http://lancien.cowblog.fr/images/Fleurs1/P6140236.jpg

    Cet article portera sur le “transfert”, qui est à l’origine, une difficulté qu’a rencontrée Freud dans ses analyses psychiatriques, puis qu’il a utilisée ensuite comme outil, vis à vis de ses patients.
    Au départ Freud le décrit de façon banale comme une gêne dans son travail : une patiente qui tombe amoureuse de son médecin psychiâtre qui la soigne.
    Puis il va conceptualiser le phénomène, le définissant comme la projection par le patient du contenu de son inconscient et notamment de ses désirs sur la personne du psychanalyste qui lui apparaît alors dotée de qualités bien supérieures à la réalité, comme on en prête à quelqu’un dont on est amoureux. (l'amour est aveugle dit le proverbe).
    Il lui donnera une cause : le transfert vers l’analyste de désirs et de sentiments éprouvés par le patient envers les parents dans la prime enfance.
    Il se servira alors de ce phénomène pour l’analyser, y voyant un moyen de pénétrer dans l’inconscient du patient en traitement.

    La neurobiologie ne fait qu’étudier le fonctionnement du cerveau et du système nerveux et les connaissances actuelles, même si elles ont beaucoup progressé depuis 20 ans, ne permettent pas d’appréhender et d’expliquer les comportements des personnes qui sont des phénomènes complexes mettant en jeu tous les centres du cerveau, et par l’intermédiaire de la mémoire, le vécu de l’individu et l’influence de son environnement.
    Elle n’a donc pas d’avis sur le transfert qui est un phénomène complexe, si ce n’est - comme on l’a vu dans mes précédents articles, qu’elle est sceptique sur les sentiments dits refoulés par l’enfant vis à vis de ses parents.
    Elle sait seulement que, dans le phénomène d’amour sentiment ou de grande amitié, comme d’ailleurs dans le phénomène de désir physique, des phénomènes hormonaux interviennent, mais aussi les centres “d’apprentissage, de récompense et de plaisir” dont nous avons parlé souvent, les centres amygdaliens, et des centres du cerveau émotionnels. Des malades dont certains de ces centres avaient été détruits n’éprouvaient plus ces sentiments.

    En fait ce “transfert” mis en lumière par Freud dans le cadre de la psychanalyse et dont le médecin est l’objet de la part du patient, est considéré par beaucoup de psychologues, comme un phénomène courant  dans les relations humaines.
    Jung, contemporain de Freud et très apprécié dans les pays anglo-saxons (j’ai décrit certaines de ses théories en matière de “préférences cérébrales”), décrit ce phénomène comme une relation normale entre des être humains, qui ont en commun des façons de penser, des goûts, des a-priori, des règles de vie...
    Des études sur les autistes ont montré un transfert de très grande intensité dans lequel l'autiste se comporte comme si l'analyste était une part de lui-même, dont il ne peut se séparer sans un traumatisme grave analogue à un arrachement d’une partie de son corps.

    Je me suis souvent demandé si on ne pouvait pas voir dans ces phénomènes de transfert un cas particulier de comportements que l’on rencontre souvent notamment chez des adolescents et pour lesquels on pourrait trouver peut être des explications beaucoup plus simples que celles de Freud et ses disciples.
    Nos instincts - une partie du “ça” de Freud - proviennent de la longue évolution depuis la préhistoire qui a sélectionné ceux qui avaient le plus de chance de survivre.
    Le bébé homme comme ceux de la plupart des animaux, a besoin de sa mère pour survivre, de se l’approprier, qu’elle soit à son service exclusif, qu’elle le nourrisse et le protège : il a besoin de ressentir son amour à travers cet attachement. Il se sent plus rassuré si son père est là pour protéger et lui et sa mère, et puis quand il est plus grand pour jouer avec lui et finalement pour le jeune enfant la famille et son amour sont très important.
    C’est un instint génétique : l’enfant et l’ado a besoin d’être aimé par ses parents et besoin de les aimer en retour.

    Tous les jeunes que j’ai connus directement ou ceux avec lesquels j’ai correspondu, m’ont dit l’importance de cet attachement familial.
    L’adolescent est surpris par le fait qu’il grandit et les transformations de la puberté, surtout les filles. Il veut sa liberté, pouvoir acquérir de l’expérience, mais il a aussi peur de cette liberté et la famille reste encore le refuge dont il a besoin, dont à la fois, il craint et il a envie de s’éloigner pour devenir adulte.
    Alors si la famille chancelle et  que les parents se séparent c’est un drame qui bouleverse et traumatise l’adolescent, qui parfois part à la dérive.
    J’ai plusieurs exemples de jeunes adolescentes qui se sont  “battues” avec leur père qui avait la responsabilité - d’après elles - de cette rupture et cet affrontement les a énormément stressées. Elles étaient alors en énorme déficit d’amour et d’affection, ne trouvaient pas un réconfort suffisant auprès de leur mère affectée par son divorce, et elles cherchaient désespérément une amitié sur laquelle elles puissent s’appuyer.
    Certaines ont alors eu successivement plusieurs petits amis, choisis précipitament, auprès duquel elles espéraient trouver un réconfort et la tendresse qui leur manquait. et non comme l’auraient dit les disciples de Freud, en raison du complexe d’Oedipe et pour reporter sur ce petit ami  le “désir” soit disant ressenti pour leur père.
    D’autres comme Jacinthe dont je vous ai raconté l’histoire, ont eu un ami qui les a aidées et soutenues et toutes ont éprouvé pour cette personne une grande reconnaissance, et une très grande amitié renforcée, voire même de l’amour.
    Certaines après une période de haine, ont retrouvé un jugement plus objectif et finalement se sont réconciliées avec leur père et je constate alors chez elles un attachement pour lui, bien plus profond, plus raisonné qui n’est pas un transfert, mais simplement l’assouvissement de ce besoin de tendresse et également la découverte par le jeune adulte du lien d’amour et de communauté d’éducation avec les parents, qu’il avait perdu pendant une longue période.

    Je ne suis pas sur que les considérations sexuelles de Freud expliquent le tranfert vers le psychiatre. Le patient se confie à lui, et il se rend compte que celui ci l’aide et je pense qu’il est normal qu’une certaine reconnaissance et une certaine amitié naissent entre ces personnes. Qu’ensuite il soit parfois difficile de maintenir une simple amitié entre des adultes homme et femme et que cette amitié dérive vers une attirance physique ou un sentiment d’amour, c’est quelque chose de courant dans la vie, le plus souvent en dehors de toute cure psychanalytique.
   
Pour moi, le tranfert décrit par Freud n’est, comme le pensait Jung, qu’un cas particulier du rappochement de deux personnes qui ont des affinités communes et que la vie a rapprochées notamment parce que l’une a aidé l’autre.