Samedi 30 juin 2018 à 17:53

Enseignement, école, fac

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    Dans ce dernier article, je donnerai mes réflexions sur les deux derniers sujets de philo du bac, ceux de S :
                Le désir est-il la marque de notre imperfection?
                           Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

    Là encore une précision de vocabulaire est nécessaire, car des mots divers sont utilisés dans des circonstances voisines : le besoin qui est celui essentiel de base de l’organisme; l’envie de, qui a un caractère de jalousie, de comparaison au voisin; aspirer à et le désir; et en allant au delà, la passion, les pulsions, les addictions.

    Desiderare, en latin, c’est regretter l’absence de. C’est donc une tendance, un effort, une inclination vers quelque chose, que l’on n’a pas encore acquis, et qui n’est pas facilement accessible : le désir peut concerner un objet, une action, une personne, une chose abstraite. C’est en outre un moteur important vers l’action, mais ce n’est pas une volonté raisonnée.
    Le désir peut avoir un but noble, une aspiration généreuse. Il peut au contraire concerner des aspirations nuisibles, soit à nous mêmes (allant jusqu’à l’addiction), soit à autrui, sous l’effet de pulsions;
    Il peut engendrer un manque et donc frustration et souffrance.

    Mais l’expression « une marque d’imperfection » me fait sourire : comme si nous devions être parfaits.
    Je dirais bien ce que Bergson disait du rire : le désir est le propre de l’homme, ce qui nous différencie des animaux et du simple besoin. Il peut être une source de dégradation comme de perfectionnement. Renoncer au désir ne nous rendra pas forcement meilleurs et surtout parfait.
    Par ailleurs, si je me réfère à la pyramide de Maslow, dont j’ai parlé plusieurs fois dans ce blog, le besoin constitue les deux premiers étages; le désir se situe aux autres étages, et il participe aux derniers : le besoin de reconnaissance et la réalisation de soi.

    J’ai trouvé le second sujet intéressant mais curieux pour la série S, car il relève plutôt de la psycho que de la morale.

    En fait la question est curieuse car « éprouver l’injustice » est un sentiment, une impression, une émotion. et « savoir ce qui est juste » est au contraire une reconnaissance, une réflexion sur des règles, en vue de l’action (ce qu’il faut et ne faut pas faire).
    L’injustice n’est pas le contraire de ce qui est juste, c’est une situation dans laquelle un acteur a commis quelque chose qui n’est pas juste et cela est ressenti négativement par celui qui en pâtit ainsi que par des témoins.
    « Savoir » ce qui est juste est une connaissance rationnelle , morale, juridique, politique, avec une référence à la loi.
    Quand j’étais enfant, il m’est arrivé de ressentir l’injustice d’une punition pour une bêtise que je n’avais pas commise. Bien sûr je savais ce qu’était une bêtise, mais je ne connaissais pas ce qui était juste. Ressentir l’injustice est une émotion presque innée.
    Evidemment la connaissance de ce qui est juste peut renforcer l’impression d’injustice.

    Je ne pense donc pas qu’il faille savoir ce qui est juste pour ressentir l’injustice, mais la réciproque est elle vraie, comme le suggère la question du sujet?
    Je crois qu’à ce niveau, il faut séparer ce qui est individuel du collectif.
    Au niveau de l’individu qui réfléchit rationnellement sur une situation et se demande si elle et juste ou injuste, il se réfère effectivement à ce qu’il a éprouvé en matière d’injustice pour juger de la situation. Le sentiment d'injustice le conduit à ce qui est juste, d'après lui.
    Par contre au niveau du législateur qui va coder ce qui est juste, c’est à dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, la notion d’injustice n’est pas la seule en cause : les problèmes d’ordre, de vie en société, de nuisance, de punition, de dissuasion sont aussi présents.

    Je pense donc qu’on peut ressentir qu’une action ou une situation est juste ou injuste; c’est lié au fait que l’on est responsable ou non de l’action, et qu’on estime qu’on la mérite ou non.
    Par contre savoir ce qui est juste est une réflexion sur ce qu’il faut faire, sur le comportement à avoir face à des événements, et cela implique une réflexion rationnelle sur les conséquences des actions au plan pratique et moral, et notamment de leurs effets nocifs sur autrui.
    Certes les deux sont en partie liés, mais ce sont deux comportements de natures différentes.

Mercredi 27 juin 2018 à 17:53

Enseignement, école, fac

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    Les deux sujets de la série technologique me plaisaient évidemment, car ils sont plus proches de ma formation scientifique :
              L’expérience peut-elle être trompeuse? 
                        Peut-on maîtriser le développement technique?


    Là encore des questions de vocabulaire se posent.
    Quelle signification donner à « l’expérience » ?
    On peut penser à trois notions différentes : les expérience de tous les jours de la vie courante, les expériences scientifiques et techniques et l’expérience acquise par quelqu’un tout au long de sa vie.
    Pour les deux premières, il s’agit d’essais conduisant à des constatations qui mènent ensuite à une connaissance ou à la maîtrise d’actions.

    L’expérience courante de tous les jours est basée sur nos perceptions ou sur nos sentiments. La plupart résultent de ce que nous voyons et entendons, mais une expérience amoureuse résulte surtout de sentiments et d’émotions.
    Evidemment nos sens sont souvent trompeurs (on connaît le peu de fiabilité d’un témoin), et notre inconscient guide sentiments et émotions; c’est le contraire du rationnel et donc, par réaction, on doute que ces expériences courantes soient fiables.
    Mais en fait la raison, quand nous réfléchissons, se base sur ces expériences, sur des données initiales pratiques, sans lesquelles, et sans l’imagination et la mémoire, tout raisonnement serait impossible, ne reposant sur rien.
    Même trompeuse l’expérience fournit la matière au rationnel

    Le problème des expériences scientifiques est différent. Préalablement le chercheur a fait une hypothèse; Il en en déduit des conséquences, a imaginé soigneusement des faits qui en résultent et des méthodes pour les mettre en lumière.
Il chiffre ses résultats, fait un calcul d’erreurs et de confiance à leur accorder.
    Bien entendu des artéfacts peuvent se glisser dans le processus, des erreurs de mesure peuvent intervenir, l’hypothèse de départ pouvait être fausse, ou les déduction erronées. Mais toutes ces conjonctures négatives sont beaucoup moins probables et surtout elles sont presque toujours décelées. De plus la même expérience est souvent faite par plusieurs équipes. L’expérience scientifique est rarement trompeuse, car, les quelque fois où elle n’est pas satisfaisante, on s’en aperçoit.
    Les expériences scientifiques ont d’ailleurs diminué de volume avec le développement des simulations sur ordinateur, qui permettent de prévoir le comportement des objets expérimentés, mais ces modèles mathématiques et physiques ne peuvent donner des résultats corrects que s’ils sont « recalés » sur des expériences, qui vérifient qu’ils sont conformes à la réalité. C’est l’expérimentation qui vérifie alors le rationnel.

    Quant à l’expérience d’une vie, elle repose sur de multiples expériences mais aussi sur leur analyse ultérieure et sur une sélection des causes et des résultats. Certes certaines des conclusions peuvent être erronées, mais par définition, l’expérience d’une vie est orientée vers justement un effort pour réduire les erreurs.


    Maîtriser le développement technologique, un but poursuivi sans cesse, mais jamais atteint réellement..

