Mardi 11 mars 2014 à 8:16

Psychologie, comportement

  Dans les discussions avec mes correspondant(e)s, j’ai toujours été conscient d’une difficulté : différencier les sentiments, les émotions et les « états d’âme », et pour cela je crois qu’il faut bien les définir, et voir quelle est leur action respective.
    Sentiments et émotions font partie intégrante de la vie humaine en réaction à ce qui se passe dans l’environnement et en particulier nos contacts avec les autres. Ils sont toujours présents et accompagnent toutes nos actions même si nous n’en avons pas conscience.
    Les états d’âme font aussi partie de notre vie, mais de sont plutôt des réactions internes de notre cerveau.

    L’émotion est une réponse de notre cerveau (notamment de notre cerveau émotionnel, mais pas seulement), à un événement extérieur, à quelque chose qui nous arrive. Nous ressentons tout à coup quelque chose de très fort qui nous envahit pendant un moment, et parfois nous submerge.
    Sauf si on nous injecte certains produits dans le cerveau, il n’y a pas d’émotion sans un stimuli, un déclencheur externe, même si par exemple nous ne somme pas content d’une de nos actions, c’est par rapport aux conséquences externes de cette action que se situe l’émotion.
    L’émotion est forte, presque instantanée, relativement brève, et provoque en général une réaction de notre part. Elle se situe au niveau physique avant tout, car elle est caractérisée par la prise de conscience d’un ensemble de réactions physiologiques de notre corps (par exemple, augmentation du rythme cardiaque, transpiration, faiblesse ou contractions musculaires …).
http://lancien.cowblog.fr/images/Psycho/plutchik2D.png    Les émotions radicalisent et simplifient notre conception des événements, même si elles restent foncièrement subjectives. Par les réactions qu’elles produisent, ce sont des « agitateurs sociaux » qui modifient notre relation aux autres et au monde.
    Beaucoup de psychobiologistes on essayé de les caractériser et j’ai fait déjà plusieurs articles à ce sujet (27/10/2009 et 23/1/2013 notamment).
    Parmi eux, l’américain Plutchik est l’un des plus connus, avec sa « roue des émotions primaires et secondaires » dont je reproduis ci contre une des nombreuses illustrations.
    Dans l’article de 2013, j’ai rendu compte d’études qui avaient été faites pour essayer de mieux comprendre les mécanismes cérébraux correspondants, mais, même si on peut mettre en lumière l’importance prépondérante de certains centres, en fait tout le cerveau participe plus ou moins aux émotions.

    Les sentiments sont quelque chose de durable et de précis (même si notre conscience n’en est pas totale), qui résultent en générale des émotions ressenties, mais qui en restent la composante durable, après intervention des fonctions cognitives intelligentes. Ils impliquent une appréciation que l’on retrouve dans l’expression « avoir le sentiment de ».
    Ce sont en quelque sorte la partie durable de nos émotions qui provoquent des réactions semi-permanentes vis à vis des personnes ou de l’environnement. Ils gèrent nos émotions, nos pensées, nos actions, nos paroles.
    On aime ou on apprécie quelqu’un ou quelque chose; on éprouve de l’affection, de l’amour ou de la passion, de la jalousie, de la compassion, de la pitié pour quelqu’un.
    Ils sont plus au niveau conceptuel des idées, des jugements qu’à celui des réactions physiques. C’est en quelque sorte le passage de l’émotion à la pensée.
    Il peut y avoir mélange entre sentiment et émotion, quand la part physique est importante : c’est le cas de l’attirance par exemple.

