Dimanche 4 mai 2008 à 10:04

Adolescence



    Toujours dans le cadre de ce qui existait autrefois, certaines lectrices me posent sous des formes diverses la question suivante : “ mais si, tout en ayant votre mentalité d'autrefois, vous ayez eu, après la guerre de 39/45, un microordinateur et internet, qu'en auriez  vous fait et qu'auriez vous écrit sur vos blogs, quand vous aviez 16 ou 18 ans ?. “


    Je veux bien essayer de m'amuser à répondre, mais je voudrais faire deux remarques préalables :
   
    D'abord micros et internet font partie d'un ensemble de technologies qui sont liées en partie les unes aux autres et qu'on ne peut ainsi isoler entre elles.    Le micro-ordinateur d'aujourd'hui résulte de progrès successifs (que j'ai tous connus) de l'électronique, des logiciels et des télécommunications.
    Il a fallu passer de la lampe radio, au transistor, puis aux circuits intégrés et enfin aux puces modernes de plus en plus performantes.
    Les logiciels ont fait également d'énormes progrès, notamment les “systèmes” qui sont les “moteurs de fonctionnement” des micros. En 1980 j'ai programmé sur les premiers micros en langage machine : c'était horrible et ils étaient des milliers de fois moins puissants que nos calculatrices de poche. Vers 1984 on pouvait encore programmer un Apple2 ou les premiers macintoshs en langage évolué. Mon mac actuel sous Unix est une vrai usine à gaz et je ne cherche plus à toucher à son système, sous peine de tout détraquer. Mais il est mille fois pplus puissant qu'un énorme ordinateur qu'utilisait mon laoratoire il y a 20 ans et qui coûtait alors un million d'euros.
    Internet n'est passible que grâce à d'énormes progrès en matière de réseaux et de télécommunications, et grâce à une couverture de la France et du monde, en fils téléphoniques, fibres optiques et satellites.
    Si l'on a des micros évolués an adsl sur internet, on a forcément aussi la télé, le téléphone portable, les chaînes hifi et les jeux vidéos et probablement CD et DVD et photographie numérique.
    Donc supposer qu'on a seulement micro et internet est un “cas d'école”.

    Je pense aussi qu'il n'est pas possible de conserver le même esprit quand les moyens de communication changent à un tel point.
    Je vais vous donner un exemple : il y a 20 ans j'avais la responsabilité d' de gros établissements industriels, et j'avais remplacé peu à peu les gros ordinateurs par 2 000 macintoschs en réseau, avec une messagerie interne entre macs qui ressemblait à un petit internet à basse vitesse.
    En quelques années l'esprit dans l'entreprise a complètement changé, car l'information circulait dans tous les sens sans passer forcément par la voie hiérarchiques (les chefs) ni par les secrétaires. D'une part il a fallu repenser l'organisation pour éviter l'anarchie, redéfinir de façon beaucoup plus précise le rôle de chacun, mais cette communication tous azimuts a considérablement augmenté l'efficacité des gens, les relations entre personnes, la motivation, et la compréhension par chacun des travaux et des buts poursuivis par tous.
    Des relations personnelles étaient possibles entre deux personnes aux deux extrémités de la hiérarchie, ce qui ne pouvait avoir lieu que très rarement avant et chacun a découvert que des “autres existaient” en dehors des gens qu'il fréquentait habituellement.
    En même temps les tâches répétitives et fastidieuses ont été prises en charge par les micros et des machines plus informatisées, et les personnes ont pu se consacrer aux tâches “intelligentes” qu'ils aient un travail manuel ou de bureau.
    Non seulement la nature du travail a été bouleversée, mais aussi le comportement des gens dans l'entreprise et leurs relations notamment au plan de la communication. J'ai dû personnellement repenser toutes mes habitudes de travail et de direction.
    On ne change pas profondément les moyens sans changer les habitudes et l'esprit de ceux qui les utilisent.

        Je vais maintenant répondre à votre question, mais vous vous rendez compte que ce n'est qu'une réponse très hypothétique et peu logique.
   
    Si j'avais eu un micro-ordinateur quand j'étais en terminale S (j'avais 15 ans), cela m'aurait beaucoup servi pour mon travail de lycée

    Un tableur comme Excel m'aurait permis de faire tous les calculs qu'on faisait laborieusement à la main ou avec une table de logarithmes ou une “règle à calcul” (je parie que vous ne savez pas ce que c'est.!),.
J'aurais pu taper au clavier tous mes cours que l'on prenait en abrégé en classe au crayon et qu'on recopiait sur un cahier au stylo-plume en les apprenant ensuite, illustrer mes devoirs avec des photos et des schémas copiés sur un scanner ou avec un logiciel de dessin vectoriel, alors qu'il fallait les calquer par transparence sur la vitre d'une fenêtre ou avec un papier carbone.
J'aurais pu classer mes informations dans une banque de données et chercher sur Google des tas de renseignements qu'on mettait des heures à trouver dans des bouquins à la bibliothèque du lycée ou de la ville.
    Mais l'ordinateur n'aurait pas fait mes devoir à ma place ni lu tous les livres d'auteurs classiques que l'on nous demandait de connaître et cela prenait du temps !!
   
    Internet et la messagerie m'aurait certainement beaucoup servi à envoyer des mails et à converser sur MSN avec les copains, mais surtout lorsqu'ils me demandaient de leur expliquer une leçon ou de les aider à faire un devoir, (comme cela m'arrive maintenant parfois avec mes guenons de ce blog !!), mais sans doute aussi à se donner rendez vous et à organiser les sorties et les jeux du dimanche.
    On aurait sûrement rêvé ensemble de voyages en regardant sur internet des photos et des descriptions de lieux et de pays où on aurait voulu aller, et éprouvé beaucoup de plaisir en lisant des articles sur les bêtes, les plantes, les phénomènes naturels ou les explications scientifiques.
   
    Des blogs, oui, sûrement, mais plutôt collectifs, entre copains : “les élèves de première C (S) du lycée Louis Barthou” ou “l'équipe de volley du  lycée”.
    Si nous avions fait des blogs personnels, je crois que nous n'aurions pas décrit nos états d'âme (on n'en avait guère), mais cela aurait été des blogs joyeux et humoristiques, où nous aurions raconté nos réussites, ce que nous avions fait ou partagé d'heureux et de joyeux.
    Sans doute aurions nous aussi voulu faire partager aux autres des recherches documentaires que nous faisions sur un sujet donné, par goût ou curiosité intellectuelle.
    Peut être aurions nous essayé de faire un blog sophistiqué et artistique, mais bien documenté, comme par exemple celui de kaa sur cowblog.

    J'ai donc essayé de répondre, mais ce ne sont que des suppositions.
    Demain je reviendrai sans doute à quelques photos pour me permettre de préparer un article plus sérieux, mais en revenant à notre 21ème siècle actuel.