    Notre monde actuel est très dépendant du « progrès » technologique (et scientifique), nous nous en apercevons tous les jours et la société de consommation et les médias nous le rappellent sans cesse. C’est d’ailleurs le moteur de l’industrie et en partie des finances et de l’économie.
    Les inventions sérieuses et utiles voient le jour, mais les gadgets pullulent; on ne maîtrise pas cette situation car elle est d’ordre économique.
    La technique a été mise en place par l’homme, et à l’origine dans un but de progrès et de maîtrise de la nature. Il est certain qu’actuellement la motivation financière est prépondérante dans les entreprises et qu’elle ne correspond pas forcément à un progrès « utile », mais à une motivation d’optimiser les gains financiers ou à des fins d’image de marque. D’où certains développements qui certes font l’objet de beaucoup de publicité, mais dont on peut se demander s’il n’y aurait pas mieux à faire. C’est le cas par exemple de nombreux logiciels gadgets sur smartphone, ou de l’avion solaire, (jamais cette technique ne pouvant un jour permettre d’alimenter un avion commercial de plusieurs centaines de tonnes).
    Le développement technique demande des moyens financiers importants, et il dépend donc soit des moyens de certaines sociétés, mais qui ont des compétences dans des domaines particuliers et des motivations financières et commerciales, soit de fonds public, mais décidés en général par des personnes n’ayant pas les connaissances techniques et la vision à long terme suffisantes. D’où un contrôle insuffisant.
    Certains produits issus de ce développement peuvent s’avérer dangereux, mais les intérêts commerciaux font tarder leur suppression et engendrent des dommages importants pour l’homme ou la nature (médicaments amiante, pesticides….).
L’exemple le plus inquiétant est le changement climatique dû aux gaz à effet de serre.
    On peut aussi dire que tout développement scientifique et technique peut être utilisé à des fins maléfiques et, même avec un contrôle strict, cette éventualité ne peut être exclue et survient régulièrement.

    Le point le plus néfaste est que l’évolution de l’homme ne suit pas ce développement technologique.
    D’une part au plan du travail : le 19 et le 20ème siècles ont connu des conditions de travail à la production pénibles, voire dangereuses. Le 20ème et le 21ème siècles connaissent le chômage.
    Le développement des techniques numériques de communication et de l’informatique est un exemple flagrant. On veut actuellement imposer le recours à internet alors qu’un partie de la population ne sait pas s’en servir. Les jeunes, certes eux, savent l’utiliser, mais l’addiction aux réseaux sociaux et aux jeux les empêche d’étudier et bon nombre d’entre eux ne savent plus dormir ou manger sans leur smartphone dans la main : pire que leur doudou lorsqu’ils étaient bébés !
    En fait ce n’est pas le développement de la technique que l’on ne sait pas alors maîtriser, mais c’est l’usage qu’on en fait. Toute nouvelle technique, si on veut qu’elle soit bien utilisé, doit faire l’objet d’une formation et d’un long apprentissage, et là on veut brûler les étapes.

Samedi 23 juin 2018 à 17:30

Enseignement, école, fac

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    Je réfléchirai aujourd’hui aux deux sujets du bac 2018 suivants :
Peut-on être insensible à l’art?
                   La culture nous rend-elle plus humains?

    Remarquons tout d’abord qu’il n’est pas interdit, ni moralement, ni juridiquement d’être insensible à l’art. Mais le fait de poser la question dans un sujet de philo, implique la deuxième question : est ce courant, est ce normal, est ce regrettable ?.
    Disons aussi que la notion d’art est assez vague et qu’il en existe bien des facettes.
Je crois que si l’on posait à de nombreuses personnes la question « qu’est ce que l’art, à votre avis? » nous aurions des réponses très nombreuses et très différentes.

    A premier abord la notion d’art est simple, c’est le dessin, la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, la danse, la poésie, le théâtre : les « beaux arts ». Mais on peut y rajouter aujourd’hui le cinéma, la télévision, l’art numérique, la photographie, la mode etc.. Faut il y rajouter la littérature et la bande dessinée, la décoration, le paysagisme, le grand chef cuisinier, le créateur de parfums… ?
    Qu’est ce qu’un artiste ? On peut se poser la question autrement : l’architecte qui conçoit une usine est il un artiste. Pourquoi le peintre qui fait des tableaux en est un et pas le peintre en bâtiments ?
    Qu’est ce qu’un objet d’art ? Je ne suis pas sûr que les diverses civilisations dans le temps et dans l’espace reconnaissent comme tels les mêmes objets.
    Le latin « ars - artis » désigne l’habileté, le métier, le talent.
    En général la notion d’art est associée à le création d’oeuvres d’arts, à une certaine créativité, et à la notion de « beau », mais qui est tout aussi difficile à définir. On considère aussi souvent qu’un oeuvre d’art faut « passer un message ».
    Si on se demande « qu’est ce qui n’est pas de l’art, on n’est guère plus avancé.
    Mais à une époque la science était considérée comme un art et on parlait de l’art du médecin !
    La seule chose sur laquelle il n’y a pas de doute, c’est que c’est « une activité humaine », et en général on la rattache à la « culture ». (terme vague lui aussi).

    Posons nous la question autrement : quelles sont les réactions face à l’art ?
    On trouve dans les livres de philosophie le texte suivant : L'art est l’activité humaine visant à exprimer les préoccupations, les croyances, les questions sous une forme telle qu'elle traduise les émotions et les sentiments que les hommes éprouvent en y pensant ou en éprouvant une sensation (vision, écoute, toucher, odeur, goût), face à l’œuvre d’art.
    Mais comment l'art parvient-il à nous toucher ? Quelle est la forme d'expression qui serait le propre de l'art ?
    L’art est certainement très technique et demande un grand savoir-faire, mais si nous en tenons parfois compte, ce n’est pas ce qui nous touche. ce n’est pas non plus forcément l’intention de l’artiste, pas forcément connue. Nous pouvons voir dans une œuvre des choses bien différentes et chacun n’y voit pas forcément la même chose.
    L’art est sensé faire appel à notre sensibilité, nous émouvoir, apporter quelque chose de créatif et de beau.
    Cela dit il est tout aussi difficile de définir la beauté, associée à une émotion spontanée et à un sentiment de plaisir, et d’admiration (parfois aussi de regret de ne pas savoir faire la même chose), mais que l’on a bien du mal à expliquer.
    Je crois d ‘ailleurs que chacun d’entre nous a une définition personnelle du beau, basée sur ses réactions.

    Peut on être insensible à l’art?

    Le problème est que chacun a face à l’art des émotions différentes et qui ne sont d’ailleurs pas les mêmes selon les œuvres d’art. Une partie de ces émotions qui sont immédiates et presque inconscientes, dépendent de notre sensibilité émotionnelle immédiate, une préférence cérébrale (voir mes articles à ce sujet).
    On peut être sensible à la peinture figurative et ne pas l’être à la peinture abstraite, avoir des sensibilité très différentes à la musique classique et à la musique moderne.
    Personnellement je suis en admiration devant les cathédrales gothiques, les petites églises bretonnes et du Périgord, et sensible à l’atmosphère qui y règne, mais assez insensible aux statues de nos villes.
    Il est certain par ailleurs que la sensibilité à l’art s’apprend : les enfants d’artistes y sont en général plus sensibles.
    Peut on être insensible à toute forme d’art.?
    Il est rare qu’une personne n’ait jamais chantonné ou siffloté une chanson; n’est ce pas déjà une forme de sensibilité à l’art ?
    Etre insensible à l’art ne serait ce pas, être dénué de toute sensibilité et donc proche du robot ?
    Un enfant très jeune qui n’a pas encore reçu d’éducation artistique et qu’on emmène dans un musée, est curieux et sensible à l’art. Alors qu’est ce qui pourrait tuer cette tendance innée.?
    Effectivement on constate cette insensibilité chez les fanatiques musulmans qui détruisent les cités antiques et interdisent l’écoute de toute musique. Ils mettent en avant leur fanatisme religieux, mais en fait, ils font preuve d’une immense inhumanité.

    La culture nous rend elle plus humains?

    Je crois qu’il faudrait d’abord définir ce qu’on entend par « culture » et par « humain » et le terme "rendre" évoque un passage de cause à effet.
    Remarquons d’abord que la culture est humaine puisqu’elle n’existe pas naturellement : c’est nous qui la créons.
    Ce qu’on appelle habituellement la culture, c’est un ensemble de connaissances principalement dans le domaine littéraire, philosophique, religieux ou des arts, mais en fait les sciences, l’histoire, la géographie, la technique en font aussi partie.
    De plus la culture ce sont aussi des savoir-faire : maitriser la langue, écrite et orale, savoir raisonner, convaincre et négocier, bref avoir une certaine expérience.
    Elle nous différencie de l’animal et nous apporte un plus par rapport à la nature.
A titre individuel, elle développe notre esprit, notre intelligence. Elle nous donne une individualité.
    C’est pour cela que nous la créons et donc elle nous rend à priori plus humains, plus complets; c’est en fait le propre de l’homme, comme le langage et  elle nous rends aussi plus humains vis à vis de l’environnement.

