Samedi 19 août 2017 à 9:38

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

 http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/3DPuzzlesJouetsPourEnfantsCompositeImagePuzzleCreativeMosaiumlqueChampignonOngleKitJouetsEacuteducatifsBouton.jpg

      Les journalistes ont tendance à donner aux neurones miroirs des aptitudes exagérées notamment en matière d’apprentissage, et ils disent souvent que les jeunes enfants apprennent les actes à faire en regardant et en imitant les gestes de leurs parents (ou des adultes qui les éduquent°. La réalité est beaucoup plus complexe que cela.
    J’ai lu un article très intéressant d’Alison Gopnik, professeur de psychologie à l’Université de Berkeley, spécialiste du développement psychique des enfants, et je vais essayer de vous résumer quelques extraits, qui montrent toutes les capacités de jeunes enfants de 18 mois à 3 ans en matière d’imitation et d’apprentissage.

    Les enfants imitent intelligemment ce qu’ils voient.
    Les chercheurs montraient à des enfants de 2 ans une petite voiture qu’ils faisaient rouler sur une table. Lorsqu’elle heurtait une boîte située à droite, une lumière clignotait sur un jouet en bout de table, et lorsqu’elle heurtait une boîte située à gauche, la lumière ne clignotait pas.
    Lorsque les enfants manipulaient ensuite la voiture, ils la faisaient uniquement cogner la voiture de droite : l’imitation ne concernait donc que les gestes « utiles », que l’enfant avait déduits de ce qu’il avait vu. 
    Ils analysent également les résultats des essais : une personne séparait les deux morceaux d’une boîte et de son couvercle, et faisait semblant d’avoir ses doigts qui glissaient et avait des difficultés à ouvrir la boîte. Les mêmes enfants qui observaient cette personne, prenaient fermement la boîte et le couvercle et l’ouvraient au premier essai.
    Ces enfants recherchaient l’efficacité vis à vis d’un but. S’ils regardaient d’une part une personne qui ouvrait volontairement une boîte en appuyant sur un bouton et une autre personne qui effleurait par hasard le bouton en faisant autre chose, ils imitaient la première personne, mais très peu la seconde.
    Chose plus étonnante, des bébés de 18 mois voient une personne qui, les bras et les mains enroulés avec une couverture, appuie sur le bouton avec sa tête pour ouvrir la boîte, alors qu’une autre personne fait la même chose alors qu’elle a les mains libres. Dans le premier cas, les bébés vont appuyer directement sur le bouton avec leurs mains pour ouvrir la boîte, ayant compris que la personne ne pouvait utiliser ses mains. Dans le second cas, estimant que la personne avait des mains valides et ne s’en servait pas, ils appuyaient sur le bouton avec leur front, comme la personne le faisait.
    Des enfants de 3 ans essayaient d’ouvrir deux tiroirs l’un facile à ouvrir, l’autre difficile. Une fois refermés, une personne venait alors appuyer sur un bouton pour les ouvrir. Les enfants qui avaient eu des difficultés à ouvrir leur tiroir appuyaient alors aussitôt sur le bouton, alors que ceux aux tiroirs à l’ouverture facile, se servaient peu du bouton, considérant que ce n’était pas essentiel.

    Les enfants accordent de l’importance à l’apprentissage par des humains : alors qu’ils imitaient la personne qui séparait à la main, la boîte de son couvercle, ils n’étaient pas enclins à imiter les gestes d’un robot qui faisait la même opération avec ses pinces.
    Mais ils ne font pas confiance à tous de la même façon.
    Deux personnes faisaient fonctionner un jouet, en faisant d’abord des essais inutiles et donc infructueux, puis trouvaient enfin le bon bouton pour faire démarrer le jouet. Mais la première personne déclarait au préalable à des enfants de trois ans qui l’observait, qu’elle ne connaissait pas ce jouet, ni comment il fonctionnait.
La seconde personne disait au contraire qu’elle connaissait bien ce jouet.
    Dans le premier cas, les enfants appuyaient immédiatement sur le bon bouton, estimant sans doute que les premiers essais étaient un tâtonnement infructueux dû à l’incompétence. Dans le second cas, les enfants répétaient tous les gestes de « l’expert », considérant que puisqu’il savait, toute la séquence de gestes était nécessaire.

    On constate ainsi que l’apprentissage par imitation, chez l’homme et même les très jeunes enfants, n’est pas simplement le fait des seuls neurones miroirs, mais un phénomène beaucoup plus complexe, dans lequel l’enseignement par un autre humain était privilégié, la compétence de la personne enseignante pouvait être prise en compte, ainsi que l’efficacité, l’utilité et la difficulté de la tâche à réaliser, ce qui nécessite derrière la simple observation, un raisonnement logique, même s’il est inconscient et la prise en compte des buts poursuivis par la personne que l’on imite.
    Les parents croient souvent que, pour enseigner des gestes aux enfants, il faut des exemples spécifiques et originaux. En fait il vaut mieux faire naturellement les gestes courants que l’enfant imitera, en recherchant lui même quel est le but poursuivi, et la séquence la plus efficace.

Mercredi 16 août 2017 à 9:26

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

     Les psychologues étudient la capacité des humains à comprendre autrui (ou soi-même), et à imaginer ce que les autres pensent. Ils ont donné à cette capacité un nom bizarre : la « théorie de l’esprit » C’est en quelque sorte faire la théorie de ce qui se passe dans l’esprit des autres, , qui ne pensent pas forcément la même chose que vous. .
    Les neurobiologistes étudient comment le cerveau essaie d’effectuer ces tâches de compréhension, mais on ne possède pas encore des moyens suffisants (notamment d’IRM) permettant de savoir quand un nombre très petit de neurones s’active. Sur des animaux on peut implanter des électrodes très fines dans le cerveau (sans les faire souffrir), et donc aboutir à une plus fine compréhension, mais évidemment les animaux, même les singes supérieurs, n’ont pas les mêmes capacités que l’homme et l’extrapolation est hasardeuse.
    Cependant les études sur les singes ont permis de découvrir l’existence des « neurones miroirs », qui interviennent dans ce domaine.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/neuronesmiroirscopie.jpg

    Certains neurones s'activent quand le singe exécute des actes moteurs simples, par exemple attraper un fruit. Mais ces mêmes neurones déchargent aussi quand le singe observe quelqu'un (autre singe ou homme) qui réaliser la même action. Comme ces neurones semblent refléter directement, dans le cerveau de l'observateur, les actions réalisées par soi-même et par autrui, ils sont appelés par les neurobiologistes “neurones miroirs”.
    Les neurones miroirs sont localisés chez le singe, dans une partie du cerveau du singe qui commande des mouvements complexe (aire "A" sur la figure).
    Chaque groupe de neurones est spécifique d’un geste et s’active si le singe effectue un geste dans un but précis ou voit un autre singe faire ce geste particulier.
Ils restent inactifs lors de gestes simples, sans but précis ou automatisés.
    Pour savoir si les neurones miroirs jouent un rôle dans la compréhension d'une action, plutôt que dans ses caractéristiques visuelles, les neurobiologistes ont mesuré les réponses de ces neurones quand les singes comprennent une action sans la voir.
    On enregistre l'activité de ces neurones pendant qu'un singe observe des gestes accompagnés d'un son distinctif, (par exemple le son d'une feuille de papier que l'on déchire ou d'une cacahuète que l'on écrase). Puis on fait entendre le son au singe, sans lui montrer l'acte. De nombreux neurones miroirs de l'aire "A" qui s'activent quand le singe voit les actions associées à un bruit caractéristique, déchargent aussi quand le singe entend seulement les sons, sans voir l’action.
    Les neurones miroirs participent donc à la compréhension des actes moteurs, quand on peut comprendre une action sans la voir, comme c'est le cas à partir des sons ou des représentations mentales.

    Chez l’homme, les mêmes neurones miroirs existent dans l’aire des mouvement complexe mais d’une part il existe d’autres groupes de neurones miroirs et d’autre part, la capacité des humains à comprendre autrui (ou soi-même), et à imaginer ce que les autres pensent est beaucoup plus complexe et évoluée que chez les animaux.
    Les neurones de l’aire motrice ne concernent que l’effet miroir sur actions motrices de l’autre, c’est à dire les gestes.
    Mais il existe aussi des neurones miroirs dans l’aire voisine de Broca, (qui est une aire de production du langage : voir mes articles à ce sujet), et il s ‘activent lorsqu’on écoute les paroles d’autrui. Associés aux neurones miroirs moteurs qui examinent les expressions du visage, ils aident à comprendre le sens des paroles, notamment au plan émotionnel.
    Une différence importante chez l’homme pour les neurones miroirs moteurs est qu’ils s’activent non seulement quand il effectue un acte précis, quand il observe un autre faire le même geste, quand il imite ce geste, quand il entend un son lié à ce geste ou quand il pense que l’autre a l’intention d’ effectuer cette même action.

Les neurobiologistes ont montré que ces neurones miroirs s'activaient quand on essayait de comprendre les actions d'autrui.
    Ils ont montré aux volontaires de leurs essais, une vidéo d'une personne saisissant  une tasse à thé pour boire son contenu, et une autre vidéo de la personne saisissant la tasse pour la mettre à la machine à laver.
    Les neurones miroir ont fonctionné modérément, car deviner l'action n'était pas évident.
    On a alors montré un table avec le goûter servi, prêt à être mangé et la tasse qu'on portait aux lèvres; puis la table avec les restes du goûter et la tasse qu'on emmenait à la machine à laver. Là encore les neurones miroirs ont fonctionné.
    Quand on repassait ensuite les vidéos initiales de la tasse seule, l'activité des neurones miroirs était très importante et les “hommes cobayes” reconnaissaient la destination du geste accompli.
    Par diverses expériences de ce type, les chercheurs ont montré que l'activité des neurones miroirs était importante chaque fois que l'on cherchait à comprendre les intentions d'autrui et cela d'autant plus que ces intentions étaient claires et nettes. Mais pour comprendre les intentions d’autrui, il faut pouvoir comparer ce que reçoivent les neurones miroirs à un répertoire des expériences passées et donc avoir acquis ce répertoire.

    Ils ont montré également une autre fonction des neurones miroirs : celle de l'apprentissage par imitation.

    Quel est le rôle des neurones miroirs quand nous devons apprendre par imitation des actes moteurs complexes entièrement nouveaux?
    Les chercheurs ont observé par IRM l'activité du cerveau de personnes imitant les gestes d'un joueur de tennis après l'avoir vu jouer.
    . Quand les personnes observent l'expert, les neurones miroirs de leur cortex pariéto-frontaI s'activent. Et la même région est encore plus activée quand elles reproduisent les mouvements. De surcroît, dans l'intervalle de temps qui sépare l'observation de l'imitation, quand les personnes "préparent" leur imitation des gestes, une zone cérébrale supplémentaire s'active. Cette partie du cerveau, dans lle cortex préfrontal, est en général associée à la planification et la commande des mouvements et c'est également une mémoire de travail, et elle jouerait de ce fait un rôle central dans l'assemblage correct des actes moteurs élémentaires de l'action que la personne s'apprête à imiter.
   
    Enfin il semble que, chez l’homme, des neurones miroirs existent dans le cerveau émotionnel, notamment dans l’insula et le cortex cingulaire et peut être dans l’amygdale. Ils permettraient de comprendre les émotions de soi et d’autrui.
    Mais l’on ne connait encore que très succinctement cette question.
    Les journalistes par contre exagèrent la fonction des neurones miroirs leur attribuant toute la compréhension des autres, ce qui est très exagéré. La compréhension des rapports sociaux est bien plus complexe.

   Dans le prochain article, je vous parlerai de l'apprentissage de gestes par de très jeunes enfants, qui dépasse le seul rôle des neurones miroirs.

Mercredi 17 mai 2017 à 9:06

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

   Les journalistes aiment bien appeler le système d’apprentissage et de récompense du cerveau, le « circuit du plaisir » et le neurotransmetteur dopamine, la « molécule du plaisir ». Cela fait plus sensationnel pour impressionner les foules. Mais c’est faux !

    Je rappelle ci dessous le fonctionnement du système d’apprentissage et de récompense:
   
    Lorsque nous naissons le cerveau central nous maintient en vie et le nouveau-né peut percevoir images, sons, odeurs, saveur et toucher, sans d’ailleurs en connaître la signification.
Il va étant enfant apprendre à connaître son corps, ses parents, son environnement, puis à utiliser ses membres, à marcher, puis à parler. Plus tard il apprendra à lire et à écrire.
C’est grâce à des centres d’apprentissage qu’il va ainsi réussir à progresser, à condition d’avoir l’aide de ses parents, puis d’éducateurs et de professeurs.
Mais il connaîtra aussi des instants, des situations et des actions agréables, qui lui apporteront du plaisir et c’est grâce à ce même système qu’il va reconnaître ces événements.
Il existe dans notre cerveau, dès la naissance, des centres d'apprentissage et du désir. 
Ce sont des régions du cerveau, interconnectées entre elles, qui forment ce que l’on appelle aussi le “circuit de la récompense”.
            L’absence de mise en œuvre du circuit de la récompense, va au contraire donner une connotation négative à nos actes et il y a donc corrélativement un “circuit de la punition” constitué par les mêmes centres, et on peut dire que le circuit de la récompense, ainsi que celui de la punition, fournissent la motivation nécessaire à la plupart de nos comportements.
          Les centres principaux de ce circuit sont représentés sur le schéma ci-dessous :
 http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/circuitrecompenseinter.jpg