Mercredi 2 avril 2008 à 2:44

Adolescence



    Je voudrais écrire plusieurs articles sur la façon dont nous apprenons le sentiment d'amour.
    Pour débuter cette enquête, je voudrais d'abord répondre à une de mes correspondantes (c'est une citrouille en chocolat !) qui m'a posé la question suivante :


“...Mais imaginons qu'un enfant grandisse sans éducation autour des sentiments amoureux, qu'il ne sache pas ce que c'est. Qu'il n'ait jamais vu d'autres personnes s'embrasser, et qu'il n'entende pas parler de ce qu'est la vie sexuelle...Est ce que le désir sexuel apparaitrait quand même ?...”

    C'est vraiment un cas très théorique, car il est pratiquement impossible dans la réalité. Il faudrait qu'il ne regarde jamais la télé et n'aille pas au cinéma, qu'il n'écoute pas de chanson, qu'il ne regarde pas les marchands de journaux et qu'il ne lise presque pas, et qu'en plus il n'en parle ni dans sa famille ni avec les copains. Et qu'il n'ait jamais remarqué quand il était petit ou s'il voit de petits enfants à la plage, qu'une fille n'est pas tout à fait pareille qu'un garçon.
    Il faut aussi qu'il ne soit pas très curieux et n'ait jamais demandé comment naissaient les enfants.(ou qu'il arrive à croire les histoires de choux, de roses et de cigognes).

    Mais ce sont les “caricatures” un peu outrées qui permettent de mieux comprendre la réalité car elles sont extrêmes. Alors pourquoi ne pas essayer d'y réfléchir.

    On ne sait pas pourquoi la puberté se déclenche à un certain moment, même si on connait le mécanisme de déclenchement que j'ai expliqué dans un précédent article et on sait que c'est inné.
    Chez certains elle est plus précoce, chez d'autres plus tardive. Les médecins essaient de comprendre, mais n'ont pas de cause unique probante.
    Il y a des causes génétiques, puisque c'est un ou plusieurs gènes qui s'expriment à l'origine des sécrétions pré-hormonale de l'hypothalamus et de l'hypophyse.
    Mais l'environnement joue un rôle, l'éducation et même la nourriture. Il semble qu'après la dernière guerre où nous étions mal nourris, la puberté ait été plus tardive en moyenne.
    Mais il y a un moment où les gènes finissent par s'exprimer si la physiologie de l'individu est normale et la puberté survient tôt ou tard.

    Donc si nous supposons que chez notre ado, seule l'information est déficiente, mais que son cerveau et son corps sont normaux, la puberté surviendra (peut être un peu plus tard ?) mais il sera soumis aux hormones.

    Que ressentira t'il ?

    Je crois qu'il sera un peu étonné des transformations de son corps, surtout si c'est une fille. Mais après tout, il voit ses parents et se dira seulement qu'il ou elle, devient adulte.

    Mais les hormones vont faire leur effet et certaines réactions du cerveau sont aussi ancrées dans les gènes et notamment le besoin de reproduction de l'espèce..
    Le jeune risque de ressentir effectivement le désir et donc un besoin sexuel, mais qui sera proche d'un besoin animal puisqu'il n'aura reçu aucune éducation, à ce sujet.

    Va t'il satisfaire ce besoin et comment.?
    Là notre exemple est trop caricatural et il est difficile de répondre.
    Un animal voit dans la nature ses “ainés” satisfaire ce besoin et donc il y a une “éducation” implicite qui s'effectue par les perceptions de ces scènes.
Par ailleurs l'animal est sensible à des phéromones. Un chien est attiré par une chienne en chaleur à plus d'un kilomètre de distance !!.
    Chez l'homme cette perception n'est plus guère sensible car il a reçu une éducation qui “intellectualise”  l'amour et au cours de l'évolution, nos perceptions se sont peu à peu grandement atténuées, mais elles subsistent très faiblement..
    Qu'en sera t'il chez ce jeune qui n'a reçu aucune éducation sur ce sujet.?
    Restera t'il dans son coin, ou se comportera t'il comme un violeur ? Je ne sais pas répondre.
    Car c'est vrai que ce qui nous apprends à “intellectualiser l”amour” c'est notre éducation, nos lectures, les films ou les pièces que l'on voit, les conversations avec autrui.
    Sans le langage le lecture et l'écriture, nous serions encore des animaux.

    En fait je crois que ce cas est trop théorique.
    Nous avons à peu près tous ressenti l'amour de nos parents, nous avons tous dits étant enfants à une petite fille qui nous plaisait qu'on l'épouserait plus tard et cela sans aucun désir sexuel
    Je pense donc que le jeune ado, sauf s'il a grandi dans une ile déserte ou dans une cellule de prison, finira par réinventer l'amitié, puis l'amour au moins platonique.
    Alors supposons qu'il rencontre une fille aussi peu informée que lui, et qu'ils se plaisent et s'aiment sentimentalement, n'arriveront ils pas à réinventer l'amour physique?
    D'autant plus que chez la jeune fille, en plus du simple désir il y aura le besoin maternel (une autre hormone) qui interviendra.

    J'ai essayé de te répondre, “Mamzelle Chocolat”, pas très bien, mais ta question était vraiment difficile !
    Mais c'est aussi une introduction à mes articles futurs : comment apprendre le sentiment d'amour ?



Mardi 19 février 2008 à 14:56

Adolescence



    Deux correspondantes avec lesquelles je discute de la “course au petit ami” me demandent ce qui a changé depuis ma jeunesse, dans le comportement des filles et des garçons au collège et au lycée.

        J'ai déjà fait des articles sur cette question, mais je veux bien revenir sur ce sujet, en me limitant à quelques faits caractéristiques et en fonction des jeunes que je connais et qui, évidemment sont en nombre limité, et sont à mon avis, pour la plupart, privilégiés par leur contexte familial et leur instruction ou du moins ne constituent qu'une population particulière ne permettant pas de généraliser mon opinion.

        Je trouve que le principale différence en ce qui concerne les garçons est que beaucoup d'entre eux sont moins attentifs et travailleurs qu'autrefois, sans que en compensation ils s'amusent plus ou soient plus sportifs.
        Le jeune garçon était autrefois conscient qu'il lui était indispensable d'avoir des connaissances pour pratiquer un métier et avoir des revenus nécessaires pour vivre correctement et assurer le soutien de sa famille.
Il savait que les études étaient le moyen de préparer son emploi futur et il s'y consacrait. Attentif en classe - même s'il chahutait aussi parfois, - il essayait de faire son travail dans la mesure de ses moyens mais du mieux qu'il pouvait, quitte à demander de l'aide et des explications pour ses devoirs, aux parents, aux copains ou aux profs qu'il respectait.