    Toutefois nous n’avons pas tous accès de la même façon à la culture et cela introduit des différences, des inégalités qui peuvent être source de différences notables de conditions de vie, de mépris, d’isolement et de harcèlement, de pouvoir, de conflits, bref de comportements inhumains
.
    Mais culture n’est pas seulement instruction et expérience. On peut l’interpréter au sens de civilisation, de société, de l’ensemble des règles, des habitudes, des archétypes.
    La culture, à ce titre n’est pas inhumaine, mais les différences de culture entre groupes, ethnies, sociétés peuvent être à la source d’incompréhension, de racisme, d’hégémonie, de conflits, voire de persécutions comme au moment du nazisme.
    On peut même évoquer la différence de culture entre anciens et jeunes, qui est souvent une difficulté majeure car source d’incompréhension.

    Ce ne sont donc pas les cultures qui nous rendent inhumains, mais les différences de cultures entre hommes, groupes, sociétés, générations.

Mercredi 20 juin 2018 à 17:03

Enseignement, école, fac

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          Tous les ans, quand arrive le Bac, j'ai l'habitude de lire les divers sujets et d'y réfléchir.
           Je n'ai en général pas de difficulté à résoudre les problèmes de maths et de physique-chimie, mais les sujets de philo me demandent plus de réflexion.
          Je vais essayer de vous faire part, en plusieurs articles, de ce que m'inspirent les sujets de 2016 
          Ce ne sont, en aucun cas des corrigés. J'ai oublié beaucoup de ce que j'ai appris au lycée sur les pansées des philosophes, et par contre j'ai acquis une certaine expérience de la vie. Mes propos n'ont donc aucune prétention scolaire.
           Cette année, les sujets de philosophie du bac étaient les suivants :

                      Sujet de la filière S :
           Le désir est-il la marque de notre imperfection?
           Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

                      Sujet de la filière ES :
           Toute vérité est-elle définitive?
           Peut-on être insensible à l’art?


                      Sujet de la filière L :
           La culture nous rend-elle plus humains?
           Peut-on renoncer à la vérité?


                      Sujet de la série technologique :
           L’expérience peut-elle être trompeuse?
           Peut-on maîtriser le développement technique?

           Je regrouperai mes réflexions par genre de sujet et non par filière des études secondaires (qui vont d’ailleurs disparaître).

           Je traiterai dans ce premier article :
Peut-on renoncer à la vérité?  Toute vérité est-elle définitive?

           Je pense qu’il faut se demander d’abord ce qu’on entend par « vérité ».
           A l’origine ce qui est vrai est ce qui n’est pas faux. Donc par principe elle devrait être définitive. Mais en fait, c’est ce que nous croyons avéré à un instant donné, et cela, dans maints domaines de natures différentes, et pour lesquels les degrés de certitude peuvent être très variables.

            Il y a d’abord les « faits », les choses que nous avons vues, dont nous avons été témoins. Pour celles que d’autres ont vues et relatent - notamment les médias -, il y a l’incertitude de la communication, plus ou moins déformée selon les buts poursuivis par le narrateur.
           Mais même ce que nous avons vu n’est pas sûr. Nous n’avons vu souvent qu’une partie des faits, nous les avons interprétés, certes avec la raison, mais aussi avec l’inconscient et avec nos à-priori. L’apparente vérité des faits est donc déformée.
           Plus discutables encore nos opinions et convictions, et encore plus nos croyances.
           Si nous sommes raisonnables, elles sont fondées sur des raisons logiques, mais bien souvent elles ne sont pas aussi rigoureuses que cela. Et la preuve est que d’autres personnes peuvent avoir les idées opposées, tout aussi valables.
           Ce ne sont pas des vérités, même si nous les tenons pour telles, mais des « construction de l’esprit », fondées sur des faits, mais aussi nos valeurs, nos préjugés et l’influence d’autrui et de l’environnement. La construction peut être valable, mais elle dépend des prémices dont nous ne sommes pas entièrement maîtres et surtout qui n’ont aucun caractère définitif et universel.

           Sans doute peut on être plus confiant dans la « vérité scientifique ».
           Elle repose sur des constatations, des faits et une logique en vérifiant les hypothèses faites à l’origine, par des expériences ou des démonstrations (voire des simulations aujourd’hui).
           Mais on ne peut faire toutes les expériences possibles et l’on n’est jamais certain qu’il n’existe pas des exceptions, ou qu’une découverte arrive, qui remette en cause la construction initiale, souvent en faisant avancer les connaissances, en montrant qu’une partie de la construction est différente, quand on peut la connaître avec plus de détails, au fur et à mesure que nos outils d’analyse et de mesure deviennent plus performants et plus précis. C’est ce qui est arrivé souvent depuis 50 ans pour la constitution de la matière et la mécanique quantique.

           Reste un secteur où pourrait régner des vérités : les mathématiques. Mais les règles et résultats mathématiques, s’ils sont vrais, ne le sont que dans certaines hypothèses, certes connues. Les règles valable dans un plan ne le sont plus sur une surface sphérique, celles valables dans notre monde géométrique euclidien, ne le sont plus dans un monde où les dimensions obéissent à des hypothèses différentes, notamment quand les dimensions sont supérieures à 3.
           Il y a même des domaines des mathématiques où l’on ne parle plus de faits bien définis, mais seulement de faits assortis d’une certaine probabilité d’existence.
           Finalement aucune vérité n’est définitive, car elle n’est jamais complète et nous pouvons toujours en découvrir des éléments nouveaux.
           C’est le cas notamment en sciences où toute nouvelle découverte répond à des questions que nous nous posions, et explique certains phénomènes, mais suscite plusieurs nouvelles questions dont nous ne connaissons pas la réponse.

                      Peut on renoncer à la vérité ?

           On peut prendre la question de deux façons assez différentes :
                       - en prolongement du sujet précédent et de ce qu’on vient de dire, faut il ne pas rechercher la vérité sous prétexte qu’elle ne peut être atteinte
                      - dans un domaine tout autre, des valeurs et de la moralité, au sens de la règle juridique imposée aux témoins : « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ».

           De façon générale on ne peut renoncer à rechercher la « vérité », c’est à dire la « réalité », notamment au plan scientifique. Ce serait renoncer à tout progrès, à accroître nos connaissances. Cela implique non seulement des réflexions de personnes compétentes, mais aussi des possibilités et des instruments de mesure de plus en plus précis (penser aux progrès possibles en médecine dus aux nouvelles déterminations d’ADN), et des efforts financiers et humains importants.

           Il est cependant des cas où l’on peut se poser la question : faut il connaître toute la vérité sur une affaire ?  Faut il dire la vérité à un malade qui a une grave maladie et est très impressionnable et pessimiste? Un enfant abandonné sous X doit il connaître ses vrais parents ? La divulgation de certains éléments confidentiels à des personnes non habilitées ou trop concernées, peut créer des affrontements regrettables, ou mettre en danger la vie d’autrui (ou permettre à un criminel d’échapper à la police et la justice.)

           Si maintenant on veut aborder l’aspect moral, cela peut être à titre collectif ou personnel et là on suppose qu’il y a une vérité  au moins des faits.
           Au plan collectif le problème se pose dans bien des domaines : à l’historien le devoir de mémoire, au policier et au juge la recherche de la justice et du respect des règles, au politique une certaine transparence entre ses intentions et ses réalisations….
           Au plan personnel, la morale demande en général de ne pas mentir. Mais si cela semble préférable dans beaucoup de cas, il y a des vérités qu’il vaut mieux ne pas dire pour préserver une bonne entente entre personnes. Mais le plus souvent de sont des opinions, des convictions que nous prenons pour vraies, qui ne le sont pas forcément pour tous, et qui seraient désagréables ou préjudiciables pour la personnes à laquelle nous en ferions part.

           En définitive, renoncer à dire la vérité, ce serait renoncer à dire ce qui s’est réellement passé - (si on le connaît vraiment !). il est certain que si on y renonce, il faut avoir alors une raison et pouvoir en expliquer le bien-fondé.

Mercredi 20 décembre 2017 à 18:01

Enseignement, école, fac

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     Je suis scandalisé quand j’entends des personnes s’intéressant à l’éducation des enfants, dire qu’il faut être modernes et leur apprendre à écrire sur un clavier et non à la main . C’est une ânerie et cela montre leur ignorance des processus d’apprentissage du cerveau.
    Je ne sais pas si ces personnes tapent rapidement un texte sur un clavier, mais si c’est le cas, elles auraient dû s’apercevoir, lors de leur apprentissage de la frappe, que le cerveau fonctionnait très différemment par rapport à l’écriture manuelle.

    Parole, lecture et écriture ont beaucoup de points communs, au niveau du cerveau. Le centre de Wernicke analyse mots et phrases pour les comprendre, le centre de Geschwind fournit le vocabulaire et le centre de Broca élabore les phrases, leur grammaire et leur syntaxe, puis transmets les information au centre pré-moteur situé près de lui, qui élabore les ordres qui sont transmis au cortex moteur. Là intervient une différence entre la parole où ce sont les commandes des muscles de la bouche la langue et le larynx qui interviennent, alors que pour l’écriture ce sont ceux de la main. Evidemment les sens interviennent à l’origine (vue, ouïe, toucher) et le cortex préfrontal dirige tout le processus, car c’est lui qui élabore la pensée.
    Quand on écrit à la main, l’écriture d’un mot est « attachée », les lettres étant liées entre elles; le cerveau pense une phrase, Broca décompose en mots et syllabes (l’orthographe), de façon automatique et inconsciente et le centre pré-moteur a mémorisé l’écriture des syllabes.et fait écrire le mot « d’un trait de plume ».
    Quand on tape sur le clavier d’un ordinateur (d’une machine à écrire ou sur celui d’un téléphone pour un SMS),  le cerveau doit faire un effort supplémentaire car il doit décomposer le mot en lettres car elles vont être tapées une par une. Certes le processus est inconscient aussi quand on a appris à taper (il ne l’est pas du tout au début de l’apprentissage où on épelle consciemment, et on ne gagne en vitesse que lorsque ce processus devient automatique)

    Quand l’enfant apprend à lire et écrire, il doit d’abord apprendre les lettres, puis les syllabes (son et écriture) presque avant d’écrire des mots?. Il faut que cela soit mémorisé pour que l’on puisse passer aux mots et à leur signification. Partir initialement des mots (la méthode globale), a fait preuve de son échec et des défauts de lecture et d’écriture qu’elle entraîne.
    Apprendre sur un clavier est absurde, car cela gêne l’apprentissage des syllabe en introduisant une difficulté supplémentaire qui est d’épeler les mots, alors qu’on n’est pas encore au stade de ceux-ci.

    Un autre avantage de l’apprentissage de l’écriture à la main est lié à la mémoire. Dans la frappe au clavier les mains (les doigts) repèrent et mémorisent l’emplacement des touches sur le clavier, correspondant à chaque lettre, mais pas l’écriture d’un mot. L’orthographe sera donc purement visuelle et auditive. Au contraire les mains dans l’écriture manuelle ont un mouvement complexe, qui demande plus d’effort à la mémoire pour chaque mot. La mémoire musculaire va aider les deux autres mémoires pour l’écriture et notamment l’orthographe.
    Quand j’hésite au clavier sur l’orthographe d’un mot, je l’écris à la main et je me trompe très rarement.

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    Il existe aussi des polémiques sur : vaut il mieux prendre des notes à la main ou au clavier. Cela n’intervient que pour des élèves ayant déjà une grande pratique de l’écriture, au lycée ou dans le supérieur.
    Je n’ai pas encore vu quelqu’un taper suffisamment vite pour retranscrire in-extenso le discours d’un professeur. Et en admettant que cela soit possible, la personne sera tellement absorbée par son impératif de rapidité, qu’elle ne comprendra pas ce qu’elle écrit.
    Dès lors quand on veut prendre des notes sur un cours par exemple, il faut résumer la parole de l’intervenant, de noter l’important, ce qui a du sens, les idées principales, la structure logique de l’exposé (plan détaillé annoté).
    Des études ont été faites par des psychologues et elles montrent que les personnes prenant des notes au clavier et tapant vite, sont tentées de prendre davantage de textes « in extenso » sans analyser suffisamment le contenu.
    Au contraire les personnes qui écrivent à la main sont conscientes de la moindre vitesse et analysent davantage l’exposé avant de le noter.
    De plus si les personnes ne possèdent pas bien l’automatisme du clavier et doivent le regarder souvent, elles se basent davantage sur la parole, alors que l’écriture à la main étant entièrement automatique, le noteur peut regarder les images des diapositives en m^me temps qu’il écoute et cela l’aide dans son analyse.
    Les psychologue ont d’ailleurs constaté dans leur études que les personnes qui analysaient le contenu de l’exposé pour prendre des notes significatives, retenaient beaucoup mieux ce qui avait été dit lors de la conférence, le cortex préfrontal faisant mémoriser une parte de sa réflexion.

    Ce qui est important ce n’est donc pas tellement d’écrire avec un clavier ou à la main, mais de se forcer à se demander tout au log de l’exposé comment les idées s’enchaînent, et, à tout instant, quel est le message, comment le résumer et sélectionner l’essentiel de l’information reçue.
    D’ailleurs n’est il pas beaucoup plus facile de reprendre les notes que l’on a prises soi-même, plutôt que celles prises par un autre ou celles d’un polycopié.

Mercredi 22 novembre 2017 à 18:45

Enseignement, école, fac

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    Je suis toujours intéressé quand je vois les neurophysiologistes s’intéresser à l’apprentissage des enfants et à l’enseignement, notamment primaire.
    Ma grand-mère m’avait appris à lire à 4 ans et mon grand-père m’apprenait à compter ainsi que les quatre opérations.
    Ma belle-mère, qui était institutrice, puis directrice d’école, a appris à lire et à compter à mes enfants et à certains de mes petits enfants.
    Les méthodes qu’ils utilisaient n’étaient pas fondées sur la connaissance du cerveau, mais sur une longue expérience de ce qui était efficace et ne l’était pas.
    Depuis l’Education Nationale a trouvé ces méthodes ringardes et a prôné un enseignement « beaucoup plus moderne », basé sur les élucubrations de quelques inspecteurs et psychologue imaginatif, qui voulaient ne pas « traumatiser l’enfant », mais l’instruire en l’amusant, pour ne pas le fatiguer.
    Le résultat est probant : les enfants ne savent plus ni lire ni compter non seulement au sortir du CP mais même du CE2.
    Et je constate que les neurobiologistes qui voudraient tenir compte du fonctionnement du cerveau, recommandent les antiques méthodes de mes grands- parents ou parents enseignants.

