Mardi 12 janvier 2010 à 9:05

Notre cerveau : intelligence; langage

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    Certaines de mes correspondantes, ayant été reçues au bac en juin 2009 avec mention AB ou sans mention, et qui sont en fac maintenant, se lamentent sur la dificulté des cours et la quantité de travail à fournir pour arriver à suivre et elles voient arriver avec terreur les prochains partiels..
    Elles me demandent, “suis-je assez intelligente pour réussir à la fac ?”.

 
    J’aurais tendance à poser la question autrement, car si vous avez obtenu votre bac, vous n’êtes quand même pas “demeurée” et vous avez un “minimum d’intelligence”, même si on ne sait pas très bien, ni ce que cela veut dire, ni encore moins la quantifier. (je vais faire deux ou trois articles sur ce sujet)
    Par contre vous avez des aptitudes différentes dans divers domaines et donc vous n’aurez pas les mêmes facilités dans n’importe quels types d’études.
   
    Pour avoir observé nombre d’entre vous, ainsi que mes petits enfants et leurs camarades, je ne suis pas convaincu que votre résultat moyen au bac soit le résultat d’une intelligence moyenne.
    Il me semble qu’il y a d’abord une question de quantité de travail. Beaucoup d’entre vous me semblent sollicitées par de nombreuses activités autres que les études et je pense que l’effort pour obtenir de meilleurs résultats n’a pas été suffisant. Je trouve que de nos jours, la “culture de la flemme” se porte bien.
    Un certain nombre de mes correspondantes ont eu des mentions bien et très bien au bac, certes elles étaient intelligentes, mais il n’y a pas de miracle, elles travaillaient beaucoup.
    Je constate en particulier que le nombre d’exercices faits à la maison est actuellement tout à fait insuffisant et que, par conséquent, l’entraînement à faire des épreuves analogues à celles du bac (ou ce la fac) est faible et ne permet pas de faire face aux diverses questions qui peuvent être posées.
    Le travail de mémoire n’est  pas toujours fait convenablement. Un certain nombre de connaissances doivent être acquises même si elles correspondent à des classes antérieures à la première et la terminale, et certaines règles, certaines formules doivent être apprises par coeur, pour ne pas perdre inutilement du temps à les reconstituer. Il faut évidement aussi savoir s’en servir. (par exemple savoir reconnaître dans une formule la présence d’un carré d’un polynome simple; cela doit devenir un “réflexe” ! ).
    Je ne suis pas sûr non plus qu’on vous ait donné des méthodes précises pour faire votre travail.
    Autrefois on nous donnait des “trucs et astuces” pour résoudre certains problèmes de mathématiques ou de physique, mais surtout des méthodes pour lire et comprendre un énoncé, pour faire introduction, plan et conclusion d’une dissertation. (par exemple toujours analyser la signification en français de chacun des mots de l’énoncé de la dissertation et ensuite les assembler pour comprendre les diverses significations possibles du texte ; souvent cela permet d’élaborer un plan de ce que l’on va discuter).

    Aller en fac, voire en prépa, ne demande pas une intelligence supérieure.
Par contre il ne faut pas vous faire d’illusion : comme les études seront plus spécialisées, vous aurez beaucoup plus de connaissances à emmagasiner, à mémoriser, et une quantité de travail à fournir très supérieure à celle nécessaire aux classes de terminale.

    Si vous n’êtes pas décidée à fournir cet effort, ne comptez pas trop réussir.
    Et dans les classes de prépa qu’elles soient de lettres  ou de sciences, le travail demandé est encore plus important.   
   J’ai l’exemple d’une de mes correspondantes que je connais depuis 5 ans qui a été reçue en juillet dernier à l’X et à Normale Sup et je peux vous dire que pendant ses années de préparation, elle travaillait plus de 12 heures par jour et la plupart des week-ends. Je connais aussi la quantité de travail de celles qui sont en fac de médecine et je vous assure qu’elles n’ont pas le temps d’avoir beaucoup d’activités en dehors de leurs études, sauf aux grandes vacances (et encore il y a des stages!).

   
Dans mes prochains articles, je vous parlerai de l’intelligence.

Dimanche 22 novembre 2009 à 8:32

Notre cerveau : intelligence; langage

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    J’ai lu dans des compte-rendus d’études sur le cerveau deux informations qui m’ont  paru assez originales et je veux donc vous en donner l’essentiel.

    Comment sembler grand quand on est petit ?

    Dans une étude de l'Université du Maryland, des acteurs devaient adopter des comportements de domination ou de soumission, et les spectateurs devaient ensuite estimer la taille de ces acteurs.
    Les comportements de dominance (sourcils froncés, regard direct, épaules déployées et jambes détendues et gestes de mouvements des bras ou le doigt pointé) ont augmenté en moyenne de 15 centimètres la taille attribuée à l'acteur,        
    Les attitudes de soumission [sourcils relevés, regard oblique, bras croisés, jambes serrées et gestes tels que se toucher le cou ou se tordre les mains...) ont entraîné des évaluations proches de la taille de l’acteur ou un peu inférieures.
    D’après les psycho-sociologues, les attitudes de domination semblent activer un réflexe remontant aux origines de l'homme :  les individus les plus grands étaient généralement les meneurs dans un groupe, car plus forts et plus visibles et donc plus dangereux pour les autres..

Reste à savoir ce qui se passe quand un individu très puissant est... tout petit ! (ne me faites pas de procès d’intention, ce n’est pas un conseil pour Sarkozy, je ne me permettrais pas lol)

    Je devine si tu fais une addition ou une soustraction !

