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    Il nous est souvent arrivé, à vous comme à moi certainement, d’entendre ou de lire une information supposée, dite parfois sous forme interrogative et de croire ensuite que c’était une information réelle et avérée
.
    La presse et les médias sont en partie responsables car ils ont tendance à présenter les informations en oubliant les points d’interrogation et de ne pas vérifier sérieusement leurs sources.
    La recherche du sensationnel, de l’inédit, la volonté de captiver l’auditeur et la pression de l’audimat, font que malheureusement, lorsqu’ils présentent un fait divers, les personnes qui pourraient en être l’origine sont souvent présentées comme des coupables potentiels, alors que seule la présomption d’innocence devrait jouer. (ce qui a le don de m’agacer profondément, car c’est une source certaine de nuisance).
    Mais nous avons quand même tendance, quand on nous présente non pas des faits, mais des rumeurs, à les tenir pour vraies, et malheureusement à contribuer à leur propagation en les présentant ensuite comme des faits avérés.
    Pourquoi cette tendance des humains à être ainsi “crédules”. ?

    Pourquoi après avoir ou entendu une phrase présentant une information supposée et présentée sous forme interrogative, avons nous une telle attitude ?
    Deux psychologues belges ont montré qu'après avoir lu une telle phrase, l'esprit retire inconsciemment le point d'interrogation et retient qu'il s'agissait d'une affirmation.
    Morio Pondelaert et Siegfried Dewitte ont distribué à des volontaires des listes de phrases dont certaines étaient formulées sur le mode affirmatif, et d'autres sur le mode interrogatif. Il s'agissait de questions ou d'affirmations, empruntées au domaine des mathématiques ou de la biologie.
    Après les avoir lues, les volontaires ont reçu un document où chacune des phrases précédentes était écrite sous deux formes : une forme interrogative et une forme affirmative. Ils devaient choisir quelle était la forme initiale.
    Bien souvent, ils ont indiqué une forme affirmative alors que les phrases proposées n'étaient que de simples questions.

    Selon les psychologues, cet effet d'amnésie résulte du fait que le cerveau n'est pas fait pour retenir les propositions formulées sur un mode interrogatif.
    En effet, lorsque l'on se pose une question, le cortex frontal construit une situation fictive à partir de l’information reçue et cherche ensuite des éléments dans notre mémoire ou dans les documents de l'actualité à notre disposition (dans un article de presse, à la télévision, dons une conversation....) pour valider ou infirmer cette hypothèse.
    Mais quoi qu'il arrive, la scène a été construite mentalement, sous une forme certes fictive, mais affirmative.
    Si ensuite nous trouvons que l’information précitée est fausse ou vraie, nous enregistrons ce fait en mémoire. Mais si nous ne trouvons rien de probant, il n’y aura rien d’enregistré en face de l’information, et seule la situation imaginée sera conservée.
    Par la suite c’est elle que nous rappellerons en mémoire et les faits qu’elle décrit n’ont plus le point d’interrogation qui devrait nous rappeler que c’était une hypothèse non vérifiée.
   
   Quand nous ne sommes pas sûrs d'une information, essayons de la vérifier et surtout, ne la diffusons pas comme si elle était vraie

Dimanche 9 janvier 2011 à 8:19

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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     J’ai lu une étude d’une expérience qui m’a amusée et je veux vous en faire profiter, bien que je me méfie un peu des extrapolations du rat à l’homme, pour avoir autrefois encadré des études comportementales sur le rat, les chiens, les singes puis l’homme et avoir vu les difficultés à chaque passage de l’un au suivant.

    Dans cette expérience, récemment réalisée à l'institut de technologie du Massachusetts, des rats devaient réaliser un parcours dans un cage labyrinthe pour trouver de la nourriture, qui était disposée à divers endroits du parcours. Les biologistes étudiaient l’activation de leur cerveau et ont vu pendant le parcours s’activer successivement plusieurs zones de l’hippocampe, le “professeur de la mémoire” qui intervient dans tout effort de mémorisation.
    Après chaque prise de nourriture le rat était entraîné à faire une pause d’une dizaine de secondes, avant de repartir à la recherche de la nourriture suivante.
    Pendant cet intervalle de temps, les neuro-biologistes ont observé des épisodes de quelques millisecondes, durant lesquels ces mêmes neurones de l’hippocampe s'activaient et, surprise !, dans l'ordre inverse de l'ordre d'activation initial. Comme si le rat parcourait à l'envers, mentalement et sur un mode accéléré le parcours qui l’avait mené à la nourriture.

    Pourquoi ce rembobinage accéléré?
    La découverte de la nourriture augmenterait dans un premier temps la concentration cérébrale de dopamine, par intervention du système de récompense dont nous avons souvent parlé, mais cette dernière diminuerait rapidement dans les instants suivants, la nourriture et le plaisir étant passés.
    En activant les neurones dans l'ordre inverse, tant que la concentration de dopamine est suffisante, ce système exposerait les neurones actifs lors des dernières étapes du trajet à des concentrations élevées de dopamine. Et si l'on suppose que la dopamine renforce l'activité des neurones qui y sont exposés, ce mécanisme affermirait le souvenir des dernières phases du parcours qui ont conduit à la récompense.
    En général, les dernières étapes sont les plus directement liées à la récompense (les causes et les effets sont rapprochés dans le temps). C'est pourquoi le cerveau s'efforce de les retenir grâce à ce système

    Et le chercheur conclut :
   " Pourquoi a t’on envie de faire une pause-café juste après avoir terminé une étape importante de son travail ?
    Ne serait-ce pas plutôt le moment de mettre les bouchées doubles, de profiter de l'état de concentration dans lequel on se trouve pour faire encore mieux et plus vite la suite dus tâches à accomplir ?
    Eh bien non, si vous êtes de ceux ou celles qui ont besoin de faire une pause après un moment important, ne changez pas vos habitudes: votre cerveau en tirera le meilleur profit.
    Le moment de la pause permet au cerveau de récapituler inconsciemment tout ce qu'il a fait juste avant d'arriver au but. De cette façon, la recette du succès, l’ensemble de petits gestes qui ont conduit à cet aboutissement, sont mieux mémorisés."

    Laissez le temps à votre cerveau de faire ainsi travailler votre mémoire inconsciemment, et octroyez-vous, sans mauvaise conscience, une petite pause-café, mais gare à la caféine.!

Vendredi 5 novembre 2010 à 8:03

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    Nous tenons tous à nos opinions. Certains plus que d’autres et surtout celui qui est tolérant écoute les autres, défend certes ses opinions, mais s’il se rend compte qu’il a tort, il ne s’entête pas et change d’opinion ou en tout cas la modifie.
    Tout le monde n’est pas tolérant et  parfois les opinions sont si fortes qu'elles nous font perdre toute raison et le savoir-vivre recommande de ne pas aborder les sujets de politique et de religion à table de peur de soulever des polémiques.
    Alors, si vous avez eu le malheur de vous brouiller avec vos meilleurs amis à cause d'un différend sur une question politique, vous serez sans doute content d'apprendre que c'est à cause de la  « réduction neurale d'amorçage».
    Vous ne savez sans doute pas ce qui se cache derrière cette appellation barbare, alors je vais essayer de vous l’expliquer.

    Le neurobioloqiste Gagon Wig et son équipe, de l'Université de Hanovre, aux Etats-Unis, ont mis en évidence ce phénomène en montrant à des volontaires une série d'images d'objets, de paysages, d'animaux ou d'outils qu'ils devaient classer le plus rapidement possible dans deux catégories: « êtres vivants » et « objets inanimés ».
    Après quelques répétitions, ils ont constaté que les sujets classent plus rapidement les images  dans l'une ou l'autre des deux catégories et qu’en même temps l’activité du cortex frontal gauche diminuait fortement.
    Cette diminution est due au fait que le cerveau dépense de moins en moins d'énergie pour faire fonctionner les connexions neuronales entre l'image observée et Ie choix de la catégorie où le sujet doit ranger l'image.
    Au début de l'exercice, relier une image à une catégorie met en marche des millions de neurones et nécessite une intense activation, notamment du cortex frontal. Puis, progressivement, seules les connexions les plus efficaces     sont conservées. Il en résulte une réduction d'activité et une économie d'énergie pour le cerveau.

    Comment peut-on appliquer ces résultats aux opinions que l'on se forge sur tel ou tel sujet ?
    Prenons l'exemple d'une opinion sur le thème du réchauffement climatique et soumettons-le au protocole expérimental précédent. On demande au sujet de classer des images telles qu'une bombe à aérosol, une automobile, une vache et une poubelle dons deux catégories : « Participe au réchauffement climatique » et « Ne participe pas au réchauffement climatique. »
    Initialement, le classement est un peu hésitant, mais il devient progressivement de plus en plus rapide. Le cerveau du sujet s'active de moins en moins, ce qui reflète une diminution de l'effort et une économie d'énergie face au problème à résoudre. Ainsi, plus Ia personne prend l'habitude de considérer que tel ou tel facteur contribue au réchauffement climatique, moins son cerveau produit d'effort et plus ce classement devient automatique.
    Ces expériences montrent que l'opinion permet au cerveau de fonctionner en mode « économie d'énergie ».

    Si nous tenons tant à nos opinions, c’est qu’elles nous évitent d'avoir à mener une réflexion consommatrice d'énergie, elles sont reposantes car elles mobilisent moins notre cortex frontal..
    Pour modifier une opinion, il faut remodeler ses connexions cérébrales, activer intensément le lobe  frontal gauche et dépenser beaucoup de glucose et notre cerveau répugne à cela.                
    Ces travaux montrent nos oplnions sous un jour nouveau : celui de mécanismes et d’automatismes de la pensée.                
    En sélectionnant des circuits économiques, le cerveau rend peu probable la circulation de l'information dans d'autres circuits.
    Reposante et peu coûteuse, l'opinion représente en quelque sorte pour cette raison, une restriction de la liberté de penser.                
    Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir d’opinions, mais qu’il faut savoir les remettre en question., quitte à se fatiguer un peu

    Et cela me rappelle le conseil suivant que j’avais trouvé sur le blog d’une de mes lectrices et que j’avais beaucoup apprécié :
    "Quand tu regardes une chose, une personne, dans une direction, quand tout le monde regarde par là, n'hésite pas à te retourner, cherche un autre point de vue, cherche à voir et à montrer autre chose."

Vendredi 30 juillet 2010 à 8:38

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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     Je vous ai parlé il y a quelques articles, des souvenirs d’enfance.

    “Orchidée” avait dit dans un commentaire, que nos souvenirs se transformaient dans le temps. Elle a raison et je vous l’explique.

    Cette transformation peut se faire de trois façons :


        - par l’oubli de certaines parties du souvenir.
    Un souvenir c’est parfois composé de plusieurs sous-ensembles et de maints détails, images et idées et sentiment qui ont une structure lexicale (on les exprime par des mots), et éventuellement émotionelle émotions ressenties à nouveau).
    Tous ces “morceaux” correspondent à des groupes de neurones reliés entre eux et activés par l’hippocampe. Mais si certaines de ces liaisons sont très solides et durables, d’autres, moins importantes pour nous, le sont moins.
    Si nous pensons souvent à ces souvenirs, les faire resurgir renforce les connexions et entretient donc le souvenir. Mais par contre, si nous ne nous l’utilisons que très peu, les connexions s’affaiblissent dans le temps et le souvenir s'atténue.
    Si pour certaines parties du souvenir cet affaiblissement devient assez important, nous ne pouvons plus les rappeler dans notre mémoire consciente.

        - par l’ajout de morceaux réels ayant trait au souvenir.
    C’est ce que je vous disais dans le précédent article, nous pouvons avoir vu des photos des événements correspondants et des personnages qui y étaient présents, avoir entendu des récits de notre famille ou de tiers, avoir lu des données sur l’endroit où nous étions...
    Ces éléments sont rattachés par l’hippocampe au souvenir initial et finissent par en faire partie comme s’ils étaient “d’époque”.
    J’ai supposé que ces éléments étaient vrais, mais ils peuvent, sans que nous le sachions, se révéler inéxacts.