    Les états d’âme sont différents, car ce sont plutôt des « états internes », qui peuvent même être « autoproduits » par notre cerveau. On en a conscience par l’introspection.
    Ils sont aussi une conséquence de nos émotions, et des événements extérieurs, mais ils sont moins intenses, plus durables et plus flous. Ils sont faibles et discrets, mais ont de la ténacité, et donc sont influents autant que les sentiments, mais de façon plus inconsciente et sournoise, avec un impact plus global que les émotions.
    Ils compliquent notre perception des événement avec un flou subjectif, mais représentent souvent aussi une perception plus complexe et subtile. Plus que nos rapports avec autrui, ce sont des « agitateurs interne », qui modifient nos rapports internes et notre vision du monde.
    Les émotions nous poussent plutôt vers l’action extérieure rapide et violente, alors que les états d’âme sollicitent notre réflexion intérieure et nous incitent souvent à changer, mais lentement.
    Les états d'âme peuvent exister durablement dans le sillage des émotions fortes, comme une traîne (l’état de béatitude dans lequel nous sommes après une grande joie ou de tristesse après une grande déception) . Mais ils peuvent aussi préparer  Ie terrain qui facilitera les émotions ultérieures : la morosité facilitant les coups de cafard et de tristesse, le ressentiment préparant les flambées de colère, la panique explosant après l’anxiété….
    Les états d’âme occupent plus notre vie que les émotions : nous passons plus de temps à être agacés qu’en colère.
    Il y a des multitudes d’états d’âme que le plupart des gens les confondent avec les sentiments. Vous trouverez, par exemple, une liste de « 744 sentiments », répertoriés par Jean-Philippe Faure!, dont la presque totalité sont des états d’âme.
    Les psychologues ont essayé de copier sur la roue des émotions de Plutchik, en partant de certaines d’entre elles, cinq émotions vives, comme le montre le schéma ci-dessous. Les états d’âme puisent leur énergie dans les émotions et se diffusent ensuite comme des ondes.    A la jonction des émotions, des états d’âme mixtes.
    Au plan cérébral les états d’âme semblent moins rattachés à des centres neuronaux qu’à des neurotransmetteurs, la sérotonine et la dopamine notamment.

http://lancien.cowblog.fr/images/Psycho/IMG0003.jpg

   Il m’arrive souvent de discuter avec mes correspondantes malheureuses de leurs états d’âme : on peut s’y noyer et c’est ce qu’on appelle la rumination, ou au contraire refuser de s’y pencher, ce qui est alors la fuite de soi.
Ruminer, c'est se focaliser, de façon répétée, circulaire, stérile, sur les causes, les significations et les conséquences de ses problèmes, de sa situation, de son état, c'est s'enliser dans des « pourquoi » flous et sans fin.
On reste inactif, assis sur ses problèmes que I'on garde bien au chaud, en soi, en les laissant se développer : les anglais appellent cela brooding, l’action de couver. C’est le terrain des remords et des regrets.
    La rumination a des raisons mais aucun objectif précis : elle n a donc pas de fin. Les états d'âme y sont perpétuellement recyclés, n'évoluent pas et reviennent sans arrêt au même point de départ. Les états d'âme négatifs deviennent chroniques, et leur dimension émotionnelle persiste longtemps après la disparition des éventuels problèmes (si tant est qu’ils aient jamais existé). On ne cherche pas les solutions possibles et cela nous empêche donc de toute action.

Quatre remèdes à ce type de situation : d’abord essayer d’être conscient et de lister ses états d’âme, pour mieux s’en sortir. Ensuite limiter les dérapage en pensant le moins possibles aux remords et regrets, c’est à dire au passé. Puis au contraire, penser à l’avenir, avoir des projets, partir des rêves, voir ce qu’il y a de réaliste dedans et les transformer en objectifs, puis s’en donner les moyens. Enfin profiter le plus possible des instants présents, de toutes les petites joies de tous les jours, la moisson des activités et instants heureux : aussi bien le travail que la lecture, la musique, les copains, sa famille, son amoureux, le sport ou une balade et la beauté d’un panorama ou d’un musée.
    La sérénité et le bonheur passent par la maîtrise de nos états d’âme, mais évidemment c’est plus facile si nous somme optimistes plutôt que pessimistes.
Aucun commentaire n'a encore été ajouté !
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://lancien.cowblog.fr/trackback/3261985

 

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast