Jeudi 4 juillet 2013 à 8:24

Notre cerveau : intelligence; langage

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J’ai déjà fait plusieurs articles sur le cerveau et le langage dans lesquels je décrivais les centres du cerveau qui participent à la compréhension et l’élocution de la parole, qui traduit nos pensées. Je vous renvoie à ces articles pour ce sujet. (articles des 8/8/2007, 25/11/2007, 28/12/2010).
Aujourd’hui, je m’intéresserai plutôt au développement de cette fonction chez l’enfant. Que suppose t’elle ? Beaucoup plus que nous ne l’imaginons.
 
Frédéric II de Prusse avait fait élever des enfants par des nurses qui avaient interdiction de dire le moindre mot et de communiquer avec eux. !I pensait qu’ils parleraient une « langue originelle naturelle », le grec ou le latin !!). La plupart sont devenus fous et sont morts tôt.
L’homme a un besoin naturel de communiquer, mais le langage ne peut se développer qu’au contact des autres hommes et en l’absence de personnes qui vous y entrainent, il ne se développe pas.
Mais la maîtrise du langage suppose des dispositions déjà importantes :
• l’appareil auditif et le larynx doivent êre en interaction, chacun exerçant son contrôle sur l'autre;
• l‘enfant doit être capable de se représenter le monde et les objets environnants ;
• il doit pouvoir assembler des mots et faire des gestes les accompagnant..
Cela nécessite des conditions physiques et physiologiques, mais également des aptitudes cognitives : symbolisation, représentation mentale, abstraction, des capacités de mémoire, ainsi que des conditions psycho-socio-affectives, telles que le désir de communiquer, ou encore des liens affectifs.
Pour être en mesure de « parler », c'est-à-dire d’émettre un langage oral, l'être humain doit tout d’abord disposer c de certaines aptitudes et ensuite il faut un environnement sociolinguistiques (principalement les parents,), pour que ces dispositions s’épanouissent.
 
L’initiation au langage a lieu chez le fœtus (j’en ai déjà parlé dans certains articles) : le fœtus perçoit les bruits de l'environnement, les voix de son entourage, son système auditif étant fonctionnel dès le dernier trimestre de la grossesse : il s’habitue aux sonorités de sa langue.
Au cours des premiers mois de vie, il existe une communication implicite : l’adulte perçoit que certaines manifestations du bébé ont un sens et apprend à y répondre. Par la répétition de certaines situations, le bébé établit des relations entre des signes, (par exemple des bruits qui annoncent la préparation du biberon et les pas de la maman qui se rapproche), et leur signification.
Puis à la place de cris et pleurs, le bébé essaie d’imiter les personnes qu’il entend (les « arrheu »), et vers le 3ème mois sourit à ses interlocuteurs.
Vers le cinquième mois, s'opère le début de la maîtrise de la vocalisation et vers le sixième mois le bébé répète les mêmes syllabes (papapa, mamama, bababa…) et il porte une
Attention, en  suivant du regard l'objet que l'on désigne.
            Entre sept et dix mois, le bébé « dit » non avec sa tête et commence à faire des gestes significatifs, par exemple au revoir ou bravo), tandis que les parents adaptent les discours qu'ils adressent au bébé (ils adoptent le « parler bébé » !!).
            Entre 9 et 12 mois, s'opère une transition entre une communication prélinguistique et une communication linguistique, car longtemps avant de savoir parler, l'enfant comprend. Entre 12 et 14 mois apparaissent les premiers mots. Entre 16 et 20 mois émerge la combinaison de mots. De 18 à 24 mois, le lexique (vocabulaire, mots compris et employés) se développe.
Entre deux ans et demi et trois ans s'amorce le développement métalinguistique, c'est-à-dire les questions que l'enfant pose sur son environnement, et, vers trois ans à trois ans et demi, la syntaxe (les phrases) se développe. Les fondements du langage sont établis vers l'âge de quatre ans.
 
Ce calendrier moyen est ce que l’on trouve dans les cours de neurologie ou de pédiatrie, mais il peut y avoir des écarts sensibles : mon fils aîné et une de mes petites filles, tous deux très extravertis, avaient tellement envie de communiquer qu’ils parlaient assez bien à 18 mois et parfaitement à deux ans, avec certes un vocabulaire encore limité, mais une bonne grammaire et syntaxe, et n’arrêtaient pas de poser des questions.
 
Le langage écrit, plus formel et beaucoup moins répétitif, recouvre à
la fois la compréhension (la lecture) et la production (orthographe et écriture) d'un système codé en signes graphiques permettant la transmission d'informations et la communication entre individus d'une même communauté linguistique ayant reçu un enseignement dans ce domaine. Par rapport au langage parlé, le langage écrit présente souvent une structure grammaticale plus complexe et plus élaborée et des frontières claires entre les phrases.
            Aujourd’hui on n’a tendance à n’apprendre à lire et à écrire qu’entre 6 et 7 ans, mais beaucoup d’enfants seraient aptes à apprendre avant (du moins en apprentissage syllabique) et il arrive souvent que des enfants de 4 ans sachent lire couramment.
            En apprentissage précoce la méthode syllabique est plus efficace car elle met essentiellement en jeu l’hémisphère gauche où se trouvent les centres de la parole, alors que la méthode dite « globale », met surtout en jeu l’hémisphère droit et nécessite donc une communication permanente par les faisceaux nerveux du « corps calleux » qui joignent les deux hémisphères et ne sont pas complètement matures avant 7 ans chez beaucoup d’enfants.
 
            Dans mon prochain article, je parlerai des troubles du langage et de son apprentissage.

Jeudi 25 avril 2013 à 7:53

Notre cerveau : intelligence; langage

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            Vous savez que je m’intéresse au fonctionnement du cerveau humain et tout particulièrement au fait que, tous les cerveaux ayant à la naissance (sauf malformation), des potentiels très importants, leur développement chez l’enfant dépend beaucoup de l’environnement, de l’éducation des parents et de l’instruction, par la suite, par les personnes responsables.
            Une question m’a toujours intrigué : on n’apprend formellement la grammaire aus enfants qu’à l’école, après six ans, quand ils savent lire et écrire. Avant les parents ou les personnes qui en ont la garde, leur font quelques remarques quand ils parlent et emploient un mot de façon incorrecte.
            Or je me souviens que certains de mes enfants ou petits enfants qui ont parlé tôt et s’exprimaient couramment à 2 ans, certes faisaient quelques fautes de français, mais finalement utilisaient correctement articles, sujets, pronoms, adjectifs, verbes et compléments. Or on ne leur avait pas appris ce qu’étaient ces fonctions et donc ils ne le faisaient que par mimétisme, en nous entendant parler. Pourtant nos phrases ne sont pas répétitives et sont très diverses. Alors comment faisaient ils pour reconnaître ces mots, leur place et leur fonction dans la phrase.
            Bien plus j’avais, parmi mes collaborateurs au travail, un couple franco-allemand, et leur fils qui avait 3 ans parlait couramment les deux langues. Or l’ordre dans une phrase des mots selon leur fonction n’est pas le même qu’en français. Pourtant il faisait très peu d’erreurs (moins que les miennes en allemand). Comment avait il appris cette syntaxe différente dans les deux langues, sans aucune explication, et par pur mimétisme, mais qu’il appliquait aux phrases qu’il créait et non uniquement celles qu’il répétait. ?
 
