Mercredi 14 janvier 2009 à 12:16

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

    Je vous ai décrit succinctement ce qu’était le système de récompense de notre cerveau. Je n’ai pas toujours été assez clair et j’ai laisssé des points dans l’ombre pour ne pas compliquer, et du coup, j’ai reçu pas mal de mail avec des questions; j’y reviendra i d’ici quelques jours, mais en attendant je voudrais être plus concret et vous donner quelques exemples de fonctionnement de ce système.
    Aujourd’hui je vous parlerai de l’intervention du système de récompense et de punition dans l’apprentissage, et dans un prochain article, je vous parlerai  de ses déviances , en matière d’addiction, notamment aux drogues.


    On trouve de nombreux écrits sur l’apprentissage de connaissances par l’homme, les méthodes et les mécanismes. De quoi remplir de nombreux articles.... et vous casser les pieds. Alors je vais me limiter à quelque chose de simple : l’apprentissage de l’utilisation de ses membres par un bébé.
Puis nous réfléchirons à généraliser un peu cet exemple.


http://lancien.cowblog.fr/images/ClimatEnergie/4mois.jpg    C’est un enfant de quelques mois. Sa vue est devenue à peu près normale, mais il ne voit pas encore très distinctement au loin, mais jusqu’à quelques mètres, c’est parfait. Son toucher s’est développé et il sent parfaitement  de ses dix doigts les objets avec lesquels il entre en contact.
    Son cerveau est relativement bien formé; il a même trop de neurones et surtout trop de connexions, mais sa mémoire est presque vide et  son cerveau a presque tout à apprendre.

    Et c’est là que vont intervenir les centres de récompense et de punition, en tant que centres d’apprentissage. Leur rôle va être d’aider le cortex et le cervelet à acquérir des automatismes. Cela va commencer par l’usage de nos membres et surtout de nos mains.
    Le cerveau a, au départ, un certain nombre de “cablages” qui ont été réalisés par nos données génétiques : je vous ai décrit très succinctement les centres qui permettent au cerveau de “mesurer” l’état de nos muscles, de leur position, de leur tension, de leur fatigue, et puis les centres moteurs sur le dessus du crâne qui permettent de commander les mouvements. Les ordres qu’ils donnent passent en particulier par un centre du cerveau émotionnel, le striatum, qui est relié aux centres de la récompense.
    Le cortex de bébé sait aussi de façon innée, avoir un minimum de raisonnement et de prise de décision.
    Tous ces mécanismes sont en grande partie inconscients. La partie consciente est partiellement instinctive : bébé a envie d’attraper des boules de couleur qui sont suspendues au dessus de son berceau dans un fil élastique, il lance un processus qui va lui permettre de la faire mais il ne se dit pas : je vais attraper ces boules, il faut que je bouge ma main... Ce raisonnement n’est possible qu’avec l’acquisition du langage.

    Alors que fait le cerveau de bébé. : il veut attraper la boule rouge, ses yeux se fixent dessus. Son cortex et son thalamus (qui coordonne nos sens et donc la vue) avertissent l’ATV qui émet un peu de dopamine. Les centres connexes dont j’ai parlé hier sont avertis qu’on est en train de “faire une expérience” et ils attendent la récompense.
    Le cortex et les centres moteurs, via le striatum, guident le mouvement de la main vers l’objet.
    Mais les centres du cerveau (à l’arrière du crâne), qui interprètent la vision savent un peu détecter les mouvements mais pas bien encore la profondeur, la distance (qui est une interprétation par le cerveau des différences  de vision entre les deux yeux). Alors la main de bébé passe devant la boule et ne l’attrape pas.
    L’ATV est mise au courant de l’échec et supprime la dopamine : c’est une punition. Le cortex  est averti; il relance l’opération et cette fois bébé touche la boule mais n’arrive pas à l’attraper. L’ATV devant ce demi échec, mais qui est aussi une demi réussite, augmente un tout petit peu le taux de dopamine.
    Le cortex et le cerveau émotionnel de bébé sont contents de ce fait (la récompense ou le plaisir) et on fait une autre tentative : si cette fois elle réussit, le taux de dopamine augmentera nettement la récompense !.
Bébé et son cortex seront heureux et il arrêtera son jeu, avec l’idée de la réussite obtenue.
    Mais le cortex aura retenu la leçon, l’aura transférée dans des connexions entre neurones (la mémoire) et la prochaine fois il repartira de ces données pour améliorer son processus.
    Puis quand ce processus, d’essai en essai, d’échecs en réussite, se sera amélioré suffisamment, il transfèrera tout le processus dans les neurones du cervelet. Cela deviendra un automatisme ( notre “mémoire procédurale”) et le cortex pourra s’intéresser à une autre mise au point.

    Au lieu de bébé, voyons maintenant Ikéa, jeune fille de 18 ans qui apprend à conduire. Elle doit faire un créneau pour garer sa voiture.
    Le processus est le même que pour bébé, sauf qu’à 18 ans, en principe, elle sait parler et son cortex a appris à réfléchir consciemment à l’aide du langage.
    Alors au lieu de faire des gestes sur des ordres presque inconscients du cortex, celui ci raisonne : il faut que je tourne mon volant dans tel sens, je suis à telle distance du trottoir....
    Mais si je cogne le trottoir ou horreur!, que je monte dessus, pas de dopamine : pas de récompense mais la punition, et on recommence  le geste ou la manoeuvre ; et en cas de réussite , davantage de dopamine et le sentiment d’avoir réussi.
    Mais là encore, les procédures mises au point, le cortex en transfère le maximum au cervelet. Certes il réfléchira encore lors d'une manoeuvre complexe, mais les changements de vitesse, l’utilisation de l’embrayage et du frein, les mouvements de volant pour corriger un peu la trajectoire, seront devenus des automatismes pour lesquels le cervelet se débrouille seul et le cortex ne s’en occupe plus.
    C'est d'ailleurs comme cela qu'en conduisant et en parlant dans la voiture à son voisin avec lequel on va au cinéma, on se retrouve inconsciemment sur le chemin du bureau qu'on emprunte tous les matins de la semaine !! Le cervelet est comme un ordinateur : pas intelligent : il applique un programme.