        - par l’ajout de détails non réels mais imaginés par notre cervau et correspondant en général à des désirs, des souhaits non réalisés ou correspondant à la “persona”, à ce qu’on voudraît être et paraître.
    Au début on sait que ces éléments sont faux, mais à force, on finit par se persuader de leur réalité.
    Parfois aussi, certains détails n’existant pas ou étant oubliés, on ne veut pas qu’il y ait un “trou” dans le souvenir et on le comble par de l’imaginaire que l’on veut rendre vraisemblable..

    Je voudrais aussi évoquer un autre rôle des souvenirs lointains.
    Je suppose qu’en septembre, j’irai fêter I'anniversaire de ma soeur dans sa nouvelle maison de Dordogne. Mais je n’ai jamais encore été dans cette maison.
    Alors, je cherche à l’ imaginer : iI doit y avoir un escalier qui monte a gauche de I'entrée, deux chambres sous les combles pour les petits-enfants, une salle de bains avec un grand miroir.
    Et subitement, je me rends compte que dans mon imagination, l'escalier que je vois, est celui de la maison de mon enfance, la chambre sous les combles est semblable à celle où j’habitais quand j’étais en prépa de maths à Paris, le miroir de la salle de bains est celui que j’ai vu dans un grand magasin...
    Pourquoi, lorsqu'on imagine I'avenir, fait-on appel à des images du passé ?    
    Des neurobiologistes de l'Université de Washington ont montré que l' esprit jongle avec des images du passé, qu'iI organise en les associant à des événements futurs ou à des mouvements fictifs du corps !
    Karl Szpunar et ses collegues ont demandé a des volontaires d'imaginer certaines scènes de leur avenir et ont enregistré leur activité cérébrale et iis ont constaté que les aires activées par cette projection dans I'avenir étaient en partie les memes que celles mises en jeu quand on se souvient de choses connues.
    Dans l' exemple de la maison de ma soeur, mon cerveau recourt à des images déja stockées dans ma mémoire pour créer une scène nouvelle, car c’est le matériau de base que j’ai dans ma mémoire pour constuire {“I'avenir mental”.        
    Si j’essaie d’imaginer le repas d'anniversaire de ma soeur, des images de déjeuners d'anniversaire, les miens, ceux de mes enfants, celui des 40 ans de ma soeur, vont me revenir à l’esprit, des visages familiers surgissent...


    La vision que nous avons du futur ressemble ainsi étonnamment à celle que nous avons du passé.
    Et pourtant, iI doit bien y avoir une différence entre les deux, sinon iI n'y aurait ni passé ni futur.
    Quelle est done cette différence ?
    Les neurologues ont constaté que lorsque nous pensons à l’avenir, d'autres zones du cerveau s'activent, en plus des zones mises en jeu lorsque nous nous remémorons le passé : iI s'agit de modules cérébraux qui entrent en action lorsque nous imaginons des mouvements de nos membres et de notre corps.
    Une telle observation laisse penser que nous nous projetons de façon dynamique dans cet environnement,alors que nous nous projetons de façon plus statique dans le passé.
   
Lorsque nous allons vivre quelque chose, nous y allons physiquement, et le futur suppose presque toujours un déplacement. Se projeter dans le futur, c'est donc mettre son corps en mouvement pour atteindre une image encore improbable, une image que nous sommes réduits a constituer a I'aide du seul matériau dont nous disposons : les images du passé.

Mercredi 28 juillet 2010 à 9:48

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    Sans doute avez vous lu au lycée “A la recherche du temps perdu”, de Marcel Proust et donc sa quéte des souvenirs d’enfance et le goût de la  madeleine  dans la maison de sa tante.

    J’ai parfois discuté avec mes correspondantes de leurs souvenirs d’enfances et je pense parfois aux miens, et je m’aperçois que selon les personnes, certains restent très flous mais d’autres vivent encore avec beaucoup de détails, mais que le nombre de souvenirs est très variable d’une personne à l’autre        ;
    Une de mes jeunes correspondantes m’a étonné récemment par la richesse de ses souvenirs de jeune enfant.
    Mais que ce soit chez les autres ou pour moi même, je me rends toujours compte qu’une partie de ces souvenirs vient bien d’images originelles perçues à cette époque, mais que d’autres parties du même souvenir et même beaucoup d’autres souvenirs entiers viennent en réalité de données mémorisées ultérieurement comme des photos prises par notre famille, ou des récits de nos parents, frères ou soeurs.

    Mais la mémoire est une chose mystérieuse car bien souvent nous n’avons aucun souvenir d’un fait précis lointain et tout à coup, il y a une résurrection complète et soudaine, d'un souvenir par pans entiers, lesquels semblent se réajuster et reprendre leur agencement originel.

    Des chercheurs des universités de Caen et de Paris V, Armelle Viard, Pascale Piolino, Francis Eustache et leurs collègues, ont montré qu'une zone cérébrale que I'on croyait seulement impliquée dans le rappel de souvenirs récents, réactive et réassemble les divers éléments d'un instant passé, même très ancien : l'hippocampe.   
    Ces neurobiologistes ont placé des volontaires en situation de revivre des moments semblables à celui de la madeleine de Proust, des femmes agées souvent de plus de 60 ans, et accompagnées de leur conjoint. Tandis qu'elles étaient installées dans le scanner, elles devaient se remémorer des souvenirs à partir d'indices donnés par les conjoints, a propos d'un événement qu'elles avaient vécu iI y a fort longtemps. Les neurologues ont alors observé, en direct, comment le cerveau reconstruit un souvenir à partir de tels fragments, et is ont constaté que l’hippocampe orchestre la reconstruction de ces souvenirs lointains.        
    L'hippocampe est bien connu pour son rôle dans la mémoire, mais on pensait jusqu'à présent, qu'iI ne participait qu'au rappel des souvenirs plutot récents, datant au plus de quelques années. Or cette expérience montre que I'hippocampe est nécessaire pour se remémorer les épisodes du passé, méme ceux de I'enfance.

    Comment cette zone fait elle jaillir de ('oubli tous les détails d'un souvenir ?

    Supposons que, il y a soixante ans, en Bretagne, j’ai été faire une promenade au bord de l'eau; j’y ai entendu le bruit des vagues, les cris des mouettes, et I'odeur des grands pieds de lavande faisait oublier la senteur d’iode des bords de mer.
Les ombres des feuillages se projetaient sur la robe bleu pervenche de ma petite amie.
    Dans mon cerveau, l' odeur de lavande a activé des zones spécifiquesles neurones dans l'aire olfactive et le bruit de la mer et le chant peu harmonieux des mouettes a fait de méme dans I'aire auditive, et les jeux d'ombres et de lumière,ainsi que la couleur de la robe, en ont fait autant dans mes zones visuelles.
    L'hippocampe a établi des liens avec chacune de ces zones. Grâce à ses multiples connexions, iI a conservé les adresses des endroits précis où ont été activées ces diverses traces neuronales, tout comme l’ordinateur stocke celles des photos que vous conservez sur votre disque dur.
    Ces liens étant associés à une émotion et un sentimlent heureux, sont restés relativement solides, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’évoquer cette journée et, comme un numéro de téléphone ou un mot que vous n’utilisez plus depuis longtemps, l’accès premier est difficile et quand je cherche parmi mes souvenirs de jeunesse, je ne pense pas à celui là.

    Que se passe-t-iI ensuite ?
    Si, par hasard, je respire aujourd’hui la méme odeur de lavande qu'en ce jour heureux, et que j’entends à nouveau le ressac de l’océan et les cris des mouettes, l'adresse de I'odeur dans la zone olfactive est réactivée, ainsi que celle des bruits pourtant familiers dans la zone de la mémoire auditive, et la simultanéité des deux  amène I'hippocampe à réactiver aussitot les adresses des traces du souvenir dans les autres aires cérébrales.
    C'est comme si vous cherchiez dans votre ordinateur toutes les photos de vos vacances d’il y a 5 ans et que vous les ouvriez toutes sur votre écran.

    Ce schéma explicatif est nommé «théorie des traces mnésiques multiples » et est étayé par cette étude, au contraire de la théorie standard admise jusqu'a présent, selon laquelle I'hippocampe stockerait temporairement les souvenirs, puis les transférerait au cortex frontal qui se chargerait de les stocker en mémoire et que donc l’hippocampe ne serait plus nécessaire au rappel des souvenirs anciens.
    L'hippocampe est en fait un récupérateur de traces mnésiques, nécessaire a leur résurrection et en quelque sorte un coordonnateur, un rassembleur de ces traces pour qu’elles nous soient remémorées comme un événement, une scène.
    La remise en question de la théorie standard constitue une petite révolution dans le champ de la recherche sur la mémoire, et permet de reconsidérer certains cas d'amnésie avec lésion de I'hippocampece qui fait perdre toute capacité de faire resurgir de l'ombre,avec précision et vivacité, les traces mnésiques du passé, a jamais enfermées dans des “cases” inaccessibles.

    Mais ceci nous explique aussi la reconstitution du souvenir à partir d’autres perception. Si j’ai évoqué par la suite ce souvenir avec mes parents, avec des amis qui nous accompagnaient, s’ils avaient pris des photos qu’ils m’ont montrées, s’ils m’ont raconté des complément de cette scène qui sont aussi arrivés ce jour là, mon hippocampe a fait le lien entre ces traces mnésiques et les précédentes, et si j’arrive à faire ressurgir les traces autenthiques personnelles de la scènes, ces traces de souvenirs reconstituées ultérieurement apparaîtront aussi en m
ême temps.
    Voilà donc comment se reconstituent les souvenirs de votre enfance.

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Le psychologue Richard Mc.Nally de l’université de Harvard a étudié le cas de personnes qui prétendent avoir été enlevées par des extraterrestres et prises en otages dans une soucoupe volante, d’avoir servi d'objet d'expérimentation ou de partenaire sexuel pour les petits hommes verts.
    Rêvent-elles ? Mentent- elles sciemment ?


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    On a constaté que ces personnes souffrent de paralysies du sommeil, trouble assez fréquent : au moment de s'éveiller, leur cortex frontal ne prend pas son fonctionnement normal pendant quelques instants. Les images des rêves commencés pendant le sommeil, continuent à défiler.
     Incapable de réagir, soumis à ces visions oniriques dont il est conscient, le rêveur ressent une grande peur et son rêve pourrait alors s'imprimer dans sa mémoire comme un souvenir réel traumatisant.
    Ces « martyrs de l'espace » ont de violentes réactions physiologiques (battements cardiaques, sudation) lorsque ils  racontent leur expérience, avec des des signes de panique, caractéristiques d'un syndrome post-traumatique : ces signes sont décuplés lorsqu'on leur fait ré-écouter leur propre récit enregistré sur bande magnétique.


    Ces symptômes sont également fréquents chez les anciens combattants qui, se remémorant une scène de bataille, en subissent à nouveau les effets, mais là il s’agit alors de souvenirs réels très pénibles et associés à la peur,  gravés dans le cerveau, notamment dans le complexe amygdalien.

    Au contraire les faux souvenirs sont des événements que l'on est (à tort) convaincu d'avoir vécus et, chez les personnes prétendant avoir été enlevées, les hallucinations vécues durant la paralysie du sommeil, et abusivement mémorisées comme souvenirs, déclenchent un syndrome post-traumatique.  

      
Les OVNI sont bien réels pour ceux qui les ont « vus », mais pour eux seulement.


http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures1/dessinhumoristiquemartien.jpgPanne de batterie ?

    En fait ces faux souvenirs sont plus fréquents que l'on ne pourrait croire, notamment liés à des périodes traumatisantes de la vie.
De nombreuses personnes qui ont subi un choc psychologique (accident, maladie aux moments pénibles même s'il y a eu guérison, mort d'un proche...), ont des souvenirs de ces épisodes douloureux qu'elles croient très réels et qui sont souvent assez loin de la vérité. En général il dramatisent et exagèrent les situations vécues. Je n'ai pas lu d'explication probante de ces phénomènes inconscients.
    En fait le cerveau cherche inconsciemment, par un mécanisme de défense, à sortir de la mémoire (c'est à dire à diminuer la force des connexions), tous ce qui est traumatisant pour lui (d'où les cauchemars).
    Mais d'une part il n'y arrive pas entièrement pour les événement traumatisant qui du fait des émotions fortes, s'ancrent profondément. Et d'autre part, il reçoit des informations sur ces faits (photos, récits, lectures...). La mémoire "reconstitue" alors les événements à partir de ces éléments disparates et de souhaits inconscients, un peu comme le paléontologue reconstitue la vie des dinosaures à partir de vestiges préhistoriques.
    Une partie est vraie, une partie est fausse, car raisonnement et imagination ont coopéré pour reconstituer le puzzle.