            Je viens de lire une explication dans un article sur les travaux de Judith Gervain, du CNRS, Université Paris Descartes, et Janet Werker de l’Université de Colombie-Britannique.
            Ces chercheurs ont montré que dès sept mois, les bébés bilingues se fondent sur la prosodie des phrases pour distinguer l'ordre des mots et reconnaître la langue parlée.
            La prosodie est l'inflexion, le ton, la tonalité, l'intonation, l'accent, la modulation, le rythme, notamment les variations de hauteur, de durée et d'intensité, que nous donnons à notre langage oral en fonction de nos émotions et de l'impact que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs et qui mettent notamment en relief non seulement le sens de la phrase, mais aussi l'assertion, l'interrogation, l'injonction, l'exclamation ….
            Par exemple on ne peut en français faire se suivre deux syllabes accentuées, et si un nom est par exemple suivi d’un adjectif, son accentuation ne sera pas en général la même que s’il est employé seul.
            Le rythme comporte des pauses qui renseignent sur les coupures de sens en rassemblant certains mots dans la phrase.
            La structuration mélodique, la hauteur des sons, notamment sur les dernières syllabes, change en fonction du caractère assertion, interrogation, injonction, exclamation …
            Les bébés distinguent vite ces nuances et s'en servent pour commencer à structurer leurs phrases. Ils associent ainsi inconsciemment la prosodie à une structure grammaticale.
 
            Chaque fois que je lis des explications analogues sur le fonctionnement du cerveau, et sa mise en valeur au début de notre vie, je ne peux que m’émerveiller devant la Nature et les aptitudes potentielles que l’évolution nous a conférées.
            Mais je m’effraie un peu de la responsabilité des parents et des éducateurs dans le devenir des enfants dont ils ont la charge et pour lesquels les trois, puis dix premières années de leur vie d’enfant sont capitales pour leurs avenir, encore plus que les suivantes.

Mardi 27 novembre 2012 à 8:00

Notre cerveau : intelligence; langage

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                 Qu'est-ce que la crédulité ? C'est prendre pour vraies des informations manifestement contre-intuitives : par exemple, le fait de croire que des extra-terrestres viennent régulièrement sur terre enlever des humains. Il y a des gens qui croient ces histoires. Pourquoi?
                Comment des croyances manifestement irrationnelles, voire délirantes, peuvent-elles ne pas être arrêtées par le filtrage de notre cerveau.
                Fabrice Clément, chercheur en sciences cognitives à l'université de Neuchatel, a écrit des articles intéressants sur ce sujet.
 
             La plupart des croyances qui nous sont transmises par autrui (rumeurs, informations, nouvelles...) sont soumises à deux filtres mentaux : l'un cognitif, l'autre émotionnel.
               Le filtre cognitif, que l'on pourrait appeler le "sens critique" ou simplement le "bon sens", cherche à établir si une information est crédible ou non au regard de l'expérience et de la culture de chacun. Face à une information absurde ou contre-intuitive, (un vaisseau martien atterrit dans mon jardin !), nous exerçons spontanément ce filtre cognitif.
          Evidemment ce filtre est donc plus ou moins performant selon l'éducation et l'instruction que nous avons reçue, mais aussi suivant notre personnalité (avons nous une préférence cérébrale de décision "logique"?), et aussi selon l'expérience que nous a apportée la vie.
              La défaillance de ce filtre peut se manifester de deux façons :
                 - La première apparaît comme une acceptation non critique de choses ou de possibilités invérifiables. Ces croyances invérifiables appartiennent le plus souvent aux religions ou à un corps de doctrines et de rites pratiqués en groupe, sous une autorité hiérarchisée. C'est le cas de l'adhésion aux doctrines de sectes.
               - La deuxième manifestation de la crédulité, consiste en une acceptation non critique de choses ou de possibilités vérifiables, ce qui relève d'une confiance naïve et paresseuse. Une analyse logique et scientifique correcte devrait les éliminer; encore faut il avoir les connaissances suffisantes.
 
          Quant au filtre émotionnel, il trie ce qui est désirable ou non. Car pour qu'une information soit acceptée, il ne suffit pas qu'elle paraisse vraie ou fausse, il faut aussi qu'elle ne perturbe pas trop l'équilibre psychique
            Le filtre émotionnel tient compte de nos désirs, de nos sentiments, de nos valeurs morales et religieuses.
Si nous désirons fortement quelque chose, toute information qui nous porte à croire que ce désir va être exaucé, apparaît comme bienvenue, et nous avons davantage tendance à la croire. Tout l'art des astrologues et cartomanciens est fondé sur cette tendance, leur problème étant de nous faire avouer nos désirs profonds, sans que nous nous en rendions compte.
            Des personnes ayant une grande curiosité intellectuelle et une éducation sentimentale, morale et religieuse poussée, peuvent trouver dans des doctrines ou croyances très discutables - comme l'astrologie par exemple - un élément qui les passionne et les rassure, ne sachant plus ce qui relève de la croyance non fondée et de la raison, tout en ayant l'illusion d'accéder à des niveaux de compréhension supérieurs.

            Il peut exister des formes de crédulité que l'on pourrait qualifier d'inversées, marquées par un scepticisme exacerbé : toute information contredisant ce qui était admis jusqu'ici est rejetée par le filtre cognitif.
            Certains milieux culturels, qualifiés parfois de traditionalistes ou conservateurs, tendent à favoriser cette forme d'attitudes marquées notamment par le rejet de concepts rationnels. Un exemple courant aux USA est le rejet de la théorie de l'évolution par un certain nombre de croyants, de quelque religion que ce soit (les créationnistes).
            Dans certains cas, le scepticisme repose sur une attitude plus radicale, indépendante de toute croyance préalable. Ce sont alors les "cultures du soupçon", ou le scepticisme généralisé est encouragé et transmis chez les plus jeunes. C'est le cas des informations en provenance des gouvernements, qui sont souvent accueillies avec scepticisme par la population, prompte à soupçonner "qu'on lui cache quelque chose".
 