        Aujourd'hui divers facteurs interviennent :
             - la nécessité du métier et du travail est moins évidente et les jeunes garçons pensent surtout à gagner beaucoup d'argent. Ils rêvent d'être un artiste ou footballeur connu, un directeur ou un PDG, un traideur ou un affairiste d'import-export, sans savoir le travail que cela implique pour arriver à de tel postes.
            - la société de consommation qui a créé des besoins de “possession” et ils pensent beaucoup plus à les satisfaire, au prochain achat, à la prochaine teuf, qu'au travail à fournir en classe. Ils vont en classe par obligation, mais ce qu'on y apprend les intéresse rarement.
            - le manque d'attention et de concentration en classe. La difficulté à suivre attentivement un cours pendant plus d'une demi-heure ou de faire des calculs littéraux précis et complexes en mathématiques, sans faire d'erreur, ce qui n'est pas difficile (c'est un mécanisme), mais demande une attention soutenue.
            - le mépris pour le travail manuel ou pour des tâches un peu pénibles, notamment en plein air, ou impliquant des horaires ne permettant pas de voir la télévision ou d'aller sur internet le soir. Je rencontre cela régulièrement chez de jeunes chômeurs que j'essaie d'aider.
        Même ceux qui n'aiment pas l'école ne veulent être qu'un “col blanc”, devant un bureau un ordinateur et un téléphone.
        C'est d'autant plus ridicule que l'on manque de main d'oeuvre dans les métiers manuels, qui offrent des emplois plus facilement et souvent mieux payés que dans les bureaux.

        Bien sûr il y a aussi des garçons très travailleurs. J'en connais qui font des études d'ingénieur ou de médecine, mais je ne leur trouve pas la même volonté de travailler ou d'arriver à réussir les concours qu'autrefois, et ils se découragent plus facilement.

        Certes les filles souffrent aussi de ce manque d'attention et de l'emprise de la sociéte de consommation et des médias, mais elles me paraissent en moyenne plus réalistes, plus travailleuses et plus courageuses à la peine que les garçons et aussi qu'autrefois.

        La femme il y a 50 ans sauf exception n'exerçait un métier qu'avant de se marier ou d'avoir des enfants, et fondait une famille beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, et sauf dans les ménages à faibles revenus, s'y consacrait entièrement.
        Les usages et les médias n'incitaient pas au divorce et les couples préféraient se supporter au moins jusqu'à ce que les enfants soient élevés, ou même pour des raisons purement matérielles.
        La nécessité d'un métier pour la femme était donc beaucoup moindre et cela n'encourageait pas les filles à faire des études supérieures. Les jeunes filles que j'ai eues pour camarades en taupe étaient des exceptions - d'ailleurs brillantes - et si les parents les admiraient, elles étaient néanmoins un peu considérées comme des inconscientes qui voulaient faire les métiers d'ingénieur ou de chercheur dévolus aux hommes.
    Je me souviens que mes parents admiraient beaucoup une de mes camarades qui avait réussi le concours d'entrée à Centrale dans un très bon rang, mais ils la considéraient un peu comme un "animal de zoo".
        Aujourd'hui, les moeurs ont évolué et près de la moitié des jeunes femmes risquent de se retrouver seules, avec même des enfants à élever. Il est donc indispensable pour les jeunes filles d'apprendre et d'avoir un métier et paradoxalement, alors que la nécessité du métier semble aujourd'hui moins évidente pour les garçons, c'est l'inverse pour les filles.
        Elles me paraissent plus volontaristes, plus travailleuses, plus enclines à faire des efforts.
        Les écoles d'ingénieurs, de commerce, les grandes écoles, les carrières de cadres et de hauts fonctionnaires leur sont largement ouvertes et elles réussissent aussi bien, voire mieux que les hommes, et cela grâce à leur travail et leur motivation.
        Les filières de lettres ou de droit sont considérées comme reposantes par beaucoup de garçons et ce sont souvent les filles qui y réussissent le mieux, parce qu'elles y travaillent sérieusement, pour avoir un métier et non par "facilité" er recherche du moindre effort.
        Et même, pour celles moins douées, les métiers manuels ne les rebutent pas.

        Je n'ai pas d'explication. Peut être sont elles plus réalistes et sont elles moins esclaves de l'argent. ?

        Tout cela vous paraît sans doute assez vague et général. Alors quelques exemples :
        Je ne connais qu'un nombre restreint de jeunes, et surtout soit dans les filières scientifiques, soit au contraire des personnes moins douées, qui étaient au chômage et que j'essaie d'aider depuis dix ans.
        Parmi ces personnes moins douées pour les études et qui donc doivent envisager des métiers plus modestes, les 3/4 des femmes arrivent à rapidement trouver du travail, contre moins de la moitié pour les hommes, parce que ceux ci ne veulent pas de certains postes, ni de formations manuelles.
        Parmi les jeunes scientifiques de bon niveau, plusieurs jeunes garçons que je connaissais, ont abandonné les prépas de maths et de médecine pour la fac, parce que c'était trop dur comme travail. Par contre deux jeunes filles que j'ai connues sur mon blog il y a trois ans et qui avaient alors pourtant quelques problèmes, après avoir brillamment réussi leur bac, font preuve d'une motivation et d'une ardeur au travail extraordinaires et je pense que l'une fera un excellent médecin tandis que l'autre entrera à Normale Sup sciences et je suis très fier de mes deux “petites filles virtuelles”.
       Mais encore une fois, la population que je connais est particulière et je ne saurais dire  si elle est représentative de la majorité des jeunes.


Samedi 10 novembre 2007 à 8:47

Adolescence



    J'ai parlé de l'amitié entre adultes dans mon dernier article. Voyons aujourd'hui quelques idées sur l'amitié entre adolescents.

    L'adolescence, ce n'est guère précis; alors je dirai plutôt l'amitié à l'âge du collège et du lycée.
    Ensuite, après le bac, l'adolescent évolue vers l'état d'adulte et la notion d'amitié évolue. Je pense qu'elle devient celle d'un adulte quand le jeune entre dans la vie active en exerçant un métier.

