Mercredi 5 mars 2014 à 8:22

Adolescence

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     Je ne sais pas si c’est la rentrée qui vous inspire, mais trois correspondant(e)s m’ont demandé, après avoir lu un de mes articles sur l’école, si, quand j’étais ado, les jeunes travaillaient plus qu’aujourd’hui.
    Ce n’est pas si simple de répondre à cette question, car les temps sont très différents pour trois raisons au moins : la différence de fréquentation des lycées en nombre de jeunes, la formation des professeurs, et l’évolution des moyens audiovisuels et informatiques.


    Les moyens techniques et audiovisuels, j’en ai parlé plusieurs fois sur ce blog : c’était au lendemain de la guerre.
    Non seulement les plastiques et les antibiotiques n’existaient presque pas, mais il n’y avait ni transistors, ni circuits électroniques intégrés (les puces); pas de télévision; les postes radio et les amplificateurs de « tourne disques » (disques 33 et 45 tours en vinyle écoutés grâce à une aiguille qui suivait le sillon) utilisaient d’énormes « lampes radio », qui chauffaient horriblement et mourraient tous les 2 ou 3 ans. (par contre on pouvait réparer soi même, car c’était aussi facile que de changer une lampe d’éclairage - juste acheter la bonne référence !).
    Les téléphones (fixes évidemment) étaient réservés au professionnels et à quelques riches particuliers (manque de lignes et centraux électromécaniques très volumineux pour peu de lignes), et c’était onéreux.
    Evidemment ni ordinateur, ni appareil photo numérique, et les appareils argentiques, ou étaient de simple boîtes qui faisaient de très mauvaises photos, ou étaient très volumineux, extrêmement chers et les films de 12 photos revenaient cher à l’achat et au tirage. Les machines à écrire étaient mécaniques et difficile à utiliser pour quelqu’un qui n’avait pas reçu la formation de dactylographie. Les cours se prenaient à la main sur des cahiers.
    Les informations étaient prises dans les journaux (quotidiens et revues mensuelles) et la radio pour ceux qui avaient d’énormes postes (environ 20% de la population). Pas de poste portatif évidemment.
    Les cinémas étaient rares et ne jouaient en province que le soir et le week-end. Dans la petite ville du sud-ouest où j’habitais, qui avait environ 20 000 habitants, seulement deux cinémas, qui jouaient de bons films en noir et blanc et quelques films américains (souvent mauvais) en « technicolor » gueulard, mais c’était une curiosité que des films en couleur. Vu le prix, nous y allions moins d’une fois par mois et c’était une récompense.
    Evidemment pas de console de jeu, mais des jeux de société classiques et considérés aujourd’hui comme démodés par la plupart des jeunes : cartes à jouer classiques, tarots, dames échecs, mah-jong, petits chevaux, jeu de l’oie pour les enfants…
    Le sport se faisait au collège et au lycée, éventuellement dans de rares clubs municipaux payants.
    Pour faire un panorama de la vie d’alors, pas de supermarchés, rien que de petits commerces et un « grand magasin » de vêtements et objets pour la maison, par ville, de surface moyenne, aux enseignes limitées (plus de la moitié étaient des « Printemps » « Galeries Lafayette » et « Prisunic »).
    Les voitures étaient en nombre limité, vu leur prix, (et toutes celles qui existaient pendant la guerre avaient été prises par les allemands), d’ailleurs l’essence était aussi chère qu’aujourd’hui. Les constructeurs français étaient pratiquement les seuls à vendre mais de l’ordre de 150 000 par an (plusieurs millions aujourd’hui). Hors professionnels la voiture était un luxe, 10 à 15 % des ménages.
    Les bicyclettes étaient vieilles mais fonctionnaient encore car on les avait entretenues au mieux et on retrouvait enfin des pneus, des chambres à air et des patins de freins, introuvables sous l’occupation.
    Pendant la guerre nous n’avions ni vêtements ni chaussures, et ceux qui avaient tenu le coup, étaient usés jusqu’à la corde (sauf quelques chaussures à semelle de bois, résistantes, mais inconfortables).    Alors peu à peu on essayait de s’habiller mieux, mais ce n’était pas l’opulence. Un tricot ou un pantalon étaient de beaux cadeaux de Noël.
    Et coté nourriture, après les privations de la guerre, c’était la joie, mais les tickets de rationnement ont été encore en service de 1945 à 1949, et, si en province on pouvait se ravitailler chez le paysan et dans les marchés locaux, dans les grandes villes l’approvisionnement était beaucoup plus restreint, et les gens avaient la ligne « haricot vert », célèbre pour sa maigreur.
    Enfin pas de matériel domestique : machines à laver le linge ou la vaisselle n’existaient pas (lessiveuse sur le gaz et vaisselle à la main !). Les frigos étaient rarissimes (on utilisait des glacières et on achetait des pains de glace). Cuisinières à charbon ou à bois, pas de cocottes minutes ni de mixers. Les aspirateurs étaient rares et chers et donc on maniait le balais, la pelle et les serpillières.
    Beaucoup d’appartements n’avaient qu’éviers et lavabos et ni douches ni baignoires et il y avait des « bains publics ».
    A la campagne, il n’y avait pas toujours l’électricité ni surtout l'eau courante et les wc étaient une cahute dans la jardin, avec des rats et des araignées; de nuit les jours de pluie, il fallait parapluie et lampe de poche, pour gagner ces prétendues "commodités".