    Alors maintenant, je vais essayer de répondre à KAA : le plaisir s’apprend il ? Oui certes.
    Si tu manges un plat, tu as les odeurs du met qui chatouillent tes narines. Or le septum est relié aux centres de sensation olfactive et donc il s’attend à avoir un résultat et en liaison avec les autres centres,un peu de dopamine circule.
    Manque de chance, le met a une odeur qui ne te plaît pas. Je suppose que c’est du choux de Bruxelle, odeur que personnellement je n’aime pas. Dès que les centres de récompense savent cela, indignés, ils arrêtent la dopamine.
    C’est au contraire une bonne odeur de lapin à la moutarde. Déjà le taux de dopamine augmente, et quand je mangerai le morceau, les sensations olfactives renforcées et gustatives des papilles de la langue enverront des signaux positifs et le taux de dopamine augmentera encore, renforçant les connexions entre neurones; et via le "professeur de la mémoire”, l'hippocampe, l’odeur, la saveur, l’image de ce que tu manges seront mémorisées avec le souvenir de l’intensité de la récompense, de la satisfaction obtenue.
    C’est ainsi que se forme le goût. Associations en mémoire d'odeurs, de saveurs et de plaisir, lié à la récompense.
Et tu saliveras de plaisir rien qu'à la phrase ou à la vue sur un menu de "lapin à la moutarde" (sauf si comme ma petite fille, tu élèves un lapin !! IOI)
   
    Pa rcontre là où je n’ai pas d’explication, c’est pourquoi tu aimerais un gâteau à la cannelle et moi pas ?
Nos parents certes nous ont plus ou moins formés le goût. Puis nous avons eu des expériences malheureuses  (indigestion, gastro...) qui nous ont dégoûtés de certains plats, de certaines odeurs en créant des blocages au niveau de notre cerveau émotionnel.
    Il y a ensuite toute notre éducation “personnelle” au cours de notre vie, seul ou avec des amis.
    Mais pourquoi la première fois qu’on connaîtra une saveur, une odeur, pourquoi celles ci plaîront plus à l’un  qu’à l’autre.? Probablement une réaction à un mélange d’arômes et de saveurs élémentaires qui plaît davantage à notre mémoire, mais nous n’avons pas conscience de cette analyse.
    Et là encore il s’agit d’un plaisir simple, relativement physiologique.
    Déjà pour la musique, la chose devient plus complexe : paroles, sons, harmonie, mélodie, émotion; mélange dont notre cortex, si “intelligent” soit il, ne sait pas faire l’analyse précise. Mais il est certain que notre oreille fait une sorte d’analyse de Fourier des sons et que par exemple nous sommes habitués à une harmonie occidentale et qu'une harmonie orientale, très différente, nous paraît, au prime abord, dissonante et désagréable. Certaines de mes correspondantes vont me voler dans les plumes, car, habituées peu à peu, elles apprécient !
    La lecture c’est pire encore, car on touche à la pensée !
    Et savons nous vraiment pourquoi l’être aimé nous plaît ?

   
Donc KAA je te réponds en Normand : l’appentissage du plaisir certes oui cela existe et on peut avoir une grande influence que ce soit en tant qu’éducateur ou sur le plan de nous même, mais pourquoi certaines choses nous plaisent elles, (différemment de l’un à l’autre) je n’ai pas trouvé dans les bouquins de neurologie ou de psychologie d’explication qui me satisfasse.

Lundi 12 janvier 2009 à 8:39

Notre cerveau : plaisir et apprentissage



    L’article d’aujourd’hui sera un peu plus difficile car ce sera un peu un cours SVT : je vais essayer de vous expliquer, le plus simplement possible, comment fonctionne le “circuit de la récompense “ de notre cerveau.

    Je vous l’ai dit dans les précédents articles, pour qu'une espèce survive, ses individus doivent en premier lieu assurer leurs fonctions vitales comme se nourrir, réagir à l'agression et se reproduire. L’évolution a donc mis en place dans notre cerveau des régions dont le rôle est de "récompenser " l’exécution de ces fonctions vitales par une sensation agréable.
    Ce sont ces régions, interconnectées entre elles, qui forment ce que l’on appelle le “circuit de la récompense”.
    En fait l’absence de mise en oeuvre du circuit de la récompense, va au contraire donner une connotation négative à nos actes et il y a donc corrélativement un “circuit de la punition”.
    Mais ils interviennent dans notre vie d’homme dans des domaines beaucoup plus larges que ces nécessités vitales et on peut dire que le circuit de la récompense, ainsi que celui de la punition, fournissent la motivation nécessaire à la plupart de nos comportements.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/circuitrecompense.jpg
    L’aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens constituent les centres majeurs de ce circuit qui en comporte plusieurs autres comme le septum, l’amygdale, le cortex préfrontal ainsi que certaines régions du thalamus. Chacune de ces structures cérébrales participerait à sa façon à divers aspects de la réponse comportementale. De plus, tous ces centres sont interconnectés et innervent l'hypothalamus (flèches rouges sur le schéma ci dessus) et par ailleurs, il y a également une connexion importante avec le striatum, ensemble de centres qui commandent nos mouvements.
    Cette interconnexion réciproque rend difficile la connaissance du mécanisme de la récompense, et les avis des chercheurs sont divers.
   
     Le plus courant est le suivant :


    L’aire tegmentale ventrale (ATV), reçoit de l’information de plusieurs autres régions qui lui indiquent le niveau de satisfaction des besoins fondamentaux (en provenance de l’hypothalamus) ou plus spécifiquement humains (cerveau émotionnel) ou bien relatifs à une action donnée de nos membres liés à l’observation par notre vue, notre toucher et notre ouie et donc grâce à la coordination de nos sens par le thalamus. Eventuellement des signaux de non satisfaction des centres amygdaliens.   
    L’aire tegmentale ventrale analyse et transmet ensuite cette information de satisfaction grâce à un neuromédiateur chimique particulier, la dopamine,  au noyau accumbens , au septum, aux centres amygdaliens et au cortex préfrontal.
    Le noyau accumbens agit alors sur le striatum qui commande nos mouvements en liaison avec le cortex moteur dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article. Le cortex frontal focalise notre attention et réfléchit aux ordres à donner. Le septum et les centres amygdaliens sont en relation avec l’ensemble du cerveau émotionnel, mais je n’ai pas trouvé d’article qui décrive ce qui se passe dans ce domaine. L’hippocampe, qui est le professeur de la mémoire est aussi informé par des neurones dopaminergiques et a sûrement une part importante dans la mémorisation des conditions du plaisir ou de la récompense.
  