    L'une des caractéristiques de l'adolescent est quil est en train de sortir de l'enfance. Il n'est plus enfant, il souhaite plus de liberté et s'oppose à l'autorité de ses parents.
    Mais par ailleurs il n'a pas envie de sortir de cette enfance, dont il a souvent apprécié la douceur et il a peur de quitter la protection du nid familial et ne souhaite pas se trouver face aux problèmes de décisions et de responsabilités des adultes.
    C'est là sa contradiction.
    L'adolescent  (et cela à toutes les époques) a besoin d'être aimé, d'être entouré, d'être écouté et compris, d'être encouragé, d'être aidé quand il a des problèmes.
    C'était vrai autrefois, mais cela l'est encore plus aujourd'hui, car le plus souvent les deux parents travaillent et la vie trépidante d'aujourd'hui ne leur laisse guère le temps pour s'occuper de leurs enfants.
    Par ailleurs les moyens modernes de communication (télé et internet notamment) mettent les jeunes en contact avec les réalités de la vie et ses faits divers, ainsi qu'avec les grandes catastrophes mondiales, de telle sorte que son sentiment d'insécurité et de doutes sur l'avenir en est renforcé : guerres et conflits de toutes sortes, catastrophes naturelles, réchauffement climatique, insécurité de l'emploi ....ne sont pas fait pour le rassurer et il n'est pas préparé à réagir à ces agressions. Les médias ne font rien pour cela.
    Plus que jamais l'adolescent ressent un grand déficit de tendresse et d'amour. Il a l'impression de ne pas être écouté et compris par les adultes et il se sent seul face à un environnement hostile et un avenir incertain.

    Paradoxalement, alors que l'adolescent n'a pas tellement envie de quitter l'enfance qui lui assure protection et “irresponsabilité”, les parents d'aujourd'hui n'ont qu'une idée en tête : considérer leurs enfants le plus tôt possible comme des adultes et les consulter sur toutes les décisions familiales , certaines les concernant comme la nourriture, l'habillement les loisirs, mais d'autres nétant guère que du ressort des adultes.
    Les médias font de même, surtout poussés par des intérêts mercantiles :  l'enfant est instrumentalisé par la société de consommation, par la télévision, puis par internet , les téléphones portables et leurs marketings publicitaires.
        On crée chez lui des besoins de consommation identiques à ceux des adultes : nourriture, habillement, jouets, jeux et sorties, multimédia, moyens de déplacement ...L'enfant a acquis ainsi un poids commercial indispensable à la société mercantile qui le place à un pied d'égalité avec les adultes et la satisfaction sans discussion des désirs des enfants est devenue pour les parents, la preuve essentielle de leur affection.
    L'adolescent prend ainsi l'habitude de voir tous leurs désirs rapidement comblés et lorsque ceux-ci ne se réalisent pas, en fait une “maladie”, mais il n'en n'est pas heureux pour autant car un désir trop vite comblé, enlève l'intérêt de ce qu'on a obtenu, pour faire place à une nouvelle envie.
    L'adolescent a ainsi l'impression que les parents (comme l'école) sont un frein à ses désirs et qu'ils sont là pour satisfaire les besoins matériels, et souvent il ne se rend plus compte combien ses parents l'aiment et combien il y est lui même attaché.
   
    Ce besoin de tendresse, associé au désir d'émancipation fait que l'adolescent aspire à être aimé et cherche  des amitiés profondes ou des amours à l'extérieur du cercle familial.

    Par ailleurs le développement des moyens multimédias a changé la nature des contacts. Autrefois ceux-ci étaient réels, matériels, car il n'y avait aucune autre possibilité. Aujourd'hui, entre MSN, la messagerie, les blogs et le téléphone portable, les contacts sont le plus souvent virtuels et à distance, voire même entre des personnes que séparent des centaines de lkilomètres.
    L'amitié “virtuelle” est un phénomène très nouveau, mais qui a pris une place certaine dans le monde des adolescents.

    Les amitiés et les amours entre jeunes sont donc aujourd'hui dans un contexte très différent de l'environnement que les adultes ont connu lorsqu'ils étaient jeunes. Cela aggrave les incompréhensions;

    Ayant essayé de brosser le décors, je pourrai essayer de dire comment je vois l'amitié et l'amour chez les adolescents d'aujourd'hui.
Mais évidement mon opinion est assez fortement influencée par ce que m'ont dit mes “guenons” qui représentent une population particulière.
    Alors j'écouterai tout particulièrement ceux qui m'apporteront un témoignage et un avis différent du mien.

Samedi 13 octobre 2007 à 16:15

Adolescence



 Comme je vous l'ai dit, je suis toujours un peu étonné du nombre de ruptures dont on me parle et qui induisent de gros chagrins chez mes correspondantes.

Là ce sont les garçons qui rompent et je ne sais pas si c'est aussi courant  en sens inverse, si beaucoup de filles laissent tomber leur petit ami et si cela fait beaucoup de peine aux garçons. Ils ne m'en parlent pas.
    Alors je ne peux parler que de ce que je connais !!!

    Analyser les rapports filles-garçons aujourd'hui n'est pas une chose facile. Alors je vais y consacrer plusieurs articles.
    Comme la plupart de vos amourettes concernent des camarades de classe, j'aimerais d'abord parler de l'évolution de la mentalité en général, garçons comme filles, et plus particulièrement en ambiance scolaire.

    C'est vrai que je me reconnais mal dans les collègiens ou lycéens d'aujourd'hui.

    A la fin du 19 ème siècle, les enfants de parents pauvres étaient exploités par les usines et les employeurs, avec des travaux harassants et des horaires épouvantables, et la plupart n'avaient même pas le temps d'apprendre à lire et à écrire, tant leur séjour à l'école était de courte durée.

    Puis Jules Ferry en 1880, a voulu mettre un terme à cette exploitation et a ouvert l'école à tous, au moins dans les classes de l'enseignement primaire et les enfants ont peu à peu suivi les cours de l'école gratuite, laïque et obligatoire jusqu'à 16 ans.
    Alors que l'enfant trimait presque comme un adulte, il a été alors mis dans un “statut” absolument différent : l'adulte travaille pour gagner sa vie et celle de sa famille, et l'enfant travaille aussi, mais pour apprendre.
    L'enfant et l'adolescent du 20 ème siècle jusque vers 1970 est marqué par ce statut. La proportion d'illettrés baisse vers 2 ou 3% et le jeune est relativement motivé pour travailler, soit qu'il suive un enseignement général, (mais l'examen d'entrée en 6ème est difficile et il n'y a que 20% environ de bacheliers), soit qu'il s'oriente vers l'enseignement technique ou l'enseignement proefessionnel. Le plein emploi est relativement assuré, les métiers manuels reconnus.
Bien sûr il y a toujours quelques cancres, mais ils sont rares, et dans l'ensemble, les jeunes lorsqu'ils ont trouvé la bonne orientation, sont intéressés par ce qu'on leur apprend et leur travail d'acquisition de connaissances et d'apprentissage de la vie. Ce sont des élèves attentifs et consciencieux.