    Toutefois il ne faut pas croire que nous étions malheureux et que nous nous ennuyions. Je parlerai de l’école dans un autre article demain. Elle nous occupait une bonne partie du temps.
    Mais nous avions des nombreux loisirs, mais différents de ceux d’aujourd’hui. Nous avions aussi beaucoup de copains, mais pas de contact par messagerie ou portable, et donc nous nous voyions « en vrai », surtout pour faire du sport ensemble ou quelques balades en campagne, à pied ou à vélo. Eventuellement on s’écrivait, mais les timbres étaient chers, et bien entendu les pointes « bic » n’étaient pas encore inventées; on utilisait des stylos à plume avec des réservoirs, en caoutchouc, comme un compte goutte, avec lequel on aspirait l’encre dans une bouteille pour le remplir.
    L’hiver où il y avait moins de sports, on allait aussi les uns chez les autres, le jeudi après midi, pour le « goûter » et on discutait ou on jouait à des jeux de société.
    Le soir, une fois les devoirs finis, on lisait beaucoup, car les livres étaient notre bien précieux et j’avais la chance que mes parents et grands parents aient une bibliothèque très fournie. On écoutait aussi la radio avec les parents, et c’était eux qui choisissaient les émissions.
    Les rapports enfants-parents étaient un peu différents d’aujourd’hui. Certes les parents aiment toujours autant leurs enfants, mais ils s’occupent moins d’eux, si ce n’est pour les trimballer jusqu’à de multiples occupations extérieures.  Beaucoup plus de femmes travaillent aujourd’hui et ont moins de temps à leur consacrer.
    A l’époque, enfants et parents restaient ensemble et avaient des occupations communes le dimanche : balades s’il faisait beau, travaux à la maison (le bricolage était laborieux car tous les instruments étaient à main : pas de perceuse électrique notamment, mais des « chignoles » à manivelle), du sport en commun aussi; quelquefois cinéma, ou un concert (classique et jazz). La musique à la maison était correcte à la radio, mais celle des disques était très déformée, mais on aimait quand même.
    Un point très différents : ados, nos parents étaient nos « modèles », et les couples étaient unis au moins en apparence. Aujourd’hui, le modèle à suivre des ados est constitué des autres jeunes, et les parents ne cachent pas leurs amours multiples.
    Il faut dire que l’influence sur les ados des médias, toutes puissantes aujourd’hui, était nulle, et la société de consommation n’existait pas.
   
    Et finalement, malgré le souvenir traumatisant de la guerre, je me demande si nous n’étions pas plus heureux que mes petits enfants, car nous disposions de peu de choses mais nous nous en contentions, nous avions certes des désirs, mais nous n’étions pas pressés de les satisfaire, et nous profitions des petites joies de tous les jours, sans vouloir toujours autre chose que ce que nous avions.
    Etre heureux de son sort, c’est une partie du bonheur

    Demain je vous parlerai de notre travail en classe, il y a 70 ans.
Par maud96 le Mercredi 5 mars 2014 à 22:39
Il y en a des questions à poser !
Avec quoi remplaçait-on les smartphones ? utilisais-tu une plume d'oie ? Fallait-il amener un encrier dans son cartable ?...
et, dans un tout autre domaine, comme faisaient au lycée filles et garçons pour "s'approcher" ?
Et pendant la guerre, quelle est la pire chose que tu aies mangée?
Par JACk-sCEPTikE le Jeudi 6 mars 2014 à 11:12
Lol, j'aime bien tes questions...
Je sais pas si c'était vrai il y a si longtemps, mais j'ai souvenir qu'avant l'ère portable (donc au collège...), au lieu d'envoyer un sms à une damoiselle qu'on trouvait charmante, on envoyait un copain lui dire ce qu'on voulait ^^
(après, je concède : c'était un peu chiant de répéter 500 fois le message pr être sûr qu'il dise bien LE mot qu'il faut comme il faut, mais bon ^^).

Avec quoi on remplace quelque chose qui ne sert à rien ? "Avec rien" me semble juste, peut être que c'est notre mémoire qui prenait les films et photos, que notre langue et nos oreilles et nos yeux servaient à communiquer, et que pour s'exprimer on écrivait dans un 'ti journal ou quelque chosede privé au lieu de (se?) "déballer" en public.
Je sais pas j'n'y étais point, mais c'est l'idée que je me fais... Et je connais pas les autres superbes fonctionnalités des super téléphones intelligents...
 

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