Vendredi 12 décembre 2014 à 8:54

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    Pour continuer l’article d’hier, sais t’on ce qui se passe dans le cerveau, lorsqu’on est en état d’hypnose ?
    Il n’y a pas beaucoup de publications sur ce sujet et cela semble encore peu connu.

    D’abord rien à voir avec le sommeil :  si l’on regarde les tracés des électroencéphalogrammes, et les rythmes de certains neurone du tronc cérébral (qui sont entre autres, le métronome du cerveau, son « oscillateur » sous diverses fréquences, et du thalamus, qui coordonne nos sensations, on constate qu’on est éveillé, avec des fréquences autour de 40 hz.
    Ce n’est donc pas non plus le rêve, au sens habituel du terme.
    Ce n’est pas non plus une rêverie, comme lorsque éveillé, notre imagination vagabonde d’une pensée à l’autre. En fait, contrairement à ce que beaucoup croit, le cerveau est dans ce cas en forte activité, non seulement au niveau du cerveau émotionnel, (sentiments et émotions) mais aussi du cortex frontal (qui dirige l’opération), de l’hippocampe (mémoire), mais aussi des centres d’interprétation des sens (notamment le cortex visuel primaire qui imagine des images) et mêmle des centres de Geschwind et de Broca, à l’origine d’un dialogue lexical intérieur (on se raconte intérieurement une histoire !). Lors de l’hypnose, on constate au contraire une baisse d’activité du cerveau.
    Ce n’est pas une méditation non plus, car les électroencéphalogrammes sont différents dans les deux cas. Mais c’est l’état qui se rapproche le plus de l’hypnose.

    Alors que ce passe t’il dans l’hypnose?

    Ce n’est pas facile à définir, car les questions posées aux divers patients ne sont pas les mêmes, et l’activité cérébrale dépend en partie des questions posées. Par ailleurs le mécanisme d’hypnose est avant tout sensoriel, et les sensibilités des organes et des centres d’interprétation du cerveau, peuvent être assez différentes selon les individus.
    Il faut donc trouver des facteurs communs qui seraient importants en cas d’hypnose.
    On a pu notamment observer, par IRM, la réaction de certaines zones du cerveau (voir le schéma ci dessous)
        - le cortex cingulaire antérieur, qui est activé lorsque nous faisons attention, et dans le contrôle cognitif des émotions et sentiments (habituellement en liaison avec le cortex préfrontal). Il reste très actif même quand le cerveau est au repos, mais beaucoup moins actif dans l’hypnose.
        - le précunéus : il est situé entre les aires somato-sensorielles sur le dessus du crâne (qui nous renseignent sur l’état de notre corps, de nos membres, de nos muscles…) et l’aire d’interprétation visuelle à l’arrière de notre crâne. Il reçoit des informations très élaborées en provenance des divers centre d’interprétation des sens et semble participer à la mémorisation épisodique. Il semble avoir un rôle dans la « conscience de soi ».
    Il a habituellement une grande activité quand le cerveau est au repos, ou lorsqu’on est éveillé et il a alors des connexions nombreuses avec le cortex frontal.
    Il est au contraire presque inactif dans le cas de l’hypnose.

        - dans le cortex temporal, les centres liés à la mémorisation et notamment à la production d’images mentales, qui sont ensuite « visualisées » dans les centre primaires d’interprétation de la vue du cortex occipital, restent au contraire très actifs en cas d’hypnose, comme dans la réalité.

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    Mais d’autres centres aussi sont activés suivant les circonstances de l’hypnose :
        - les centres de Wernicke et de Geschwind, qui interviennent pour comprendre les paroles du thérapeute hypnotiseur. Mais en fait sous hypnose, il semble qu’il y ait valorisation des termes à répercussion positive et atténuation des termes à répercussion négative.
        - les centres prémoteurs, qui préparent un mouvement (d’habitude sur ordre du cortex préfrontal). Il semble qu’ils provoquent alors des images mentales des mouvements.
Mais les centres moteurs peuvent également intervenir, car on constate pendant l’hypnose certains mouvements des membres ou des yeux, involontaires ou sur commande de l’hypnotiseur : balancement des pieds, ou lévitation ou de paralysie des bras par exemple.
Lorsque le thérapeute demande de bouger ou de bloquer un membre, les phases de mouvement ne semblent pas modifiées dans le cerveau, mais ce sont les phases de transmission des ordres moteur et de préparation motrice qui sont différentes dans l’éveil normal et dans l’hypnose.
    On constate même une hyper activité de la partie motrice quand on donne des ordres de mouvement sous hypnose.
    Par contre il y a pendant l’hypnose détente des muscles.
        - les expériences sous hypnose montrent une sensibilité particulière des centres d’interprétation sensorielle.
    Par exemple le centre d’interprétation auditive réagit de la même façon si on écoute un morceau de musique, réellement en étant éveillé, et si sous hypnose, on vous demande de l’écouter, sans évidemment de son extérieur.
    Lorsqu’on présente un  objet rouge à un individu, les neurones « rouges » du centre d’interprétation visuelle restent activés, même si on lui dit que l’objet est bleu. Par contre, sous hypnose, les neurones « rouges » s’éteignent et les neurones bleus sont activés quand le thérapeute lui dit que l’objet est bleu et il peut faire de même avec d’autres couleurs.

    On ne sait pas ce qui provoque l’hypnose dans le cerveau, mais les données ci dessus donnent une approche des conséquences :

    Le cerveau contient une multitude de centres,  qui d’une part interprètent le monde extérieur grâce à nos sens, et d’autre part créent des actions dans notre corps et dans l’environnement par l’intermédiaire de nos membres (et du langage).
    En temps normal, quand nous somme éveillés, notre cortex préfrontal est le chef d’orchestre de ces centres : il reçoit des information sur l’état de notre corps et de l’environnement, consulte notre cerveau émotionnel, réfléchit, organise et donne des ordres pour améliorer son information à partir de nos sens, et pour déclencher des actions.
    Il est aidé par le cortex insulaire antérieur qui focalise notre attention et oriente notre conscience.
    Il est aidé aussi par le précunéus qui différencie nous même par rapport au monde extérieur, notamment au niveau des images mentales.

    Dans le cas de l’hypnose, les connexions semblent modifiées.
    Le rôle du cortex préfrontal, de cortex insulaire antérieur et du précunéus sont fortement diminués. Nos sens et nos centres moteurs n’obéissent plus au contrôle rationnel et aux ordres du cortex préfrontal.
    Notre attention est relâchée et nous avons une conscience du « moi » très réduite et surtout de sa place dans l’environnement.
    Les mouvements sont déconnectés de l’intention et de l’attention.
    D’où notre dépendances aux ordres de l’hypnotiseur.
    Par contre il y a une hyper activité des centres qui interprètent les données des sens, activité sous forme d’images mentales, non liées aux perceptions réelles. Une particulmarité des sensations sous hypnose est que les sujets ont une impression beaucoup plus grande de "vivre dans un souvenir" avec toutes ses sensations, que s'ils se remémoraient ce souvenir en état normal de veille.

