Mardi 31 juillet 2007 à 11:04

Scarification, suicide

        Certaines de mes correspondantes ont eu le malheur d'avoir parmi leur proches qu'elles aimaient, quelqu'un qui s'est suicidé.
        Elles culpabilisent alors de ne pas avoir assez aidé cette personne, de ne pas avoir su empêcher son acte.

        Je voudrais d'abord remarquer que ce n'est pas spécifique du suicide.
    Quand nous avons perdu une personne que nous aimions beaucoup, et même si nous ne pouvions avoir aucune action sur sa maladie ou sur l'accident qui l'a emportée, nous nous reprochons toujours de ne pas avoir su faire plus, de ne pas avoir été là au bon moment, alors que le destin en a décidé autrement.
        Même si ce n'est pas logique et rationnel, c'est un regret courant et naturel. Aider ceux qu'on aime est heureusement quelque chose d'instinctif chez l'homme.
   
         Le problème essentiel n'est pas que nous n'ayons pas ce regret, mais qu'il ne dure pas trop longtemps, car il peut alors fortement perturber notre vie et c'est ce que je constate chez certaines de mes correspondantes.

        Ce sentiment de culpabilité est donc naturel, mais il faut que vous essayez de lutter contre.
        Si votre ami(e) vous avait appelé(e) à l'aide lorsqu'elle a eu des intentions suicidaires, et que vous n'ayez pas pu l'en empêcher, je comprends que ce soit très difficile à accepter. Cependant même dans ce cas, vous ne devez pas vous faire de reproches. C'est extrèmement difficile de trouver les paroles efficaces et de l'empêcher de passer à l'acte, si on n'est pas près de la personne géographiquement et physiquement, le seul moyen vraiment efficace étant alors de l'empêcher matériellement d'agir.
        A distance on n'a que la parole et ce que l'on dit, provient de son propre mode de réflexion ou de sentiments, ou de ceux qui résultent des conversations que l'on avait habituellement avec la personne.
        Seulement la personne n'est pas dans son état normal : comme je vous l'ai expliqué, elle ne raisonne plus normalement. Alors que vous n'ayez pas su trouver les mots qu'il fallait dire, n'est pas une faute de votre part.
        Il aurait fallu que vous raisonniez comme celui ou celle que vous vouliez empêcher d'agir et cette personne était dans un instant de folie, et vous ne partagiez pas cette folie !
        De plus, c'était pour vous la première fois où cela arrivait et quand on n'a pas l'expérience d'une telle situation, on a tendance à s'affoler soi même et à ne pas savoir que faire d'efficace.

        Mais dans les cas que je connais, la personne qui voulait disparaître n'a pas appelé et elle est passé à l'acte seule, sans essayer de se raccrocher aux gens qu'elle aimait. C'est injuste, inhumain, mais il ne faut pas lui en vouloir, elle ne savait plus ce qu'elle faisait, son cerveau tournait à vide; elle se sentait seule, désespérée, inutile, et ne voulait pas, ne pouvait plus se souvenir de ceux qui vivaient, de ceux qu'elle aimait, sinon elle ne se serait pas suicidée.

        Il arrive parfois que ce soit en réalité un accident, une overdose non voulue, une potentialisation de médicaments entre eux ou de somnifères par l'alcool. Vous n'y êtes pour rien et la personne non plus, sinon elle se serait abstenue.
        Souvent c'est une personne sous l'effet de la boisson de la drogue, ou de médicaments qui a alors fait un geste désespéré. Dans ce cas, vous ne pouviez rien faire. Même sur place, le seul moyen d'arrêter une personne complètement inconsciente de ses actes, c'est de l'attacher ou de l'assomer.
        Même lorsque la personne n'était pas sous une telle emprise, le désespoir, comme je vous l'ai décrit dans mon précédent article, associé à la fatigue, à l'isolement de la nuit, aboutit à un état dépressif tel, que la personne est presque aussi inconsciente de ses actes et surtout de leurs conséquences, que si elle était sous l'emprise d'un stupéfiant. Le personne oublie ses espoirs, ses liens, ceux qu'elle aime, et n'a plus qu'une idée en tête, mettre fin à son tourment, et la mort lui apparaît comme la seule issue possible, même si cette issue est en réalité fallacieuse.
        Comme je vous l'ai dit, ces “overdoses de tristesse” sont comme des coup de folie : comme l'on dit vulgairement, la personne “pête un cable”, en fait, tous ses cables qui la retiennent à la vie.

        Vous me direz que vous auriez dû prévoir cela et aider la personne avant qu'elle n'en arrive là, que vous n'avez pas vu la gravité de la situation.
        C'est encore un raisonnement fallacieux.
        Si c'était possible de prévoir ainsi, mais on arriverait presque toujours à intervenir à temps et il n'y aurait pas ou très peu de suicides.
        En fait un “coup de folie”, cela ne se prévoit pas. Il est probablement dû à des modification de concentration dans le sang, des neurotransmetteurs dans le cerveau, et cela ne se voit pas tant c'est brutal.
        Une personne qui se suicide n'est évidemment pas joyeuse et sans problème avant son acte, mais elle paraît, la plupart du temps, dans un état normal, ou en tout cas, pas plus alarmant qu'en temps normal.
        Rien en général ne laisse prévoir son geste, sauf si elle veut faire cette tentative pour attirer l'attention des autres, toutefois, dans ce cas, elle ne veut pas en général mettre fin à ses jours, mais seulement faire peur en tentant de le faire.

        Alors je m'adresse à celles qui ont ainsi le remord lancinant de ne pas avoir pu aider un être cher.
        Je ne vous demande pas d'oublier cette personne que vous aimiez, je sais que c'est impossible.
        Mais essayez plutôt de vous rappeler les instants heureux passés avec elle, ceux où elle était joyeuse et où vous avez passé de bons moments ensemble.
        Dites vous qu'elle vous aimait comme vous l'aimiez, que si elle était encore en vie, elle souhaiterait que vous soyez heureuse et que vous oubliiez son acte
        Dites vous qu'elle souhaiterait que vous continuiez à vivre, que vous n'ayez pas ces regrets et ces remords, qu'elle ne soit pas pour vous une source de culpabilité.
        Vous devez pouvoir vivre sans elle, puisque cette personne ne peut plus revenir près de vous, et elle serait très fachée de vous empoisonner ainsi la vie.
        Il faut prendre sur vous, non pas de l'oublier, mais de tourner la page.



Par Mots.de.Mielle le Mardi 31 juillet 2007 à 11:13
Ton texte m'a énormément touchée, d'autant plus que j'ai également perdu un ami comme ça. Ca fera bientot un an, en Septembre. Le sentiment de culpabilité, il est bien là oui, même s'il s'estompe avec le temps, parce qu'on prend du recul. Merci pour ce blog, il redonne un peu de courage et il fait beaucoup réfléchir. Je reviendrais.

Bonne journée =)
Par mysolitude le Mercredi 2 avril 2008 à 3:09
Texte tres touchant, j'ai perdu mon premier amour, il c'est suicider car je l'avais quitter, je peux te dire que c'est bien de ma faute et sa fait terriblement mal...

Bravo pour ton blog, il est genial
 

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