      L’aire tegmentale ventrale (ATV), reçoit de l’information de plusieurs autres régions qui lui indiquent le niveau de satisfaction des besoins fondamentaux physiologiques, en provenance de l’hypothalamus, ou plus spécifiquement humains transmis par le cerveau émotionnel, ou bien relatifs à une action donnée de nos membres, (liés à l’observation par notre vue, notre toucher et notre ouïe et donc grâce à la coordination de nos sens par le thalamus).
Elle reçoit aussi des informations des neurones qui nous renseignent en permanence, de façon inconsciente, sur la position et l'état de contraction de nos muscles ou les sensations au niveau des viscères (par exemple la douleur, la faim, la soif, une anomalie cardiaque ou de respiration qui nous oppresse…). Eventuellement des signaux de non satisfaction des centres amygdaliens, qui gèrent nos peurs, notre stress, et nos prises de risque.  
         L’aire tegmentale ventrale analyse et transmet ensuite cette information de satisfaction grâce à un neuromédiateur chimique particulier, la dopamine,  au noyau accumbens , au septum, aux centres amygdaliens et au cortex préfrontal. 
         

Le septum va évaluer la valeur hédoniste de ce que lui transmet l'ATV, ou dans le cas d'essais d'apprentissage le taux de réussite ou d'échec, et il envoie l'information au cortex préfrontal, le chef d'orchestre du cerveau.
         

Le cortex préfrontal va étudier la situation, réfléchir, prévoir une nouvelle action, après avoir consulté les centres amygdaliens sur les risques encourus; il consulte aussi la mémoire sur les événements passés analogues, en s'adressant au bibliothécaire de la mémoire, l'hippocampe. Il transmet l'information au noyau accumbens
           
Le noyau accumbens évalue la valeur hédoniste de l'action ou le risque d'échec et de réussite dans le cas d’essais d'apprentissage, puis il agit sur le striatum qui commande nos mouvements en liaison avec le cortex moteur, qui commande alors l'action, via le tronc cérébral de nos muscles et de nos membres.

 Tous ces échanges se font grâce à la dopamine, tous les neurones de ce circuit possédant des récepteurs sensibles à ce neuromédiateur. Cette action de la dopamine n’est connue que depuis les années 90 et a donc un effet de renforcement sur des comportements permettant de satisfaire nos désirs et souhaits.
C'est la libération de plus ou moins de dopamine qui semble correspondre à la sensation de satisfaction (la récompense), mais aussi de renforcement des désirs et de la motivation, qui pousse à renouveler les essais.
Dans l'apprentissage, la réussite d'un essai entraine la libération de dopamine qui est la « satisfaction » de la réussite, et dans le cas d'un échec, la diminution de dopamine est la "punition" qui incite à recommencer autrement, en recherchant des améliorations.
         
 La dopamine serait alors responsable d'un ensemble de comportements destinés à atteindre la récompense.
Contrairement à ce que les journalistes disent (par recherche du sensationnel), la dopamine n’est pas le neurotransmetteur du « plaisir ». En fait elle contrôle plutôt le désir et la motivation, le système de récompense évaluant le gain prévisible d’une action et réagissant si le gain réel est supérieur ou inférieur à celui attendu.
Entre 7 et 10 ans, la moitié des neurones du système d’apprentissage disparaissent, car l’apprentissage physiologique est presque terminé, et le système de récompense guide alors davantage ce qui nous est profitable et agréable, les désirs, et inversement, les déconvenues.

         J’ai essayé de simplifier au maximum mes explications. Les phénomènes chimiques et de liaison entre neurones sont plus complexes que ne le laisse supposer cet article. L’ATV  par exemple, utilise la dopamine pour moduler l’activité du noyau accumbens, mais d’autres neurotransmetteurs comme la sérotonine, les endorphines et le GABA sont aussi utilisés dans d’autres parties du circuit de la récompense pour renforcer certains comportements. (le Gaba ayant un rôle inhibiteur).
    Mais la dopamine a d’autres actions sur l’organisme : en excès elle favorise toutes les addictions, lorsqu’elle est insuffisante, elle perturbe, voire empêche, les mouvements des membres. (maladie de Parkinson). Elle agit sur le sommeil et l’éveil, l’attention, la mémoire à court terme, l’humeur, les comportements compulsifs, la paranoïa, la perception de la douleur….

Mercredi 12 février 2014 à 8:31

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

http://lancien.cowblog.fr/images/Images2/images-copie-23.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Images2/Unknown-copie-13.jpg














     Comme je le disais hier, madame Lambert a recherché les centres qui encourageraient l’effort et leur lien avec les symlptômes des dépressions.

    D’abord évidemment les centres de la récompense, (voir mes articles des 12 et 14 janvier 2009), l’aire temporale ventrale (ATV) et le noyau accumbens, qui agissent sur la production de dopamine et son action dans le cerveau pour procurer la sensation de plaisir et de récompense. ils sont essentiels pour tout apprentissage et interviennet dans les mécanismes de survie.
    Le noyau accumbens a des relations étroites avec les centres émotionnels (amygdale et cortex insulaire et cingulaire notamment), avec le striatum qui contrôle en partie les centres du cortex sur le dessus du crâne qui commandent les mouvements du corps et évidemment avec le chef d’orchestre du cerveau qui réfléchit et organise : le cortex préfrontal.
    C'est ce réseau accumbens-striatum-cortex, système qui connecte mouvements, émotions et pensées, que madame Lambert appelle nomme Ie « circuit de la récompense
liée à I’effort »., et elle suppose qu'il est Ie réseau neuroanatomique responsable des symptômes associés à la dépression. S'il s'agit d'une perte de plaisir, ce serait le noyau accumbens qui serait en cause. pour le ralentissement moteur, ce serait Ie striatum. pour
les émotions négatives, le système émotionnel, et pour le manque de concentration, le cortex préfrontal associé au cortex cingulaire.
    Tout semble se passer comme si, pour insuffler de l'énergie à notre comportement, les structures motrices qui contrôlent nos mouvements, étaient étroitement connectées au centre de Ia récompense_- ou du plaisir et aux centres qui contrôlent les émotions et les processus cognitifs supérieurs et plus le circuit de la récompense liée à l'effort est maintenu actif, plus le sentiment de bien-être psychologique qui en résulte est grand.
    Evidemment, tout cela n’est qu’une hypothèse mais madame Lambert a essayé de la vérifier en laboratoire sur des rats, montant que l’apprentissage par l’effort (de recherche de nourriture caché) apportait aux rats qui le pratiquaient par rapport à d’autres non entraînés une confiance en eux et une ténacité et persévérance que les autres groupes n’avaient pas.
    Finalement ce que madame Lambert voudrait nous montrer, c’est que, bien que notre système nerveux ait la même anatomie et la même composition chimique que
celui de nos ancêtres, nous l'utilisons d'une façon très différente, d’une part parce que les emplois et métiers ont changé (diminution du nombre des agriculteurs et des ouvriers au profit des services), et en raison des moyens d’aide, de distraction et de communication, mis à notre disposition par les progrès techniques.
    Certes, le fait d'intellectualiser un problème est une récompense parce que cette activité sollicite le cortex préfrontal. Mais les récompenses liées à I'effort et au mouvement activent Ie cortex préfrontal, responsable de la résolution de problèmes, mais aussi le striatum, qui contrôle les mouvements, et le noyau accumbens, le centre de la récompense et de Ia motivation, ainsi que le cerveau émotionnel : cette expérience cérébrale est beaucoup plus complète et prépare mieux à affronter les épreuves de Ia vie.
    Une moindre activation de ce système pourrait diminuer la sensation de contrôle de l'environnement et augmenter Ia vulnérabilité aux maladies mentales, notamment à Ia dépression. Et elle conclut : « Tout comme un gymnaste doit répéter ses exercices musculaires avant de pouvoir apprendre des enchaînements complexes, nous avons besoin d'expériences positives répétées avec des récompenses liées à l'effort pour exécuter la gymnastique mentale complexe qui enrichit notre vie mentale. Tout ce
qui associe un effort et ses conséquences, et qui nous aide à sentir que nous contrôlons une situation difficile - est une vitamine mentale qui nous aide à améliorer notre résistance et à nous protéger contre la dépression ».

    J’avoue que l’hypothèse de madame Lambert m’a parue intéressante, mais sa démonstration ne m’a pas convaincu, car elle n’a pas vraiment prouvé de relations de causes à effets.
    Mais je constate ce qui se passe pour des jeunes que je connais, qui ne sont pas heureux, voire malheureux et stressés, alors qu’ils ne rencontrent pas de problèmes majeurs, mais qui effectivement sont très peu habitués à l’effort.
    C’est vrai qu’autrefois nos parents nous éduquaient en nous demandant un certain effort physique et intellectuel (ainsi par ailleurs que certaines règles dont le respect entraînait une certaine estime de soi), et qu’ensuite nos professeurs exigeaient de nous l’effort et le travail, mais savaient éveiller aussi notre curiosité intellectuelle et notre effort était automatiquement récompensé par l’intérêt de ce que nous apprenions. Cette habitude de l’effort nous permettait de poursuivre nos études et/ou de réussir dans notre métier.
    Aujourd’hui ni les parents ni les professeurs n’ont appris à s’occuper des jeunes dont ils sont responsables, et l’habitude qu’ont pris ceux-ci de voir leurs désirs immédiatement satisfaits sans efforts, fait qu’ils n’apprécient plus ce qu’ils ont et s’ennuient, malgré tous les moyens de communication et toutes les activités à leur disposition.
    Au contraire je constate que ceux ou celles qui ont eu la chance de tomber sur les parents exigeants et sur des professeurs compétents au plan pédagogique, et qui ont pris l’habitude de l’effort et du travail, ont en général réussi dans leurs études et dans la vie et sont relativement heureux. (ou en tout cas satisfaits de leur sort).
    Alors c’est vrai que je me pose la question l’effort et le travail ne sont ils pas indispensables à une bonne santé mentale ?
   

Mardi 11 février 2014 à 7:52

Notre cerveau : plaisir et apprentissage


http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/travail.jpg

     J’ai lu un article de Kelly Lambert, qui est une neurobiologiste  à l’université d’Ashland aux Etats Unis, qui parlait de l’influence de la motivation et de l’effort sur le cerveau.
    Cette étude de l’évolution de nos comportements m’a paru intéressante.
    Cette chercheuse constate que les dépressions sont beaucoup plus nombreuses aujourd’hui qu’autrefois, constate que les biologistes pensent que ce serait dû à des déséquilibres du neurotransmetteur sérotonine, qui régit en partie nos humeurs, mais que les nombreux traitement dans ce domaine, à base de psychotropes n’ont pas résolu le problème.
    Elle se pose alors des questions :
    Y a-t-il quelque chose, dans notre mode de vie actuel, qui serait toxique pour notre santé mentale ? Les générations précédentes étaient-elles moins vulnérables à la dépression? Si oui, que pouvons-nous apprendre de leur style de vie qui nous aiderait à renforcer notre résistance mentale à I’adversité ?
   
    Kelly Lambert cite deux études faites dans les années 70, dans lesquelles des personnes de différents groupes d'âge avaient été interrogées sur les épisodes de dépression qu’elles avaient traversés. Les chercheurs avaient ensuite comparé les réponses des différentes générations.
    Ils pensaient que les personnes âgées, avaient vécu deux guerres mondiales, plus diverses crises, et avaient donc souffert de davantage d'épreuves et de deuils. Leur détresse mentale devrait être plus grande que celle de personnes plus jeunes, dont la vie, plus courte, était plus facile et moins traumatisante.
    Or ces études ont montré que ce n’était pas exact et que les personnes nées entre 1930 et 1960 présentaient un risque dix fois supérieur à celles nées entre 1900 et 1930 d'avoir souffert d'une dépression grave. Des études plus récentes, faites sur des personnes nées entre 1975 et 1995 montrent un risque encore plus accru.
    Quels sont donc les changements qui se sont produits dans notre vie quotidienne.?

    La psychologue  a étudié la vie de familles américaines depuis la fin du 19ème siècle, jusqu’à nos jours (c’est évidemment un peu différent de la France), et elle s’est aperçue de la quantité de tâches pénibles et difficiles qu’effectuaient non seulement les hommes dans l’industrie ou l’agriculture, mais aussi les femmes dans leurs occupations quotidiennes ménagères.
    «  J'ai réalisé que ma vie était un long fleuve tranquille, comparée aux styles
de vie du XIXe siècle et je me suis demandé si nos styles de vie contemporains, confortables, assistés par ordinateur, avec voitures, DVD, téléphones portables, machines à laver et fours à micro-ondes… - pourraient être une des causes de I’augmentation du nombre de dépressions observéë chez les personnes nées dans la demière partie du XXe siècle. »

    Le cerveau est programmé par l’évolution, pour ressentir un
profond sentiment de satisfaction et de plaisir lorsque nos efforts physiques produisent quelque chose de concret, de visible et qui a un sens et est utile, c’est à-dire qui procure des ressources nécessaires à la survie.
    Certes ce mécanisme  a permis aux hommes de survivre matériellement, mais il apporte aussi une satisfaction psychologique liée à l’effort, au fait d’avoir réussi à assurer la sécurité et la vie. Mais cela va plus loin, car nous avons ainsi l'impression de mieux contrôler notre environnement,.ce qui augmente les émotions positives et notre résistance aux maladies mentales, la dépression notamment.
    Mais les récompenses liées à l'effort ne résultent pas simplement
de l'effort physique. Elles résultent aussi des processus cognitifs élaborés qui sont nécessaires pour imaginer comment faire notre travail, pour coordonner nos actions dans le temps ou avec celles des autres. Certains de ces processus sont inconscients comme la coordination de nos mouvements pour accomplir une tâche, et notamment celle de nos membres qui devaient accomplir des tâches nécessitant une certaine force et impliquant une certaine fatigue.
    Nous avons banni pour la plupart l’effort physique de nos vies, et on constate un nombre plus grand de dépression chez les intellectuels que chez les travailleurs manuels.
    Bien que notre style de vie ait été radicalement modifié, nous avons gardé le besoin inné d'obtenir des récompenses par I’effort, car l’évolution est un processus lent et il faut des milliers d’années pour que notre cerveau s’adapte de façon durable.