    Alors on a tendance aujourd'hui à croire qu'il en est toujours ainsi. C'est totalement erroné !!!
    En fait depuis 1970, l'enfant a réintégré la société des adultes, comme au 19ème siècle, mais de façon très différente, non plus en tant que travailleur mais comme consommateur.
    Dès son plus jeune âge l'enfant est instrumentalisé par la société de consommation, par la télévision, puis par internet , les téléphones portables et leurs marketings publicitaires.
    On crée chez lui des besoins de consommation identiques à ceux des adultes : nourriture, habillement, jouets, jeux et sorties, multimédia, moyens de déplacement ...L'enfant a acquis ainsi un poids commercial indispensable à la société mercantile qui le place à un pied d'égalité avec les adultes
Voire même au dessus, car dans notre culture actuelle, la satisfaction sans discussion des désirs des enfants est devenu pour les parents, la preuve essentielle de leur affection. (peut être parce que, pris par leur travail, ils culpabilisent de ne pas assez s'occuper d'eux).
    Le jeune accède ainsi à la propriété, sans contrepartie, avec l'argent de ses parents ou en se débrouillant. et ils ont l'habitude de voir tous leurs désirs rapidements comblés et lorsque ceux-ci ne se réalisent pas, en font une “maladie”. Le jeune est souvent devenu un tyran domestique au sein de sa famille, et ceci n'est pas sans répercussion sur ses études.
    Presque tous les enfants aujourd'hui confondent leurs désirs superficiels et leurs besoins fondamentaux. Ils arrivent à l'école avec ces besoins qui doivent être satisfaits sans délai, : c'est l'attrait permanent de ce qui est nouveau, des “marques”, des téléphones et ordinateurs dernier cri, CD, télévison, cinéma, DVD... et de tout ce que possède son petit copain ou son voisin.
    Or l'école a pour but de satisfaire les besoins fondamentaux : lire, écrire compter, raisonner, apprendre à apprendre, se cultiver, se préparer à un métier.
Et l'enseignement n'est pas, pour la première fois sans contrepartie : c'est du savoir que l'on donne, mais l'obligation d'attention, de travail, d'effort., avec un certain renoncement aux désirs immédiats de consommation.
Les jeunes arrivent en classe “la tête bourrée de pub” (ce sont les paroles d'un enseignant) et ils ont peu de place pour de nouvelles connaissances un peu rébarbatives et sans objectif de gain immédiat.

    Pour la plupart des jeunes l'école est devenue une obligation imposée par les parents, qui les prive de liberté, et ils ne trouvent plus de l'intérêt pour le savoir et le développement de leur cerveau et de leur personnalité.
    Comble de difficulté, l'évolution de la technique, mais aussi de l'emploi (et le chômage) font que les études sont devenues plus longues, que 80 % des élèves obtiennent le bac, mais que 15% comprennent à peine ce qu'ils lisent et que les métires manuels sont dévalorisés.

    Vous me direz que je suis loin des amourettes. mais je pense que la mentalité des jeunes est importante et s'applique à leur comportement et donc aussi au domaine des amours.

    Les médias sont évidement pour une grande partie à l'origine de cette évolution. Ils passent leur temps à faire la publicité de tout ce qui est consommable. Ils montrent en permanence les gens qui gagnent beaucoup d'argent et ont une vie facile (peu nombreux mais on ne le dit pas, pas plus que l'on ne parle de la quantité de leur travail !), de telle sorte que le plus grand souhait de tous est évidemment de gagner beaucoup d'argent sans rien faire et les métiers manuels sont dévalorisés alors que ceratins métiers d'artisans seraient très porteurs.!
    En matière d'amour, on nous vante la séduction, on fait l'apologie des “tombeurs de coeurs" (surtout des hommes, mais peu à peu aussi des femmes) et on nous montre des liaisons passagères, qui débutent en quelques heures et finissent en quelques semaines. Ce ne sont que des attirances et non de l'amour.
    Les films, les chansons, la litttérature, à l'image de la société d'aujourd'hui, nous parlent, ce qui est normal, des vies communes qui ne durent qu'un temps et des familles recomposées, et beaucoup plus leurs divergences et leurs disputes que leurs amours et leurs peines. Et le sentiment est remplacé par le sexe.

    Je ne fais pas ce tableau pour regretter le passé. Il faut admettre l'évolution de la société telle qu'elle est., même quand on a connu des
habitudes différentes, moins égoïstes et plus solidaires et respectueuses de l'autre.
    Seulement tous les jeunes ne sont pas ainsi et ceux qui sont ainsi différents ne sont pas à l'aise dans notre société et en souffrent, et souvent personne ne les comprend..
    J'ai probablement affaire à une “catégorie particulière de population” comme diraient les statisticiens, celle de mes correspondantes, des  “guenons” du vieux singe que je suis;
    Et celles qui s'adressent à moi, qui ont des chagrins d'amour, sont parfois encore assez “romantiques” et se trouvent désemparées dans ce monde actuel.
    J'essaierai dans mon prochain article de trouver des explications à ces phénomènes et aux ruptures que je constate.

Dimanche 27 mai 2007 à 20:55

Adolescence



    Troisième besoin, celui du dialogue et de la communication, d'abord avec les parents, ensuite avec les camarades, enfin avec les professeurs.

     Paradoxalement, au temps de la télévision, du téléphone mobile et d'internet, ce facteur s'est considérablement détérioré. Les parents n'ont plus le temps, les grands parents sont loins, les camarades sont souvent égoïstes et susceptibles et ont leurs propres problèmes, et les professeurs ont déjà bien des difficultés à exercer leur métier.
     Et pourtant ce n'est pas si difficile, si j'en juge par tous les mails que j'échange avec vous, et toutes les peines et ennuis que vous m'avez confiées et qu'on a essayé de résoudre ensemble. Mais c'est vrai qu'il faut en prendre le temps.
     Je pense que pour beaucoup d'entre vous, l'écriture de votre blog correspond aussi au besoin de dialogue.

     Quatrième besoin celui de la confiance.
     Elle est inconditionnelle et ne saurait s'accompagner de réserves. Celui qui accorde sa confiance peut “passer un contrat” avec des clauses qui doivent être respectées par les deux parties, mais ensuite il doit renoncer à diriger et examiner en détail le comportement et les actes qui en résultent, et ne doit veiller qu'au respect général du contrat.
 (c'est le principe de la délégation en entreprise)
     Le jeune peut ainsi acquérir une confiance, une estime de soi, prendre les risques raisonnables et utiles qui lui apportent une certaine expérience et acquérir une certaine autonomie. Le “contrat” le protège contre les risques trop grands qu'il pourrait prendre. et c'est pour cela qu'il faut qu'il le respecte.
     Dans les discussions que j'ai eu avec vous, j'ai rarement entendu parler d'un tel”contrat” mais plutôt soit d'une surveillance tatillonne, soit d'un laxisme sympathique, mais dangereux.
     Je me rappelle pourtant, quand j'avais16 ans, et que je faisais une prépa scientifique, seul à Paris, alors que mes parents habitaient le sud-ouest, mon père avait discuté avec moi un tel “contrat”  que j'ai toujours respecté. Cela ne me pesait pas et j'avais une liberté très suffisante, mais ces règles étaient pour moi un garde-fou contre les catastrophes.

