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    Avant de reparler de la mémorisation, essayons de réfléchir à la « motivation », de la même façon que nous avons parlé de l'attention.
    La motivation est un facteur qui m’a toujours intéressé. Est ce un sentiment ? une idée raisonnable, une émotion ? Difficile à dire : c’est une force qui nous pousse, partiellement consciente, partiellement inconsciente; nous ne connaissons pas clairement, en général, les raisons qui nous motivent.
    Pourtant il faudrait les connaître si on veut motiver autrui.
    La motivation est un ressort important du travail, que ce soit en entreprise, dans n’importe quel métier, ou bien lors des études.
    Alors c’est parfois intéressant d’examiner les théories de la motivation, mai les psychologues qui se sont penchées sur la question ont surtout traité le problème des adultes au travail. Il faudra se demander ensuite si cela s’applique aux cas de tous les jours et notamment à l’école.

    Les théories sur la motivation la relient aux désirs et besoins humains.
    Je vous ai déjà parlé des théories de Maslow, (26 mai 2007, 16 avril 2013, 26 avril 2015), qui classe sur une pyramide les besoins fondamentaux, en premier les besoins physiologiques, puis ceux de sécurité, ensuite ceux de sociologie et d’appartenance, puis d’estime de soi et d’image, enfin l’accomplissement de soi-même.
    Ces besoins ont été simplifiés par Aldefer, qui les classe en « besoins d’existence », besoins de sociabilité, et besoins de développement.
    McClelland a une conception davantage rattachée au monde du travail, avec les besoins d’affiliation et d’association, ceux d’accomplissement individuel, et le besoin de puissance et d’action sur les autres.

    D’autres psychologues se sont intéressés non pas aux besoins directs, mais au travail que l’on demande à l’individu, en examinant, comme le fait Herzberg, les motifs de satisfaction ( formation, accomplissement, responsabilités, nature du travail, rémunération …), et ceux d’insatisfaction (rémunération, relations et ambiance, conditions de travail…);
    Selon lui, il faut des tâches variées, une certaine liberté et donc des responsabilités,  un travail en équipe, et des conditions matérielles satisfaisantes.
    Ces considérations, développées par d’autres psychologues ont abouti à des cotations des postes de travail, basées sur l’identité des tâches, les compétences nécessaires, l’importance des tâches, leurs conséquences et donc les résultats et erreurs, et l’autonomie et la responsabilité.

    Un aspect très différent a été développé par certains psychologues comme Adams, en examinant les contributions demandées à l’individu  et les avantages obtenus. Il doit y avoir une certaine équité, une certaine justice entre ces deux aspects.
    Ils y ajoutent en général une certaine équité sur les moyens données à chacun et notamment l’information nécessaire.
    Certains relient ces notions à celles précédentes des besoins, en considérant les attentes de la personne qui accomplit un travail quant aux efforts que cela lui demande, et à la probabilité d’atteindre ses objectifs, la probabilité que les résultats prévus par l’individus lui apportent les avantages qu’il souhaite et auxquels il apporte une certaine valeur affective.
    La motivation résulte alors de l’adéquation entre ces attentes et la réalité.
    Ces théories ont abouti à l’origine à la taylorisation du travail, et aux primes de rendement en fonction des quantités produites. ces méthodes de management n’ayant pas donné les résultats obtenus ont fait place à des méthodes de gestion plus souples de fixation d’objectifs et de comparaison aux résultats obtenus, en tenant compte des contraintes réelles : le management par objectifs.
    Elles sont complétées aujourd’hui par l’idée que les individus sont motivés par le fait de se sentir compétents, capables de contrôler leurs comportements, d’avoir responsabilité et autonomie, et d’arriver à atteindre leurs objectifs.

    Ces théories sont intéressantes et importantes en entreprise, car elles aboutissent à des méthodes managériales.
    Mai sont elles applicables dans la vie courante et notamment dans les études des jeunes?
    Ce sera l’objet de la réflexion de nos deux prochains articles.

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     A la suite de mon article sur la baisse d’efficacité de notre mémoire, une correspondante constate que ses enfants ont du mal à mémoriser leurs leçons, et me demande comment le cerveau retient les données et s’il existe des moyens pour mieux retenir et garder en mémoire ce qu’on a lu.
    Ce que vous me demandez là est très compliqué et, avant d’essayer d’aborder ce sujet, il faut que je fasse des articles sur l’attention et la motivation qui interviennent dans la mémorisation.
    Ensuite je pourrai tenter de répondre à votre question, encore qu’il n’y ait pas de recette miracle, et il faut se dire avant tout que, pour réussir quelque chose, il faut travailler.
    Aujourd’hui je vais donc parler brièvement de l’attention.

    Tout d’abord, c’est difficile de définir ce qu’est l’attention, car « faire attention à » recouvre de nombreuses actions dans le langage courant.
    La définition deWilliam James est la plus connue, que l’on trouve dans tous les manuels :
    « L’attention est la prise de possession par l’esprit, sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles […] Elle implique le retrait de certains objets afin de traiter plus efficacement les autres. »
    C’est le fait que notre cerveau se consacre à un objet, à une action et on ne peut faire « bien » qu’une seule chose à la fois, même si on a l’impression du contraire. En fait on ne peut faire deux choses simultanément que lorsqu’une d’elles ne requière pas notre attention, ou bien on les traite « mal » toutes les deux.

    Pour être attentif, il faut d’abord être éveillé et que notre cerveau puisse percevoir, avec ses 5 sens, les informations extérieures, et qu’il les transmette au cortex préfrontal qui va réfléchir et traiter ces informations dans un but donné.
    Notre cerveau traite inconsciemment et automatiquement les informations de nos sens et cela rapidement mais selon des processus « réflexes ». Si vous voulez traiter l’information de façon contrôlée, il faut faire effort et le processus est lent car il demande réflexion. Vous avez certainement fait l’expérience de dire la couleur de mots, dont la signification est celle d’une couleur différente (exemple bleu, rouge…). Vous aurez tendance automatiquement à dire la couleur en lisant le mot, et, si vous voulez vraiment nommer la couleur du mot, il faut réfléchir et ce n’est pas immédiat.