    D’abord la lecture : la méthode dite » globale » dans laquelle on apprenait des le début de l’enseignement de la lecture, à reconnaitre les mots entiers, a été un véritable échec.
    Les neurobiologistes ont montré que l’apprentissage devait se faire d’une part par la répétition, mais également par l’assemblage de données logiques progressives, où nos organes de perception s’habituaient peu à peu à l’information.
    Ainsi il fallait commencer par apprendre les lettres, en les écrivants et en les prononçants pour s’habituer à leur son.
    Puis il fallait apprendre logiquement les syllabes simples, indépendamment de tout mot b+a=ba, b+e=be…. là encore en s’appuyant sur la vue et le son.
    Ensuite on peut utiliser ces données pour reconnaitre des noms simples, associés aux images correspondantes des objets dénommés; puis aborder des syllabes plus complexes telles que « on » ou « au », et les utiliser.
    Il faut attendre que ce mécanisme devienne un automatisme et que l’enfant n’ait plus besoin de syllaber pour lire un mot, pour avoir une approche globale.
    On peut alors apprendre des mots, du vocabulaire, mais en le définissant, et en l’associant à des images concrètes et en associant l’écriture à la lecture, car il y a une mémoire de la main (de ses commandes motrices), complémentaire des mémoires visuelle et auditive.
    Et ne pas vouloir trop tôt faire de la grammaire : masculin, féminin, pluriel… à fortiori sujet, verbe , compléments, adjectifs. Il faut d’abord que l’enfant sache lire une phrase en comprenant ce qu’elle veut dire, avant de lui compliquer la tâche par de nouvelles notions.
    Il faut qu’il ait déjà le plaisir de lire tout seul des histoires en les comprenant.
    Il est cependant nécessaire d’apprendre au préalable ce qu’étaient les accents et la ponctuation, par des explications des conséquences pratiques de leur usage.
    Cela parait fastidieux, mais c’est le seul moyen pour le cerveau d’obtenir un apprentissage qui reste ensuite définitivement, car il est devenu un automatisme inconscient.

    Voyons maintenant la numération et le calcul.
    L’enseignement actuel trouve peu intelligent de compter sur ses doigts et veut apprendre les modes opératoire, en négligent les exercices répétitifs manuels fastidieux et en utilisant tout de suite calculette et ordinateur. Là encore c’est un échec; je connais de nombreux jeunes de pus de vingt ans qui ne savent plus faire une division à la main, et la plupart sont nuls en calcul mental.
    Bien sûr il y a les calculettes et les tableurs, mais on se trope souvent sans s’en apercevoir d’un facteur 10 ou 100, par manque d’expérience de la numération.
    Lrs neurobiologistes estiment que au début de la rencontre avec les nombres, compter sur ses doigts est un réflexe presque inconscient et qui est salutaire pour avoir une notion pratique des premiers nombres et se familiariser avec le processus d’addition.
Avec la répétition, la mémoire crée un automatisme, mais compter sur ses doigts n’est pas, comme on le croit aujourd’hui un réflexe de mauvais élève iou de manque d’intelligence. C’est au contraire une stratégie intelligente.
    Et dans le cerveau, certaines zones motrices caractéristiques des doigts et des nombres sont proches voire se chevauchent.
    C’est d’ailleurs de l’usage de nos dix doigts que provient le système décimal.
    Son apprentissage ne doit pas être théorique. Ma grand-mère pour me faire comprendre le système utilisait des buchettes (des allumettes sans phosphore). Chacune représentait une unité et elle les groupait par dix avec un élastique, puis par dix paquet de dix avec un gros élastique, et en même temps me montrait comment était liée l’écriture du nombre, chaque chiffre étant en relation du nombre de buchettes, de paquets de &o et de paquet de 100. Et elle insistait bien sur les notions de 1, 10, 100, 1.000, 10.000… en utilisant ce point séparateur tant galvaudé aujourd’hui.
    Quant aux opérations c’est simple : c’est la répétition qui enseigne l’essentiel, en montrant le mécanisme et en répétant son application quelques centaines de fois.
    La « table d’addition » devient automatique à force de compter sur ses doigts. Quant aux tables de multiplication, il faut qu’elles soient apprises par cœur, pour que chaque item devienne un réflexe inconscient de la mémoire, et ensuite le mécanisme des multiplications et des divisions devient un réflexe à force d’en faire.
    Mais évidemment pour faciliter la compréhension et la mémorisation, il faut montrer qu’une multiplication résulte d’additions successives.
    Et il ne faut pas encombrer de théorie par d’autres notions inutiles, tant que le réflexe n’est pas acquit. Ne parlons surtout pas de théorie des ensembles pour montrer que 2X3 = 3X2. L’enfant s’en rendra compte très simplement par la pratique.
    Enfin le calcul mental n’est plus enseigné aujourd’hui. Et pourtant c’est lui qui donne une idée des ordres de grandeur et qui nous évite des erreurs grossières de calcul, en nous donnant une idée approximative des résultats. De plus il conforte la compréhension du système décimal.   
    Cela me semble bénéfique de prendre l’habitude que 362 X 5 = 3620/2 = 1810, ce qui est plus facile à faire de tête, ou que 25 X 9 = 250-25 = 225

Samedi 24 juin 2017 à 9:18

Enseignement, école, fac

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 Encore ce que m’inspirent les sujets du bac 2017.
Aujourd’hui, je traiterai successivement de deux sujets différents :

Bac S : Peut-on se libérer de sa culture ?

    Je ne pense pas que le terme se libérer soit équivoque, c’est « faire abstraction de », « s‘affranchir » ou « ne plus subir la contrainte de ».
Par contre les limites du terme « culture » mériteraient d’être définies.

    Le mot culture recouvre deux notions assez différentes :
        - d’une part ce qui relatif à l’héritage de civilisation : mœurs, valeurs, codes sociaux, archétypes chers à CG Jung, y compris des aspects négatifs tels les préjugés.
        - d’autre part ce qui est relatif à notre vie : éducation des parents qui ont transmis certaines règles morales et de vie et on laissé à leurs enfants plus ou moins de liberté de choix. Instruction ensuite, qui apporte des connaissances de culture générale et de spécialisation, mais surtout une formation (et par là même une déformation par habitude) de l’esprit. Enfin notre evécu ajoutera, renforcera ou diminuera ces diverses influences.
    On pourrait d’ailleurs réfléchir à l’influence du langage sur notre culture, les diverses langues ne permettant pas de décrire tous les notions de la même façon et avec le même détail.

    En fait les habitudes ancestrales dont nous héritons sont certes spécifiques de la culture occidentale et dune certaine façon de vivre qui a évolué, qui a évolué, soit au niveau global, soit au niveau national, soit à celui d’un groupe de société.
    Certaines notions sont devenues universelles (par exemple la suppression du cannibalisme), d’autres assez générales (la monogamie). Des incitations sont universelles propres à l’humain : l’instinct de survie, l’amour la haine, un certain altruisme et ont donc inspiré partout des us et coutumes, mais différents selon les endroits.
    Si l’on examine ces règles sociétales et une partie de celles transmises par l’éducation de nos parents, on s’aperçoit quelles sont de deux sortes :
        - certaines sont des règles de la vie en commun, morales, religieuses, de bienséance; elles règlent nos rapports avec les autres. Certaines sont assez générales telles les aspirations de liberté et d’égalité, d’utres plus spécifiuqes comme le souhait français de laïcité.
        - d’autres sont plus personnelles et aboutissent à notre propre jugement sur nous mêmes. Il y a évidemment un certain lien entre elles car le jugement sur nous mêmes peut interférer avec notre conduite vis à vis d’autrui (tu ne tueras point ou tu ne voleras point le bien d’autrui par exemple).
    Par contre l’instruction nous apporte une culture qui nous est propre et personnelle, même si elle est partagée par d’autres.

    Je pense que l’enfermement dans une culture résulte d’une vue trop étroite sur notre environnement. Plus nous sommes solitaire, plus nous sommes dans un milieu replié sur lui même, plus nous sommes sujets à obéir aux règles de ce milieu.
    On le voit bien dans les milieux de ségrégation qui aboutit à un communautarisme ethnique, qui existe dans de nombreux pays.
    A l’inverse, je connais des jeunes qui ont profité de l’enseignement Erasmus, qui se sont frottés à différentes cultures et qui ont appris à relativiser leur acquis culturel en le comparant à celui des autres, tout aussi valable. Cela ne veut pas dire qu’ils ont abandonné leur culture, mais qu’ils ont compris qu’elle n’était pas unique, et qu’il était bon de connaître celle des autres, voire d’en adopter certains éléments.
    Ceci est vrai pour des éléments culturels hérités de notre société, mais aussi pour des éléments personnels : il est certain qu’enfermés sur nous même nous resteront attaché à nos idées, même si nous en souffrons.
    L’instruction au collège et au lycée qui en français, en histoire et en philosophie, nous ouvre sur les idées des autres, nous aide déjà à relativiser. Mais à coté de ces exemples abstraits, un contact concret avec des personnes d’horizons divers aux idées différentes, obige à discuter de la portée des règles, de leurs origine, de leurs conséquences et de leur efficacité, et les exemples autres nous amènent à évoluer.
Je dirai que le moyen de s’affranchir de certaines contraintes de notre culture est l’instruction et le contact avec autrui.
    Le plus difficile sera surtout d’être conscient de certaines déformations qu’apportent la culture d’instruction de spécialité;. Il est certain par exemple que ma culture essentiellement scientifique a développe des réflexes, des habitudes et des méthodes rationnelles et logiques, ainsi qu’expérimentales d’aborder les problèmes.
    Cela est bénéfique et il ne s’agit pas de s’en débarrasser, mais cela peut me faire moins bien comprendre ceux qui ont une culture différente, par exemple littéraire. Là encre un effort d’éducation dans un sens différent peut apporter une solution.


Bac ES : Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

    Là encore le vocabulaire est important : qu’est ce que la beauté.
    Je me rappelle que tous les philosophes et les dictionnaires sont d’    accord pour dire que c’est une émotion, ressentie par une personne après une sensation, une perception causée par un objet ou une personne, notamment la vue. Toutefois les autres sens peuvent intervenir et on peut parler de beauté musicale.
    Certains dictionnaires vous disent que le beau est esthétique et attirant, mais il faut alors dire ce qu’on entend par esthétique.
    Mais après je me rappelle que les philosophes n’étaient pas d’accord et je suis allé consulter mon vieux bouquin de philo des années 45, qui est encore dans un coin de ma bibliothèque.
    Pour Platon, ce qui est beau procure une sensation de plaisir; mais cette sensation peut être dépassée pour parvenir à la contemplation de la beauté, se rapprocher d’un idéal. Elle n’est pas seulement une qualité de l’objet, mais aussi celle de l’individu qui y est sensible. L’objet est beau s’il est fidèle à l’idée qu’on s’en fait.
    Kant ne reconnait pas le plaisir ressenti, mais est un jugement de goût désintéressé, qui est propre à l’individu, mais aussi à l’oeuvre. Il pense que l’oeuvre a cette qualité en elle-même pour tous : « Est beau ce qui plaît universellement sans concept. » : on ne peut démontrer la beauté d’un objet.
    Hume, au contraire, estime qu’il n’y a pas de beauté universelle. Des personnes différentes n'ont pas le même jugement sur le même objet : « La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente »  Il admet toutefois que l’éducation et l’instruction peuvent amener à un consensus pour trouver certains objets beau. Il associe, lui aussi l’idée de beauté au plaisir ressenti.
    Des philosophes ou des intellectuels ont essayé de définir des caractéristiques logiques, matérielles de ce qui est beau ou plutôt esthétique, mais leurs conclusions n’ont jamais été satisfaisantes.

    Notons qu’on ne nous parle dans l’énoncé du sujet que d’une œuvre d’art.
    Certains philosophes ont en particulier mis un peu à part une oeuvre d’a    rt par rapport à la beauté d’une femme ou d’un paysage, plus généralement d’une œuvre réelle de la nature.
    L’œuvre d’art est pour certains par essence une création esthétique, un ressenti qui implique déjà une émotion au moment de la création. « Est qualifié "d’art" une oeuvre, une production de l’esprit, dont on estime qu’elle est belle ».
Mais qui est ce juge « on »? Si c’est chacun de nous selon ses goûts il n’y aura pas accord sur la beauté d’une œuvre. Est ce la statistique, une majorité de personnes, qui vont définir les standards du goût ? Ou bien peut on donner des critères pratiques précis pour définir la beauté ?
    Dire en effet qu’une oeuvre est nécessairement belle reviendrait à affirmer qu’il existe des critères a priori permettant de déterminer la valeur esthétique d’une œuvre artistique et donc qu’on pourrait établir scientifiquement la beauté d’une oeuvre.
    Personne n’a réussi à quantifier la beauté par des critères divers. Par ailleurs si notre environnement est quantifiable, la vison de l’artiste le transforme, l’imagine autrement, le sublime. Et enfin on ne peut quantifier une émotion, mais encore moins les diverses proportions de ses causes.

    Cela dit la notion d’œuvre d’art est assez subjective et variable, et relativement soumise à la mode, et surtout de nos jours à la mercantilité et à la publicité qui jouit des moyens énormes électroniques.
    Personnellement j’ai visité de très nombreux musées en Europe et dans le monde, et j’ai apprécié la beauté de nombreuses œuvres figuratives.
    J’avoue être assez imperméable aux œuvres non figuratives, par exemple un Picasso connu mais qui représente une femme à la fois de face et de profil, avec des fesses et une poitrine en triangle et le nez et les yeux à des places habituelles. Je ne ressent aucune émotion à cette vue car je trouve cette femme pas du tout à mon goût, mais j’admets que certaines personnes aient une émotion à la vue des couleurs et de leur enchevêtrement.
    Là où je ne comprends lus du tout c’est qu’un appelle œuvre d’art un tablea tout bleu avec une bande rouge au milieu. Qui peut être ému par cette œuvre que n’oserait même pas faire un peintre en bâtiment. Pourquoi pas une toile toute blanche, sans peinture dessus. Où est la création ?
    Mais la publicité, l’appât du gain et la bêtise des gens fait vendre de telles tableaux à des prix démenties vu leur nullité.
    Une oeuver d’art n’est pas nécessairement belle, mais encore moins une pseudo-œuvre d’art.

Samedi 17 juin 2017 à 10:52

Enseignement, école, fac

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      Tous les ans, après la parution des sujets de philosophie du bac, je m’amuse à écrire des articles les concernant. Ce ne sont surtout pas des corrigés, mais de simples réflexions personnelles qu’ils m’inspirent. Je ne sais pas trop ce qu’en penserait un prof de philo : sans doute que j’ai mal appris mon cours, qui date de 70 ans, quand j’étais en terminale S, qui s’appelait à l’époque « mathélem ».
    Je commencerai par deux sujets d’ES et de T, qui sont assez voisins :

Bac ES : La raison peut-elle rendre raison de tout ?
Bac T : Y a-t-il un mauvais usage de la raison ?


    Je n’aime pas la rédaction de ces sujets, mais je pense que c’était fait exprès pour faire réfléchir : qu’est ce au juste que la raison ? C’est vague et discutable.

    On peut le prendre dans deux sens différents ::
    La raison, c’est la cause d’un phénomène, d’une action. Ce que nous donnons comme justification à nous mêmes et aux autres de nos dires ou de nos actions. Ce sont les arguments lors d’un polémique qui déterminent (ou non), qui « avait raison « .
    Mais c’est aussi une faculté, être rationnel, être raisonnable, analyser causes et conséquences avec logique. C’est un mode de pensée.
    Les deux sont liés car si l’on est rationnel, les raisons que l’on donnera devraient être mieux déterminées, mieux justifiées.

    Les raisons que nous donnons de nos idées et de nos actes ne sont pas toujours fiables, voire peuvent être erronées.
    Même si nous les avons énoncées avec impartialité, même si nous avons essayer de faire une analyse rationnelle et logique avant de les énoncer, des opinions différentes peuvent être tout autant valables.
    Une analyse part de faits, de constatations, de perceptions et chacun ne possède pas les mêmes informations que l’autre. Il faut aussi une méthode et elles ne sont pas identiques. Une raison n’a donc qu’une portée limitée propre à chaque individu.
    Par ailleurs l’analyse n’est pas forcément logique et les phénomènes analysés ne s’y prêtent pas forcément. Notre vécu, nos sentiments, nos émotions interviennent dans notre jugement et vont donc influer sur les raisons que nous donnerons. « Le cœur a ses raisons que la raison de connait pas », disait Pascal.
Aujourd’hui, les neurobiologistes diraient que le cortex préfrontal qui raisonne et est le support de la logique, est en compétition avec le cerveau émotionnel, et les deux coopèrent plus ou moins de façon prépondérante aux décisions que nous prenons.
    De plus nous pouvons être de mauvaise foi inconsciemment ou volontairement, et, dans ce cas, les raisons que nous allons donner ont toutes chances d’être faussées. Ce sera un mauvais usage de la raison, mais les actes et idées pourront dans ce cas être parfaitement rationnelles : il ne faut pas confondre raison et vérité.

    Examinons maintenant la raison en tant que « faculté de raisonnement », que mode de pensée. On dit de quelqu’un qu’il est rationnel ou qu’il se comporte de façon raisonnable, c’est à dire conforme à la raison.
    Là encore il ne faut pas confondre avec la vérité ou la morale. Il s’agit en fait d’un mode d’analyse et de décision. Il s’agit de la façon d’analyser les données dont on dispose pour prendre des décisions, ou ériger des règles, des théories et comprendre les phénomènes.
    Remarquons d’abord que nous ne sommes pas égaux devant ce problème au plan biologique et psychique.
    Certains d’entre nous sont de préférence cérébrale « logique », c’est à dire que leur cortex préfrontal est prépondérant et que leurs décisions se font après une analyse logique des causes et conséquences, ou des arguments. D’autres au contaire, de préférence « valeurs », feront leurs choix plus instinctivement selon leurs valeurs et leurs goûts : leur cerveau émotionnel aura plus d’influence. Ils seront en général moins rigoureux, mais plus altruistes.
    Mais notons que la psychologie considère que ces deux modes de décisions sont rationnels.

    Mais tous les phénomènes, toutes les pensées ne sont pas non plus propres à une analyse rationnelle.
    Il est certain que les mathématiques sont le terrain de choix dans ce domaine. Les sciences expérimentales (physique ou chimie, physiologie par exemple) sont également un bon terrain, car l’hypothèse peut ensuite être vérifiée et validée par l’expérience et de plus, aujourd’hui, la simulation sur ordinateur permet de valider en partie les hypothèses faites. Certains domaines sont plus incertains, bien que scientifiques, comme la paléontologie eou la psychologie, car l’expérimental qui permet de vérifier le raisonnement rationnel est plus difficile et incertain. Cela devient encore plus difficile quand il s’agit des émotions, et par exemple de l’amour, de la beauté ou de l’art. On peut analyser les situations, mais on ne peut saisir par elle qu’une partie des problèmes.
    D’autres domaines ne se prêtent pas au raisonnement logique : Kant l’a bien montré en ce qui concerne la métaphysique dans la « critique de la raison pure », ouvrage qui, lorsque j’étais en terminale S, en 1947, ne m’a pas laissé un souvenir de lecture facile.

    Une autre différence entre les préférences cérébrales : certains de préférence « perception », accumulent les observations mais tardent à décider et remettent facilement au lendemain. Face aux événements ils ne prévoient pas et s’adaptent.
    D’autres, de préférence « Jugement », veulent anticiper sur les événements, les maîtriser et prévoir à l’avance ce qu’ils décideront. Par contre ils ont davantage de mal à s’adapter à un événement imprévu.
    Vouloir « rendre raison de tout » c’est tout vouloir ainsi maîtriser, même l’imprévu, qui pourtant est par définition imprévisible.
    C’est d’ailleurs en ce sens que l’on dit que le « risque zéro » n’existe pas.

Mardi 2 août 2016 à 9:06

Enseignement, école, fac

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     Deux de mes jeunes lecteurs trouvent exagérés mes propos sur l’enseignement et notamment l’école primaire. Ils trouvent notamment que j’exagère les bienfaits de la lecture, d’apprendre par cœur pour exercer sa mémoire et du calcul mental.

    Je pense qu’effectivement on sous-estime l’importance de la mémoire, car elle est responsable d’environ 50% de notre intelligence.
    Pour raisonner, prendre des décision, notre cortex frontal compare les situation à des situations déjà connues, avec l’aide du cerveau émotionnel.
    Dans la vie de tous les jours et dans notre métier, nous faisons appel aux connaissances que nous avons déjà emmagasinées, et nous en mémorisons en permanence de nouvelles.
    Même l’imagination et la créativité sont tributaires de la mémoire. Il ne faut pas croire que l’on crée ex-nihilo. Inventer du nouveau, c’est simplement rapprocher des éléments que nous avons en mémoire et que d’autres n’ont pas réunis.. C’est agencer différemment des éléments existants.
    Lorsqu’on nous fait apprendre par cœur, ce n’est pas le plus souvent ce que nous apprenons qui est important, c’est de s’exercer à retenir. A l’origine nous n’avons que des mémoires médiocres et c’est en les entraînant qu’elles deviennent performantes.

    A coté des mémoires à long terme, perceptive, épisodique, lexicale, déclarative, nous avons des mémoires à court terme, qui servent à stocker provisoirement des élément qui nous servent temporairement, en vue de réflexion, de décision, d’action…
    Ces mémoires très importante n’ont qu’une capacité limitée et leurs temps d’accès peuvent être assez longs si nous nous en servons peu.
    Le calcul mental est un excellent moyen pour entraîner ces mémoires tampons à court terme.
    En outre, sur le plan des mathématique l’habitude du calcul mental oblige à avoir une notion de la « grandeur » des chiffres, notamment de la place des décimales, et par la suite, en physique, (et dans la vie de tous les jours), cela nous évite des erreurs grossières d’un facteur 10 ou 100, que l’on commet si on ne fait pas attention ou si on se sert mal d’une calculette ou d’un tableur.

    Quant à la lecture c’est primordial à plus d’un titre.
    D’une part c’est essentiellement en lisant que l’on acquiert des connaissances de toutes sortes, et que l’on cultive sa mémoire déclarative.
    Mais il y a d’autres retombées : lire oblige à une réflexion et une analyse qui permettront, en plus, d’améliorer la capacité de réflexion et de compréhension.
    Lire permet d’acquérir du vocabulaire, l’orthographe correspondante, mais aussi, si on lit certains auteurs d’acquérir une meilleure façon de s’exprimer, un meilleur niveau d’écriture.
    Toutefois toutes les lectures n’ont pas la même qualité. Dans la lecture dite « rapide », dont on peut apprendre la pratique et qui consiste à lire d’un même regard tout un morceau de ligne, comportant plusieurs mots, l’effort du cerveau est presque inconscient, impulsif, à peine plus exigeante qu’un simple décodage des mots, et on ne retient qu’un aperçu du texte.
    C’est très utile pour faire par exemple un tri de courrier ou de textes, pour séparer ceux que l’on veut relire de ceux que l’on estime peu importants.
    Mais on peut négliger des points importants et, si on veut profiter de sa lecture, il faut alors refaire ce que les linguistes appellent une lecture « immersive », qui appelle notre attention sur la succession des mots et l’analyse du sens des phrases.
    Lire, que ce soit dans des livres ou sur une tablette, de façon attentive est un exercice qui perfectionne notre mémoire, notre imagination, notre capacité de réflexion et d’analyse, notre écriture, et notre façon de nous exprimer et de communiquer.
    De plus, si nous lisons des ouvrages ou articles variés sur un sujet donné, cela nous permet de confronter les idées de divers auteurs et donc d’ouvrir notre esprit su ce sujet, en évitant donc d’avoir une vue trop étroite ou trop sectaire de la question.

    Je continue donc de penser qu’on ne cultives plus assez ces aspects à l’école primaire, puis au lycée, et qu’ainsi on contribue moins à développer l’intelligences des enfants et des jeunes;

Samedi 9 juillet 2016 à 10:10

Enseignement, école, fac

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      Une de mes correspondante qui doit être professeur des Ecoles, me dit qu'elle est assez d'accord avec les critiques des réformes de l'enseignement que j'ai faites dans mes articles, mais que c'est facile de critiquer. Qu'aurais-je fait à la place de Monsieur Benoit Hamon?
Je vais essayer de répondre, mais évidemment je n'ai pas tous les documents du dossier que possède le ministre et donc ma réponse ne peut être que personnelle.

       Je suis d'accord sur certains points de la réforme ou sur les commentaires correspondants du ministère.
       Je pense que l'école doit s'adapter à l'évolution de la société et qu'il est donc normal que le week-end soit libre, aussi bien pour les enseignats que pour les parents des enfants.
        Je suis aussi d'accord sur le rétablissement du mercredi matin, car le nombre d'heures d'enseignement, ou bien devnait trop faible, ou bien surchargeait les journées.
        Egalement sur le fait que les enfants ne peuvent pas être attentifs tout le temps et qu'il y a des périodes de la journée plus propices aux cours essentiels. Je pense aussi que la rentrée ne doit pas être trop matinale  (8h30 ou 9h), que maintenant la plupart des élèves mangent à la cantine, et qu'il faut garder les élèves au moins jusquà 17H, pour ne pas poser des problèmes insolubles aux parents.

         Mais s'il faut davantage solliciter les élèves à certaines heures, ce n'est pas pour mettre n'importe quel enseignement aux autres heures. 
         Là où je ne suis pas du tout d'accord avec le ministre, c'est d'avoir institué, pour reposer les élèves, de nombreuses activités qui ressemblent plus à des jeux ou à de la garderie d'enfants, sous le prétexte fallacieuxd'ouvrir les enfants à des cultures diverses. Non seulement cela ne sert pas à grand chose au plan de l'enseignement, mais de plus cela coûte très cher aux communes, à un moment où l'argent est rare et où, de plus, l'Etat baisse ses subvention. C'est à mon avis un manque de bon sens de la part du ministre et de son entourage.

                                    Quel est le rôle de l'Ecole Primaire ?

Son premier rôle est à mon avis d’apprendre le français aux enfants : lire, écrire, comprendre ce que l’on lit, écrire avec une bonne orthographe, apprendre du vocabulaire et sa signification précise ou multiple. Savoir écrire à la main : le clavier ce sera pour plus tard.

Son second rôle est de donner les bases du calcul : faire comprendre la numération décimale, apprendre à compter, apprendre les 4 opérations et rendre leur usage aussi automatique que faire du vélo ou nager, acquérir un automatisme pour les tables d’addition et de multiplication, donner des notion s élémentaires de géométrie, et apprendre à calculer des grandeurs utiles dans la vie courante : heures, périmètres, surfaces volumes, contenances, masses et plus généralement du système métrique. Entrainer au calcul mental (bannir la calculette avant le collège)

Troisième rôle connexe , former le raisonnement logique. C’est bien sûr l’analyse logique pour résoudre des problèmes qui est le principal outil, mais l’annalyse syntaxique et grammaticale est aussi un moyen complémentaire efficace.

Quatrième rôle : former la mémoire. La mémoire, c’est la moitié de l’intelligence. Certes certains enfants sont un peu plus doués, mais sans la faire beaucoup travailler, la mémoire ne se développe pas. Il faut l’exercer en permanence.

Cinquième objectif : donner de nombreuses explications sur notre environnement.  En quelque sorte de la physique-chimie ou du SVT simplifié, et très pratique. Autrefois on appelait cela des « leçons de choses ». Ce titre n’était pas très parlant, mais il s’agissait des choses de la vie courante en société et sur terre.

Cet enseignement très pratique avait un sixième objectif, celui de développer la curiosité intellectuelle des enfants et de leur donner un esprit pratique.

Septième objectif, essentiel pour leur avenir : leur donner l’habitude du travail et de faire attention. Pour cela il faut les intéresser.

Enfin bien sûr il faut les habituer au dialogue et aux relations humaines, mais ce n’est possible que si l’on a acquis au préalable une bonne maîtrise de la langue française.


Comment atteindre ces objectifs ?


Il faut d’abord être conscient que le mécanisme d’apprentissage du cerveau, c’est le renforcement des connexions entre groupes de neurones par la répétition


Donc l’enseignement ne peut se faire, surtout au primaire que par la répétition des exercices. Il faut faire varier les exercices pour qu’il n’y ait pas lassitude, il faut trouver des méthodes pour intéresser les enfants et aussi leur donner envie de réussir.


Le deuxième point général pour lequel je suis à l’opposé du ministère, c’est la répartition des élèves. D’une part tous les élèves ne sont pas doués pour les mêmes choses et d’autre part le milieu familial et son éducation interviennent. Il n’y a pas égalité des chances et le système actuel qui repose sur cet axiome faux, est donc erroné.

Il faut faire au moins trois groupes d’élèves bons, moyens et moins bons. Aux premiers il faut donner du travail supplémentaire, aller plus loin dans les explications, pour qu’ils ne s’ennuient pas et aient de meilleurs résultats. Aux moins bons il faut davantage expliquer, aller plus lentement, faire du rattrapage pour qu’il puissent suivre suffisamment.

On peut demander aux meilleurs d’expliquer aux moins bons en dehors des heures de cours : cela sera bénéfique pour tous. Il faut les appeler au tableau pour qu’ils répètent le cours ou les exercices.


Et en pratique quels programmes ?


Je ne crois pas aux miracles, ni au dogme que les moyens électroniques doivent révolutionner l’enseignement primaire.

La mémoire de l’écriture est en partie manuelle ainsi que celle de l’orthographe. Au primaire il faut écrire à la main.

De même il faut faire les opérations avec son cerveau et à la main : la calculette doit être bannie.

Pour apprendre du vocabulaire, et  l’orthographe, pas d’autre solution que de lire beaucoup (aux professeurs de varier les textes), et de faire des dictées tous les jours..

Pour apprendre le calcul, il faut apprendre les tables par coeur jusqu’à ce que ce soit devenu un automatisme, et quand on a fait 500 multiplications et divisions, on sait les faire et on n’oublie pas.

Des exercices simples permettent d’appliquer et de comprendre les méthodes. Ainsi pour comprendre la règle de trois (aujourd’hui des « proportions multiples » !), on peut convertir des monnaies, calculer des temps de voyage en voiture, ou mesurer la hauteur d’un arbre en visant son sommet, celui d’un piquet et en mesurant des distances horizontales…. Et aujourd’hui où l’on connaît les organigrammes informatiques, l’analyse des problèmes de mathématique simples serait un excellent exercice de logique, car le raisonnement doit s’apprendre très jeune, pour devenir une habitude.


Pour exercer la mémoire, pas d’autre solution que d’apprendre par cœur : des règles, des définitions, des poésies. C’est aussi d’apprendre des raisonnements, des notions plus compliquées où on ne retient pas le mot à mot.


Autrefois on nous expliquait en « leçons de choses », maints événements naturels : le vent, la pluie, la neige, la glace, la vapeur d’eau et les nuages, la grêle,  la foudre (et on savait qu’il ne fallait pas se mettre sous un arbre, ou debout au milieu d’une prairie ou d’une place), les tremblements de terre, le soleil, la lune, les marées, les éclipses, les étoiles, les volcans. Il n’y avait pas encore le réchauffement climatique, mais cela peut s’expliquer simplement.

On apprenait un peu de physique et de chimie : la température, la pression, la pesanteur, la chute des corps, les vases communicants, les trains, les bateaux, les ballons et les avions, des explications simples sur les moteurs à explosion, les dangers de l’électricité, des produits chimiques ménagers, quelques notions simples sur les animaux et sur les microbes.

On apprenait à faire des mesures simples : longueur, avec un mètre, diamètre avec un pied à coulisse, masse avec une balance, capacité avec des boites dont on repérait les contenances, vitesse avec un chronomètre. On nous expliquait aussi ce qu’était le compteur électrique, le volt et l’ampère

Ce n’était que des notions pratiques, mais celles qui servent dans la vie de tous les jours. En fait c’était passionnant et tous les élèves s’y intéressaient.


Bien sûr un cours de dessin et de musique et une séance d’éducation physiques sont des variantes utiles aux heures où l’attention est moins facile, mais il n’y a pas un temps suffisant pour des jeux hors récréations, et pour des activités de toutes sortes, onéreuses par ailleurs.


 

J’ai suivi les études de mes enfants et de mes petits enfants, j’ai souvent aidé de jeunes correspondants, et je pense que l’enseignement qu’on reçoit au primaire est la base de tout ce que l’on fera par la suite dans ces études, mais même dans sa vie.


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