     Cette confiance va avec un autre besoin, celui d'autonomie
     Mais autonomie ne doit pas être confondue avec liberté totale et désintérêt de ce que fait le jeune. Toute l'éducation devrait être tournée vers elle : éduquer, ex ducare en latin, c'est conduire vers la sortie, c'est à dire vers l'autonomie d'adulte.
     Souvent les différents entre parents et enfant viennent de ce que ce besoin d'autonomie n'est pas suffisamment accordé..
     Mais l'autonomie suppose aussi que l'on s'intéresse à ce que fait l'adolescent et, ne plus s'occuper de lui sous prétexte qu'il doit être autonome, est encore pire. Certaines d'entre vous semblaient  beaucoup souffrir d'un tel désintérêt.
     Le contrat dont je viens de parler est un moyen de donner cette autonomie, et ensuite il faut s'intéresser aux actes, mais uniquement pour voir le contrat est respecté, et aider le jeune à maîtriser les problèmes et l'encourager quand il réussit.

     Au fur et à mesure que l'ado devient adulte ce besoin d'autonomie d'accompagne de ou se transforme, en besoin de responsabilités, de ses sentir utile dans son environnement.
     Le cerveau de l'ado n'est pas habitué à prendre des responsabilités et il faut l'aider à s'entraîner. Le faire participer à certaines tâches des parents, le responsabiliser vis à vis de ses frères et soeurs s'il en a. Lui donner des “tâches” à imaginer puis à réaliser, au besoin en équipe, tel la mise en scène d'une pièce de théâtre, la réalisation d'un site internet, l'organisation d'une “chasse au trésor”, l'organisation et la direction d'une junior-association....
     Beaucoup d'entre vous me disent ne pas avoir confiance en eux ou en elles et se sentent inutiles, et j'ai toujours peur de ne pas arriver à vous rendre cette confiance en vous car je ne peux que vous donner des conseils et je ne peux pas vous “confier des responsabilités”

     Enfin septième besoin qui n'est pas le moindre, le besoin d'espoir. Enfant, ado, adulte, qui n'a plus d'espoir vit dans le désespoir.
     L'espoir c'est la confiance en soi, c'est croire en son avenir, c'est arriver à trouver sa voie.
     Les adultes se doivent d'aider le jeune qui doute ainsi de lui même, d'une part en lui montrant qu'on a soi même des projets, des convictions, la volonté de parvenir à ses fins et de rechercher les moyens pour cela.
 Puis il faut l'aider, tout en le laissant libre de ses choix, mais en essayant de lui fournir les renseignements en notre possession, les éléments de décision dont il pourra se servir. Il faut aussi lui faire prendre conscience de ses défauts mais surtout de ses qualités et de ses goûts pour qu'il puisse s'orienter au mieux, dans son métier, mais aussi dans sa vie et dans ses relations avec les autres.
     Il faut l'aider à rêver, puis à voir ce qui n'est pas une utopie dans son rêve, puis à construire son projet, et enfin à prendre conscience des moyens et des efforts pour le réaliser.
     Cela m'est arrivé souvent de discuter avec mes correspondant(e)s de leur avenir et, si j'espère les avoir aidé(e)s j'ai trouvé cela non seulement intéressant, mais même enrichissant pour moi.

     Tout ce que je viens de vous expliquer, c'est ce que pense un vieux grand père sur les relations entre jeunes et anciens.
     Alors j'aimerais savoir ce que vous en pensez, vous les jeunes.



Dimanche 27 mai 2007 à 20:51

Adolescence



    Je vous ai décrit la pyramide de Maslow. Certains d'entre vous m'ont demandé dans leurs mails : s'applique t'elle vraiment aux jeunes.?

    En principe oui, mais j'ai pensé qu'il était néanmoins nécessaire de faire deux articles spécifiques des besoins des jeunes.

    On voit souvent dans les médias un portrait assez sévère des adolescents : rebelles, opposants, provocateurs, violents ou à l'opposé timides, velléitaires, hésitants, maladroits....Toujours en grave opposition avec leurs parents.

     Il me semble que ces assertions ne reposent sur aucune étude sérieuse. Il s'agit d'impressions, de bruits colportés, d'idées émanant des médias, de certains exemples particuliers que l'on généralise hâtivement, même quelquefois chez les psys.
     Il n'existe pourtant que deux savoirs auxquels on peut faire confiance : la médecine (les psychiatres en font partie), et les sciences , dont certaines sont très expérimentales comme la neurobiologie, et d'autres, plus empiriques comme la sociologie, reposent sur des statistiques (à conditions que leurs auteurs soient rompus à cette technique)
     Il n'y a pas d'étude sérieuse démontrant qu'il y  obligatoirement opposition entre parents et ados.
     Mais les ados oublient souvent que leurs parents les aiment, et pourraient parfois les comprendre et les aider.
     Et les parents oublient que certains besoins chez les jeunes doivent impérativement être satisfaits (et il faut être deux ensemble, parent et jeune pour les satisfaire);
     Ce sont ces besoins que je voudrais évoquer.

     Vu mon âge, je me placerai évidemment plutôt du point de vue des parents, car, cela m'arrive souvent de me dire que si j'avais eu, il y a quarante ans, l'expérience que j'ai maintenant, j'aurais été certainement un meilleur père, bien qu'à l'époque, j'ai essayé de faire de mon mieux. Mais on ne voit souvent ses erreurs que lorsqu'on les a commises. (c'est cela l'expérience !!)

     D'abord le besoin d'affection, d'être aimé pour soi même. Dans notre monde rude et quelquefois brutal, l'amour n'est jamais de trop.
     L'adolescent (comme l'enfant qu'il a été et l'adulte qu'il sera) a besoin d'aimer et d'être aimé.
     Les parents ont tendance à entourer l'enfant d'amour, puis, à avoir tout à coup une certaine pudeur quand il grandit et à ne plus dire à leurs ados qu'ils les aiment. C'est probablement plus tard, quand on est grand-parent et qu'on n'a plus la responsabilité “d'élever ses enfants” , que l'on regrette de ne pas l'avoir dit et montré plus souvent, aussi bien à ses enfants qu'à ses parents.
     Subvenir à leurs besoins, encore moins accepter de satisfaire leurs envies et leurs caprices, les emmener dans de nombreuses activités, c'est s'occuper d'eux, mais cela ne remplace pas la démonstration d'affection.
     J'ai été frappé par le nombre de correspndant(e)s qui ont l'impression d'être seul(e)s, et en réalité de ne pas être aimé(e)s, alors qu'elles ont de bon(ne)s camarades et surtout une famille qui les aime.
     Bien sûr je sais que les médias font surtout “la promotion” du (ou de la) “petit(e) ami(e)”, mais je crois, là aussi qu'il y a dans ce désir, pour beaucoup d'entre vous, un besoin de tendresse inassouvi.