    Kelly Lambert fait alors l’inventaire des symptômes de la dépression - perte de plaisir et d'estime de soi, perte de confiance et sentiment de dévalorisation, amoindrissement des capacités motrices et la difficulté de concentration -, et recherche les centres du cerveau qui pourraient y être associés. J’ai d’ailleurs fait plusieurs articles sur ceux ci auxquels vous pourrez vous référer.
    Cet article m’a intéressé car il m’est souvent arrivé de constater que, bien que n’ayant pas connu la guerre et ses malheurs, et quoi qu’ayant à leur disposition presque tout ce qu’ils souhaitent, mes petits enfants étaient moins heureux que moi quand j’étais enfant, et je me suis souvent demandé pourquoi? Je ne prétend pas que cet article est la seule réponse mais il mérite réflexion.
    Je poursuivrai demain cet examen du fonctionnement de notre cerveau qu’a étudié madame Lambert et des conclusions qu’elle en tire..

Dimanche 16 juin 2013 à 10:59

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/entete.gif

            Certaines de mes correspondantes me disent qu’elles ont de mauvaises habitudes et qu’elles aimeraient s’en débarrasser.
            Elles prennent de bonnes résolutions dans ce sens, et font des efforts. Elles ont tout à fait conscience de l’intérêt d’agir ainsi (par exemple ne plus grignoter en regardant la télévision leur éviterait de prendre du poids !). Et pourtant elles n’arrivent pas à leurs fins et leurs habitudes persistent, ou si elles diminuent un temps reviennet ensuite à peu près identiques.
            Pourquoi. ?
 
            D’abord entendons nous sur le mot habitude. Il ne s’agit pas d’automatismes, tels faire du vélo, nager, conduire une voiture ou écrire un SMS. Ces automatismes, acquis au départ en réfléchissant pour faire l’action (avec notre cortex frontal), deviennent peu à peu réalisable sans réflexion (du moins s’il ne se passe rien d’anormal), et sont pris en charge par le cervelet, comme marcher et garder son équilibre.
            Ces automatismes sont pratiquement indélébile, si on sait nager et si on tombe à l’eau, le réflexe de nager est immédiat, même si on ne l’a pas fait pendant 10 ou 20 ans.
 
            Par habitude, j’entends les comportements que nous avons acquis dans un contexte donné et qu’effectivement nous répétons presque inconsciemment. Je ne parle pas de tics physiologiques, mais de comportements complexes dans lesquels il y a une part psychologique importante. En général , à l’origine, les actions correspondantes ont été acquises, soit parce qu’elles étaient nécessaires, soit parce qu’elles procuraient un certain plaisir.
            Certaines de ces habitudes peuvent être bénéfiques le plus souvent : manger certains produits bons pour la santé, faire du sport, avoir une activité cérébrale importante….
            D’autres peuvent être néfastes : certaines habitudes alimentaires, aller trop sur internet, garder le téléphone portable près de soi la nuit, attendre le dernier moment pour faire son travail, se scarifier …
           
            Les neurobiologistes ont constaté deux choses :
            - d’abord si, à l’origine les actions correspondantes sont surveillées voire organisées par le cortex frontal, peu à peu ce sont des centres du cerveau central qui prennent le relais.
            Le thalamus est évidemment concerné puisqu’il coordonne toutes nos perceptions, et l’hippocampe aussi car nos actions font appel à la mémoire.
            Mais ensuite ce sont la substance noire et les ganglions de la base qui sont concernés (voir schéma ci dessous).

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/habitudes.jpg

            Il semble qu’en matière de mémorisation l’hippocampe engendre des comportements flexibles et le striatum des comportements rigidifiés (les chercheurs l’ont montré en bloquant l’activité de chacun de ces éléments à tour de rôle), y compris lors de comportements simples provoqués par l’environnement ou alors dan s des apprentissages complexes nécessitant une très longue expérience des événements (la prévision météorologique, par exemple).
            - ensuite que beaucoup de ces habitudes ne correspondaient pas à l’intention initiale qui les avaient entraînées. Les actions initiales étaient ainsi motivées, mais cette intention avait peu à peu disparu, lorsque ces actions étaient devenues un rituel.
            Dès lors il n’est pas étonnant que malgré de bonnes résolutions on ne se débarasse pas aussi facilement des habitudes prises, puisque les intentions originelles n’en sot plus les causes. Les intentions de s’en débarrasser, si bonnes soient elles ne sont pas plus actives au bout de peu de temps.
 
            Alors comment faire ?
            Les observations des neurobiologistes montrent que finalement les habitudes sont davantage liées au contexte, à l’environnement. On ne les a pas dans un but donné, mais à un certain moment, dans un certain lieu, dans certaines circonstance..
            C’est donc sur l’environnement qu’il faut agir. Les psychologues ont par exemple montré qu’on perdait facilement des habitudes après un déménagement, un changement d’établissement scolaire ou de travail …
            Donc si vous voulez vous débarrasser de vos habitudes essayez d’éviter les circonstances dans lesquelles elles se produisent, et changez cet environnement, car c’est lui qui déclenche l’habitude prise.
            De la même façon, si vous voulez éviter de prendre de mauvaises habitudes, faites varier les circonstances qui les déclencheraient. Elles auront peu tendance à s’imposer.
.
            http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/images-copie-16.jpg

Mercredi 6 mars 2013 à 8:03

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

Parmi les personnes que je connais ou avec lesquelles je corresponds, certaines font preuve de beaucoup de curiosité intellectuelle, d'autres au contraire, ne s'intéressent qu'à ce qui les concernent directement, par exemple la spécialité qu'elles étudient. C'est dommage car être curieux est un avantage pour réussir.
 
            Une étude de |'Université de Pasaneva en Californie, montre que la curiosité stimule la mémoire et l'attention.
            Des étudiants ayant répondu à des questions / réponses de culture générale, tandis qu'on observait l'activité de leur cerveau ont permis de voir que le noyau caudé, un centre à la forme recourbée au centre du cerveau, s'active au maximum lorsqu'on est face à une situation ambigüe, quand on a des connaissances sur le sujet, mais pas assez pour donner la réponse et qu'on hésite.
            On constate alors que la réponse est très bien mémorisée.
            Le noyau caudé introduit une dimension de plaisir dans l'apprentissage (en provoquant une production de dopamine), mais il a besoin de se trouver dans un certain équilibre : il faut avoir quelques connaissances pour aborder la question, mais également ne pas être un expert afin de ne pas tout savoir.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/limbic.jpg

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/basalganglia.jpg
 
 










 
            Pour optimiser le pouvoir de mémorisation des élèves d'une classe, il faudrait poser des questions qui sont légèrement au dessus de leur niveau de connaissances, mais pas trop.
            Le rôle de l'enseignant serait d'évaluer le degré d'incertitude suscité par ses questions, afin que l'élève n'ait l'impression ni de connaître la réponse ni d'en être totalement éloigné. C'est à ce moment que le noyau caudé s'active le plus et que la mémorisation est optimale.
 
            Les instituteurs n'avaient pas autrefois un mastère, mais seulement le bac et les professeurs de collège n'avaient qu'une simple licence comme la L3 d'aujourd'hui, mais on leur faisait suivre deux ans de pédagogie dans les écoles normales, et ils savaient enseigner. On leur apprenait cela, même si à l'époque le noyau caudé était fort peu connu.
            ils répétaient le cours de plusieurs façons, sachant chaque fois quels étaient les élèves cibles. Ils aidaient les moins favorisés, mais pour que les élèves plus doués ne s'ennuient pas et ne deviennent pas paresseux, on leur donnait des exercices plus difficiles, on les faisaient aider les moins bons en leur faisant expliquer les exercices, et parfois, le professeur appellait même les meilleurs au tableau pour faire une partie du cours à sa place, les habituant ainsi à expliquer, mais créant ainsi une diversion qui favorisait l'attention des autres élèves.
 
            Je me souviens aussi que les cours étaient cordonnés. Dans les classes de 6ème à 4ème, le prof d'histoire faisait certains cours d'histoire romaine associé aux versions que nous faisons en latin, le prof de maths nous faisait apprendre au préalable les notions dont nous avions besoin en physique, et les profs de SVT (sciences naturelles à l'époque) et de physique-chimie se coordonnaient pour que leurs cours soient complémentaires.
            Et dans les petites classes de CM1 et CM2, nous avions des cours pratiques de "leçons de choses" où l'on nous apprenait le fonctionnement des balances de Roberval et romaine (et sans le dire, les leviers et le moment d'une force), le thermomètre et les notions de fusion, de sublimation et d'agitation thermique des molécules (on partait d'expériences sur la glace et l'eau bouillante), le baromètre et la pression atmosphérique conséquence de l'agitation des molécules d'air sous l'effet de la chaleur, les vases communicants et les mesures simples de niveau et on mesurait la hauteur d'un arbre avec un décamètre et un piquet, (en appliquant, sans le dire, les règles des triangles semblables; on nous montrait aussi la tension et l'intensité aux bornes d'une prise de courant et les précautions à prendre pour éviter court-circuit et électrocution..
            Tout cela piquait notre curiosité et on était avide d'apprendre et personne ne s'ennuyait en classe.
            Mais évidemment nous n'avions ni téléphone portable, ni ordinateur, ni internet.
            Et certains d'entre nous doivent à leur instituteur de leur avoir éveillé leur curiosité intellectuelle, qui leur a permis, plus tard, de devenir ingénieur.

Mardi 2 octobre 2012 à 8:57

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/0013729a831e0cdc51ff07.jpg

            Malheureusement il semble bien que l'utilisation d'internet puisse devenir une addiction, sous des formes diverses, et qui a une influence sur les réactions de notre cerveau.
            Certes il ne faut pas y voir une maladie; il n'y a pas de dépendance physiologique comme dans le cas de l'alcool, du tabac ou des drogues, mais une dépendance psychologique, une habitude envahissante. On pourrait presque en dire autant de la télévision ou du téléphone portable.
 
             En fait l'étude est très difficile, car si des drogues modifient le fonctionnement des neuromédiateurs (notamment dopamine et sérotonine), on peut le démontrer sur les animaux, à défaut d'expérimentation sur l'homme, mais on n'a pas réussi à apprendre aux animaux à se servir d'internet ! lol
            Les psychiatres ont essayé de définir des caractéristiques d'une addiction (en particulier pour l'addiction au jeu d'argent), mais pour internet les critères de sevrage et de rechute ne sont pas clair. Les critères comportementaux ne comprenant ni sevrage, ni rechute, ne font pas l'unanimité des psychiatres.
            Les médecins ont un avis différent car ils considèrent, qu'il y a addiction, à partir du moment où quelqu'un souhaite réduire ou cesser une conduite et n'y arrive pas, et des demandes dans ce sens existent en nombre concernant internet et le jeu sur ordinateur.
            Une controverse existe aussi car beaucoup de psychiatres pensent que toute addiction est la conséquence de troubles psychiques préexistants.
            Mais l'une des raisons de l'hésitation à reconnaître l'existence d'addiction à internet, est la crainte de voir les sociétés pharmaceutiques vouloir vendre des médicaments plus ou moins actifs et plus ou moins dangereux, pour soigner cette addiction !
 
            Peut-on parler d'addiction chez les adolescents qui restent des heures devant leur ordinateur et négligent ainsi leur vie sociale, familiale et scolaire ?
            L'Académie nationale de
médecine dans un rapport de mars 2012 pense que non.
            Les adolescents n ont pas encore acquis le contrôle de leurs impulsions, ce sont des comportements transitoires et dès qu'on leur propose autre chose de plus intéressant, ils décrochent.Malheureusement on n'a pas su non plus leur trouver quelque chose d'intéressant à étudier à l'école !
 
            Cependant des études montrent que de nombreuses zones cérébrales seraient modifiées par l'usage abusif d'lnternet.
            La matière grise (le corps des cellules neuronales, (en bleu) perd en densité ou en volume notamment dans le cortex préfrontal dorsolatéral, (multitâches) le cortex orbito-frontal (décision, processus de récompense), et le cervelet, (automatisation), impliqués dans le contrôle cognitif et moteur; et dans le cortex cingulaire, impliqué dans la motivation et l'attention, l'état émotionnel et le rappel des souvenirs épisodiques (ceux de notre vie).
            La matière blanche (représentative de Ia connectivité cérébrale) s'appauvrirait au centre du cerveau (en rose).
            Ces résultats sont préliminaires : ils résultent de quelques études incluant une vingtaine de patients chacune, et ils pourraient être associés à d'autres pathologies (anxiété, dépression, prise d'alcool ou de drogue) ou au manque de sommeil.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/internetaddict.jpg
           
            Par contre la pratique intensive des jeux vidéo (six à neuf heures par semaine), si elle a comme inconvénient d'être très nocive pour les études, semble avoir certaines conséquences bénéfiques : développement de l'acuité visuelle, meilleure répartition dans l'espace de l'attention, reconnaissance plus rapide des objets, et meilleure mémoire à court terme.
            Ces améliorations sont provisoires et durent quelques mois si on arrête de jouer.
            Et il est difficile d'arrêter cette envie de jouer, et c'est en cela que l'on peut dire que cela ressemble à une addiction.
 

Lundi 1er octobre 2012 à 8:09

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

            J'ai trouvé sur le magazine "La Recherche", des schémas intéressants du cerveau indiquant les centres sollicités particulièrement par l'utilisation d'Internet. Ces schémas ont été réalisés par madame Sylvie Dessert.
            Je vais vous les montrer en vous donnant quelques explications complémentaires, car le simple énoncé des centres cérébraux est fastidieux et peu explicite pour quelqu'un qui n'est pas habitué à cette nomenclature.
 
            Une remarque préalable, ces schémas ne sont pas complets et ne montrent pas tous les centres utilisés;
            Dans tous les cas, la personne qui utilise un écran se sert de ses yeux et lit des informations.
            Pour voir, les centres de la vision qui se trouvent au dessus de la nuque (le cerveau occipital) fonctionnent fortement. De même pour la lecture, un centre dans le cerveau occipital qui reconnaît les lettres et les centres de la parole Wernicke et Broca (voir mes articles sur le langage), ainsi que les centres de reconnaissance des mots et de leur signification (Geschwind).
            De même la personne va utiliser son clavier et sa souris et là, son cerveau donnera des ordres aux centres qui, sur le dessus du crâne, commandent les muscles; le cervelet interviendra également car il gère les automatismes, comme la frappe sur le clavier.
            Comme dans les diverses utilisations d'internet, ces centres sont toujours utilisés, plus ou moins selon les cas, mais de la même façon, ils ne sont pas mentionnés pour ne pas alourdir les schémas, sauf dans le premier schéma où ils servent en permanence.
            Il faut d'ailleurs être conscient que dans la plupart de nos tâches presque tout le cerveau participe, mais seuls quelques centres sont importants et très sollicités.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/-copie-1.jpg
 
Rechercher des informations.
 
            Sur ce schéma on a cité le cortex occipital visuel, car la recherche d'information sur l'écran implique son utilisation permanente, ainsi que le cortex temporal gauche (dont on ne voit que le bas, parce qu'il se trouve dans la partie non vue du cerveau coupé.
            De même la partie du cortex pariétal qui commande les gestes précis est activée presque en permanence pour utiliser clavier et souris, en liaison avec des décisions précises.
            Le rôle du cortex fronto-polaire n'est pas encore bien connu. Selon une hypothèse récemment proposée, cette région cérébrale permettrait de garder en mémoire les buts à réaliser tout en explorant des buts secondaires : un processus de gestion multi-tâches.
            Ni le seul maintien en mémoire de buts (mémoire de travail à court-terme), ni la seule allocation successive de ressources attentionnelles entre des buts alternatifs (alternance entre tâches) n’activent par elles-mêmes sélectivement le cortex fronto-polaire. Par contre, la combinaison simultanée de ces deux processus augmente son activation lorsqu’il est nécessaire de garder des buts en mémoire, tout en traitant des buts secondaires.
            J'ai souvent parlé dans mes articles sur la mémoire du rôle de l'hippocampe.
            Le cortex cingulaire postérieur est impliqué fortement lors d'une attention soutenue et surtout active le rappel de souvenirs épisodiques, en liaison avec l'hippocampe, c'est à dire les souvenirs successifs dans le temps (dans ce cas de ce que l'on vient de faire sur l'ordinateur en les liant à des souvenirs spatio-temporels (formes, images, visages). Ici le cortex cingulaire vient aider la mémoire de travail transitoire qui ne peut stocker suffisamment d'informations.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cervinternet1.jpg© Sylvie Dessert
 
Réaliser plusieurs tâches à la fois.
 
            On retrouve le cortex frontopolaire pour gérer le multitâches, mais le cortex frontal en dessous qui planifie, organise et accorde les priorités en fonction d'hypothèses sur les conséquences des gestes (mémoire prospectives).
            Le cortex cingulaire gère lui l'attention et le rappel des souvenirs épisodiques, mais il gère aussi les émotions en liaison avec l'amygdale et donc réagit à la charge de travail.
 
 http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cervinternet2.jpg
 © Sylvie Dessert
 
Participer aux réseaux sociaux.
 
            D'après une étude anglo-danoise, (Gary Small) les personnes ayant un grand nombre d'amis sur Facebook présentent une densité accrue de la matière grise (qui contient le corps des neurones) au niveau de l'amygdale et des cortex temporal et entorhinal, zones intervenant dans la perception sociale et la mémoire associative , qui contient nos connaissances classées selon des schémas hiérarchiques. L'hippocampe intervient aussi, à ce dernier titre.
            L'étendue des relations virtuelles semble impliquer un plus grand développement de structures cérébrales dédiées aux relations sociales.
            Le cortex temporal intervient fortement car il y a dialogue.
            Le cortex cingulaire intervient aussi s'il y a intervention des sentiments et émotions.
            De même la gestion multitâche peut intervenir si vous menez plusieurs conversations à la fois sur MSN ou Facebook.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cervinernet4.jpg

© Sylvie Dessert
 
Jouer aux jeux vidéo
 
         Le schéma traite en fait des jeux de rôle et d'arcade où l'on mène des cations rapides. Les jeux auxquels je joue parfois avec mes petits enfants, (de simulation, réflexion et de résolution de problèmes) ne sont pas traités.
            Ici la priorité est aux mouvements rapides, (le cortex temporal sur le dessus du crâne qui engendre nos mouvements, sur commande du cortex frontopariétal), à la suite d'une perception rapide et presque instinctive de la situation.
            L'aire visuelle V4 analyse les mouvements, mesure les trajectoires et les vitesses, et définit également les formes que le cortex inférotemporal reconnaît, ce qui permet d'identifier les objets (par exemple les ennemis et leurs gestes et armes.
            L'hippocampe est toujours impliqué pour la mémoire, et l'amygdale pour les réactions de défense, de peur, de fuite, de colère. Le cervelet aurait dû être mentionné car on fait appel instinctivement à certains automatismes, sans la réflexion du cortex frontal.
 
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cervinternet3.jpg© Sylvie Dessert
 
            Il ne s'agit pas de retenir toute cette nomenclature, mais je pense que ces schémas ont l'intérêt de nous montrer que selon la tâche menée, des parties différentes de notre cerveau sont fortement impliquées.
            Demain je vous parlerai de l'addiction à internet.

Samedi 29 septembre 2012 à 8:02

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

http://lancien.cowblog.fr/images/images/8w9nkd86.jpg

Je vous disais hier qu'internet modifiant quatre de nos comportement de façon sensible, voyons lesquels :
 
Google et l'ordinateur appauvrissent il notre mémoire?
 
            Certainement si nous n'y prenons pas garde !
            Toutes les études menées dans ce domaine montrent que le fait d'accéder facilement et presque instantanément à toutes sortes de données, nous incite à ne rien retenir, si ce n'est l'endroit où nous avons noté l'adresse du renseignement ou de la connaissance recherchée et stockée.
            Il est certain qu'alors qu'autrefois je connaissais quelques centaines de numéro de téléphone, alors que maintenant je ne connais plus que ceux de ma famille que j'utilise souvent. Vous me direz que cela n'a pas grande importance, vu la nature de l'information et je suis d'accord avec vous.
            Mais nous faisons pareil avec des formules, des méthodes, des processus, et certaines connaissances utiles à notre travail. Là c'est notre intuition technique, notre créativité et notre expertise que nous abandonnons car elles sont toutes basées sur des connaissances en mémoire que l'on rapproche les unes des autres, avec pour objectif le problème à résoudre.
            Donc si nous n'entrainons pas notre mémoire à retenir un certain nombre de données (les plus utiles, celles dont nous nous servons souvent), notre mémoire va décliner par manque d'exercice, d'apprentissage.
            Certes nous nous sommes toujours servi de la mémoire d'autrui, de livres, d'articles, de bibliothèque, mais la différence est qu'avec internet la quantité d'information est énorme et presque instantanée.
            Le problème est déjà de trouver la bonne information pertinente, et la plus complète possible. Je fais beaucoup de recherche d'articles scientifique, mais ce n'est pas toujours facile à trouver si je ne sais pas quelle est leur origine. Et finalement bien que très habitué à cet exercice, je ne le trouve pas plus facile qu'en bibliothèque. Le moteur de recherche ne comprend pas votre problème aussi bien qu'une bibliothécaire!
            Un autre problème est de retrouver l'information mémorisée et il faut connaître son adresse sur l'ordinateur, même après un grand laps de temps. Pour moi qui en stocke depuis 1980 sur mes ordinateurs successifs, et sur des CD, (j'ai des dizaines de milliers de dossiers), il me faut un classement hiérarchique extrêmement rigoureux et une nomenclature pour m'y retrouver.
            Quand on donne à des jeunes des informations à rechercher sur Google, cela fonctionne bien au début, puis devant la multitude d'informations, ils oublie peu à peu les directives initiales et donc ce qu'il cherche. C'est dû à la mémoire de travail de notre cerveau, qui lors d'une tâche ne peut mémoriser plus de 5 à 10 informations et donc a du mal à mener plusieurs actions : c'est notre deuxième problème
 
Notre cerveau n'est pas multitâches
 
            J'ai déjà fait un article à ce sujet (3/6/2010; 8/7/2012).
            Notre cortex frontal dirige nos actions et il est câblé pour une seule action. Il peut en mener deux de front en partageant ses moyens et notamment la mémoire de travail, mais il est alors deux fois moins performant sur chacune. A partir de trois tâches il commet des erreurs et au delà de 4, il renonce.
            Les études montrent qu'internet ne nous fait pas progresser dans ce domaine, parce que nous sommes vite dépassés par la multitudes des informations à trier et que d'autre part, les informations non pertinentes nous distraient et nous détournent de la tâche principale.
            Le fait de zapper d'un site à l'autre nous donne plus d'informations, mais nous ne les voyons que de façon superficielle, et la compréhension en souffre.
 
Les écrans changent notre façon de lire.
 
            Gary Small a démontré que les zones cérébrales activées lors de la lecture sur le Web sont différentes des zones activées lors de la lecture d'un livre.
            Les personnes qui lisent des ouvrages imprimés activent des régions associées au langage, à la mémoire et au traitement visuel. Chez les internautes, c'est dans les régions associées à la prise de décision et à la résolution de problèmes que l'on observe l'activité la plus intense.
            Par ailleurs alors qu'on lit un document de façon linéaire par mots ou groupes de mots, alors que sur internet, on a tendance à bien lire la première phrase, puis le début de la seconde ligne, et plus on descend, moins on lit de texte, mais on saute parfois de "mot clé" en mot clé, sans lire le texte intermédiaire.
            Lisant de façon très partielle, préoccupé par le choix de la pertinence, le lecteur a beaucoup moins d'attention, de réflexion et de capacités pour comprendre et retenir.           
 
Le numérique favorise t'il l'apprentissage ?
 
            Nous avons donc accès à beaucoup plus d'information qu'autrefois; ceci favorise til notre apprentissage, nos connaissances, notre savoir faire, notre culture. ET quel est l'impact sur notre éducation.
            Toutes les études montrent que ce n'est pas en passant beaucoup de temps sur internet (même s'il s'agit de recherches et non de jeu ou de chat), que l'on progresse à l'école.
            L' apprentissage scolaire est fondé sur des savoirs, sur la réalisation de tâches exigeantes, nécessitant du temps, un lieu, des ressources et du travail, qui doit être fait par notre cerveau et pas par l'ordinateur : avoir à portée de souris des bibliothèques ou des sites remplis de théorèmes et de formules mathématiques ne se substitue pas à Ia connaissance nécessaire de la façon de les utiliser.
            Internet ne favorise pas cette acquisition, car , les nouvelles technologies posent un problème nouveau à l'attention qui est indispensable à l'apprentissage.
            En temps normal, notre cerveau est capable de faire le tri entre ce qui est important et ce qui ne l'est pas, mais sur Internet, c'est plus difficile.
            Par ailleurs, nous y sommes confrontés à de nombreuses tentations, comme visionner une vidéo, envoyer un mail ou partager sur les réseaux sociaux, soit autant de sollicitations qui nous détournent de notre but initial.
            En définitive, l'interface Web ne favorise donc pas I'acquisition des connaissances indispensables à l'apprentissage.
 
            Finalement, dans tous les cas, l'éducation et la pédagogie sont indispensables pour faire du Web, un outil au service de l'acquisition de la connaissance           
             Aujourd'hui, Ia plupart des élèves qui sortent de l'école primaire sont peu, voire pas du tout, préparés à utiliser Intemet.
 
Après une pause demain, je verrai après demain, comment les diverses actions que nous menons sur internet, (chercher de l'information, jouer, discuter sur les réseaux sociaux), ne mobilisent pas les mêmes parties du cerveau

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast