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  Une correspondante m'a demandé si je pouvais expliquer ce qui se passait dans le cerveau d'une personne hypnotisée et à quoi était due l'hypnose.
            En fait on connaît mal cette question, malgré de nombreuses études et au fond, on sait plutôt ce que n'est pas l'hypnose.
            Je vais essayer cependant de répondre à votre question.
 
            Le thérapeute qui veut hypnotiser son patient (je ne parle pas des charlatans de scène et de leurs complices !), lui demande choisir un souvenir agréable qu'il veut évoquer et de le décrire en détail, puis il lui demande de fermer les yeux, et de prendre conscience de la position de son corps et des sensations (bruits) de l'environnement. Il évoque ensuite toutes les sensations liées au souvenir : mots, couleurs, sons, odeurs, toucher...
            La personne éprouve une sensation de bien être, ses muscles se détendent, voire sont parfois animés de mouvements involontaires (notamment des tapotements des doigts), Souvent la déglutition, la respiration et les cillements de paupières se font plus lents ou plus rapides. Les perceptions sensorielles paraissent plus claires, plus précises, plus sensibles, et d'autre part la fatigue musculaire disparaît (par exemple si on maintient une jambe levée).
            Le dialogue entre le thérapeute et le patient s'instaure. A la fin de la séance, il suffit de lui dire de sortir de son état pour que le patient revienne à l'état normal.
            On ne peut faire dire ou faire n'importe quoi à la personne sous hypnose, et notamment quelque chose de contraire à ses principes.
            10% des personnes sont très faciles à hypnotiser, 80% sont sensibles à l'hypnose, et 10% seulement sont réfractaires.
 
            De nombreuses études ont été faites, notamment en imagerie cérébrale, pour essayer de comprendre le phénomène et l'état du cerveau sous hypnose. On peut identifier les zones et centres du cerveau en activité, relever des électroencéphalogrammes, et comparer les résultats à diverses situations connues, tels l'éveil, le sommeil, le rêve...
            On constate d'abord que les centres en activité, et l'intensité de leur activité, varient suivant la nature du souvenir évoqué, et notamment les émotions qu'il induit chez le patient.
            L'hypnose n'est pas le sommeil : la personne peut parler, raisonne et donc le cortex frontal n'est pas en sommeil, les EEg et les mouvements oculaires sont différents.
            L'hypnose n'est pas non plus le rêve qui correspond à une très intense activité cérébrale, notamment des centres visuels, mais à un cortex frontal peu actif.
            Ce n'est pas non plus la méditation, les profilsd'eeg étant différents.
            Certaines zones du cerveau sont activées de façon particulières, comme le cortex cingulaire antérieur qui est un des centres importants de l'attention, ainsi que toutes les zones du cerveau mobilisées pour la production d'images mentales.
 
            L'hypnose apaise la douleur et bloque une partie des sensations douloureuses (certains chirurgiens l'ont utilisée lors d'opérations). Elle augmente les sensations. Elle renforce le pouvoir des mots et des suggestions. Par contre elle diminue la faculté de mémorisation, certains patients ne se rappelant même pas ce qui s'est passé pendant la séance d'hypnose.
            Les performances de la mémoire de travail et de la mémoire à cort terme sont diminuées. Par contre les réactions du cortex préfrontal sont plus fluides, les performances devant des contradictions apparentes étant meilleures.
            Des études ont essayé également d'expliquer larelative inertie et l'absence de fatigue des muscles. Elles ont montré que les commandes motrices du cerveau étaient les mêmes que lors de l'éveil, mais que c'était l'ordre d'exécution donné par le cortex frontal qui était amoindri voire supprimé. On peut suggérer une "paralysie" par hypnose.
 
            L'hypnose est donc une situation neuronale particulière que l'on connaît encore mal.
            Il semble en particulier qu'elle place les 17 centres qui nous permettent de produire des images mentales (les yeux fermés), dans un circuit de contrôle différent de la normale.
            Par exemple il existe des automatismes qui nous font voir et reconnaître les couleurs et les associer à ce que nous voyons. Il semble que ces automatismes soient suspendus et que les réflexes correspondants soient alors soumis au langage, donc au cortex frontal qui en reçoit les interprétations du centre de Wernicke. Ainsi un hypnotisé peut voir mentalement l'herbe rouge si on le lui suggère. On peut pendant l'hypnose créer des réflexes provisoires de synesthésie (association par exemple de chiffres et de couleurs, ou de sons et de couleurs...).
            A l'inverse d'autres données ne sont pas utilisées au cortex frontal : par exemple les patients peuvent mieux résister à une sensation de douleur sous l'effet du froid. Pourtant il semble qu'elles soient transmises, mais restent inconscientes, car dans ce cas, les patients qui réalisent en même temps une expérience d'écriture automatique (peu consciente), se plaignent du froid ressenti par leurs doigts.
 
            En fait l'hypnose reste un phénomène encore peu compris, cas particulier de la conscience, dont la connaissance est également embryonnaire.

Samedi 29 décembre 2012 à 8:04

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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              Je n'ai jamais caché à mes correspondant(e)s, sur cowblog, que j'avais 80 ans et que donc mon âge me fait parfois voir les choses autrement qu'elles n'apparaissent pour les jeunes.
            Certes chacun a sa propre personnalité, la conformation de son cerveau, ses préférences cérébrales innées, et surtout la transformation par apprentissage due à l'éducation et l'instruction. Je sais qu'ayant une formation scientifique, j'ai une façon différente de raisonner d'une personne ayant une formation littéraire et j'essaie alors de m'adapter à sa démarche intellectuelle. mais surtout les événements de la vie vous donnent une quantité énorme de souvenirs, auxquels vous vous référez sans cesse, même inconsciemment. On appelle cela "l'expérience", mais il faut s'en méfier, comme l'ont montré les chercheurs en psychologie.
 
            La science est un des rares domaines où la nostalgie ne s'applique pas : on en saura toujours plus demain.
            Ce n'est pas le cas de notre mémoire qui transforme nos souvenirs.
            Comme tous, il m'arrive de me tourner parfois vers le passé et de repenser à la jeunesse, et, comme beaucoup de vieux, il m'arrive de me dire que c'était mieux en ce temps là, que l'amour était vrai, que votre petite amie ne vous quittait pas, (sauf si elle mourrait hélas), que les films étaient plus intéressants, que les chansons avaient un air qu'on retenait, qu'il n'y avait pas toute cette pollution, les trains arrivaient à l'heure, et les jeunes étaient mieux éduqués.....
            C'est cette note de regret que l'on entend souvent dans le discours des personnes âgées, dont certaines sont convaincues que le passé était paré de toutes les vertus, alors que le présent ne représente qu'une lente décadence les éloignant chaque jour davantage, de cet âge d'or. Certes, le vieillissement lui-même explique une partie de ces regrets : la dégradation des forces vitales et parfois mentales fait naître une nostalgie de la jeunesse, laquelle est revécue à travers un prisme favorable. Mais un autre mécanisme - cognitif - a été identifié récemment.
 
            A l'Université Harvard, Elisabeth Kensinger et Daniel Schacter ont constaté que, chez les personnes âgées (entre 62 et 79ans, dans cette étude), une zone cérébrale, inerte chez les plus jeunes, s'active lorsqu'elles doivent mémoriser des images agréables et plaisantes.
            Cette zone, le cortex préfrontal médian, est utilisée habituellement, lorsque l'on imagine un objet, une action ou un concept en rapport avec soi-même, qui vous concerne particulièrement.
            Les personnes âgées vont ainsi avoir tendance, si elles doivent mémoriser une image agréable, par exemple d'un moelleux au chocolat, (miam !), à se voir elles-mêmes en train de manger ce gâteau. Ces images mentales s'appuient sur des souvenirs positifs du passé.
            Au contraire, les images négatives ne produisent pas cette prise de position autocentrée et risquent moins de raviver des souvenirs associés. Dès lors, Ie passé est ravivé plus souvent par des émotions positives.
 
            Ce mécanisme permet de comprendre la mémoire sélective.
            C'est au contact du présent que le passé se reconstruit en permanence: les motifs de satisfaction présents font resurgir des images positives du passé, lesquelles sont ainsi consolidées, puisque nos souvenirs non répétés s'effacent peu à peu, llors que la répétition d'un souvenir le consolide.
            En revanche, les expériences ou images désagréables survenant dans le présent
ne provoquent pas ce rappel d'événements passés négatifs, parce que le cortex préfrontal médian ne s'active pas et ceux-ci, s'ils ne vous ont pas traumatisés, passent peu à peu dans l'oubli.
            C'est vrai que les images de ma jeunesse m'apparaissent belles, et pourtant, c'était la guerre et ensuite les privations qu'elle a engendrées. Oui mais j'étais jeune et plein d'espoir !!
 

Mardi 20 novembre 2012 à 7:46

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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   Vous me demandez souvent si l'inconscient nous oblige à faire des actions que nous ne souhaitions pas et si ainsi il y a une fatalité qui agit contre nous.
   Je me croirais revenu en classe de philo, mais je vais traiter cela à la lumière des connaissances sur le cerveau.


    L’inconscient pour les neurobiologistes est l’ensemble de toutes les perceptions de nos cinq sens en très grand nombre que nous emmagasinons sans nous en rendre compte dans notre cerveau chaque seconde, à coté de celles qui sont conscientes, c’est à dire celles qui ont attiré notre attention. Certaines d’entre elles ne subsisteront que quelques instants, d’autres seront éliminées chaque nuit pendant notre sommeil, donnant lieu aux rêves. D’autres enfin restent stockées dans notre mémoire et donc nous gardons en nous, sans en avoir conscience, le souvenir d'un grand nombre de sensations - notamment images, sons, paroles et leur assemblage éventuel sous forme de pensées,.
    C’est ce que les psychologues appellent “l’inconscient”.
    Certains se demandent si l’inconscient introduit une certaine fatalité dans la vie? Fatalité ce sont des événements (souvent défavorables - quand ils sont favorables on dit que c’est une chance !!), qui interviennent sans que nous les ayons voulus et sur lesquels nous avons peu d’action.
    En effet ces éléments inconscients peuvent provoquer des blocages dans notre cerveau émotionnel, nous empêchant d’agir.
    Dans d’autre cas ils peuvent au contraire nous faire agir dans un sens qui n’est pas forcément celui que nous aurions souhaité. C’est le cas de nos désirs inconscients et de nos “pulsions”.
    Enfin dans le langage courant , inconsciemment et involontaire sont souvent synonymes et la réflexion rationnelle et la créativité sont tributaires de notre inconscient, car tous les mécanismes de notre cerveau ne sont pas accomplis de facon consciente.
    Le problème finalement est de savoir si notre inconscient porte atteinte à notre liberté.

     Face à des événements et à des problèmes nous réfléchissons, nous élaborons et  comparons les solutions, nous décidons et nous passons à l’action. mais les ordres élaborés par notre cortex passent par notre cerveau émotionnel avant d’être transmis. Celui ci peut bloquer ou transformer certains d’entre eux.
    Certains blocages sont mineurs, mais souvent permanents : la peur des araignées, des chiens, de l’orage, de monter en avion... dus en général à des souvenirs de peurs que nous avons eues notamment enfants, ou de récits, lectures, films... qui ont relaté des faits correspondants
    D’autres blocages sont plus importants mais temporaires, provoqués par des désirs ou des intérêts, ou plus exactement par un conflit entre ceux ci et l’action que nous nous devrions d’avoir. C’est le cas aussi de certains regrets ou remords, poids du passé, de préjugés et  des divers acquis de l’éducation.
    Certains blocages sont majeurs et très difficiles à surmonter suite à un traumatisme important, dont le souvenir nous poursuit pendant une partie de notre vie. C’est le cas de la mort de proches, des accidents (accidents d’auto, incendie...), d’attentats, des agressions, des viols, de souvenirs de dangers et d’actions violentes (chez les combattants de guerre par exemple), voire même de scènes qui ne nous ont pas atteintes mais que nous avons vues
    C’est le traumatisme laissé qui intervient dans ces blocages, pour nous protéger contre un nouveau traumatisme, par peur de revivre une situation analogue.

     Les blocages nous empêchent d'agir, les pulsions nous y incitent. : pulsions sexuelles chères à Freud, pulsions meurtrières,, gourmandise, impulsivité, anorexie et boulimie ... mais aussi manies du type cleptomanie, besoin du jeu, ...Freud pensait que ces pulsions étaient surtout dues à des refoulements de désirs d’origine sexuels , mais la biologie moderne a peu à peu mis en lumière, à coté de l’aspect psychique des raisons chimiques soit hormonales, soit dues à des carences ou excès de neurotransmetteurs et dans le cas des manies et addictions l’habitude acquise peu à peu, en raison de la production de dopamine par nos centre du plaisir, qui nous fait associer à un acte, une sensation de bien être ou de satisfaction.

   Celui qui crée et invente a l’impression de faire des choses nouvelles. En réalité il est parti de notions emmagasinées dans sa mémoire, mais que lui ou autrui, n’avaient jamais rapprochées et l’originalité c’est de les mettre ensemble. Ce rapprochement a été provoqué par la réflexion sur le sujet, mais le mécanisme cérébral du rapprochement a été partiellement inconscient.
    On dit souvent “des idées qui surgissent”.
    C’est vrai pour toute pensée et l’intuition n’est en général que la conscience soudaine de choses que nous avions en mémoire mais qui jusqu’à présent ne se rattachaient pas au sujet en cours de réflexion. C’est une connexion de neurones, provoquée par notre réflexion, mais que nous n’avons pas l’impression d’avoir faite rationnellement et volontairement
    C’est vrai aussi lorsque nous faisons une erreur de langage: elle peut être une simple erreur mécanique ou au contraire un aiguillage involontaire de notre pensée.

    Je dirai donc que notre inconscient a certainement une influence sur le cours de notre réflexion et de nos actions.
    Mais ceci n’intervient que dans certaines actions particulière et pas de façon importante en permanence. Par ailleurs c’est notre esprit qui est le plus souvent à l’origine du déclenchement des actions, l’inconscient  introduisant des éléments et des forces supplémentaires qu’il est plus ou moins difficile de réfréner et contrôler volontairement.
    Finalement l’inconscient n’a pas la plupart du temps une influence très importante sur notre liberté de pensée et d’action. C’est dans les blocages que son action est la plus grande.
    Mais évidemment tout dépend aussi de la limite que l’on fixe à l’inconscient , car on peut évidemment inclure aussi tous les mécanismes inconscients du cerveau (marcher nager, faire de la bicyclette, jouer du piano...) mais il ne s’agit plus de mécanismes psychiques mais d’automatismes que notre cortex frontal à appris à gérer à notre cervelet.
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            Les neurobiologistes considèrent que l'usage de l'ordinateur et d'internet pourrait avoir un effet, non sur la structure de notre cerveau (qui en se modifie que très lentement au cours des siècles), mais sur la façon dont nous l'utilisons et donc sur ses performances, car la structure du cerveau n'est qu'un potentiel et tout vient ensuite de l'apprentissage.
            Les journalistes en mal de sensationnel appellent cela "l'effet Google".
 
            En 2011, Betsy Sparrow, psychologue à l'université Columbia de New-York a vérifié expérimentalement que nous mémorisons moins bien des données si nous savons que nous pouvons les trouver facilement sur notre ordinateur ou notre téléphone (Google par exemple).
            Le fait de savoir qu'une information est accessible facilement nous inciterait donc à ne pas la mémoriser. En fait c'est un peu plus compliqué :
            - on retient mieux le contenu des informations pour lesquelles on sait qu'on n'a pas un moyen de les retrouver facilement.
            - on retient encore mieux le fait qu'on peut accéder à une information et comment le faire, mais on ne mémorise pas alors le contenu de l'information.
 
            Ceci a un coté favorable, c'est qu'on a mémorisé un moyen de retrouver davantage d'informations qu'on ne peut en mémoriser habituellement.
            Lorsque nous découvrons quelque chose sur Internet, nous avons tendance à n'entretenir que les grandes lignes, parce que nous savons qu'il nous sera possible de retrouver les détails en quelques clics, et nous retenons, sinon l'adresse précise où nous avons trouvé l'information, du moins des indices qui nous permettront d'y retourner.
            Savoir où et comment retrouver une information que nous n'avons pas mémorisée précisément, nous n'avons pas attendu lnternet pour cela : dans un livre, dans une bibliothèque, dans nos fiche, dans les tiroirs de notre bureau et des classeurs, nous faisions déjà cela.
            Mais cela demandait davantage d'efforts et de préparation qu'aujourd'hui avec l'ordinateur, internet et leurs moteurs de recherche.
            Daniel Wegner, de l'université d'Harvard appelle cela la "mémoire transactive".
 
            Comme vous le savez circuler sur ces moteurs de recherche n'est pas comme interroger notre mémoire personnelle, qui a connaissance de notre passé, de nos désirs, de nos faits et gestes, de nos motivations.
            On y circule par les "liens" les URL (localisateurs uniformes de ressources - le uniformes voulant dire commun à tous), ce qui permet de mettre en réseau des milliards de fragments de connaissance.
            Comme l'a étudié Jean-François Rouet, du Centre de recherche sur la cognition et l'apprentissage de Poitiers : "Nous ne mémorisons pas des URL, mais des chemins qui s'apparentent à ceux que nous suivons dans notre environnement physique.
            Nous les suivons en reconnaissant le paysage, c'est-à-dire des formes et des couleurs dans les pages. Nous mémorisons la position en haut à droite d'un lien... Bref, nous mettons à contribution notre mémoire visuo-spatiale. "
            Ce n'est donc pas seulement notre compétence par rapport au vocabulaire écrit qui est exploitée, mais également notre capacité à circuler dans l'espace, notre mémoire topologique. et tout le monde n'est pas aussi compétent dans cet exercice, car nous n'avons pas tous une mémoire topologique également développée.
            Ce chercheur a montré que les personnes dotées d'une meilleure mémoire topologique, se retrouvent mieux dans la structure de liens d'un site Web.
            Si Internet change nos habitudes de mémorisation, il semblerait que cette adaptation à un nouvel outil repose en partie sur des mécanismes cérébraux connus d'orientation spatiale.
            Peut être doit on développer cette capacité par l'éducation.
 
            Dans son livre "Internet rend il bête", Nicolas Carr cite des travaux qui démontreraient que l'usage du lien hypertexte serait néfaste, provoquant une "surcharge cognitive" (mais ce journaliste cherche à prouver que l'on apprend moins bien sur le Web que dans les livres).
            Il considère que passer d'un lien à un autre fait perdre le fil de ce que l'on cherchait, vous distrait, oblige à se recentrer à chaque fois et en conséquence on mémorise moins bien.
            L'abus de liens pourrait être l'ennemi du lien. Les concepteurs de sites veillent à limiter la complexité de leurs arborescences. On a même redécouvert l'intérêt des documents linéaires, avec le format Pdf. On sait mieux aujourd'hui user, sans abuser, de liens hypertextes.
 
            Je pense personnellement que ce qui manque à beaucoup pour travailler sur internet, c'est la motivation et l'habitude d'utiliser des mots clés sur des recherches et de trouver les adresses des sites intéressants.
            La plupart des utilisateurs d'internet se servent de la messagerie, des sites sociaux ou des forums, des blogs et de la recherche de musique, de films et d'images.
            En fait on peut se servir d'internet comme d'une immense bibliothèque et on peut y faire de la documentation, littéraire comme scientifique. Mais, malgré toutes les qualités de Google, Wikipédia, et autres moteurs de recherche, ce n'est pas toujours facile de trouver les informations pertinentes et les sites intéressants. Et la bibliothécaire n'est pas là pour vous aider.

Dimanche 8 juillet 2012 à 8:46

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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             J'ai lu ces derniers temps des articles sur des modifications entraînées dans le fonctionnement de notre cerveau par l'utilisation des moyens multimédias modernes.
            J'ai pensé que cela pourrait intéresser mes lecteurs.
 
         Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche, Centre de recherche en neurosciences de Lyon, s'intéresse en particulier aux smartphones :
 
         Le besoin compulsif d'utiliser son smartphone est engendré par le "circuit de récompense" du cerveau, dont je vous ai souvent parlé (voir mes articles de la catégorie "cerveau, apprentissage et plaisir), qui joue un rôle fondamentalal dans la motivation et le plaisir et dans les phénomènes d'addiction, en libérant un neurotransmetteur, la dopamine.
            Une étude récente réalisée chez le singe a montré que certains neurones réagissent aussi à la perspective d'une information importante, comme le sont pour nous celles véhiculées par les mails et les SMS. L'action consistant à aller chercher une information sensée être importante, est donc très directement encouragée par le circuit de récompense. Le cerveau a littéralement "soif"» d'information, au point de causer parfois un phénomène d'addiction.
            Ces nouvelles technologies mettent le cerveau dans une situation permanente de multitâche pour laquelle il n'est pas forcément conçu. La façon dont nous utilisons notre cerveau et notre attention est en train de changer.
 
         Je vous ai montré dans mon article du 3 juin 2010 que notre cortex frontal était plus performant s'il ne traitait qu'une seule tâche et ne pouvait guère traiter plus de deux tâches à la fois et, si vous lui demandez d'accomplir simultanément deux tâches qui requièrent un haut niveau de supervision attentionnelle, alors votre performance pour chacune de ces deux tâches diminuera de moitié.              
       
Faire attention, c'est donc ne pas se disperser, ne pas faire plusieurs choses à la fois et ne pas sauter du coq à l'âne
       
            Les gens que l’on admire pour leurs capacités « multitâches » sont plutôt des gens hautement performants qui effectuent chacune des tâches l’une après l’autre, très rapidement et efficacement.
         Les technologies mobiles de type smartphone juxtaposent dans un même espace plusieurs contextes: travail, loisir, messages, recherche internet, photos, cinéma, nouvelles d'actualité, ...
            Le cerveau possède la capacité remarquable d'adapter spontanément ses priorités en fonction du contexte dans lequel il se trouve, et chaque contexte active donc spontanément notre attention et certaines propositions d'actions.
            L'attention s'y perd; elle ne sait plus quoi privilégier. Le cerveau doit donc apprendre à définir une hiérarchie dans ses priorités, autrefois imposée par le contexte unique dans lequel nous nous trouvions à chaque moment.
 
            De nombreuses expériences montrent que ce que nous percevons du monde qui nous entoure dépend à chaque moment de ce que nous avons à y faire.
            L'attention a donc tendance à effacer de notre univers perceptif tout ce qui n'est pas pertinent par rapport à la petite liste de choses à faire que nous gardons en permanence en tête, consciemment ou non. Cet effet de sélection conduit à un appauvrissement de notre expérience sensorielle, pour la concentrer sur ce qui nous semble pertinent a priori, et notamment tout ce qui va venir du smartphone ou du microordinateur.
            Les smartphones ont en effet tendance à éliminer les phases d'écoute et de réceptivité accrue à ce qui nous entoure, ou à ce que nous ressentons.
 
            Mais comme souvent, ce n'est pas tant la technologie qui doit être mise en cause que l'usage que nous en faisons. Les smartphones sont devenus une composante essentielle de l'organisation de notre vie familiale, sociale et professionnelle. Il faut donc apprendre à les utiliser, au-delà de la simple notice technique.
            Il faudrait absolument envisager une véritable éducation de l'attention, renseignant sur ses limites et son bon usage notamment en milieu scolaire, qui prépare dès l'enfance à la vie connectée.
 
            Demain je parlerai de l'influence d'internet sur notre mémoire.
 
http://lancien.cowblog.fr/images/oiseaux/1001536.jpg     Je l'ai souvent dit : un souvenir c'est un lien entre des groupes de neurones.
         Si je me rappelle un petit rouge-gorge sur la branche d'un de mes arbres en Bretagne, c'est que, lorsque j'évoque ce souvenir, je rappelle les informations qui sont associés à des groupes de neurones : l'image des pins, le fait que c'est mon jardin, le mot pin, l'image de la branche, l'image de l'animal, associée aux mots oiseau et rouge-gorge, la couleur rouge orange de son plumage, le son "tit tit tit" de son chant, la période où j'ai pris cette photo ....
         Au départ ce sont des perceptions d'images, de sons... par nos sens qui viennent dans notre mémoire de travail. Le cortex frontal qui est averti de ces sensations s'y intéresse ou pas. Là si je veux prendre une photo de mon rouge-gorge, il s'y intéresse forcément pendant un moment. Sinon il ne s'en préoccupe guère et laisse faire l'hippocampe qui va traiter l'information et éventuellement l'associer à d'autres déjà en mémoire.
 
         Comment est traitée l'information?

         Les images du rouge-gorge et de l'environnement sont d'abord perçues par notre rétine, et les flux de signaux sont transmis à l'arrière du cerveau (le lobe occipital) où ils vont être traités par différents groupes de neurones qui vont analyser les formes, les textures, les intensités de lumière, les couleurs, les mouvements.

         Les informations sont alors rassemblées dans deux centres l'un que j'appellerai le "où", qui va mémoriser et situer l'environnement (ici les pins et les relier à la situation géographique "mon jardin de Bretagne") et le "quoi" qui va mémoriser les objets et leur nature (ici une image qui représente un oiseau, plus précisément un rouge-gorge, voire "mon" rouge-gorge, si je reconnais celui qui vient se percher sur le guidon de ma tondeuse à gazon).
         Ces centres sont en liaison avec des centres proches de l'hippocampe, le cortex "parahippocalmpique" qui reçoit les images du "où" et le cortex "périrhinal" qui reçoit les images du "quoi".
         Ne retenez pas ces noms barbares, mais seulement que l'hippocampe va alors associer ensemble ces information et y rajouter éventuellement des sensations autres, venant du Thalamus qui synchronise toutes nos sensations et qui peut envoyer le son du cri de l'oiseau, ou, dans d'autre cas, des sensations tactiles, ou de goût.
         Toutes ces associations sont renforcées de façon à constituer un souvenir provisoire, et il est alors transmis, via des mémoires de travail, au cortex frontal qui va s'y intéresser ou non.
         S'il ne s'y intéresse pas l'hippocampe conservera provisoirement les souvenirs, mais si c'est un souvenir classé "intéressant", il décidera qu'il faut renforcer alors les liaisons correspondantes entre neurones.
         On ne sait pas quel est le phénomène biochimique qui décide du sort des souvenirs; probablement une action de renforcement ou de diminution de liaisons entre certains neurones de l'hippocampe, sous l'effet de ceux du cortex frontal.

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         La potentialisation à long terme.
 
         Révise tes leçons avant de dormir si tu veux la retenir mieux.
         Ce conseil de mes grands-parents est aujourd'hui vérifié par la neurobiologie, de nombreuses études ayant montré que la mémoire, certes n'enregistrait pas ce qu'on nous disait pendant notre sommeil, mais renforçait le souvenir de ce qu'on avait mis provisoirement en mémoire à court terme la veille, et ceci d'autant plus que l'activité de l'hippocampe était importante pendant notre sommeil.
         Pendant le sommeil "profond', on constate, dans le cerveau et notamment l'hippocampe, des oscillations à basse fréquence (1 à 5 hertz), et des bouffées d'activité de fréquence très élevée (200 hertz), appelées "ripples".
         Il semble que l'hippocampe répète les activités d'apprentissage de la journée pendant ces bouffées à fréquence rapide, en renforçant les liaisons neuronales correspondant aux souvenirs à conserver.
         Si on supprime ces "ripples" (chez des rats), on supprime cette consolidation d'un apprentissage.
         De plus pendant le sommeil paradoxal, ce phénomène estencore plus important, l'ensemble des actions d'apprentissage étant rejouées y compris dans les centres d'interprétation des sensations notamment visuelles, renforçant ainsi toute la chaîne des liaisons neuronales de constitution du souvenir. (voir aussi mes articles des 17 au 22 décembre 2011, du premier juin 2011, du 29 mars 2009, et du 6 au 12 mai 2008).

 
         L'oubli.        
 
         A l'inverse les ondes lentes diminueraient les connexions entre les neurones des souvenirs inutiles. Il semblerait que la sécrétion d'insuline, qui augmente pendant la nuit serait à l'origine de ce processus de dépression à long terme des souvenirs et apprentissages, comme l'ont montré des essais en laboratoire.
         De même un processus analogue intervient lors du sommeil paradoxal, pour éliminer les souvenirs superflus ou jugés nuisibles, et l'ensemble du cerveau émotionnel serait associé à cette tâche ainsi que les centres sensoriels.
         En cas de micro-réveils, cette activité donne naissance à nos rêves par interférence avec un cortex frontal pas encore bien "réveillé" (voir mes articles sur l'interprétation des rêves du 25 au 29 janvier 2010).
         Tout ce processus suppose que l'hippocampe "étiquetterait" tous les neurones correspondant à un même souvenir pour les réactiver pendant le sommeil.
 
         Et par la suite :
 
         On constate que les souvenirs que nous nous remémorons périodiquement sont renforcés et plus stables et que au contraire, ceux qui ne nous servent pas (par exemple les numéros de téléphones ou noms de personnes correspondants à un ancien travail ou poste qui a changé), diminuent de précision puis tombent dans l'oubli
 
         L'oubli est nécessaire à la mémoire
 
car il évite un encombrement en libérant de la place et surtout permet ensuite une meilleure accessibilité aux souvenirs, moins nombreux.
 
         Après un article de récréation artistique, je regarderai l'effet du cannabis sur notre mémoire.
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         J'ai souvent des questions de mes correspondant(e)s sur la mémoire. C'est effectivement quelque chose de tellement important pour nous que nous souhaiterions mieux la connaître.
         J'ai déjà fait de nombreux articles que vous retrouverez dans la catégorie "notre cerveau, mémoire, inconscient" de ce blog.
         Une de mes affirmations vous a choqué lorsque je disais que nos souvenirs n'étaient pas fiables et se transformaient dans le temps.
Je vais revenir sur ce problème.
 
         Notre mémoire n'est pas celle d'un disque dur d'ordinateur: elle n'enregistre pas les informations avec exactitude.
         Nos souvenirs font l'objet d'une reconstruction mentale, qui se fait largement à notre insu.
         Cette reconstruction obéit à deux principes complémentaires : celui de vraisemblance qui demande que le souvenir reflète au mieux la réalité vécue, et celui de cohérence, qui implique que ce souvenir n'entre pas en contradiction avec nous-mêmes et ce que nous savons du monde qui nous entoure. Le travail de la mémoire vise à maintenir l'équilibre entre ces deux demandes contradictoires.
         C'est pour cela que deux individus ne gardent pas le même souvenir d'une même scène qu'ils ont vue l'un à coté de l'autre.
         Et la "prouesse" de la mémoire n'est pas tellement le fait d'enregistrer ce qui se passe, mais de le rendre cohérent avec nous mêmes.
         C'est d'ailleurs ce qui permet à notre cerveau de nous projeter dans l'avenir, (ou dans un autre contexte) à partir d'éléments mémorisés.
         C'est ce qui nous permet aussi d'être inventifs en rapprochant de façon inattendue des éléments qui étaient présents dans notre mémoire, mais qui n'avaient pas de lien entre eux.
 
         Je reparlerai dans les prochains articles de l'encodage des souvenirs, mais j'ai déjà écrit sur ce blog que la mémorisation était basée sur un lien de communication plus grand entre des neurones, et qu'inversement l'oubli était l'affaiblissement de ce lien.
         On verra demain que ce lien est modifié pendant notre sommeil et qu'il est renforcé chaque fois que nous évoquons le souvenir.
         Mais à chaque évocation, à chaque rappel il se reconstruit, et le cerveau peut y rajouter (ou en enlever des éléments) et donc le modifier.
 
         Le premier élément est le contexte du moment où nous avons perçu les éléments qui constitueront le souvenir.
         Bien entendu notre personnalité et nos capacités influent de façon générale : quelqu'un qui est naturellement un bon observateur enregistrera les faits et les images de façon plus précise que quelqu'un qui perçoit globalement une scène avec moins de détails.
         J'ai déjà écrit que le contexte émotionnel et sentimental influait beaucoup sur la solidité de l'encodage du souvenir et sur son contenu plus ou moins détaillé.
          Nous nous souvenons de façon très durable et détaillée de certaines scènes qui nous ont marquées émotionnellement et sentimentalement, de certaines paroles dites par des êtres chers... et à l'inverse, nous avons du mal à nous souvenir d'éléments traumatisants, qui sans doute ne sont pas oubliés, mais dont l'évocation qui consiste en un lien entre les neurones qui ont enregistré l'événement, l'hippocampe et ensuite le cortex frontal sont bloqués par des neurones de notre cerveau émotionnel.
 
         Ensuite nous évoquons de temps à autre ce souvenir et cette évocation devrait le renforcer; c'est vrai de façon globale. Mais nous n'évoquons pas le souvenir avec les mêmes détails avec les mêmes intensités que lors de l'enregistrement initial, parce que notre mentalité a changé, parce que nous ne nous intéressons pas aux mêmes choses, parce que nous avions une raison particulière pour cette évocation, qui nous fait rappeler de façon plus précise certains détails et en négliger d'autres.
         Le souvenir ne se renforce donc pas uniformément et il se transforme peu à peu.
 
         Enfin nous complétons le souvenir, ou nous l'amputons.
         A l'origine, par souci de cohérence avec nous même, nous n'acceptons pas dans ce souvenir certains élément qui ne nous semblent pas logiques ou vraisemblable, voire certains qui sont contraires à nos convictions, à nos sentiments.
         Demandez à plusieurs personnes, qui ont suivi une discussion de plusieurs hommes politiques, de vous raconter leur souvenir. Vous serez étonné des différences et si vous les analysez, vous verrez que c'est en cohérence avec les opinions de chacun des spectateurs.
         Mais par la suite nous complétons le souvenir.
         J'ai de nombreux souvenirs de mon enfance dont une partie non négligeable résulte de récits de mes parents, de photographie que j'ai vues.
         Il n'est pas exclu que dans certains cas, nos désirs, nos problèmes aient influé et que certains éléments de nos souvenirs soient de la pure fiction, des suggestions de notre cerveau.
         De même le cortex frontal qui réfléchit et vérifie les cohérences, peut trouver que le lien logique entre certains éléments du souvenir est douteux. Alors il y réfléchit, trouve une solution de continuité cohérente. Il est possible qu'au bout d'un certain temps elle soit incluse comme un élément appartenant au souvenir.
         De la même façon il peut s'enrichir de connaissances acquises par la suite, après le souvenir, et concernant un de ses éléments matériels ou humain, parce que vous avez compris après coup, certaines motivations, certaines causes, le lien entre certains éléments et vous intégrez ces explications au souvenir.
 
         Je me souviens de ce que disait un neurobiologiste : "nos souvenirs sont reconstruits de la même façon qu'un anthropologue construit tout ce que nous savons sur les hommes préhistoriques ou sur les dinosaures".

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    Tout est souvent plus beau dans nos souvenirs du passé.
    J'entends souvent mes jeunes correspondantes qui viennent de sortir de l'adolescence regretter leur tendre enfance "où on était heureux avec les parents".
    C'est vrai que l'enfant a moins de soucis et que le cercle familial est là pour le protéger, pour lui procurer la sécurité nécessaire à son développement.
Il a besoin d'être aimé, de se distraire et de faire son apprentissage du quotidien.
    Alors quand il lui faut ensuite affronter les difficulté de la vie, assumer ses responsabilités, il regrette souvent cet âge d'or.

 
    Mais, c'est aussi cette note de regret que I'on entend souvent dans le discours des personnes âgées, dont certaines sont convaincues que le passé était paré de toutes les vertus, alors que le présent ne représente qu'une lente décadence les éloignant chaque jour davantage de l'âge d'or de leur jeunesse.
    Certes, le vieillissement lui-même explique une partie de ces regrets: la dégradation des forces vitales et parfois mentales fait naître une nostalgie de la jeunesse, laquelle est revécue à travers un prisme favorable. Mais un autre mécanisme cognitif a été identifié récemment.

    Dans une expérience réalisée à l'Université Harvard, Elisabeth Kensinger et Daniel Schacter ont constaté que, chez les personnes âgées (entre 62 et 79 ans, dans cette étude), une zone cérébrale, inerte chez les plus jeunes, s'active lorsqu'elles doivent mémoriser des images agréables : le cortex préfrontal médian.
    Cette zone s'active lorsqu'on est mis en présence ou que l'on imagine un objet, une action ou un concept en rapport avec soi-même. Ces images mentales s'appuient sur des souvenirs positifs du passé : ainsi une personne âgée qui voit un met appétissant et veut le mémoriser, s'imagine en train de le manger, et quel bon goût il a.
    De plus les images négatives ne produisent pas cette évocation d'action personnelle, et ne risquent pas de raviver des souvenirs associés. Dès lors, le passé est ravivé seulement par des émotions positives.

    Ce mécanisme permet de comprendre la sélectivité de la mémoire. je l'évoquais dans mon article sur les souvenirs du 22 décembre 2011.
    C'est au contact du présent que le passé se reconstruit en permanence : les motifs de satisfaction présents font resurgir des images positives du passé, lesquelles sont ainsi consolidées.
    A l'encontre, les expériences ou images désagréables survenant dans le présent ne provoquent pas ce rappel d'événements passés négatifs, parce que le cortex préfrontal médian ne s'active pas.

    Cela ne veut pas dire que nous oublions le passé et notamment les souvenirs très traumatisants restent gravés en nous.
Mais le mal qu'ils nous font s'atténue et nous pouvons les évoquer avec moins de réticence.
    Souvent, en vieillissant, lorsque nous évoquons le souvenir d'être très chers, dont la mort nous a beaucoup atteints, nous évoquons surtout les bons moments que nous avons passé avec eux, et cela nous réconforte et nous fait un peu oublier quelle a été notre souffrance.

Jeudi 22 décembre 2011 à 7:44

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    Nous avons tous peu de souvenirs de notre enfance, et nous avons même oublié la plupart des épisodes de notre vie. Mais certains d’entre eux restent gravés en notre mémoire  et nous constatons qu’ils correspondaient à des événements importants pour nous.
    La mémoire effectue une sorte de tri, conduisant à retenir les événements qui ont un sens dans notre parcours, et ce tri est en grande partie gouverné par l'émotion : les souvenirs agréables, ainsi que certains souvenirs plus traumatisants s'insèrent dans notre esprit parce qu'ils définissent une partie de notre existence : c'est un matériau imagé sur lequel notre esprit s'appuie pour construire Ie soi, ce que nous sommes, la façon dont nous nous voyons.
    Comment l'émotion stimule-t-elle ou atténue-t-elle les processus de mémorisation ?