             Le psychologue américain Robert Cialdini a montré que, bien que notre cerveau soit équipé de certains mécanismes fondamentaux destinés à vérifier la cohérence des informations communiquées, par autrui, notre esprit n'a pas les moyens d'être exhaustif, et qu'il utilise par conséquent de nombreux raccourcis cognitifs pour se forger une opinion, ce qui n'est pas sans inconvénient.
            En cas d'incertitude, on a tendance à former ses croyances en se référant à ce qui semble être admis par le plus grand nombre de personnes ; plus on a l'impression qu'une croyance est partagée, plus elle a des chances d'être acceptée par le système cognitif.
            Si cette stratégie se révèle satisfaisante dans de nombreuses situations, elle peut bien entendu également conduire à adhérer à des idées fausses, notamment lorsque ce mécanisme est mis à profit par des personnes mal intentionnées.
            Le tri effectué est loin d'être imperméable à toute forme d'informations erronées, car d'une part il est indispensable que ce filtrage soit une évaluation automatique et très rapide, et d'autre part l'évaluation logique doit aussi se préoccuper des conséquences émotionnelles que les informations reçues auraient sur l'organisme.
            Et comme le filtre émotionnel a également son mot à dire, ils entrent tous deux en compétition.
 
            Alors comment procède un manipulateur pour nous faire croire à ses arguments ?
            D'abord, il essaie d'avoir des arguments qui soient vraisemblables au plan de la logique ou des connaissances moyennes des individus ou de leurs habitudes.
            Ainsi dans les arnaques sur internet pour vous extorquer des renseignements sur votre messagerie ou vos comptes bancaires, on vous envoie un message avec des en-têtes qui sont exactement celles de l'organisme qui est censé vous demander les renseignements. Il vous faudrait un examen de plusieurs minutes avec les deux modèles sur votre écran, pour déceler de petites différences.
            Ensuite il s'adresse à votre émotivité ou aux conséquences possible de votre émotivité en vous promettant soit un cadeau "vous n'allez pas le croire, vous êtes le millième gagnant...", soit il va vous faire peur "pour que vous puissiez continuer à vous servir de votre compte, vous devez...." et vous vous imaginez privé(e) de votre carte bleue.
            Ainsi, l'art des manipulateurs consiste à formuler leurs thèses de façon à ce qu'elles soient évaluées positivement par les mécanismes du filtre cognitif  en leur donnant une tournure apparemment logique, en faisant miroiter les conséquences émotionnelles positives de leurs propositions, ou en utilisant éventuellement des complices afin de susciter un effet de consensus, tout en tenant un discours clairement articulé qui procure une satisfaction intellectuelle.
            A l'inverse, on croit peu aux prédictions funestes, car elles procurent des émotions négatives, sauf lorsque le danger est imminent et que la réaction de survie paraît essentielle. Dans ce cas, nos centres amygdaliens s'emparent du problème, et le filtre cognitif est court-circuité, car la nécessité d'agir rapidement l'emporte, er la crédulité devient totale.

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Lundi 26 novembre 2012 à 7:54

Notre cerveau : intelligence; langage

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             Je suis toujours étonné de la capacité des humains à croire n'importe quoi. On pourrait croire que cela résulte d'une insuffisance d'intelligence ou d'une éducation et instruction trop sommaires : c'est en partie vrai. Mais des gens intelligents et instruits gobent aussi des tas de balivernes.
            On peut aussi dire que les jeunes n'ayant pas en mémoire assez d'expérience de la vie sont plus crédules : c'est en partie vrai aussi, mais le nombre d'arnaques auxquelles succombent des adultes est impressionnant.
            C'est même étonnant : alors que le niveau moyen d'instruction a régulièrement augmenté depuis cent ans, ce que l'on appelle "le bon sens" semble s'être dégradé. Mon grand père, qui était paysan et n'avait que son certificat d'études, n'aurait jamais cru le dixième de ce qu'avalent sans sourciller la plupart des adultes aujourd'hui.
            Qu'est-ce qui provoque cet effondrement des capacités de jugement?
            La psychologie n'en est qu'à ses débuts, quand elle cherche à expliquer ce qui nous fait croire une information ou en douter, et les études sur le sujet sont rares.
 
            Les informations pouvant susciter une forte crédulité sont celles pour lesquelles le cerveau humain est placé face à une affirmation dont il ne peut vérifier rapidement la véracité, car il lui faudrait mener une enquête personnelle longue et laborieuse. 0r la rapidité de décision est un paramètre essentiel dans la façon dont nous forgeons nos convictions           
            De plus l'esprit critique a tendance à s'affaiblir si une affirmation est reprise par beaucoup de personnes', si par exemple on trouve cette affirmation sur plusieurs sites du Web. En outre, i on trouve agréable de se faire le relais de telles rumeurs, ce qui constitue, pour Ie cerveau, une "incitation à croire".
            Le but des études menées serait d'identifier et de décrire les états neurophysiologiques qui sous-tendent nos croyances, ainsi que les mécanismes qui, chez un individu et dans les relations entre individus, règlent leur dynamique. Par "croyance", on entend une représentation tenue pour vraie par un individu, représentations qui jouent un rôle crucial puisqu'elles modulent continuellement nos raisonnements et nos comportements..
            Ce que les psychologues appellent donc des "croyances" peuvent avoir trois grandes origines :
                        - percevoir (voir, sentir, goûter, etc.) une information qui ne nous était pas encore connue.
                        - déduire d'un raisonnement une conclusion à laquelle nous n'avions pas encore pensé.
                        - recevoir d'une autre personne, une proposition qui nous apprend quelque chose de nouveau.
            Chacun de ces mécanismes est susceptible de provoquer de fausses croyances.
            Nos sens, les premiers, peuvent nous tromper et on peut être conduit à admettre la conclusion d'un raisonnement faux parce que l'on a été victime d'un biais de raisonnement.
            Mais il ne s'agit pas vraiment de crédulité.
            Les cas les plus marquants de crédulité apparaissent par l'intermédiaire de ce qui nous est communiqué : autrui, mais surtout les médias, et puis évidemment tous ceux qui cherchent à vous arnaquer, notamment sur internet..
            Dans les cas où il s'est "fait avoir", le crédule ressent une forme de honte, qui indique que, contrairement aux sensations erronées ou aux biais de raisonnement qui, d'une certaine façon, nous dépassent, la crédulité est associée à une forme de responsabilité : si le crédule s'en veut, c'est qu'il sent rétrospectivement qu'il y était pour quelque chose, qu'il a bien voulu croire ce qui lui était conté.           
 
            Nous sommes naturellement entraînés à croire ce qu'on nous dit.
            La communication comporte autant d'avantages que d'inconvénients, du point de vue de l'acquisition de croyances fiables et utiles. Du côté des avantages, il est indéniable que Ie langage a permis aux humains d'emmagasiner des idées pertinentes et des techniques utiles. Les enfants ont intérêt à acquérir cette culture assez rapidement afin de s'intégrer à leur groupe d'appartenance et de profiter des "bons trucs" qui leur ont été socialement transmis. Il est donc important d'être en mesure de croire ce que l'on nous transmet ainsi par apprentissage.
            Mais en fait, très tôt, un enfant apprend à se méfier des informations qu'il reçoit.
            Dès 2 ans, ils rejettent ce que disent des personnes qui donnent des noms erronés aux objets familiers. Vers 3 ans, ils ne suivent pas aveuglément un informateur apparemment fiable s'il contredit ce qu'ils ont pu percevoir par eux-mêmes. Par contre, ils leur est difficile de se remémorer la façon dont ils ont acquis une information, et oublient même qu'ils ont pu posséder une croyance différente dans le passé.
            Si, globalement, les recherches en sciences cognitives montrent que notre cerveau possède certains mécanismes fondamentaux pour vérifier la cohérence des informations que nous recevons, elles insistent sur le fait que notre esprit n'a pas les moyens ni surtout le temps nécessaires pour être exhaustif, et qu'il utilise par conséquent de nombreux "raccourcis cognitifs" pour se forger une opinion, lesquels ne sont pas toujours dénués de risques d'erreurs.
            Ce sera le sujet de mon article de demain : pourquoi sommes nous crédules ?

Lundi 6 août 2012 à 16:24

Notre cerveau : intelligence; langage

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       Nous savons (presque) tous qu'jl est impossible de prédire l’avenir, mais beaucoup de ces sceptiques lisent leur horoscope dans le journal, ce qui  semble montrer, outre une profonde incohérence, que nous sommes probablement programmés pour recherceher la moindre parcelle d'information relative à notre avenir.

        Des études sur le singe rhésus, ont montré que les responsables de cette tendance sont nos neurones dopaminergiques des centres de récompense, généralement actifs lorsque I'on attend une gratification ou un plaisir, mais dont on sait maintenant qu'ils sont avides de toute forme d'information au sujet des gratifications que nous pourrions obtenir dans un avenir proche ou lointain.
        Le macaque rhésus a le même comportement que I'amateur d'horoscope : lorsqu'il a le choix entre attendre un heureux événement (un petit ou grand verre d'eau sucrée) et obtenir une information sur I'amplitude de cet événement (une image lui annonçant la taille du verre à venir), il est irrésistiblement attiré par I'image. En outre, il cherche à obtenir l'information le plus vite possible, si on lui laisse le choix entre des renseignements immédiats ou différés.
        Notre cerveau est équipé des mêmes neurones. Où que nous soyons, et indépendamment de nos espoirs et de nos craintes, nous voulons savoir ce qui nous attend.
        Si nous lisons naïvement des horoscopes débordant de mièvreries, (et encore, je reste poli !), c'est peut-être parce que nos neurones dopaminergiques échappent en partie au contrôle du raisonnement rationnel, à la base de notre esprit critique.

        Notre cerveau préfrontal est en effet chargé de contrôler la vraisemblance de nos pensées et de nos actions, et leur conformité à des normes ou à nos valeurs. Certaines études des neuro-psychologues sur ce point, sont parfois surprenantes.

        Il y a, par exemple, deux façons d'être honnête : ne pas connaître le mensonge et la tricherie, ou résister aux tentations qui nous inciteraient à mal nous comporter.
        Une expérience de l'Université de montre que les individus se comportant honnêtement dans des jeux de société, ne présentent pas d'activation des zones cérébrales  du cortex préfrontal, s’occupant du contrôle cognitif , c’est à dire l’acte mental par lequel nous surveillons nos pensées et nos actes, qu'il s'agisse de ne pas insulter un automobiliste qui nous a fait une queue de poisson, ou de rester concentrés sur une tache rébarbative. En somme, les personnes se comportant honnêtement ne se «forcent pas ».
        Une autre partie de I'expérience a montré que les individus se comportant parfois de façon malhonnête présentent au contraire une forte activité dans ces zones du contrôle cognitif, notamment du cortex préfrontal Et plus I'activité est forte dans cette zone du cerveau, plus les gens trichent souvent au jeu et cherchent à empocher des mises de façon illicite.

Plus on cherche a contrôler son comportement et ses pensées, plus on cède finalement à son penchant malhonnête.
        Alors que les moralistes – notamment des religions -, ont une vision « volontariste » de la vertu, selon laquelle le comportement sain est considéré comme une lutte permanente contre la tentation, il semble que les plus vertueux sont ceux qui sont naturellement honnêtes, insensibles aux assauts de la tentation.
        Bien sûr les mêmes moralistes vous diront que vous avez été atteints par la « grâce », personnellement je pencherais plutôt pour le fait que vos parents vous ont bien élevés.
 

Jeudi 15 mars 2012 à 7:53

Notre cerveau : intelligence; langage

Les neurobiologistes rêvent évidemment de pouvoir non seulement mesurer l'intelligence, mais la comprendre et savoir si certaines caractéristiques des neurones favorisent le développement de l'intelligence.
    Il faut bien se rappeler qu'on ne naît pas intelligent, mais qu'on le devient grâce à l'apprentissage du bébé, l'éducation de l'enfant, l'instruction de l'adolescent, la culture du jeune et l'expérience de l'adulte; mais cette intelligence s'acquiert avec plus ou moins de facilités selon l'héritage génétique et les aléas de la formation du cerveau.
    Rappelons aussi que dans les premiers mois du fœtus, la formation des divers centres du cerveau dépend de l'expression des gènes et des facteurs de croissance, mais la dernière étape de jonction des synapses se fait au hasard, de telle sorte que même des cerveaux de jumeaux sont différents.

    On est en fait très en retard sur les connaissances physiologiques de l'intelligence, par rapport aux connaissances psychologiques.
    Deux caractéristiques des neurones et de leur environnement semblent néanmoins jouer un rôle important dans ce qu'on appelle la "substance blanche" : 
        - le nombre de connexions (de synapses).
        - la vitesse de propagation de l'influx nerveux.
        - une économie globale de l'énergie dépensée dans le cerveau.
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        La substance blanche

    Lo substance blanche remplit presque la moitié du cerveau. Elle est constituée de millions de câbles (en blanc) qui connectent les corps cellulaires de neurones, appelés par opposition la "matière grise" (en gris) des différentes aires cérébrales.
    Le corps calleux, constitué d'un amas de millions de câbles de substance blanche qui relient les deux hémisphères cérébraux, s'étend de choque côté vers le haut et l'extérieur en direction du cortex, formant une structure nommée le "cingulum".
    Une nouvelle technique d'imagerie permet de cartographier la configuration des câbles.