    On distingue plusieurs sortes d’attentions :
        - elle peut être sélective : nos sens captent beaucoup d’informations et si nous poursuivons une tâche, la plupart d’entre elles ne sont pas utiles.
    notre subconscient fait déjà un premier tri et, si une information paraît importante, saisit le cortex préfrontal. Notre attention se concentre alors sur cette information.
    Nos récepteurs sensoriels effectuent des traitements parallèles des informations reçues, qui passent ensuite dans le filtre sélectif (notre attention) pour en laisser passer certaines dans la mémoire à court terme, pour être traités par le cortex préfrontal, qui procède à un deuxième filtrage de l’information, avant de se fixer sur son suivi, s’il l’estime très importante et pertinente avec le but poursuivi..
        - l’attention peut être partagée, c’est à dire qu’elle permet de traiter plusieurs tâches en même temps, mais en fait de façon successive (par exemple si on écrit sous la dictée de quelqu’un). En fait le cerveau traite successivement les deux tâches et l’opération n’est efficace que si l’une des deux tâches est presque automatique et ne mobilise que peu d’énergie (ici l’écoute de la dictée, la réflexion se faisant sur l’écriture avec la bonne orthographe).
        - l’attention soutenue, qui se maintient pendant un temps assez long, mais en général avec une tâche qui n’est pas trop complexe (par exemple écouter une conférence).
        - la vigilance est un état de veille préparatoire, le cerveau étant en attente d’un évènement pertinent sur lequel il pourra se fixer.Elle se traduit par une alerte pour passer à l’attention sélective.

    il n’y a pas dans le cerveau de zone spécifique de l’attention : les centres de traitement des information sensorielles fournissent les éléments de départ, et le cortex préfrontal fait le traitement conscient de contrôle et d’analyse rationnelle. Mais des éléments du cerveau émotionnel interviennent dans le maintien de l’attention notamment cortex insulaire cingulaire.

    Mais un facteur important est également la perturbation éventuelle de l’attention qui nous empêche de nous concentrer.
    Cela peut être dû à des émotions qui vont détourner notre attention, le principal responsable étant alors les centres amygdaliens.
    Il y a, en permanence, des associations entre ce que nous faisons ou percevons et ce que nous ressentons. Selon que le ressenti est agréable ou non, il donne une certaine valeur à cette association. C’est la fonction principale du circuit de récompense, qui va encourager tout comportement d’approche vers ce qui nous est agréable, notamment pour y verrouiller l’attention, et à l’inverse, dans certains cas, détourner notre attention de ce que nous n’aimons pas.
    L’autre perturbation importante est la distraction du fait que nous voulons faire plusieurs tâches à la fois ou que nous sautons d’une tâche à l’autre, sans nous fixer suffisamment sur l’une d’elle.C’est le cas notamment des perturbations de l’attention par les téléphones portables.
    Enfin si nous prenons certaines habitudes qui deviennent des réflexes inconscients de nos sens, Leurs neurones mémorisent certaines correspondances perceptions-actions, qui deviennent alors des réflexes. Ce sont des réponses rapides à des stimulus qui ne sont ni sélectives, ni réfléchies, et qui créent ainsi un mécanisme très puissant de distraction et de perturbation de l’attention.

    L’attention exige donc de faire abstraction de ses habitudes, et de l’ensemble de son cerveau soit orienté vers la même tâche, cerveau des perceptions, cerveau émotionnel et cortex préfrontal. Il faut garder en mémoire le but pourquivi pour focaliser la sélection sur les informations pertinentes.

Vendredi 31 juillet 2015 à 9:10

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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     J’ai parlé hier d’une étude d’une société de sécurité informatique, qui partait de statistiques sur les données que nous enregistrions sur ordinateur ou smartphone, et en déduisaient que nous étions atteint « d’amnésie numérique ».
    En fait ce n’est pas nouveau. Ce que l’on appelle aussi « l’effet Google » est d’aller rechercher toutes les informations sur Internet, comme une solution de facilité et de rapidité, plutôt que de se creuser la tête. Il est bien entendu plus simple de chercher le numéro de téléphone de quelqu’un via des services spécialisés sur Google, ou sur son smartphone plutôt que d’essayer de s’en souvenir.
    Résultat, le cerveau est moins stimulé et les amnésies sont plus fréquentes. Cette perte de mémoire nous fait oublier les informations que nous conservons sur nos appareils numériques, pour davantage de simplicité, de rapidité et pour les avoir à portée de main à tout moment.

    Cela dit, dire que c’est pour cela que notre mémoire baisse, il n’y a qu’un pas que l’on franchit souvent, et c’est à mon avis un raccourci voisin de l’erreur.
    Pour cela il faudrait se rappeler les grandes caractéristiques du fonctionnement de la mémoire et comment se fait la mémorisation et l’oubli.
    L’enfant mémorise très facilement, car son cerveau est peu encombré et donc les mécanismes de rappel d’un souvenir ou d’une donnée sont beaucoup plus rapides.
    Mais on se rappelle surtout ce qui vous intéresse ou vous touche émotionnellement. Et on élimine ce qui ne nous sert pas de façon à limiter la qua,tité de choses retenues et leur indexation par le cerveau pour les retrouver.
    Le mécanisme de mémorisation est toujours le même.
    Le cerveau stocke d’abord l’information dans une mémoire tampon, puis, si elle semble avoir de l’intérêt, dans une mémoire pour une durée courte de quelques heures au plus (par exemple où ai-je garé ma voiture?).
    Puis la nuit se fait un tri presque inconscient, et certaines données sont rappelées de la mémoire dans le cerveau émotionnel par l’hippocampe, et les informations pertinentes sont consolidées, c’est à dire que le connexions des neurones qui les concernent sont renforcées (par exemple toutes les informations détaillées qui constituent un souvenir d’un instant donné).
    Ce renforcement est beaucoup plus important si le souvenir a une valeur sentimentale ou un fort aspect émotionnel.
    Chaque fois que nous rappelons en mémoire le souvenir, les connexions se renforcent à nouveau, mais toutefois on peut en ajouter de nouvelles et le souvenir peut se transformer; se compléter à partir de document lui correspondant, ou au contraire se détériorer, car nous jugeons certains détails inutiles ou nous en ajoutons d’autres, qui sont le fruit de notre imagination.
    A l’inverse, si nous ne rappelons que rarement le souvenir, les connexions s’affaiblissent, les détails s’estompent, et le souvenir tomber peu à peu dans l’oubli.
    Il est ainsi normal que, si nous nous servons d’un téléphone pour stocker et nous rappeler les numéros de téléphones, peu à peu, ils s’effacent de notre mémoire.
Personnellement il y a 50 ans, je connaissais quelques centaines de numéro de téléphone, qui me servaient dans mon travail ou dans ma famille. Aujourd’hui ils sont sur mon portable, sur mes ordinateurs et sur un disque de sauvegarde. Je n’en connais plus par cœur que quelques uns qui me servent très souvent et que mon cerveau rappelle, ce qui renforce leur souvenir.
    Alors quand la société Kaspersky déduit du cas d’un individu qui se rappelle le numéro de téléphone de ses parents quand il était petit, et ne se rappelle pas le sien actuel, enregistré sur son smartphone, que c’est la faute de son téléphone portable, si cette personne n’a plus de mémoire, je n’y crois pas une seconde.
    Il n’y a aucune raison de se rappeler un numéro de téléphone de son enfance, sauf si celui-ci est associé à un traumatisme ou à une émotion très forte, ou si on le voit très souvent sur une archive. Car sinon le fait que l’on ne se serve plus du tout de ce numéro, le ferait automatiquement tomber dans l’oubli, même si on a une bonne mémoire.

    Donc la mémoire n’existe que si elle est entraînée. Si nous stockons beaucoup sur nos aides électroniques, nous n’entraînons plus notre mémoire sur ces données. Si nous cessons d’entraîner notre mémoire, certes elle va baisser rapidement. Si par contre nous lui trouvons un autre secteur d’entraînement, nous conserverons notre mémoire entière, mais sur d’autres sujets (peut être plus utiles d’ailleurs que des numéros de téléphone).
    Je ne connais plus par cœur des données numériques que je mémorisais autrefois, j’ai oublié des données ponctuelles de chimie organique ou biologique dont je me sers peu, voire des formules de physique, mais j’ai fait beaucoup de doc sur d’autres sujets et ma mémoire a peu à peu évolué vers l’acquisition de connaissances plus structurées, de faits, de conséquences logiques, de mécanismes, d’explications scientifiques, techniques ou biologiques, de méthodes d’actions adaptée à des événements ou des environnements ou de synthèses de situations.
    Nos mémoires servent moins dans certains domaines, mais s’adaptent à d’autres.`

    Pour avoir une bonne mémoire il faut l’entraîner étant jeune. On apprenait beaucoup par cœur en classe, pas seulement des poésies, mais des règles, des formules, des mécanismes, des données littéraires et scientifiques.
    Ces données ne nous servaient pas toutes, mais elles entraînaient notre mémoire qui, sans cet apprentissage n’aurait pas été de bonne qualité.
    Et, il faut continuer à l’entraîner par la suite.
    Si l’on ne lit plus, si on ne se sert pas d’internet pour chercher des connaissances, un peu comme on en cherche dans l’enseignement supérieur, si on se contente des communications sur les réseaux sociaux ou d’y rechercher, sans réfléchir, les données pratiques d’usage courant quotidien, alors effectivement notre mémoire risque de rouiller.
    L’ordinateur ou le smartphone ne sont que des outils qui peuvent nous aider, notamment dans les tâches de routine, ou pour retenir des données fastidieuses , dont l’usage peut être important mais pas la connaissance, et ils devraient nous aider à mieux utiliser nos mémoires et notre cerveau.
    Ce qui peut altérer notre mémoire et notre intelligence, c’est notre comportement : si nous arrêtons de lire, de consulter, de réfléchir, d’analyser et de synthétiser, d’apprendre  et de faire preuve de curiosité intellectuelle, là nous courons au déclin, car nous n’entraînons plus notre esprit. Mais ce n’est pas l faute de notre ordinateur ou de notre smartphone, mais de comportements et des mauvaises habitudes que nous avons.
    L’ordinateur permet de gagner du temps sur des tâches fastidieuses et sans intérêt, à nous ensuite d’utiliser de façon intelligente ce temps gagné et notre temps, en général, et à ne pas le consacrer à des tâches puériles et qui nous servent peu.

    Ce ne sont ni Google, ni le stockage de données sur les smartphones et ordinateurs qui sont préjudiciable, mais beaucoup plus le temps exagéré que certains passent sur les réseaux sociaux, la communication par sms, les jeux en ligne, et l’absence d’activités formatrices et l’absence de travail et de concentration.
    Une autre conséquence et que l’on comptait autrefois beaucoup sur les autres pour nous aider à trouver les informations utiles. aujourd’hui on pense pouvoir les trouver soi-même et outre le défaut de convivialité que cela entraîne, cela amène souvent à l’acquisition de connaissances très partielles, orientées et subjectives, voire peu fiables ou erronées.
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    Une société de sécurité informatique, Kaspersky a publié une étude sur « l’amnésie numérique provoquée par les smartphones ».
    Vous pouvez en trouver un résumé sur le blog de la société :
https://blog.kaspersky.fr/digital-amnesia-survival/4632/
    Cette étude est intéressante, mais si les faits constatés sont réels, je pense que l’analyse est trop succincte et les conclusions sont donc insuffisantes.
    Je vais d’abord exposer dans le présent article, ce que dit cette étude, puis j’exposerai dans l’article de demain, comment je vois le problème.

    Kaspersky constate qu’internet nous donne accès, à partir des appareils connectés, ordinateurs ou surtout smartphones, à une masse d’information presque illimitée, et dont nous pouvons stocker ce qui nous intéresse, dans un classement tel que nous puissions les retrouver quand nous en avons besoin.
    L’utilisation du numérique est donc devenu un geste naturel et nous y avons presque tous recours en permanence.
    « Kaspersky Lab a dirigé une recherche mondiale pour analyser la façon dont les appareils numériques et Internet affectent la façon dont les gens se souviennent et utilisent l’information d’aujourd’hui – et ce qu’ils font pour la protéger. »

    Ses intervenants ont constaté que plus de la moitié des européens interrogés ne se rappelaient pas les numéros de téléphone de leur familleet devaient le chercher sur leur téléphone portable.
« 71,9% des Français interrogés ont admis leur dépendance à l’Internet et aux appareils comme un outil pour se souvenir et comme une extension de leur cerveau. De même, 79,5%, des Européens interrogés, admettent utiliser Internet comme un ouvrage de référence universelle. 61% des européens interrogés disent qu’ils ont besoin de réponses simples et rapides et donc ne disposent pas de suffisamment de temps pour les bibliothèques ou les livres. »
    Kaspersky Lab qualifie ce phénomène d’amnésie numérique, c’est-à-dire le fait d’oublier les informations que nous conservons dans un appareil numérique.
   
    « Les Français sont aussi 20% à avouer avoir besoin de leur portable dans leur chambre à coucher, contre 22% des Britanniques, 19% des Portugais, 18% des Allemands, et 16% des Italiens et des Espagnols.
    Enfin, entre 2% et 5% des personnes sondées, et donc majeures, indiquent également avoir besoin de leur peluche préférée dans leur chambre au moment de dormir.
    Ce sont les Britanniques qui accordent le plus d'importance à la lecture : ils sont 41% à emporter un livre dans leur chambre au moment d'aller se coucher, contre 24% des Français ou 15% des Portugais. La télévision dans la chambre n'est indispensable que pour 17% des Français ou des Espagnols, 13% des Britanniques et 25% des Portugais. »
    Nous ne cherchons plus à nous rappeler certaines informations que nous utilisons quotidiennement, mais la place laissée libre da notre cerveau n’est pas utilisée pour autantpar d’autres connaissances.

    Evidemment Kaspersky est une société de sécurité informatique et donc a examiné les problèmes de pertes éventuelles de ces données.
    Il a constaté que 21% des appareils connectés en France ne sont pas protégés tandis que seulement 1 smartphone sur 3 est équipé d’une protection supplémentaire. Or il est très facile de s’introduire sur un téléphone portable pour y subtiliser des données que l’on croit confidentielles.
    De plus des virus peuvent détruire ces données et parmi les personnes interrogées en France, 42 % seraient vraiment dévastés de perdre les données de leurs appareils mobiles car ils ne pourraient plus avoir accès à tous leurs souvenirs stockés dessus, et 17% seraient complètement paniqués par une telle éventualité.

