Je voudrais aujourd’hui vous parler de l’influence de nos émotions sur la mémorisation des événements qui nous concernent et des émotions et des blocages que peuvent provoquer des souvenirs traumatisants.
    Les principaux acteurs du cerveau dans ce domaine sont les centres amygdaliens et l’hippocampe, sous le contrôle bien entendu du cortex frontal.


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    Les centres amygdaliens reçoivent de nombreuses connexions de l'hippocampe.et les échanges sont donc permanents entre ces deux régions du cerveau émotionnel. L’hippocampe étant impliqué dans le stockage et la remémoration de souvenirs explicites, comme nous l’avons vu dans l’article précédent sur la mémoire, ces connections aux amygdales peuvent être à l'origine d'une émotion déclenchée par un souvenir particulier.
    Différents aspects reliés à une situation particulièrement émotive comme un accident seront donc pris en charge à la fois par l'hippocampe et l'amygdale, les deux systèmes fonctionnant en parallèle.
    Grâce à l'hippocampe, vous vous souviendrez avec qui vous étiez, ce que vous avez fait, et le fait que c'était une situation particulièrement pénible.
     Lorsque vous vous rappelerez l'événement, les centres amygdaliens vous rendront les mains moites, le souffle court, augmenteront votre fréquence cardiaque et feront se tendre vos muscles.

    En fait on s’aperçoit que c’est la mémorisation elle même des événements qui est influencée par leur charge émotionnelle.
    Les amygdales, lorsqu'elles sont activées par un stimulus émotionnel significatif, vont déclencher toutes sortes de réponses corporelles dont le relâchement d'adrénaline par les glandes surrénales. C'est cette adrénaline qui, par une voie qui est encore inconnue, va favoriser un encodage plus efficace des souvenirs dans l'hippocampe et le lobe temporal. C'est ainsi que l'on retiendra d'autant mieux les choses qui ont de l'importance pour nous, autrement dit les choses qui provoquent des émotions en nous.
    Un souvenir d’une journée heureuse, vous vous rappelez tous les détails, le cadre, les gens présents, la robe de votre petite amie, ce qu’a dit votre petit frère, ce que vous avez mangé et de nombreux détails anodins et sans intérêt. Oui mais c’était un jour de bonheur.
    Un souvenir pénible peut aussi être mémorisé ainsi avac maints détails parce qu’il avait aussi une grande charge émotionnelle, négative cette fois.
    Mais au contraire cette charge négative peut occulter le souvenir, sans qu’il soit pour autant perdu. Vous l’avez bien mémorisé comme un événement  marquant, mais comme il est traumatisant, votre cerveau veut vous protéger et l’hypoccampe va bloquer tout ou partie de son rappel.
    On dira alors que votre souvenir est bloqué dans votre inconscient, ce qui veut uniquement dire que le souvenir est stocké au même titre que d’autre, mais que l’accès au premier neurone qui  permettrait le rappel de l’ensemble, a été désactivé, un peu comme lorsque vous mettez à la poubelle l’adresse d’un document de votre disque dur, sans pour autant que le document soit effacé.
    La neurobiologie réfute les refoulements de Freud. Elle considère qu’il peut y avoir ainsi des difficultés d’accès momentanés ou de longue durée à certains souvenirs traumatisants et que de plus toute action qui pourrait rappeler ces événements peut être bloquée, car les décisions du cortex frontal, pour être exécutées passent par le cerveau émotionnel qui peut en “bloquer la transmission”et ceci de façon le plus souvent inconsciente. Mais il s'agit pas très rarement de désirs sexuels refoulés surtout pour un enfant dont la sexualité est inexistante.
    Lorsqu'il y a blocage, le cortex qui n’aime pas ne pas comprendre, inventera alors une fausse raison pour ce blocage, et en général celui ci ne cessera que lorsque vous serez arrivé(e) à sortir le souvenir de votre inconscient et à diminuer sa charge émotionnelle en le reconsidérant entièrement d’un point de vue logique et objectif.