Lundi 23 novembre 2009 à 8:14

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud




http://lancien.cowblog.fr/images/ZFleurs2/P4180042.jpg    Je vous ai déjà expliqué succinctement comment la mémoire enregistrait nos souvenirs et nous avions vu que, d’une part le “ménage qui se faisait dans le cerveau en éliminant tous les souvenirs superflus était indispensable, mais également que le cerveau se remémorait et “rejouait les scènes" des événements de la journée qu’il voulait mémoriser, ce qui renforçait les connexions entre neurones porteurs du souvenir..
    Ce sont d’ailleurs les sensations (images notamment) qui sont ainsi  revécues, qui, si l’on a un instant de réveil même très bref, donnent lieu à nos rêves.
   
    David Euston et de ses collègues, de l'Université de l'Arizona ont montré que des phénomènes analogues se produisaient lorsque nous apprenons dans la journée des tâches nouvelles qui demandent un certain automatisme, comme par exemple, taper sur un clavier, utiliser un instrument, conduire un véhicule,  ou jouer au tennis.
    Lorsque nous avons fini notre apprentissage, nous arrivons à réaliser la plupart des tâches correspondantes de façon entièrement automatique, sans réfléchir, et c’est alors les neurones du cervelet qui ont enregistré les séquences à réaliser, et qui dirigent nos mouvements.
    Mais à l’origine quand nous débutons l’apprentissage, le cortex frontal qui réfléchit et organise, est à l’origine de nos actes et peu à peu il apprend au cervelet à faire les mêmes actions.
    Et pour apprendre cette tâche nouvelle, nous réalisons un certain nombre de gestes qui activent des neurones du cortex préfrontal de notre cerveau dans une séquence bien précise, qui est transmise aux neurones qui commandent nos muscles et nos gestes.
    En étudiant des apprentissages chez des rats, les neurobiologistes américains ont découvert que, pendant la première heure de sommeil, ces mêmes neurones répètent leur activité, exactement dans l'ordre où ils l'ont réalisée dans la journée alors que les rats étaient éveillés, mais ceci de façon accélérée.
    Après apprentissage éveillés, les biologistes ont laissé dormir les rats et ont observé l'activité des neurones de leur cortex préfrontal, et ils ont constaté que les neurones se réactivent de la même façon pendant le sommeil, mais sur une plage de temps six fois plus courte, comme si le cerveau procédait par « lecture rapide », à la façon d'une cassette qu'on fait avancer de façon accélérée sur un magnétophone. Mais ces séquences ne donnent lieu à aucun mouvement réel.
    Pourquoi cette répétition interne ? En réitérant leur activité, les neurones renforcent les synapses qui ont été sollicitées lors de l'apprentissage, ce qui permet aux réseaux de neurones de consolider leur statut dans le cerveau, si bien que la même séquence de gestes pourra être exécutée plus facilement par la suite. Cela montre, d'une part, que le cortex préfrontal est une zone privilégiée
dans le cerveau pour la consolidation des souvenirs d'actions automatiques,  (alors qu'une autre zone, l'hippocampe, est nécessaire à l'encodage précoce des souvenirs) et, d'autre part, que le sommeil favorise ce processus.
    Selon les neurobiologistes, cette répétition accélérée a lieu lors du sommeil à ondes lentes, le “ sommeil profond. “Il, stade d'endormissement où l'animal a entièrement perdu conscience et ne rêve pas. Dans ce cadre, l'activité des neurones se déroulerait six à sept fois plus vite, soit parce que les neurones sont libérés des contraintes d'exécution physique des mouvements (le rat ne bouge pas), soit parce que cette production de courants électriques est uniquement possible lors de certains phases du sommeil à ondes lentes, qui durent moins d'une seconde.
    Il reste à savoir quel est l'avantage d'une « répétition accélérée » pendant le sommeil, par rapport à une répétition mentale que l'on peut réaliser à l'état conscient. Il semble que le sommeil soit réellement bénéfique, voire nécessaire, à la mémorisation, mais on ignore encore les raisons exactes. Les biologistes ont seulement montré que les neurones du cervelet étaient également actifs et que le cortex préfrontal “apprenait” les mouvements au cervelet en renforçant les connexions entre les neurones concernés de cette partie du cerveau.



Vendredi 24 juillet 2009 à 12:16

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

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    Je vous ai décrit, dans l’article précédent comment Freud voyait l’organisation de notre psychisme et notamment de notre inconscient.
    Certes, pour les neurobiologistes actuels, l'inconscient existe, mais il est différent de la conception qu'en avait Freud.
Il est étroitement associé à la mémoire et notament à la mémoire épisodique qui stocke les informations successives de tout ce qui nous arrive, dans l’ordre chronologique.


    La mémoire stocke d'abord inconsciemment pour des temps courts toutes les informations de perceptions que nous enregistrons tous les quarantièmes de seconde (voir mes précédent article sur le cerveau, la mémoire et les rêves). Quand nous conduisons une voiture par exemple, nous enregistrons de nombreuses informations sur la route, sur les autres véhicules environnats, sur le bruit de notre moteur, l’évaluation de notre vitesse... ceci pour des temps assez courts qui qui permettent de prendre des décisions de conduite, dont certaines sont de purs réflexes quasi inconscients.
    Nous comparons volontairement certaines perceptions emmagasinées inconsciemment (par exemple du paysage), en les rappelant alors dans le cortex préfrontal pour les comparer à celles de notre mémoire et par exemple nous guider sur un itinéraire.
    Ces informations ne sont donc pas “bloquées” dans notre inconscient, mais peuvent avec un certain effort, devenir conscientes.
    Elles resteront plus ou moins longtemps dans notre mémoire puis seront éliminées pour ne pas l’encombrer.
    La plupart des images observées par nos yeux, puis enregistrées par des centres intermédiaires du cerveau sont éliminées rapidement (quelques secondes ou quelques minutes, selon leur utilité) car elles ne servent plus à rien. Nous conserverons plus longtemps certaines informations perçues presque inconsciemment (où ai je garé ma voiture dans le parking?), car il faut s’en servir au bout de quelques heures par exemple.
    Nous pouvons aussi garder en mémoire des souvenirs, par exemple des images que nous n'avons pas conscience d'avoir vues, des paroles ou des mots que nous n'avons pas le souvenir d'avoir entendues ou lus. C'est en particulier ce que l'on appelle les “perceptions subliminales” (au dessous du seuil de perception conscient) utilisées parfois par la publicité (bien que ce soit interdit) et les services secrets (associées à des psychotropes dans les lavages de cerveau).
    Les centres du cerveau mis en jeu dans ces opérations sont essentiellement les centres de perception associés à nos cinq sens, le thalamus, aiguillage de nos perception, et l’hippocampe, “professeur de la mémoire”.

    Certains souvenirs dont nous avons eu conscience sont gardés par notre mémoire, se déforment dans le temps d’autant plus que nous les rappelons peu pour nous en servir, mais ils sont d’autant mieux conservés qu’ils ont pour nous une “charge émotionnelle”.
    S'ils nous ont “traumatisés”, ils ne sont pas facilement évoqués, bien que nous nous en souvenions en faisant un très gros effort.
    C'est une sorte de refoulement, mais il n'est pas totalement inconscient, et les neurobiologiste préfèrent parler de “difficulté de rappel”, et la plupart de ces "difficultés de mémoire" ne sont pas d'ordre sexuel.
    Les difficultés de rappel peuvent être dues au choc subi. Quand j’avais 16 ans je suis rentré à vélo dans la remorque d’un camion de déménagement et suite au choc sur la tête je suis resté une heure dans le coma. Pendant quelques jours je n’avais aucun souvenir de l’accident. puis je me suis rappelé mon réveil, puis l’accident, puis au bout d’une semaine, la minute avant l’accident. C’est un phénomène connu et banal.
    Les difficultés de rappel peuvent être dues, dans le cas d’images traumatisantes, à des blocages de notre cerveau émotionnel et notamment des centres amygdaliens qui contrôlent la peur, l’angoisse, le stress.
    Ces images ont été enregistrées consciemment, mais le cerveau ne veut pas les revoir, et ceci plus ou moins inconsciemment. C’est vrai notamment des images par exemple d’attentat ou d’accident de la route, la vue de gens qui souffrent ou qui meurent. Elles sont intimement mélées à des émotions vives et traumatisantes.
    Plus proches du refoulement des mélanges de perceptions et de traumatismes graves subis nous mêmes, comme une agression non sexuelle ou un viol, Là si une nouvelle sensation nous rappelle inconsciemment ce traumatisme, il y a blocage, le cerveau émotionnel bloquant les ordres donnés par le cortex qui réfléchit, soit à d'autres parties du cerveau, soit à notre corps même si le cortex frontal plus ou moins conscient de cela, trouve ce blocage ridicule.
    C'est assez proche de la “censure” de Freud, mais la plupart de ces blocages ne sont pas non plus d'ordre sexuel.

    Autre phénomène, nous mémorisons des émotions, des sentiments.
Avant de prendre une décision, notre cortex frontal compare diverses informations logiques et objectives ou bien subjectives, et le cortex préfrontal essaie de’évaluer les conséquences de nos actes, avec l’aide du cerveau émotionnel qui, se référant aux émotions et sentiments en mémoire, donne une appréciation émotionnelle avec l’aide du circuit de la récompense (voir mes articles à ce sujet).
    Une partie de ce mécanisme décisionnel est inconscient, même si l’objectif de la décision est conscient.
    Il peut arriver que le cerveau émotionnel élabore des évaluations sans que le cortex lui ait demandé consciemment de le faire et qu’il nous pousse ainsi inconsciemment à l’action.
    Il peut donc y avoir des mécanismes inconscients à l’origine de nos actions conscientes. Colère, jalousie, peur, ou divers défauts ou addictions peuvent ainsi avoir une influence inconsciente certaine sur nos actes.
   
    Notre inconscient peut même nous “tromper” parfois en nous donnant de fausses raisons de nos actes pour nous protéger. C'est effectivement proche du “déplacement” de Freud, mais sur de nombreux sujets très divers et pas uniquement d’ordre ou d’origine sexuels.

    L'inconscient de l'enfant n'a pas plus d'aptitude que l'enfant lui même, contrairement à ce que pensait Freud et l'enfant ne peut donc, comprendre dans son inconscient, plus que ce qu'il ne comprend consciemment, en fonction de son âge.
    Freud attribuait aux jeunes enfants des pensées et des désirs d’adultes qu’ils refoulaient ensuite dans leur inconscient. Cela apparaît impossible au neurobiologiste, car le cerveau de l’enfant n’en a pas la capacité, tant au plan réflexion et compréhension qu’apprentissage et expérience.
    Le “ça” de Freud est donc beaucoup plus restreint pour le neurobiologiste

  
  Par contre, les neurobiologistes ne font pas d’objection à la distinction du “moi” et du “surmoi” qui sont des notions d’ordre psychologique sans que l’on puisse les relier à des mécanismes précis cérébraux.

    C’est en ce moment la période des examens pour beaucoup de mes correspondant(e)s : TPE, (c’est déjà passé), bac blanc, vrai bac, partiels, concours, conservatoire de musique....
    Certaines d’entre vous me parlent de leur trac et de la peur de la “panne sèche”, alors qu’elles ont bien révisé et pensent savoir leur cours ou leur partition.

    Vous avez répété votre exposé ou joué votre morceau des dizaines de fois. Vous êtes prête, concentrée sur votre objectif : sourire, et parler fort et distinctement ou jouer avec sentiment.    
Mais voilà qu'arrivé devant le tableau ou sur l’estrade face au jury, vous restez figée, comme un animal apeuré dans les phares d'une voiture, incapable d'articuler la moindre syllabe ou de retrouver un doigté assez rapide sur le piano ou le violon.
    Nous avons tous vécu cette expérience. Pourquoi cette “panne” parfois, précisément dans les situations importantes ?
    Le responsable : l'organisation de notre cerveau. Lorsque nous avons répété une action au point de l'accomplir sans avoir à y réfléchir, des systèmes inconscients sont à I'œuvre, gérant automatiquement les processus nécessaires.
    Si nous nous faisons à nouveau trop attention aux actes à accomplir, par exemple sous l'effet du trac, le traitement conscient interfère avec ce traitement automatique et notre corps ne sait plus qui suivre, comme l’ordinateur qui reçoit des ordres contradictoires pour la même action.
    Dans un premier temps je vais vous expliquer le processus cérébral et demain j’essaierai de voir ce qu’on peut faire pour éviter ces catastrophes.


    Voyons d’abord comment notre cerveau apprend peu à peu une tâche motrice complexe. C’est vrai pour des apprentissages compliqués comme parler,  lire ou écrire conduire une voiture, être en équilibre sur un vélo, jouer du piano ou taper sur un clavier d’ordinateur, suivre un itinéraire.... ou pour des tâches plus ponctuelles telle que jouer un morceau de musique ou faire un exposé oral.
    Ce processus a été étudié dès 1967 par des psychologues américains Paul Fitts et Michael Posner qui ont montré que des centres différents du cerveau qui contrôlent l'exécution des tâches, changent à mesure que l'apprentissage progresse. Alors que les débutants apprennent pas à pas, les personnes expérimentées effectuent leurs actions essentiellement en dehors du contrôle de l'attention, de façon automatique et qui distinguent ainsi trois phases d'apprentissage : une phase cognitive, où l'apprentissage repose sur des critères verbaux; une phase associative, où le contrôle se borne à l’enchaînement de séquences déjà assimilées; et une phase autonome, où les tâches sont automatiques, de sorte que le sujet peut pratiquer une autre activité en même temps.
    Les neurobiologistes distinguent de même le traitement contrôlé de l'information et le traitement automatique. (voir le schéma ci-dessous)

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/-copie-1.jpg


    Le cortex cérébral frontal est le siège de l'apprentissage et de la pensée consciente. Le cervelet intègre les séquences apprises pour produire des mouvements automatiques, dont nous n'avons plus conscience.
    Le cervelet est connecté au cortex cérébral frontal et au cortex moteur qui commande nos membres et nos gestes.
    Les aires motrices du cortex sont reliées aux neurones du tronc cérébral, lesquels commandent ensuite à nos membres, via la colonne vertébrale.
    Pour la parole c’est un peu plus compliqué car les centres de Broca (élaboration de la parole) et de Wernicke (compréhension de la parole) sont mis en jeu, ainsi que le centre de Geschwind qui est l’aiguilleur du vocabulaire, (voir mes articles sur la parole : notre cerveau, août et novembre 2007), mais des mécanismes analogues mettent en jeu, mémoire sémantique, cervelet et ces centres de la parole.
    De plus, entre les divers centres du cerveau et le cortex frontal, deux “centres tampon de stockage provisoire de transfert”  (la mémoire de travail : voir mes articles sur la mémoire du 1er février 2009) stockent provisoirement des informations, sémantiques pour l’un , audiovisuelles pour l’autre, en attente de leur transfert pour utilisation alors que le cortex est occupé à une tâche donnée.

     Lorsqu'un sportif, par exemple, apprend un nouveau geste, ou un pianiste un nouveau morceau, c'est le traitement contrôlé de l'information qui est en jeu. L'attention est alors dirigée sur les détails de l'exécution du geste et elle est peu disponible pour d'autres opérations.
    Le cortex frontal est attentif au geste à faire pour obtenir un résultat, ou sur les notes à déchiffrer et le phrasé musical, et il commande au cortex moteur les gestes à faire, un par un et dans le détail.
    Mais en même temps il informe le cervelet de ce qu’il fait.   
    Il n’obtient pas tout de suite le bon résultat, mais une partie, une séquence est au point, alors pour cette séquence, il va faire confiance au cervelet qui donnera les ordres à sa place, et le cortex va se consacrer à ce qui n’est pas encore au point. Il apprendra ainsi peu à peu au cervelet l’ensemble des geste ou du morceau et le cervelet pourra alors exécuter seul l’opération.
    À mesure que le geste est maitrisé, le traitement automatique prend le relais et le cerveau fait de moins en moins appel au système de traitement central de l'information, (le cortex frontal et ses mémoires de travail). Le sujet peut exécuter le mouvement de façon sûre et rapide. Cette automatisation de la tâche demande moins d’attention, de sorte que l'attention peut se focaliser sur d'autres tâches. Un instrumentiste entraîné peut ainsi jouer de manière automatique un morceau et j’ai vu à l’opéra des musiciens discuter de leur journée du dimanche en jouant parfaitement leur partition.!
    Dans le cas d’un exposé le problème est un peu plus complexe. Le cortex frontal se désengage moins et le cervelet n’est concerné que par des automatismes généraux, comme manier son ordinateur et Powerpoint, gestuelle et commande de la voix; mais c’est l’hippocampe, intermédiaire avec la mémoire qui joue le rôle joué auparavant par le cervelet. C’est lui qui a “appris” certaines séquences de mémorisation de l’exposé et qui va donc les restituer sur appel du cortex frontal, avec une simple surveillance de cohérence et d’enchaînement de celui-ci.
    L’attention et les mémoires tampon restent occupées par l’exposé et ne peuvent pas être utilisées à autre chose, mais cependant elles ne sont pas encombrées par les détails de l’exposé et peuvent aussi par exemple, recueillir des réactions des visages des auditeurs de l’exposé.
    Ceci à condition que tout se passe bien.

    Là aussi quand nous avons un problème, notamment dû au stress, les raisons sont un peu différentes quand il s’agit de “gestes manuels” ou d’un exposé oral, utilisant mémoire et parole.
    Dans le cas du geste sportif (comme le golf ou le tennis) ou du pianiste, des études ont montré que si l'on tente de vérifier une tâche motrice en cours, on risque de bloquer son automaticité, comme si le cortex essayait de reprendre le contrôle des opérations comme au début de l’apprentissage.
    Imaginez que vous soyez en train de jouer du piano. Si vous vous fiez à votre mémoire motrice du cervelet, les commandes motrices programment automatiquement la prochaine note et les mouvements de vos doigts en environ 50 millisecondes. Il suffit que vous vous mettiez à penser à votre jeu pour que cette séquence ultrarapide de commandes motrices s'arrête net. Il faut  alors 100 millisecondes pour que la première note jouée soit perçue par le cortex frontal et en admettant qu’il ait tout de suite la bonne réaction il faut encore au moins autant pour que l’ordre moteur soit transmis. En cas d’hésitation, ce sera plus long. Donc, en reprenant conscience de ce que vous jouez, vous cassez le rythme rapide de l'exécution du morceau.
    Dans le cas de la “panne d’exposé” , c’est un peu plus compliqué, mais la cause générale est analogue. L’hippocampe a automatisé un enchâinement de rappels mémoire, d’enchaînement d’idées, de rappels de mots et de phrases vers le centre de Broca et votre cortex surveille sa cohérence en écoutant grâce au centre de Wernicke. Mais s’il veut reprendre commande du détail il perturbe l’enchaînement des rappels mémoire, les données se bousculent dans les mémoires tampons qui saturent et ne peuvent plus les accepter et c’est le blocage.
    Dans l’article de demain, maintenant que nous avons une idée des causes de ces blocages, nous verrons quels remèdes apporter à ce risque d’accident.


Mercredi 1er avril 2009 à 9:02

Notre cerveau : mémoire; inconscient; Freud

 http://lancien.cowblog.fr/images/ZFleurs2/P1010116.jpg

   Mon article sur l’activité du cerveau pendant le sommeil m’a valu des mails de demandes d’explications que j’ai souvent données directement, mais je pense que cela vaut cependant un complément d’article.

    Vous me dites en particulier que quand vous avez un problème scolaire que vous n’avez pas su résoudre, il vous arrive de vous réveiller la nuit et de réfléchir pendant une heure et vous trouvez alors souvent la solution ou du moins la méthode qui permettra de le résoudre.
    Certaines me disent même que leur cerveau résout tout seul ce problème pendant la nuit et que le matin tout est clair, et il ne reste plus qu’à rédiger la solution.

    Je connais bien ces situations pour avoir connu leurs effets pendant mes études, mais aussi pendant ma vie professionnelle, mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous quant au phénomène.
    A mon avis votre cerveau ne réfléchit pas tout seul pendant votre sommeil, car le cortex frontal travaille peu. C’est lorsque vous êtes réveillée que votre cortex frontal travaille et résout le problème, soit lors d’une insomnie, soit le matin au réveil.
    Mais votre cerveau était préoccupé par ce problème en vous endormant et il va donc en revoir les éléments pendant votre sommeil, les trier, et éliminer des détails qu’il juge inutiles et superflus; donc vous y verrez plus clair quand vous vous éveillerez ensuite.

    Cela m’est arrivé souvent lorsque je dirigeais des établissements et qu’un gros dossier me remontait avec une décision à prendre. Il y avait souvent plusieurs dizaines de pages, voire une centaine, avec des points importants, mais aussi un tas de détails, dont beaucoup n’avaient pas grande importance en vue de la décision, et la plupart du temps des avis divergents, voire opposés de collaborateurs (c’est pour cela que le dossier arrivait sur mon bureau).
    Je le lisais en fin de journée de travail et en général j’étais perplexe, noyé dans le flot d’informations.
    Je dormais et le lendemain matin, je reprenais le dossier et c’était déjà plus clair. les éléments importants m’apparaissaient et les détails étaient moins présents. Je notais ces points importants.
    Le soir je reprenais le dossier et mes notes, et je l’étudiais à nouveau, et le lendemain matin, la situation était encore plus claire et je pouvais raisonner et prendre une décision, (bonne ou mauvaise !), mais en toute connaissance de causes.
    C’est la raison pour laquelle il ne faut pas faire votre travail au dernier moment. Vous avez intérêt à commencer à le faire, à y réfléchir plusieurs jours avant (surtout les dissertations, mais même les problèmes de math et physique), car votre cerveau triera les informations pendant votre sommeil et de nouvelles idées vous viendront le lendemain, car elles étaient “noyées dans la masse d’informations” la veille, et vous ne pouviez les voir, alors que le lendemain les détails superflus ayant été éliminés et les informations classées, tout sera plus clair, plus simple et ces idées pourront émerger dans votre cortex, votre cerveau ayant renforcé les connexions s’y rapportant pendant votre sommeil.

    Enfin une petite précision sur les dahus que certain(e)s d’entre-vous ne connaissaient pas.
    J’avais fait en sorte que mon article ait l’air sérieux, mais c’est effectivement un animal mythique, objet de plaisanteries diverses. Mais quand j’étais en 3ème notre prof de zoologie (SVT qui s’appelaient “sciences naturelles”) nous avait effectivement parlé du dahu, pour nous distraire, à la fin du cours, la veille d’un départ en vacances.
    Certaines ont rit parce que j’avais mentionné qu’il ne buvait pas d’eau gazeuse ! Bien sûr on ne lui débouche pas des bouteilles d’eau minérale !
    Mais savez vous qu’il existe des endroits où l’eau est naturellement gazeuse, mais elle ne coule pas de source. En général l’eau et le gaz (le plus souvent du gaz carbonique), sont enfermés dans une poche naturelle et la pression du gaz est supérieure à la pression atmosphérique de telle sorte que le CO2 se dissout dans l’eau.
    Les entreprises d’embouteillage vont chercher cette eau par sondage et la mettent en bouteille, parfois en soutirant également le CO2 et en en rajoutant encore par une pression plus forte. Ce sont les “eaux minérales naturelles”.
    La pression dans la bouteille est supérieure à la pression atmosphérique et maintient le gaz dissout, mais lorsqu’on ouvre la bouteille et que la pression extérieure devient la pression atmosphérique, le gaz se trouve alors en excès dans l’eau et sort sous forme de bulles.


Réponse à des coms ou des mails :

Oui l'article d'hier était un poisson d'avril, en avance parce qu'autrement vous vous seriez méfié(e)s

Merci à alixxxounette
pour sa suggestion de "dahu de compagnie", très intéressante (c'est nouveau pour moi) et je vais y réfléchir !


   



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