Samedi 30 octobre 2010 à 9:01

Enseignement, école, fac

  
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   Aujourd’hui, je voudrais voir comment la mémoire contribue à nous rendre intelligents et à la réussite scolaire.

    Les études neuro-psychologique montrent que l’enfant dispose dès sa naissance des outils pour acquérir des connaissances. 

    Évidemment, tous les enfants n'ont pas les mêmes capacités de mémorisation. 
    Les vrais jumeaux obtiennent des résultats plus proches que les faux jumeaux dans les tests de mémorisation. Le patrimoine génétique détermine ainsi en partie la capacité d'un enfant à assimiler des connaissances. 
    Mais la partie génétique, pour employer une analogie avec l'informatique, n’est que le “disque dur” du cerveau. Il peut avoir une capacité énorme et n'être jamais rempli, faute de transmission, d'éducation, de formation et d'apprentissage. La plupart des enfants ont un disque dur suffisant pour apprendre énormément de choses. C'est donc l'environnement qui va être décisif.
    La mémoire ne se développe que si on l’entraîne ! 

    Jusque vers les années 1970, on croyait que l'intelligence était assimilable au raisonnement, et l'on valorisait à outrance les mathématiques selon le postulat que, mieux on raisonne, plus vite on acquiert des connaissances. 
    Les méthodes correspondantes n’ont pas été efficaces puis le psychologue américain Allan Collins et son collègue informaticien Ross Quillian ont découvert notre “mémoire sémantique”  (j’en ai parlé dans un article).
    Ils observent que les connaissances sont classées dans notre esprit de façon hiérarchique, selon des arborescences, un peu comme dans un ordinateur,.
    L'intelligence ne fonctionne pas à partir de rien, mais à partir d'un réseau de connaissances que l'on classe à mesure qu'on les apprend. 

    En étudiant les résultats scolaires d’élèves les psychologues ont montré que, plus les connaissances fondées sur des vocabulaires du programme étaient étendues, plus les résultats scolaires étaient bons, y compris en mathématiques, alors que l'inverse n'est pas vrai
    Ils pensent que le raisonnement pur comptait pour 25 pour cent dans la réussite scolaire globale et la mémoire, pour 50 pour cent. La quantité de connaissances mémorisées est deux fois plus importante pour la réussite scolaire que le raisonnement: car la logique pure ne permet pas de déduire toutes les informations. 

    Je vous rappelle quelques notions sur la mémoire que j’ai développées dans d’autres articles : 

    Nos sens envoient les informations vers le thalamus qui fait un premier tri et transmet ce qu’il juge pertinent dans des mémoires de travail temporaires qui les gardent quelques secondes pour que le cortex frontal puisse les traiter : une mémoire pour les mots, l'autre pour les images, toutes deux à capacités limitées)
    Le cortex frontal fait mémoriser certaines de ces sensations dans la mémoire “épisodique” (ou chronologique) qui stocke en quelque sorte l’histoire de notre vie.
    Par ailleurs nous avons une mémoire dite "lexicale" qui est celle des mots, du vocabulaire et elle classe les mots en fonction de leur signification, (par exemple les couleurs), de la nature des objets représentés (par exemple les outils), et établit des liaisons logiques (par exemple tout ce qui se rapporte à une personne donnée, à un type d’événement...)
    Mais les chercheurs qui essayaient de créer des logiciels de traduction automatique d’une langue à l’autre, se sont aperçu que le même mot avait souvent de nombreux sens et que le seul moyen de trancher était le contexte de la phrase.
    Ils ont ainsi découvert que nous avions “une mémoire du sens des mots que l’on appelle la “mémoire sémantique”. Elle inclut la mémoire lexicale, mais suppose que le classement des mots est fait de façon hiérarchique, les catégories étant emboitées les unes dans les autres du détail et du particulier au plus général, sous forme d’une arborescence.
    
    Lorsqu’on veut se rémémorer une information on peut y accéder directement, les connexions se faisant entre des informations déjà en mémoire dans le cerveau : si on demande  quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri IV? , le cerveau a déjà stocké le mot “blanc” dans les couleurs et donc il saura répondre immédiatement.
    Si l’on demande par contre “ce cheval a t’il un estomac” ?, la réponse n’est pas automatique car estomac est peut être codé dans notre mémoire lexicale, mais pas lié hiérarchiquement au cheval.  Le réseau de connaissances va être activé pour trouver que le cheval est un mammifère, lequel mange et devrait avoir un estomac. C’est une “déduction” et les chercheurs appellent cette démarche une “inférence”.
    Comme le montre cet exemple, ce n’est pas une question de logique, de mathématiques, ou d’intelligence, mais une question de connaissances :  cheval= mammifère  mammifère= nourriture = estomac.
    Ces connaissances on les acquiert par l’instruction ou par l’expérience, c’et à dire au départ une perception, emmagasinée dans la mémoire épisodique, et dont le cerveau extrait des données pour former les réseaux de connaissances de la mémoire sémantique.
    On ne nait pas avec une mémoire sémantique, il faut  “construire ces connaissances à partir du vocabulaire (mémoire lexicale) et des expériences (mémoire épisodique). 
    La mémoire sémantique chez l'enfant est fabriquée à partir de l'abstraction de plusieurs épisodes. 
    Un exemple : si le premier épisode « canari » pour un enfant est souvent Titi, il va aussi enregistrer d'autres épisodes ultérieurement, un canari vu dans un livre, un canari dans une animalerie, un autre dans un documentaire.
    Finalement, des mécanismes cérébraux d'abstraction (cerveau frontal) vont extraire les points communs de tous ces épisodes pour constituer le “concept générique de canari”. 
    Les définitions des adultes et des enfants diffèrent... Un adulte tend à évoquer un canari de façon générique en déclinant des propriétés générales : « C'est un oiseau, petit et jaune » tandis qu'un enfant répond plus souvent en décrivant un épisode : « C'est Titi »...
    La mémorisation est donc nécessaire aux raisonnements par inférence, mais elle participe à la création du sens, au sein de la mémoire sémantique. 


    Il faut donc au départ que notre cerveau se forge une mémoire lexicale, ce qui est plutôt du domaine de l'apprentissage par cœur. Par contre pour apprendre le sens des choses et construire sa mémoire sémantique, il faut  multiplier les épisodes et les expériences.
    Un cours n’est donc qu’un “gros” épisode” et il faut de nombreux exercices derrière  écrits, ou audiovisuels pour conforter notre mémoire sémantique, alors que la tendance dans l’enseignement a été de minimiser les exercices, par rapport à autrefois.

    
N'opposons surtout pas l'apprentissage par cœur à la compréhension. L’un et l'autre sont indispensables et complémentaires : l'apprentissage par cœur est le moteur de la mémoire lexicale, tandis que les expériences sont le moteur de la mémoire sémantique. 
Par Emfed le Lundi 18 avril 2016 à 10:53
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