Mercredi 22 avril 2015 à 8:28

Actualité

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     L’assemblée a voté récemment une loi sur la fin de vie. Cette loi sera présentée au Sénat en mai prochain et votée définitivement en juin.
    Je la trouve bien ambigüe et peu précise, tout cela pour ménager tout le monde, après le refus de voter l’amendement Touraine , qui était plus volontariste.
    En tout cas elle n’est pas conforme aux engagement de François Hollande, lors de sa campagne présidentielle, qui disait : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d'une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d'une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. ».

    La nouvelle loi autorise la « sédation profonde et continue »
    Cette possibilité de "dormir avant de mourir pour ne pas souffrir", sera réservée à des malades atteints "d'une affection grave et incurable".
Encore faudra t’il qu’ils aient déclaré par écrit, auparavant, qu’ils ne souhaitaient pas d’acharnement thérapeutique et cela sur un document à caractère officiel.
    Et les médecins auront ils sous la main cette déclaration, lorsqu’il leur faudra décider de leur conduite ?
    Les directives anticipées s'imposent au médecin "sauf en cas d'urgence vitale pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation". Si elles apparaissent manifestement inappropriées, le médecin devra solliciter un avis collégial.
    Si les directives anticipées sont jugées "manifestement inappropriées" par le médecin, cela peut être tout et n'importe quoi. Cette notion n'existe pas dans le droit et le médecin n’a aucune qualité juridique ! Comment les juges pourront ils juger en cas de recours ?

    La sédation profonde, c'est certes une forme d’euthanasie, Elle va permettre à des personnes de mourir plus tôt, sans alimentation et sans hydratation. Cela peut être calme pour certains mais aussi très violent pour d'autres. "Plus tôt", ça peut durer trois semaines,. Sans compter sur des procédures, comme celle de Vincent Lambert, qui a duré plus d' un mois.   
     Et déjà cette loi, pourtant bien peu permissive, suscite des tas de critiques de la part d’intégristes catholiques.
    C’est une attitude que je ne comprends pas.
    Personne n’oblige personne à recourir à cette action; c’est le choix de chacun. Les opposants sont donc tout à fait libres de ne pas se servir de cette possibilité, c’est leur choix.
    Mais obliger les autres qu’eux à faire la même chose, c’est inadmissible : c’est faire preuve de la plus grande intolérance, c’est, comme les intégristes musulmans, décréter que l’on n’a pas le droit de penser autrement qu’eux. On se croirait dans un pays totalitaire!
   
    Ce droit à la sédation profonde et continue jusqu'au décès n’est valable que dans certains cas particuliers :
        - « le patient atteint d'une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme présente une souffrance réfractaire au traitement »
        - « lorsque la décision du patient atteint d’une affection grave et incurable décide d’arrêter un traitement qui engage son pronostic vital à court terme »
        - « lorsque le patient ne peut exprimer sa volonté et au titre du refus de l’obstination déraisonnable ».
    Mais quelqu’un comme Vincent Lambert entre t’il dans ces cas. Un tétraplégique qui n’a aucune chance de guérison, qui est presque un légume, mais n’est pas en train de mourir, n’y entre probablement pas.
   
    Que doit faire une personne qui ne souhaite pas d’acharnement thérapeutique :
    Les directives anticipées doivent figurer sur un document écrit, daté et signé sur lequel leur auteur doit porter son nom, son lieu et sa date de naissance. Lorsque ce dernier est en incapacité d’écrire mais néanmoins apte à exprimer sa volonté, il peut demander à deux témoins, dont la "personne de confiance", d’écrire le document, en attestant qu’il est l’expression de sa volonté libre et éclairée.
    Les directives anticipées sont inscrites dans le dossier médical du patient. Elles sont modifiables à tout moment et valides pendant trois ans au terme desquels l’auteur doit seulement confirmer leur validité par écrit sur le même document.
    La désignation d’une personne de confiance qui pourra être consultée par le médecin, si le malade n’est pas en état de parler de façon rationnelle, doit se faire par écrit et peut être révoquée à tout moment.

    Certes cette loi est un petit progrès, mais elle est tellement ambigüe que je crains qu’elle n’aboutisse à de nombreux problèmes juridiques par la suite.
    Finalement les décisions seront prises par des tiers, qui ont chacun leur propre idée de la question et le plus souvent, pas par l’intéressé, qui n’aura pas su écrire des directives juridiquement valables.
    Pourtant d’autres pays (Belgique, Pays Bas, Suisse, Luxembourg), reconnaissent à chacun de choisir l’instant de sa mort. En France il peut le faire tant qu’il est en bonne santé (on ne l’empêchera pas de se suicider), mais il ne pourra plus le faire s’il est malade et n’est plus capable de se procurer les moyens correspondants.
    On continuera à voir certains partir à l'étranger pour mourir dignement et d'autres sont poursuivis pour avoir assisté leurs proches ou leurs patients à mourir, en France.

    Certes une libération de l’euthanasie, sans règles strictes serait la porte ouverte dans certains cas à des assassinats pour des raisons diverses, mais la loi actuelle ne laisse pas assez de liberté à un malade incurable, mais encore conscient et qui n’est pas en train de mourir, de choisir sa propre fin comme il l’entend, parce que la vie ne lui apporte plus que des souffrances et plus d’espoir.
    Bien sûr on vous dira qu’on peut toujours espérer un miracle, mais bien que très optimiste, un miracle, en 83 ans, je n’en ai jamais vu.
    Bien sûr la morale nous dit « tu ne tueras point » mais il s’agit des autres. Je ne vois pas en quoi il est immoral de mettre fin à sa propre vie, en connaissance de cause de toutes les conséquences, et bien sûr, sans entraîner dans sa mort les 150 passagers d’un avion.
    Et que dire au plan moral, de certaines cliniques qui font de l’acharnement thérapeutique, pour garder remplis certains lits et chambres, sources de revenus financiers !
Par MarquiSe le Mercredi 22 avril 2015 à 16:13
"Bien sûr la morale nous dit « tu ne tueras point » mais il s’agit des autres. Je ne vois pas en quoi il est immoral de mettre fin à sa propre vie, en connaissance de cause de toutes les conséquences, et bien sûr, sans entraîner dans sa mort les 150 passagers d’un avion."

Je suis tout à fait du même point de vu que toi. Je trouve honteux comment certaine personne sont contrainte de terminer leur vie.
Hier, la grand-mère de mon compagnon est décidé après 15 ans dans un état quasi végétatif...
Par Jack-sceptique le Samedi 25 avril 2015 à 9:24
La médecine est faite de ces "miracles", de ces coups de chances (ou de malchance) sur lesquels on aime (ou pas) parier.


Mettons que mon petit garçon commence à faire une petite fièvre, à ne plus supporter la lumière ni les bruits, qu'il ait un de ces mal de crâne, mais surtout, surtout, il a la nuque toute enraidie. Ca vous évooque quelque chose ?

C'est une méningite.
Alors là les statistiques nous disent : pas de soucis, c'est viral et bénin (statistiquement, c'est l'immense majorité des cas).
Alors pourquoi on va sauter sur nos piquouzes et faire des examens sans attendre ?
Parce qu'on sait (merci les stats) que dans de très rares cas la méningite peut être dûe à une bactérie ou au virus de l'herpès, et que dans ces cas extrêmement rares, ça peut extrêmement mal tourner.


Une autre histoire, inverse et plus personelle. Celle de ma grand-mère.
Après le décès de mon grand-père elle allait très mal. Pendant 3 ans (ce qui dépasse de large la période d'un deuil normal) elle était presque apathique, sans aucune motivation, sans aucun plaisir.
Elle parlait souvent de "partir le rejoindre".
Au début bien sûr, j'étais plein d'espoirs et je m'insurgeais contre cette volonté d'en finir.
Et puis, trois ans dans la vie d'un enfant de 11, ça semble une éternité. Pas d'améliorations, jamais.
Je me rapellerai toujours de l'horreur que j'ai eu en demandant à ma maman : "mais en fait, est-ce que ça serait pas mieux pour elle qu'elle parte ? Elle souffre tout le temps et n'a aucun plaisir ?" C'est la première fois que j'envisageais qu'on puisse ne pas être heureux, ça m'a fait un choc...
Ma mère, qui est bien sage, m'avait dit que quand on est au pied du mur, on voit peut-être le maçon, mais on voit pas bien le mur lui-même... J'ai pas compris sur le coup.
Au terme de ces trois années, mon oncle l'a retrouvée chez elle après une tentative. Je vous passe les détails de sa prise en charge. Je me rappelle avoir repensé le jour où je l'ai appris "peut-être ça aurait été mieux pour elle", et avoir rapidement balayé cette pensée avec un "je sais pas c'est complexe" très salvateur.

Aujourd'hui, et ce depuis de nombreuses années, ma grand-mère s'est remise de sa dépression, et elle passe le temps qu'il lui reste avec ses enfants et petits enfants (et avec 10 enfants je vous laisse imaginer la tribu ^^).

Heureusement que je n'étais pas la personne de confiance de ma grand-mère dites. (et imaginez combien de cas de ce types pourraient mal tourner ??!!)
Je crois que c'est à cause de ce genre d'exemples ou de contre-exemples dont notre pratique est truffée, qu'on est très prudents avec nos pronostics, et avec les décisions médicales qui en découlent.
Alors quand on parle de donner consciemment la mort à quelqu'un... Prudence devient un doux euphémisme.
 

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