Vendredi 17 janvier 2014 à 8:06

Notre cerveau : émotions

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     La plupart des jeunes qui me demandent conseil ont des chagrins d’amour. Parfois c’est bénin et cela guérit vite, parfois c’est plus grave parce qu’on était attaché à l’autre, et les premières semaines, voire les premiers mois sont difficiles. Certes le temps apaise les souffrance, mais c’est dur d’oublier.
    Les raisons des ruptures sont bien diverses. Le plus souvent c’est qu’en fait, on a pris une attirance pour un véritable amour.
    Attirance parfois uniquement physique (une de mes correspondante sans doute allergique aux clavier Querty américains me disait crûment : j’ai pris pour de l’amour avec un grand « A », l’amour avec un petit « q »).
    Mais aussi attirance sentimentale, mais voilà c’était trop rapide, on ne connaissait pas bien l’autre et une fois la flambée passée, la nouveauté, l’entente et les activités communes n’étaient plus là et on s’ennuyait ensemble.
    Dans d’autres cas, cela s’était mal passé, bien souvent le garçon s’étant comporté comme un mufle (mais parfois aussi la fille comme une mante religieuse). Là c’est plus facile de guérir plus vite. Il y a un ressentiment de la conduite de l’autre et il suffit de  transformer alors l’amour en haine.
    Haine est peut être un grand mot, mais il faut tuer l’amour qui restait pour que le traumatisme cesse.

    Mais c’est vrai qu’amour et haine sont des sentiments très proches qui évoluent assez facilement l’un vers l’autre. Alors peut on expliquer cela ?
    Pour cela nous allons parler d’un centre très particulier du cerveau : le cortex insulaire ou « insula », qui a un rôle important dans certains de nos sentiments.
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    L’insula est une partie du cortex cérébral, dont la position en repli à l’intérieur des circonvolutions cérébrales la rend moins accessible (voir schéma ci dessus) d'où son nom  « d’île » au milieu du cerveau. Voilà pourquoi elle est  restée méconnue pendant longtemps, (bien que découverte en 1796 par un médecin allemand Reil), jusqu’à ce que des neurobiologistes comme Antonio Damasio, l’un des spécialistes de l’étude du mécanisme cérébral des sentiments, mettent en évidence son rôle dans nos sentiments.
     En fait il est difficile d’étudier ces problèmes, car si on peut faire de l’expérimentation animale pour étudier des problèmes physiologiques, et même certaines émotions, la conscience des sentiments est une spécificité humaine, qui ne peut être étudiée qu'avec la coopération de sujets humains.
    Toutefois souvent les réactions sentimentales sont concomitantes avec des réactions physiologiques et celles ci peuvent aussi être étudiées.
     L’insula est un centre qui comprend des récepteurs de nos réactions viscérales, et elle est apte à nous faire prendre conscience de ces bouleversements corporels internes associés à la moindre de nos émotions. Elle reçoit en particulier des informations en provenance du thalamus, des centres amygdaliens et de l’hypothalamus sur le niveau de douleur, notamment viscérale, la régulation de la température, l'irritation, le niveau d'oxygénation local ou encore le sens du toucher.
    Elle participe à la conscience de l’état du corps, notamment la capacité de mesurer son propre rythme cardiaque et de ses anomalies éventuelles. Il semble qu’elle soit impliquée dans la conscience de nos mouvements, notamment des mains et des yeux, en relation avec les centres moteurs et du toucher.
    Finalement l’insula est en partie responsable de la conscience de soi, dans la mesure où elle est d’abord une prise de conscience de notre corps, puis de certaines réactions psychologiques comme les émotions et les sentiments. Les émotions se traduisent en particulier par des réactions viscérales auxquelles l’insula serait sensible, et plus généralement elle associerait un contexte émotionnel adéquat à des réactions sensorielles données de notre corps.

    La partie antérieure de l'insula, surtout dans l'hémisphère droit, est davantage développée chez les humains et les grands singes que chez les autres espèces animales. Ceci permettrait un décodage plus précis de nos états sensoriels, et donc par exemple à une simple mauvaise odeur de devenir un sentiment de dégoût, ou encore au toucher d'une personne aimée de se transformer en sentiment de délice.
    Le désir sexuel et sa satisfaction concernent de nombreuses aires cérébrales, mais principalement l’hypothalamus, le noyau accumbens et le circuit de la récompense.
    Les bases biologiques de l’amour sentimental diffèrent de celle du plaisir sexuel et même des circuit des émotions, mais ont de nombreux points communs  avec la motivation et le puissant désir de récompense impliqué dans l'amour humain. Le circuit de récompense est donc  aussi très actif.
    Alors que le désir sexuel permettrait aux individus d’avoir des relations avec un certain nombre de partenaires,le sentiment d’amour (dit romantique), les motiverait à se concentrer sur un seul partenaire et ensuite l’attachement se créerait entre les partenaires, pour grandir dans un environnement stable et pourvu des ressources nécessaires à son développement.
    Bien entendu de nombreux centres interviennent dans ces sentiments liés à l’amour
    L’insula et le putamen sont en particulier impliquées dans la conscience et les réactions à la fois de l’amour et de la haine.
    Il semble que la partie antérieure de l’insula ait un rôle important dans des émotions subjectives, telles que l’amour, la haine, le ressentiment, la confiance en soi ou l’embarras. Des dommages à l’insula conduisent à l’apathie et à l’incapacité d’exprimer nos sentiments ou ceux d’un interlocuteur. Ces incapacités de l’insula sont rencontrées dans l’autisme et d’autres troubles neuropsychiatriques.
    Le putamen serait davantage impliqué dans la jalousie et des réactions plus violentes, notamment en cas de rupture ou d’agression.
    Par contre les régions concernant le danger et la peur relèvent des centres amygdaliens.

    Finalement il apparaît dans diverses études neurobiologiques, que les mêmes régions du cerveau sont concernées par l’amour et la haine, qui sont donc des sentiments très voisins. Différence importante toutefois, entre les sentiments d'amour et de haine de grandes régions du cortex frontal se désactivent avec l'amour, (l’amour est aveugle : on ne voit pas les défauts de l’être aimé), contrairement à la haine, où seule une petite partie est désactivée (la critique est alors courante et parfois pour nuire, blesser ou tirer vengeance).
    Autre différence l'amour romantique s'adresse à une seule personne, alors que la haine peut être dirigée vers un groupe de personnes, comme c'est le cas pour la haine raciale, politique ou l’homophobie.   
    On considère souvent la haine comme une passion malveillante qui devrait être domptée, contrôlée et éradiquée, mais pour un biologiste, la haine est une passion présentant autant d'intérêt que l'amour. Comme l'amour, la haine est souvent en apparence irrationnelle et peut mener des individus à réaliser des gestes héroïques ou malveillants.
    Et en cas de rupture notamment, on passe facilement de l’amour à la haine. C’est plus rare en sens inverse, mais on en trouve des exemples.
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