    Kaspersky conclue : « L’amnésie digitale est moins un problème cognitif pour les individus qui portent en réalité toute leur attention sur les formes et les moyens numériques de mémorisation que sur des contenus et des stocks de connaissance. En revanche, elle constitue un enjeu pour le développement d’une culture publique de la sécurité informatique. »

    Evidemment, c’est une entreprise privée de cybersécurité, elle vend des systèmes de protection informatique des ordinateurs et des smartphone !! Cette étude ne serait elle pas un peu orientée ?
    Je crois surtout qu’elle est un survol rapide du problème, qui repose cependant sur des faits réels et qu’il ne faut donc pas négliger.
    Je vous dirai demain ce que je pense de cette question.

Mardi 21 juillet 2015 à 10:31

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    J’ai souvent écrit dans ce blog que l’inconscient était très différent aujourd’hui, avec les progrès de la neurobiologie, des conceptions de Freud, mais qu’il jouait un rôle très important dans nos pensées.
    La notion de refoulement notamment est peu importantes, et même si l’inconscient est responsable de blocages psychologiques, son rôle est plus positif que négatif, et il participe au fonctionnement du cerveau, en traitant de nombreuses informations, sans que nous le sachions et en venant ainsi en aide à notre cortex préfrontal et en participant à la création de nos idées.
    On sait depuis longtemps que le cerveau perçoit des informations dont il n’a pas conscience et notamment des informations visuelles dont la durée est inférieure aux temps e perception consciente: les informations subliminales.
    Des chercheurs de l’unité « Neuroimagerie cognitive » de l’Inserm et de l'Hôpital Pitié-Salpêtrière, à Paris, ont notamment montré que le cerveau pouvait interpréter des données sémantiques, même abstraites.

    Les chercheurs ont présenté des mots à des patients, de façon subliminale, donc sans permettre de lecture consciente, patients qui étaient épileptiques et avaient provisoirement, pour traitement de leur maladie, des électrodes implantées, qui permettaient d’observer les réactions de leur cerveau et notamment des centres amygdaliens
    Lorsque l’on présentait des mots « effrayants », on a pu observer des réactions des centres amygdalien, centres qui sont responsables des émotions d’angoisse et de préparer la lutte contre les agressions éventuelles..
    Ils ont ainsi démontré un décodage inconscient préalable de la signification de ces mots, et de l'extraction de leur contenu émotionnel.
    Ils ont ensuite présentées mêmes mots, mais de façon perceptible, et les réactions des centres amygdales ont été analogues.

    Une autre expérience , faite par des chercheurs d’Orsay, consistait à présenter successivement quatre images La première et la troisième étaient une suite de lettres sans signification? La deuxième était écrit en lettres, un chiffre présenté sous forme subliminale (donc perçu inconsciemment) et la quatrième un  autre chiffre également sous sa forme littérale, mais présenté suffisamment longtemps pour être perçu consciemment.
    La personne soumise à l’expérience, devait appuyer sur un bouton si le dernier chiffre était plus grand que 5.
    Les chercheurs ont constaté que, si on prenait pour référence la temps de réponse des personnes lorsque l’on ne présentait aucun chiffre en deuxième,  la présentation inconsciente d’un chiffre plus grand que 5 diminuait le temps de réponse au quatrième chiffre, et inversement un chiffre inférieur à 5, présenté inconsciemment en second, augmentait le temps de réponse.
    il semble donc que la présentation inconsciente du premier chiffre entraînait une préparation inconsciente de la réponse ce qui facilitait la réponse lorsque la situation était identique lors de la présentation du quatrième chiffre, mais au contraire, la freinait quand la situation était contradictoire.
    Pendant le test, les chercheurs ont étudié l'activité du cerveau avec deux techniques : IRM et électroencéphalogramme. Ils ont observé que le message subliminal modifie l'activité du cerveau y compris dans les zones motrices activées pour appuyer sur le bouton.
    Bien que le premier chiffre n'arrive pas à la conscience de l'observateur, son influence dépasse donc les seules zones perceptives du cerveau. Ceci démontre l'existence d'un traitement inconscient d'opérations cognitives complexes, et de la réponse motrice appropriée.

    D’autres études ont montré que la parole pouvait être en partie interprétée pendant le sommeil et que les dormeurs réagissaient quand on les appelait par leur prénom
On peut trouver des renseignement sur le document de l’université de Lyon :
http://crnlgerland.univ-lyon1.fr/perso/Fabien.Perrin/fperrin/publi/manuscrit_HDR.pdf
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Hier, nous avons parlé des diverses sortes de mémoire et notamment des mémoires procédurales.
    Aujourd’hui je voudrais expliquer comment une procédure se met en place sur ces mémoires.

    Je vais examiner plusieurs cas particuliers :
        - comment l’enfant apprend à marcher.
        - comment vous apprenez à conduire une automobile.
        - comment apprendre à taper un texte sur un clavier d’ordinateur.
        - comment intervient la peur d’un serpent.

Apprendre à marcher.

    L’enfant se met debout et dès qu’il n’est pas sur ses deux pieds et quitte l’appui d’un fauteuil, il tombe.
    Le système de récompense n’émet pas de dopamine et le cerveauy n’est pas content. Le cortex préfrontal demande donc de réessayer.
    L’enfant n’est pas très conscient des gestes qu’il faut faire. Le cortex préfrontal et le cervelet unissent leurs efforts pour donner des ordres aux jambes et au reste du corps pour répartir le poids. Bébé fait deux pas avant de tomber et il récolte un peu de dopamine. C’est un progrès et le cortex préfrontal est content !
    Papa ou Maman donne la main, l’équilibre est mieux assuré et alors les centres amygdaliens disent au cortex préfrontal que c’est plus sûr et celui ci décide de faire autant de pas que possible.
    Bébé est à nouveau accroché à son fauteuil, mais maman à deux mètres lui tend les bras. Alors le cortex préfrontal, qui se rappelle l’appui sur la main, se dit qu’il faut aller voir maman et bébé fait ses premiers pas seul, avant de s’écrouler dans ses bras. Encore un succès et de la dopamine : les centres d’apprentissage font leur travail.
    Pendant tous ces essais le cervelet a codifié les gestes, les réglages qui ont entraîné la réussite : il mesure les signaux venus du « gyroscope » qu’est notre oreille interne (renseignements indispensables à l’équilibre), les informations visuelles, la tension des muscles, la position des jambes et des bras, les ordres donnée et les gestes accomplis, les sensations sous les pieds ….
    Alors à chaque essai il va faire mieux et peu à peule cortex préfrontal se désintéresse de l’affaire. Le cervelet se débrouille seul. Bébé, encore un peu titubant, sait marcher, voire même courir lol.