        Trop de synapses nuit :

    Pour être intelligent, vaut-il mieux avoir beaucoup de synapses ou peu ?
    Jean-Pierre Changeux, biologiste français très connu, qui a écrit des livres remarquables de vulgarisation sur le cerveau, a proposé une théorie selon laquelle, à mesure que les images mentales se forment au cours de l'enfance, à mesure que l'on apprend à reconnaître des objets, à les nommer, à jouer d'un instrument de musique, à parler une ou plusieurs langues, le nombre desynapses dans le cerveau diminue.
    Au début, il y    aurait un excès de synapses, et le cerveau choisirait les plus pertinentes selon les tâches à accomplir, tandis que les synapses inutiles seraient éliminées, car elles gaspillent de l'énergie et ne remplissent aucune fonction.
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    Chez l'enfant, on constate une diminution du nombre des synapses à partir de l'âge de cinq ans, et jusqu'à la puberté et la consommation d'énergie dans le cerveau d'un adulte étant environ la moitié de celle d'un enfant de cinq ans.
    On constate aussi que dans le cas d'handicap mental, les sujets ont trop de synapses, cet excès entraînant une surconsommation globale d'énergie, ce qui réduirait l'apport d'énergie dans les zones spécifiques indispensables au traitement des tâches cognitives.


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        Traiter plus vite l'information :
   
    Les axones des neurones qui conduisent l'information s'entourent d'une gaine de myéline, ce qui augmente la vitesse de conduction dans les fibres nerveuse
    La myéline s'interrompt régulièrement, au niveau des "nœuds de Ranvier", créant des zones isolantes qui bloquent la propagation de l'in-flux nerveux. Pour continuer, ce dernier doit "sauter" par-dessus les zones isolantes , et ces bonds accélèrent notablement la conduction.
    Le long d'un nerf constitué d'axones dépourvus de myéline, l'influx nerveux se propage à une vitesse de l'ordre de 2 m/s, mais elle atteint 120 m/s quand les fibres sont myélinisées. En outre, la myéline maintient le niveau du signal constante sur de longues distances. Enfin, il y a moins d'interférences entre des signaux circulant dans différents neurones.
    La propagation de l'information est donc ainsi plus rapide et le risque d'erreurs inférieur.


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    Le degré de myélinisation et l'intelligence (mesurée par le QI) varient de façon concomitante au cours de la vie : chez le jeune enfant, l'intelligence se développe à mesure que les neurones s'entourent de myéline, puis la vitesse de traitement de l'information augmente jusqu'à l'adolescence, et ensuite, se stabilise et ne commence à diminuer qu'avec la vieillesse : les neurones perdent alors leur myéline.
Les tests psychologiques montrent que l'intelligence se développe jusque vers 15 ou 20 ans, qu'elle se maintient jusqu'à 65 à 70 ans, puis qu'elle décline à mesure que la gaine protectrice de myéline se dégrade.

       Des cerveaux économes

    Chez les personnes qualifiées de très intelligentes par les tests classiques, seules les aires corticales nécessaires à la résolution de la tâche sont activées.
    Ces résultats ont été confortés par les études du psychologue américain Richard Haier, du Centre d'imagerie cérébrale de l'Université d'Irvine, qui a  montré que le cerveau des personnes qualifiées d'intelligentes consomme moins d'énergie.
    Leur cortex frontal est particulièrement actif et seuls les autres centres indispensables sont mobilisés, alors que chez des personnes moins intelligentes de nombreux centres restent activé, ce qui entraîne un gaspillage d'énergie, qui n'est pas concentré sur les centres essentiels à la résolution de la tâche.
    On constate d'ailleurs des phénomènes analogues par manque d'attention et de concentration.

    Ces explications que nous fournissent les recherches sont intéressantes, mais ne formons pas trop d'espoirs, il serait illusoire de vouloir réduire l'intelligence à un petit nombre de causes.
    On remarquera aussi que le cerveau est peut être prédisposé à acquérir plus vite ces qualités, mais seul son travail lui permet ensuite de devenir intelligent.



Samedi 10 mars 2012 à 8:34

Notre cerveau : intelligence; langage

  L'attention est une fonction cognitive complexe qui est primordiale dans le comportement humain.
             La plupart des activités cérébrales demandent une forte concentration, aussi bien pour la mémorisation d'une information, la compréhension d'un texte, que la recherche d'une chose donnée.         

            A chaque instant, un nombre plus ou moins important d’informations de notre environnement se présente à nos sens. Or, il est impossible de traiter en détail toutes ces informations simultanément. C’est l’attention sélective qui va permettre de sélectionner parmi toutes ces informations, celles à traiter prioritairement, en fonction de leur pertinence pour l’action ou par rapport à nos attentes. Elle permet de se focaliser sur un élément en particulier en se coupant mentalement des autres éléments non pertinents, sans qu’il soit nécessaire pour autant de s’isoler physiquement. Elle est donc indispensable à l’action et au fonctionnement cognitif en général.
            Par exemple en lisant cet article, votre cerveau a choisi de ne tenir compte presque uniquement des informations visuelles de la lecture et d'ignorer les messages relatifs à la sensation de vos vêtements sur votre peau ou de la position de vos jambes. Par contre, le simple fait d'avoir mentionné cela, vous a fait prendre conscience de la texture de votre linge et de la position de vos jambes. Vous y avez fait "attention".

            Quand on cherche des articles sur les recherches concernant l'attention, on trouve de nombreux articles sur l'influence des techniques multimédia sur l'attention des jeunes ou sur leur manque d'attention à l'école, sur les difficultés de concentration des malades Alzheimer, mais très peu d'articles sur le mécanisme cérébral de l'attention.
            Je vais essayer d'en dire quelques mots, mais c'est un mécanisme très complexe et par conséquent mal connu encore.

            Le chef d'orchestre de vos capacités d'attention, c'est votre cortex préfrontal à l'avant de votre cerveau. C'est lui qui assure la supervision attentionnelle, c'est-à-dire qu'il détermine quelle information doit être considérée comme primordiale et quelles ressources cognitives doivent être allouées pour en faire l'analyse, tout en inhibant les éléments de distraction qui surviennent.
          Je vous ai montré dans mon article du 3 juin 2010 que notre cortex frontal était plus performant s'il ne traitait qu'une seule tâche et ne pouvait guère traiter plus de deux tâches à la fois et, si vous lui demandez d'accomplir simultanément deux tâches qui requièrent un haut niveau de supervision attentionnelle, alors votre performance pour chacune de ces deux tâches diminuera de moitié.             
        Faire attention, c'est donc ne pas se disperser, ne pas faire plusieurs choses à la fois et ne pas sauter du coq à l'âne
        Les gens que l’on admire pour leurs capacités « multitâches » sont plutôt des gens hautement performants qui effectuent chacune des tâches l’une après l’autre, très rapidement et efficacement.