     Les neuro-scientifiques Stanislas Dehaene, André Knops et leurs collègues de l'INSERM, du CEA, du Collège de France et de l'Université Paris Sud ont trouvé récemment que les zones du cerveau commandant les mouvements des yeux sont impliquées lors de la réalisation d'un calcul mental.
    Ils ont remarqué que les yeux d'une personne qui essaie de faire une soustraction mentalement, dans 70% des cas, réalisent une petite saccade vers la gauche, alors que ce mouvement oculaire se porte vers la droite lorsqu'il s'agit d'une addition. Bizarre non ?
    Les neuroscientifiques ont examiné l'activité du cerveau lorsqu'on déplace son regard vers la droite ou vers la gauche, et ont détecté de toutes petites différences dans la forme des aires activées par l'une ou l'autre de ces tâches, ce qui permet uniquement en observant son activité cérébrale, de savoir si une personne était en train de déplacer son regard vers la droite ou vers la gauche.
    Puis en faisant faire à leurs patients des opérations mentales et en observant l’activité cérébrale de ces aires (et pour vérification en filmant le regard de la personne), ils ont montré que l'on a tendance à regarder à gauche lorsqu'on fait une soustraction, et à droite quand on réalise une addition.
     Cette découverte signifie que certaines zones du cerveau sont utilisées pour diverses tâches, ici le calcul mental et le repérage visuel dans l'espace.
    Le lien entre calcul et mouvements visuels peut s'envisager de la façon suivante : depuis des millénaires, l'être humain est habitué à évaluer la quantité d'objets dans un ensemble (le nombre de bêtes dans un troupeau, ou d'arbres dans un bosquet) en déplaçant son regard d'un objet à un autre. D'ailleurs, le simple fait de compter sur ses doigts, (comme le fait un enfant qui apprend à compter),  suppose d'augmenter graduellement une quantité en déplaçant son regard. Une étape légèrement plus perfectionnée du comptage consiste ensuite à déplacer son regard d'un objet à l'autre sans s'aider de sa main, en parcourant du regard l'environnement visuel, chaque objet décompté étant assimilable à une unité ou à un point. Le calcul mental supposerait alors de déplacer son regard au sein d'une collection de points imaginaires.
    Quant à savoir pourquoi la soustraction correspond à des saccades vers la gauche et l'addition vers la droite, cela s'explique peut-être par le fait que nous sommes culturellement habitués à faire augmenter les nombres sur un axe allant de la gauche vers la droite, mais cela me paraît bien léger comme explication !


    Je vous en prie ne passez pas ce dimanche à faire faire des additions et des soustractions à votre famille en regardant leur tête : ils vous prendront pour une folle !

Vendredi 20 novembre 2009 à 11:10

Notre cerveau : intelligence; langage

    Sans doute vous êtes vous trouvé souvent devant des choix à faire, pas forcément très importants, mais qui nécessitaient cependant une décision, et dans des circonstances où vous n’étiez pas au calme, mais soit avec d’autres personnes qui vous parlaient, soit pris par un appel téléphonique et que vous deviez à la fois décider et écouter votre interlocuteur.
    C’est souvent le cas au travail, mais de façon plus banale, on a aussi ce problème souvent lorsque l’on doit choisir les plats souhaités dans le menu d’un restaurant.

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    Certes vous avez éliminé déjà divers plats, mais vous avez encore, après cette première sélection, le choix entre des tomates au thon et du foie gras comme entrée et entre des ravioles de fruits de mer, de l’espadon thermidor et  des brochettes de Saint Jacques, comme plat et vous hésitez beaucoup, tandis que votre voisin vous raconte ses dernières vacances en Espagne.
    Obligé d’écouter vous n’avez pas le temps de bien peser les choix : comment lui faire comprendre sans le vexer, que vous êtes confronté à une tâche qui requiert une intense concentration et vous vous décidez brusquement pour le foie gras et l’espadon.
    Vous pensez alors pouvoir prêter une oreille sereine à votre interlocuteur, mais une petite voix vous murmure: « Et la raviole de fruits de mer, est- ce que ce ne serait pas mieux? »
    Vous n'écoutez déjà plus votre voisin, et rouvrez le menu. La raviole ? La brochette de Saint Jacques? Et l’espadon qui reste aussi un bon choix possible.
    Vous décidez de vous en tenir à l’espadon thermidor, alors, pourquoi tant d'agitation pour conserver finalement le choix que vous aviez fait dès le début?

    Des neurologues ont levé une partie du voile sur ce processus. Ils se sont intéressés aux choix qui comportent plusieurs étapes. C'est votre cas lorsque, pressé par le temps, vous décidez dans un premier temps de commander l’espadon. Cela vous permet de libérer votre esprit pour penser à autre chose.Vous prenez une « option mentale », en différant votre décision finale.
    Par chance, les circonstances vous laissent plus de temps: votre cerveau met alors ce délai à profit pour réexaminer le choix, que ce soit pour le conforter ou l'invalider. Il reprend les données du problème, les confronte à votre décision, au cas où cette dernière ne serait pas optimale. Il se peut qu'il aboutisse à la même conclusion, ou qu'il change d'avis au dernier moment.
    Des neurones particuliers sont responsables de ce phénomène: situés dans une zone de l'avant du cerveau : le cortex préfrontal médian, ils ont été étudiés sur des primates par une équipe de chercheurs neurologues de l'Université de Mexico.
    Ils ont appris à un singe à mémoriser plusieurs options; ils ont constaté que chacune des options était enregistrée par un groupe de neurones particulier dans le cortex préfrontal. Lorsqu'ils ont demandé au singe de faire un choix entre ces options, ils ont observé ququ’un groupe supplémentaire de neurones est intervenu, qui correspondait à un choix provisoire.
    Si on demande au singe d'attendre avant d'ex- primer son choix (comme lorsque vous devez attendre le serveur pour commander le menu), on constate que les neurones retrouvent l'activité initiale qui correspond, pour chaque groupe de neurones, à l'activité de l’option correspondante possible et. chaque groupe de neurones effectue  des allers- retours entre l'option initiale qu'il a enregistrée et le choix provisoire effectué. Le cerveau garde en mémoire son choix, mais réexamine en permanence les données du problème.
    Ainsi, vous pouvez sans crainte prendre une première décision au restaurant, votre cerveau continuera à examiner les données du problème, et même à en intégrer de nouvelles (« Désolé, nous n'avons plus de plat du jour »). Ces hésitations semblent ennuyeuses, mais sont censées optimiser nos choix.
   
