Dimanche 28 juin 2015 à 8:05

Psychologie, comportement

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     Lorsqu’on lit des travaux de psychologie sur le développement de l’enfant, une question revient souvent : comment se forme notre « moi » et notamment quel est notre rapport à la « possession » d’objets par exemple.
    Dans ce domaine, on se réfère encore aux travaux du biologiste et psychologue suisse Piaget (1896 - 1980), étudié le développement de ses propres enfants de la naissance au langage, et sur d’autres enfants à l’université de Genève et s’est intéressé à la génétique, avec les moyens pourtant assez réduits de l’époque.
    Il a montré que l'enfant a des modes de pensée spécifiques qui le distinguent entièrement de l'adulte, qu’il construit ses premiers raisonnements en agissant sur son environnement matériel et humain (sa famille, puis ses camarades). Ses schémas de pensée, au départ  très pragmatiques et expérimentaux, deviennent progressivement de plus en plus abstraits.

    Il avait distingué dans le développement de l’enfant d’abord un premier stade jusqu’à environ 2 ans, où le contact qu’entretient  l’enfant avec le monde qui l’entoure dépend  entièrement des mouvements qu’il fait et des sensations  qu’il éprouve. Chaque nouvel objet est pris, lancé,  mis dans la bouche.... pour en comprendre progressivement les caractéristiques par essais et erreurs. C’est au milieu de ce stade, vers  la fin de sa première année, que l’enfant  saisit la notion de permanence de l’objet, c’est-à-dire le fait que les objets continuent d’exister quand ils sortent de son champ de vision.

    Puis entre 2 et 6 à 8 ans, l’enfant apprend à parler, puis à lire et écrire, ainsi que la numérisation et le calcul. Il devient  capable de penser en termes symboliques, de se représenter  des choses à partir de mots ou de symboles, saisit aussi des notions de quantité, d'espace, ainsi que la distinction entre passé et futur. Mais il demeure  beaucoup orienté vers le présent et les situations physiques concrètes.

    Entre 7 et 12 ans, l’enfant devient capable d’envisager des événements qui surviennent en dehors de sa propre vie. Il commence aussi à conceptualiser et à créer des raisonnements logiques qui nécessitent  cependant encore un rapport direct au concret.
    Au plan “moral”, l’enfant apprend  qu’il est dans son intérêt de “bien” agir  parce qu’il reçoit alors des récompenses, puis après 7 ans environ il ressent  le besoin de satisfaire aux attentes des membres de son groupe d’appartenance. (principalement la famille et les copains). Ce faisant, il cherche à utiliser des règles qui lui permettent de prévoir les comportements et les événements.
    Durant ce stade, le cerveau émotionnel évolue fortement et par contre les centres d’apprentissage perdent environ 30% de leurs connexions.

    A partir de 11-12 ans se développe ce que Piaget a appelé les “opérations  formelles”. Les  nouvelles capacités de ce stade,  comme celle de faire des raisonnements hypothético-déductifs  et d’établir des relations abstraites, sont généralement  maîtrisées autour de l’âge de 15 ans.
    À la  fin de ce stade, (qui correspond à peu près à l’enseignement au collège), l’adolescent peut donc, comme l’adulte,  utiliser une logique formelle et abstraite. Il peut aussi se  mettre à réfléchir sur des probabilités  et sur des  questions morales. 
    Au cours de cette période,s'effectue la maturation du cortex préfrontal et l'apparition progressive de la capacité à planifier, à contrôler et à inhiber  ses propres comportements. Cette maturation durera jusqu’à 20 à 25 ans.

    Ces théories restent valables aujourd’hui, si ce n’est que l’on considère que les limites temporelles entre ces divers stades sont plus floues et plus variablkles selon les individus, en fonction de leur parcours d’apprentissage du langage, de l’écriture et lecture et de l’instruction.
    De nombreuses études ont complété les observations de Piaget.
   
    Un aspect intéressant est le rapport entre l’enfant et la possession, qui a apparaît très tôt, avec par exemple, l’attachement à son « doudou ».
    Vers 3 ans l’enfant distingue ce qui lui appartient et ce qui est à autrui, mais ce qu’il réalise lui appartient : si par exemple vous lui prétez de la pate à modeler et des couleurs, il vous dira que ces objets vous appartiennent, mais il vous dira aussi que l’éléphant qu’il a sculpté et peint est « à moi ».
    Le cerveau humain confère une importance souvent excessive aux objets qui nous appartiennent, car il évalue gains et pertes en fonction du ressenti émotionnel face à chaque objet. Rappelez vous votre attachement d’enfant pour vos peluches !
    Les objets que nous possédons deviennent des « marqueurs de notre identité » et l’enfant refuse même de les échanger contre des objets identiques même neufs.
    Un peu plus grands (vers 7 ans), quand les enfants se disputent des jouets, c’est qu’ils cherchent à affirmer leur identité et aussi leur domination sur les autres. ( je me souviens des cris de mes enfants qui se disputaient : « ça, c’est à moi ! ».
    De plus plus l’enfant grandit, plus il va choisir un certain nombre des objets qu’il possède et donc affirmer des préférences. Nous sommes ce que nous possédons, et donc la perte ou la destruction d’un objet sera traumatisante.
    A l’inverse, les objets que nous possédons auront une influence sur nous et pourront agir en nous transformant (quelquefois en bouleversant nos habitudes : ordinateur et téléphone portable).
    Et évidemment le désir de posséder ou d’acquérir un objet nous fait lui attribuer plus de valeur. C’est le système de récompense qui soutient le désir, le cortex frontal examine le prix et l’insula donne un avis sur le rapport coût/plaisir.

    On constate toutefois des différences selon les culture et ainsi en Afrique, dans les populations pauvres, l’accent est moindre sur les objets personnels et plus important pour les biens achetés ou échangés par la communauté.
    Il semble que les occidentaux attachent plus d’importance à ce qui leur appartient, qu’il considèrent comme une extension d’eux mêmes, même si le besoin de possession est profondément ancré chez tous les humains.
    Ce sens de la propriété existe chez les animaux (la balle ou la laisse de votre chien lui appartient), et on peut même apprendre aux singes à échanger des objets en fonction de la valeur qu’ils y attachent (et donc en nombre différent).
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