            Toutefois il faut que nous soyons éveillé pour que le cerveau frontal soit actif et que par ailleurs le Thalamus coordonne les informations de nos sens (voir mes articles du 15 décembre 2007 et du 7 août 2011). Il n'est donc pas étonnant que la fatigue et la veille diminuent nos capacités attentionnelles.

           L'attention, c'est également mobiliser nos sens, les orienter vers une cible (par exemple regarder ce que vous lisez), et mobiliser les centres du cerveau qui interprètent les données correspondantes.
 

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/visionprolongee.jpg            Nous ne portons finalement attention, à un moment donné, qu’à une infime partie de notre environnement et nous négligeons tout le reste, qui cependant est quand même enregistré pendant un certain temps dans notre inconscient.
            Dans cette mobilisation de nos sens les centres du sommet du cerveau qui contrôlent les mouvements sont mis en jeu, notamment le "champ oculo-moteur", qui oriente notre regard..
           Lorsque nous observons une scène, les neurones des aires visuelles sont activés, mais leur activité est éphémère car la vision est en quelque sorte effacée pour faire place à la suivante. Quand nous voulons faire attention à un objet des neurones voisins du "gyrus fusiforme" sont activés et ils gardent l'information visuelle suffisamment de temps pour que nous puissions l'analyser.

 

          

           Mais les centres du cerveau émotionnel sont aussi mobilisés.   

          
L'hippocampe et les centres du cerveau temporal, ainsi que toutes les zones qui gèrent nos informations mémorisées sont aussi très concernées car l'attention fait en permanence appel à la mémoire.

            L'attention est particulièrement mobilisée lorsque l'information à traiter est nouvelle, c'est-à-dire qu'elle n'a pas d'équivalent en mémoire, alors qu'une information connue ou familière (comme par exemple l'emplacement des meubles dans notre maison ou le bruit du réfrigérateur), n'attire plus l'œil ou l'ouïe.
            L'attention ne se portera sur une information familière que si elle diffère du contexte habituel, ou si nous recherchons volontairement un objet dans l'environnement.
            Notre (pré)nom, entendu dans des contextes divers (dans la rue, au restaurant, au travail....) captera aussi immédiatement notre attention, même si cette information nous est extrêmement familière. Depuis le plus jeune âge, nous sommes en effet conditionnés à réagir à notre (pré)nom.

            Les centres d'apprentissages et les neurones à dopaminesont aussi concernés, car pour apprendre ils doivent mobiliser l'attention .

            Pour vous donner une idée de la complexité de ces phénomènes, j'analyserai de façon simplifiée ce qui se passe si nous cherchons un objet que nous avons perdu au bord d'une rivière.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/attention.jpg            Dans le paysage, le cerveau repère les objets qui attirent son attention (par exemple, des cerises mûres ou l'eau de la rivière). Cette « carte de saillance" élaborée par le "colliculus supérieur", le "sillon intrapariétal" et le champ oculomoteur (en violet), définit les probabilités que l'attention soit attirée par tel ou tel objet.

            Mais, pour retrouver l'objet égaré dans les herbes, le cortex préfrontal renforce l'importance de lo zone herbeuse dons la carte de saillance du sillon intrapariétal et rend également plus sensible à cette zone les neurones de l'aire visuelle (flèche 1).

            Mais si, dans les herbes apparaît une forme évoquant un serpent, comme je ne suis pas Kaa,  je ne suis pas très tranquille et l'amygdale alerte le champ oculomoteur pour détourner le regard vers lo zone à risque (flèche 2) et elle agit aussi sur l'aire visuelle, afin que l'analyse de l'objet détecté soit plus précise, ce qui permettra de savoir si c'est réellement un serpent ou un bout de bois mort : le détecteur de danger est activé (flèche 3).

 

         Lorsque nous portons notre attention vers ce qui nous entoure, certaines régions du cerveau s’activent : c’est le réseau de l’attention, dont je viens de parler un peu. Mais d’autres régions interrompent dans le même temps leur activité, comme si elles gênaient d’ordinaire l’orientation de l’attention vers le monde extérieur. Ces régions forment un réseau appelé communément « réseau par défaut », parce qu’il a longtemps semblé s’activer quand le cerveau n’a rien de particulier à faire.

            Lorsque nous cherchons un objet autour de nous,  les neurones de ce réseau par défaut interrompent leur activité. Mais cette interruption ne dure que le temps strictement nécessaire à la recherche : aussitôt l’objet trouvé, et en un dixième de seconde à peine, le réseau par défaut reprend son activité comme avant. Et si parfois notre réseau par défaut ne se désactive pas suffisamment, nous mettons plus de temps pour trouver l’objet.

            Ce réseau touche beaucoup de centres du cerveau, mais notamment le cortex pariétal moteur (qui est chargé aussi du contrôle des mouvements très précis) et du cortex préfrontal médian (qui est impliqué dans le contrôle de nos états émotionnels et l'imagination de ce que pense autrui).

            Le cerveau a donc horreur du "vide intellectuel" et ne reste jamais sans rien faire, pas même pendant un dixième de seconde.

Mardi 28 février 2012 à 8:21

Notre cerveau : intelligence; langage

http://lancien.cowblog.fr/images/Psycho/Raven.jpg           A la suite de mon dernier article sur l'intelligence, vous me demandez quels sont les sous-tests de QI.
           Il y a de multiples tests dans ce domaine, certains n'étant guère valides.

            Le test le plus connus et qui semble le meilleur pour les enfants, est le test de Wechsler, qui est appelé WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children).
            La dernière version de 2005 comporte 10 à 15 sous-tests et la cotation se fait à partir de quatre "indices". Le test est fait pour des jeunes de 6 à 16 ans et la population de référence est une distribution de Gauss de moyenne 100 et d'écart type 15.
           Voici les principaux sous-tests :

            - Indice de Compréhension Verbale (ICV)

                         • test "Information" : ce sont des questions de connaissances générales acquises dans le milieu familial ou socio-culturel ou à l'école (à quel continent appartient le Canada?).
           Ce test met en jeu les repères qui organisent notre intelligence du monde.
           Il renvoie à la curiosité intellectuelle et à l'attention du monde socio-culturel. Il indique aussi l'investissement de la scolarité, l'adaptation scolaire et sociale, l'expression verbale.
                         • test "similitudes" : on recherche dans une liste les éléments communs ou les propriétés communes (qui a t'il de commun entre un chien et un chat?).
Il porte sur les références catégorielles, la capacité du sujet à conceptualiser. Il permet d'apprécier si le sujet se concentre sur l'essentiel ou sur le détail. Il permet de voir la capacité à classer les objets dans des catégories.
            Ce test est indépendant du milieu familial et de la scolarisation.
                        • test "vocabulaire" : signification de mots. (que signifie le mot invalidant ?)
             Il permet d'éprouver au mieux si l'enfant a des difficultés de langage et quel est son niveau de compréhension de la langue.
             Test sensible au milieu culturel et scolaire
                       • test "compréhension" : Compréhension de situations sociales, de la vie quotidienne. (pourquoi les rues sont elles numérotées dans l'ordre croissant?). Fait appel au jugement et au bon sens.
                        • test "raisonnement verbal" : trouver l'intrus dans une liste de mots.
C'est à la fois un test de vocabulaire, de compréhension et de logique.

            - Indice de Raisonnement Perceptif (IRP)

                         • test "arrangement d'images" : remettre de l'ordre dans un ensemble d'iamges mélanfgées afin de raconter une histoire.
            Test d'anticipation, capacité de prévoir et de concevoir un plan. Capacité du sujet à se situer dans le temps et dans l'espace.
Test témoignant de l'adaptation aux autres.
                        • test "complément d'images" : indiquer la partie manquante d'un dessin incomplet.
            Test qui renseigne sur la capacité de se représenter l'objet dans sa totalité.
                        • test "cubes" : reproduire à l'aide de cubes un motif géométrique en deux couleurs.
            Epreuve de coordination visio-motrice, sensible à l'organisation spatio-temporelle.  
                       • test des "matrices progressives de Raven : on doit compléter une suite de quatre images avec un objet pris dans une série de six objets (voir le dessin au début de l'article).

            - Indice de Mémoire de Travail (IMT)

                        • test "mémoire des chiffres" : mémorisation de chiffres dans une liste.

            Très sensible à la fatigue, à l'instabilité, à l'affectivité et à l'émotivité.

                        • test "arithmétique" : questions simples de calcul ( si 10 objets coûtent 22 €, combien coûtent 15 objet - question très simple à laquelle notre ministre de l'Education Nationale a donné la réponse absurde 16,5; certains enfants de six ans y répondent rapidement sans se tromper)

            Test étroitement lié aux performances scolaires.

            Test anxiogène (rapidité, vitesse), sensible à l'émotivité.


            - Indice de Vitesse de Traitement (IVT)

 

                        • test "Codes et symboles" : en utilisant un code fourni dans l'énoncé, associer des symboles à des nombres ou à des formes.

                        • test "Labyrinthes" : sortir le plus rapidement possible d'un labyrinthe simple.

            Ce sont deux tests d'apprentissage, sensible à l'émotivité, l'instabilité et aux troubles graphomoteurs
 

            Que mesure t'on dans ces tests ?

Les capacités intellectuelles dans  similitudes, arithmétique, cubes, vocabulaire

Les capacités de représentation mentale dans arithmétique, cubes, assemblage d'objets, mémoire des chiffres

L'adaptation sociale dans arrangement d'images, compréhension.

L'adaptation à la réalité dans complément d'images, arrangement d'images

L'image du corps et le schéma corporel (physiologique donné par le cerveau) dans complément d'images, cubes, assemblage d'objets

          

 Nota : Vous trouverez sûrement de tels tests dans des revues diverses, mais ils ne sont pas étalonnés et leurs résultats sont douteux. En fait l'interprétation doit être faite par des personnes ayant reçu une formation appropriée et ayant un minimum de connaissances en psychologie.


Dimanche 26 février 2012 à 8:37

Notre cerveau : intelligence; langage

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/Binet.jpg

            J'ai fait en janvier 2010 des articles sur l'intelligence et le QI que j'avais complétés par un article du 11 septembre 2011.
            J'ai reçu quelques mails de questions, surtout à propos du QI et vous me parlez aussi du "facteur G". Vous vous interrogez aussi sur la part génétique et la part acquise. Vous me demandez aussi quels sont les endroits du cerveau qui contribuent à l'intelligence.
            Ce sont effectivement des problèmes complexes et je vais essayer d'y répondre au moins en partie, principalement à partir de publications faite par l'Ecole Normale Supérieure de Paris (Institut d'étude de la cognition).

            Lorsqu'on observe les personnes et qu'on se demande si elles sont intelligentes, on constate que les capacités et les talents peuvent être multiples; celui qui excelle dans le maniement du langage peut utiliser moins bien le raisonnement abstrait, alors que tel autre brillant en mathématiques est incapable de gérer sa vie au quotidien.
            Cependant les psychologues considèrent qu'il existe une "intelligence générale", car les données recueillies depuis un siècle sur les tests d'intelligence, un test complet comportant en général plusieurs « sous-tests », montrent que, quels que soient le nombre et la variété des sous-tests utilisés, les performances des individus à tous ces tests sont liées (on dit qu'elles sont corrélées), c'est à dire que les individus qui ont de bons scores à quelques tests réussissent à tous les autres, et inversement.
            Des analyses statistiques plus poussées ont montré qu'un facteur statistique unique pouvait expliquer la majeure partie des différences individuelles de performances. C'est cela qu'on appelle le "facteur G", le QI étant au départ une construction d'Alfred Binet sur le développement de l'intelligence des enfants autour de 10 ans, qui s'est ensuite généralisée, notamment aux adultes.
            Cela dit les nombreux tests qu'on trouve un peu partout, ne reposent pas forcément sur une étude statistique valable et donc sont critiquables.

            Cette notion d'intelligence générale est souvent critiquée  : d'une part, les tests d'intelligence ne mesurent qu'une partie des capacités intellectuelles utiles et, d'autre part, le QI ou le facteur G ne semblent être que des indices statistiques sans réalité biologique.
            Il est exact que le QI ne mesure qu'une partie de nos capacités intellectuelles.
            Parmi les compétences de raisonnement, il tient très peu compte les capacités de planification, d'adaptation ou encore d'inhibition (se retenir d'agir ou de parler par exemple dont j'ai en partie parlé dans mon précédent article), qui jouent pourtant un rôle important dans la vie quotidienne.
            Plus grave encore il néglige totalement les capacités de communication et de relations sociales. Aucune place n'est faite à l'expression et la maîtrise des sentiments et des émotions.
            Howard Gardner, de l'Université Harvard aux États-Unis, a proposé la notion d'intelligences multiples dont j'ai parlé dans mon article du 11/9/2011, et un test notamment complète le QI : le quotient émotionnel, QE.
           Le QI n'est donc pas inutile et sans validité : il a ses limites et ses défauts.