Et lorsque viendra la minute de la décision définitive, vous pourrez ainsi prendre celle-ci plus rapidement avec moins de risques d’erreur.

Lundi 22 juin 2009 à 8:09

Notre cerveau : intelligence; langage

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    Je n’ai pas encore parlé des sujets de philo de L.
    J’avoue que le premier
    “L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ? “
ne m’inspire pas du tout
    Cela me paraît tellement évident que si l’on ne veut pas verser dans le roman historique (qui peut être fort intéressant d’ailleurs et apporter des connaissances historiques s’il est bien fait), et écrire donc autant que faire se peut la “vérité historique”, il faut ne pas être influencé, et donc le plus objectif possible
    Mais cela me paraît non moins évident que l’historien est un homme, et que si rigoureux et bien intentionné qu’il soit, il ne peut totalement s’abstraire de lui même et de ses pensées, de ses opinions, de son passé, de son éducation et de son environnement..
    Alors si ce n’est développer tous ces éléments, je ne sais pas bien comment j’aurais pu aussi défendre un “non “ timide à cette assertion.

    Par contre l’autre sujet de L m’aurait passionné (car j’ai une particularité bizarre quand j’étais ado, celle d’avoir passé mon bac S en juillet et mon bac L en septembre !) :
    Le langage trahit-il la pensée ?

    Mais première constatation, trahir en français a deux significations très différentes
    - ce peut être divulguer, révéler, laisser voir, faire apparaître, comme dans “trahir une émotion”.
    - et puis c’est aussi être un traître, ne pas traduire fidèlement comme la célèbre maxime italienne qui dit que tout traducteur est un traître !!
    Cette dualité s’applique bien évidemment à notre sujet.

    Si je pense au premier sens de trahir, je pourrais formuler la phrase ainsi :
    “la pensée peut elle exister sans le langage ?


    La pensée dans le cerveau a deux supports : le langage et les perceptions, notamment les images, qui sont conservées par la mémoire épisodique, qui enregistre la succession des événements.
    Les études menées sur les bébés montrent que la pensée existe sans le langage mais qu’elle est très limitée; elle est composée d’images et de perceptions, et des apprentissages qui y sont liés (reconnaître, prendre un objet, marcher, se diriger...) enregistrés dans le cervelet, et d’émotions liées au cerveau limbique.
    Puis le langage se développe avec la parole et une première organisation dans la mémoire des mots utilisés, liée à la chronologie de l’apprentissage; puis le vocabulaire s’élargissant, notamment avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, la mémoire se réorganise au plan sémantique, en associant les mots par signification, par catégories d’utilisation (exemple les animaux, les outil, les véhicules...) et en créant des liens logiques entre les connaissances complémentaires de sujets donnés (vos grands parents, leur adresse, leurs dates de naissance, leur maison, sa configuration, leur vie ....)..
    Le langage sert non seulement pour s’exprimer, pour révéler aux autres ce que l’on pense, mais pour soi même exprimer sa propre pensée en interne, pour créer et organiser ses propres idées dans son cerveau.
    Et même lorsqu’un souvenir épisodique est composé essentiellement de perceptions et notamment d’images de notre passé, sa réminiscence interne, dans l’intimité de notre cerveau, est associée à des mots qui nous rappellent ou nous définissent les scènes, ou des paroles qui les ont accompagnées.
    En définitive, dès 6 ou 7 ans, la pensée n’existe plus sans le langage.
    Certes les perceptions, les émotions existent en elles mêmes de façon autonome, et nous les ressentons, nous en sommes conscients, cela fait parti de notre vécu. Mais si nous voulons les comprendre, les définir, les analyser pour nous mêmes, ou à fortiori les révéler aux autres, seul le langage nous permet de les définir et les décrire. C’est encore plus vrai de toute pensée rationnelle.
    Il faut donc le langage pour trahir (c’est à dire révéler), nos idées, notre pensée
    Mais le langage est il un outil parfait pour cette tâche ?


    Venons en à la seconde signification de trahir :
  “le langage permet il de refléter fidèlement notre pensée, de toujours l’exprimer clairement ou bien parfois la trahit il  ? “
    et je rajouterai alors
  “à qui la faute, au langage ou à nous mêmes ? “

    Il est clair que ce n’est pas parce quelqu’un verbalise beaucoup qu’il a beaucoup d’idées et que sa pensée est claire. Nous avons tous connu d’incorrigibles bavards, mais qui ne nous apportaient que peu en matière de pensées intéressantes.
    On l’a dit précédemment, le flux de la conscience peut exister sans le langage, sous la forme d’images et d’émotions    En fait je me sers, consciemment du langage vers autrui ou en interne, ou même inconsciemment, surtout quand je réfléchis et le flux de la conscience est alors composé d’idées, objets de la pensée, et on ne voit pas alors très bien comment une idée pourrait être pensée sans des mots, sans un langage. Les neurologues croient même mais ne peuvent démontrer, que la pensée inconsciente s’appuie sur les mots dès qu’elle est rationnelle.
    Cela étonnait beaucoup une de mes guenons lorsque je lui disais cela !

    Le problème maintenant que l’on sait que les mots sont nécessaires est de savoir s’ils sont suffisants.
    Je pense que nous avons tous connu des cas où nous ne savions pas comment exprimer nos sensations, nos émotions, et même nos idées de façon claire. C’est même le problème principal que je rencontre avec mes correspondant(e)s : se comprendre en évitant les malentendus, les erreurs (et je ne parle pas des réticences plus ou moins conscientes à révéler quelque chose, mais du cas où on veut le faire).
    Effectivement on peut longtemps discuter sur les réticences conscientes ou non et leurs raisons de ne pas dire et révéler nos pensées et notre vécu, ainsi que ses causes. Mais je m’en tiendrai au cas où nous voulons communiquer.
    Pourtant, même dans ces cas, les erreurs de compréhension sont multiples tous les jours de notre existence.
    Le langage c’est évident, peut trahir , c’est à dire déformer nos pensées, mais à qui la faute ?

    Le langage est lié à un vocabulaire, une grammaire et une syntaxe. Ce sont en quelque sorte des outils.
    Des études ont été faites sur des personnes n’ayant qu’un vocabulaire très limité, de l’ordre de 2000 à 4000 mots et  les conclusions de ces études étaient que l’expression des pensées pouvait être bonne, mais sur des sujets très limités et à condition de ne pas demander de détails, de précision. Le fait qu’elles ne disposent que d’un vocabulaire limité fait que dans certains cas, en quelque sorte, elles ne savent pas elles mêmes à quoi elles pensent.
    Vous qui allez avoir votre bac, prenez un dictionnaire et pointez sur quelques pages de chaque initiale, les mots que vous connaissez. Vous verrez que l’instruction que vous avez reçue, vos lectures vous font connaître la signification d’environ 20 à 30 000 mots. A la fin de votre vie, vous verrez que votre vocabulaire a à peu près doublé.
    C’est cette richesse et la faculté de s’en servir (syntaxe et grammaire) qui va faire la qualité de votre expression en nuances, en précision, en quantité d’informations transmises et donc conscientes de vous même.
    Cela ne suffit pas. Vous avez toutes et toutes lus des textes peu compréhensibles, que vous trouvez être du “charabia”. Un esprit “rempli de mots" n’est pas forcément clair et la "confusion mentale" est une cacophonie des mots dans un esprit qui n’y voit plus clair. Nous pouvons parler beaucoup pour ne rien dire de clair et de précis et dans ce cas, la parole peut ne pas être inspirée par une pensée, mais se développer dans une prolifération de sons plus ou moins cohérents.

    Mais supposons que nous soyons bien formés et que nous sachions nous exprimer clairement. Cependant il y a des personnes qui ne nous comprennent pas ou peu. Il y a des professeurs que nous comprenons mieux que d’autres.
    D’abord il est certain que même si les mots servent à traduire la pensée, avec l’aide de la grammaire et de la syntaxe, ils ne s’organisent pas tout seuls et les qualités de notre cerveau d’analyse et de synthèse sont également essentiels et résultent de nos dispositions naturelles, et surtout de notre formation et de notre entrainement à ces exercices. (d’où l’utilité de certains exercices d’expression écrite ou orale !).
     Dans les cours de communication on apprend que s’exprimer, c’est d’abord savoir ce que l’on veut dire, quel message on veut faire passer. Puis c’est de savoir à qui on veut s’adresser (la cible !) et d’adapter le message à chaque type d’interlocuteur. Dans mes discussions sur des sujets analogues, je ne m’exprime pas de la même façon si vous êtes au collège ou en fac, parce que votre âge et votre environnement sont différents, ou à une fille comme à un garçon.
    De plus la connaissance de l’autre permet de mieux adapter son expression, en essayant de s’imaginer comment l’autre va recevoir et interpréter le message.
    Mais il y a toujours des cas où, soit on ne sait pas comment exprimer ce que l’on ressent , soit on ne sait pas comment l’exprimer à l’autre : c’est surtout vrai de ce qui est émotionnel, sentiments flous, ou cas dans lesquels il est difficile de ressentir l'émotion de son interlocuteur, par exemple lorsque l’on est en face d’une personne qui vient de perdre un être cher.

    Finalement le langage peut trahir la pensée, mais en fait c’est nous même qui nous trahissons, car ce langage n’est qu’un outil, encore faut il savoir s’en servir et que celui auquel nous nous adressons soit apte à recueillir l’idée que nous voulons faire passer en interprétant notre pensée au travers de sa personnalité et de son vécu propre.

Mardi 19 août 2008 à 15:08

Notre cerveau : intelligence; langage

    Un de mes correspondants, qui bégayait étant jeune, a suivi une rééducation chez un orthophoniste et parle maintenant normalement, me demande si je sais pourquoi “son cerveau bégayait ainsi”.
    J'ai lu quelques articles sur ce sujet et j'ai pensé que ma réponse pouvait aussi intéresser d'autres correspondants qui lisent mes articles sur le fonctionnement du cerveau.

    Les neuro biologistes ont en effet étudié la question.
    Mais auparavant je vous résume quelques notions sur les mécanismes de la parole, que j'avais développés dans des articles en août et novembre 2007 (notre cerveau).
    Voir le schéma ci dessous :


 
    Lorsque nous écoutons quelqu'un, l'oreille transmet les sons à l'aire auditive qui les analyse et, lorsqu'il s'agit de mots (ou de sons apparentés), les signaux sont transmis à l'aire de Wernicke qui va reconnaître s'il s'agit de langage et le décrypter en partie. Elle se met en relation avec l'aire de Geschwind qui est en quelque sorte la “mémoire des mots”, pour en comprendre la signification.

        Lorsque nous lisons, ce n'est plus l'aire auditive qui intervient mais les aires visuelles,  situées à l'arrière du cerveau. Le mécanisme est ensuite analogue.
        Enfin lorsque nous voulons parler, c'est encore le centre de Wernicke qui élabore le message. Mais il ne sait ni ordonner les mots d'une phrase, ni le transmettre à nos lèvres.
De même quand nous voulons écrire, il recherche les mots correspondant aux idées mais il ne sait pas commander nos doigts.        
        Pour parler, pour écrire, l'aire de Wernicke a besoin de l'aire de Broca.
        Celle ci va utiliser grammaire et syntaxe et mettre les mots en phrases, puis elle va commander les muscles de la parole ou de l'écriture, par l'intermédiaire du cortex moteur primaire et notamment de sa partie inférieure, tout à coté d'elle, que l'on appelle le cortex moteur primaire des mouvements complexes.
        Une personne dont l'aire de Broca est lésée comprend le langage écrit et parlé, mais ne peut plus s'exprimer ou émet une suite de mots sans liens entre eux..
       Donc, l'aire de Broca “organise le langage et commande son expression orale ou écrite” par les cordes vocales ou la main, par l'intermédiaire de centres moteurs situés dans le cortex sur le dessus du crâne.
    Tous ces centres sont situés dans l'hémisphère gauche du cerveau.

     Pour suivre une conversation, comprendre un texte ou une plaisanterie, on doit non seulement être capable de comprendre la syntaxe des phrases et le sens des mots mais également de mettre en relation plusieurs éléments et de les interpréter par rapport à un contexte donné.
    En particulier l'expression des visages des individus et l'intonation de leur voix apportent des éléments émotionnels.
    Les aires de l'hémisphère droit symétriques de celles de l'hémisphère gauche interviennent pour saisir l'intonation et l'accentuation des mots, les indices permettant d'établir un contexte communicationnel, les nuances apportées par certains mots, les intentions de l'interlocuteur, les gestes et expressions du visage ou les conventions sociales,la compréhension du langage non-littéral (ironie, métaphores, sous-entendus...)
    Enfin si l'hémisphère gauche comporte la “mémoire des mots”, il semble que ce soit l'hémisphère droit qui comportera celle des nuances, des émotions et des images liées au langage.
    L'hémisphère droit est également “consulté” lorsque l'on se trouve face à des fautes grammaticales ou des phrases incomplètes, afin de rétablir le texte exact.

    Lorsque l'on examine l'activité des centres de la parole d'un bègue, on constate que les centres de l'hémisphère gauche et notamment le centre de Broca, sont moins actifs et ceux de l'hémisphère droit au contraire plus actifs, que chez un individu à la parole normale.
    Les centres de l'hémisphère droit sont fortement reliés au cerveau émotionnel et notamment aux centres amygdaliens qui contrôlent la peur, la colère, le stress... et à des centres cingulaires antérieurs qui contrôlent nos rapports sociaux.
    On constate souvent que la personne bégaie peu lorsqu'elle est seule, mais que la présence d'autrui, le stress, les émotions, ou certaines situations psychologiques de blocage, augmentent considérablement le begaiement.
    Une analyse plus détaillée des centres de l'hémisphère gauche montre une certaine déficience du “controle auditif” chez les bègues. Lorsque nous parlons, notre oreille perçoit nos paroles et le centre auditif les transmet au centre de Wernicke qui informe le centre de Broca de la justesse de ses ordres et sinon corrige nos dires. C'est cette “rétroactivité” qui semble mal fonctionner chez les bègues.

    L'orthophoniste va leur faire travailler l'élocution, prendre une façon de parler plus douce, allonger les syllabes, faire des transitions entre les mots, et respirer autrement...
    A l'issue de cette “thérapeutique” qui peut durer un à deux ans, le bégaiement est en général très fortement diminué, voire supprimé,  et on constate alors une augmentation sensible de l'activité des aires de la parole de l'hémisphère gauche. Toutefois ce ne sont pas les neurones de la partie qui était “en panne” qui fonctionnent à nouveau, mais des neurones voisins qui ont pris le relais.
    L'hémisphère droit reste malgré tout plus actif que la normale, même après la “guérison”;

    Voilà résumé succintement, le contenu des articles que j'ai pu lire sur ce sujet.

Dimanche 25 novembre 2007 à 16:54

Notre cerveau : intelligence; langage



    J'avais reçu un SMS assez difficile à déchiffrer, un message d'amour qui ne m'était pas destiné et je vous avais raconté cette aventure dans un article du 30 septembre. Voici ce SMS

“ mon cwou - ge t'm ge t'aime tu sé - pa bien quand toa pala - gveu tvoir - fo qtu vienn ce soir ou 2min - moa gpeu + mpac de toa  biz partou  ta lise”

et le dictionnaire SMS qui m'a aidé dans ma traduction, a étonné certaines de mes correspondantes.
    Alors j'ai voulu leur expliquer comment fonctionne notre “dictionnaire SMS” : le cerveau.
    Mais lisez l'article précédent auparavant pour connaître les centres du cerveau concernés.

    Quand je lis ce SMS, mes aires visuelles envoient au centre de Wernicke les images des lettres et des mots reçus. Wernicke consulte le centre de Geschwind qui mémorise le vocabulaire et essaie d'identifier les mots. D'habitude, il fait cela à toute vitesse, mais là il peste : “qu'est ce que c'est que ce charabia  ?”
    Tout de même il y a des mots compréhensibles : “mon, aime, tu, bien, quand, voir” et des mots qui le seraient à une ou deux lettres près “ vienn, partou..”.
    Donc ce pourrait être du français : je communique l'information au chef, le cortex frontal, pour qu'il réfléchisse. Comment déchiffrer ce qui est incompréhensible.

    Le cortex frontal est un érudit. il a entendu parler et déjà vu des SMS et leur langage. Alors il suggère à Wernicke : essaie de voir ce que cela donne en lisant au son, en phonétique !

    OK patron !. Wernicke sépare les mots et les syllabes et envoie le paquet au centre de Broca : “débrouille toi pour me prononcer ce fatras.”
    Broca proteste, quelle idée saugrenue ! , mais il s'exécute et envoie son travail à l'aire auditive, (sans l'envoyer au cortex moteur qui prononcerait la phrase à haute voix) et celle-ci renvoie l'information à Wernicke, qui consulte aussitôt Geshwind : “est ce que ces sons te rappellent des mots ?”
   
    Là miracle, Geshwind sort  une phrase presque complète avec quelques “trous”
    “Mon grand cou, Je t'aime, je t'aime, tu sais. Pas bien quand toi pas là.
Je veux te voir. Faut que tu viennes ce soir ou ??? Moi je peux  ??? de toi. Bises partout. Ta valise."
    Wernicke râle et recontacte Broca : “un petit effort mon vieux; prononce le chiffre 2 et prononce moi "m-p-a-c" séparément.
    Geschwind renvoie l'information pour combler les trous :
“ce soir ou demain”  et “Moi je peux plus me passer de toi”.

    Voilà la phrase est cohérente : on envoie la traduction au cortex frontal.
    Celui ci explose :
“ Bandes d'abrutis, elle parle à son amoureux : ce n'est ni un grand “cou”, ni un grand con ! Trouvez autre chose. Et une “valise” ne parle pas, c'est une signature; Gechwind, cherchez dans la mémoire des prénoms !”

    Rebelote. Geschwind trouve “Lise” et Wernicke dit à Broca :
“Pour cwou, c'est le w qui pose problème. Tu le remplaces successivement par toutes les lettres de l'alphabet et tu me renvoies ce qui est prononcable !”
    Travail immédiat et miracle c'est le mot “chou” qui semble cohérent avec le reste. (Il y avait “clou” aussi, mais un amoureux qui serait un vieux clou : encore un truc à se faire engueuler par le patron!. Il y avait "ciou" aussi, mais Geschwind sait que cela s'écrit sioux !)

    C'est fait on a envoyé tout le message au patron qui est content : bon travail les gars !.
    Mais le cortex frontal n'est pas satisfait. Il trouve ce message plat, à la limite du français correct et pas romantique du tout. Il se souvient avec nostalgie des versions latines de sa jeunesse. Au diable le langage SMS !
    Alors il fait rechercher des synonymes par Geschwind et finalement envoie à Broca cette missive pour qu'il la fasse écrire sur le blog :
    Evidemment les puristes me diront “ ce n'est plus le dictionnaire, mais une “traduction libre”. C'est vrai, mais je croirais entendre mon prof de latin d'autrefois !

“ Mon grand chou chéri.
Je t'aime, je t'aime à la folie, tu le sais bien.
Je suis malheureuse quand tu es loin de moi et je voudrais te voir très vite. Il faut que tu t'arranges pour venir ce soir ou demain.
Je n'arrive plus à me passer de toi.
Je t'embrasse sur le front, sur les joues, sur les lèvres...
Ta Lisette”


Nota : pour être plus conforme à la réalité, je dois vous dire que le travail entre ces centres n'est pas aussi séquentiel, mais que les échanges sont multiples et croisés; et d'autre part qu'ils ne se font pas ainsi, des réflexions oiseuses !!! lool

Renota : un soupir de mon vieux cortex "Dommage que ce SMS ne me soit pas destiné !!!"

Dimanche 25 novembre 2007 à 9:55

Notre cerveau : intelligence; langage

        Peut être vous rappelez vous, j'avais fait un article le 8 août sur les centre du cerveau qui intervenaient dans le langage.
        Je vais vous en rappeler l'essentiel à partir du schéma ci dessous :



        Lorsque nous écoutons quelqu'un, l'oreille transmet les sons à l'aire auditive qui les analyse et, lorsqu'il s'agit de mots (ou de sons apparentés), les signaux sont transmis à l'aire de Wernicke qui va reconnaître s'il s'agit de langage et le décrypter en partie. Elle se met en relation avec l'aire de Geschwind pour en comprendre la signification.
        Lorsque nous lisons, ce n'est plus l'aire auditive qui intervient mais les aires visuelles,  situées à l'arrière du cerveau. Le mécanisme est ensuite analogue.
        Enfin lorsque nous voulons parler, c'est encore le centre de Wernicke qui élabore le message. Mais il ne sait pas le transmettre à nos lèvres.
De même quand nous voulons écrire, il recherche les mots correspondant aux idées mais il ne sait pas commander nos doigts.
        En fait il ne sait même pas organiser les mots en phrases
        L'aire de Wernicke “comprend donc le langage” et rassemble les mots de messages à partir des idées transmises par le cortex frontal.

        L'aire de Geschwind est en quelque sorte la “mémoire des mots”. Elle est pour cela en relation avec de nombreux neurones du cerveau qui sont des relais de la mémoire. Elle sait appréhender les multiples propriétés d'un mot : son, aspect visuel, sa fonction, son nom, sa signification...etc.
        Elle aide ainsi le cerveau à classifier et à étiqueter les choses, une condition préalable pour former des concepts et une pensée abstraite.
   
        Pour parler, pour écrire, l'aire de Wernicke a besoin de l'aire de Broca.
        Celle ci va utiliser grammaire et syntaxe et mettre les mots en phrases, puis elle va commander les muscles de la parole ou de l'écriture, par l'intermédiaire du cortex moteur primaire.
        Une personne dont l'aire de Broca est lésée comprend le langage écrit et parlé, mais ne peut plus s'exprimer ou émet une suite de mots sans liens entre eux..
       Donc, l'aire de Broca “organise le langage et commande son expression orale ou écrite” par les cordes vocales ou la main, par l'intermédiaire de centres moteurs situés dans le cortex sur le dessus du crâne.

        Quand le bébé apprend à parler, il commence d'abord par “apprendre à comprendre”, principalement entre 9 et 18 mois. C'est son centre de Wernicke qui apprend à fonctionner à partir de ce que son aire auditive lui transmet, et l'aire de Geschwind qui emmagasine les connaissances sur les mots, mais aussi sur les images reçues correspondantes des objets, selon un classement provisoire qui durera quelques années.
        Puis bébé “apprend à parler” entre 18 et 36 mois.
        Son centre de Broca apprend à prononcer les mots qui lui sont fournis par le centre de Wernicke, et il envoie à celui ci en retour une “copie” des commandes de prononciation qu'il envoie aux centres du cortex moteur. Le centre de Wernicke écoute ce qui est dit, compare et vérifie avec l'aire de Geschwind si Broca ne s'est pas trompé, et les erreurs sont peu à peu corrigées. Le bébé fait de moins en moins de fautes de prononciation.
        Puis la tâche de Broca se complique : il apprend par l'expérience à appliquer des règles de grammaire et de syntaxe. Pour cela il faut qu'un adulte vienne dire ce qu'il faudrait prononcer et Wernicke compare à ce qu'à fait Broca et corrige son action et cet apprentissage dure deux ou trois ans
        Evidemment le cortex frontal organise dirige et supervise toute ces actions.

        “Apprendre à lire” relève du même processus, dans lequel les centres de la vision remplacent l'aire auditive, mais le rôle des trois aires de Wernicke, Geschwind et Broca restent les mêmes, la main remplaçant les cordes vocales.
        Mais l'aire de Geschwind fait un travail supplémentaire : d'une part elle ajoute aux données sur les mots la façon dont ils s'écrivent et certaines règles intuitives et expérimentales d'orthographe. D'autre part elle réorganise son réseau neuronal et des neurones voisins vont emmagasiner des données voisines par exemple tous les noms d'outils, ou les noms d'animaux, les noms de plantes, les noms relatifs à la nourriture, etc...
        Si l'enfant apprend en même temps deux langues, les deux dénominations dans chacune des langues sont emmagasinées à coté l'une de l'autre avec les caractéristiques des mots et de l'objet (par exemple oiseau et bird).
        Si au contraire vous apprenez d'abord le français, puis ensuite l'anglais quelques années après, tous les mots anglais seront classés à part dans une partie de l'aire de Gerschwind réservée à cette langue et différente de celle qui est réservée au français.

        Le cerveau de la personne qui a appris à parler et à écrire, sait faire autre chose :
        Le centre auditif et l'aire de Wernicke ont appris à interpréter les signaux que Broca envoie au cortex moteur pour parler et à les comparer aux sons reçus quand les paroles sont prononcées.
        De même les centres visuels et l'aire de Wernicke ont appris à interpréter les signaux que Broca envoie au cortex moteur pour écrire et à les comparer aux images de mots reçues après écriture.
        Dès lors si Wernicke transmet des mots d'une phrase et que Broca les organise, mais que le cortex frontal qui est le chef, lui interdit de transmettre au cortex moteur, mais d'envoyer cependant l'information au centre auditif, le cerveau “aura l'impression d'entendre” la phrase correspondante comme si elle avait été prononcée (alors qu'elle ne l'aura pas été).
        De même s'il s'agit d'écrire les mots, le cerveau “aura l'impression de voir” les mots comme s'ils avaient été écrits.

        C'est ce qu'on appelle des sensations (vison et audition) mentales.
        AInsi quand vous lisez un livre il peut vous arriver si vous faites attention, d'entendre les mots, comme si vous le lisiez à haute voix. C'est une espèce de réaction en boucle entre Wernicke et Broca.
        De même quand vous réfléchissez, vous traduisez vos idées par des mots et parfois vous entendez ou vous voyez ces mots qui traduisent vos pensées. Ce sont des “images mentales” ou des “auditions mentales”, communications internes au cerveau, sans qu'il y ait eu parole ou écriture.


        Ce mécanisme de “sensations mentales” est très utilisé par le cortex frontal pour réfléchir ou pour déchiffrer des documents à priori illisibles. C'est ce que nous verrons dans l'article suivant sur “mon dictionnaire SMS”.

Mercredi 8 août 2007 à 11:33

Notre cerveau : intelligence; langage

Mes articles sur les rêves ont suscité des questions de toutes sortes dans les mails que j'ai reçus. J'ai répondu directement à certaines. J'essaie de répondre par des articles aux questions les plus importantes.
    Plusieurs concernent le fait que dans un rêve, on parle et on entend les autres parler. D'autres me disent qu'ils parlent en dormant. il faudrait que j'explique ces constatations.
    Ce n'est pas facile car pour cela il faut d'abord savoir comment le cerveau traite le langage. Ce sera le sujet de mon article aujourd'hui, qui va à nouveau ressembler à un cours de SVT.

    Lorsque nous parlons ou nous écoutons, beaucoup de zone du cerveau travaillent parce que notre mémoire est très répartie dans le cerveau.
Cependant certaines zones sont toujours concernées.
    Ce sont trois centres de l'hémisphère gauche, et à un moindre titre les centres analogues de l'hémisphère droit : les centres de Broca, de Wernicke et de Geschwind (voir schéma ci dessous pour l'hémisphère gauche)

    
(à noter que pour quelques rares gauchers, les rôles sont inversés entre l'hémisphère droit et gauche).
    Des faisceaux nerveux extrèmement denses transmettent les informations entre ces trois centres.


    1.) - Aire de WERNICKE : elle “comprend le langage”.
   
    Lorsque nous écoutons quelqu'un, l'oreille transmets les sons à l'aire auditive qui les décrypte et, lorsqu'il s'agit de mots (ou de sons apparentés), les signaux sont transmis à l'aire de Wernicke qui va les analyser, reconnaître s'il s'agit de langage et le décrypter en partie. Elle se met en relation avec l'aire de Geschwind pour en comprendre la signification.
    Lorsque nous lisons, ce n'est plus l'aire auditive qui intervient mais les aires visuelles. Le mécanisme est ensuite analogue.
    Enfin lorsque nous voulons parler, c'est encore le centre de Wernicke qui élabore le message. Mais il ne sait pas le transmettre à nos lèvres.
De même quand nous voulons écrire, il recherche les mots correspondant aux idées mais il ne sait pas commander nos doigts.
    En fait elle ne sait même pas organiser les mots en phrases
    L'aire de Wernicke “comprend donc le langage” ; une personne dont cette aire est lésée ne comprend plus le sens des mots et ne sait plus s'exprimer significativement.

    2.) - Aire de BROCA : elle “exprime le langage”.

    Pour parler, pour ecrire, l'aire de Wernicke a besoin de l'aire de Broca.
    Celle ci va utiliser grammaire et syntaxe et mettre les mots en phrases, puis elle va commander les muscles de la parole ou de l'écriture, par l'intermédiaire du cortex moteir primaire.
    Une personne dont l'aire de Broca est lésée comprend le langage écrit et parlé, mais ne peut plus s'exprimer ou émet une suite de mots sans liens entre eux..
    Il semble en outre que l'aire de Broca intervient dans les calculs et certains raisonnements mathématiques.
    Elle interviendrait également dans l'organisation de mouvements très complexes mettant en jeu nos muscles, et sans aucun rapport avec le parole (des gestes de grande précision par exemple).
    Donc, l'aire de Broca “organise le langage et commande son expression orale ou écrite”.

    3.) - Aire de GESCHWIND : elle recherche dans la mémoire le sens des mots. ( les neurobiologistes l'appellent aussi du non barbare de “lobule pariétal inférieur”.)

    Cette zone de l'hémisphère gauche occupe un endroit clé dans le cerveau, à l'intersection des cortex auditif, visuel et sensoriel avec lesquels il est massivement connecté. De plus, les neurones de cette région ont la particularité d'être « multimodaux », c'est-à-dire qu'ils sont capables de traiter simultanément des stimuli de différentes natures (auditif, visuel, sensitif, moteur, etc).
    Ces caractéristiques font donc de cette zone un centre idéal pour appréhender les multiples propriétés d'un mot : son aspect visuel, sa fonction, son nom, etc.
Elle aide ainsi le cerveau à classifier et à étiqueter les choses, une condition préalable pour former des concepts et une pensée abstraite.
    L'aire de Geschwind est en quelque sorte la “mémoire des mots”. Elle est pour cela en relation avec de nombreux neirones du cerveau qui sont des relais de la mémoire.
   
    Ces zones sont les dernières structures du cerveau à s'être développées durant l'évolution. Elles existent sous une forme rudimentaire dans le cerveau des autres primates, ce qui indique que le langage aurait pu évoluer grâce aux changements survenus dans des réseaux neuronaux préexistants, et pas nécessairement suite à l'apparition de structures cérébrales complètement nouvelles. On peut d'ailleurs apprendre à un chimpanzé le langage des signes des sourds-muets.
   
L'aire de Geschwind est aussi l'une des dernières structures à devenir mature chez l'enfant et l'on a des raisons de penser qu'elle jouerait un rôle clé dans l'acquisition du langage. Sa maturation tardive expliquerait entre autres, pourquoi les enfants doivent attendre d'avoir entre 4 et 6 ans avant de commencer à lire et à écrire.

    4.) - Aires analogues de l'hémisphère droit :

    Pour suivre une conversation, comprendre un texte ou une plaisanterie, on doit non seulement être capable de comprendre la syntaxe des phrases et le sens des mots mais également de mettre en relation plusieurs éléments et de les interpréter par rapport à un contexte donné.
    En particulier l'expression des visages des individus et l'intonation de leur voix apportent des éléments émotionnels.
    Les aires de l'hémisphère droit interviennet dans divers domaines :

        • La prosodie, c'est à dire l'intonation et l'accentuation des mots.
 Ainsi, un patient dont l'hémisphère droit  est lésé est incapable d'exprimer une émotion qu'il ressent et se comporte et tient des propos semblant manquer d'affectivité.

        • le discours ou plutôt  son organisation découlant des règles qui régissent sa construction. Ainsi certains patients dont les centres de l'hémisphère droit sont lésés, ont une moins grande capacité à distinguer les indices permettant d'établir un contexte communicationnel, les nuances apportées par certains mots, les intentions de l'interlocuteur, les gestes et expressions du visage ou les conventions sociales (par exemple, on n'aborde généralement pas son frère ou son patron de la même façon).

        • la compréhension du langage non-littéral. Plus de la moitié des phrases que l'on prononce ne désigne pas littéralement ce qu'on veut dire, du moins pas totalement. C'est le cas de l'ironie, des métaphores et des actes de langage indirects, tous reliés aux intentions de notre interlocuteur.
    L'ironie par exemple, au même titre que les mensonges et les blagues, implique de saisir l'état d'esprit d'un interlocuteur, de même que ses intentions concernant la façon dont ses dires devraient être perçus par autrui . On peut alors comprendre que le blagueur souhaite ne pas être pris au sérieux, alors que l'ironique s'attend à ce que le contraire de son propos soit perçu comme le message final.
    Les métaphores traduisent également une intention qui n'est pas conforme avec l'interprétation littérale du propos. Ainsi, vous soufflez à votre voisin de classe: « Ce professeur est un somnifère. », le voisin comprend l'analogie sous-entendue entre la pilule et le professeur et conclue que vous trouvez le professeur “casse-pied”.
    Les actes de langage indirects, couramment utilisés dans la vie quotidienne, relèvent de l'hémisphère droit. L'intentionnalité est sous-jacente au message verbal énoncé en tant que tel. Par exemple, lorsque quelqu'un mentionne : « Je ne sais pas quelle heure il est. », on comprend tout de suite que la personne demande indirectement si quelqu'un peut lui dire l'heure.

    • enfin si l'hémisphère gauche comporte la “mémoire des mots”, il semble que ce soit l'hémisphère droit qui comportera celle des nuances, des émotions et des images liées au langage.

    En définitive, même si l'hémisphère gauche est encore vu comme l'hémisphère dominant en matière de langage, le rôle de l'hémisphère droit dans la prise en compte du contexte est important de sorte qu'il est plus juste d'envisager les spécialités langagières des deux hémisphères non plus comme des fonctions séparées, mais bien comme diverses habiletés fonctionnant en parallèle et dont l'interaction rend possible le langage humain dans toute sa complexité.

    Maintenant que vous avez ainsi une idée de la façon dont le cerveau traite le langage, je pourrai, dans mon prochain article, reparler des rêves.

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