Dimanche 24 août 2014 à 8:14

Notre cerveau : intelligence; langage

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    J’ai lu un compte rendu de recherche intéressant concernant la dyslexie.

    Savez vous ce qu’est ce trouble, qui rend l'enfant presque incapable malgré son adaptation à la classe, d'apprendre à lire, à écrire, à s'exprimer oralement.
    Il peut apparaître dans les premières années de vie, lorsque vers 3/4 ans, l’enfant fait de fréquente erreurs d’élocution des mots, mais le plus fréquent est l’apparition de difficultés au CP lorsque l’enfant apprend à lire.
    L'enfant confond alors à la lecture, certaines lettres de formes voisines ou proches phonétiquement; il inverse l'ordre des lettres, de certaines syllabes, de certains mots; il omet certains sons, ou en ajoute d’autres. Ces confusions ne sont pas systématiques et selon les moments, l'enfant peut lire correctement ou effectuer ces erreurs.
    Dans les cas sérieux, la lecture est hachée, hésitante, incompréhensible. L'enfant ne réussit pas à transformer les symboles écrits en phonèmes.

    Les raisons peuvent être diverses :
          - Ce peut être un manque d’attention, mais alors cellui-ci intervient aussi dans d’autres apprentissages.
          - Un environnement socioculturel et économique défavorable peut intervenir, mais agit également dans d’autre domaines.
          - Une lésion mineur du cerveau, essentiellement des centres de la parole.
          - Un déficit intellectuel, mais il a des répercussions autres.
          - Des méthodes d’apprentissages de la lecture inadaptée (méthode globale seule).
          - Des troubles psycho-affectifs, mais ils peuvent être décelés par ailleurs.
           - Des anomalies oculaires, notamment un trouble de la vision binoculaire ou des saccades oculaires.
          - Des troubles de l’audition, mais le langage est alors perturbé aussi au niveau oral.
          - Un trouble de l’élocution au niveau de l’émission des sons.
    Il est donc nécessaire d’effectuer notamment des examens oculaires et auditifs.

    En général on réserve le terme de dyslexie à des défauts chez un enfant intelligent qui a des résultats convenable dans d’autres matières, et qui ne souffre pas de  troubles psychologiques. Toutefois l’échec ressenti dans l’apprentissage de la lecture peut déclencher de tels troubles.

    Souvent la dyslexie est suivie de dysorthographie.
    Ce terme désigne les erreurs orthographiques qui font suite à la dyslexie. Elle se manifeste non par l'ignorance d'une règle grammaticale mais par la difficulté ou l'impossibilité de considérer la phrase comme un ensemble organisé.

    Pour beaucoup d’enfant le trouble de dyslexie n’est pas trop important et on arrive à le réduire et même l’éliminer grâce à des stimulations spécifiques des sons et de la vue des mots : stimuli de voix humaine ou de musique enregistrés sur bande magnétique, des stimulations de coordination des rôles respectifs de chaque hémisphère en donnant la même information aux deux oreilles avec des filtres différents, des stimulations grapho-auditives, dictées spéciales de mots voisins de ceux sur lesquels l’enfant fait des erreurs.…

    L’étude que j’ai lue, a été menée par des équipes de l’INSERM, du CNRS, de l’EHESS et de l’Ecole Normale Supérieure, sur des enfants atteints de fortes dyslexies, en analysant tout le système d’écoute et d’interprétation des sons.
    Les chercheurs ont observé les oscillations électriques produites par chaque hémisphère cérébral en réponse à des sons de différentes fréquences.
    Chez les sujets non dyslexiques, le cortex auditif gauche réagit en émettant des oscillations électriques à un rythme de 30 à 40 par seconde, ce qui correspond à la fréquence des phonèmes, et le cortex auditif droit à 4 à 5 hz, au rythme des syllabes.
    Chez les enfants dyslexiques, le cortex gauche oscille à 50 Hz, très au dessus du rythme des phonèmes, donc sans lien avec le langage, et le droit oscille à 30 Hz.
    De plus à 50 Hz, il semble que l’analyse des données sonores à cette fréquence de 50 Hz sature probablement la mémoire de travail des enfants.
    La lecture est alors perturbée, car elle suppose de savoir découper mentalement les sons de la parole. Ces anomalies pourraient être d’origine génétique,
    Ces études seront poursuivies pour connaître leur degré de généralité.
    De telles observations pourraient conduire à distinguer plusieurs types de dyslexie, certains sujets présentant un défaut très net de la répartition des tâches entre les hémisphères droit et gauche, et d’autres beaucoup moins.

Mercredi 12 mars 2014 à 8:22

Notre cerveau : intelligence; langage

J’ai fait d’assez nombreux articles sur la compréhension et la production du langage (voir notamment sur mon blog les articles des 8 août et 25 novembre 2007), et d’autres sur la mémoire, mais je n’ai pas jusqu’à présent associé les deux comme l’a décrit un neurologue éminent, le docteur P Verstichel, du Centre hospitalier de Créteil, qui a écrit des livres très intéressants sur le fonctionnement du cerveau humain, en étudiant notamment le cas d’un malade A.M. qui avait des troubles du langage.

    Un bref rappel du rôle des centres du cerveau qui interviennent dans le langage, la lecture et l’écriture, et la parole :

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    Lorsque nous écoutons quelqu'un, l'oreille transmet les sons à l'aire auditive, qui les analyse et, lorsqu'il s'agit de mots (ou de sons apparentés), les signaux sont transmis à l'aire de Wernicke qui va reconnaître s'il s'agit de langage et le décrypter en partie. Elle se met en relation avec l'aire de Geschwind pour en comprendre la signification.
    L'aire de Geschwind est en quelque sorte la “mémoire des mots”. Elle est pour cela en relation avec de nombreux neurones du cerveau qui sont des relais de la mémoire. Elle sait appréhender les multiples propriétés d'un mot : son, aspect visuel, sa fonction, son nom, sa signification...etc. Elle aide ainsi le cerveau, et notamment l’hippocampe et le cortex préfrontal,  à classifier et à étiqueter les choses, une condition préalable pour former des concepts et une pensée abstraite.
        Lorsque nous lisons, ce n'est plus l'aire auditive qui intervient mais les aires visuelles,  situées à l'arrière du cerveau. Le mécanisme est ensuite analogue.
        Enfin lorsque nous voulons parler, c'est encore le centre de Wernicke qui élabore le message. Mais il ne sait pas le transmettre à nos lèvres. De même quand nous voulons écrire, il recherche les mots correspondant aux idées mais il ne sait pas commander nos doigts. En fait il ne sait même pas organiser les mots en phrases
        L'aire de Wernicke “comprend donc le langage” et rassemble en liaison avec l’aire de Geschwind, les mots de messages à partir des idées transmises par le cortex frontal.
    Pour parler, pour écrire, l'aire de Wernicke a besoin de l'aire de Broca.

        Celle ci va utiliser grammaire et la syntaxe et mettre les mots en phrases, puis elle va commander les muscles de la parole ou de l'écriture, par l'intermédiaire du cortex moteur primaire. Une personne dont l'aire de Broca est lésée, comprend le langage écrit et parlé, mais ne peut plus s'exprimer ou émet une suite de mots sans liens entre eux.
       Donc, l'aire de Broca “organise le langage et commande son expression orale ou écrite” par les cordes vocales ou la main, par l'intermédiaire de centres moteurs situés dans le cortex sur le dessus du crâne.

    En ce qui concerne la mémoire, il faut que nous rajoutions un centre qui va jouer un rôle pour assister Wernicke et Geschwind afin de conserver quelques instants le son des mots : c’est le gyrus supramarginal de l’hémisphère gauche; (voir schéma).
    Supposons qu’on vous donne au téléphone une adresse que vous voulez noter, et vous devez la garder en mémoire le temps de trouver votre calepin, votre téléphone ou votre ordinateur.  Cette opération va se décomposer en plusieurs étapes.
    Les sons du langage, activent d'abord I'aire auditive primaire et le centre secondaire d’interprétation, à droite comme à gauche (le centre auditif  interprète les son des deux oreilles).
    Le centre suppose qu'il s'agit de langage et les sons sont alors transmis à l'aire de Wernicke et reconnus comme des éléments linguistiques.
    Puis, de façon automatique, le gyrus supramarginal gauche s'active et maintient les sons entendus sous leur forme auditive pendant quelques secondes. Cette zone joue le rôle d'une boîte de stockage éphémère et n’a qu’une capacité limitée. Elle peut en effet contenir au maximum environ sept éléments monosyllabiques, pendant une durée maximale de deux ou trois secondes. Au terme de ces quelques secondes, les sons s’effacent.
    Comme vous mettrez plus de temps pour trouver votre calepin, le temps de vie élémentaire des mots dans le gyrus supramarginal n'est pas suffisant, et un autre système cérébral doit intervenir pour maintenir ces sons sous forme active en mémoire : c’est la mémoire tampon sémantique (il y a une autre mémoire tampon pour les images).
    Là c’est un processus volontaire et c’est le cortex préfrontal qui déclenche et contrôle l'opération, mettant en jeu les aires du langage, et notamment l'aire de Broca responsable de la programmation de l'articulation du langage. En pratique, nous nous mettons alors à répéter mentalement l’adresse entendue, ce qui permet de raviver en permanence les sons dans le gyrus supramarginal, prolongeant d'autant le temps de vie élémentaire des mots, assez longtemps pour noter l’adresse.
    Tout s’efface ensuite automatiquement.

    Le cas d'un patient que j'appellerai A.M. est intéressant car, suite à un accident vasculaire, son gyrus supramarginal était détruit.
    Si on lui faisait lire des mots sur des cartes différentes, lues une par une et cachées ensuite, en lui demandant de citer les deux mots qui par exemple rimaient, il ne pouvait le faire car il ne pouvait conserver le son des mots assez longtemps en mémoire.
    Par contre si on lui demandait de trouver les deux mots qui avaient une signification voisine, il savait le faire, car ce n’était pas les sons qu’il fallait retenir mais les sens des mots.  Intervenaient alors Wernicke, Geschwind, la mémoire tampon sémantique, et une région du cerveau qui intervient dans la mémoire sémantique dite « déclarative », qui classe toutes les notions que nous avons apprises de façon logique et reliées entre elles.
    L’opération était possible car la mémoire tampon sémantique peut enregistrer environ six à huit mots ou groupes de mots. Si l’on avait donné à AM une douzaine de cartes, l’opération n’aurait pas été possible, du moins simplement.

    On cite toutefois le cas l’allemand Boris Konrad qui a mémorisé 255 mots aléatoires présentés pendant l5 minutes, et les a tous restitués sans erreur. Ce type d’exercice ne mobilise pas la mémoire à court terme, mais fait intervenir des stratégies mnémoniques complexes,     associant par exemple les mots à des lieux ou des emplacements connus, plus généralement à des repères qui ont entre eux un lien qu’on a déjà mémorisé.

    Maintenant vous savez comment retebnir quelques secondes un numéro de téléphone lol
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Samedi 8 février 2014 à 7:45

Notre cerveau : intelligence; langage

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    J’ai lu un article intéressant de Patrick Bonin, sur le choix des mots dans notre langue, lorsque nous parlons ou voulons exprimer une idée.
    Lorsque nous nous exprimons, nous n’utilisons pas au hasard les mots, mais nous les choisissons en fonction de ce que nous voulons dire, selon leur signification, mais aussi les nuances de celles ci.
    Par exemple nous pouvons employer les mots « réunion » ou, « assemblée, , colloque, comité, congrès, débat, meeting, séance, séminaire, session, symposium…. »,
mais aussi dans un tout autre sens « adjonction, association, jonction, agrégation, agglomération,rassemblement, jonction…. », et j’en oublie sûrement.
    Pourtant nous choisissons dans cette multitude et nous avons le choix, car un homme instruit et cultivé connaît entre 50 000 et 100 000 mots.
    cela nous vient naturellement, sauf parfois (et plus souvent en vieillissant), nous avons un mot « sur le bout de la langue » et nous le retrouvons tout à coup qund un autre mot amorce cette restitution.

    Des mesures en laboratoire ont montré que dénommer un objet à partir de la présentation d'un dessin de cet objet prend entre 0,6 et 1,2 seconde en moyenne.
    Les chercheurs en psycholinguistique cognitive pensent que sélectionner un mot pour exprimer une idée est un processus qui se réalise en plusieurs étapes ou niveaux de traitement mental.
    Dans un premier tremps on définit ce qu’on veut dire, le message et ses différents aspects, les idées à communiquer.
    Puis on met sur pied la phrase avec les mots en fonction de leur sens. La troisième étape est grammaticale : choix du genre du mot, de la conjugaison du verbe…
    Le cerveau cherche alors les sons (les phonèmes) pour les divers mots, puis vient en dernier la commande vers les organes qui vont les prononcer.
    La vitesse avec laquelle on va pouvoir coder un mot dépend de facteurs divers : le nombre de synonymes, le sens plus ou moins précis ou ambigu, la fréquence avec laquelle nous rencontrons les mots (plus on les utilise souvent, opus ils reviennent vite, et un mot jamais utilisé finit par être oublié), et l’âge d’acquisition des mots intervient aussi.
    La personne jeune retient plus facilement des mots et notions dont elle s’est beaucoup servi lors d’un apprentissage et cette aptitude décroit ensuite avec l’âge. Par exemple je me souviens encore maintenant de nombreuses formules mathématiques ou de physique dont je me suis beaucoup servi lorsque j’étais au lycée ou en classe de prépa des grandes écoles, et que j’ai fort peu utilisées ensuite dans mon métier.

    On s’intéresse évidemment à l’acquisition des langues étrangères afin de les parler couramment.
    Il y a dans l’apprentissage d’une langue trois données de natures différentes : la musique des mots et l’acquisition de l’accent de la langue, la signification des mots eux mêmes et des expressions, et l’acquisition du vocabulaire, et enfin l’usage des mots c’est à dire la syntaxe et la grammaire.

    La “musique des mots” nécessite un apprentissage de l’oreille analogue à celui d’un musicien et les neurobiologistes se sont aperçu qu’il n’était possible que chez un très jeune enfant.
    Un jeune enfant de moins de 3/4 ans possède encore assez de souplesse neurologique pour adapter parfaitement son cerveau aux sons d’une langue. Il aura alors une accent parfait dans sa langue maternelle et dans une autre langue qu’il apprendrait à la maternelle.
    Un adulte certes pourra apprendre une langue étrangère, mais n’atteindra jamais cette perfection de prononciation et d’accent.

    Le vocabulaire, la syntaxe et la grammaire sont avant tout une question de travail. Donc adulte ou enfant on peut apprendre une langue sans problème. Mais l’enfant qui a plus de plasticité neuronale (et moins de complexes quant à l’opinion d’autrui), apprendra plus facilement le vocabulaire et de façon plus instinctive, plus naturelle, même s’il fait un peu plus de fautes de grammaire.

    Chose curieuse, les neurologues ont constaté que les neurones concernés n’étaient pas les mêmes selon l’âge d’apprentissage de la langue.
    Avant deux ans, le vocabulaire (les mots) sont associés à des images et les neurones concernés sont donc classés presque en fonction de la date d’acquisition du mot.
    Puis quand l’enfant apprend vraiment à parler, la mémoire se réorganise et les neurones voisins concernent alors la même catégorie de mots :  les couleurs, les plantes, la nourriture, les outils, les instruments de table et de cuisine .....
    S’il apprend sa langue maternelle et en même temps une autre langue, alors les mots des deux langues concernant les mêmes objets, sont traités par des neurones voisins : en quelque sorte par exemple les dénominations des outils français et anglais sont stockés au même endroit, et les plantes en français et en anglais en un autre.
    Au contraire si l’on apprend sa langue maternelle, puis deux ou trois ans plus tard une autre langue, les vocabulaires des deux langues sont séparés : tous les mots français par un groupe de neurones et tous les mots anglais par un autre groupe, par exemple.

Dimanche 8 septembre 2013 à 8:21

Notre cerveau : intelligence; langage

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            Nous faisons tous plus ou moins des gestes. Les personnes du sud semblent en faire plus que les gens du Nord. Les extravertis se servent plus de leurs mains que les introvertis.
            Certains gestes sont universels comme montrer quelque chose avec le doigt.
            Regardez une personne qui écoute de la musique : elle bat la mesure avec ses mains ou ses pieds. Plus amusant voyez une personne en train de téléphoner : elle ponctue son discours de gestes de la main qui ne tient pas son appareil.  Arrêté à un feu rouge, je regardais quelqu'un en train de téléphoner à la terrasse d'un café, écouteurs aux oreilles (et donc en mains libres), et on aurait dit un comédien au théâtre, tellement ses deux mains exprimaient tout ce qu'elle devait dire.
 
            Les chercheurs en psychologie ont étudié l'utilisation des gestes.
            Les enfants utilisent leurs mains de façon naturelle. On leur apprend d'ailleurs ainsi au début la numération et à faire des additions, nos dix doigts étant très utiles dans un système à base dix.
            Les enfants qui cherchent à maîtriser une tâche l'indiquent par leurs gestes et les enseignants savent se servir de ces informations. Mais j'ai fait pas mal d'enseignement à des adultes et c'est même vrai pour eux, quoique plus discret.
            On peut d'ailleurs encourager les enfants à utiliser mieux les gestes et certains d'e ces gestes que l'on fera pour leur montrer une solution, les aidera à s'en souvenir.
           
            Les mouvements de nos mains indiquent nos pensées. On avance les mains quand on pense au futur, on tourne les mains quand on pense à dévisser un couvercle. Même quand nous n'expliquons pas quelque chose : nous faisons doc des gestes pour nous mêmes, pour nous aider à réfléchir.
            Et ces mouvements sont tellement naturels qu'ils sont inconscients; même une personne qui gesticule ne 'en aperçoit pas et est très étonnée lorsqu'on lui passe un film de sa conversation.
            Nous utilisons aussi inconsciemment les gestes de nos interlocuteurs pour connaître leur humeur du moment.
            Les chercheurs ont constaté, (en écoutant séparément la bande son et regardant la vidéo séparément), que parfois les gestes et la parole ne concordent pas au plan de la signification. C'est en général quand un problème se pose et que l'on est en train de le résoudre. Les gestes représentent alors une façon inconsciente de voir le problème, différemment que la réflexion utilisant le langage. Faire des geste représente des connaissances implicites et aide à les rendre conscientes.
         Des études ont été faites pour utiliser les gestes pour mieux enseigner l'abc des mathématiques à des enfants de CP et de CE1; on a constaté que l'on pouvait accélérer les apprentissages; mais à l'inverse, un geste non approprié peut par contre, aussi induire en erreur.
            Il semble que les gestes aident à mémoriser la résolution d'un problème difficile et qu'ils soulagent donc le cerveau de certaines tâches, lui permettant de se consacrer à l'essentiel.
 
            Mais les gestes ont une utilité certaine lorsqu'ils suppléent à un sens, par exemple chez les aveugles.
            Et j'ai eu l'occasion de participer à une expérience avec des chimpanzés, pour lesquels on étudiait l'influence de l'environnement sur des tâches intelligentes. Il était très difficile de savoir quelle était l'évolution de leur esprit, lorsqu'on se contentait de situations où des réflexes conditionnés, type Pavlov peuvent intervenir.
            On leur avait donc appris à s'exprimer en appuyant sur des touches d'ordinateur, sur lesquelles étaient dessinés des idéogrammes, et qui représentaient des noms ou des verbes (des actions), des personnes, et quelques adjectifs. On avait réussi à établir une certaine communication sur les actions courantes, mais ce type de dialogue était assez limité.
            Des essais américains (dans les années 1970, sur les gorilles Koko et Michaël), ont suggéré aux vétérinaires de l'animalerie, de leur enseigner le langage des signes : celui des sourds muets. Cela a été relativement long, mais couronné de succès. Les singes et notamment une guenon, arrivaient à faire des phrases avec sujet, verbe et complément, voire un adjectif. La guenon à qui on donnait des robes, et on avait appris à se regarder dans un miroir, avait fini par apprendre le sens du mot beau, ce qui est une notion très abstraite. Elle a dit "tu es beau", à un de ses soigneurs, un jour où il était bien coiffé, alors qu'il avait habituellement les cheveux longs et la coiffure "en pétard".
            Ces chimpanzés maîtrisaient plusieurs centaines de signes.
            Et quelle a été notre stupeur, quelques années après, quand cette guenon, ayant mis au monde de petits singes, s'est mis à leur apprendre le langage des signes, par exemple pour demander à manger !
            Mais ne nous faisons pas d'illusion, on n'a jamais vu de singe raconter des histoires.
 
            Nota : en fait il semble que les singes supérieurs aient un centre de Broca qui leur permet de concevoir des mots. Ils ne parlent pas parce que leur configuration de gorge et de palais ne leur permet pas de moduler les sons comme les hommes. Ils ont notamment un larynx trop haut, ce qui les empêche d'articuler les sons.
 
 

Lundi 8 juillet 2013 à 8:36

Notre cerveau : intelligence; langage

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            Quels sont les défauts de la parole qui nécessitent des soins ou le recours à un orthophoniste ?
 
            Les enfants, lorsqu’ils apprennent à parler, ont souvent divers défauts de prononciation temporaires qui n’ont pas grande importance, dans la mesure où leurs parents corrigent l’erreur qui disparaît peu à peu : par exemple les sons ch et j qui se transforment en s et en z. (un seval zaune).
            Ces défauts disparaissent au plus tard entre 4 et 5 ans. Au delà, il faut effectivement comprendre l’origine de ces défaut pour y remédier.
De même il faut à partir de six ans examiner s’il existe des retards à l’acquisition du langage écrit et en chercher les causes à partir de 7 ans.
           
            Les troubles de la parole sont des dysphasies, et ceux du langage écrit des dyslexies.
            Au plan du langage oral, l’enfant peut avoir des troubles modérés qui sont des défauts de prononciation de certains mots : l’un des plus courants est « pestacle » à la place de spectacle.
Normalement si les parents ou personnels des crèches reprennent l’enfant, ces erreurs disparaissent. On peut aussi constater un retard d’assimilation du langage oral.
            Les bilans orthophonistes permettent de déterminer si les erreurs sont dues à un défaut de l’audition, un défaut de prononciation, une insuffisance d’apprentissage, un problème cérébral (rare à ce niveau), voire un mode de représentation particulier des mots et objets.
 
            Plus graves sont les troubles de l’expression et de la compréhension, qui ne disparaissent pas et risquent d’avoir des répercussions sur l’apprentissage scolaire.
            Cela peut concerner le vocabulaire, (et donc en partie la mémoire), mais aussi la construction des phrases (utilisation des noms, verbes, compléments, adjectifs…) ou la syntaxe des phrases entre elles. Egalement certaines difficultés avec lles relations spatiales ou temporelles ou certaines notions abstraites.
            Au niveau de la lecture, la mécanique de déchiffrement peut être ou non perturbée, mais elle peut être bonne et que par contre la compréhension ne suive pas. Cela peut provenir d’une correspondance entre sons et lettres qui se fait mal, mais aussi à des troubles plus profonds. Ces difficultés proviennent le plus souvent de problèmes au niveau cérébral.
            Les maladies autistiques peuvent en être une cause.
            Le diagnostic est en général assez difficile et il peut y avoir des causes externes au système cérébral de la parole, par exemple au niveau de la mémorisation de certains types de pensées, voire une intervention du cortex frontal inadéquate dans l’apprentissage.
            Un enfant peut par exemple être doué pour mémoriser des phrases (des poésies, une pièce de théâtre, des listes de mots…), mais avoir beaucoup de mal à mémoriser des concepts logiques., abstraits ou mathématiques.
 
            Chez les adultes, les défauts de langage sont souvent la conséquence d’un accident vasculaire cérébral (ou d’une tumeur).
            Les accidents vasculaires cérébraux correspondent à un arrêt de l'apport de sang au tissu neuronal environnant, lequel est partiellement détruit.
             La cause peut être une obstruction (infarctus) d'un vaisseau sanguin par un caillot ou une plaque d'athérome, (un dépôt graisseux sur la paroi artérielle), une hémorragie cérébrale due à rupture d'un vaisseau sanguin (rupture d’anévrisme)) ou une compression par un œdème ou une tumeur.
            Les troubles associés peuvent être de différentes natures, et leur intensité dépend de l'étendue de la lésion cérébrale. Les zones voisines sensitives ou de commande motrices peuvent être touchées, entraînant des absences de sensations ou des paralysies.
            Les scanners cérébraux permettent de localiser la lésion, et l’on essaie de rétablir la circulation en fluidifiant le sang et en essayant de dissoudre le caillot.

            Heureusement le cerveau est très adaptatif et plastique, des nouvelles connexions et synapses prenant le relais de celles détruites.
            Une personne de ma famille a été victime d’une rupture d’anévrisme, au dessus du centre de Broca dans la zone de commande motrice de la parole et au voisinage des zones d’interprétation du toucher.
 
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            Elle lui a été impossible de parler pendant une dizaine de jours, puis l’usage de mots simples est revenu. Ensuite, chaque fois qu’il fallait dire un mot qui n’avait pas été prononcé depuis l’accident, la personne butait sur le mot. Elle l’épelait, le prononçait syllabe par syllabe, puis en entier. Et le mot était à nouveau acquis définitivement. A force de parler et de faire des mots croisés, tout e vocabulaire a été récupéré en six mois, un an pour des mots peu utilisés.
            Le cerveau est un organe extraordinaire et mystérieux

Dimanche 7 juillet 2013 à 7:49

Notre cerveau : intelligence; langage

            Je pensais aujourd’hui vous parler des troubles du langage, mais des questions m’ont été posées par mail, sur le mécanisme de la parole et je pense qu’il est préférable de traiter cette question avant l’autre.
 
            La parole humaine est un mécanisme très compliqué, qui met en jeu des organes complexes et c’est pour cela que les animaux, même s’il comprennent en partie le langage et pourraient imaginer les mots appropriés, (comme les chimpanzés), ne sont pas capable de parler, mais peuvent s’exprimer si on leur enseigne le langage des sourds-muets.
            Je me servirai pour vous l’expliquer de schémas parus dans des articles de Stéphanie Borel, médecin orthophoniste à l’hôpital Beaujon de Clichy.
 
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            Pour parler, il faut avoir de l’air dans nos poumons car ils servent alors de soufflerie, comme dans un orgue. On parle en expirant de l’air.
            Dans le larynx, l'air expiré fait vibrer la muqueuse des « plis vocaux », encore nommés cordes vocales. La fréquence moyenne de vibration des plis vocaux dépend de leur masse, laquelle est liée à l'âge et au sexe. (voir la photo ci contre à gauche).
            Les pl[s vocaux sont ouverts lors de la respiration, laissant passer I'air librement.
Lors de la phonation, les plis se rapprochent. La pression de I'air sous la glotte fermée augmente, les plis vocaux sont repoussés vers le haut, ils finissent par s'écarter et I'air s'échappe, ce qui crée une dépression entre les deux plis qui se rapprochent brusquement. La pression sous les plis augmente, de sorte qu'ils finissent par se séparer et le cycle recommence.
 
            L’articulation de la parole met en jeu ensuite la langue, les lèvres, le voile du palais, et même les dents en tant qu’obstacle, et le passage de l’air (ou non) par les fosses nasales (voir la figure ci contre à droite).
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            Les ondes de pression acoustiques ainsi créées sont amplifiées par le conduit vocal et les différentes cavités de résonance. Les parties fixes (dents, palais) et mobiles (langue, lèvres, voile du palais, luette) modulent les sons émis en phonèmes.
 
             Par ailleurs la parole normale utilise la contraction pulmonaire au niveau du diaphragme, mais l’utilisation de la partie supérieure des poumons modifie considérablement la pureté de la voix.

 
            L'ensemble des sons de la parole, (ou phonèmes), est propre à chaque langue.
            En français, les voyelles se distinguent par le degré d'ouverture de la mâchoire, la position de la langue, l'arrondissement ou l'étirement des lèvres et le passage ou non de l'air par les fosses nasales.
            Les consonnes sont caractérisées par le flux continu ou discontinu de l'air, le passage (ou l'absence de passage) de l'air par les fosses nasales, l'articulation de la mâchoire, la vibration ou non des plis vocaux.
             Pour imager cela, ci dessous, les schémas correspondant à 3 sons particuliers :

            Le cerveau intervient évidemment de façon importante, surtout au moment de l’apprentissage de la parole. Lorsqu'un son est émis, il est contrôlé, voire corrigé, écouté d’abord par le système auditif, interprété par le centre de Wernicke, reprogrammé éventuellement par le centre de Broca, qui commande ensuite des centres particuliers des « mouvements précis », qui coordonnent ensuite les ordres émis aux divers muscles


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            La parole produite est modulée par la « prosodie », caractérisée, notamment, par l'accentuation, l'intonation, le rythme et la qualité de la voix (force, fréquence…). La prosodie permet d’exprimer des expressions et des émotions. (interrogation ou affirmation, la joie, la peur, l’ironie, la colère….).
            Chaque individu a son propre timbre vocal que l'on reconnaît , comme on reconnaît un visage, si on l'a déjà entendu. Par ailleurs, on devine au timbre d'une voix les émotions éprouvées par la personne qui parle.
 

Vendredi 5 juillet 2013 à 8:57

Notre cerveau : intelligence; langage

Le schéma du cerveau mis hier sur mon article m’a valu deux questions de correspondantes :
            Le schéma correspondait essentiellement à l’hémisphère gauche, dans lequel sont les centres de Broca et de Wernicke qui contrôlent parole et écriture.
            Et l’on me demande : « quels sont les rôles des hémisphères droit et gauche dans le langage et la communication ?
 
            Un peu d’anatomie d’abord pour comprendre la suite :
 
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            La communication entre les deux hémisphères cérébraux est rendue possible par des faisceaux d'axones, ou commissures, qui relient entre eux des neurones de chacun des deux hémisphères. La plus volumineuse, appelée corps calleux, est composée d'environ 200 millions d'axones qui passent d'un hémisphère à l'autre. (voir le schéma ci contre).           
            Le corps calleux permet à chaque hémisphère d’exercer une action excitatrice ou inhibitrice sur l’autre hémisphère et donc d’échanger des informations, de provoquer ou d’inhiber des actions.           
            Dans les années 1950, l'équipe de Roger Sperry a découvert que le sectionnement du corps calleux chez le chat ou chez le singe n'a curieusement pas d'effets notables sur le comportement de l'animal. Quelques expériences particulieres ont montré que ces animaux réagissaient parfois comme s'ils avaient deux cerveaux.
            Cette absence de déficits majeurs chez l'animal au corps calleux sectionné a incité les chirurgiens à opérer ainsi certains patients dont les crises d'épilepsie sévères et fréquentes étaient prohibitives. Le foyer épileptique de certains de ces patients étant localisé dans un seul hémisphère, l'opération de sectionnement du corps calleux empêchait avec succès la propagation de la crise d'épilepsie à l'autre hémisphère. Ces individus au " cerveau divisé " retrouvaient alors une vie convenable et, comme les animaux au cerveau divisé, ne montraient pratiquement pas de séquelles à la séparation de leur cerveau dans la vie de tous les jours.

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            Jusqu’à ce que un collaborateur de Sperry, Michael Gazzaniga réalise certaines expériences notamment sur les conséquences sur le langage.
            Les expérimentations consistaient à faire en sorte que des stimuli ne parviennent qu'à un seul hémisphère pour voir comment cet hémisphère réussit seul à traiter les divers stimuli.
            Gazzaniga demandait au sujet de fixer un point central sur un écran et projetait à droite ou à gauche de ce point des images, des mots ou des phrases. En mettant une petite plaque opaque devant le nez de la personne, et en projetant l'image assez brièvement pour que les yeux n'aient pas le temps de bouger, on peut ainsi " parler " à l'un où l'autre des deux hémisphères : le droit reçoit l'information projeté dans le champ visuel gauche, et le gauche celle projetée dans le champ visuel droit.
            Il faut aussi se rappeler que l’hémisphère gauche commande la main droite et vice-versa.
 
            Les sujets peuvent ainsi répéter sans difficulté les chiffres, les mots projetées dans champ visuel droit, puisque l'hémisphère gauche qui les traite est celui qui traite le langage.
Il peut décrire avec des mots les images projetées à droite. De même, si on lui demande de fermer les yeux et de palper des objets avec sa main droite, il peut les décrire sans problème, avec des paroles.
            Par contre, pour les stimulus présentés dans le champ visuel gauche ou les objets manipulés par la main gauche, qui mettent donc en fonction l’hémisphère droit, le sujet est incapable de les décrire avec des paroles. Pour les stimuli visuels, il dit même qu'il n'a rien vu !


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            Pourtant l’hémisphère droit n'est pas dénué pour autant de toute capacité langagière. Il peut lire et comprendre des chiffres, des lettres et des énoncés courts, à condition que la preuve de cette compréhension ne soit pas demandée verbalement.
            Par exemple si l'on présente un mot à l'hémisphère droit seulement, le sujet répond qu'il ne voit rien, car son hémisphère gauche dominant pour le langage n'a effectivement rien vu à cause du corps calleux coupé. Mais si demande au sujet d'utiliser sa main gauche pour choisir une carte avec le dessin du mot qu'il a vu, ou de prendre l'objet en question en le palpant, il réussit sans problème. L'hémisphère droit ne peut donc pas s'exprimer avec des phrases complexes, mais il peut clairement reconnaître les mots et les associer à des images.
 





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            Si maintenant on demande au patient au cerveau divisé, de pointer avec ses deux mains deux objets correspondant à deux images vues sur l'écran divisé, donc par chacun de ses hémisphères isolés, dans l'essai illustré ci-dessous, la main gauche pointe la pelle parce que l'hémisphère droit, qui la contrôle, a vu la scène d'hiver, et la main droite pointe la poule parce que le cerveau gauche a vu la patte de poule.
            Mais lorsqu'on demande au patient d'expliquer pourquoi sa main gauche pointe la pelle, son hémisphère parlant (le gauche), n'a pas accès à l'information vue par le droit et " « interprète » son comportement avec les seuls élément dont il dispose, et le plus logiquement possible, et son cortex frontal répond que c'est parce qu'on utilise une pelle pour nettoyer le poulailler !
 
 
            Ce type d'expérience montre à quel point notre cerveau (le cortex frontal, avec l’aide des centres de langage situés dans le cerveau gauche), cherche à fournir des justifications avec des mots et la parole, pour expliquer notre comportement et nos actes.
            Nos aptitudes et notre éducation nous incitent à utiliser d’abord des mots, apanage du cerveau gauche, et ensuite seulement dessins et images, pour lesquels le cerveau droit est au contraire le plus performant.
           
 

Jeudi 4 juillet 2013 à 8:24

Notre cerveau : intelligence; langage

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J’ai déjà fait plusieurs articles sur le cerveau et le langage dans lesquels je décrivais les centres du cerveau qui participent à la compréhension et l’élocution de la parole, qui traduit nos pensées. Je vous renvoie à ces articles pour ce sujet. (articles des 8/8/2007, 25/11/2007, 28/12/2010).
Aujourd’hui, je m’intéresserai plutôt au développement de cette fonction chez l’enfant. Que suppose t’elle ? Beaucoup plus que nous ne l’imaginons.
 
Frédéric II de Prusse avait fait élever des enfants par des nurses qui avaient interdiction de dire le moindre mot et de communiquer avec eux. !I pensait qu’ils parleraient une « langue originelle naturelle », le grec ou le latin !!). La plupart sont devenus fous et sont morts tôt.
L’homme a un besoin naturel de communiquer, mais le langage ne peut se développer qu’au contact des autres hommes et en l’absence de personnes qui vous y entrainent, il ne se développe pas.
Mais la maîtrise du langage suppose des dispositions déjà importantes :
• l’appareil auditif et le larynx doivent êre en interaction, chacun exerçant son contrôle sur l'autre;
• l‘enfant doit être capable de se représenter le monde et les objets environnants ;
• il doit pouvoir assembler des mots et faire des gestes les accompagnant..
Cela nécessite des conditions physiques et physiologiques, mais également des aptitudes cognitives : symbolisation, représentation mentale, abstraction, des capacités de mémoire, ainsi que des conditions psycho-socio-affectives, telles que le désir de communiquer, ou encore des liens affectifs.
Pour être en mesure de « parler », c'est-à-dire d’émettre un langage oral, l'être humain doit tout d’abord disposer c de certaines aptitudes et ensuite il faut un environnement sociolinguistiques (principalement les parents,), pour que ces dispositions s’épanouissent.
 
L’initiation au langage a lieu chez le fœtus (j’en ai déjà parlé dans certains articles) : le fœtus perçoit les bruits de l'environnement, les voix de son entourage, son système auditif étant fonctionnel dès le dernier trimestre de la grossesse : il s’habitue aux sonorités de sa langue.
Au cours des premiers mois de vie, il existe une communication implicite : l’adulte perçoit que certaines manifestations du bébé ont un sens et apprend à y répondre. Par la répétition de certaines situations, le bébé établit des relations entre des signes, (par exemple des bruits qui annoncent la préparation du biberon et les pas de la maman qui se rapproche), et leur signification.
Puis à la place de cris et pleurs, le bébé essaie d’imiter les personnes qu’il entend (les « arrheu »), et vers le 3ème mois sourit à ses interlocuteurs.
Vers le cinquième mois, s'opère le début de la maîtrise de la vocalisation et vers le sixième mois le bébé répète les mêmes syllabes (papapa, mamama, bababa…) et il porte une
Attention, en  suivant du regard l'objet que l'on désigne.
            Entre sept et dix mois, le bébé « dit » non avec sa tête et commence à faire des gestes significatifs, par exemple au revoir ou bravo), tandis que les parents adaptent les discours qu'ils adressent au bébé (ils adoptent le « parler bébé » !!).
            Entre 9 et 12 mois, s'opère une transition entre une communication prélinguistique et une communication linguistique, car longtemps avant de savoir parler, l'enfant comprend. Entre 12 et 14 mois apparaissent les premiers mots. Entre 16 et 20 mois émerge la combinaison de mots. De 18 à 24 mois, le lexique (vocabulaire, mots compris et employés) se développe.
Entre deux ans et demi et trois ans s'amorce le développement métalinguistique, c'est-à-dire les questions que l'enfant pose sur son environnement, et, vers trois ans à trois ans et demi, la syntaxe (les phrases) se développe. Les fondements du langage sont établis vers l'âge de quatre ans.
 