           La notion de facteur G repose donc sur le fait qu'en général celui qui a de bons résultats à un des sous-tests de mesure du QI, a aussi de bons résultats aux autres sous-tests et inversement.
           On peut d'ailleurs expliquer cette corrélation entre les sous-tests : bien que les différents sous-tests semblent chacun mesurer une capacité intellectuelle donnée, en fait chaque test fait appel à de multiples capacités cognitives du cerveau, qui sont utilisées dans des proportions différentes pour chaque test.

            Par exemple le test d'assemblage de formes spatiales pour réaliser des figures ou des objets demande des capacités visuo-spatiales, d'analyse, d'imagination, de coordination visuo-motrice, d'adresse manuelle si c'est un test en vraie grandeur, de rapidité, de décision, d'attention....
           Certaines facultés agissent sur les scores de tous les tests : attention, concentration, observation, compréhension du test....

            L'esprit humain est formé d'un grand nombre de fonctions cognitives, mais aucune n'a vraiment un centre unique du cerveau qui la représente, car c'est le cerveau tout entier qui y participe.
            Certes le cortex frontal et préfrontal a une part prépondérante, puisque c'est lui le chef d'orchestre, mais de très nombreux centres participent à la mémorisation, l'attention et la concentration sont des phénomènes complexes et mal connus, les centres du langages sont mieux connus, mais participent à de nombreux raisonnements et calculs, nos sens sont indispensables pour prendre de l'information, et tout le cerveau émotionnel participe à la vie sociale et à nos sentiments.
            De plus des phénomènes plus généraux comme la myélinisation des fibres nerveuses qui augmente considérablement la vitesse des transferts d'influx nerveux, accroît sensiblement les performances cérébrales.
            C'est donc tout le cerveau qui participe à l'intelligence.

            Les études faites par des chercheurs sur des familles et notamment des jumeaux semble montrer que la part d'innéité est de l'ordre de 50%. Ce n'est pas seulement l'hérédité, mais l'arrangement des neurones au moment de la formation du cerveau dont la dernière étape est en partie due au hasard des connexions ultimes entre axones et dendrites.
            Mais en fait ce chiffre est très fallacieux, car l'innéité ne crée pas un cerveau intelligent. Elle donne une potentialité de le devenir. S'il n'y a pas apprentissage du bébé, éducation de l'enfant, instruction de l'adolescent, perfectionnement et expérience de l'adulte, il n'y a pas d'intelligence.
            Un cerveau qui aurait reçu des possibilités extraordinaires d'intelligence, ne donneraient pas un être intelligent si on ne lui apprend pas à parler, à lire et écrire, si on ne forme pas sa mémoire, et si on le laisse former seul son expérience.
            J'aurais tendance à faire cette réflexion absurde : L'intelligence, c'est 50% d'inné (une potentialité) et 100% d'acquis par la suite.
C'est dans cet acquis qu'on peut trouver 50% d'inné.

 

Samedi 25 février 2012 à 8:08

Notre cerveau : intelligence; langage

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/scanner.jpg

           On dit souvent que 7 ans chez un enfant c'est l'âge de raison !! Je pense que cela nous fait sourire

            Pourtant il se passe entre six et huit ans un événement important dans le cerveau des enfants : le développement des "centres de l'inhibition". Toutefois il semble que ce phénomène intervienne plus tôt lorsque l'enfant apprend déjà à lire et à compter.
 
            Un stade important dans le développement de l'enfant est en effet le moment où il acquiert vraiment la notion de nombre.
            Le bébé possède déjà des capacités numériques. Il évalue grossièrement l'importance d'un groupe d'objets. Mais il fait des erreurs de nombre car il applique alors des stratégies de résolutions de problèmes acquises pour des problèmes différents et il n'a pas encore la possibilité d'éliminer des réponses automatiques.
Par exemple, si on lui présente le même nombre de jetons sur deux lignes, dont l'une est nettement plus longue que l'autre, il répondra aussitôt qu'il y a plus de jetons dans cette rangée.
           
            Soixante enfants de 5 à 10 ans ont été soumis à ce test, alors qu'ils étaient dans un appareillage d'IRM du cerveau (photo ci-dessous).
            Il est apparu que les enfants commençaient par utiliser la correspondance visuelle entre longueur d'une suite d'objets et leur nombre, et que ceux qui répondaient de façon erronée n'avaient pas inhibé cette première impression.
            Ceux qui répondaient de façon exacte inhibaient la première intention de réponse, grâce à une activation de centres situés dans le cortex frontal, (sur le haut du front), à la limite du cortex pariétal (sur le dessus de la tête).
Cette zone d'inhibition est proche de celles de commande de la prononciation des mots.
            Ce réseau a été étudié et il est actif dans les capacités numériques, mais aussi dans le choix de stratégies de raisonnement, notamment en inhibant ou autorisant des information à être transmises à la mémoire de travail, puis au cortex frontal qui dirige nos raisonnements.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/motsecrits.jpg
 
            Il semblerait donc que, pour être plus performant dans les tâches logico-mathématiques, l'enfant doit habituer son cerveau à inhiber certaines réponses automatiques, et que cet apprentissage se fait au moment où il apprend à lire et à compter, ce qui paraît logique, car il apprend de nouvelles possibilités de stratégies beaucoup plus performantes que ses intuitions anciennes.
 
            On peut dès lors imaginer qu'au-delà des apprentissages logico-mathématiques, la pédagogie à l'école puisse développer cette capacité à changer rapidement de stratégie de raisonnement et à mobiliser des réseaux neuronaux différents pour résoudre la même tâche, ce qui a déjà été testé avec succès au Canada, dès I'école maternelle, par Adèle Diamond, de l'université de Colombie-Britannique, sous forme d'exercices de contrôle comportemental et cognitif.
 
           
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/formelettres.jpg           
           Un autre aspect de l'évolution de l'enfant lorsqu'il apprend à lire, est la reconnaissance des lettres.
           Très curieusement c'est un centre à l'arrière et en bas du cerveau, qui chez le jeune enfant fait partie des centres qui ont pour mission la reconnaissance des objets et des visages. Au moment où quelqu'un apprend à lire (même un adulte), une partie de ces centres évoluent pour se spécialiser dans la reconnaissance des lettres de l'alphabet et des chiffres.
            Mais au début il y a un petit problème, car ces centres ont l'habitude de considérer que deux images symétriques "en miroir" correspondent à un même objet.
Par exemple sur l'image ci contre le vélo et le triangle.
            Or ce n'est pas vrai pour les lettres (b et d) et les mots (ioup et quoi).
            Il faut donc que l'enfant inhibe la réaction automatique de ces centres pour leur faire acquérir l'apprentissage de reconnaissance des lettres.
            Ce sont les mêmes centres du cerveau frontal qui doivent remplir cette fonction d'inhibition.
 

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