    Je vais vous donner un exemple :
    Vous marchez sur la rue et une personne mal intentionnée se rue sur vous et vous agresse. Sur le moment vous éprouvez une grande peur, un peu d’angoisse les jours suivants, puis vous oubliez l’événement, car finalement vous n’avez eu aucun mal, mais seulement un traumatisme psychologique.
    Quelques mois plus tard, une personne se met à courir derrière vous en votre direction sur le trottoir et votre cœur s'emballe soudain. Vous vous calmez lorsque la personne passe à côté de vous sans vous toucher en essayant de rattraper son autobus. Vous vous demandez “quelle mouche vous a piquée”, et vous mettez cela sur le compte de la fatigue (suggestion de votre cortex, tout aussi penaud que vous de cette réaction peu logique ! )
    Encore quelques mois plus tard vous repassez sur le lieu de la vraie agression et vous vous sentez mal. Cette fois-ci personne ne court vers vous. Le stimulus conditionné n'est pas présent, mais la situation révèle un phénomène courant : celui où certains éléments du contexte ont été aussi conditionnés par l'événement traumatique.
    Votre cortex commencera par vous dire que c’est parce que le ciel est gris et qu’il pleut, mais si vous arrivez à vous rappeler l’incident subi, et à raisonner dessus (après tout vous n’avez rien eu; ce n’était pas si terrible; vous ne rencontrerez plus la personne en cause...) et là, vous serez débarrassée de cette anxiété.

    Lors d'un traumatisme, les systèmes de mémoire implicite des amygdales et explicite de l'hippocampe emmagasinent différents aspects de l'événement. Plus tard, l'hippocampe vous permettra de vous souvenir de l'endroit où c'est arrivé, avec qui vous étiez, l'heure qu'il était, etc. À travers l'activation de l'amygdale, vos muscles se raidiront, votre pression augmentera, votre estomac se nouera, etc.
   
Parce que les mêmes indices de rappel sont à l’origine du fonctionnement de ces deux systèmes, on ne se rend pas compte de leur spécificité, mais certaines expériences où certains cas pathologiques peuvent mettre en évidence leur indépendance.
    Nos systèmes de mémoire explicite (hippocampe) et implicite (amygdale) fonctionnant en parallèle, cela explique pourquoi nous ne nous souvenons pas des traumatismes qui se sont produits dans notre jeune enfance. En effet, l'hippocampe est encore immature lorsque l'amygdale est déjà capable de stocker des souvenirs inconscients. Un traumatisme précoce pourra perturber les fonctions mentales et comportementales d'un adulte par des mécanismes inaccessibles à la conscience.
    Cela dit n'allez pas vous imaginer pour autant que vous avez subi dans votre enfance des agressions diverses et que vous ne vous en rappelez pas. C'est assez rare et je connais même plusieurs cas où il s'agissait finalement de la suggestion d'un psy trop freudien, qui avait influencé son patient.



Dimanche 1er février 2009 à 9:21

Chiens

    Puisque j'ai cité hier un président américain, alors je publie aujourd'hui en supplément pour distraire de mesarticles SVT, une photo en provenance des USA, qui est une publicité pour un restaurant.


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    Certes c'est le "goût américain", mais j'ai trouvé originale cette façon de demander leur collaboration aux chiens, des chiens "Colley" qui me paraissent bien sages, (pauvres bêtes !)

     Mais finalement je crois que je préfère le film "Ratatouille" parce que la cuisine MacDo ne m'emballe pas ! .

Dimanche 1er février 2009 à 8:33

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

    J’ai déjà fait des articles sur la mémoire, mais ceux ci étaient succincts et par ailleurs peut être pas suffisamment clairs, car les questions que j’ai reçues ensuite me montrent que je n’ai probablement pas expliqué assez certains points. Je vais donc reprendre ma description autrement en la simplifiant et la résumant et en l’aidant de schémas.

    Je l’avais dit nous avons plusieurs types de mémoires :

    1) - La mémoire procédurale, de tous nos automatismes plus ou moins inconscients et automatisés (marcher, écrire à la main ou sur le clavier, conduire une voiture ou un bateau, nager...).
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/cortexperceptionautomates.jpg    Ces procédures sont apprises laborieusement en coopération entre le cerveau frontal qui réfléchit et organise, les centres de commande de nos muscles et les centres d’apprentissage qui nous incitent à recommencer et à améliorer.
    Puis une fois l’automatisme acquis, le processus est transféré dans le cervelet qui le met en oeuvre avec une rare intervention des autres centres dans des cas difficiles, inattendus et non prévus par le processus.

    A partir du moment où nous savons parler lire et écrire, la mémorisation se fait essentiellement à partir des perceptions de nos sens (et notamment la vue et donc des images)  et du langage (et donc des mots que nous entendons ou lisons).
    Les divers centres qui interviennent dans ces processus et dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles figurent sur le schéma ci-contre.

    On peut alors dénombrer quatre autres types de mémoires  :
   
    2) - Des mémoires “tampon” ou de travail situées au niveau du cortex préfrontal, concernant les “mots” dans l’hémisphère gauche, et les “images” (plus généralement les représentations et sensations) dans l’hémisphère droit.

 http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/memoirepercept.jpg   Le schéma ci contre montre la localisation de ces mémoires qui peuvent procéder à un stockage d’une part inconscient de toutes nos sensations et de parties de conversation, ou des informations de nos sens dont nous sommes conscients, et enfin des informations et connaissances que le cortex frontal rappelle volontairement de notre mémoire pour les utiliser dans une réflexion.
    La capacité de ces mémoires est limitée et les informations n’y séjournent que quelques secondes ou quelques minutes selon leur utilisation future.
    La plupart sont ensuite éliminées. Certaines vont être stockées mais pour quelques heures seulement dans des centres particuliers de tout le cerveau. D’autres seront éliminées pendant notre sommeil.
    Enfin un certain nombre d’entre elles seront stockées à long terme dans tout le cerveau, grâce à l’intervention de l’hippocampe (le “professeur” de la mémoire) et des centres amygdaliens.
    Toutefois l’oubli détériorera peu à peu ces souvenirs conscients ou inconscients qui constitueront trois sortes de mémoires aux localisations très diverses.
    Dans le traitement volontaire, le cortex demande le rappel de tout ce qui est langage par le canal de la boucle “phonologique” (HGauche) et  ce qui est image et cartes de localisation, par la boucle “visuo spatiale” (HDroit).

    3)  - La mémoire dite “épisodique” qui est celle de tous les événements de notre vie, avec des “entrées” diverses selon la nature des sujets d’une part et la chronologie d’autre part.
    Les recherches récentes apportent une image complexe et très intriquées des fonctions mnésiques et de leur localisation. L'hippocampe, les lobes temporaux, de même que les structures du système limbique qui leur sont reliées, sont essentiels à la consolidation de la mémoire à long terme.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/Papez.jpg    L'hippocampe faciliterait l'association entre différentes régions corticales, couplant par exemple une mélodie entendue durant un souper aux images des personnes invitées. Cependant, ce couplage s'estomperait naturellement pour ne pas engorger la mémoire de souvenirs inutiles.
    Ce qui va faire en sorte qu'un souvenir va être renforcé et va éventuellement être consolidé dans la mémoire à long terme dépend très souvent de facteurs " limbiques " comme l'intérêt suscité par l'événement, sa charge émotive ou son contenu gratifiant.

    L'influence des différentes structures limbiques qui s'exerce sur l'hippocampe et le lobe temporal se fait par l'entremise du “circuit de Papez”. Il s'agit d'un sous-ensemble des nombreuses connections qui relient les structures limbiques entre elles. Le schéma ci-contre montre comment l'information qui y transite successivement de l'hippocampe aux corps mammilaires de l'hypothalamus, au noyau antérieur du thalamus, aux cortex cingulaire, antérieur et entorhinal pour revenir finalement à l'hippocampe

    Après avoir été " repassées " un certain nombre de fois dans le circuit de Papez, les associations temporaires (par connexion) de neurones générées par un événement particulier vont subir une transformation physique qui va les consolider, si bien qu'au bout d'un certain temps (de l'ordre de quelques mois à quelques années), ces associations se stabiliseront et deviendront indépendantes de l'hippocampe. (ces transformation sont l'augmentation de la quantité de neurotransmetteur dans les synapses, la création de nouvelles synapses, l'abissement deu seuil de déclenchement de l'influx nerveux....),
Une lésion bilatérale de l'hippocampe empêchera la formation de nouveaux souvenirs à long terme, mais n'effacera pas ceux qui ont été encodés avant l'accident.
    Avec ce désengagement progressif du système limbique, les souvenirs ne transitent donc plus par le circuit de Papez mais se retrouvent encodés dans des zones spécifiques du cortex qui correspondent aux régions où les informations sensorielles qui sont à l'origine des souvenirs ont été reçues (le cortex occipital pour les souvenirs visuels, temporale pour les souvenirs auditifs, etc.). Les traces mnésiques qui passent ainsi au cortex peuvent durer des décennies, voire toute la vie.
    Une partie de ces souvenirs peut être inconsciente.

    4) - La mémoire “sémantique” qui est celle de nos connaissances acquises par l’instruction et l’expérience. Ces connaissances font davantage appel au langage et surtout sont acquises de façon consciente et en général volontaire.
    Mais le rôle de l’hippocampe et le processus de répétition est le même, quoique le circuit de Papez puisse être remplacé par des circuits impliquant le cortex.
    Ces “connexions” sont donc plus rapidement rendues indépendantes de l’hippocampe et peuvent être appelées directement par le cortex par l’intermédiaire des deux mémoires  de travail.

   
5) Enfin on fera un sort particulier dans la mémoire épisodique à certains souvenirs qui ont trait à des événements particulièrement heureux ou traumatisants et qui impliquent alors les centres amygdaliens et leurs liaisons avec l’hippocampe.
    Ce sera l’objet de l’article suivant.

   

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