     Le deuxième besoin est un besoin de sécurité.
     Il y a, bien sûr la sécurité matérielle (le premier “étage” des besoins humains).
     Mais ce que je voudrais aborder là, c'est la sécurité morale, celle qui permettra à l'ado d'évoluer intellectuellement et moralement vers l'adulte.
     Elevés aujourd'hui, pour la plupart, dans une ambiance de grande liberté, sans les règles et les repères que leur imposait l'éducation “autoritaire” d'autrefois, les ados manquent de références, alors que, bien qu'ils aient soif d'autonomie, ils sont craintifs face au monde qui les entoure, et craignent de quitter le nid familial, où ils se sentent à l'abri.
     Les références étaient données autrefois par le milieu social auquel on appartenait, par la culture et l'éducation, par une sorte de complicité au sein de cet environnement avec les parents et les copains.
 Aujourd'hui au temps de la mixité, des voyages, et d'internet, cette référence n'a plus cours, et les parents sont devenus transparents et ne peuvent plus servir de “modèle”.
 Les problèmes posés par les familles recomposées aggravent en général ce phénomène, faisant inconsciemment planer une insécurité sur l'enfant qui a vu, ou craint de voir, éclater le noyau familial.
     J'ai constaté combien vous aviez une anxiété de ne pas être protégé(e), et parfois la confiance que vous m'avez donnée me semblait résulter du manque pour vous, d'un adulte “référent” auquel vous raccrocher, auquel vous puissiez demander conseil, quand vous vous sentez un peu perdu(e).
     Je n'ai pas de remède à proposer. Mais je me souviens avoir eu lorsque j'étais ado, un grand-père qui m'expliquait plein de phénomènes, qui me faisait faire aussi bien des bricolages que des exercices théoriques et qui peu à peu, essayait de me transmettre son expérience d'homme et son savoir d'ingénieur en le mettant à ma portée. Et je l'admirais beaucoup et pourtant il ne m'a jamais grondé, mais m'adressait au contraire des encouragements chaque fois que je réussissais. Alors chaque fois que j'avais une difficulté, un doute, j'allais le voir.

(suite demain dans le prochain article pour les autres "besoins") .


Mardi 8 mai 2007 à 16:42

Adolescence



        Je suis toujours étonné du nombre de mails que j'ai reçus dans lesquels vous vous plaigniez d'être seul(e)s, de vous vous sentir abandonné(e)s de tous, alors que vous me dites par ailleurs que vous avez plein de copains, copines et amis, voire un(e) petit(e) ami(e), des parents finalement “supportables”, et des frères ou soeurs "modérement casse-pieds”.


        Je sais que l'adolescence est une période difficile où l'on est mi-enfant, mi adulte, où l'on doit peu à peu, couper le cordon ombilical qui vous lie à la famille, et que cela est difficile.
On voudrait
rester enfant et en même temps, on craint de le rester et de ne pas avoir sa liberté.     
        Alors j'aimerais avoir vos commentaires et mails sur ce sujet.
   
        J'ai constaté que c'est surtout vrai entre 13 et 17 ans que vous vous plaignez d'être seule, que vous vous sentez “abandonnée”.

        Puis ce phénomène s'atténue : vous vous y habituez.
      
        Je crois en connaître une des raisons psychologiques : dans le monde extérieur, avec les autres, la partie de vous qui est présente, est ce que l'on appelle “la Personna”, (j'en ai déjà parlé dans mon blog)
        C'est une partie seulement de vous même, la partie de votre personnalité que vous acceptez de montrer aux autres.
        Mais elle comprend aussi, en plus de votre personnalité réelle, le rôle que vous jouez dans la vie, l'impression que vous voudriez donner de vous même, conforme à vos aspirations, à ce que vous voudriez être.
 Ce rôle que vous jouez dans le théâtre de la vie de tous les jours, ce "cinéma",  ce n'est pas votre moi réel.

        Mais il y a une autre partie, plus ou moins consciente de votre “moi” que vous ne montrez pas, c'est votre moi secret, votre moi intérieur et caché.
C'est la partie de votre personnalité que vous ne montrez pas aux autres, que vous gardez pour vous et dont certains aspects ne sont pas encore connus de vous, et restent dans votre inconscient.

        L'enfant n'a pas conscience de cette dualité. L'adulte s'y est habitué.
        Le jeune la découvre peu à peu. Il prend d'abord conscience qu'il n'est pas entièrement sincère dans sa vie extérieure et que, dans une certaine mesure, il joue une certaine comédie. Puis il explore peu à peu son “moi caché”, et il se rend compte qu'il ne le partage avec personne, et que d'autres qu'il aime, ont aussi un “moi caché”, qu'ils ne partagent pas avec lui et qu'il ne connaît donc pas.
        Je crois que c'est cette découverte de l'adolescence, qui vous fait tout à coup ressentir une grande solitude.

        Certain(e)s d'entre vous me disent cette solitude, et certaines me parlent de leurs conversations avec un psy, qui les aide à découvrir leur moi caché, mais ce travail avec un psy est à sens unique, c'est plus un monologue qu'un dialogue.
        D'autres me parlent de leurs échanges avec leur petit(e) ami(e) et la aussi, par timidité, parce que c'est nouveau de se découvrir ainsi, parce qu'on a peur de décevoir celui qu'on aime, ce dialogue sur vos “moi-intérieurs” ne se fait pas. Et cela renforce encore votre solitude, qu'en fait vous créez vous même en partie.
        Pourtant , pour beaucoup d'entre vous, dans vos mails vous arrivez à me parler de ce “moi caché”, à condition qiue moi aussi je fasse un effort sur moi même, et que je vous livre un peu du mien. Il faut un dialogue, un échange mutuel, pour arriver à se comprendre.
        Et j'ai l'impression qu'ensuite (c'est du moins ce que vous me dites), vous vous sentez beaucoup moins seul(e), alors qu'on a simplement discuté ensemble, sincèrement, sans juger l'autre, en essayant seulement de se comprendre.

        Il existe un adage qui reflète bien cette situation :
  “Si on veut vraiment connaître un être, il faut aller au fond de son âme et on ne peut vraiment le faire qu'avec son coeur”.



Samedi 2 décembre 2006 à 19:45

Adolescence



  “ Personne ne me comprend !”. C'est ce que me disent presque toutes les ados avec lesquelles je corresponds.

     Mais je constate que vous même ne vous comprenez pas non plus; vous n'assimilez pas ce changement qui intervient rapidement en vous, les filles encore plus que les garçons. Pourquoi?