    L'émotion influe sur le contenu du souvenir. Par rapport à des souvenirs d'événements neutres, les événements émotionnels (surtout les événements positifs) comportent davantage de détails sensoriels - (visuels, auditifs, olfactifs comme les vêtements, les coiffures, le parfum...) - , ceux liés au contexte (le lieu, la date) et même les paroles prononcées ainsi que les sentiments qui ont accompagné leur déroulement.
    Toutefois, il convient de préciser qu’il faut que l'événement positif soir lié à I'image de vous-même. Si vous vous souvenez d'une émotion positive liée à autrui, et qui n'apportait rien à votre personnalité, Ies détails ne seront pas plus nombreux que si vous n'aviez pas été ému.
    Des études menées notamment par Arnaud d’Argembeau dans les Universités de Liège et de Genève ont montré que ce phénomène se manifeste aussi pour l'anticipation d'événements à venir : on fait plus facilement appel à sa mémoire pour assembler les images d’un événement futur chargé d'une émotion
positive et qui se rapporte à l’image de soi et avec plus de détails, ques'il s'agit d'un événement à connotation émotionnelle négative.ou d'imaginer des événements émotionnels futurs, concernant une autre personne.
    Nous ne sommes pas tous égaux face à la mémoire et à l'émotion. Les personnes qui  sont moins engagées émotionnellement et qui contrôlent leurs émotions se représentent mentalement les événements passés et futurs avec moins de détails sensoriels et contextuels.

    Nous avons vu dans l’article précédent que, lorsque nous vivons un événement, ce dernier entre d'abord en mémoire de façon provisoire (il est encodé), puis il est éventuellement consolidé, c'est-à-dire qu'il est stocké à moyen terme et ensuite consolidé à plus long terme., de sorte qu'il peut être rappelé ultérieurement, même si I'on n'y pense plus entre-temps. L'émotion agit sur l'étape de consolidation.
    A très court terme, les images émotionnelles ne sont pas mieux retenues que les images neutres, mais plus le temps passe, plus les images neutres sont oubliées, alors que les images émotionnelles restent en mémoire;
    Une conséquence assez particulière : nous mémorisons mieux des visages expressifs que des visages neutres, et nous mémorisons davantage des visages joyeux que des visages tristes ou en colère, du moins chez les personnes pour lesquelles c’est un signe positif vis à vis de leur propre image, alors que ce n’est pas vrai pour les anxieux sociaux, qui ont du mal à interpréter positivement tout signe d’autrui.
    Le problème de la consolidation à très long terme est plus difficile à expliquer. Certains chercheurs pensent que pour les souvenirs heureux,  nous y pensons de temps à autre.
    Il arrive qu'en se rappelant un événement marquant, surtout les premières fois, on se représente Ia scène avec son cortège d'émotions, de façon concrète en revoyant certains détails et en ayant l'impression de revire l'événement. Cette reconstitution ranime les souvenirs perceptifs de l'événement et cette “reviviscence” participe à la consolidation du souvenir, et relance le processus de consolidation, notamment pendant le sommeil profond.

    Pour les souvenirs traumatisants, le cerveau voudrait s’en débarrasser et les rappellerait pendant le sommeil, mais nos centres amygdaliens, qui contrôlent peur et stress, et qui se trouvent dans le circuit de Papez, dans lequel peuvent “tourner” nos émotions”, contribueraient à relancer alors ce souvenir et finalement le consolider autant qu’un événement heureux.. Mais dans ce cas un processus de défense pourrait intervenir, qui bloquerait l’information au niveau des centres de transmission vers le cortex frontal (thalamus, hippocampe, cortex temporal gauche), de telle sorte qu’elle ne pourrait être rappelée par le cortex frontal et resterait au niveau inconscient.
    Freud appelait cela un refoulement et lui donnait, à tort, une cause surtout sexuelle; les biologistes appellent cela un blocage, dû surtout au caractère traumatisant.

    Voyons maintenant comment évoluent nos souvenirs qui ont été consolidés.
    Ils sont sujets à une transformation et à l’oubli progressif.


    La plupart des jours de notre vie ne sont pas mémorisés comme souvenirs épisodiques ; en revanche, nous n'oublions pas ce qu'ils nous ont appris. Ainsi, les journées sur notre lieu de travail ne laisseront aucune trace dans notre mémoire épisodique, même si nous y apprenons des concepts, du savoir ou I'usage de certains savoir-faire.
    La mémoire épisodique ne s’intéresse qu’à ce qui concerne des moments importants de notre vie, pour notre moi.
   

    D’autre part, le processus de consolidation ne constitue pas un simple renforcement du souvenir, mais implique nécessairement sa modification. En effet, lorsque I'on se souvient d'un épisode, des mémoires perceptives sont réactivées, mais certaines le sont davantage que d'autres. Dès lors, le souvenir est “réécrit”
    L'événement est perçu dans une version où ces détails auront été rendus plus saillants. Les reviviscences conduisent à exagérer certains détails, et  de réécriture en réécriture, le souvenir finit par être un tableau dont vous aurez été l'artisan, souvent bien involontaire et inconscient, mais ce souvenir se sera éloigné de la réalité.

    Des facteurs externes contribuent à cette transformation.
    Nous avons des photographies de certains de nos souvenirs. Nous en parlons avec des personnes qui ont assisté à l’événement, mais qui le voient de leur point de vue. Ces images, ces faits, ces paroles se mélangent à ce que nous avons en mémoire. Certaines images appartenant à d’autres événements voisins peuvent se substituer aux images réelles.
    Nous vieillissons et notre mental, nos opinions évoluent, et nous voyons par exemple des événements de jeunesse avec un autre point de vue, et il est possible qu’alors nous les “réinscrivons” un peu différemment, surtout au plan des sentiments et émotions.
    J’ai même connu des personnes qui auraient voulu qu’un événement de leur vie soit encore plus heureux, plus parfait, plus complet. A force de se raconter cet événement mentalement, comme un souhait, elles ont fini par intégrer en partie ces souhaits dans leur souvenir comme s’ils étaient réels.
    A l’inverse d’autres personnes, par ressentiment, ont aussi intégré dans leur mémoire des fantasmes inexacts comme des faits qui aggravaient leur souffrance.

  
  Bref il ne faut pas croire, même si nous avons une bonne mémoire, que nos souvenirs autobiographiques soient rigoureusement vrais dans tous leurs détails. . Certaines parties ont été renforcées par rapport à d’autres, des morceaux ont été rajoutés par rapport à des documents externes se rapportant à l’événement, et plus grave, nous transformons les souvenirs, voire ajoutons des pans de souvenirs crées de toutes pièces.
    Bref nos souvenirs ressemblent à l’image que les paléontologues ont des dinosaures : le squelette est authentique, mais le chair que l’on met autour relève de constatations exactes, mais aussi d’extrapolations et de détails imaginés, voire des désirs et des souffrances qui nous habitent.


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Mercredi 21 décembre 2011 à 7:57

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

    Avant de parler de nos souvenirs de façon pratique et pragmatique, de leur conservation et de leur transformation, je voudrais examiner brièvement les mécanismes de consolidation de la mémoire et l’influence des émotions.
    L'émotion est en effet une dimension essentielle de la vie affective, qui modifie I'ensemble des composantes de la mémoire, notamment en augmentant la quantité de détails mémorisés et le sentiment de réalité d'un souvenir et en participant, par des rappels, à la consolidation de celui-ci.

 
    Nous avons déjà vu que le cerveau, composé de plusieurs centaines de milliards de neurones interconnectés en réseaux, qui communiquent par un code véhiculé sous forme d'impulsions électriques - les potentiels d'action -, peut remodeler, reconfigurer en permanence ses propres circuits, grâce à la plasticité des connexions entre neurones : les synapses.
    Dans ces réseaux d'une extrême complexité, l’information est représentée par l'activité de neurones qui change dans le temps et dans I'espace. Une telle carte d'activation est formée des trains d'impulsions électriques rythmés qui se propagent de neurones en neurones, avec un relais chimique dans les synapses, qui agissent comme un filtre, puisqu’elles ne réagissent qu’à certains neurotransmetteurs spécifiques.
    Ces activités se propagent à différentes aires cérébrales, dites « associatives », ou se combinent les informations de diverses modalités sensorielles, logiques, et émotionnelles, associées au langage, et également atteignent des régions cérébrales capables de coordonner ces groupes de neurones et de rassembler ainsi un ensemble de représentations centrales spécifiques, d’un moment et d’un lieu et de son environnement matériel et humain, qui constituera un souvenir.
    Si, à chaque souvenir, correspond une conflguration particulière d'activité des neurones qui se propage de proche en proche dans les réseaux de neurones activés, ces activités électriques sont, par nature, éphémères, elles ne peuvent persister au-delà de quelques minutes, voire quelques secondes. Comment alors les souvenirs peuvent-ils persister durant des mois ou des années, en retenant leur identité, alors que l'activité neuronale qui représente ces souvenirs a disparu ?   
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    Cette pérennité du souvenir repose sur un renforcement de certaines connexions que l’on appelle “potentialisation à long terme” (LTP) et sur une plasticité des réseaux neuronaux qui vont se modifier en fonction de l’activité des neurones et de certains facteurs externes.
    Le modèle simplifié de la LTP est principalement dû aux travaux d’un chercheur canadien, Donald Hebb, qui  dans les années 50 supposa que l’intensité d’un signal neuronal et surtout sa répétition, ainsi que l’influence de signaux en provenance d’autres neurones, pouvaient renforcer la connexion entre deux neurones particuliers, constituant ainsi une connexion renforcée plus stable, qui se faisait ensuite plus facilement à un seuil de signal plus faible, , alors que d’autres connexions au contraire , voyaient diminuer leur probabilité d’interaction.
    Un chemin privilégié stable serait ainsi constitué entre tous les neurones qui constituent un souvenir.

    Cette consolidation serait due à des phénomènes biochimiques non encore complètement élucidés, mais par exemple ce peut être l’augmentation de neurotransmetteur en réserve dans les synapses. C’est aussi la “mise en service” de récepteurs (ou “boutons”) synaptiques de neurotransmetteurs, (notamment de glutamate), qui en temps normal sont inactifs et qui après potentialisation, deviennent actifs par transformation de certaines de leurs protéines, de telle sorte que des quantités d’ions calcium plus importantes entrent dans la synapse, déclenchant l’influx nerveux pour une faible sollicitation.
    Dans certains cas, davantage liés à des apprentissages, on constate que dans les circuits de réalisation de certaines actions, non seulement cette potentialisation a lieu, mais encore le nombre de synapses, voire de dendrites augmente, et même des neurones consacrés à d’autres actions sont détournés de leur fonction première, pour renforcer les actions issues de l’apprentissage.
    En fait les phénomènes chimiques sont très complexes, initialisés par une activation des gênes du neurone, qui vont entraîner la synthèses de protéines, qui entraîneront des modifications de l’environnement des synapses.

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Ceci est un mécanisme élémentaire, mais quel est le macromécanisme.
    Il est basé sur 3 actions :
        - la force du signal initial : si le souvenir est peu important pour nous, rassemble peu d’éléments, le signal sera plus faible et le renforcement moindre.
        - la répétition : si le souvenir est important, nous y penserons souvent après l’événement et la répétition de ces évocation entraînera le renforcement. Nous verrons que cette répétition peut être inconsciente lorsque nous dormons.
        - l’influence d’autres centres  - par exemple émotionnels, - dont les synapses liées aux dendrites d’un neurone vont participer au renforcement du signal sur son axone.


    L’imagerie cérébrale a montré que des personnes subissant un apprentissage répétaient mentalement dans leur cerveau, pendant leur sommeil lent, les processus et gestes de leur apprentissage, renforçant ainsi les connexions entre synapses et neurones, mémorisant mieux l’apprentissage et étant ensuite plus performantes que des personnes n’ayant pas dormi.
    On suppose que pendant le sommeil lent et profond, le cerveau repasse mentalement les éléments des souvenirs importants des jours récents, (alors que pendant le sommeil paradoxal, il se débarrasse plutôt des souvenirs superflus ou néfastes), et repassant ainsi nos souvenirs en boucle, notamment dans le cerveau émotionnel (voir mes précédents articles sur la mémoire et le “circuit de Papez”), il les renforce et les rend durables.
    Il semble également que le sommeil lent s’accompagne d’un “recalibrage de la puissance synaptique", afin d’économiser l’énergie dans le cerveau.
    Pour fixer les idées, supposons que la puissance moyenne de synapses soit de 100 et qu’après potentialisation une synapse soit passé à 140 tandis que sa voisine est restée à 100, pendant le sommeil, des transformations moléculaires ramèneraient les deux puissances à 120 et à 80, pour ne pas augmenter la puissance moyenne et le besoin énergétique. 

    Je viens de vous donner une idée très simplifiée de la façon dont nous fixons dans notre mémoire nos souvenirs. Mais j’ai dit que des événements extérieurs pouvaient aussi agir sur notre cerveau pour accroître ce renforcement, ou le modifier.
    Demain, je traiterai le renforcement émotionnel des souvenirs et leur transformation dans le temps, de telle sorte que ce que nous nous rappelons n'est souvent pas très fiable.

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