    Cependant il reste une veille de nos sens et même de notre cortex frontal
:
Des personnes sous hypnose et placées en position d’écriture automatique, et dont on avait plongé la main dans l’eau glacée écrivaient « sortez ma main de l’eau » l’individu étant encore sensible aux états dangereux, et si on veut imposer à un sujet sous hypnose, une action qui le choque profondément, il sort de son état.
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    Sans connaissances et expérience notre intelligence est faible et ne peut pratiquement pas servir. La mémoire c’est 70% de l’intelligence, et pour avoir une bonne mémoire, il faut la cultiver dès le plus jeune âge.
    Il y a plusieurs types de mémoire (voir les articles des 18 et 20 décembre 2011), qui sont administrées par l’ensemble cortex préfrontal + hippocampe avec comme intermédiaire des mémoires de travail à court terme :
        - les mémoires procédurales, qui sont relativement autonomes une fois acquises et qui sont gérées presque inconsciemment par le cervelet.
        - la mémoire épisodique qui enregistre tous les événements de façon chronologique; une partie de son contenu est détruite systématiquement et le reste constitue nos souvenirs mais qui sont transformés par l’oubli et les réminiscences.
        - la mémoire lexicale perceptive, qui associe des sensations à des mots et ainsi les définit en quelque sorte.
        - la mémoire sémantique qui contient toutes nos connaissances : elle est organisée en arborescences. Par exemple, les connaissances concernant l’homme, et celles concernant les animaux; parmi ceux ci de grandes catégories : mammifères, insectes, oiseaux…. Dans ceux ci différents types d’oiseau comme merle, mésange, canari… Et si vous pensez au canari, il y aura liaison avec la mémoire perceptive qui vous rappellera sa couleur jaune, son chant, et la mémoire épisodique qui vous donnera des images de souvenirs de canaris que vous avez vus, dont ceux de dessins animés comme Titi.

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    Les mémoires procédurales demandent un long apprentissage : apprendre à nager, à taper sur un  clavier, à faire du vélo, à jouer du piano…
    La mémoire épisodique fonctionne dès l’origine de la vie, mais selon l’apprentissage et la nature des émotions, nous enregistrerons plus ou moins de détails et nous les oublierons plus ou moins.
    La mémoire lexicale perceptive fonctionne automatiquement à partir de nos sens, mais elle s’appuie sur les mots et donc sur notre vocabulaire.
    Quant à la mémoire sémantique, elle est nulle à la naissance et se remplit peu à peu…. à condition de l’entraîner et de lui donner des informations.
   
    Il faut savoir quatre choses très importantes : quelles que soient les mémoires, mais surtout pour la mémoire sémantique, la capacité de mémorisation est basée sur trois points : l’attention, la compréhension et la répétition ainsi que sur la perception par plusieurs sens.
    Si nous ne faisons pas attention, nous ne saisissons pas les phénomènes, nous ne consolidons pas le fait enregistré et il n’est pas mémorisé à long terme.
    Si nous ne comprenons pas une notion complexe, nous ne nous rattacherons qu’à la perception de nos sens : ce sera un pont de repère moins solide; certains ont besoin d’un schéma explicatif ou classificatif logique pour retenir certaines notions.
    La mémorisation se renforce chaque fois que nous répétons le souvenir; la répétition et l’entraînement sont donc les moteurs de la mémorisation. Les exercices en application du cours sont faits pour comprendre et répéter sous plusieurs formes.
    Enfin on retiens mieux si on fait appel à plusieurs sens : voir, entendre ou répéter à haute voix, écrire.


    La mémoire passe par la lecture :  C’est le passeport des connaissances et de la compréhension. C’est aussi l’apprentissage de l’expression et donc de la communication.
    Et la personne qui lit (ce peut être sur internet et une tablette) et découvre des notions qu’elle comprend et apprend, a en général envie d’en découvrir d’autres : le savoir appelle le savoir.
    De plus notre communication avec autrui passe par les mots, l’orthographe, la grammaire et la syntaxe et seule la vue et la répétition des mots écrits nous apprends par la pratique ces notions, que nous n’assimilerons pas par de simples règles théoriques.
    Pour développer ses aptitudes de lecteur, la recette est simple et unique : il faut lire beaucoup !
    Le fait que notre culture est de plus en plus une culture d’images (télévision, internet), de communication orale (téléphone), ou très succincte et pauvre en idées et vocabulaire (SMS, réseaux sociaux), fait que notre mémoire ne se développe pas suffisamment.
    Or l’enseignement primaire ne consacre plus assez de temps à la lecture et aux dictées, et l’enseignement secondaire a recours de plus en plus à l’oral et à l’image, et la littérature a banni les morceaux choisis (et les interrogations correspondantes), qui obligeaient à lire des écrits très différents.
    Les parents pas plus que les professeurs n’imposent aux enfants de lire systématiquement un minimum de textes, et dans le primaire l’enseignement de l’usage de l’ordinateur est un simple jeu et dans le secondaire personne ne vous apprends à rechercher des connaissance et à lire des informations utiles, ni d’ailleurs à faire de bons exposés sur des logiciels genre Powerpoint.
    Autrefois tout élève avait un dictionnaire, et on le consultait plusieurs fois par jour. Résultat un adulte connaissait de l’ordre de 50 000 mots (je ne compte un verbe et sa conjugaison (ou un mot et son pluriel, que pour un mot). Aujourd’hui, la plupart des jeunes que je connais lisent très peu et leur vocabulaire ne dépasse guère 15 à 20 000 mots.
    Il est certain que jouer sur l’ordinateur est plus amusant que lire, et intimer l’ordre à l’enfant de lire tel document n’est probablement pas le bon moyen de capter son adhésion et son attention. Il faut arriver à l’intéresser à ce qu’il lit, soit par le contenu, soit par l’espoir d’un bon résultat à un contrôle et donc la confiance en soi et la fierté de la réussite.
    On peut capter la passion d’un enfant même tout jeune. Je me souviens quen j’étais en primaire, mon grand père me faisait feuilleter et lire des encyclopédies, dont un livre superbe sur « la terre » qui expliquait les océans les nuages, le cycle de l’eau, la foudre, la température, le vent, les roches, sous une forme très pratique et imagée, et si c’était parfois un peu difficile, il m’expliquait. J’ai ainsi appris une multitudes de notions (et de mots), sans avoir l’impression d’étudier, et je refeuilletais parfois le livre tout seul, avec plaisir.

    Enfin, n’en déplaise à beaucoup d’enseignants, le « par cœur » est un facteur nécessaire pour acquérir une bonne mémoire.
    Apprendre par cœur peut être la nécessité de retrouver rapidement une connaissance : la table de multiplication en est le meilleur exemple. Mais beaucoup de formules de mathématiques et de physiques doivent être comprises, mais apprises par cœur, car elles sont alors à disposition en un dixième de seconde alors qu’il faudrait des minutes pour les redémontrer. Par ailleurs pour repérer des éléments qui y font référence, il faut connaitre ces expressions et s’en être souvent servi (ce qui permet aussi de les apprendre).
    Quant au par cœur de textes, c’est le seul moyen avec la lecture de développer notre mémoire lexicale et notre vocabulaire.
    Mais cela a un effet bien plus important : cela développe tout simplement notre capacité à retenir. J’ai connu deux personnes (plus âgées que moi) qui avaient une mémoire vraiment extraordinaire. Elle la devaient au fait qu’étant des élèves turbulents, leurs professeur leur donnait comme punition des textes à apprendre par cœur et comme ils le faisaient de plus en plus facilement, les textes étaient de plus en plus longs !!

    Rappelons nous donc que notre mémoire est 70% de notre intelligence, que le par cœur est le moteur de la mémoire lexicale, alors que la lecture et la compréhension, ajoutés aux exercices et les expériences répétées sont la condition d’une bonne mémoire sémantique.
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    J’ai lu sur le dernier numéro de la revue « Pour la science », un article sur l’influence de l’usage d’Internet et plus particulièrement de Google sur notre mémoire.
    Mais j’ai déjà fait allusion dans plusieurs articles au fait que nous confions nos données aux moyens modernes tels qu’ordinateur, tablette, téléphone et que nous n’avions plus besoin de mémoriser de nombreuses données (notamment adresses et numéros de téléphone), mis que d’une part nous étions démunis en cas de panne de nos appareils et que, surtout, nous n’exercions plus assez notre mémoire.
    L’article s’intéresse plutôt aux données courantes ou techniques, qui nous servent dans la vie, et pour lesquelles, internet a bouleversé nos habitudes.

    Jusqu’à 1980, l’ordinateur n’existant pas chez les particuliers (j’ai été parmi les premiers à avoir en 1980 un microordinateur Apple2), et les données étaient stockées soit sur du papier (mais c’est laborieux à trouver, même avec des fiches bien classées) et dans la mémoire humaine, le cerveau étant, de ce point de vue, un outil remarquable, mais à condition de l’exercer cela.
    Malgré tout, le savoir est trop volumineux et l’habitude, pour ne pas surcharger les mémoires et mieux utiliser les moyens disponibles, était d’utiliser les divers cerveau du groupe. On se répartissait les métiers et les données à retenir, et chacun faisait appel à celui qui avait données et compétences adéquates. Mais on essayait de conserver dans son propre cerveau les données les plus importantes, qui nous servaient le plus souvent.
    L’arrivée d’internet a complètement bouleversé la situation.

    En fait l’ordinateur a peu à peu remplacé les partenaires avec lesquels nous partagions des données. Nous pouvons trouver sur Google de nombreux renseignements et nous n’avons donc plus besoin d’autres personnes pour nous aider à les retenir et les restituer si besoin est.
    Mais nous avons aussi confié aux divers logiciels de l’ordinateur ou du téléphone, nos données personnelles (à part quelques unes qu’il vaut mieux garder à l’abri, comme les codes d’accès à certains sites bancaires ou autres), et nous ne les retenons plus. Je connais encore les numéros de téléphone de mes enfants carie les utilise souvent, mais je ne connais plus les autres numéros, alors qu’il y a 30 ans, j’en connaissais environ 200,qui me servaient dans ma vie personnelle et mon travail.
    Bien plus nous ne faisons plus k’effort pour les retenir. Des chercheurs ont fait une expérience de mémorisation de données apparaissant sur un écran, avec deux groupes de personnes; on avait dit au premier groupe que les données ne seraient pas mémorisées par l’ordinateur et au second qu’elles le seraient. Le second groupe s’est avéré beaucoup moins performant. La peur de perdre des données fait faire plus d’effort pour les mémoriser,  quand on ne peut pas compter sur la machine.
    Et recourir à internet est devenu un réflexe quand on ne sait pas ou on ne retrouve plus une notion, voire un mot. J’ai quatre dictionnaire chez moi et trois en Bretagne, et même si certains sont vieux, j’y avais recours plusieurs fois par jour il y a 30 ans. Maintenant, même si je ne fais qu’un mot croisé, ou si je veux vérifier l’orthographe d’un mou ou la conjugaison d’un verbe, je vais devant mon mac, et le dictionnaire ne me sert plus que rarement. Et chez mes derniers petits enfants, c’est pire : ils ne savent plus se servir d’un dictionnaire et mettent trois fois plus de temps que moi pour y trouver un mot.
    Nous allons peu à peuples loin dans ce chemin, faisant confiance à l’ordinateur pour nous rappeler certaines données de notre vie, les données « épisodique » et nous avons notre banque de donnée de photos numériques, voire notre journal intime, si ce n’est sur le net, au moins sur le disque dur.

    Ce changement a certains avantages : il est certain qu’internet emmagasine bien plus de données qu’un groupe de personnes, qu’on y a facilement accès, que l’ordinateur ou le smartphone sont toujours disponibles (ou presque),  et que les données sont mises à jour (ou datées) et qu’elles ne s’évanouissent pas dans l’oubli. Les souvenirs stockés sur la machine ne se transformeront pas, alors qu’à chaque réminiscence dans notre cerveau, nous réenregistrons un souvenir un peu différent de celui précédemment stocké.
    Donc sur le plan efficacité on peut s’attendre à un bilan plutôt positif.

    Certaines des conséquences sont inattendues. Des chercheurs ont fait répondre deux groupes de personnes, de formation scientifique, à des questions diverses difficiles, le premier groupe disposant d’internet et le second n’en disposant pas. Puis ils ont soumis les personnes à un questionnaire sur l’opinion qu’ils avaient d’eux mêmes.
    Le premier groupe avait mieux répondu aux questions scientifiques posées,ce qui est normal avec l’aide de Google et leur estime d’eux mêmes était très au dessus de celle des personnes du second groupe, alors que leurs réponse n’étaient que des copier-coller des données internet, alors que le second groupe avait dû faire preuve de réflexion et d’effort de mémoire. Le premier groupe était fier d’un travail pourtant peu valorisant et ne demandant que peu de qualités.

    Cette influence de l’informatique est pernicieuse, car elle aboutit à une espèce de fusion virtuelle entre le cerveau des utilisateurs d’internet et Google, et finalement ces utilisateurs finissent par être persuadés d’en savoir plus que tout homme d’il y a 20 ans, alors qu’ils ont en fait de moins en moins de connaissances. C’est en quelque sorte la conclusion de l’article, comme une mise en garde.

    J’ai toutefois un avis un peu différent sur le sujet.
    J’ai toujours fait appel à des données extérieures, mais « papier », qui étaient des revues scientifiques et des données d’articles et de documentation trouvées en bibliothèque.
    Aujourd’hui je lis toujours un certain nombre de revues scientifiques, mais j’ai accès, sans me déplacer, à bien plus d’articles d’universités dans les domaines qui m’intéressent.  Par contre je fais énormément appel à internet pour d’une part vérifier des données diverses si je ne me les rappelle plus, et d’autre part pour stocker les adresses des articles consultés.
    C’est donc vrai que je fais moins appel à ma mémoire et surtout je ne susi plus obligé de prendre de nombreuses notes, de faire des photocopies, et de classer de façon méticuleuse mes articles papiers.
    Par contre trouvant plus d’articles et certains n’ayant pas les mêmes conclusions, je suis obligé de réfléchir davantage pour comprendre ces données et de me poser des question sur la véracité et la qualité de ce que je consulte. Mon estime de moi n’a guère augmenté; j’ai simplement l’impression d’être plus performant parce que je dispose de meilleurs moyens, et du coup ma curiosité intellectuelle s’est plutôt accrue.
    Mais cet usage d’internet et de Google m’en montre les difficultés. si on veut trouver une information donnée un peu pointue, c’est difficile, car les moteurs de recherche ne sont guère performant, ne connaissant même pas la différence entre les commandes « et » et « ou ».  Il faudrait de meilleurs moteurs de recherche et surtout apprendre aux utilisateurs à s’en servir, pour trouver ce qu’ils souhaitent.
    D’autre part n’importe qui peut mettre n’importe quoi sur internet, et donc la qualité de ce qu’on y trouve est discutable. Il faut du bon sens pour faire un premier filtre, puis rechercher plusieurs versions que l’on puisse comparer, pour estimer au mieux la valeur des éléments recueillis.

Mercredi 16 juillet 2014 à 8:57

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

  Une opération chirurgicale nécessite presque toujours une anesthésie.
    Selon l’importance et la nature de l’opération, elle pourra être locale ou générale.


   Le schéma ci dessous résume le chemin de la douleur dans le cerveau :

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    Dans le cas d’une anesthésie locale, les agents anesthésiques vont localement agir sur les nerfs pour supprimer la douleur, car ils bloquent la transmission de la douleur entre la partie du corps opérée et le cerveau.
    Le signal douloureux est créé par des récepteurs de la douleur (les nocicepteurs périphériques) localisés dans la peau, les muscles, les os et les viscères : lors de l'opération, le bistouri crée des lésions dans les tissus, qui déclenchent la libération de substances nommées prostaglandines, lesquelles activent les nocicepteurs périphériques. Un influx nerveux est émis dans le nerf, remonte le long de la moelle épinière par plusieurs voies à des vitesses différentes selon la nature de la douleur, (voir mon article du ), jusqu’au cerveau, où la douleur est perçue par de très nombreux centres : le thalamus joue un rôle d’aiguillage; des signaux sont envoyés au cortex somatosensoriel (sur le dessus du crâne), au cerveau émotionnel (cortex cingulaire, insulta, amygdale), vers l’hypothalamus, et en définitive au cortex préfrontal.
    Les aspects négatifs de la douleur sont à la fois physiologiques (système sensoriel notamment), et cognitifs (cortex cingulaire et préfrontal).
    De façon naturelle, des opioïdes sont libérés dans le cerveau, et un mécanisme de rétroaction est organisé par l’insola, l’hypothalamus et le tronc cérébral et va bloquer en partie la transmission des informations de douleur au niveau de la moelle épinière.
    Les anesthésiques utilisés en anesthésie locale ont une action analogue de blocage. L’analgésie agit soit d’une façon analogue, soit, comme l’aspirine, en bloquant la production des prostaglandines.

    Dans une anesthésie générale, le phénomène est beaucoup plus complexe encore. Les produits utilisés sont en général des mélanges d’un produit pour vous endormir, (en réalité pour vous enlever votre conscience), d’un analgésique pour ôter la douleur et d’un myorelaxant, qui paralyse en partie les muscles afin d’empêcher les mouvements en empêchant les muscles de se contracter.
    L’anesthésie générale agit surtout au niveau du cerveau, mais elle a aussi des effets sur les nerfs, le cœur, le système respiratoire, la circulation du sang, et sur les muscles.
    En fait l’anesthésie générale est plus proche d’un coma provisoire provoqué, que d’un sommeil. Les zones de notre cortex, impliquées dans les mécanismes de la conscience, (principalement cortex préfrontal et cortex cingulaire et insula), sont au repos.
    Alors qu’on peut réveiller un dormeur en le secouant, pour sortir de son état un anesthésié, il faut attendre que le produit ait considérablement diminué ses effets.
    Des études ont été faites en étudiant sous IRM, les effets sur le cerveau d’animaux, puis d’hommes, soumis à des doses croissantes d’anesthésiants (sans analgésique ni myorelaxant, et en limitant les doses pour les humains afin de ne pas courir de risque respiratoire). L’état de conscience est étudiée également par communication orale, demande d’exécuter des gestes, étude des réflexe, et mesure de l’activité électrique.
    L’étude fait le même type de constatations au réveil.

    Durant la période d’inconscience, qui durait environ une heure, les zones du cerveau nécessaires à la perception de signaux extérieurs (notamment l’ouïe et la vue) demeurent actives. Les sons et les images cheminent dans le thalamus et dans le cortex.
    Le cortex préfrontal et le cortex pariétal (notamment l’insola), sont presque totalement au repos. Il semble que ce soit le thalamus qui ait cet effet inhibiteur.
    Les chercheurs pensent que cette zone fronto-pariétale est divisée en deux parties.     La première, plus centrale, serait liée à la conscience de soi et la seconde, plus latérale, serait liée à la conscience du monde extérieur, et il semble que ces deux zones soient anticorrélées. Quand la première est active, la seconde est inhibée et inversement. Donc si on est focalisé sur soi-même, on ne peut penser à son environnement et inversement. Mais la façon dont ces deux zones combinent leur activité pour atteindre - ou non - le niveau de conscience est encore très mal comprise.
La perte de conscience serait provoquée par des coupures de communication entre différentes régions du cerveau. L’activité électrique montre que les ondes devient beaucoup plus lentes, n’agissant plus que localement.
    L’anesthésie générale est voisine d’un coma réversible.

    Lorsqu'on subit une anesthésie générale, on ne ressent aucune douleur, et l'on ne se rend compte de rien. Mais le corps souffre quand même !
    Par ailleurs une anesthésie générale comporte divers effets secondaires, et certains risques. J’en parlerai demain.
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    Nous avons défini hier ce que pouvait être l’inconscient, mais cela ne nous définit pas son rôle.
    L’importance de l’inconscient dans notre comportement est très grande.


    Nous avons vu hier que nous enregistrons, pour des temps très courts ou plus longs, des images, sons et autres sensations de nos cinq sens.
    La plupart de ces informations ne nous servent pas et d’ailleurs sont détruites ensuite (les connexions ne sont pas renforcées et disparaiussent d’elles même notamment au cours du sommeil).
    Certaines images, certains sons, certaines autres sensations sont cependant conservées (notamment celles qui ont un  grand impact émotionnel, dont beaucoup sont conscientes, mais certaines inconscientes sont aussi mémorisées à notre insu). Ces sensations peuvent ensuite dans certaines circonstance surgir consciemment, ou même avoir une influence sur nos décisions ou comportements, sans que nous nous en rendions compte, car d’innombrables connexions se produisent à tout instant à notre insu, quand un processus conscient est engagé.
    Certaines études ont confirmé qu’un geste inconscient ou un mot anodin peut déclencher un « amorçage », et orienter une décision, un choix, un comportement. Elles
mettent en évidence que des motivations subliminales (sensations au dessous du seuil de perception conscient), utilisent les mêmes processus mentaux - la mémoire de travail et les fonctions exécutives - que les actes conscients, et que les gens se méprennent souvent sur les raisons de leurs comportements, car ils sont influencés par des pulsions inconscientes.

    Un autre domaine d’action de l’inconscient est celui de tous les automatismes et actes réflexes. C’est évidemment vrai pour des réactions réflexes physiologiques, au niveau de la moelle épinière (réaction à la brûlure, à la douleur…), au niveau du cervelet (faire du vélo, conduire une voiture…) ou du cerveau lui même (réaction d’évitement devant un danger..).
    Mais cela est vrai pour des réactions beaucoup plus intellectuelles et émotionnelles.
Il nous faut exercer un effort volontaire et conscient pour nous défaire de nos préjugés. Plus l’influence de l’inconscient est forte, plus le contrôle cognitif conscient doit être important pour la surmonter.
    Cela concerne par exemple les addictions, la perception que nous avons d’autrui, le jugement sur notre environnement ou sur une situation donnée.
    Par exemple, lorsque nous rencontrons quelqu’un que nous ne connaissons pas, une première impression est présente en nous avant même que nous n'ayons commencé à lui parler. Nous notons la couleur de sa peau, son sexe, son âge…, caractéristiques qui, une fois perçues se connectent automatiquement à des stéréotypes sur la façon dont les membres de ce groupe sont supposés se comporter. Ces croyances relatives à un groupe social sont souvent inexactes pour l’individu en cause, qui n'a généralement rien fait
pour mériter aucune de ces impressions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.
    Les gens ont du mal à connaître la cause de leurs sentiments positifs ou négatifs, et se trompent souvent, quelque soit leur rôle et leur intelligence ou leur professionnalisme.

    Mais l’action de l’inconscient est plus vaste que les stéréotypes et les préjugés. Il influence nos actes.
    En particulier nous avons une propension innée qui est d’imiter autrui, non seulement dans ses expressions, mais aussi dans ses comportements.
    Et nous avons tendance à essayer inconsciemment à la place d’autrui, pour mieux le comprendre : c’est le rôle inconscient des « neurones miroirs ».
    Les centres d’apprentissage, qui sont aussi les centres du plaisir, et dont j’ai parlé souvent (voir en particulier mes articles des), agissent la plupart du temps de façon inconsciente, nous donnant la motivation de l’action. Ils calculent automatiquement le bénéfice de certaines actions et nous poussent vers la satisfaction maximale, de façon le plus souvent inconsciente.
    Mais si ses centres nous dictent un comportement égoïste, d’autres nous amènet à avoir un comportement altruiste et sont sensibles aux impressions que nous font les autres et à ce que nous pourrions faire pour eux.
    Les sentiments et les jugements inconscients que nous avons pour ou sur une personne, nous dictent notre comportement, parfois consciemment, mais le plus souvent sans le savoir.
   
    Des études ont montré que lorsque nous avions un problème à résoudre, dans de nombreux cas, la réponse était intuitive, ce qui ne veut pas dire qu’elle était réflexe, mais en fait une réflexion inconsciente et rapide, menée par le cortex émotionnel et probablement en partie par de cortex préfrontal.
    Et l’on pense actuellement que lorsque nous refléchissons aux solutions d’un problème, derrière la partie rationnelle consciente de recherche de solution, se cache une consultation du cerveau émotionnel par le cortex préfrontal, qui lui demande une « simulation émotionnelle » des conséquences des diverses sortes de décisions conscientes.
    En définitive, le rôle de l’inconscient est beaucoup plus important que ne le pensait Freud, car il n’est pas limité à nos désirs et pulsions, mais intervient dans tous nos actes.
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   Il m’arrive souvent de discuter avec mes correspondant(e)s de l’inconscient et de son rôle, car lorsqu’on essaie de comprendre les problèmes, les causes que l’on peut avancer ne sont pas toujours ce dont es consciente la personne qui les rencontre.
    Mais cela n’a rien à voir avec la psychanalyse, dont même Freud, écrivait à Jung, qu’elle n’apportait que bien peu de chose dans le traitement des malades.
    Bien que les cours de Psycho en France fassent encore une grande part à Freud et ses disciple, alors que ce n’est plus le cas ni dans les pays anglo saxons, ni même en Allemagne, la notion d’inconscient et de ses modes d’influence, a totalement évolué et ne correspondent plus aux théories de Freud, qui certes étaient ingénieuses, mais ne tenaient pas compte du fonctionnement physiologique du cerveau, alors presque inconnu.

    La théorie de Freud avait le mérite d’être simple : il voyait trois instances régissant le comportement de l’homme :
    Le « moi » désigne la partie de la personnalité assurant les fonctions conscientes : ancré dans la réalité, et en partie dans le rationnel, il assure la stabilité de la personne, l’empêchant de céder à ses pulsions.
    Le « ça », au contraire, est  le non conscient, inorganisé et sans volonté rationnelle, il s’efforce de satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir, même si parfois il réalise ses pulsions de façon détournée en les sublimant (comme l’artiste); c’est le réservoir des instincts humains, des désirs inavoués et refoulés au plus profond de nous mêmes.
    La neuropsychologie moderne si elle admet les pulsions inconscientes, tempère énormément l’importance des refoulements (que de plus Freud considérait comme essentiellement sexuels), et surtout a montré que la théorie de Freud sur l’enfance et les parents et notamment le complexe d’œdipe, est fausse.
    Le « surmoi » enfin représente les règles, notamment morales que l’on a acceptées, mais il les voyait comme une conséquence des interdits parentaux, une sorte de loi morale qui agirait sur nous sans que nous comprenions son origine.
    La théorie de Freud était simple et ingénieuse, mais elle avait le défaut d’être bâtie à partir de constatation sur des malades mentaux, dont beaucoup étaient des viennois(es) ayant des problèmes sérieux au plan sexuel, alors qu’elle aurait dû avant tout tenir compte de la mentalité des personnes normales.

    Pour la neuropsychologie moderne, l’inconscient est avant tout un réservoir de tout ce que le cerveau enregistre de nos sensations, mais qu’il ne juge pas utile de transmettre au cortex préfrontal, siège de la pensée et donc de la conscience.
    En effet tous les quarantièmes de seconde, le thalamus coordonne les sensations provenant de nos cinq sens, relatives à notre environnement et à ses perceptions. Mais la plupart n’ont pas d’intérêt pour l’orientation de nos actions et donc, soit le cerveau les élimine, soit les conserve pendant une durée assez brève, soit même les stocke, au cas où elle pourraient se révéler utile par la suite, mais en général il les élimine au cours des sommeils suivants.
    De même le cerveau reçoit des informations de nos membres, de nos muscles, de nos viscères, mais ils ne sont pas transmis au cortex préfrontal, sauf lorsqu’il y a problème, par exemple souffrance ou anomalie de fonctionnement et nécessité d’action pour y remédier.
    Enfin, notre cerveau émotionnel est le siège de très nombreux échanges internes, émotions et sentiments, simulation des conséquences de projets d’action, intentions qui en découlent, voire pulsions plus immédiates et violentes. Ce ne sont pas des processus rationnels comme dans le cas du cortex préfrontal, mais les propositions et actions qui en découlent, ne sont pas pour autant forcément néfastes pour l’individu et elle interviennent souvent en complément de processus réfléchis et rationnels.
    En fait la quantité d’information inconscientes est des millions de fois plus importante que les informations consciente. Par contre la plus grande partie d’entre elles n’est pas mémorisée.

    La psychologie actuelle, quand elle est basée sur l’observation neurophysiologique, a relégué le Ça et le Moi aux oubliettes de la psychanalyse, et adopté une vision plus pragmatique de ce qui définit le soi non conscient : la différence entre ce que nous faisons de façon automatique et ce que nous controIons de façon rationnelle, grâce à notre cortex préfrontal.
    Les processus de pensée automatiques doivent être rapides, efficaces et hors du domaine de la pensée consciente, dépourvus de délibération ou de planification qui sont lents. Ils ne requièrent qu’un simple stimulus, alors qu’un mécanisme de réflexion qui nécessite des aller-retour entre de nombreux centres du cerveau.
    Par exemple la lecture de cet article et la compréhension des mots, se font de façon fluide, automatique, presque inconsciente, alors que notre attention est centrée sur la compréhension des phrases et des idées qu’elles contiennent.
    De même quand vous rédigez, vous pensez rationnellement et lentement à ce que vous voulez dire, à l’organisation de vos phrases, mais ensuite votre main écrit ou tape sur le clavier, les lettres de façon automatique, tellement inconsciemment que vous faites des fautes de frappe sans vous en apercevoir, notamment en inversant des lettres si vous tapez trop vite.
   
      Tout comme le Ça et le Moi de Freud, le système automatique et le système contrôlé se complètent mais, dans le même temps, ils s'opposent parfois.
    J’étudierai demain avec vous quelques uns de ces processus, pour montrer l’importance dans notre comportement des processus inconscients, même dans nos décisions courantes.
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     J’ai déjà fait divers articles sur notre mémoire et son fonctionnement.
    J’ai lu récemment des articles de trois chercheurs, Rodrigo QuianQuiroga, qui dirige un groupe anglais de recherche en bio-ingénierie, Itshak Fried, professeur de neurochirurgie à l’université de Los Angeles, et Christof Koch, directeur scientifique de l’institut Allen de Seattle pour les sciences du cerveau.
    Ces chercheurs ayant collaboré au traitement de personnes atteintes de graves épilepsie, incurables sans ablation de certaines zones du cerveau, de très fines électrodes ont été introduites dans leur cerveau, pour essayer de cerner les neurones qui subissaient des « courts circuits » et ainsi limiter les ablations toujours dommageables. Ces électrodes ont permis de repérer les fonctions de groupes de neurones beaucoup moins nombreux qu’on ne peut le faire en IRM, qui ne peut mesurer l’activité que de plusieurs millions de neurones, et donc de préciser le fonctionnement de certaines parties du cerveau.
    Ils ont découvert notamment que des groupes très restreints de neurones réagissaient chaque fois que l’on évoquait une personne donnée, soit par son nom, soit par son visage, soit par certaines caractéristiques très spécifiques. Et pour une autre personnes il s’agissait d’un autre groupe de neurones voisins.
    On peut donc penser qu’il suffit d’un petit nombre de neurones (quelques milliers ?) pour représenter en mémoire un « concept ».
     Un neurologue  Jerry Lettvin (1920-2011) avait déjà osé énoncer cette théorie, mais sans preuves autres que le fait qu’une minuscule ablation dans l’hippocampe avait uniquement enlevé pour un malade le souvenir de sa grand mère, et ses collègues avait tourné en dérision cette théorie, affublée alors du nom ironique de « l’hypothèse du neurone grand-mère ».

    Essayons de comprendre le phénomène à partir d’une perception d’une image par les yeux et de son interprétation par le cortex visuel à l’arrière de notre cerveau, partie occipitale au dessus du cervelet et de la nuque. (voir aussi mon article du 3/1/2014 ).
     L’information captée par les rétines de nos yeux est d'abord transmise, via le nerf optique, au cortex visuel primaire, où chaque petite zone de l’image entraîne l'activation d'un neurone spécifique lié à un neurone de la rétine, un peu comme s'il s'agissait d’un pixel d'une image numérique d’un appareil photographique. L’information de chaque neurone se combine avec d’autres pour créer une image composite et complète. Si cette image se modifie légèrement, certains détails changent et l'activation du groupe de neurones correspondant est aussi modifiée et d’autres neurones d’une deuxième « aire secondaire » vont alors transformer ces modifications en informations de mouvement.

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    Ces aires secondaires et tertiaires vont analyser ainsi l’image : forme, contraste, couleur, .… et vont ensuite faire travailler deux centres « associatifs » que l’on nomme le « Où »et le « Quoi », qui vont réaliser et mémorise pour le premier, des cartes de lieux et de l’environnement, et pour le second, des images d’objets ou de personnes.
    Une autre aire est spécialisée dans le reconnaissance des visages, à coté de celle qui reconnait les lettres de l’écriture.
    Les informations sont ensuite transmise au cortex frontal, avec d’éventuels informations ajoutées par l’hippocampe, comme un nom, une information verbale.
    C’est là où on peut essayer de comprendre ce qu’est cette notion de « concept ».
    C’est le fait que le même petit groupe de neurones réagisse à des stimuli corrélés, correspoodant à un même objet, une même personne, le constat d’une même action.
    Finalement, les neurones sont activés par Ie concept lui-même, quelle que soit la façon dont il est présenté; seul compte le fait que le stimulus lui soit lié.
    Plus le concept est abstait, donc moins dépendant d'une représentation particulière, moins le neurone a besoin d'information pour le coder, ce qui lui permet de devenir très
sélectif.
    Des logiciels de simulation de fonctionnement de neurone ont permis ainsi de montrer que de petits groupes de neurones pouvaient distinguer une personne ou un objet, même présenté de diverses façons.

    Ceci ne fait que confirmer le fait que, si le système sensoriel est indispensable, pour percevoir l’environnement, l’hippocampe joue ensuite son rôle essentiel de « professeur de la mémoire », en saisissant l'essentiel de situations particulières, et non en retenant une quantité de détails sans signification et en gardant en mémoire quelques points marquants de l’informations. Ainsi, les neurones de concepts ont tendance à
s'activer pour des éléments pertinents pour nous, tels ceux qui impliquent des individus ou des objets familiers; , et on évite ainsi de gaspiller des ressources dans la fabrication de souvenirs inutiles.
    Mais les souvenirs ne sont pas des concepts isolés. Le stockage d’un événement
complet en mémoire requiert des liens entre des concepts différents mais associés.
    Quand deux concepts sont liés, certains des neurones qui codent l'un tendent aussi
à s'activer pour l'autre. Cette coactivation serait le mécanisme physiologique par lequel le cerveau encode les associations et permettrait la création des souvenirs dits épisodiques (des événements vécus) e l’association d’une idée à une autre.
    Une telle association a l’avantage d’être rapide, par rapport à une mémoire qui associerait pas à pas tous les éléments ayant un rapport entre eux et se rapportant à un objet. Là on lie le concept restreint à un autre concept et celui ci peut appeler d’autres éléments seulement si c’st nécessaire. Cela permet de n’utiliser qu’un minimum de liens donc de neurones et de synapses;

    Les neurones de concepts pourraient constituer l'un des principaux fondements physiologiques des capacités cognitives humaines, reliant la perception à la mémoire et donnant une représentation abstraite d'une connaissance sémantique : les personnes les lieux les objetset tous les concepts qui sont importants pour nous.
    Ils constituent les éléments de construction de nos souvenirs personnels et permettent d'ignorer les innombrables détails sans importance et de dégager ce qui permet de fabriquer de nouvelles associations et de nouveaux souvenirs. Ils encoderaient donc l'essentiel de ce qu’est notre vie et notre expériences.
   La mémoire des hommes est une qualité très curieuse dont on ne sait pas encore beaucoup de choses, malgré de nombreuses études sur le cerveau.
    J’ai fait un certain nombre d’articles à son sujet (notamment 17, 18 et 20 décembre 2011 et 1er février 2009). 

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http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/memoirepercept.jpg    J’ai en particulier distingué la mémoire procédurale qui gère nos automatismes, (cognitifs, perceptivo-verbaux ou perceptivo-moteurs) où le principal meneur est le cervelet et par ailleurs la mémoire perceptive de nos sensations, la mémoire épisodique de nos souvenirs et la mémoire sémantique de nos connaissances.
    Je vous avais dit que l’administrateur était d’une part le cortex préfrontal, chef d’orchestre de notre cerveau et d’autre part l’hippocampe, professeur et aiguillage de la mémoire, et entre les deux deux relais de stockage à court terme : la boucle phonologique et le calepin visuo-spatial, aux capacités limitées.



http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/3713885.jpg    Enfin je vous avais montré que l’aire dite associative rassemblait les éléments de mémoire visuelle dans deux zones que l’on appelle le quoi (qui identifie les objets) et le où, qui dresse une cartographie des lieux et images.

    Localiser un individu dans le métro par GPS, sur une carte par satellite, voire dans son parcours de navigation sur lnternet, c'est facile.
    Mais peut on savoir où il est en observant son cerveau?




    À l'Université de Londres, des neuroscientifiques ont utilisé les derniers perfectionnements de l'imagerie cérébrale IRM, pour visualiser le cerveau d'une personne en train de se déplacer dans un décor de réalité virtuelle.
    Ils ont analysé d’une part les informations qui apparaissaient dans l’hippocampe et d’autre part les neurones de la mémoire associative du « où ».
    Dans ces zones, les neurones s'activent en fonction du lieu où nous sommes. À chaque emplacement que nous occupons dans notre environnement, qu’il s'agisse de l'angle de la rue, du supermarché, de la chambre à coucher ou de la salle de bains, un groupe de neurones bien particulier entre en action pour chaque lieu.
    Ainsi, il existe dans notre mémoire « où », comme dans notre hippocampe, une carte neuronale du monde physique qui nous entoure et où nous allons, c'est-à-dire une correspondance étroite entre des neurones et des lieux. 
    La correspondance est tellement étroite que, dans une seconde partie de l'expérience, ils sont arrivés à reconnaître où se trouvait le joueur dans son environnement virtuel, rien qu'en observant la minuscule zone de son hippocampe qui s’activait.
    Mais évidemment pour surveiller un individu on ne peut lui mettre un appareillage d’IRM autour de la tête et il est beaucoup plus simple d’utiliser un émetteur radio ou un GPS.

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    Hier je vous parlais de la mémoire et de l’oubli.
    Souvent mes correspondantes me disent qu’elles voudraient avoir une meilleure mémoire et me demandent ce que je pense d’exercices qu’on leur a recommandés. Malheureusement beaucoup de ceux qu’elles me citent de leur apporteront pas grand chose, si ce n’est du travail pour très peu de résultat.
    Ces exercices, en effet, ne tiennent pas compte de la façon dont le cerveau mémorise, car on ne peut pas obtenir d'amélioration de Ia mémorisation au sens large, par des exercices spécifiques.
    En effet, la mémoire se compose de modules plus ou moins interconnectés : des modules sensori-moteurs comportant les mémoires sensorielles et motrices (pour mémoriser une couleur, un son), des modules symboliques qui fabriquent les mots (c'est ce qu'on nomme la mémoire lexicale) et les images (mémoire imagée), et enfin Ie niveau le plus abstrait, conceptuel, constitué de la mémoire du sens des mots, ou mémoire sémantique.    La relative imperméabilité de ces modules permet d'expliquer le peu de résultats des méthodes trop spécifiques qui ne font travailler que l’un d’entre eux.

    Première catégorie d’exercices inutiles : s’exercer à mémoriser des images.
    D’abord, les mémoires visuelles, souvent utilisées dans les jeux ou programmes de stimulation, sont en réalité très diverses, par exemple une mémoire iconique, ortho-
graphique, visuelle, imagée, visuo-spatiale, des visages, et probablement y en a-t-il d’autres encore (pictogrammes, idéogrammes…).
    Et si vous vous entraînez sur des formes visuelles (mémoire visuelle des formes), vous ne serez pas meilleur pour apprendre des poésies ou des noms propres (mémoire lexicale). Et vous aurez tout au plus une meilleure mémoire des formes, mais pas de celle des couleurs ou des visages.

    Autres exercices inutiles : retenir des syllabes sans signification. Cela ne vous aidera pas à retenir des textes.
    Des études ont été faites en entraînant pendant deux semaines un groupe de sujets à retenir des suites de syllabes sans signification, tandis qu’un groupe témoin ne faisait aucun entraînement. Puis on leur a demande de mémoriser des phrases en prose et en poésie, ou de nouveaux mots, ainsi que certaines phrases en latin.
    Aucune amélioration n’a été constatée à la suite des exercices, et la mémorisation du latin était même moins bonne.
    Seule la mémorisation des suites de mots sans signification était meilleure chez ceux ayant subi l’entraînement correspondant.
    Sachant, par d’autres expériences, que pour apprendre des syllabes sans signification, il faut utiliser des stratégies d’organisation (rattacher une syllabe à un mot connu, par exemple), on peut supposer que l'entraînement a permis aux
étudiants d'élaborer des stratégies pour les formes visuelles sans signification (notamment, les rattacher à des images, des dessins ou des mots familiers).
    On constate aussi chez tous ceux qui tentent une telle mémorisation, une amélioration des scores rapide en début d’entraînement, que l’on constate aussi quand on joue à un jeu vidéo :  le résultat est souvent désastreux sur une épreuve, car on n'a pas
compris ce qu'il fallait faire. En revanche, dès le deuxième ou le troisième essai, les progrès sont considérables.
    C'est aussi un manque de familiarisation avec I’environnement complet. En effet, jouer avec n'importe quel jeu permet de savoir comment démarrer le jeu, d'acquérir une dextérité dans le maniement de la souris ou des touches de jeu stylet. Apprendre à se servir de la console est en soi un exercice de mémoire, et c'est aussi dans cet exercice que le sujet progresse.

    La mémoire dans toutes ses formes contribue beaucoup à l’intelligence et celle ci ne s’éduque pas avec des jeux simplistes : on n'éduque pas f intelligence avec un gadget.
    Les petits exercices proposés par les consoles, ou il s'agit de faire quelques opérations de calcul mental, ou de relier des lettres à des numéros,sont supposés développer I'agilité mentale et améliorer les capacités de raisonnement.
    Les résultats sont, là encore, faibles : l’entraînement au raisonnement par des exercices simples, n’agit pas plus sur l’intelligence que sur la mémoire.
    Si l’on veut augmenter l’intelligence, ce ne peut être que par une longue éducation progressive comme celle de nos études. Il faut entraîner la mémoire pour mieux retenir, mémoriser de nombreuses données sous des formes très diverses et complémentaires, pour pouvoir s’y référer ensuite, il faut une bonne compréhension de la langue orale et écrite, c’est à dire du sens d’un texte, s’habituer à l’analyse et à la synthèse, assimiler la méthodologie que l’on apprend par les sciences et techniques et la philosophie, et apprendre le raisonnement objectif et rigoureux grâce aux mathématiques et aus sciences.
    Enfin il ne faut pas oublier qu’à coté de l’intelligence que l’on rattache au QI, existe aussi une intelligence sociale, qui nous permet d’écouter et de comprendre autrui et de discuter avec lui, de négocier et de convaincre, et d’avoir un certain charisme.
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    J’ai déjà fait plusieurs articles sur la mémoire, et j’avais bien distingué la mémoire à court terme, qui stocke des données pour un temps court, et dont la plupart sont inconscientes et la mémoire à long terme, qui conserve les souvenirs, par consolidation des données mémorisées à court terme.
    Cette consolidation se fait par renforcement, en particulier pendant notre sommeil,  des connexions entre les neurones, notamment des groupes représentant le souvenir et des neurones de l’hippocampe, chargés de retrouver les données mémorisées sur ordre du cortex préfrontal, chef d’orchestre du cerveau.
    Mais les mécanismes biochimiques de ces phénomènes ne sont pas encore parfaitement connus.

    Une avancée important a été faite en 2008 par  Mauro Costa-Mattioli, dans son laboratoire de l'Université de Houston auTexas : il a identifié un gène qui nous évite de mémoriser indifféremment tout ce qui nous arrive, mais permet de n’en garder que l’essentiel.
    Ce gène se nomme elf2-alpha, mais je l’appellerai seulement Elf.
    Il fait en sorte que le cerveau ne fixe pas dans les circuits de mémoire à long terme, tous ces événements anodins qui font le quotidien de la vie, par exemple un numéro de téléphone, dont on se souvient quelques secondes ou l’emplacement ou est garé votre voiture, pour quelques minutes, puis ces données sont oubliées, ou même des données dont nous n’avons pas conscience, comme ce que nous voyons en permanence et dont les images sont stockées quelques secondes.
    Ce mécanisme est précieux, car il permet de faire le tri entre ce qui est important et ce qui ne I'est pas.

     En bloquant l'action de ce gène chez des souris, Mauro Costa-Mattioli, a produit des animaux dotés d'une mémoire totale, permanente, presque photographique, qui mémorisent tout.
     Dans les tests de mémoire au labyrinthe, non seulement elles se rappellent mieux des détails de l'environnement où elles ont évolué, mais elles en gardent le souvenir à long terme, alors qu’il est effacé chez des souris normales.

    Sans doute peut on rêver d'une molécule que I'on pourrait ingérer, et qui inactiverait le gêne « elf », de telle sorte qu’on puisse se rappeler un cours après une simple lecture, ou bien les souvenirs d’un voyage.
    Mais si on abusait du recours à ce type de substance, non seulement le souvenir permanent  d'innombrables événements qui ne se reproduiront plus ou dont nous n'aurons plus l’usage, surchargerait la mémoire, mais l’absence de hiérarchie entre les souvenirs importants et anecdotiques empêcherait la perception du sens des événements et des priorités de l'existence.
L'acquisition même des données nécessite de rechercher des éléments communs aux souvenirs et d’oublier ceux ci ensuite. Une mémoire totale entrainerait une impossibilité de penser rationnellement, car nous ne saurions que faire de tous les souvenirs accumulés et qu'on ne pourrait trier .

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lancien

sortir de la tristesse

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