     Il est certain que l'adolescence est une périiode de contestation où parents et enfants divergent tout à coup et se frottent parfois énergiquement le museau, ce qui crée malentendus, voire conflits et quelquefois des drames, auquels parfois vous me mêlez.
     “Conflit de générations” dit on; je n'y crois pas trop, car finalement, je me sens très proche de certaines d'entre vous et pourtant je ne pense pas encore être en train de “retomber en enfance”. LooL

     De nombreux adeptes de Freud et de son école, vous diront que cela est la faute des hormones, et que la puberté déclenche de tels bouleversements
     Pourtant ce n'est pas l'avis des neurobiologistes et de la science moderne.
     Bien sûr la puberté transforme votre corps , surtout chez les filles, et cela a un impact psychologique. Vous êtes plus ou moins satisfaites de ces transformations et le plus souvent vous trouvez que vous êtes trop maigre ou trop grosse, trop petite ou trop grande, avec une poitrine trop frèle ou trop volumineuse, etc... Cela passera en grande partie quand votre corps aura atteint sa plénitude d'adulte et que vous vous y serez habituée.
     Bien sur les hormones, qui vont devenir partie prenante de l'organisme, engendrent l'apparition du désir et des comportements nouveaux, et un intérêt différent, notamment pour les personnes du sexe opposé.
     Mais aujourd'hui, au temps des CD, DVD, d'internet et du téléphone portable, le conditionnement médiatique et le souci de l'opinion des copains ont probablement plus d'influence  sur vos comportements amoureux que les hormones.

     Alors que nous disent les neurobiologistes sur les transformations de l'adolescence ?
     Ils constatent en fait une évolution profonde du cerveau qui conduit à la situation d'adulte. (enfin pour la plupart d'entre vous), évolution qui est physiologique, mais favorisée évfidemment par l'instruction et le développement de votre culture.
     Alors que votre cerveau a acquis sa taille normale, des structures essentielles subissent des transformations fondamentales, certaines acquièrent de nouveaux développements, alors que d'autres régressent en apparence,mais pour acquérir une nouvelle efficacité.
     C'est ce que je vais essayer de vous expliquer dans l'article suivant.



Samedi 2 décembre 2006 à 19:42

Adolescence



Une première transformation essentielle est une diminution importante du réseau neuronal du “système de récompense”, qui perd environ un tiers de ses neurones qui utilisent la dopamine comme neurotransmetteur.

     Ce système intervient dans deux fonctions importantes :
     - l'apprentissage de l'enfant à la vie, car c'est ce système qui permet parmi les nombreux essais que fait l'enfant, de reconnaître ceux qui ont le plus d'efficacité et doivent être sélectionnés, comme conduite habituelle.
     - la génèse des sentiments du plaisir : non seulement il permet de ressentir du bien-être, mais il vous incite à rechercher des actes qui vous apportent de la satisfaction.

     Cette diminution entraîne des changements importants de comportement de l'adolescent : il boude les plaisirs de son enfance, il s'ennuie et se désintresse de ses occupations jusque là prisées. Il s'éloigne de ses parents, dont il ressent moins le besoin. L'effort pour apprendre des choses nouvelles lui est plus pénible, l'apprentissage devenant moins naturel et facile.Pour beaucoup d'entre vous, l'apparition de cet ennui est synonyme de tristesse.
     A noter aussi que cette diminution du nombre de neurones dopaminergiques rend les adolescents particulièrement vulnérables aux drogues et aux conséquences néfastes de celles ci.

     Mais parallèlement se produit un développement des réseaux du cortex frontal. La capacité d'abstraction augmente, favorisée par les travaux scolaires, la capacité de jugement et de contrôle de soi de développe, les centres permettant de se projeter dans l'avenir et d'évaluer les conséquences de ses actes, acquièrent peu à peu un plus grand développement au fur et à mesure que l'adolescent va expérimenter de nouveaux comportements.
 Cependant ce développement est lent et pendant une période plus ou moins longue, l'adolescent présentera un “goût du risque” anormalement élevé, qui l'attirera vers des situations nouvelles, mais représentera pour lui un certain danger. Aux parents de veiller à ce que cela ne lui nuise pas.
     Les adolescents vont essayer d'accumuler les expériences et les enseignements qui feront d'eux des adultes indépendants. Mais pour cela, il leur faut peu à peu quitter la protection du cocon familial. Sans cet ennui latent et ce goût du risque accru, bon nombre d'adolescents n'oseraient pas quitter cet environnement sécuritaire.
     Les réseaux des lobes frontaux, sièges de la pensée, de la logique, du contrôle de nos actes n'atteindront leur maturité que vers une vingtaine d'années, voire même 30 ans pour certains.
     D'ailleurs les jeunes, qui jusque là, n'utilisaient habituellement que leur préférences innées commencent à s'essayer à utiliser les fonctions cérébrales non préférées. Je consacrerai un article à cet aspect.

     La troisième transformation est un remodelage des connexions entre neurones, du nombre et de la qualité de connexion de leurs synapses.
     En fait le nombre de connexions augmentent dans le cerveau jusqu'à l'adolescence et sont en surnombre, puis elles diminuent ensuite.
 Parallèlement les axones (ces prolongements qui conduisent l'influx nerveux ) s'entourent d'une gaine isolante blanche, la “myéline” et de ce fait, la vitesse de transmission de l'influx nerveaux augmente considéralement. (elle est multipliée par 100). Les circuits nerveux sont donc beaucoup plus efficaces.

     Au début de l'adolescence cette amélioration concerne surtout tous les circuits sensoriels,  car durant cette période le jeune va grandir en taille et en force et le système nerveux et le cerveau doivent faire face à cette transformation, pour garder la maîtrise des mouvements et des actions.

     Puis les centres du langage répartis dans les deux hémisphères cérébraux, communiquent mieux entre eux, augmentant ainsi les capacités linguistiques et d'expression des adolescents.

     Enfin le développement de la partie frontale du cerveau, siège des capacités intellectuelles, va se poursuivre jusque vers la trentaine, augmentant les capacités de la mémoire, les facultés de décision, les capacités d'abstraction, de déduction, de synthèse et de généralisation, le maniement de nouveaux concepts.
     Les adolescents sont davantage aptes à recevoir instruction et culture, découvrent des domaines nouveaux et commencent à former leurs propres opinions.

     L'ultime étape est la réorganisationd'une petite aire du cerveau frontal, au dessus des yeux,  qui régule les comportemlents sociaux.
 Ces modifications marquent la fin de l'adolescence, le jeune devient responsable, augmente son sens du comportement moral, perfectionne sa capacité de se mettre à la place des autres lors du déroulement des discussions et des négociations et du règlement des conflits.

     Finalement contrairement à ce que croient  la plupart des gens, l'adolescence n'est pas une crise, ni une révolution sexuelle due aux hormones, mais une transformation profonde de notre cerveau, qui nous fait entrer dans le monde des adultes
     L'instruction, le contact des autres favorise cette évolution, qui, si elle n'avait pas lieu, nous ferait rester éternellement un enfant.



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