Samedi 17 janvier 2009 à 9:02

Drogue, alcool, addictions

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    Je vous ai donné une explication sur ce qu’était le système de récompense, qui notamment nous permettait l’apprentissage de la plupart de nos actions grâce à la satisfaction engendrée par une libération de dopamine, qui associait ainsi et renforçait peu à peu la liaison entre d’une part les neurones liées à l’action en cause, et d’autre part le sentiment de satisfaction suite à sa réussite.
    C’est ce système qui va aussi  être en quelque sorte dévié de son but initial, et nous habituer à consommer des drogues.

    Les drogues agissent donc sur les maillons centraux du circuit de la récompense, l’aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens qui sont à l’origine des circuits de neurones dopaminergiques.
    Mais en fait l’action des drogues est beaucoup plus complexe, car d’autres centres  et d’autres neurotransmetteurs sont aussi concernés, plus ou moins spécifiques de chaque drogue.   
    Comme je l’ai dit dans les précédents articles ce sont principalement l’hypothalamus qui règle les mécanismes de notre organisme, le cortex préfrontal qui focalise notre attention et réfléchit aux ordres à donner., les amygdales qui gèrent notre humeur, le thalamus qui contrôle nos sensations, l’hippocampe professeur de la mémoire, le septum autre centre du plaisir, le striatum qui contrôle nos mouvements.
    A ceux ci se rajoutent pour les drogues divers centres de notre cerveau émotionnel , d’où une action sur notre mental, et les drogues peuvent agir également sur certains paramètres de fonctionnement de notre corps. et notamment l’interprétation des perceptions de nos sens.
    Au niveau de notre cortex frontal, elles diminuent nos capacités de pensée et de réflexion, perturbant notamment la capacité de prévision de nos actes dans le cerveau préfrontal.
    Cette action tient au fait que, produits chimiques, elles diffusent par la circulation sanguine dans tout le cerveau et perturbent l’action des neurotransmetteurs, qui sont à l’origine du mécanisme de liaison entre les neurones (et donc de la mémoire consciente et inconsciente et de toute action psychique ou physique).

    Toutes les drogues ne provoquent pas de la même façon que lors d’un simple apprentissage, l’élévation du taux de dopamine dans le cerveau :
    • certaines substances imitent les neuromédiateurs naturels et donc se substituent à eux dans les récepteurs ; la morphine, par exemple, s'installe dans les récepteurs à endorphine (une "morphine" naturelle produite par le cerveau), et la nicotine, dans les récepteurs à acétylcholine );
    • certaines substances augmentent la sécrétion d'un neuromédiateur naturel ; la cocaïne, par exemple, augmente surtout la présence de dopamine dans les synapses, et l'ecstasy surtout celle de la sérotonine ;
    • certaines substances bloquent un neuromédiateur naturel ; par exemple, l'alcool bloque des récepteurs nommés NMDA.
    Je détaillerai un peu , dans les prochains articles ces actions des diverses drogues en cause.

     Dernier point : l’addiction et le renforcement de celle ci.
    Toutes les drogues, par des actions diverses, augmentent le niveau des signaux de récompense dopaminergiques. La satisfaction et le plaisir ressenti incitent donc à recommencer l’expérience, exactement par le même processus que je vous ai décrit dans l’apprentissage du bébé ou de la conduite automobile.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/droguescircuitrecompense-copie-1.jpg       Dans le précédent article je vous ai montré que lorsque le circuit  de récompense avait déclenché l’envoi de dopamine dans les synapses entre neurones du circuit, l’hypothalamus, averti de cette récompense, la limitait dans le temps, en bloquant cette émission au niveau de l’ATV et du noyau accumbens.(ce que l'on appelle une "rétroaction")
    Dans certains cas les drogues vont diminuer l’action de l’hypothalamus pour arrêter le processus dopaminergique et dès lors, l’ATV et le noyau accumbens sont moins ralentis dans leur action ce qui produit un renforcement deu processus de satisfaction.

    Quand la drogue vient à manquer dans le cerveau, elle ne produit plus ce renforcement dopaminergique et le niveau de dopamine va donc diminuer très fortement.  L’individu va ressentir un déplaisir, un manque, et cela d’autant plus que les drogues ont des actions physiologiques sur d’autres parties du cerveau qui réagissent sur notre organisme, ou des actions psychologiques au niveau de notre cerveau émotionnel, provoquant ainsi des malaises physiologiques et psychologiques. Les amygdales vont en particulier avoir alors des réactions très négatives sur notre humeur.
    C’est ce processus qui peut mener à une dépendance.

    Pire, certaines drogues vont perturber le processus d’évaluation de la satisfaction des besoins par les organismes régulateurs, principalement l’hypothalamus, qui s’habitue à un environnement avec un taux de dopamine plus élevé et donc n’émettra les signaux de blocage que pour un niveau supérieur de dopamine.
Il faudra donc des doses de drogues plus importantes pour produire la même réaction de satisfaction, et au cours du temps non seulement l’addiction s’installera, mais des doses de plus en plus fortes de drogue seront nécessaires pour obtenir la même satisfaction et éviter les phénomènes éprouvants physiologiquement et psychologiquement de manque.
    C’est le renforcement de la dépendance.


   
Dans les prochains articles, je passerai en revue rapidement les actions des diverses drogues :
    • dures : morphine, héroïne, cocaïne, ecstasy.
    • moins éprouvantes mais aussi nocives : cannabis, alcool, amphétamines, nocotine du tabac.
     • et je dirai quelques mots des anxiolytiques courants que sont les benzodiazépines, du café et puis pour m’amuser un peu, du chocolat !
    Rassurez vous je n’irai quand même pas jusqu’à l’addiction à la nutella.!

Vendredi 16 janvier 2009 à 17:51

Drogue, alcool, addictions

Pour pouvoir vous décrire ensuite l’action des drogues, je dois d’abord voud familiariser avec quelques notions de physique et de chimie des neurones.
    Rassurez vous, ce sera simple et sans formules !!

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    Vous vous rappelez peut être certains articles de mon blog : un neurone reçoit l’information d’autres neurones par des dendrites dont le nombre peut aller jusqu’à 100 000, chacune étant reliée à l’axone d’un autre neurone par une synapse. Il reçoit ainsi des signaux électriques positifs et négatifs, fait la somme de ces signaux et si le potentiel résultant dépasse un certain seuil, alors ce neurone va lui même émettre un signal électique le long d’un axone, vers une synapse qui le relie à un autre neurone.
    Si le signal négatif est suffisant, on bloque donc ce neurone et l’influx nerveux n’est pas transmis.



http://lancien.cowblog.fr/images/Photoscaricaturesimages1/Photoscaricaturesimages1/Photoscaricaturesimages1/Photoscaricaturesimages1/Photoscaricaturesimages1/Cerveau1/synapse.jpg    Dans l’extrémité d’un axone, près d’une synapse, des “capsules” contiennent des neurotransmetteurs, grosses molécules synthétisées à partir d’acides aminés, qui vont être libérées à l’arrivée de l’influx nerveux. (dans d’autres cas des protéines-transporteuses vont véhiculer le neurotransmetteur le long de l’axone jusqu’à la synapse).
    De l’autre coté de la synapse sur la dendrite du neurone post-synaptique, des récepteurs spécifiques du neurotransmetteur sont de grosses protéines enroulées en spirale, qui constituent un cylindre traversant la paroi synaptique.
    Quand le neurotransmetteur se fixe sur son récepteur, la protéine qui le constitue, change de structure et forme un cylindre creux qui va laisser passer des ions sodium et potassium,
(voire calcium), et les charges positives qu’ils amènent dans la dendrite vont déclencher un signal électrique, influx nerveux qui va se propager dans la dendrite, vers le neurone suivant.

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   La membrane post-synaptique peut comporter des récepteurs de plusieurs neurotransmetteurs.
    Elle peut en particulier comporter des récepteurs d’un neurotransmetteur particulier le GABA, qui laisseront passer des ions chlore. Comme ils sont chargés négativement, ils pourront au contraire bloquer la transmission de l’influx nerveux par le neurone suivant.










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    Sur ce schéma j’ai représenté un résumé du circuit de la récompense, qui à la suite des renseignements (flèches vertes), fournis par l’hypothalamus pour les processus vitaux, par le cortex et le thalamus pour les “expériences volontaristes, lorsqu’il y a satisfaction, émet de la dopamine (flèches bleues), dans un circuit de neurones, cette émission étant ressentie et mémorisée comme une récompense.
    Mais l’hypothalamus est aussi informé de cette récompense, et il émet alors un signal vers l’ATV mettant en jeu du GABA et vers le noyau accumbens au moyen de dynorphines, pour diminuer l’émission de dopamine et revenir à un état normal.

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    Dernière notion qui nous servira, lorsque nous ressentons une douleur, des neurones spécifiques sur la peau ou les muqueuses et muscles, envoient un signal vers un relais synaptique au niveau de la moelle épinière, le neurone suivant le transmettant au thalamus.
    Celui ci réagit en faisant émettre un influx nerveux à des neurones du bulbe, qui sécrètent au niveau de la synapse relais, des endorphines, lesquelels bloquent en partie le signal montant, diminuant la douleur.
    On peut aussi bloquer la douleur avec des médicaments, tel le paracétamol, mais si on en abuse en en consommant au moindre petit mal, le bulbe perdra l’habitude de sécréter des endorphines et il nous faudra des doses de plus en plus fortes de médicament pour nous soulager.

    Enfin lorsque nous avons des malaises, ou que nous sommes stressés, des neurones envoient dans des synapses un neurotransmetteur particulier, la noradrénaline, qui d’une part donne la sensation de malaise, mais aussi nous excite et nous empêche de dormir. C’est le même neurotransmetteur, mis en jeu par les neurones des amygdales, qui va préparer l’organisme au combat ou à la fuite.

    Ces diverses connaissances sommaires vont nous permettre dans les prochains articles, de comprendre les mécanismes d’action des drogues.









Jeudi 15 janvier 2009 à 10:18

Drogue, alcool, addictions

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    J’avais prévu de faire aujourd’hui un article simple et succinct sur l’action des drogues sur le cerveau et notamment le circuit de récompense, afin d'expliquer l’addiction à par exemple une drogue “dure” comme la cocaïne.
    D’habitude je reçois.quelques mails de demande d’explication sur mes articles après leur mise en ligne. sur mon blog
    Mais j’avais annoncé cet article et là, exceptionnellement avant sa parution, j’ai reçu une vingtaine de mails qui me posent des questions.
    J’ai donc dû revoir mon intention et certaines questions n’étant pas faciles à expliquer simplement, je suis en train de relire une partie de ma doc.

    Je m’aperçois aussi que, vu la diversité des questions posées, et l’obligation de ne pas faire des articles trop long pour ne pas vous rebuter, le temps aussi pour les rédiger, il va falloir que je fasse 5 ou 6 articles, entrecoupés d’articles moins sérieux pour vous reposer et divertir ceux qui ne s’intéressent pas à ce sujet.

    Je vais donc commencer aujourd’hui par de simples généralités, puis j’expliquerai le mécanisme d’addiction et j’aborderai les actions des diverses drogues (y compris acool et tabac) et on m’a demandé aussi de dire un mot des psychotropes et autres anxiolytiques.
    Par contre je parlerai moins du canabis car j’ai déjà écrit plusieurs articles que vous pouvez lire dans ce blog.
    Puis je suppose que j’aurai d’autres questions auxquelles il me faudra répondre IOI

    Il n’y a jamais eu de sociétés sans drogues. La consommation de ces substances qui créent des dépendances est universelle et partagée par toutes les cultures depuis le début de l'humanité.
    Utilisés pour soigner et guérir, ces produits étaient aussi employés dans des cérémonies religieuses ou festives rituelles afin de modifier l'état de conscience et de renforcer les relations entre les personnes.
    Dans nos sociétés modernes, nous consommons trop souvent des substances produites en quantités industrielles, d'une puissance psychotrope exagérée, vendues mélangées à d'autres substances de coupage souvent toxiques, et utilisées pour soulager le plus souvent une misère morale, affective ou économique.
    Plusieurs “drogues légales” comme l'alcool, le tabac ou le café peuvent aussi créer de fortes dépendances qui peuvent devenir très nocives à la longue ou être responsable d'agressions et accidents.
    De plus, notre société rend maintenant accessible d’autres activités qui peuvent causer des dépendances
    Selon les cultures, certaines drogues sont prohibées, (comme l'alcool dans l'Islam) ou encore le cannabis, la cocaïne et les substances opiacée en occident. Mais le degré de dangerosité n'a rien à voir avec le fait qu'elle est licite ou illicite.
Chaque drogue dispose donc d’un cadre légal propre à une époque et à un pays donné, qui va de l’illégalité totale à la vente libre
    Les médicaments psychoactifs servant à traiter l’anxiété, l’insomnie ou la dépression sont légaux mais prescrits par un médecin et leur usage est strictement contrôlé. Cela n’empêche cependant pas leur abus d’être fréquent.
    Enfin, l'alcool et le tabac sont des produits licites consommés librement. Leur vente est contrôlée et leur usage réglementé, ce qui n’empêche pas non plus leur surconsommation par un grand nombre d’individus, laquelle engendre maladies ou accidents et agressions meurtriers.

    En définitive, dans notre société de consommation régie par l’argent et le pouvoir sur les autres hommes, ainsi que par l'emprise des médias et de la publicité,  le trafic des drogues illicites demeure un facteur malheureusement prépondérant de cette consommation de drogues et des dégâts qu’elle entraîne. J’ai lu (mais je n’ai pas la possibilité de vérifier l’information) que le marché du trafic de la drogue représenterait environ la moitié des flux monétaires de la planète et que la prohibition des drogues “dures” amène en prison tous les ans près de deux millions de personnes dans le monde dont un million aux USA.  Mais les mesures actuelles n’ont jamais réussi à éliminer, ni la culture des matières premières, ni le démantèlement des réseaux internationaux.
    A notre niveau modeste d’homme isolé, la seule action que nous puissions faire est d’informer sur les dangers des drogues, d’essayer de soutenir moralement  et de mettre en contact ceux qui en usent avec des personnes qui pourront les aider réellement.

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Nota : les deux photos n’ont rien à voir avec la drogue, bien que l'on appelle parfois "neige" la cocaïne !
    Ce sont des vestiges des jeux de mes petits enfants dans la neige, en train de fondre doucement avec le dégel.

Mercredi 14 janvier 2009 à 12:16

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

    Je vous ai décrit succinctement ce qu’était le système de récompense de notre cerveau. Je n’ai pas toujours été assez clair et j’ai laisssé des points dans l’ombre pour ne pas compliquer, et du coup, j’ai reçu pas mal de mail avec des questions; j’y reviendra i d’ici quelques jours, mais en attendant je voudrais être plus concret et vous donner quelques exemples de fonctionnement de ce système.
    Aujourd’hui je vous parlerai de l’intervention du système de récompense et de punition dans l’apprentissage, et dans un prochain article, je vous parlerai  de ses déviances , en matière d’addiction, notamment aux drogues.


    On trouve de nombreux écrits sur l’apprentissage de connaissances par l’homme, les méthodes et les mécanismes. De quoi remplir de nombreux articles.... et vous casser les pieds. Alors je vais me limiter à quelque chose de simple : l’apprentissage de l’utilisation de ses membres par un bébé.
Puis nous réfléchirons à généraliser un peu cet exemple.


http://lancien.cowblog.fr/images/ClimatEnergie/4mois.jpg    C’est un enfant de quelques mois. Sa vue est devenue à peu près normale, mais il ne voit pas encore très distinctement au loin, mais jusqu’à quelques mètres, c’est parfait. Son toucher s’est développé et il sent parfaitement  de ses dix doigts les objets avec lesquels il entre en contact.
    Son cerveau est relativement bien formé; il a même trop de neurones et surtout trop de connexions, mais sa mémoire est presque vide et  son cerveau a presque tout à apprendre.

    Et c’est là que vont intervenir les centres de récompense et de punition, en tant que centres d’apprentissage. Leur rôle va être d’aider le cortex et le cervelet à acquérir des automatismes. Cela va commencer par l’usage de nos membres et surtout de nos mains.
    Le cerveau a, au départ, un certain nombre de “cablages” qui ont été réalisés par nos données génétiques : je vous ai décrit très succinctement les centres qui permettent au cerveau de “mesurer” l’état de nos muscles, de leur position, de leur tension, de leur fatigue, et puis les centres moteurs sur le dessus du crâne qui permettent de commander les mouvements. Les ordres qu’ils donnent passent en particulier par un centre du cerveau émotionnel, le striatum, qui est relié aux centres de la récompense.
    Le cortex de bébé sait aussi de façon innée, avoir un minimum de raisonnement et de prise de décision.
    Tous ces mécanismes sont en grande partie inconscients. La partie consciente est partiellement instinctive : bébé a envie d’attraper des boules de couleur qui sont suspendues au dessus de son berceau dans un fil élastique, il lance un processus qui va lui permettre de la faire mais il ne se dit pas : je vais attraper ces boules, il faut que je bouge ma main... Ce raisonnement n’est possible qu’avec l’acquisition du langage.

    Alors que fait le cerveau de bébé. : il veut attraper la boule rouge, ses yeux se fixent dessus. Son cortex et son thalamus (qui coordonne nos sens et donc la vue) avertissent l’ATV qui émet un peu de dopamine. Les centres connexes dont j’ai parlé hier sont avertis qu’on est en train de “faire une expérience” et ils attendent la récompense.
    Le cortex et les centres moteurs, via le striatum, guident le mouvement de la main vers l’objet.
    Mais les centres du cerveau (à l’arrière du crâne), qui interprètent la vision savent un peu détecter les mouvements mais pas bien encore la profondeur, la distance (qui est une interprétation par le cerveau des différences  de vision entre les deux yeux). Alors la main de bébé passe devant la boule et ne l’attrape pas.
    L’ATV est mise au courant de l’échec et supprime la dopamine : c’est une punition. Le cortex  est averti; il relance l’opération et cette fois bébé touche la boule mais n’arrive pas à l’attraper. L’ATV devant ce demi échec, mais qui est aussi une demi réussite, augmente un tout petit peu le taux de dopamine.
    Le cortex et le cerveau émotionnel de bébé sont contents de ce fait (la récompense ou le plaisir) et on fait une autre tentative : si cette fois elle réussit, le taux de dopamine augmentera nettement la récompense !.
Bébé et son cortex seront heureux et il arrêtera son jeu, avec l’idée de la réussite obtenue.
    Mais le cortex aura retenu la leçon, l’aura transférée dans des connexions entre neurones (la mémoire) et la prochaine fois il repartira de ces données pour améliorer son processus.
    Puis quand ce processus, d’essai en essai, d’échecs en réussite, se sera amélioré suffisamment, il transfèrera tout le processus dans les neurones du cervelet. Cela deviendra un automatisme ( notre “mémoire procédurale”) et le cortex pourra s’intéresser à une autre mise au point.

    Au lieu de bébé, voyons maintenant Ikéa, jeune fille de 18 ans qui apprend à conduire. Elle doit faire un créneau pour garer sa voiture.
    Le processus est le même que pour bébé, sauf qu’à 18 ans, en principe, elle sait parler et son cortex a appris à réfléchir consciemment à l’aide du langage.
    Alors au lieu de faire des gestes sur des ordres presque inconscients du cortex, celui ci raisonne : il faut que je tourne mon volant dans tel sens, je suis à telle distance du trottoir....
    Mais si je cogne le trottoir ou horreur!, que je monte dessus, pas de dopamine : pas de récompense mais la punition, et on recommence  le geste ou la manoeuvre ; et en cas de réussite , davantage de dopamine et le sentiment d’avoir réussi.
    Mais là encore, les procédures mises au point, le cortex en transfère le maximum au cervelet. Certes il réfléchira encore lors d'une manoeuvre complexe, mais les changements de vitesse, l’utilisation de l’embrayage et du frein, les mouvements de volant pour corriger un peu la trajectoire, seront devenus des automatismes pour lesquels le cervelet se débrouille seul et le cortex ne s’en occupe plus.
    C'est d'ailleurs comme cela qu'en conduisant et en parlant dans la voiture à son voisin avec lequel on va au cinéma, on se retrouve inconsciemment sur le chemin du bureau qu'on emprunte tous les matins de la semaine !! Le cervelet est comme un ordinateur : pas intelligent : il applique un programme.

    Alors maintenant, je vais essayer de répondre à KAA : le plaisir s’apprend il ? Oui certes.
    Si tu manges un plat, tu as les odeurs du met qui chatouillent tes narines. Or le septum est relié aux centres de sensation olfactive et donc il s’attend à avoir un résultat et en liaison avec les autres centres,un peu de dopamine circule.
    Manque de chance, le met a une odeur qui ne te plaît pas. Je suppose que c’est du choux de Bruxelle, odeur que personnellement je n’aime pas. Dès que les centres de récompense savent cela, indignés, ils arrêtent la dopamine.
    C’est au contraire une bonne odeur de lapin à la moutarde. Déjà le taux de dopamine augmente, et quand je mangerai le morceau, les sensations olfactives renforcées et gustatives des papilles de la langue enverront des signaux positifs et le taux de dopamine augmentera encore, renforçant les connexions entre neurones; et via le "professeur de la mémoire”, l'hippocampe, l’odeur, la saveur, l’image de ce que tu manges seront mémorisées avec le souvenir de l’intensité de la récompense, de la satisfaction obtenue.
    C’est ainsi que se forme le goût. Associations en mémoire d'odeurs, de saveurs et de plaisir, lié à la récompense.
Et tu saliveras de plaisir rien qu'à la phrase ou à la vue sur un menu de "lapin à la moutarde" (sauf si comme ma petite fille, tu élèves un lapin !! IOI)
   
    Pa rcontre là où je n’ai pas d’explication, c’est pourquoi tu aimerais un gâteau à la cannelle et moi pas ?
Nos parents certes nous ont plus ou moins formés le goût. Puis nous avons eu des expériences malheureuses  (indigestion, gastro...) qui nous ont dégoûtés de certains plats, de certaines odeurs en créant des blocages au niveau de notre cerveau émotionnel.
    Il y a ensuite toute notre éducation “personnelle” au cours de notre vie, seul ou avec des amis.
    Mais pourquoi la première fois qu’on connaîtra une saveur, une odeur, pourquoi celles ci plaîront plus à l’un  qu’à l’autre.? Probablement une réaction à un mélange d’arômes et de saveurs élémentaires qui plaît davantage à notre mémoire, mais nous n’avons pas conscience de cette analyse.
    Et là encore il s’agit d’un plaisir simple, relativement physiologique.
    Déjà pour la musique, la chose devient plus complexe : paroles, sons, harmonie, mélodie, émotion; mélange dont notre cortex, si “intelligent” soit il, ne sait pas faire l’analyse précise. Mais il est certain que notre oreille fait une sorte d’analyse de Fourier des sons et que par exemple nous sommes habitués à une harmonie occidentale et qu'une harmonie orientale, très différente, nous paraît, au prime abord, dissonante et désagréable. Certaines de mes correspondantes vont me voler dans les plumes, car, habituées peu à peu, elles apprécient !
    La lecture c’est pire encore, car on touche à la pensée !
    Et savons nous vraiment pourquoi l’être aimé nous plaît ?

   
Donc KAA je te réponds en Normand : l’appentissage du plaisir certes oui cela existe et on peut avoir une grande influence que ce soit en tant qu’éducateur ou sur le plan de nous même, mais pourquoi certaines choses nous plaisent elles, (différemment de l’un à l’autre) je n’ai pas trouvé dans les bouquins de neurologie ou de psychologie d’explication qui me satisfasse.

Mardi 13 janvier 2009 à 8:20

Animaux

Aujourd’hui repos. La suite sérieuse sera pour plus tard.

    Je n’aime pas MSN; chaque fois que j’y apparais j’ai dix personnes qui me tombent dessus à la fois et même si je tape beaucoup plus vite qu’elles, je ne sais pas gérer autant de conversations en même temps. J’envoie aux uns ce qui est destiné aux autres : horreur !!
    Alors MSN, c’est réservé aux cas de “guenon désespérée”..... et quelquefois aux aides pour devoir de maths ou de philo!

http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux1/Facebouc.jpg    Par contre mes petits enfants m’ont “entraîné” sur “Profil de chèvre”, pardon, ils l’appellent  “Facebouc”.
    J’avoue que même si je n’ai guère le temps d’y aller, j’aime assez.
   
    L’idée d’avoir chacun un “mur”, une sorte de tableau d’affichage où tous vos “amis”  viennent mettre leur grain de sel, est amusante et très vivante; vous êtes au courant des événements importants les concernant; comme sur cow, on vous envoie les com ou des mails sur la boite aux lettres de votre messagerie et vous pouvez chatter comme sur MSN ou mettre en commun des photos, écrits...
    En outre il y a des groupes ultra-farfelus assez humoristiques; je vous en cite quelques uns :
“  Pour l'Homologation du Nutella comme Médicament Remboursé par La Sécu”
“  Ce groupe est fait pour tout les gens qui aimeraient pourvoir écrire  :ça se voit et c'est tout,  pour démontrer un problème de maths”.
“ Je ne suis pas bordélique, je range différemment”   

“ Pour ceux qui n’ont jamais su finir une gomme de leur vie !”

http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux1/profilbouc.jpg    Des groupes de masochistes :
“ j'aime tellement dormir, et j'adore me réveiller en pleine nuit pour voir qu'il me reste du temps pour dormir et que je ne dois pas sortir de mon lit...  c'est un petit moment de bonheur...sauf que je mets mon réveil à 3h pour me dire : chouette il me reste 3H30 pour dormir...”


    Il y a aussi les fanas de l’utilisation du signe ^ ^ lorsqu’on est content et que vos centres de la récompense vous distillent de la dopamine !
    C'est marrant car quand j'étais jeune et qu'on écrivait cela (à la main, pas d'ordi), cela voulait dire qu'on était fâché (froncer les sourcils !).
    Les temps changent !

    Savez vous qu’il y a un groupe “cowblog” dans Facebook?

    Et puis Facebook, cela révèle un peu de vous notamment si vous êtes extraverti(e) ou intreoverti(e). Rien qu’au nombre d’amis c’est très révélateur !   

    Sur Facebook, il y a aussi un ordinateur et des bogues, comme sur la V3 de cow, qui ne savait pas calculer mon âge parce que j’étais trop vieux pour avoir un blog (l’âge limite était semblait il, 60 ans et j’en avais 16 de trop; pourtant, j’espère ne pas être encore trop gâteux ! !)
    L’ordi de Facebook n’est également fait que pour les jeunes qui ont des amours d’aujourd’hui, éphémères.
    Quand j’ai rempli mon “profil” et que j’ai coché la case “marié”, ce brave ordinateur a mis sur mon “mur”  : “Jean-Pierre est désormais marié”. Oui certes, cela fait 54 ans !!
    Et quand j’y ai mis une photo il a ajouté “Jean-Pierre a changé sa photo de profil”. C’est idiot, il n’y avait aucune photo avant et de plus, c’est une photo de face (et de Face-book, alors pourquoi rédiger un profil ?)
    L’ordinateur a mis aussi “Jean-Pierre a une nouvelle adresse” (eh oui, depuis 15 ans !!)
    et il ajoute “Jean Pierre utilise désormais Facebook en français”.
    Alors je vous en prie, si vous venez sur mon “mur” ne m’écrivez pas en chinois, et ne m’amenez pas un chien qui me jappe au nez !

Lundi 12 janvier 2009 à 8:39

Notre cerveau : plaisir et apprentissage



    L’article d’aujourd’hui sera un peu plus difficile car ce sera un peu un cours SVT : je vais essayer de vous expliquer, le plus simplement possible, comment fonctionne le “circuit de la récompense “ de notre cerveau.

    Je vous l’ai dit dans les précédents articles, pour qu'une espèce survive, ses individus doivent en premier lieu assurer leurs fonctions vitales comme se nourrir, réagir à l'agression et se reproduire. L’évolution a donc mis en place dans notre cerveau des régions dont le rôle est de "récompenser " l’exécution de ces fonctions vitales par une sensation agréable.
    Ce sont ces régions, interconnectées entre elles, qui forment ce que l’on appelle le “circuit de la récompense”.
    En fait l’absence de mise en oeuvre du circuit de la récompense, va au contraire donner une connotation négative à nos actes et il y a donc corrélativement un “circuit de la punition”.
    Mais ils interviennent dans notre vie d’homme dans des domaines beaucoup plus larges que ces nécessités vitales et on peut dire que le circuit de la récompense, ainsi que celui de la punition, fournissent la motivation nécessaire à la plupart de nos comportements.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/circuitrecompense.jpg
    L’aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens constituent les centres majeurs de ce circuit qui en comporte plusieurs autres comme le septum, l’amygdale, le cortex préfrontal ainsi que certaines régions du thalamus. Chacune de ces structures cérébrales participerait à sa façon à divers aspects de la réponse comportementale. De plus, tous ces centres sont interconnectés et innervent l'hypothalamus (flèches rouges sur le schéma ci dessus) et par ailleurs, il y a également une connexion importante avec le striatum, ensemble de centres qui commandent nos mouvements.
    Cette interconnexion réciproque rend difficile la connaissance du mécanisme de la récompense, et les avis des chercheurs sont divers.
   
     Le plus courant est le suivant :


    L’aire tegmentale ventrale (ATV), reçoit de l’information de plusieurs autres régions qui lui indiquent le niveau de satisfaction des besoins fondamentaux (en provenance de l’hypothalamus) ou plus spécifiquement humains (cerveau émotionnel) ou bien relatifs à une action donnée de nos membres liés à l’observation par notre vue, notre toucher et notre ouie et donc grâce à la coordination de nos sens par le thalamus. Eventuellement des signaux de non satisfaction des centres amygdaliens.   
    L’aire tegmentale ventrale analyse et transmet ensuite cette information de satisfaction grâce à un neuromédiateur chimique particulier, la dopamine,  au noyau accumbens , au septum, aux centres amygdaliens et au cortex préfrontal.
    Le noyau accumbens agit alors sur le striatum qui commande nos mouvements en liaison avec le cortex moteur dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article. Le cortex frontal focalise notre attention et réfléchit aux ordres à donner. Le septum et les centres amygdaliens sont en relation avec l’ensemble du cerveau émotionnel, mais je n’ai pas trouvé d’article qui décrive ce qui se passe dans ce domaine. L’hippocampe, qui est le professeur de la mémoire est aussi informé par des neurones dopaminergiques et a sûrement une part importante dans la mémorisation des conditions du plaisir ou de la récompense.
  
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    Cet action de la dopamine n’est connue que depuis les années 90 et a donc un effet de renforcement sur des comportements permettant de satisfaire nos désirs et souhaits. C'est la libération de plus ou moins de dopamine qui semble correspondre à la sensation de plaisir et de satisfaction : c'est la récompense.
    Des animaux que l’on traite avec un antagoniste de la dopamine, perdent toute envie de récompense, notamment de manger.
    Ces mécanismes peuvent nous expliquer le renforcement inconscient de certains comportement, par renforcement de liaisons entre neurones dopaminergiques.
     Mais on se sait pas comment l’augmentation du taux de dopamine serait elle responsable de l’impact hédonique d’un comportement gratifiant et quel est le mécanisme de la conscience du “sentiment de plaisir”.
    D’autres données plus récentes suggèrent maintenant que la libération de dopamine peut être déclenchée seulement par l’environnement associé à la récompense, sans même que celle-ci soit présente !

    La dopamine serait alors responsable d'un ensemble de comportements destinés à atteindre la récompense.
    Selon ces expériences, la quantité de dopamine relâchée par notre cerveau avant une activité serait un reflet du potentiel de plaisir de ce comportement. Selon que l’expérience s’avère plaisante ou pas, le taux du prédicateur dopamine s’ajusterait à la hausse ou à la baisse. Hausse = récompense; baisse = punition !
    Mais d’autres expériences suggèrent que la dopamine est plutôt reliée à la nouveauté et à son pouvoir d’augmenter la motivation de l’animal à approcher l’objet gratifiant. Ce ‘’pouvoir incitatif’’ serait une composante distincte de ce que nous appelons couramment la « recherche du plaisir ». Autrement dit, le système dopaminergique serait nécessaire pour vouloir l’objet gratifiant, mais pas pour l’aimer ou pour apprendre à retenir de nouvelles sources de plaisir.
    Par ailleurs la dopamine serait associée aux transferts de réflexes conditionnées d’un stimulus sensoriel, (l’odeur d’une nourriture), à un stimulus conditionné (le bruit d’ouvre-boite d’un sac de croquettes ou d’une gamelle).

    J’ai essayé de simplifier au maximum mes explications. Les phénomènes chimiques et de liaison entre neurones sont plus complexes que ne le laisse supposer mon article. L’ATV  par exemple, utilise la dopamine pour moduler l’activité du noyau accumbens, mais d’autres neurotransmetteurs comme la sérotonine, les endorphines et le GABA sont aussi utilisés dans d’autres parties du circuit de la récompense pour renforcer certains comportements. (le Gaba ayant un rôle inhibiteur).

    Cet exposé a dû vous paraître aride.
    Ce qu’il faut en retenir, au delà de la stricte connaissance des phénomènes, c’est une leçon de modestie. Depuis Pascal et Descartes, nous avons tendance à croire que c'est notre cortex qui réfléchit, compare, prévoit, organise, qui guide toutes nos actions. C’est en partie vrai, mais la complexité des connexions que j’ai décrites, laissent entrevoir comment les parties les plus primitives du cerveau peuvent avoir encore une influence prépondérante sur nos comportements, notre cortex se trouvant bien souvent obligé de puiser dans l’art de la rhétorique pour justifier sa conduite. "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas !"  

   
Dans un prochain article, je parlerai de l’apprentissage des enfants et de l’action des produits addictifs, comme les drogues. J’essaierai de répondre aussi à une question de Kaa : “le plaisir s’apprendrait il ?”

Dimanche 11 janvier 2009 à 9:37

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

    Je ne vais pas encore parler neurobiologie aujourd’hui.
    Je voudrais vous y amener doucement et progressivement.
    Donc nous resterons au niveau d’une approche psychologique du rôle du cerveau.

    La principale fonction du cerveau est d’abord de garder l’organisme qui l’héberge, en vie et en état de se reproduire.
    On pourra dire ce qu’on veut sur l’intelligence humaine, les cerveaux des hommes célèbres ont d’abord dû, avant de produire leurs œuvres, assurer la survie de leurs auteurs !
    Il n’est donc pas surprenant de constater que les systèmes de notre cerveau qui influencent le plus nos comportements sont ceux qui nous permettent de satisfaire nos besoins vitaux (se protéger, manger, boire, se reproduire,).

    Le centre principal qui s’occupe de cela est l’hypothalamus, qui reçoit des signaux inconscients sur l’état de toutes les constantes de notre corps.
    Il peut essayer de les réguler à son niveau, car il peut agir d’une part directement par le canal des systèmes orthosympathique (qui accélère) et parasympathique (qui freine) et de neuromédiateurs tels que l’adrénaline et l’acétylcholine, et d’autre part par l’intermédiaire le glande hypophyse et des hormones qu’elle sécrète pour commander les autres glandes de notre corps.
    Cette régulation autonome et inconsciente s’appelle “l’homéostasie”
    Mais l’hypothalamus ne peut tout régler lui même et il va donc, lorsqu’il ne peut agir directement, envoyer des signaux à notre cortex et à notre cerveau émotinnel pour nous inciter à l’action.
   
    Deux circuits sont possibles : le “circuit de la récompense” et le “circuit de la peur”

    D’abord, en réponse à un stimulus de l’hypothalamus, notre cortex nous incite à l’action pour satisfaire un besoin. C’est par exemple la faim qui pousse à manger quand le taux de glucose diminue dans notre sang. Ou bien le désir sexuel qui  pousse à faire l’amour à un partenaire disponible.
    Ou simplement l’isolement qui nous pousse à rencontrer les autres, un besoin de socialisation plus spécifiquement humain. Dans ce dernier cas d’ailleurs l’action est plus complexe parce que le cerveau émotionnel intervient également.

    En deuxième lieu, cette action sera récompensée par une sensation de plaisir. Mais il est important de noter que c’est l’action qui est surtout récompensée, et pas seulement l’obtention de la récompense. Un sérum peut rétablir votre taux de glucose sanguin, mais il ne vous donnera jamais autant de plaisir qu’un bon repas partagé avec des amis. L’action, qui se traduit souvent par un rituel, est donc à la base même du plaisir ressenti.
    C’est là qu’intervient les circuits de la récompense ou du plaisir dont je parle souvent, et cette sensation de plaisir est en partie deu à la libération de dopamine que provoquent ces centres dont je parlerai dans un prochain article.

    Enfin, un sentiment de satisfaction vient mettre un terme à l’action… jusqu’à ce qu’un nouveau signal  viennent redéclencher un désir. Les comportements utiles à notre survie sont donc sous contrôle du cycle « désir – action – satisfaction » qui permet à l’organisme de maintenir son intégrité.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cerveauemotionnel.jpg
 
    Toutefois, ce n’est pas toujours l’approche qui est le meilleur comportement à adopter pour assurer notre survie. La fuite ou la lutte peuvent aussi nous sauver la vie…
    Dans ce cas, ce n’est plus l’hypothalamus qui intervient mais les centres amygdaliens,  (je vous en ai souvent parlé), qui régissent la peur, l’angoisse, la colère, la lutte et la fuite.
    Dans ces centres on peut distinguer deux parties distinctes ayant des fonctions antagonistes d’activation ou d’inhibition.

    Les centres amygdaliens sont en prise directe avec le thalamus qui coordonne nos sensations et celui ci leur envoie tout signal paraissant important toutes les 1/40 ème de seconde et ceci en quelques millisecondes, alors qu’il ne transmettra le signal au cortex que plusieurs dixièmes de seconde après.
    Les centres amygdaliens analysent très rapidement ces signaux en liaison avec des souvenirs et si la situation leur paraît dangereuse, ils déclencent directement des actions préparatoires via l’hypothalamus : augmentation de la pression artérielle, des battements du coeur, contraction des muscles... pour nous préparer au combat ou à la fuite.
    Puis ils alertent le cortex qui va décider de l’action et la déclencher, avec des variantes telle que la colère, la peur... qui nécessitent aussi l’intervention du cerveau émotionnel.
   
    Mais il existe aussi un système d’inhibition dans ces centres.
    Quand la fuite ou la lutte nous apparaissent impossible, la soumission et l’acceptation de la situation et l’inaction demeure alors bien souvent la dernière alternative pour assurer sa survie. C’est le cas aussi s’il faut se terrer dans un coin pour ne pas se faire remarquer.
    Ce circuit est le fruit d’une évolution parce que son rôle est utile en empêchant parfois temporairement toute action inutile qui ne pourrait qu’empirer la situation.
    Par exemple pour le petit mammifère qui se retrouve en plein milieu d’un champ et aperçoit un rapace au-dessus de lui,  la meilleure chose à faire est encore de ne pas bouger et d’espérer passer ainsi inaperçu.

    Mais ce système peut avoir ses déviances : dans nos sociétés basées sur la compétitivité, nombreuses sont les personnes qui activent de façon très fréquente ce circuit pour éviter des représailles. L’inhibition de l’action devient alors une habitude et une véritable source d'angoisse. C’est ce mal-être qui va peu à peu miner la santé de l’individu.
    Les circuits amygdaliens sont donc aussi à l’origine du stress.
    En effet, les conséquences négatives de l’inhibition de l’action sont nombreuses et ont été abondamment décrites : dépression, maladies psychosomatiques, ulcères d’estomac, hypertension artérielle sont les plus courantes.

   
Vous connaissez maintenant le rôle des systèmes de régulation qui nous font rechercher l’agréable et éviter le désagréable. Dans le prochain article je décrirai plus en détail ce système au sein du cerveau
    Puis dans un dernier article je vous parlerai de la contibution de ce système à nos apprentissages, mais aussi ses déviances dans le domaine des addictions.


Samedi 10 janvier 2009 à 8:30

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

Vous avez été nombreuses à me poser des questions sur les centres d’apprentissage et du plaisir, car je vous parle souvent de leur rôle mais je ne les ai jamais décrits.
    Je vais donc essayer de le faire, mais ce n’est pas chose simple. J’espère y arriver cependant.

    Mais pour rendre mes articles moins rébarbatifs, j’ai pensé que je pouvais en profiter pour parler aussi du plaisir et du bonheur et mêler un peu, selon les articles philosophie, psychologie et neurologie.


    Commençons donc par des choses simples : l’historique du plaisir.

    De nombreux philosophes ont pensé que le bonheur résultait de la recherche du plaisir et de l’évitement des choses désagréables.
    Une de mes “guenons” m’avait en octobre dernier, demandé de l’aider sur un devoir de philo concernant l’hédonisme et je me suis replongé dans mes bouquins de philo de terminale (c’est vieux en 1946/47 !!). Alors je vais “ramener ma science”. !

http://lancien.cowblog.fr/images/ClimatEnergie/epicure.jpg    Épicure, (photo de son buste), phophilosophe de la Grèce antique, est certainement le plus célèbre représentant de cette pensée. Épicure insiste sur l'importance de combler nos désirs de manière simple en évitant les excès. Contrairement à ce que signifie couramment le terme « épicurisme » de nos jours, les véritables épicuriens vivaient donc dans la plus grande simplicité, en évitant le luxe et les mondanités.
    Le véritable épicurisme implique un certain ascétisme.  C’était une sagesse assez austère qui sacrifiait certains plaisirs pour éviter des déplaisirs plus grands.
    L’épicurisme prône la nécessité de faire un tri sélectif entre ses désirs afin de parvenir à un état de repos et d'équilibre, que les grecs appelaient "ataraxie " et que nous appelons aujourd’hui le "bonheur".

    Au Moyen âge, la pensée et les autorités religieuses condamnèrent l’hédonisme, mais entre 1500 et 1535, Erasme tenta de montrer que la recherche du plaisir pouvait être compatible avec la volonté de Dieu de voir les humains heureux et Thomas More ira plus loin en affirmant que notre désir pour le plaisir et le bonheur nous incite à agir moralement.

    Puis, au 18e siècle, le thème du plaisir et du bonheur fut exploré plus systématiquement par des philosophes comme Hume, Locke et en France, Diderot, qui associent hédonisme, empirisme et matérialisme.
    Ces philosophes considèrent que ce sont nos sens qui doivent être les critères du bien et du mal. (ce qui apporte satisfaction à nos sens est appelé " bien " et ce qui leur déplait est appelé " mal "), et reconnaissent donc que nous cherchons naturellement à satisfaire certains besoins corporels et que suivre nos désirs et nos plaisirs, permet d’établir les normes de l'action juste et morale.
    Pour eux, nos connaissances et nos idées nous viennent aussi des sens, de leur combinaison ainsi que de la répétition des expériences et des observations que nous faisons. (c'est l'empirisme).

    Deux autres philosophes connus, Jeremy Bentham et John Stuart Mill (mesdemoiselles de TL, j’espère qu’on vous en a parlé !!), ont proné au 19 ème siècle, une thèse un peu différente car c’est une thèse “sociale”
    Il faut choisir, entre plusieurs solutions, celle qui apporte le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Il s’agit donc d’une éthique pragmatique prétendant, à partir du critère du bonheur du plus grand nombre (lui-même déduit des désirs, des plaisirs et des peines individuels), déterminer des lois et des politiques justes pour la collectivité.
     L'utilitarisme fonde donc ses principes de recherche du bonheur non pas sur une norme idéaliste (comme Platon ou Kant) mais sur une norme réelle, issue de l'observation et de l'expérience, avec une échelle des plaisirs où les plus raffinés doivent être les plus recherchés.

    J’ai plus une culture scientifique que littéraire, et donc je ne connais pas bien la philosophie moderne : j’ai entendu parler du philosophe français Michel Onfray qui se pose la question sur ce que nous apportent  le corps et ses sens.
Il appelle à rechercher des plaisirs à travers la musique, la peinture ou la gastronomie.
    Mais loin d'être une philosophie des plaisirs faciles de la société de consommation, l'hédonisme que propose Onfray serait plutôt une philosophie tragique finalement beaucoup plus proche de l'ascétisme que de la débauche.

    J’espère que cet historique ne vous a pas trop rasé.
    Je suis loin de la connaissance du cerveau, mais il faut parfois changer de sujet.
    Si j’ai parmi mes correspondantes, d’éminentes apprenties toubib en P1 et en P2, j’ai aussi des lycéennes de TL, des étudiantes en philosophie, des “mastérisantes” en sociologie, et puis, je viens de découvrir une étudiante en neurosciences et  neuropharmacologie : chic elle va corriger mes erreurs et apprendre des choses au vieux ouistiti curieux que je suis.!!
    Discuter avec des jeunes intelligentes, cela me rajeunit !! Merci à vous toutes, qui m’écrivez.


     Demain nous reviendrons dans un domaine psychologique sur le rôle des centres du plaisir.




Vendredi 9 janvier 2009 à 8:43

Chiens


     Aujourd'hui, malgré la neige, il faut que j'aille à Paris et je n'ai pas le temps de faire un long article.

    Il a neigé sur la région parisienne, et tous, vous le savez, la réflexion de la lumière sur la neige, qui n’absorbe pas les rayonnements visibles et paraît donc blanche, est d’autant plus fatigante qu’elle envoie aussi sur nos yeux, des rayonnements ultraviolets (c'est pour cela qu'elle nous paraît parfois un peu bleutée).

   Les photons ultraviolets  transportent assez d'énergie pour casser certaines liaisons chimiques (nous bronzons au soleil) et dans certains cas, peuvent être nocifs (le cancer de la peau par exemple).
    En ce qui concerne la neige, on peut avoir
des conjonctivites, à la suite d’expositions prolongées, surtout si on a les yeux sensibles.

http://lancien.cowblog.fr/images/Chiens/chienslunettes.jpg
  
   Si l'on reste longtemps sur la neige, il faut donc porter des lunettes absorbantes, comme au soleil, à la plage ou sur la mer en bateau.

   
C’est ce qu’ont compris ces cinq chiens

http://lancien.cowblog.fr/images/Fleurs1S/Fleurs4/1000745.jpg

    Dans mon article précédent je vous avais parlé des souvenirs conscients et inconscients.
    Certaines d’entre vous me demandent la différence entre inconscient et subconscient.
    Pour beaucoup de psy, c’est la même chose. Pour les neurobiologiste, il y a en général une distinction de vocabulaire, une perception enregistrée dans le “subconscient” étant souvent une perception que nos sens peuvent percevoir, mais dont il n’est pas possible d’être conscient, et qui cependant peut être mémorisée.

    Pour que vous compreniez mieux je vous donne des exemples :

    Supposez que quelqu’un vous parle; il parle volontairement mois fort, puis encore plus doucement : il y a un moment où vous n’entendez plus rien . On est passé “au dessous du seuil de perception” (on appelle de tels signaux, des signaux “sub-liminales”).
    Pourtant un son parvient encore à l’oreille, votre cerveau reçoit un signal et il l’interprète, mais vous n’en avez plus conscience.
    Si on montre à deux personnes une image qui est mystérieuse en leur demandant de dire ce que c’est, et que l’on donne cette explication à l’une des deux personnes, mais suffisamment bas pour que ce soit au dessous du seuil de perception de l’oreille, cette personne vous donne pourtant aussitôt la réponse à votre question, bien que, consciemment, elle n'ait rien entendu.
    Ce qui prouve que l’oreille a transmis le son et que le cerveau, a interprété le message sans que vous vous en rendiez compte.

    De la même façon vous ne voyez pas des images qui apparaîssent pendant un temps très court (un centième de seconde), et cependant votre cerveau les enregistre.
    Votre oeil regarde en permanence autour de vous, accumulant ainsi des millions d’images que votre cerveau interprète, mais que vous n’avez pas l’impression d’avoir vues. Vous n’en avez pas eu conscience. Mais dans certains cas, si cette image est insolite, vous pouvez parfois vous la rappeler, bien que, en apparence, vous ne l’ayez jamais “vue” parce que vous n’y faisiez pas attention..

    C’est cette faculté de percevoir par les sens, d’analyser dans les centres du cerveau les signaux reçus, de les interpréter et les comprendre, bien que vous n’ayez pas conscience de les avoir reçus, que l’on appelle “le SUBCONSCIENT”

     A titre d’anecdote, les services secrets russes utilisaient dans les opérations de propagande et de lavage de cerveau la méthode suivante : ils passaient des films ou des images anodines (pour que vous regardiez), et ils truffaient ces images avec des images intermédiaires de durée très courte donc subliminales, qui correspondaient aux idées qu’ils voulaient vous mettre en tête.
    Certaiens sociétés ont voulu utiliser ce procédé pour faire de la réclame, et les services de répression des fraudes surveillent les spots, car ce procédé est interdit. (heureusement).

    Hélas, notre subconscient est crédule et notre inconscient menteur. Nous voilà bien lotis !! IOI





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lancien

sortir de la tristesse

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