Jeudi 25 octobre 2012 à 8:11

Biologie, santé.

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Le Professeur Laurent Mottron, titulaire de la chaire de neurosciences cognitives à l'Université de Montréal, et spécialiste de l'autisme, a publié des articles remarquablement intéressants où il essaie de montrer que, dans de nombreux cas, l'autisme n'est pas vraiment une maladie mentale, qui résulterait d'un dysfonctionnement du cerveau.
Il pense que certes il existe des autistes profonds, dont le cerveau a subi une dégénérescence, mais qu'il ne s'agit pas alors de véritables autistes et qu'il faudrait appeler autrement ce syndrome.
Mais pour les autres il estime que le cerveau des autistes n'est pas déficient, mais qu'il fonctionne différemment de celui des non-autistes. (et que d'ailleurs il y a des gradations dans ces différences, chez les autistes, comme chez ceux qui en sont pas déclarés tels.
Il montre notamment qu'on n'a pas étudié de façon efficace l'autisme au plan psychologique, car on a élevé jusqu'à présent les autistes avec les mêmes méthodes que les non autistes, ce qui a empêché le développement de leurs potentiels. En particulier les tests de QI sont basés sur des statistiques à partir d'enquêtes sur des non autistes, et ils ne sont pas adaptés à un fonctionnement différent du cerveau.
Trouver un QI faible aux jeunes autistes est normal de ce fait, mais ne veut pas dire qu'ils ne sont pas intelligents. Ils ont une forme d'intelligence différente à laquelle il faudrait s'adapter pour les voir se développer de façon efficace.
 
La matière grise (les corps des neurones) et la substance blanche (les dendrites et les axones myélinisés pour les isoler et accélérer la vitesse de l'influx nerveux), sont différents chez les autistes
Les neurones sont plus petits et plus nombreux. Dans certaines régions du cerveau, on en dénombre 60% de plus ! Les "minicolonnes" de neurones sont plus rapprochées.
A l'inverse les axones sont moins nombreux, et donc il y a moins de communication entre les régions du cerveau. Le corps calleux qui est le faisceau de fibres nerveuses qui fait communiquer les hémisphères droit et gauche et contient des centaines de millions d'axones, est en moyenne, 15% plus petit chez les autistes.
En étudiant le synchronisme d'activité de certaines régions, on constate que, pour une tâche donnée qui exige la communication entre deux régions du cerveau, celle-ci est moins synchrone chez les autistes, et tout particulièrement s'il s'agit de deux régions homologues des deux hémisphères.
Cette différence se manifeste dès deux ou trois ans dans les centres du langage.
Par contre, la connexion locale intérieure à un centre est plus importante.
Malgré ces différences les autistes réussissent aussi bien que les non-autistes, certaines tâches nécessitant une communication importante entre centres éloignés. Il ne s'agit donc pas d'une communication déficiente, mais d'une communication différente.
D'après Kamila et Henry Markram, de l'École polytechnique de Lausanne, cette hyperconnectivité neuronale locale accompagnée d'une excitabilité excessive de certains sous-ensembles de neurones produirait localement un traitement et un stockage excessifs de l'information.
En raison d'une faible connectivité entre ces circuits locaux et le cortex frontal, cette hyperexcitabilité serait amplifiée, et le cortex frontal n'exercerait pas le contrôle et la régulation des activités cognitives qu'il assure normalement.
Il existe également des différences de spécialisation fonctionnelle des aires cérébrales: par exemple, certains autistes ont des capacités visuelles exceptionnelles, et les autistes en général réussissent mieux les tâches visuo-spatiales (par exemple faire tourner mentalement une forme ou reproduire une figure). Ces capacités reposent sur une redistribution des rôles des régions cérébrales.
On constate chez les autistes, une augmentation de l'activité des zones du cerveau (à l'arrière du crâne), responsables de la perception visuelle, et plus spécifiquement du gyrus fusiforme, essentiel à la reconnaissance des visages et des objets.
De nombreux autistes présentent une imagerie mentale performante, et ils réussissent bien les tests de "matrices de Raven", (si vous voulez vous amuser avec ce type de test d'intelligence par association d'images, consultez le site www.zebrascrossing.net ), mais si le même réseau cérébral du raisonnement, incluant des portions des lobes pariétaux et frontaux, est activé chez les personnes autistes et non autistes, leur activité diffère.
Les non-autistes utilisent pour les problèmes faciles des aires que les autistes mobilisent aussi pour les raisonnements complexes, qu'ils réussissent pourtant aussi bien et plus rapidement que les non-autistes.
Le raisonnement autistique serait caractérisé par une plus grande utilisation des processus perceptifs (la reconnaissance de détails et des structures visuelles, le maintien en mémoire de travail de l'information visuelle, l'élaboration et la manipulation d'images mentales) et des représentations visuospatiales

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La différence qui semble avoir le plus de conséquences entre autistes et non autistes, semble être le fonctionnement du cortex préfrontal.
Chez un enfant non autiste (à gauche sur la figure), l'information sensorielle est relayée vers I'amygdale et le cortex préfrontal. Ces deux aires sont connectées, les interactions se faisant dans les deux sens. Chez l'enfant autiste (à droite),la connectivité entre le cortex préfrontal et I'amygdale est insuffisante.
               Dès lors, certaines réactions face à des stimulus, même anodins, sont excessives et inappropriées. L'amygdale, qui traite les émotions, serait surstimulée : les sujets ressentent comme menaçants des stimulus anodins de I'environnement, et cherchent, à les éviter.
Le schéma ci dessous montre les problèmes engendrés au niveau du cortex péfrontal et de ses communications avec les autres centres du cerveau.:

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             En définitive la plupart des aires cérébrales, chez l'autiste, font leur travail, même si celui-ci est fait différemment. Une prise en charge précoce et adaptée permettrait de développer leurs capacités et qu'ils trouvent une place dans la société, mais la scolarisation normale n'est pas une solution efficace, car les méthodes d'apprentissage ne sont pas adaptées à leur mode de fonctionnement.
Demain je parlerai de l'intelligence et de l'imagination des autistes.
 
Par Sorbienn le Lundi 29 octobre 2012 à 14:02
Maladie ? Et comment on l'attrape ? C'est contagieux ? Quel est le microbe responsable ?
Voilà pourquoi je suis convaincue qu'il s'agit d'une manière différente de penser.
 

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