais il était davantage basé sur l'effort des élèves, car élèves comme professeurs aidaient les moins favorisés et s'ils avaient un minimum d'intelligence et surtout beaucoup d'ardeur au travail, ils pouvaient réussir. Ceux qui ne réussissaient pas étaient ceux qui vraiment ne mordaient pas aux études de l'enseignement général ou qui ne travaillaient pas assez.

    D'autres me parlent d'une mauvaise orientation des élèves et tirent à boulets rouges sur leur “orientatrice”. Je crois que c'est un peu une solution de facilité. C'est très difficile de faire de l'orientation avec des jeunes dont la personnalité et les goûts ne sont pas stabilisés et qui n'ont aucune idée des métiers futurs. C'est là que l'orientatrice devrait pouvoir leur donner un aperçu de ce que sont ces métiers.
    Mais je suis persuadé que de toutes façons, on ne pourra pas faire le même métier toute sa vie. Cela a déjà été vrai pour moi. A fortiori aujourd'hui
    Je crois surtout qu'il y a une action importante à faire, longue et difficile, tant auprès des jeunes que de leurs parents, pour réhabiliter les métiers manuels d'une part, mais aussi pour changer certaines mentalités.
    Les jeunes préfèrent s'orienter vers des emplois de bureau, plus difficiles à trouver et moins rémunérateurs que vers des métiers manuels où l'on manque de main d'oeuvre et pour lesquels ils pourraient recevoir un enseignement approprié. Il m'arrive parfois d'aider des jeunes dans leur orientation et je suis souvent étonné de voir que certains ne consentent aucun effort  (le travail a toujours une part de choses à faire qui sont fatigantes et perturbent les habitudes) et surtout du fait que certains ne parlent qu'argent et ne se soucient aucunement de l'intérêt du travail ni de leur aptitude à le faire (l'un d'entre eux me disait naïvement qu'il voudrait faire le métier de “directeur” !!).

    Je m'aperçois que mon article est déjà trop long. Je n'ai parlé ni des professeurs ni des programmes, ni des méthodes pour les enseigner. Ce sera pour demain.


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