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/dopamine.gif 
    Cet action de la dopamine n’est connue que depuis les années 90 et a donc un effet de renforcement sur des comportements permettant de satisfaire nos désirs et souhaits. C'est la libération de plus ou moins de dopamine qui semble correspondre à la sensation de plaisir et de satisfaction : c'est la récompense.
    Des animaux que l’on traite avec un antagoniste de la dopamine, perdent toute envie de récompense, notamment de manger.
    Ces mécanismes peuvent nous expliquer le renforcement inconscient de certains comportement, par renforcement de liaisons entre neurones dopaminergiques.
     Mais on se sait pas comment l’augmentation du taux de dopamine serait elle responsable de l’impact hédonique d’un comportement gratifiant et quel est le mécanisme de la conscience du “sentiment de plaisir”.
    D’autres données plus récentes suggèrent maintenant que la libération de dopamine peut être déclenchée seulement par l’environnement associé à la récompense, sans même que celle-ci soit présente !

    La dopamine serait alors responsable d'un ensemble de comportements destinés à atteindre la récompense.
    Selon ces expériences, la quantité de dopamine relâchée par notre cerveau avant une activité serait un reflet du potentiel de plaisir de ce comportement. Selon que l’expérience s’avère plaisante ou pas, le taux du prédicateur dopamine s’ajusterait à la hausse ou à la baisse. Hausse = récompense; baisse = punition !
    Mais d’autres expériences suggèrent que la dopamine est plutôt reliée à la nouveauté et à son pouvoir d’augmenter la motivation de l’animal à approcher l’objet gratifiant. Ce ‘’pouvoir incitatif’’ serait une composante distincte de ce que nous appelons couramment la « recherche du plaisir ». Autrement dit, le système dopaminergique serait nécessaire pour vouloir l’objet gratifiant, mais pas pour l’aimer ou pour apprendre à retenir de nouvelles sources de plaisir.
    Par ailleurs la dopamine serait associée aux transferts de réflexes conditionnées d’un stimulus sensoriel, (l’odeur d’une nourriture), à un stimulus conditionné (le bruit d’ouvre-boite d’un sac de croquettes ou d’une gamelle).

    J’ai essayé de simplifier au maximum mes explications. Les phénomènes chimiques et de liaison entre neurones sont plus complexes que ne le laisse supposer mon article. L’ATV  par exemple, utilise la dopamine pour moduler l’activité du noyau accumbens, mais d’autres neurotransmetteurs comme la sérotonine, les endorphines et le GABA sont aussi utilisés dans d’autres parties du circuit de la récompense pour renforcer certains comportements. (le Gaba ayant un rôle inhibiteur).

    Cet exposé a dû vous paraître aride.
    Ce qu’il faut en retenir, au delà de la stricte connaissance des phénomènes, c’est une leçon de modestie. Depuis Pascal et Descartes, nous avons tendance à croire que c'est notre cortex qui réfléchit, compare, prévoit, organise, qui guide toutes nos actions. C’est en partie vrai, mais la complexité des connexions que j’ai décrites, laissent entrevoir comment les parties les plus primitives du cerveau peuvent avoir encore une influence prépondérante sur nos comportements, notre cortex se trouvant bien souvent obligé de puiser dans l’art de la rhétorique pour justifier sa conduite. "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas !"  

   
Dans un prochain article, je parlerai de l’apprentissage des enfants et de l’action des produits addictifs, comme les drogues. J’essaierai de répondre aussi à une question de Kaa : “le plaisir s’apprendrait il ?”

Dimanche 11 janvier 2009 à 9:37

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

    Je ne vais pas encore parler neurobiologie aujourd’hui.
    Je voudrais vous y amener doucement et progressivement.
    Donc nous resterons au niveau d’une approche psychologique du rôle du cerveau.

    La principale fonction du cerveau est d’abord de garder l’organisme qui l’héberge, en vie et en état de se reproduire.
    On pourra dire ce qu’on veut sur l’intelligence humaine, les cerveaux des hommes célèbres ont d’abord dû, avant de produire leurs œuvres, assurer la survie de leurs auteurs !
    Il n’est donc pas surprenant de constater que les systèmes de notre cerveau qui influencent le plus nos comportements sont ceux qui nous permettent de satisfaire nos besoins vitaux (se protéger, manger, boire, se reproduire,).

    Le centre principal qui s’occupe de cela est l’hypothalamus, qui reçoit des signaux inconscients sur l’état de toutes les constantes de notre corps.
    Il peut essayer de les réguler à son niveau, car il peut agir d’une part directement par le canal des systèmes orthosympathique (qui accélère) et parasympathique (qui freine) et de neuromédiateurs tels que l’adrénaline et l’acétylcholine, et d’autre part par l’intermédiaire le glande hypophyse et des hormones qu’elle sécrète pour commander les autres glandes de notre corps.
    Cette régulation autonome et inconsciente s’appelle “l’homéostasie”
    Mais l’hypothalamus ne peut tout régler lui même et il va donc, lorsqu’il ne peut agir directement, envoyer des signaux à notre cortex et à notre cerveau émotinnel pour nous inciter à l’action.
   
    Deux circuits sont possibles : le “circuit de la récompense” et le “circuit de la peur”

    D’abord, en réponse à un stimulus de l’hypothalamus, notre cortex nous incite à l’action pour satisfaire un besoin. C’est par exemple la faim qui pousse à manger quand le taux de glucose diminue dans notre sang. Ou bien le désir sexuel qui  pousse à faire l’amour à un partenaire disponible.
    Ou simplement l’isolement qui nous pousse à rencontrer les autres, un besoin de socialisation plus spécifiquement humain. Dans ce dernier cas d’ailleurs l’action est plus complexe parce que le cerveau émotionnel intervient également.

    En deuxième lieu, cette action sera récompensée par une sensation de plaisir. Mais il est important de noter que c’est l’action qui est surtout récompensée, et pas seulement l’obtention de la récompense. Un sérum peut rétablir votre taux de glucose sanguin, mais il ne vous donnera jamais autant de plaisir qu’un bon repas partagé avec des amis. L’action, qui se traduit souvent par un rituel, est donc à la base même du plaisir ressenti.
    C’est là qu’intervient les circuits de la récompense ou du plaisir dont je parle souvent, et cette sensation de plaisir est en partie deu à la libération de dopamine que provoquent ces centres dont je parlerai dans un prochain article.

    Enfin, un sentiment de satisfaction vient mettre un terme à l’action… jusqu’à ce qu’un nouveau signal  viennent redéclencher un désir. Les comportements utiles à notre survie sont donc sous contrôle du cycle « désir – action – satisfaction » qui permet à l’organisme de maintenir son intégrité.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cerveauemotionnel.jpg
 
    Toutefois, ce n’est pas toujours l’approche qui est le meilleur comportement à adopter pour assurer notre survie. La fuite ou la lutte peuvent aussi nous sauver la vie…
    Dans ce cas, ce n’est plus l’hypothalamus qui intervient mais les centres amygdaliens,  (je vous en ai souvent parlé), qui régissent la peur, l’angoisse, la colère, la lutte et la fuite.
    Dans ces centres on peut distinguer deux parties distinctes ayant des fonctions antagonistes d’activation ou d’inhibition.

    Les centres amygdaliens sont en prise directe avec le thalamus qui coordonne nos sensations et celui ci leur envoie tout signal paraissant important toutes les 1/40 ème de seconde et ceci en quelques millisecondes, alors qu’il ne transmettra le signal au cortex que plusieurs dixièmes de seconde après.
    Les centres amygdaliens analysent très rapidement ces signaux en liaison avec des souvenirs et si la situation leur paraît dangereuse, ils déclencent directement des actions préparatoires via l’hypothalamus : augmentation de la pression artérielle, des battements du coeur, contraction des muscles... pour nous préparer au combat ou à la fuite.
    Puis ils alertent le cortex qui va décider de l’action et la déclencher, avec des variantes telle que la colère, la peur... qui nécessitent aussi l’intervention du cerveau émotionnel.
   
    Mais il existe aussi un système d’inhibition dans ces centres.
    Quand la fuite ou la lutte nous apparaissent impossible, la soumission et l’acceptation de la situation et l’inaction demeure alors bien souvent la dernière alternative pour assurer sa survie. C’est le cas aussi s’il faut se terrer dans un coin pour ne pas se faire remarquer.
    Ce circuit est le fruit d’une évolution parce que son rôle est utile en empêchant parfois temporairement toute action inutile qui ne pourrait qu’empirer la situation.
    Par exemple pour le petit mammifère qui se retrouve en plein milieu d’un champ et aperçoit un rapace au-dessus de lui,  la meilleure chose à faire est encore de ne pas bouger et d’espérer passer ainsi inaperçu.

    Mais ce système peut avoir ses déviances : dans nos sociétés basées sur la compétitivité, nombreuses sont les personnes qui activent de façon très fréquente ce circuit pour éviter des représailles. L’inhibition de l’action devient alors une habitude et une véritable source d'angoisse. C’est ce mal-être qui va peu à peu miner la santé de l’individu.
    Les circuits amygdaliens sont donc aussi à l’origine du stress.
    En effet, les conséquences négatives de l’inhibition de l’action sont nombreuses et ont été abondamment décrites : dépression, maladies psychosomatiques, ulcères d’estomac, hypertension artérielle sont les plus courantes.

   
Vous connaissez maintenant le rôle des systèmes de régulation qui nous font rechercher l’agréable et éviter le désagréable. Dans le prochain article je décrirai plus en détail ce système au sein du cerveau
    Puis dans un dernier article je vous parlerai de la contibution de ce système à nos apprentissages, mais aussi ses déviances dans le domaine des addictions.


Samedi 10 janvier 2009 à 8:30

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

Vous avez été nombreuses à me poser des questions sur les centres d’apprentissage et du plaisir, car je vous parle souvent de leur rôle mais je ne les ai jamais décrits.
    Je vais donc essayer de le faire, mais ce n’est pas chose simple. J’espère y arriver cependant.

    Mais pour rendre mes articles moins rébarbatifs, j’ai pensé que je pouvais en profiter pour parler aussi du plaisir et du bonheur et mêler un peu, selon les articles philosophie, psychologie et neurologie.


    Commençons donc par des choses simples : l’historique du plaisir.

    De nombreux philosophes ont pensé que le bonheur résultait de la recherche du plaisir et de l’évitement des choses désagréables.
    Une de mes “guenons” m’avait en octobre dernier, demandé de l’aider sur un devoir de philo concernant l’hédonisme et je me suis replongé dans mes bouquins de philo de terminale (c’est vieux en 1946/47 !!). Alors je vais “ramener ma science”. !

http://lancien.cowblog.fr/images/ClimatEnergie/epicure.jpg    Épicure, (photo de son buste), phophilosophe de la Grèce antique, est certainement le plus célèbre représentant de cette pensée. Épicure insiste sur l'importance de combler nos désirs de manière simple en évitant les excès. Contrairement à ce que signifie couramment le terme « épicurisme » de nos jours, les véritables épicuriens vivaient donc dans la plus grande simplicité, en évitant le luxe et les mondanités.
    Le véritable épicurisme implique un certain ascétisme.  C’était une sagesse assez austère qui sacrifiait certains plaisirs pour éviter des déplaisirs plus grands.
    L’épicurisme prône la nécessité de faire un tri sélectif entre ses désirs afin de parvenir à un état de repos et d'équilibre, que les grecs appelaient "ataraxie " et que nous appelons aujourd’hui le "bonheur".

    Au Moyen âge, la pensée et les autorités religieuses condamnèrent l’hédonisme, mais entre 1500 et 1535, Erasme tenta de montrer que la recherche du plaisir pouvait être compatible avec la volonté de Dieu de voir les humains heureux et Thomas More ira plus loin en affirmant que notre désir pour le plaisir et le bonheur nous incite à agir moralement.

    Puis, au 18e siècle, le thème du plaisir et du bonheur fut exploré plus systématiquement par des philosophes comme Hume, Locke et en France, Diderot, qui associent hédonisme, empirisme et matérialisme.
    Ces philosophes considèrent que ce sont nos sens qui doivent être les critères du bien et du mal. (ce qui apporte satisfaction à nos sens est appelé " bien " et ce qui leur déplait est appelé " mal "), et reconnaissent donc que nous cherchons naturellement à satisfaire certains besoins corporels et que suivre nos désirs et nos plaisirs, permet d’établir les normes de l'action juste et morale.
    Pour eux, nos connaissances et nos idées nous viennent aussi des sens, de leur combinaison ainsi que de la répétition des expériences et des observations que nous faisons. (c'est l'empirisme).

    Deux autres philosophes connus, Jeremy Bentham et John Stuart Mill (mesdemoiselles de TL, j’espère qu’on vous en a parlé !!), ont proné au 19 ème siècle, une thèse un peu différente car c’est une thèse “sociale”
    Il faut choisir, entre plusieurs solutions, celle qui apporte le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Il s’agit donc d’une éthique pragmatique prétendant, à partir du critère du bonheur du plus grand nombre (lui-même déduit des désirs, des plaisirs et des peines individuels), déterminer des lois et des politiques justes pour la collectivité.
     L'utilitarisme fonde donc ses principes de recherche du bonheur non pas sur une norme idéaliste (comme Platon ou Kant) mais sur une norme réelle, issue de l'observation et de l'expérience, avec une échelle des plaisirs où les plus raffinés doivent être les plus recherchés.