Conduire une automobile.

    Là c’est plus compliqué. Ce n’est pas qu’une question de commande des membres et de l’équilibre, en quelque sorte physiologique.
    Le cerveau n’est plus celui d’un bébé, il a appris à apprendre et cela à partir du langage. Alors on commence par écouter le moniteur qui explique comment fonctionne le moteur, l’embrayage, le frein et le volant. C’est le cortex préfrontal qui comprend et, avec l’aide de l’hippocampe, met ces notions en mémoire.
    L’exercice physique commence : il s’agit de maîtriser accélérateur et embrayage, puis changement de vitesse. Le volant aussi, mais c’est plus facile.
    Là c’est comme pour bébé : centres d’apprentissage, dopamine, essais. Mais au début, le cortex préfrontal intervient beaucoup plus, parce qu’on réfléchit, on se rappelle ce que le moniteur a expliqué, on se force à embrayer très doucement….
    Le cervelet coopère et peu à peu il prend la main, on commence à manier accélérateur et embrayage sans réfléchir et même presque inconsciemment.
    Maintenant on ne reste plus dans une rue déserte, on part sur la route avec d’autres voitures.
    L’apprentissage maintenant cela va être celui de la vue, d’apprécier la direction, la vitesse des autres véhicule, le danger de les cogner et de prendre les bonnes décisions.
    Le processus cérébral est lent et on va tout doucement. Mais peu à peu, grâce au cortex préfrontal qui dirige et aux centres d’apprentissage et leur dopamine, le cervelet apprend peu à peu et se substitue pour toute l’observation, mais il remonte encore les informations au cortex préfrontal qui décide de l’action.
    Puis le cervelet apprend à décider et vous avez l’impression de tout observer et conduire autour de vous sans vraiment faire très attention car le cervelet n’appelle plus  le cortex préfrontal que lorsqu’il rencontre une situation qu’il ne connaît pas.
    Le cortex préfrontal a alors deux tâches : regarder devant lui,et prévoir ce qui pourrait ou va se passer, pour donner à temps des ordres au cervelet ou même reprendre la main volontairement. Il se concentre par ailleurs sur l’itinéraire à suivre et donne les ordres correspondants. Mais là encore le cervelet apprend et connaît par exemple, la route de votre travail que vous prenez tous les matins. Et le week-end, si vous partez en voiture en discutant avec votre passager et ne faites pas assez attention, vous vous retrouvez sur cette route au lieu d’aller vers une autre destination.

Taper sur un clavier.
   
    C’est particulier car vous avez déjà appris à lire et à écrire et non pas en épelant les lettres, mais en apprenant à déchiffrer des syllabes, des phonèmes, puis des mots entiers (et même si vous aviez appris la lecture rapide, des groupes de mots.
    Quand vous écrivez à la main, vous avez appris à écrire non des lettres mais des mots (d’ailleurs les lettres sont liées entre elles).
    Alors l’ennui c’est que l’automatisme c’est celui là, et ce n’est pas adapté à votre clavier, qui lui écrit lettre par lettre.
    Il va donc falloir inhiber l’automatisme du cervelet pour le replacer par un autre, lorsque vous allez utiliser votre clavier.
    Connaissant les mécanismes cérébraux, je me suis observé quand j’ai appris à taper sur mon ordinateur, et j’ai observé que je ne pensias plus à l’avance les mots que je voulais écrire, le cervelet faisant le nécessaire pour écrire le mot à la main, mais que j’épelais les mots pour que je puisse ensuite taper les lettres. ma pensée était donc ralentie, puisque mon cortex préfrontal devait intervenir en permanence pour penser à ce que j’allais dire, puis épeler chaque mot.
    J’ai quand même gagné un peu en vitesse, et je me susi aperçu que mon cervelet se débrouillait maintenant seul pour des mots courants de deux ou trois lettres et qu’il savait les épeler. J’avais aussi un peu pris l’habitude de la paosition des lettres sur le clavier.
    Et puis au bout de plusieurs mois, tout à coup, en quinze jours ma vitesse de frappe a quadruplé tout à coup et je n’épelais plus. Mon cervelet le faisait à la place de mon cortex préfrontal et donc je n’en n’étais plus conscient.
    Par contre je faisais de temps en temps, des fautes de frappe, notamment l’inversion de deux lettres !

Avoir peur d’un serpent.

    Quand nous voyons quelque chose que nous ne connaissons pas, nos centres amygdaliens, qui cont là pour nous protéger, nous empêchent de faire des bêtises, d’abord en inhibant nos gestes et en préparant la fuite ou une réaction de défense, puis en avertissant le cortex préfrontal du danger possible.
    A  fortiori évidemment si nos parents ou une autre personne nous ont dit que c’était dangereux, ou si notre expérience nous l’a enseigné.
    C’est donc là encore un automatisme très rapide que l’évolution a mis en plase dans notre cerveau pour nous protéger.
    Mais cela peut nous jouer des tours, car des peurs d’enfant peuvent devenir ainsi des réflexes automatique, et les centres amygdaliens faisant partie du cerveau émotionnel, celui-ci peut amplifier le phénomène.
    Et nous pouvons ainsi avoir dans notre mémoire implicite, une procédure automatique de peur d’une petite souris bien inoffensive et il faut alors que notre cortex préfrontal intervienne pour nous calmer face à la gentille petite bête.
   
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    Une de mes correspondante lycéenne a eu des cours de SVT sur le cerveau et n’a pas bien saisi ce qu’étaient les mémoires procédurales.
    Ce n’est pas évident, ni à expliquer, ni à comprendre et je vais essayer d’être le plus simple possible sur ce sujet.

    SI vous regardez le schéma ci dessous, vous voyez d’abord que le cerveau a un chef d’orchestre, qui pilote la mémoire consciente, les idées et souvenirs que nous avons à un certain moment : c’est le cortex préfrontal.
    Mais nous emmagasinons de nombreux éléments en mémoire sans qu’il intervienne et que ce soit conscient. La mémorisation de ces élément est ensuite consolidée et ils restent en mémoire, ou bien ils sont éliminés et disparaissent.
    C’est le cas notamment des perceptions de nos sens, dont la plupart sont inconscientes, via le thalamus, et qui restent en « mémoire perceptive » quelques secondes à quelques heures seulement (l’endroit où j’ai garé ma voiture par exemple).
    Mais certaines images, sons et paroles, odeurs, toucher, goûts, vont être mémorisés à plus long terme grâce à l’hippocampe et formeront des souvenirs dans la « mémoire épisodique », qui stocke des scènes datées, mais qui peuvent peu à peu se transformer ou tomber dans l’oubli partiel ou total.
    Par ailleurs nous connaissons un certain nombre de mots et de signes conventionnels et leur signification, que traitent le « centre de Geschwind » (voir les articles sur le langage). C’est la « mémoire lexicale ».
    Enfin nous apprenons non seulement des connaissances à l’école, mais ensuite toute notre vie, ainsi qu’une certaine expériences. Ces connaissances acquises, organisées de façon logique et en arborescence, constitue la « mémoire déclarative ».
    Le cortex préfrontal peut rappeler ces diverses notions grâce à des relais principalement dans l’hippocampe, mais directement si ce sont des choses d’usage très courant. Elle sont alors conscientes pendant que nous les utilisons.
    Enfin deux petites mémoires de travail « tampons » permettent de conserver quelques minutes au plus soit des mots ou phrases (ou un numéro de téléphone) , la « boucle phonologique », soit des images ou des cartes et schémas, le « calepin visuospatial ». Leur capacité est limité à 5 à 7 items.

    Abordons maintenant les « mémoires procédurales ».

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    Dans vos études vous avez sûrement appris par cœur des formules de mathématiques, des poèmes, des listes de mots, des formules chimiques….
    Vous avez appris aussi à faire certaines tâches intellectuelles logiques de manipulation du langage et surtout de termes mathématiques (par exemple résoudre une équation du second degré). Ce sont de procédures intellectuelles.
    Ce sont les centres du langage qui sont en général à l’origine de ces opérations, sous le contrôle du cortex préfrontal.
   
    Notre organisme a ensuite de nombreux réflexes de défense destinés à nous protéger. Nous accumulons une certaine expérience de faits désagréables ou dangereux et nous savons qu’il y a des actions à ne pas faire (mettre les doigts dans une prise de courant), ou d’autres à faire par précaution (regarder des deux cotés avant de traverser).
    Cela devient peu à peu un réflexe conditionné.
    Ce sont les centres amygdaliens (les « centres de la peur »), qui veillent sur notre sécurité et nous alertent sur tout danger potentiel. C’est inconscient et automatique. Le cortex préfrontal n’intervient ensuite que pour pendre certaines décisions. (par exempele couper le courant électrique ou traverser la rue)
   
    Enfin nous savons exécuter certaines tâches presque inconsciemment, une fois que nous les avons apprises : ce sont des « automatismes", des « procédures d’actions physiques » dans lesquelles notre « cervelet », coordonne de façon inconsciente (sans appel au cortex préfrontal), nos sens, notamment vue, ouÏe et toucher, ainsi que nos centres moteurs, qui commandent les mouvements de nos membres.
    Ces actions, ce sera par exemple marcher, faire du vélo, conduire une voiture, nager, jouer d’un instrument de musique ou taper sur un clavier…..

    J’ai donc décrit ici les divers types de mémoires, notamment procédurales.    

Demain j’expliquerai comment les mécanismes de cette mémoire se mettent en place
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        Comment les souvenirs sont-ils encodés dans le cerveau ? Comment les différentes formes de mémoire interagissent elles entre elles?
    Les neurobiologistes qui étudient la mémoire essaient de définir les liens qui relient les différents niveaux d’organisation du système nerveux, à commencer par les molécules puis les cellules, les circuits neuronaux, et enfin le cerveau pris dans sa globalité.   
    Ils utilisent des outils de génétique, mais évidemment sur des animaux de laboratoire, et au départ sur des mouches drosophiles, car leur cerveau est simple et elles se reproduisent vite et on peut donc étudier plus facilement leur génétique.
    Des études ont lieu également sur « l’aplysie », qui est un escargot de mer hermaphrodite, car son génome et son cerveau assez simple, sont bien connus.
    Sur des souris ensuite car ce sont des mammifères et n peut étudier leur comportement suite à des mémorisations, tout en ayant là aussi des temps de reproduction courts.

    J’ai lu un compte rendu d’une étude faite sur des souris par des neurobiologistes d’Heidelberg : ils ont injecté dans leur cerveau un virus, porteur d’un gêne particulier, qui modifie les séquences d’ADN codant la production de deux protéines, qui agissent sur la force des connexions neuronales.
    Agissant sur l’hippocampe, ces protéines augmentent la plasticité neuronale et les neurones augment leur capacité à former des souvenirs.
    Ils ont montré que les souris qui avaient une mémoire en diminution retrouvaient de meilleures capacités et que les vieilles souris se comportaient aussi bien que des jeunes dans les test de labyrinthe ou de recherche d’un objet.
    Au contraire les jeunes souris, auxquelles on injecte un virus qui entraîne au contraire le modification inverse en diminuant la synthèse des protéines en cause, montrent des mémorisations fortement diminuées.
    Les chercheurs envisagent d’étudier si ce procédé pourrait être utilisé pour soigner la maladie d’Alzeimer.

    Ces modifications d’ADN (on appelle cela « l’épigénétique »), sont souvent dues à une réaction chimique sur les bases puriques (les barreaux de l’échelle hélicoïdale ADN), notamment sur les adénines et les cytosines, qui sont alors « méthylées », c’est à dire qu’un groupe -CH3 est rajouté dans leur structure.
    Les groupes « méthyle » agissent dans l’ADN comme des marqueurs ou des interrupteurs,qui interviennent dans la réplication des cellules d’une part (et donc d’éventuelles mutation si leur place est modifiée), et surtout dans la transcription de ADN, en ARN, puis en acides aminés et enfin en protéines, qui conditionnent toute la chimie biologique.
    Dans les chromosomes, l'ADN est enroulé autour de protéines, les histones, et forme ainsi un filament plus ou moins resserré, la chromatine. Là où ce conditionnement est lâche, les gènes sont accessibles aux protéines qui activent leur expression, les facteurs de transcription ; en revanche, là où l'ADN est très resserré, la transcription ne peut pas se faire. Les groupes méthyl agissent sur cet enroulement, et notamment aux endroit où il y aura désenroulement et donc expression des gênes, création d’ARN, d’acides aminés et de protéines (voir mes articles des 3,4,5,6 juillet 2010)
    Une faible méthylation favorise en général les transcriptions, alors qu’une forte méthylation les bloque.
    La méthylation de l'ADN agit comme un "patron" qui conditionne l'expression des gènes dans chaque cellule et qui est programmé et imprimé dans les différentes cellules au cours du développement de l’embryon. Des influences internes et externes, ou provoquées par des agents extérieurs comme les virus, des réactions psychologiques agissant sur la chimie du cerveau, entraînent des modifications de ce « patron génétique », lesquelles peuvent ensuite ne pas avoir d’action (on dit alors que les gênes en cause ne « s’expriment pas »), ou au contraire provoquer des mutations épigénétiques aux conséquences plus ou moins importantes, dues à « l’expression des gênes » (c’est à dire qu’ils modifient par exemple la synthèse de protéines). Des maladies génétiques peuvent ainsi apparaître brusquement.

    Les modifications épigénétiques peuvent avoir des causes très diverse : la nourriture, la maladie, les changements hormonaux de la puberté, ou des traumatismes divers.
    Des études ont montré que la nutrition pouvait ainsi avoir une influence sur l’apparition du diabète. On a aussi montré que des famines pouvaient entraîner des carences et des modifications génétiques, qui pouvaient se transmettre aux descendants.
    D’autres études ont démontré l’existence d’un lien physiologique entre les abus sexuels, physiques ou psychologiques subis durant l’enfance et une pathologie mentale observée à l’âge adulte. De même pour de mauvais traitement infligés régulièrement à des enfants.
    Il semblerait qu’à l’inverse certains gènes pourraient être à l’origine d’un effacement progressif des mauvais souvenirs.

    Dans le cerveau ont lieu de nombreuses réactions provoquées par des neurotransmetteurs, qui agissent sur des récepteurs particuliers, lesquels peuvent être soumis à des activations ou des blocages d’autres neurotransmetteurs.
    La synthèse des molécules qui interviennent à chaque étape, est soumise à un ou plusieurs gènes, et donc nos fonctions cognitives et notre comportement, de même que notre santé, sont tributaire de l’expression permanente de gènes.
    C’est un énorme domaine de recherche biologique extrêmement important et malheureusement les recherches n’y sont pas assez nombreuses, faute de crédits.

Samedi 27 décembre 2014 à 8:42

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    Je vais maintenant, après l’article hier sur la mémorisation, parler du rappel du souvenir stocké en mémoire.

    Le rappel d’un souvenir se fait sur ordre du patron, le cortex préfrontal. mais cela ne peut se faire que lorsqu’on est éveillé, car il faut que le cortex frontal (chef), le cortex cingulaire antérieur (attention), l’hippocampe (professeur de la mémoire) et le thalamus (coordonnateur des sensations), aient un fonctionnement et des relations normaux.
    Les neurones du thalamus oscillent par exemple à 40 hz environ si on est éveillé et à quelques hertz seulement quand on est endormi.
    Par contre des informations peuvent circuler dans le cerveau hors contrôle du cortex préfrontal lorsque l’on dort et je vous expliquerai alors le rapport avec les rêves.

    Je vais supposer qu’une de mes correspondantes, qui vient enfin d’emménager avec son petit ami dans un deux pièces, est en train de décorer cet appartement, et son compagnon plante dans le mur un « clou X », pour accrocher une reproduction de la liseuse de Corot (l’image en tête de cet article). Le petit copain fait un faux mouvement sur son escabeau qui était mal déplié, et se tape sur les doigts avec le marteau, au lieu de taper sur le clou. Et, très charitablement, ma correspondante a beaucoup rit !!
    C’est tout de même un bon souvenir, celui du début de leur cohabitation amoureuse, et donc ce souvenir à connotation sentimentale va être convenablement stocké, car il fait partie de cette « mémoire épisodique », qui est le journal de notre vie.
    Quelques temps après, elle discute avec une amie et veut lui raconter ce souvenir, qu’il faut donc qu’elle rappelle, pour en avoir conscience et pouvoir en parler.

    Donc le cortex frontal donne l’ordre à l’hippocampe de ramener le souvenir du fond du cerveau et de lui envoyer au plus vite par les synapses de connexion entre neurones.
    L’hippocampe va d’abord voir ce qui existe dans ses propres neurones, puis il va interroger des centres du cortex temporal.
    Il va trouver dans ces centres un  « squelette » du souvenir. Ce sera un peu comme  le catalogue de votre disque dur, qui vous donne les adresses des documents que vous cherchez pour que l’ordinateur puisse vous les trouver et les monter à l’écran.
    A partir de ce squelette il va reconstituer le souvenir, c’est à dire les adresses des neurones qui en détiennent les éléments, que ce soit sensations, émotions associées et langage.

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   Reprenons notre souvenir de bricolage décoratif. Que va chercher l’hippocampe comme adresses de groupes de neurones ?

    D’abord évidemment des images importantes : celle de la salle de séjour, du tableau de Corot, de son compagnon, de l’escabeau, du marteau et du clou.
    Ces images sont enchaînées dans le temps, de telle sorte que vous voyez presque un film du petit copain qui manque de tomber, fait un faux mouvement et se tape sur le doigt.
    Mais pour faire ce film, il faut reconstituer des gestes; alors on fait appel aux centres moteur du cortex pariétal (sur le dessus du crâne), qui va faire comme s’il se servait du marteau, et envoyer l’équivalent des ordres pour effectuer le geste de planter un clou, mais ce sera un ordre virtuel, sans transmission aux muscle : juste une représentation cérébrale interne.
    Et puis ma correspondantes a ressenti des émotions : d’abord la peur que son copain ne tombe et se fasse mal : alors on va demander aux neurones des centres amygdaliens de reconstituer cette peur.
    Ensuite elle a ri : le rire intervient quand il y a décalage entre l’intention et le résultat de l’action. Ce sont des comparaisons entre les réflexions de prévision et logique du cortex préfrontal, les sensations qui constatent les résultats sur l’environnement et les émotions qui l’accompagnent qui déclenchent le rire. Le souvenir ne va pas recréer ce dialogue. Il se contentera d’en remonter les conséquences : la commande des muscles, la joie et la réaction du système de récompense et de sa dopamine.

    Mais dans notre éducation humaine, tout souvenir est langage : il a sa description littérale. Alors l’hippocampe va aller chercher des mots dans le centre de Geschwind : les neurones qui y sont associés sont connectés d’une part aux images correspondant au mot (par exemple le marteau), mais aussi à des connaissance de la mémoire sémantique : le marteau est fait pour taper sur un autre objet…. mais également à des caractéristiques de ce marteau particulier correction avec les neurones du mot « manche », du mot »bois », du mot « tête » du marteau et du mot « acier », également de la couleur « jaune » du manche » et grise » de la tête. Et les neurones qui codent le mot « marteau » seront voisins de ceux qui codent d’autres instruments, tels qu’une pince, une scie…
Notre mémoire est ainsi organisée.

    Mais un grand nombre de détails de la scène n’ont pas été mémorisés, ou l’ont été pendant un certain temps, puis, comme ils n’étaient pas importants n’étaient pas souvent rappelé, ils ont peu à peu disparu. Car il faut, pour qu’un souvenir reste que les liaisons privilégiées entre synapses reste renforcées et pour cela qu’on rappelle de temps à autre le souvenir pour que ces liaisons reprennent de la vigueur, faute de quoi, elles s’affaiblissent jusqu’à presque disparaître : c’est l’oubli.
    Le plus souvent ces morceaux de souvenir oubliés ne disparaissent pas complètement, mais restent enfouis dans l’inconscient.
    Par exemple dans notre exemple, ma correspondante ne se rappelle plus que c’est parce que l’escabeau était mal ouvert que son compagnon a fait un  faux mouvement et s’est tapé sur un doigt.
    Mais il suffit parfois d’un mot d’un parent, d’une photo, qui servent de déclencheurs et nous rappellent certains souvenirs enfouis dans l’inconscient.

    Un problème inverse est celui des événements qui nous ont marqués, émotionnellement et sentimentalement. Le cerveau émotionnel a alors fortement renforcé les connections correspondantes et ces souvenirs sont beaucoup plus permanents et ne s’effaceront que beaucoup moins vite. Dans certains cas, ils sont tellement forts qu’il hanteront notre mémoire, s’imposant à un retour à notre conscience, sans que le cortex préfrontal l’ait souhaité. C’est le cas notamment de souvenirs traumatisants : décès, accident, agression…
    A l’inverse, dans certains cas, le traumatisme est tel, que le souvenir est bloqué dans notre inconscient et nous ne pouvons ou nous ne voulons pas le rappeler. Pourtant un rappel nous soulagerait. C’est d’ailleurs dans ce cas que les traitements hypnotiques peuvent être très utiles.

    Maintenant que nous avons ces notions sur notre mémoire, nous pourrons dans l’article de demain, aborder le problème du rêve.

    Le schéma ci-dessous résume de façon très simplifiée, le processus de la mémorisation des sensations, quand on est éveillé, mais on n’a représenté que la vue parmi nos 5 sens et les images produites.

Vendredi 26 décembre 2014 à 7:45

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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     Plusieurs correspondantes me disent qu’elles comprennent mal les articles que j’ai fait sur les rêves ( 25 au 29:1/2010 et 16/7 et 13/8/2013) et elles me demandent en particulier d’expliquer pourquoi j’écris qu’on ne rêve que lorsqu’on s’éveille, (même uniquement quelques secondes, alors qu’elles ont lu qu’on rêvait toute la nuit.
    Il faut donc que je donne des explications complémentaires, mais j’ai peur qu’elles ne soient pas claires, si je ne montre pas d’abord certains mécanisme de la mémorisation de nos perceptions.
    Je ferai donc trois articles, sur la mémorisation de nos perceptions, sur le rappel des souvenirs, puis sur les rêves.

    Je reprends un schéma que j’avais déjà publié des diverses mémoires.
    Dans cet article, je parlerai essentiellement des mémoires perceptive et épisodique.

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http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/cerveaumemoire.jpg    Nos cinq sens réalisent de très nombreuses perceptions (environ 40 fois par seconde quand nous sommes éveillés). Le thalamus les coordonne et les trie. La majorité de ces informations n’a une durée de vie que de quelques secondes, puis elles sont détruites.
    Certaines plus pertinentes, sont interprétées par des centres spécialisés, (comme celui de la vision à l'arrière du crâne), puis les informations sont stockées à court terme dans les aires associatives, qui lie les information des différents sens à un moment donné et éventuellement des éléments linguistique (le centre de Geschwind, qui est la mémoire lexicale des mots fait partie de ces aires associatives).
    Plusieurs centres interviennent alors : le cortex cingulaire antérieur, qui a un rôle important dans l’attention; les centres amygdaliens qui veillent sur notre sécurité, l’insula, qui intervient dans nos émotions, voire même les centres somatosensoriel et l’hypothalamus, s’il y a des sensations anormales concernant les états de notre corps.
    Ces centres vont aider le thalamus à juger de l’importance de la perception et si elle paraît avoir un rôle suffisant, le thalamus transmet au chef d’orchestre, le cortex frontal, qui réfléchit, anticipe, décide, coordonne.
    L’information peut non seulement comporter des sensations (notamment images), mais aussi une partie syntaxique, qui décrit le scène par le langage.

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    Le cortex frontal peut alors décider de garder l’information en mémoire (ce peut être une information ponctuelle, ou toute une scène complexe). Il oriente éventuellement les sens pour avoir des sensations complémentaires, car il peut avoir besoin de plus d’information pour prendre une décision. Puis il demande à l’hippocampe de faire mémoriser de façon plus sérieuse l’information ou  le souvenir en cause.
    S’il s’agit d’une information dont la nécessité est transitoire (où ai je garé ma voiture), les neurones de l’hippocampe se chargent de la garder, jusqu’à ce que le cortex préfrontal lui dise qu’il n’en a plus besoin (j’ai repris ma voiture). L’information s’efface alors peu à peu.
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/circuitPapez.jpg    Si le cortex préfrontal décide que c’est un souvenir à conserver à long terme, l’hippocampe va mettre à contribution les neurones du cortex temporal pour conserver une trace du souvenir en liaison avec les autres parties du cerveau.
    Pour cela il faut renforcer les liaisons entre synapses  des neurones qui vont intervenir dans le rappel du souvenir (j’en parlerai demain).
    On pense que pendant la nuit, l’hippocampe et le thalamus, jouent à la « pompe à souvenir », et font circuler toutes les données des souvenirs récent, qui « tournent en rond » dans ce qu’on appelle le circuit de Papez (voir schéma ci-dessous).
    Les modifications intervenant au niveau des neurotransmetteurs renforcent les liaisons entre les synapses des neurones concernés, renforçant ainsi le souvenir par cette répétition.

    Un souvenir complexe est fait de très nombreuses données. Notre attention (cortex cingulaire notamment), peut ne pas être portée sur tous ces détails et certains ne sont peut être pas transmis au patron, le cortex préfrontal. Celui ci peut aussi négliger certaines informations qu’il ne juge pas importantes.
    Donc si l’on mémorise une scène, il est probable que de nombreux détails ne seront pas consolidés dans la mémoire à long terme et seront peu à peu détruits.
    Mais à l’inverse l’hippocampe fait un « paquet » des informations du souvenir, et donc va stocker ce paquet, y compris sans doute des informations sans intérêt.
    Ainsi si vous vous rappelez un après-midi à la plage, vous vous souviendrez des membres de votre famille présents, mais la présence d’un de vos voisins vous importait peu. Cependant son image a été stockée, mais elle ne sera pas rappelée par votre cortex préfrontal qui n’en n’a que faire : mais elle est dans votre inconscient.
    Si par contre on vous hypnose, votre cortex préfrontal et votre cortex cingulaire antérieur ayant alors des activités très réduites, si on vous pose la question « votre voisin était il à la plage ce jour là », vous vous remémorerez alors sa présence.
    Par ailleurs il faut savoir que le souvenir sera composé non seulement de sensations, mais aussi « d’étiquettes », qui sont des mots associés aux objets ou actions, et finalement le souvenir s’accompagne d’une description par le langage.
    Le souvenir est accompagné aussi d’’une certaine datation dans le temps.

    Je décrirai demain comment se fait le rappel du souvenir, qui est une action extrêmement complexe dans le cerveau (mais qui peut s’expliquer simplement).

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lancien

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