Ce calendrier moyen est ce que l’on trouve dans les cours de neurologie ou de pédiatrie, mais il peut y avoir des écarts sensibles : mon fils aîné et une de mes petites filles, tous deux très extravertis, avaient tellement envie de communiquer qu’ils parlaient assez bien à 18 mois et parfaitement à deux ans, avec certes un vocabulaire encore limité, mais une bonne grammaire et syntaxe, et n’arrêtaient pas de poser des questions.
 
Le langage écrit, plus formel et beaucoup moins répétitif, recouvre à
la fois la compréhension (la lecture) et la production (orthographe et écriture) d'un système codé en signes graphiques permettant la transmission d'informations et la communication entre individus d'une même communauté linguistique ayant reçu un enseignement dans ce domaine. Par rapport au langage parlé, le langage écrit présente souvent une structure grammaticale plus complexe et plus élaborée et des frontières claires entre les phrases.
            Aujourd’hui on n’a tendance à n’apprendre à lire et à écrire qu’entre 6 et 7 ans, mais beaucoup d’enfants seraient aptes à apprendre avant (du moins en apprentissage syllabique) et il arrive souvent que des enfants de 4 ans sachent lire couramment.
            En apprentissage précoce la méthode syllabique est plus efficace car elle met essentiellement en jeu l’hémisphère gauche où se trouvent les centres de la parole, alors que la méthode dite « globale », met surtout en jeu l’hémisphère droit et nécessite donc une communication permanente par les faisceaux nerveux du « corps calleux » qui joignent les deux hémisphères et ne sont pas complètement matures avant 7 ans chez beaucoup d’enfants.
 
            Dans mon prochain article, je parlerai des troubles du langage et de son apprentissage.

Jeudi 25 avril 2013 à 7:53

Notre cerveau : intelligence; langage

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            Vous savez que je m’intéresse au fonctionnement du cerveau humain et tout particulièrement au fait que, tous les cerveaux ayant à la naissance (sauf malformation), des potentiels très importants, leur développement chez l’enfant dépend beaucoup de l’environnement, de l’éducation des parents et de l’instruction, par la suite, par les personnes responsables.
            Une question m’a toujours intrigué : on n’apprend formellement la grammaire aus enfants qu’à l’école, après six ans, quand ils savent lire et écrire. Avant les parents ou les personnes qui en ont la garde, leur font quelques remarques quand ils parlent et emploient un mot de façon incorrecte.
            Or je me souviens que certains de mes enfants ou petits enfants qui ont parlé tôt et s’exprimaient couramment à 2 ans, certes faisaient quelques fautes de français, mais finalement utilisaient correctement articles, sujets, pronoms, adjectifs, verbes et compléments. Or on ne leur avait pas appris ce qu’étaient ces fonctions et donc ils ne le faisaient que par mimétisme, en nous entendant parler. Pourtant nos phrases ne sont pas répétitives et sont très diverses. Alors comment faisaient ils pour reconnaître ces mots, leur place et leur fonction dans la phrase.
            Bien plus j’avais, parmi mes collaborateurs au travail, un couple franco-allemand, et leur fils qui avait 3 ans parlait couramment les deux langues. Or l’ordre dans une phrase des mots selon leur fonction n’est pas le même qu’en français. Pourtant il faisait très peu d’erreurs (moins que les miennes en allemand). Comment avait il appris cette syntaxe différente dans les deux langues, sans aucune explication, et par pur mimétisme, mais qu’il appliquait aux phrases qu’il créait et non uniquement celles qu’il répétait. ?
 
            Je viens de lire une explication dans un article sur les travaux de Judith Gervain, du CNRS, Université Paris Descartes, et Janet Werker de l’Université de Colombie-Britannique.
            Ces chercheurs ont montré que dès sept mois, les bébés bilingues se fondent sur la prosodie des phrases pour distinguer l'ordre des mots et reconnaître la langue parlée.
            La prosodie est l'inflexion, le ton, la tonalité, l'intonation, l'accent, la modulation, le rythme, notamment les variations de hauteur, de durée et d'intensité, que nous donnons à notre langage oral en fonction de nos émotions et de l'impact que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs et qui mettent notamment en relief non seulement le sens de la phrase, mais aussi l'assertion, l'interrogation, l'injonction, l'exclamation ….
            Par exemple on ne peut en français faire se suivre deux syllabes accentuées, et si un nom est par exemple suivi d’un adjectif, son accentuation ne sera pas en général la même que s’il est employé seul.
            Le rythme comporte des pauses qui renseignent sur les coupures de sens en rassemblant certains mots dans la phrase.
            La structuration mélodique, la hauteur des sons, notamment sur les dernières syllabes, change en fonction du caractère assertion, interrogation, injonction, exclamation …
            Les bébés distinguent vite ces nuances et s'en servent pour commencer à structurer leurs phrases. Ils associent ainsi inconsciemment la prosodie à une structure grammaticale.
 
            Chaque fois que je lis des explications analogues sur le fonctionnement du cerveau, et sa mise en valeur au début de notre vie, je ne peux que m’émerveiller devant la Nature et les aptitudes potentielles que l’évolution nous a conférées.
            Mais je m’effraie un peu de la responsabilité des parents et des éducateurs dans le devenir des enfants dont ils ont la charge et pour lesquels les trois, puis dix premières années de leur vie d’enfant sont capitales pour leurs avenir, encore plus que les suivantes.

Mardi 27 novembre 2012 à 8:00

Notre cerveau : intelligence; langage

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                 Qu'est-ce que la crédulité ? C'est prendre pour vraies des informations manifestement contre-intuitives : par exemple, le fait de croire que des extra-terrestres viennent régulièrement sur terre enlever des humains. Il y a des gens qui croient ces histoires. Pourquoi?
                Comment des croyances manifestement irrationnelles, voire délirantes, peuvent-elles ne pas être arrêtées par le filtrage de notre cerveau.
                Fabrice Clément, chercheur en sciences cognitives à l'université de Neuchatel, a écrit des articles intéressants sur ce sujet.
 
             La plupart des croyances qui nous sont transmises par autrui (rumeurs, informations, nouvelles...) sont soumises à deux filtres mentaux : l'un cognitif, l'autre émotionnel.
               Le filtre cognitif, que l'on pourrait appeler le "sens critique" ou simplement le "bon sens", cherche à établir si une information est crédible ou non au regard de l'expérience et de la culture de chacun. Face à une information absurde ou contre-intuitive, (un vaisseau martien atterrit dans mon jardin !), nous exerçons spontanément ce filtre cognitif.
          Evidemment ce filtre est donc plus ou moins performant selon l'éducation et l'instruction que nous avons reçue, mais aussi suivant notre personnalité (avons nous une préférence cérébrale de décision "logique"?), et aussi selon l'expérience que nous a apportée la vie.
              La défaillance de ce filtre peut se manifester de deux façons :
                 - La première apparaît comme une acceptation non critique de choses ou de possibilités invérifiables. Ces croyances invérifiables appartiennent le plus souvent aux religions ou à un corps de doctrines et de rites pratiqués en groupe, sous une autorité hiérarchisée. C'est le cas de l'adhésion aux doctrines de sectes.
               - La deuxième manifestation de la crédulité, consiste en une acceptation non critique de choses ou de possibilités vérifiables, ce qui relève d'une confiance naïve et paresseuse. Une analyse logique et scientifique correcte devrait les éliminer; encore faut il avoir les connaissances suffisantes.
 
          Quant au filtre émotionnel, il trie ce qui est désirable ou non. Car pour qu'une information soit acceptée, il ne suffit pas qu'elle paraisse vraie ou fausse, il faut aussi qu'elle ne perturbe pas trop l'équilibre psychique
            Le filtre émotionnel tient compte de nos désirs, de nos sentiments, de nos valeurs morales et religieuses.
Si nous désirons fortement quelque chose, toute information qui nous porte à croire que ce désir va être exaucé, apparaît comme bienvenue, et nous avons davantage tendance à la croire. Tout l'art des astrologues et cartomanciens est fondé sur cette tendance, leur problème étant de nous faire avouer nos désirs profonds, sans que nous nous en rendions compte.
            Des personnes ayant une grande curiosité intellectuelle et une éducation sentimentale, morale et religieuse poussée, peuvent trouver dans des doctrines ou croyances très discutables - comme l'astrologie par exemple - un élément qui les passionne et les rassure, ne sachant plus ce qui relève de la croyance non fondée et de la raison, tout en ayant l'illusion d'accéder à des niveaux de compréhension supérieurs.

            Il peut exister des formes de crédulité que l'on pourrait qualifier d'inversées, marquées par un scepticisme exacerbé : toute information contredisant ce qui était admis jusqu'ici est rejetée par le filtre cognitif.
            Certains milieux culturels, qualifiés parfois de traditionalistes ou conservateurs, tendent à favoriser cette forme d'attitudes marquées notamment par le rejet de concepts rationnels. Un exemple courant aux USA est le rejet de la théorie de l'évolution par un certain nombre de croyants, de quelque religion que ce soit (les créationnistes).
            Dans certains cas, le scepticisme repose sur une attitude plus radicale, indépendante de toute croyance préalable. Ce sont alors les "cultures du soupçon", ou le scepticisme généralisé est encouragé et transmis chez les plus jeunes. C'est le cas des informations en provenance des gouvernements, qui sont souvent accueillies avec scepticisme par la population, prompte à soupçonner "qu'on lui cache quelque chose".
 
             Le psychologue américain Robert Cialdini a montré que, bien que notre cerveau soit équipé de certains mécanismes fondamentaux destinés à vérifier la cohérence des informations communiquées, par autrui, notre esprit n'a pas les moyens d'être exhaustif, et qu'il utilise par conséquent de nombreux raccourcis cognitifs pour se forger une opinion, ce qui n'est pas sans inconvénient.
            En cas d'incertitude, on a tendance à former ses croyances en se référant à ce qui semble être admis par le plus grand nombre de personnes ; plus on a l'impression qu'une croyance est partagée, plus elle a des chances d'être acceptée par le système cognitif.
            Si cette stratégie se révèle satisfaisante dans de nombreuses situations, elle peut bien entendu également conduire à adhérer à des idées fausses, notamment lorsque ce mécanisme est mis à profit par des personnes mal intentionnées.
            Le tri effectué est loin d'être imperméable à toute forme d'informations erronées, car d'une part il est indispensable que ce filtrage soit une évaluation automatique et très rapide, et d'autre part l'évaluation logique doit aussi se préoccuper des conséquences émotionnelles que les informations reçues auraient sur l'organisme.
            Et comme le filtre émotionnel a également son mot à dire, ils entrent tous deux en compétition.
 
            Alors comment procède un manipulateur pour nous faire croire à ses arguments ?
            D'abord, il essaie d'avoir des arguments qui soient vraisemblables au plan de la logique ou des connaissances moyennes des individus ou de leurs habitudes.
            Ainsi dans les arnaques sur internet pour vous extorquer des renseignements sur votre messagerie ou vos comptes bancaires, on vous envoie un message avec des en-têtes qui sont exactement celles de l'organisme qui est censé vous demander les renseignements. Il vous faudrait un examen de plusieurs minutes avec les deux modèles sur votre écran, pour déceler de petites différences.
            Ensuite il s'adresse à votre émotivité ou aux conséquences possible de votre émotivité en vous promettant soit un cadeau "vous n'allez pas le croire, vous êtes le millième gagnant...", soit il va vous faire peur "pour que vous puissiez continuer à vous servir de votre compte, vous devez...." et vous vous imaginez privé(e) de votre carte bleue.
            Ainsi, l'art des manipulateurs consiste à formuler leurs thèses de façon à ce qu'elles soient évaluées positivement par les mécanismes du filtre cognitif  en leur donnant une tournure apparemment logique, en faisant miroiter les conséquences émotionnelles positives de leurs propositions, ou en utilisant éventuellement des complices afin de susciter un effet de consensus, tout en tenant un discours clairement articulé qui procure une satisfaction intellectuelle.
            A l'inverse, on croit peu aux prédictions funestes, car elles procurent des émotions négatives, sauf lorsque le danger est imminent et que la réaction de survie paraît essentielle. Dans ce cas, nos centres amygdaliens s'emparent du problème, et le filtre cognitif est court-circuité, car la nécessité d'agir rapidement l'emporte, er la crédulité devient totale.

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lancien

sortir de la tristesse

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