    J’ai plus une culture scientifique que littéraire, et donc je ne connais pas bien la philosophie moderne : j’ai entendu parler du philosophe français Michel Onfray qui se pose la question sur ce que nous apportent  le corps et ses sens.
Il appelle à rechercher des plaisirs à travers la musique, la peinture ou la gastronomie.
    Mais loin d'être une philosophie des plaisirs faciles de la société de consommation, l'hédonisme que propose Onfray serait plutôt une philosophie tragique finalement beaucoup plus proche de l'ascétisme que de la débauche.

    J’espère que cet historique ne vous a pas trop rasé.
    Je suis loin de la connaissance du cerveau, mais il faut parfois changer de sujet.
    Si j’ai parmi mes correspondantes, d’éminentes apprenties toubib en P1 et en P2, j’ai aussi des lycéennes de TL, des étudiantes en philosophie, des “mastérisantes” en sociologie, et puis, je viens de découvrir une étudiante en neurosciences et  neuropharmacologie : chic elle va corriger mes erreurs et apprendre des choses au vieux ouistiti curieux que je suis.!!
    Discuter avec des jeunes intelligentes, cela me rajeunit !! Merci à vous toutes, qui m’écrivez.


     Demain nous reviendrons dans un domaine psychologique sur le rôle des centres du plaisir.




Mercredi 26 mars 2008 à 12:49

Notre cerveau : plaisir et apprentissage



    J'ai reçu plusieurs mails me posant des questions sur l'éducation des enfants, après mes articles soit sur l'utilité d'une “sanction”, soit  sur la formation du cerveau de l'enfant.


    Je vais donc vous donner quelques compléments pour répondre à vos attentes.
    Je pense qu'il faudra, dans un article futur que je vous explique le fonctionnement des centres d'apprentissages et du plaisir.
   
    Les centres d'apprentissage jouent pleinement leur rôle entre la naissance et 3 ans (plus exactement la pratique courante du langage) et ensuite entre 3 et 7 ans
(plus exactement la pratique de la lecture et de l'écriture).   
    C'est la raison pour laquelle autrefois, on estimait que l'enfant était éduqué par ses parents jusqu'à 6 ans et ensuite allait à l'école.
    Actuellement d'autres acteurs interviennent aux cotés des parents : puéricultrices dans les crèches et institutrices de maternelles, mais le rôle des parents n'en reste pas moins primordial.

    Les circuits nerveux de notre cerveau sont à la fois déterminés par des instructions génétiques et à la fois par les expériences issues de notre environnement. L'influence de l'environnement sur notre cerveau varie cependant en importance selon notre âge. Notre environnement a par exemple beaucoup plus d'impact sur le système nerveux d'un nouveau né, que sur celui d'un adulte.
    Dans certaines périodes précoces de la vie, les voies neuronales sont en effet très sensibles aux influences de l'environnement. On parle de périodes critiques pour désigner l'intervalle de temps durant lequel un véritable remodelage des voies cérébrales est possible.


    Entre la naissance et 3 ans, l'enfant apprend à se servir de son corps, de ses membres et notamment à marcher.
    Il apprend à reconnaître son environnement et notamment sa famille.
    Il apprend à se connaître lui même et à pendre conscience de son existence, de son “moi”.;
    Il y a plusieurs stades dans ce développement :
    Celui des réflexes innés durant le premier mois : sucer, pleurer, tousser, gigoter, uriner, déféquer…
    Celui des réactions primaires, jusqu'à environ 4 mois, où l'enfant aime à répéter inlassablement les mêmes actions qui lui procure du plaisir, comme sucer son pouce.
    Puis c'est la période où l'enfant découvre qu'il est distinct du monde extérieur. Il répète alors des gestes accomplis au départ par hasard et qui lui ont apporté une certaine satisfaction. Il réussit à commender ses gestes.
    Autour d'un an, l'enfant prend conscience de relations de cause à effet et de la permanence des objets qu'il cherche dès qu'ils ont quitté son champ de vision.        
    Entre 1 et 2 ans, l'enfant recherche maintenant activement la nouveauté par l'expérimentation. Il va par exemple frapper avec sa cuillère sur différentes choses pour en tirer différents sons.

    En approchant deux ans, l'enfant développe clairement des représentations mentales qui lui permettent par exemple d'imiter un geste déjà vu, de faire des combinaisons mentales simples, de « faire comme si » tel objet était telle chose, etc.

    il est important que l'éducation lui donne déjà de bonnes habitudes, mais il s'agit essentiellement de celles concernant son corps, les règles d'hygiène, savoir se nourrir, éviter certains dangers.
    Pendant la première année, l'enfant saisit la “musique “ du langage, mais pas les mots eux mêmes. Il saura distinguer “oui” de “non” plus par l'intonation associée que par le mot lui même.
    Le mémoire de l'enfant est alors surtout faite de perceptions, notamment images et donc ce qu'on lui apprend doit être très “démonstratif”. Il faut démontrer par le geste, l'action, éventuellement aider des essais. Les explications orales sont sans effet.
    L'enfant essaie de comprendre sa pensée, ses désirs, mais c'est du niveau intuition et instinct; les raisonnements sont encore très succincts.
    Tout cet apprentissage se fait par essais, réussite ou échec et nouveaux essais, en mettant en jeu les circuits de récompence (que nous avons appelés centres d'apprentissages et du plaisir)

    Vers 18 mois ou 2 ans l'enfant commence à utiliser le langage et sa mémoire va se remanier complètement, devenant sémantique. C'est le moment où il est très important de beaucoup lui parler
    L'intelligence ne se développera pas ou peu sans le langage. Il importe donc de développer au maximum celui-ci et d'apprendre peu à peu à communiquer.
    A capacités égales, l'éveil d'un enfant à qui les parents parlent beaucoup et l'entraînent à répondre est sans commune mesure et beaucoup plus rapide, que chez l'enfant que l'on laisse dans son coin.
    C'est le moment où l'enfant va essayer de commencer à comprendre et à deviner ce que pensent les autres et cet apprentissage est essentiel pour sa vie en société.
    Mais c'est aussi le moment où il faut commencer à imposer des règles strictes, faire comprendre qu'il y a des limites qu'il ne faut pas dépasser.
    Car l'enfant commence à savoir ce qu'est mentir, à évaluer comment il pourrait satisfaire ses désirs, même si l'environnement s'y oppose.
    C'est entre 2 et 3 ans que l'on apprend à un enfant qu'il faut obéir à certaines règles, même si leur nombre est encore faible.
    Si on ne le fait pas à cet âge là, le “mauvais pli” est ensuite difficile à effacer.
    Il faudra aussi vériifier que tous les organes de ses sens fonctionnent correctement et que le cerveau apprend bien à faire les interprétations de ces perceptions.
    C'est la période où une déficience bien soignée est encore réversible parce que les connexions cérébrales entre neurones sont en pleine évolution, mais passé 3 ans certaines corrections de sont plus possibles ou très difficiles.
    Il a été constaté dans quelques cas que l'enfant qui n'a pas appris à parler, apprendra très difficilement après la puberté. Il semble qu'il y ait une période où les cantres du langage dont nous avons parlé peuvent se développer mais qu'ensuite, les connexions correspondantes sont figées.
   

    A 3 ans, l'enfant maîtrise en général ses gestes et ses perceptions et le cerveau lui fournit les informations qu'il associe à des mots.
    Entre 3 et 6/7 ans, les acquisitions “corporelles “ seront donc moindres, mais par contre le développement intellectuel va être très important.
    D'une part l'enfant va acquérir peu à peu du vocabulaire et donc la mémoire des mots et des objets et idées associées et d'autre part va apprendre à se servir de son cortex, c'est à dire, organiser, penser, réflécjhir, organiser, agir, contrôler et un peu, prévoir. La pratique du langage non seulement réforme sa mémoire, mais lui apprend à penser en termes symboliques  et c'est là où il se différencie tout à coup de l'animal (voir mon article sur les chimpanzés et le langage des signes).
    Il va acquérir les notions de quantité, d'espace, de qualité des choses (couleur par exemple)ainsi que la distinction entre passé et futur. Mais il demeure beaucoup orienté vers le présent et les situations physiques concrètes, ayant de la difficulté à manipuler des concepts abstraits.    
    Cette période va aboutir vers 6/7 ans, à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture qui seront un nouveau tremplin de développement de l'intelligence.


    Cette période de l'enfance est très imporatnte sur le plan éducatif, non seulement au plan individuel qu'on vient de décrire, mais aussi au plan sociétal
    L'enfant va commencer aussi dans cette période, l'apprentissage de la vie en société, du contact et de la communication avec d'autres humains, ses camarades de jeux ou de classe de maternelle. Il va commencer à exercer ses “neurones miroirs (voir l'article de lundi dernier.)
Sa pensée reste toutefois très égocentrique en ce sens qu'il pense le plus souvent que les autres voient les situations de son point de vue à lui.
    À ce niveau, l'enfant n'a pas encore pris conscience des conventions sociales et n'en tient tout simplement pas compte. Il juge plutôt si une action est bonne ou mauvaise en se référant aux conséquences qu'elle va avoir sur lui. La question qui domine pendant cettepériode est: serais-je puni ? Et par la suite : serais-je récompensé ?
    La conduite de l'enfant est donc directement liée à l'autorité des parents et des éducateurs. La moralité préconventionnelle s'observe de 2-3 ans à 7-8 ans puisque avant cela l'enfant est trop jeune pour avoir un jugement moral.
    Par la suite, son développement moral se fera à travers ses interactions sociales qui amènent l'individu à découvrir des solutions équitables pour tous.
Le rôle de l'éducateur est donc surtout de donner à l'enfant un ensemble de règles et de valeurs adaptées à la société actuelle, mais aussi de commencer à lui fournir des situations de problèmes moraux à résoudre, pour qu'il prenne peu à peu l'habitude de réfléchir à l'interprétation qu'il far de ces règles.



Nota : les études les plus intéressantes et les plus faciles à lire sans connaissances spéciales sur le cerveau sont celles du psychlogue suisse Jean Piaget (1896 - 1980) qui a été un remarquable expérimentateur, trouvant une partie de ses données chez lui, en étudiant ses propres enfants !
    Il fut ainsi le premier à montrer que les enfants ne sont pas moins «intelligents» que les adultes, mais qu'ils raisonnent tout simplement de manière différente.
    Son plus grand mérite a sans doute été d'introduire l'étude empirique du développement psychologique des enfants, pratique ignorée avant 1940.
    Mais bien entendu, la neurobiologie a apporté des compléments à ses études.



Lundi 7 janvier 2008 à 19:07

Notre cerveau : plaisir et apprentissage




    Dans un précédent article, nous avons parlé des besoins du cerveau en glucose (donc en sucres) sur le plan énergétique, et en oxygène qui permet de “brûler” ce glucose et donc en fer pour l'hémoglobine qui transporte cet oxygène dans le sang.
    Aujourd'hui, nous allons parler de besoins tout aussi importants qui conditionnent la propagation de l'influx nerveux.

    D'abord les protéines.
    Lors de la digestion les protéines que nous mangeons,sont dégradées en acides aminés qui peuvent être utilisés pour la fabrication de nouvelles protéines indispensables à l'organisme : éléments structuraux, molécules de transport, enzymes, hormones, anticorps....
    Les acides aminés sont notamment les éléments de base de la synthèse des neurotransmetteurs, qui permettent à l'influx nerveux d'être transmis et modulé au travers des synapses, sortes de sas intermédiaire entre l'axone d'un neurone et les dendrites d'un autre.
    Une alimentation pauvre en protéines est donc néfaste pour quelqu'un qui se sert baucoup de son cerveau, ce qui est votre cas au collège, au lycée ou à la fac.
    Dans les pays industrialisés, la carence en protéines est rare et ne résulte guère que d'une grande pauvreté ou d'habitudes végétaliennes extrèmes.
    On trouve des protéine dans la viande, le poisson, les oeufs, mais aussi dans certains légumes secs ou le soja.
    Si certaines graisses animales ont mauvaise réputation car elles font grossir et augmentent le taux de cholestérol, les graisses qui renferment des “acides gras insaturés” - (pour mes “guenons chimistes”, ce sont des corps gras qui comprennet de nombreux atomes de carbones liés entre eux par des doubles liaisons), - sont par contre excellentes pour le cerveau, sans avoir les inconvénients précédemment cités. Parmi elles les “oméga 3” dont on nous rebat les oreilles dans la publicité.

    Ensuite des constituants tout aussi indispensables pour la propagation de l'influx nerveux : les ions alcalins et alcalino-terreux.
    D'abord la propagation de l'influx nerveux tout au long des axones et des dendrites est une suite d'échanges ioniques à travers la paroi des cellules, d'ions sodium Na+ et potassium K+;
    Au niveau des synapses, la transmission de l'influx est liée à la présence de neuromédiateurs organiques -des protéines - et d'ions calcium Ca++.
    Par ailleurs des ions magnésium Mg++ interviennent également, ainsi que des ions chlore Cl-, qui eux, bloquent la transmission, avec l'aide d'un neuromédiateur particulier le GABA.

    En définitif, si vous ne voulez pas que votre cerveau soit sous alimenté, sans pour cela risquer de grossir, vous devez donc asorber du liquide (eau et lait), de la viande et du poisson, des légumes et des fruits, des légumineuses et des huiles végétales. Je reparlerai de cela dans un prochain article.

    Toutefois, comme le faisait remarquer le commentaire de Samantha, ne croyez pas qu'une bonne alimentation suffira pour être un champion dans vos études; vous devrez fournir suffisamment de travail, et être attentifs et concentrés, sans regarder les mouches voler pendant vos cours !!



Samedi 5 janvier 2008 à 8:32

Notre cerveau : plaisir et apprentissage



    En cette période de Noël, c'est une tradition de faire des bons repas;
mais par ailleurs certaines de mes correspondantes me disent qu'elles ne mangent presque pas la semaine, notamment au lycée, soit parce que la nourriture ne leur plaît guère, soit parce qu'après ces fêtes elles ont peur de grossir, soit parce que la tristesse leur enlève l'envie de manger, sans que ce soit pour autant de l'anorexie.

    Par ailleurs je constate que beaucoup de jeunes ont du mal à se concentrer, ont du mal à suivre les explications du professeur, à s'exprimer correctement à bon sescient, à se rappeler des morceaux de leurs cours....
    Or certains constituants de nos aliments jouent un rôle sur le fonctionnement de notre mémoire, sur l'apprentissage et sur la vigilance.
    Certes on ne sait pas encore beaucoup de choses à ce sujet, mais on peut cependnt lire certains rapports de recherches.

    On sait d'abord que c'est pendant le vie in utero, puis les mois qui suivent la naissance et la peite enfance, que le cerveau est le plus sensible aux apports de l'alimentation, car il a besoin de constituants pour synthétiser les protéines et les graisses indispensables à son développement, les protéines étant à la base des neurotransmetteurs et les graisses de la myéline qui entoure les fibres nerveuses et assure une bonne conduction de l'influx nerveux.
    Une alimentation équilibrée tant pour la mère que l'enfant est nécessaire, et les régimes végétariens, pauvres en protéines sont particulièrement néfastes pour le cerveau.
    Le cerveau d'un adulte n'est plua en formation mais travaille énormément et il consomme 20 % de l'énergie de tout l'organisme. Il a besoin de glucose et de produits phosphorés car cet apport énergétique est principalement apporté par un composant chimique appelé l'adénosine triphosphate et ses dérivés. Or le cerveau ne sait pas faire de réserve de sucres et donc pour fonctionner, il doit être approvisionné en permanence en glucose par le sang.
    Certaines d'entre vous m'ont raconté des malaises et des crises nerveuses qui semblaient provenir d'une hypoglycémie, mais bien entendu, seul un médecin peut faire ce diagnostic.
    Il faut donc avoir une glycémie modérée, mais stable.

    Chic me direz vous, je vais pouvoir manger des bonbons, des barres chocolatées très sucrées, de la nutella, des glaces....!!
    C'est vrai que si vous êtes en hypoglycémie ces produits feront remonter votre taux de sucre, mais cela sera de courte durée, car ce taux augmentant brusquement, le pancréas va sécréter de l'insuline, qui va favoriser l'absorption de sucres sous forme de glucose par le foie, les muscles et les tissus adipeux.
    La glycémie augmente sur le moment mais rediminue moins d'une heure après et passe au dessous du niveau initial, de telle sorte que vous êtes encore plus fatiguées qu'avant.
    De plus si vous répétez souvent l'opération vous allez prendre du poids.
    Donc grignoter en dehors des repas des petits aliments sucrés et gras n'est pas bénéfique et vous fera grossir !

    En fait pour maintenir une glycémie à peu près constante, il faut absorber des “sucres lents”. qui sont contenus dans les farines complètes, les pâtes, les légumes secs, les légumes frais et les fruits peu sucrés tels les pommes.
    Ces aliments contribuent à stabiliser à moyen terme le tau de sucre dans le sang et sont donc favorables dans les périodes dans lesquelles on demande un effort intellectuel important au cerveau.
    Il est tout à fait nocif de jeuner pendant des périodes scolaires où l'on demande cet effort au cerveau. Il est en particulier néfaste de "sauter des repas" : votre cerveau en souffre et lr corps voulant compenser ce manque va stocker des graisses et paradoxalement vous ne maigrirez pas.

    L'apport d'oxygène est tout aussi important pour le cerveau. Les neurones lorsqu'ils fonctionnent consomment de l'oxygène et le cerveau utilise près de 40% de l'oxygène que nous respirons.
    Sans oxygène les cellules nerveuses meurent en quelques minutes.
    L'oxygène est indispensable pour “brûler” le glucose dont elles ont besoin.
    Il est donc indispensable d'aérer l'endroir où l'on travaille (chambre, salle de classe), de s'aérer soi-même, de faire un peu de sport si possible.
   
    Mais vous le savez sans doute c'est l'hémoglobine, produit riche en fer, qui transporte l'oxygène dans le sang jusqu'au cerveau.
    Si nous avons une carence en fer, non seulement nous sommes pâles, mais nosus sommes fatigués et nous risquons des pertes de mémoire et des troubles de la concentration.
    La dose de fer à absorber en moyenne chaque jour est de l'ordre de10 mg  Il y a du fer dans de nombreuses graines oléagineuses, dans les viandes rouges, les épinards, le cresson, le persil, le germe de soja, les lentilles, les flageolets.
    En outre si nous absorbons de la vitamine C (jus de citron par exemple) elle favorise l'absorption du fer.

    Enfin l'influx nerveux ne saurait exister sans des échanges ioniques à partir d'ions alcalins et alcalino-terreux dont la concentration dans le sang doit rester relativement stable dans le sang : sodium, potassium, calcium, magnésium ...
    Certaines vitamines ont également un rôle protecteur ou catalysant.
    Là encore certaines d'entre vous ont parfois des crises nerveuses voisines de la spasmophilie qui sont probablement due à des carences en calcium et en magnésium.

    Pour ne pas alourdir cet article, je parlerai dans l'article suivant des besoins en protéines.
    Puis dans un troisième article, j'essaierai de résumer ce que doit être une bonne alimentation du cerveau, donc des étudiant(e) que vous êtres tous et toutes, pour que votre mémoire et votre concentration ne subissent pas des baisses de fonctionnement dommageable à vos scolarités.
    Mais de plus le cerveau doit être approvisionné en temps et en heure et non de façon désordonnée. C'est un problème que j'aborderai également.



Mardi 4 décembre 2007 à 18:41

Notre cerveau : plaisir et apprentissage

un beau papillon :



J'ai reçu le commentaire suivant à propos de mon article sur le cerveau qui “voit et entend”, "lit et écrit" :

Commentaire de geabsland :
J'ai remarqué que certaines personnes mémorisesnt mieux les sons que les images et d'autres l'inverse.
De plus lorsque l'on pense à une chose, certaines personne visualisent le mot ou l'objet et d'autres entendent le mot.
il y a donc plusieurs schémas d'enregistrement et de traitement de l'information dans le cerveau, le 1er sur le son, le 2eme sur l'image, le 3eme l'odeur, le 4eme le toucher ect.... d'apres toi d'ou viens cette différence dans l'utilisation de notre cerveau ? Cela a t'il un rapport avec la taille de ces zones ? ou chacun décide inconsciemment d'utiliser telle ou telle zone et donc au cours du temp de fonctionner soit avec une mémoire visuelle, soit une mémoire auditive, etc.. ?

    Ta constatation est exacte, nous avons des sensibilités différentes les uns des autres, en ce qui concerne le fonctionnement de nos sens. (et d'ailleurs de tout notre cerveau).
    Mais ensuite les raisons sont plus compliquées que ce que tu me dis.
    J'avais pensé au début te répondre personnellement, mais cette réponse peut intéresser d'autres lecteurs alors je fais un article à ce sujet et je t'avise de sa mise dans mon blog.

    Il y a d'abord la formation du cerveau qui est commandée par ce que l'on appelle des “facteurs de croissance”, molécules chimiques qui stimulent des gènes qui vont présider à la différenciation des cellules nerveuses, puis à la croissance de leurs ramifications : dendrites et axones.
    Les diverses sortes de neurones apparaissent d'abord, puis leurs prolongements se développent, guidés par des indicateurs chimiques qui tracent leur chemin, pour que les jonctions nécessaires se fassent entre les divers centres du cerveau.
    Au départ, les gênes ayant une origine héréditaire, notre patrimoine génétique légué par nos ancêtres intervient. mais ces marqueurs chimiques ont aussi une action indépendante des gênes et une différenciation individuelle se produit ainsi. De plus ces marqueurs ne conduisent la croissance de ces terminaisons qu'à proximité de l'endroit cible, mais la fin de la croissance et la connexion à d'autres neurones se termine aléatoirement.
    Tout cela fait que même deux jumeaux issus du même ovule (génétiquement unique), n'ont pas des cerveaux identiques.
    La formation du cerveau aboutit donc à des préférences cérébrales qui vont régir en partie notre personnalité et des centres plus ou moins développés, ce qui nous confère des aptitudes différentes à la naissance.
    Mais ces différences sont moindres que celles que vont apporter l'apprentissage du bébé et de l'enfant et toute l'éducation qui lui sera donnée, puis ensuite son “expérience de la vie” personnelle.
    En ce qui concerne la perception qu'évoque Geabsland, c'est surtout l'apprentissage de l'enfant qui intervient.

    En effet le nombre de connexions entre neurones est à l'origine très supérieur au besoin et les connexions qui ne servent pas vont disparaître surtout pendant l'enfance. Il en résulte une modification importante des centres , notamment ceux qui concernent la perception (nos 5 sens) en fonction de l'apprentissage de l'enfant.
    Pour donner un exemple, on constate que si, par suite d'un strabisme que l'on ne corrige pas très jeune par exemple de l'oeil droit, celui ci devient “paresseux” et les centres du cerveau gauche qui devraient s'occuper de l'interprétation des images de l'oeil droit, s'atrophient ou se mettent à travailler aussi pour l'oeil gauche, de telle sorte que l'enfant, peu à peu ne “voit plus” de l'oeil droit. (en fait c'est son cerveau qui ne travaille plus pour lui).
    C'est un exemple extrème, mais il est certain que plus on fait travailler un de nos sens, plus le nombre de connexions du centre d'interprétation correspondant sont nombreuses.
    Cette différenciation se poursuit lors de l'instruction de l'adolescent.
    On constate par exemple qu'un musicien a un centre auditif plus développé (notamment en ce qui concerne la différenciation des sons en fréquence - les “notes”) et que les centres moteurs s'occupant de la commande des doigts sont plus développés chez un pianiste.
    Ceci touche aussi la mémoire :
    Un peintre ou un photographe a en général des aires qui gèrent la mémoire des couleurs beaucoup plus développées, mais aussi les centres d'interprétation de la vison colorée plus sensibles aux nuances.
    C'est l'utilisation plus ou moins grande de ces centres du cerveau qui peu à peu modifie leur développement.
    Il y a des phases très importantes dans le développement de l'enfant : apprentissage des gestes de préhension et de la vison qui les guide entre 5 et 9 mois, apprentissage de l'équilibre lorsque le bébé apprend à marcher, apprentissage de l'ouie et des centres de la parole lorsqu'il apprend à parler, de la vue et de ces mêmes centres lorsqu'il apprend à lire et à écrire, les centres moteur de la main étant aussi concernés par cette dernière action.

    Pour répondre de façon plus précise à ta question, ce n'est pas tellement la taille des zones qui intervient (le nombre de neurones) qui reste à peu près le même, mais le nombre de connexions entre eux, (il est colossal de l'ordre de dix puissance seize !), et aussi un phénomène plus complexe, leur capacité à produire au niveau des synapses plus ou moins de neuro-transmetteurs, qui conditionnet le passage de l'influx nerveux.
    De plus certaines connexions existantes sont peu actives ou “en réserve” et d'autres sont “favorisées” par l'utilisation, c'est à dire qu'il faut un imulsion moindre pour qu'elles transmettent l'influx nerveau. Notre mémoire notamment est basée sur cette propriété.

    Nos aptitudes sont donc en partie génétiques, en partie dues à notre apprentissage d'enfant, qui dépend plus de nos éducateurs (parents, éducateurs, professeurs) que de nous mêmes, puis une partie volontariste qui dépend de nos activités cérébrales.

    En ce qui concerne l'interprétation de nos sensations, je ferai d'autres articles sur les centres qui interprètent chacune d'entre elles.


<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast