Lundi 17 mai 2010 à 7:57

Notre personnalité

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    Je vous ai déjà parlé des préférences cérébrales et notamment de l’extraversion et de l’introversion, préférence qui nous sert de “moteur” dans la vie, car elle indique quel est le milieu dont nous tirons notre énergie, notre envie de vivre : le milieu extérieur des autres humains pour l’extraverti, le milieu intérieur de sa pensée pour les introvertis.
    Je vais revenir un peu sur ces notions à propos de la timidité.


    Je vous rappelle quelques éléments déjà dits dans d’autres articles (pour ceux qui ne les ont pas lus :
    Une personne extravertie est sociable, active, ne peut se passer de la compagnie des autres personnes et a tendance à s'ennuyer quand elle est seule. Elle a de nombreuses relations souvent superficielles, est à l'aise en public car son mode est l'interaction, la communication et aime recevoir, discuter, faire le boute en train.  Elle improvise facilement, parle de tout et de rien, aime raconter sa vie et se livre facilement.
    Une personne introvertie est réservée, réfléchie, peut se passer de la compagnie des autres personnes et a peu de relations mais approfondies avec des gens qu'elle connaît. Elle n'aime pas la foule ni les réceptions dans un milieu inconnu. et souhaite être tranquille pour se concentrer. Elle est à l'aise avec les pensées et les idées, mais peut avoir quelques problèmes de communication, parle peu, surtout de problèmes sérieux et réfléchit longuement avant de parler et et elle n'aime pas parler d'elle-même ou se confier.
    On pense donc qu’une personne extravertie a davantage confiance en elle et n’est pas timide, alors qu’une personne introvertie est moins confiante du moins au contact des autres et donc aura tendance à être timide.
    L’observation du comportement des humains confirme en général cette déduction.

    Les psycho-neurobiologistes seraient heureux s’ils pouvaient expliquer ces comportements par le fonctionnement du cerveau.
    En fait ce n’est jamais possible, car le comportement humain est chose fort complexe, qui met en jeu le cerveau tout entier (ne serait ce que par la mémoire), et donc on n’arrive pas à expliquer le causes complètes de ces comportements (je dirais presque heureusement !!)
    Mais on peut déceler l’importance de certains centres cérébraux et leur action, en général non pas sur le comportement total, mais sur des caractéristiques particulières du comportement.
    Voici un exemple lié à la timidité, une recherche menée par des biologistes de l'hôpital De Charlestown, au Massachusetts dont j’ai lu une publication dans la revue Sciences.

    Un psy de cet hôpital qui soignait notamment des personnes très timides avait remarqué que ces personnes craignaient la vue de visages inconnus.
    Les biologistes ont donc voulu en savoir plus.

    Carl Schwartz et ses collègues ont donc montré à des volontaires des photos de visages inconnus ou au contraire  familiers, et ont observé eur activité cérébrale dans un scanner RMN (résonnance magnétique qui décèle la consommation d’oxygène des neurones actifs).
    Ils connaissaient par ailleurs le caractère timide ou non de leurs “cobayes”.
    Une zone cérébrale réagit de façon variable selon les individus : le complexe amigdalien dont je vous ai souvent parlé, qui est composé de centres droite et gauche; à l’origine de crainte, de la répulsion, la peur, de la colère et des réactions correspondantes
    Ils ont observé que les personnes dont le complexe amygdalien s'active intensément à la vue des portraits nouveaux, étaient timides et lorsqu’ils étaient enfants, étaient plutôt inhibés. Ceux au contraire dont le complexe amygdalien ne s'active pas assez, étaient ouverts aux autres et avaient été des enfants désinhibés.
    Les enfants inhibés fuient la compagnie des autres enfants, redoutent les activités nouvelles ou les lieux inconnus. À l'inverse, les désinhibés sont portés vers la nouveauté au point d'en perdre toute prudence.
    Les enfants inhibés ont plus tard un complexe amygdalien hyperactif devant les portraits d'inconnus, et celui-ci déclenche les réactions de peur ou d'angoisse tandis que les enfants désinhibés ont un complexe amygdalien hypoactif : cette tendance est donc en partie « programmée » à la naissance, mais on peut la moduler.   
    Par des conversations, par la réflexion on peut arriver à modifier l'action des pensées inconscientes sur cette zone cérébrale. L’entraînement par ces exercices permet aussi une action lente mais efficace.
    Le combat contre la timidité n'est pas perdu d'avance.

    Mais cet article m’a fait réfléchir car les comportements qu’il décrit sont proches de ceux de l’introverti et de l’extraverti.
    Peut être une partie de la préférence innée d’extraversion / introversion est elle due au fonctionnement partiellement déterminé génétiquement de notre complexe amygdalien.
    Mais là aussi on peut en partie agir sur les inconvénients de son extraversion ou de son introversion par la réflexion et l’exercice intellectuel et en minimiser les conséquences
    Mais il n’y a pas identité entre timidité et préférence E/I et le complexe amygdalien n’est pas seul en cause.
    Il est sûr par exemple que la résistance au stress et la confiance en soi jouent sur la timidité, mais là encore le complexe amygdalien joue un rôle.

Samedi 28 novembre 2009 à 8:17

Notre personnalité

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  Une de mes correspondantes m’écrit “ Je n’arrive pas à prendre des décisions et je n’ai plus confiance en moi !  Pourquoi ? ”

    Décider dépend d’abord de votre personnalité, des préférences innées et acquises de votre cerveau..
     Votre cerveau, tel qu’il s’est formé dans les premières années de votre vie, vous prédispose :
    - soit à capter autour de vous le plus d’informations possible, et à attendre l’événement, à vous y adapter ensuite, à décider au dernier moment (ou quelquefois pas du tout).
    ou au contraire :
    - à anticiper et dompter les événements futurs, en captant l’information minimale nécessaire, et en réfléchissant surtout à la décision à prendre;(une telle personne décide plus facilement mais peut se tromper ou être surprise par un événement peu probable!).

    Ces deux types de personnalité ont donc chacun leurs avantages et leurs inconvénients et il ne faut pas ne plus avoir confiance en vous, parce que vous êtes du premier type, qui a plus de mal à décider.

    Une deuxième caractéristique de votre personnalité :
    - vous recherchez des informations plus volontiers dans le présent (exemples) ou dans le passé (leçons),
ou au contraire
    - vous recherchez les informations qui vous permettront d’imaginer le futur.
    Ce deuxième type de préférence cérébrale prédispose évidemment davantage à la décision, car il vous pernet d’anticiper les conséquences de vos actes.

    Troisième facteur : votre âge.
    Un enfant prend peu de décisions. Il n'est pas confronté à beaucoup de situations qui l'y obligent.
    Un ado est peu à peu confronté à ce problème, mais les centres du cerveau chargés de ce travail (le cortex préfrontal), ne se forment que peu à peu, et ne sont pas encore matures chez l’adolescent : vous n’êtes pas encore doué(e)s pour prévoir les conséquences de vos actes.
Il faut attendre d’être adulte pour atteindre la pleine capacité de décision, (et encore certains adultes ne l’atteindront jamais). Les neurologues disent que le cerveau frontal n'est complètement formé que vers 25 ans.

    Alors ne vous inquiétez pas, si vous ne savez pas encore décider et si vous hésitez souvent sur le chemin à prendre; cela viendra et ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas avoir confiance en vous et pour toujours regretter vos actes, parce que vous ne savez pas si vous avez pris la bonne décision !.
    D’ailleurs quand on a réfléchi avant de prendre une décision, on arrive en général à prendre une “bonne” décision, et à éviter les mauvaises.
    On prend rarement la “meilleure” décision, mais ce n’est pas tellement grave. Nul n’est parfait. On fera mieux la prochaine fois!

Mardi 1er septembre 2009 à 18:53

Notre personnalité

    Dans mes articles de début janvier 2007 (notre personnalité), j’avais essayé de vous expliquer les différentes composantes de notre “moi” et notamment la “Personna” , rôle que nous jouons aux yeux des autres, et le “moi profond caché”, notre jardin secret.
    Vous retrouvez ci dessous le schéma qui résume ces définitions.

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 Ces notions peuvent elles nous servir dans la vie courante ?

    Pensez à votre comportement dans un groupe de copains d’amis et éventuellement vis à vis de votre petit(e) ami(e).

    Vis à vis de ces copains, de ces amis, êtes vous parfaitement sincère, totalement vous même? Ou ne jouez vous pas un certain “rôle”, ne voulez vous pas paraître parfois ce que vous n’êtes pas?
     Cela m’étonnerait qu’il n’y ait pas un minimum de “cinéma” dans votre attitude, nous en faisons tous. Je n’appellerai pas cela “mensonges” car je ne veux pas avoir l’air de juger cette attitude qui est naturelle.

    Alors réfléchissez : quels sont les points sur lesquels vous déformez un peu la vérité, les informations sur vous même que vous voulez absolument cacher et celles où, pour donner le change, vous fournissez à la place, d’autres informations inexactes? Quels sont vos comportements  vis à vis d’eux qui ne sont pas sincères et naturels, mais qui sont, soit une savante construction et un beau jeu de rôle, soit de petites manies pour vous faire valoir ou vous donner une certaine contenance.
    Essayez donc de faire la liste de tout cela, liste pour vous même bien sûr, que vous déchirerez ensuite.

    Et maintenant réfléchissez. En face de ces inexactitudes, en face de ces comportements, en face de ces personnages que vous composez, essayez maintenant de vous demander : pourquoi fais je cela, quelle est ma raison profonde, qu’est ce que je veux cacher, qu’est ce que je veux faire croire, quelle image de moi voudrais je donner? Et pourquoi, quelle est ma motivation dans tout cela.?
    Et si vous arrivez à faire cet examen (ce n’est pas toujours facile de voir clair en soi), vous allez voir apparaître votre Personna et les différences avec votre moi profond.

    Vous allez d’abord vous apercevoir qu’une partie de cette Personna correspond bien à ce que vous êtes réellement, et que cette partie là, c’est celle dont vous n’avez pas honte, celle que vous acceptez sans réticence, celle dont vous êtes content(e), celle que vous n’avez aucune hésitation à montrer aux autres.
    A l’inverse vous allez vous apercevoir que ce rôle que vous jouez , c’est au contraire dans les domaines où vous n’êtes pas satisfaite de vous, où vous n’acceptez pas vos défauts et vos faiblesses, ou bien qui correspondent à des échecs, des déceptions, des regrets, des remords, à ce que vous auriez voulu être, à des rêves non réalisés (Freud qui est très complexé dirait à des “refoulements”), ou à quelque chose que vous aviez et qui vous rendait heureuse et qui s’est évanouï.

    J’ai connu beaucoup de personnes, aussi bien parmi les adultes que parmi les jeunes, qui jouaient le personnage joyeux alors qu’elles étaient tristes et malheureuses au fond d’elles mêmes;, qui jouaient à l’homme ou la femme libre et entreprenant(e), alors qu’il ou elle regrettaient un amour romantique passé, des timides qui faisaient semblant d’être des “tartarins” ou des James Bond, et d’autres qui essayaient de faire le clown au milieu d’amis, pour cacher leur solitude (“ ris donc Paillasse “ célèbre opéra).

    Alors à l’issue de cet examen, vous allez découvrir, non seulement votre Personna, mais un peu de votre moi profond.et peut être, un peu de cette partie cachée, même à vous même, qui est votre inconscient.

    Ensuite, peut être serait il bénéfique que vous vous posiez la question : “est il vraiment nécessaire et bénéfique pour moi que ma Personna soit si différente de moi même, de ce que je suis, de mon moi .? “
 Est ce que mon rôle ne pourrait pas être plus proche de ce que je suis réellement dans la vie. Mes relations avec autrui, ne gagneraient elles pas à ce que je sois plus sincère? Dois-je autant tenir compte de l'opinion des autres ?

    Et puis cette connaissance de tout le coté négatif de votre être, ne pouvez vous pas vous en servir pour transformer ces regrets en espoirs et en motivation pour devenir plus conformes à ce que vous voudriez être, en tournant la page du passé, pour ne voir que l’avenir.
    A mon âge c’est sans doute un peu tard, mais vous, vous avez la vie devant vous.

    Et moi qui suis ingénieur, je devrais peut être moins "jouer au psy" LooL et ouvrir un blog "scientifique". Mais liriez vous quelques chose d'aussi barbant ?

   
Demain nous reprendrons notre visite de l’île d’Hoëdic, que nous continuerons vendredi puis je reprendrai ces articles sur la personnalité samedi.
  

Lundi 31 août 2009 à 15:17

Notre personnalité

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    Début janvier 2007 , j’avais fait des articles sur la personnalité, notre “moi” et notre “personna” (conception du psychiâtre CG Jung.)
    Je ne vais pas recommencer ces articles et je vous y renvoie(dans la catégorie “notre personnalité” ).
    Mais je vais compléter ces articles.
   
    Je commencerai par un texte trouvé dans un blog il y a trois ans et que j’ai conservé car je le trouve assez extraordinaire parce qu’écrit par une ado de 13 ans à peine.C’est un texte de philosophie que ne renierait pas une élève de terminale.
     Alors je lui ai demandé la permission de le publier.  Il est souvent émouvant et surtout remarquablement écrit.


    " Pouvez-vous vous vanter de me connaître ? Savoir qui je suis, ce que je pense, quels sont mes rêves, mes espoirs ? Non, je ne crois pas.
     La plupart de ma vie reste secrète. C'est un petit coffre, enfermé dans mon esprit, ou dans mon coeur, je ne sais pas trop. Et là, je cache tout ce que je ne veux pas montrer. Avec une ou deux personnes, j'arrive à l'ouvrir, et à laisser sortir quelques pensées, sentiments. Mais c'est difficile... Je cherche la sécurité. Et l'insensibilité. M'emfermer dans ma coquille, é dormir... Ou même penser, agir, sans que rien ne puisse m'atteindre...
     Le repos, le bonheur, quoi ! Ce serait tellement bien ! Imaginez, que la tristesse, la douleur, la peur, soient stoppés dans leur élan pour aller vers vous par un mur invisible, qui vous protègerait !  Ce serait bien tentant...             D'accord, on dit que la douleur et la peur, c'est important, et que les épreuves forgent notre caractère et remplissent notre vie... Mais avouez que si on pouvait vous les éviter, vous seriez bien heureux !

     D'une certaine façon, j'ai deux personnalités.
 L'une souriante, riante, celle que je montre en public.
 L'autre, s'apitoyant sur elle même, encaissant les coups, pleurant seule le soir... Celle-là, c'est bien rare que je la montre !

     C'est là que je me demande, “Et si personne ne connaissait personne” ? C'est vrai, après tout ! Pouvez vous dire que vous connaissez quelqu'un vraiment ? Pas moi. Enfin je ne crois pas.
 D'une certaine façon, heureusement. Ca voudrait dire qu'on serait un peu là, à l'interieur de cette personne.

     Vous voulez que je vous dise qui je suis ? Et bien moi même je ne le sais pas trop. Un être à double face, lâche, fuyant ses sentiments... Egoïste, parfois, souvent même. Essayant de faire du mieux que je peux pour aider mes amis, mais souvent je ne sers à rien... Donc, jamais contente...
     Ou là là, c'est compliqué... Alors, personne ne connaît personne, et personne ne se connaît lui-même ? Ca devient anarchique...”

Mercredi 5 août 2009 à 8:09

Notre personnalité

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    Je vous ai hier raconté l’histoire de Crevette, aujourd’hui je vous parlerai de Langoustine et de Lotte.

    Langoustine avait eu une enfance très heureuse, mais quand elle a eu treize ans, ses parents ont commencé à se disputer, et trois ans après ils étaient divorcés.
    Cela s’était mal passé, les parents prenant à témoin leur fille et son frère et voulant les faire choisir entre eux deux. Puis le père s’était montré peu à peu odieux, faisant à son ancienne famille toutes les crasses possibles, psychologiques et financières : un véritable harcèlement.
    Langoustine a très mal vécu cette période et plus encore l’attitude de son père, ressentie comme un véritable abandon. Au début du divorce son père la voyait certains week-ends, puis il s’est remis en ménage et n’a plus cherché à la voir.
    Langoustine était presque en dépression, sa mère, très traumatisée par son divorce, ne lui était d’aucun secours, d’autant plus qu’elle essayait de reconstruire sa propre vie de femme.
    Elle a cherché auprès de petits amis un certain réconfort, mais cela ne répondait pas à ses espérances. Il y en a quatre en deux ans, et désespérée elle commençait à se mutiler. Affolement de la mère qui l’a envoyée chez un psy.
    Le bon vieux complexe d’Electre est revenu sur le tapis, ainsi que le refoulement du désir vis à vis de son père. Puis également la jalousie vis à vis de sa mère et de son compagnon qui avait apporté un peu de stabilité dans sa vie.
    Le psy a dit à Langoustine qu’elle refoulait le désir inconscient envers ce compagnon, par censure de la fidélité qu’elle pensait devoir à son père et que c’était aussi les refoulements des désirs vers ces deux hommes qui l’empêchait de ressentir du désir envers ses petis amis.

    C’est dans ce cadre que je l’ai connue et nous avons longuement discuté pendant quelques mois.
    Incontestablement le divorce de ses parents était à l’origine de son mal.
Elle avait subi trois traumatismes lents et longs :
    - devoir choisir entre ses deux parents;
    - le harcèlement de son père et sa méchanceté, lui qui aurait dû continuer au moins à aimer ses enfants;
    - le remariage de son père et surtout le fait qu’il ne veuille plus voir elle et son frère. Un véritable abandon.
    Coté petits amis, ils ne lui avaient jamais apporté ce qu’elle attendait d’eux : tendresse et amour. Ils souhaitaient s’amuser, sortir et coucher avec elle, sans se soucier tellement de la connaître, de la comprendre, de l’aider. Ils n’avaient jamais été plus loin que des baisers, sauf avec le dernier, mais à peine plus affectueux que les autres; mais Langoustine ne ressentait aucun blocage sexuel vis à vis d’eux, mais l’impossibilité de développer un amour sincère réciproque.
    Là son cerveau bloquait car elle voyait en eux des personnes aussi peu capables d’aimer que son père et du coup c’était la rupture.
    Par contre elle n’avait ni animosité ni désir vis à vis du compagnon de sa mère, qui se comportait très correctement vis à vis d’elle et de son frère.
    On a parlé de son enfance heureuse, de ses souhaits de vie future, du métier qu’elle aimerait avoir, de ses études, de la vie de famille qu’elle souhaiterait, et finalement de l’homme qu’elle aimerait avoir pour compagnon et père de ses enfants.
    Elle s’est ainsi reconstruite peu à peu et a réussi à tourner la page de son passé, en sortant peu à peu de l’adolescence pour entrer dans une vie d’étudiante et bientôt d'adulte.

    Lotte avait 15 ans. Elle n’avait jamais connu son père et sa mère était morte quand elle était toute jeune. Elle avait été prise en charge par la DASS et mise dans un foyer. Puis elle avait eu la chance d’être adoptée quand elle avait dix ans.
    Mais elle n’arrivait pas à témoigner de l’affection à son nouveau père adoptif qui pourtant était gentil avec elle. Un jour où elle était triste, il avait voulu la consoler et sans arrière pensée, lui avait pris la taille, l’avait prise contre lui, lui avait caressé les cheveux et lui avait embrassé le front. Bizarrement elle avait réagi très violemment, repoussant son père et le frappant.
    Sa mère adoptive, très choquée l’avait envoyée chez leur médecin qui l’avait adressée à un psy. Celui-ci pensait que c’était le refoulement du désir de son vrai père qu’elle n’avait jamais pu connaître, qui s’était heurté au désir provoqué par le geste "chargé d’érotisme" de son père adoptif. Il a aussi critiqué en apparence sa vraie mère en l’accusant (c’est du moins ce qu’à compris Lotte), de ne pas s’être assez occupée d’elle quand elle était petite enfant, ce qui était faux, mais sa mère était malade, devaient subvenir à leurs besoins et avait peu de temps à lui consacrer, mais beaucoup d’amour cependant.
    Lotte a été traumatisée par cette accusation et n’a plus voulu revoir le psy, qui par ailleurs voulait la bourrer de médicaments “pour la calmer”.
   
    Nous avons discuté plus de 4 ans. Elle m’a raconté comment quand elle avait huit ans, elle avait été violée par un employé de la DASS et n’en avait jamais parlé, de peur de ne pas pouvoir être adoptée ensuite car elle considérait  cette agression comme une salissure qui la “dépréciait” à jamais. Cet homme avait eu au moment de son viol, des gestes voisins de ceux de son père adoptif, mais l’intention était toute autre. Je lui ai expliqué que son inconscient avait fait ce rapprochement dans sa mémoire et c’est ce qui avait provoqué son blocage et sa réaction immodérée, alors que son père adoptif n'avait aucune intention malveillante.
    Bien qu’il s’agisse d’un traumatisme sexuel, elle a pu se reconstruire en dehors de toute psychanalyse et de toute théorie sur le refoulement.
    Comprendre d’abord que son viol ne l’avait pas “salie”, mais que c’était un traumatisme analogue à celui provoqué par agression criminelle.
    Puis se reconstruire peu à peu exactement comme Langoustine l’avait fait.
    Elle a réfléchi à ce que serait plus tard sa vie de famille, ce qu’elle attendait d’un homme et les qualités qu’elle souhaitait voir à son compagnon futur. Elle a peu à peu réussi à assimiler comment l’amour physique s’articulait chez un adulte avec l’amour sentimental. L’âge aidant elle a appris aussi à dompter ses émotions. Tout cela était bien loin des théories de la psychanalyse.
    Lotte fait maintenant ses études de médecine, passe de 3ème année D1 en quatrième D2, et a un petit ami qui fait son internat et elle va emménager avec lui à la rentrée. Elle n’a plus besoin de moi, mais de temps en temps, me donne de ses nouvelles.
   
    Je vous cité ces trois cas pour illustrer la différence entre censure et refoulement d’une part et d’autre part blocage neurologique.
    Mais je ne voudrais pas que l’on généralise en croyant que tous les psys traitent ainsi leurs patients. Il y a de très bons psys qui ont aidé et sorti d’affaire leurs patients. Mais en général c’est plus en écoutant, en cherchant à comprendre, à discuter à partir des faits, avec logique et réalisme, qu’en utilisant des thèses très réductrices sur la psychologie sexuelle de l’enfance.

Mardi 4 août 2009 à 9:45

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    Vous m’avez fait quelques commentaires sur mes articles sur Freud et la neurobiologie, mais surtout j’ai reçu de nombreux mails me faisant des remarques diverses, ou me posant quelques questions.
    Certaines d’entre vous ont regretté que je ne donne pas plus de détails, mais d’autres ont trouvé mes articles déjà longs et pas toujours faciles à comprendre. J’ai essayé de simplifier et de résumer le plus possible et ce n’est pas toujours aisé.
    J’avoue avoir une autre difficulté : pour la neurobiologie je possède ou j’ai lu une abondante documentation, cours de neurobiologie, articles de chercheurs. Ce sont des sujets scientifiques et je suis donc à l’aise et j’ai pu lire les publications écrites par les auteurs eux mêmes, européens ou US.
    Pour la psychanalyse et les thèses de Freud, je n’ai jamais lu Freud dans les textes, mais seulement des cours de fac ou de médecine. Ils m’ont paru difficiles à comprendre, rédigés dans un langage assez ésotérique, et plus proche de la philosophie que de la science et donc j’ai davantage de difficultés à en donner une analyse simple, claire et précise.

    Certaines d’entre vous me disent qu’elles ne comprennent pas bien la différence entre “refoulement” et “blocage”.
    C’est effectivement assez subtil et je n’ai pas donné assez d’explications.


     Freud considère que les règles innées (“ça”) ou acquises (“surmoi”) et engendrées par l'éducation, la société et l'expérience, ont pour conséquence la censure, qui est un barrage sélectif qui empêche certaines actions et surtout rejette dans l’inconscient des idées et images provoquant du déplaisir et concernant généralement nos désirs sexuels ou notre vécu dans l’enfance et l’adolescence.
    C’est ce rejet dans l’inconscient de nos désirs, nos regrets, nos remords, qu’il appelle le refoulement.
    Freud considère que les désirs qui vont être refoulés ne sont pas conscients et que le refoulement ne l’est pas non plus. Tout se fait en dehors de la conscience et donc nous ne nous apercevons de rien.
    L’inconscient d’après lui, est essentiellement peuplé de ces refoulements qui le mettent en pression et ils peuvent, indépendamment de notre volonté et de façon en grande partie inconsciente, provoquer des rêves, des fantasmes,des pulsions et donc empêcher ou surtout engendrer des actions incontrolées.
    Le fait de refouler ces désirs permet de se protéger en évitant qu’ils se manifestent par des pulsions violentes. C’est alors un mécanisme de défense.   
    Cependant les désirs refoulés sont pour Freud et les psychanalystes, la cause de l’angoisse et des névroses. Un des buts de la thérapeutique est d’essayer de rendre les refoulements conscients, pour essayer de les maîtriser.
    Pour Freud, la mémoire ne fait pas partie de l’inconscient et il appelle le contenu de la mémoire, le “préconscient”.   
    Les psys freudiens ont tendance  à considérer que le complexe d’OEdipe ou d’Electre dans l’enfance, la puberté dans l’adolescence et plus généralement toutes les contraintes de l’éducation des parents, provoquent des refoulements, interdits qui constituent l’essentiel de l’inconscient, qui transforment le jeune en “cocotte minute”  et qui sont responsables de toutes ses difficultés.
    Ces refoulements moteurs font pour les Freudiens partie de la mémoire.

    Pour les neurobiologistes, le mémoire consciente et inconsciente est faite de souvenirs, issus principalement de nos perceptions,
qui sont des connexions renforcées entre groupes de neurones, ces groupes étant le support d’un souvenir. Mais elle stocke dans ces souvenirs non seulement des images, des sensations autres (sons, odeurs, goût, toucher), mais aussi des émotions, notamment liées aux sentiments ou aux réactions des centres amygdaliens (peur, colère, stress..).
    Les souvenirs ayant une charge émotionelle sont d’ailleurs beaucoup mieux fixés dans la mémoire (connexions entre neurones plus solides) que les souvenirs anodins.
    Ces souvenirs ne sont pas élaborés seulement dans l’enfance et l’adolescence, mais tout le long de la vie, et ce ne sont pas des conséquences de la censure. Ce sont des souvenirs provoqués dans l’ordre chronologique par des événements, des situations, éventuellement des réflexions intérieures.
    Ils peuvent correspondre parfois à des désirs, remords ou regrets, qui sont des émotions particulières, mais ce n’est qu’un cas particulier.
   
    Lorsqu’ensuite nous voulons agir, c’est notre cortex frontal qui donne des ordres à notre cerveau et notre corps. Mais ces ordres, avant d’être transmis, passent par le cerveau émotionnel, qui peut les bloquer, voire les transformer, ou engendrer des émotions. En général ces ordres font appel à des mécanismes qui mettent en jeu la mémoire.
    Les groupes de neurones qui constituent certains souvenirs inconscients peuvent participer à ces mécanismes et donc influer sur nos comportements en provoquant des blocages intempestifs, voire des réactions émotionelles, dont l’origine peut donc être inconsciente et incomprise.
    Notre cortex frontal qui est logique, n’aime pas ces “actions inconnues” et il a tendance à nous donner des “raisons” de ces actes, lesquelles peuvent évidemment être fausses, voire parfois farfelues, puisqu’il ne comprend pas ce qui se passe dans notre inconscient.

    Dans certains cas le résultat des “refoulements “ ou des “blocages” peuvent être voisins lorsqu’il s’agit d’une part, au sens de Freud, de blocages provoqués par les “refoulements”, et d’autre part de blocages neurobiologiques provoqués par exemple par des traumatismes d’origine sexuelle.

    Pour que ce soit plus clair, je vous donne quelques exemples, aujourd’hui celui de “Crevette” et demain ceux de Langoustine et Lotte (ne cherchez pas, ces jeunes n'ont plus de blog et ce ne sont pas des correspondants de cowblog).

    Crevette avait 14 ans. C’était une gentille ado qui avait de bons résultats scolaires, mais son moral s’était peu à peu détérioré depuis 3 ans. Elle était en conflit avec ses parents, surtout son père. Elle avait eu un petit ami mais cela n’avait duré que deux mois, au premier baiser,  puis elle avait une amie, camarade de classe, très grande amitié toute platonique comme on en a à cet âge où on manque de tendresse. Son père, pas très tolérant, n’approuvait pas bien à tort cette amitié, avait traité sa fille de “gouine” et l’avait sommée de ne plus voir cette amie.
    C’était la crise, Crevette avait  commencé à se scarifier et ses parents horrifiés, l’avaient envoyée chez le psy.
    Ce psy avait d’abord cherché des causes dans les refoulements de désirs de petit ami, contrariés par la sévérité de ses parents qui ne toléraient que quelques sorties le soir et  en général accompagnée par une cousine plus âgée, (Crevette n’avait que 14 ans!) puis il lui avait dit qu’elle n’avait pas réussi à éliminer son complexe d’Electre, qu’elle avait refoulé ses désirs incestueux pour son père, qu’elle avait essayé de les reporter sans succès sur son petit ami, et que la censure et le refoulement de ces désirs inconscients l’avait fait s’orienter vers une personne du même sexe et que le seul moyen de briser ces refoulements, était d’avoir à nouveau un petit ami et d’aller avec lui plus loin qu’un baiser.
    La pauvre Crevette n’y comprenait rien, n’ayant jamais eu conscience d’avoir souhaité avoir des désirs incestueux vis à vis de son père, et n’ayant pas, à juste titre, de culpabilité de son amitié pour cette camarade, et par ailleurs n’ayant pas envie d’un nouveau petit ami.
    Elle a obtenu de sa mère de ne pas retourner chez le psy, contre la promesse de ne plus se scarifier.

    Elle lisait mon blog et est venue pleurer sur mon épaule virtuelle.
    On a longuement discuté de son enfance heureuse, de ses souhaits de vie, de son mal être. On a alors constaté que son père avait adoré sa fille et s’occupait beaucoup d’elle jusqu’à ce qu’elle ait huit ans et que son frère naisse. Son père peu à peu, ne s’est plus occupé que du garçon et sa fille s’est sentie abandonnée, sa mère étant par ailleurs très occupée par son travail Peu à peu le stress l’a gagnée et cela a été la crise.
    Je lui ai expliqué que le traumatisme dû à cette sensation d’abandon par son père - dont tout enfant a besoin, d’aimer et d’être aimé - l’avait tellement affectée que cela l’avait bloquée vis à vis de son petit ami, trop désinvolte avec elle et dont elle craignait aussi inconsciemment l’abandon (avec d’ailleurs une probabilité très grande qu’elle ait raison.).
    Ayant besoin de tendresse, elle avait trouvé un certain réconfort auprès de son amie, quand la réprimande de son père l’a poussée à bout et cela associé à quelques autres problèmes mineurs et à des résultats scolaires moins bons, l’a menée à une mini-dépression.
    Elle a pu expliquer clairement la situation à sa mère, qui ensuite a réussi à convaincre son père de revenir sur ses jugements.
    La situation s’est améliorée durant l’année suivante et maintenant Crevette a passé son bac, est en prépa d’ingénieur, a un petit ami avec lequel elle a l’air de s’entendre, ayant surmonté son blocage.

    Demain je vous raconterai les histoires de Langoustine et de Lotte.



Dimanche 2 août 2009 à 9:14

Notre personnalité

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    Certain(e)s d’entre vous m’ont reproché d’être sévère vis à vis de Freud. Je pense que je n’ai pas été assez clair.
    Je ne critique nullement Freud. Il a apporté des concepts très importants pour la psychologie, notamment l’inconscient et la structure du psychisme.
    Mais d’une part à son époque les connaissances sur le cerveau étaient minimes, et d’autre part la population particulière qu’il soignait n’était pas représentative au plan statistique, ce qui lui a fait exagérer l’importance des problèmes sexuels.

    Par contre j’ai une opinion plus réservée sur la psychanalyse et sur la formation et l’exercice de leur art par les psychologues..
    Je pense que la psychanalyse est un bon outil pour que des médecins psychiatres soignent les maladies mentales.
    Mais la plupart des personnes, notamment les jeunes , vont chez le psy alors qu’elles ne sont pas “malades”, mais seulement parce qu’elles sont perturbées, stressées par des événements divers, dont elles n’ont pas supporté l’accumulation, par des événement traumatisants comme la mésentente et le divorce des parents, qui souvent les oblige à choisir l’un deux alors qu’elles auraient voulu conserver l’intégrité de la cellule familiale.
    Certaines ont aussi subi une agression, un viol, qui est alors un traumatisme plus brutal et éprouvant sur le moment.
    Certes celles qui sont vraiment en dépression ont besoin d’un traitement provisoire médical, mais la plupart des autres jeunes que j’ai connues n’en étaient pas à un tel stade.
    Si certaines ont eu la chance d’avoir un “bon psy” qui les a écoutées, a recherché des causes simples et pragmatiques, et a fini par apaiser en partie leurs douleurs, je constate par contre que ceux qui ont utilisé la psychanalyse et ses outils ont presque toujours échoué, du moins sur les jeunes qui se sont confiées à moi (une bonne centaine qui ont eu recours à un psy).
    Je n’ai pas toujours réussi moi non plus à les tirer d’affaire, mais pour celles dont j’ai pu atténuer la souffrance de façon importante, ce n’est qu’avec une écoute amicale, mais rationnelle, par une discusion permanente en essayant d’être un observateur objectif face à l’acteur forcément subjectif puisque concerné, et en essayant de comprendre les situations beaucoup plus avec du bon sens et de la logique.
    Les seules théories dont je me sers, sont les connaissances que j’ai pu acquérir sur le fonctionnement du cerveau, quelques connaissances générales de psychologie, les “préférences céréblales” de Jung et de mesdames Myers et Briggs, et quelques conceptions plus récentes de la personnalité (par exemple le big-five).
    Mais ce qui me sert le plus, c’est d’écouter, de ne pas juger, d’essayer de comprendre, et les comparaisons que je peux faire entre tous les situations et les confidences que j’ai pu connaître parmi mes collaborateurs, mes amis, ma famille et depuis 5 ans les jeunes des blogs.
    C’est très loin de la démarche psychanalytique, c’est plus proche du management d’une équipe et des méthodes d’un chercheur, mais c’est aussi un peu la mise en oeuvre de la tendresse qu’un grand-père peut éprouver pour ses petits-enfants.
    La psychanalyse est trop, à mon goût, proche de l’instrumentation de la médecine, qui certes est une bonne chose quand elle permet des mesures physiologiques, mais qui ne doit pas exclure l’altruisme vis à vis du patient.
    On ne traite pas la tristesse et le désespoir ou même le stress comme une jambe cassée ou une opération de la cataracte.
    Comme le disait Maud à la lecture de mes articles :
    “Mais les psys restent malheureusement souvent les seuls médecins qui s'astreignent à l'écoute du malade. Beaucoup d'autres n'écoutent que leurs instruments.”
    Certes il ne faut pas généraliser, il y a aussi de bons médecins qui font cas de leurs malades, mais je suis bien d’accord avec elle, la médecine actuelle, sans doute débordée de travail dans les hôpitaux, n’a plus le temps d’écouter ses patients et en perd peu à peu le goût et la faculté. Et même les psys perdent peu à peu cette habitude.   
    Plusieurs correspondantes m’ont dit que mes propos sur le refoulement et le blocage n’étaient pas très clairs.
    Je referai donc un article sur ce sujet 

Samedi 1er août 2009 à 8:09

Notre personnalité

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    Cet article portera sur le “transfert”, qui est à l’origine, une difficulté qu’a rencontrée Freud dans ses analyses psychiatriques, puis qu’il a utilisée ensuite comme outil, vis à vis de ses patients.
    Au départ Freud le décrit de façon banale comme une gêne dans son travail : une patiente qui tombe amoureuse de son médecin psychiâtre qui la soigne.
    Puis il va conceptualiser le phénomène, le définissant comme la projection par le patient du contenu de son inconscient et notamment de ses désirs sur la personne du psychanalyste qui lui apparaît alors dotée de qualités bien supérieures à la réalité, comme on en prête à quelqu’un dont on est amoureux. (l'amour est aveugle dit le proverbe).
    Il lui donnera une cause : le transfert vers l’analyste de désirs et de sentiments éprouvés par le patient envers les parents dans la prime enfance.
    Il se servira alors de ce phénomène pour l’analyser, y voyant un moyen de pénétrer dans l’inconscient du patient en traitement.

    La neurobiologie ne fait qu’étudier le fonctionnement du cerveau et du système nerveux et les connaissances actuelles, même si elles ont beaucoup progressé depuis 20 ans, ne permettent pas d’appréhender et d’expliquer les comportements des personnes qui sont des phénomènes complexes mettant en jeu tous les centres du cerveau, et par l’intermédiaire de la mémoire, le vécu de l’individu et l’influence de son environnement.
    Elle n’a donc pas d’avis sur le transfert qui est un phénomène complexe, si ce n’est - comme on l’a vu dans mes précédents articles, qu’elle est sceptique sur les sentiments dits refoulés par l’enfant vis à vis de ses parents.
    Elle sait seulement que, dans le phénomène d’amour sentiment ou de grande amitié, comme d’ailleurs dans le phénomène de désir physique, des phénomènes hormonaux interviennent, mais aussi les centres “d’apprentissage, de récompense et de plaisir” dont nous avons parlé souvent, les centres amygdaliens, et des centres du cerveau émotionnels. Des malades dont certains de ces centres avaient été détruits n’éprouvaient plus ces sentiments.

    En fait ce “transfert” mis en lumière par Freud dans le cadre de la psychanalyse et dont le médecin est l’objet de la part du patient, est considéré par beaucoup de psychologues, comme un phénomène courant  dans les relations humaines.
    Jung, contemporain de Freud et très apprécié dans les pays anglo-saxons (j’ai décrit certaines de ses théories en matière de “préférences cérébrales”), décrit ce phénomène comme une relation normale entre des être humains, qui ont en commun des façons de penser, des goûts, des a-priori, des règles de vie...
    Des études sur les autistes ont montré un transfert de très grande intensité dans lequel l'autiste se comporte comme si l'analyste était une part de lui-même, dont il ne peut se séparer sans un traumatisme grave analogue à un arrachement d’une partie de son corps.

    Je me suis souvent demandé si on ne pouvait pas voir dans ces phénomènes de transfert un cas particulier de comportements que l’on rencontre souvent notamment chez des adolescents et pour lesquels on pourrait trouver peut être des explications beaucoup plus simples que celles de Freud et ses disciples.
    Nos instincts - une partie du “ça” de Freud - proviennent de la longue évolution depuis la préhistoire qui a sélectionné ceux qui avaient le plus de chance de survivre.
    Le bébé homme comme ceux de la plupart des animaux, a besoin de sa mère pour survivre, de se l’approprier, qu’elle soit à son service exclusif, qu’elle le nourrisse et le protège : il a besoin de ressentir son amour à travers cet attachement. Il se sent plus rassuré si son père est là pour protéger et lui et sa mère, et puis quand il est plus grand pour jouer avec lui et finalement pour le jeune enfant la famille et son amour sont très important.
    C’est un instint génétique : l’enfant et l’ado a besoin d’être aimé par ses parents et besoin de les aimer en retour.

    Tous les jeunes que j’ai connus directement ou ceux avec lesquels j’ai correspondu, m’ont dit l’importance de cet attachement familial.
    L’adolescent est surpris par le fait qu’il grandit et les transformations de la puberté, surtout les filles. Il veut sa liberté, pouvoir acquérir de l’expérience, mais il a aussi peur de cette liberté et la famille reste encore le refuge dont il a besoin, dont à la fois, il craint et il a envie de s’éloigner pour devenir adulte.
    Alors si la famille chancelle et  que les parents se séparent c’est un drame qui bouleverse et traumatise l’adolescent, qui parfois part à la dérive.
    J’ai plusieurs exemples de jeunes adolescentes qui se sont  “battues” avec leur père qui avait la responsabilité - d’après elles - de cette rupture et cet affrontement les a énormément stressées. Elles étaient alors en énorme déficit d’amour et d’affection, ne trouvaient pas un réconfort suffisant auprès de leur mère affectée par son divorce, et elles cherchaient désespérément une amitié sur laquelle elles puissent s’appuyer.
    Certaines ont alors eu successivement plusieurs petits amis, choisis précipitament, auprès duquel elles espéraient trouver un réconfort et la tendresse qui leur manquait. et non comme l’auraient dit les disciples de Freud, en raison du complexe d’Oedipe et pour reporter sur ce petit ami  le “désir” soit disant ressenti pour leur père.
    D’autres comme Jacinthe dont je vous ai raconté l’histoire, ont eu un ami qui les a aidées et soutenues et toutes ont éprouvé pour cette personne une grande reconnaissance, et une très grande amitié renforcée, voire même de l’amour.
    Certaines après une période de haine, ont retrouvé un jugement plus objectif et finalement se sont réconciliées avec leur père et je constate alors chez elles un attachement pour lui, bien plus profond, plus raisonné qui n’est pas un transfert, mais simplement l’assouvissement de ce besoin de tendresse et également la découverte par le jeune adulte du lien d’amour et de communauté d’éducation avec les parents, qu’il avait perdu pendant une longue période.

    Je ne suis pas sur que les considérations sexuelles de Freud expliquent le tranfert vers le psychiatre. Le patient se confie à lui, et il se rend compte que celui ci l’aide et je pense qu’il est normal qu’une certaine reconnaissance et une certaine amitié naissent entre ces personnes. Qu’ensuite il soit parfois difficile de maintenir une simple amitié entre des adultes homme et femme et que cette amitié dérive vers une attirance physique ou un sentiment d’amour, c’est quelque chose de courant dans la vie, le plus souvent en dehors de toute cure psychanalytique.
   
Pour moi, le tranfert décrit par Freud n’est, comme le pensait Jung, qu’un cas particulier du rappochement de deux personnes qui ont des affinités communes et que la vie a rapprochées notamment parce que l’une a aidé l’autre.

Jeudi 30 juillet 2009 à 8:11

Notre personnalité

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    La neurobiologie a une position très différente de celle de Freud vis à sis de la sexualité de l’enfant.
    En effet elle considère que l’enfant n’a pas de pulsion sexuelle avant que les sécrétions hormonales ne déclenchent la puberté.
    Par ailleurs elle a montré que l’apprentissage du cerveau est très progressif et l’enfant n’est pas capable de conceptions du niveau d’un adulte, alors que Freud lui prête un tel pouvoir.
    Elle a donc une approche de l’évolution de l’enfant  très différente de celle de Freud.


    La neurobiologie est d’accord sur le rôle prépondérant de la mère et l’attachement de l’enfant à la mère qui le nourrit, mais aussi qui lui apporte sa protection et son amour. Elle considère que ce n’est pas une pulsion sexuelle, mais simplement un instinct, contenu dans nos gènes, exactement comme un oiseau s’attache à la personne qui est là lorsqu’il sort de l’oeuf.
    CG Jung considère que cela fait partie de nos archétypoes.
    Ce n’est pas qu’une question de nourriture, mais aussi d’amour, de protection, de soins. Des enfants bien nourris par leur mère qui ne leur manifestait pas d’amour, étaient malheureux et stressés.

    Il est exact que dans l’éducation occidentale au moins, les voies intestinales et urinaires prennent de l’importance pour l’enfant, entre 18 mois et 3 ans, d’une part parce que c’est un besoin nécessaire, mais surtout parce qu’on apprend à l’enfant à être propre et on lui inculque les principes d’hygiène. Par ailleurs ce n’est qu’une toute petite préoccupations par rapport à tout ce que l’enfant apprend et emmagasine dans cette période de vie où il découvre son environnement et où son cerveau et sa mémoire sont neufs.
    Le stade “anal” de Freud est donc très contesté.
    Par contre le fait que, dans l’éducationdes enfants, pour des raisons de propreté et d’hygiène, on qualifie de “sales” les voies urinaire, peut, au moment de la puberté et de la découverte de la sexualité, faire considérer de la même façon les voies génitales et par contrecoup l’acte sexuel.

    Dans la période de préadolescence, la neurobiologie ne nie pas que l’enfant soit en opposition avec ses parents ou dans une certaine mesure jaloux de l’un d’entre eux ou des deux, mais elle ne voit pas l’origine de ces sentiments dans la sexualité.
    Il est normal que l’enfant essaie de tester jusqu’où il peut s’abstraire des règles que lui imposent ses parents et qu’il commence à être conscient d’être quelqu’un d’indépendant ayant un certain “moi”. Cela s’aggravera à l’adolescence et c’est une condition nécessaire de la formation de la personnalité et du développement de son cerveau, qui par apprentissage doit acquérir de l’expérience et donc faire ses propres essais.
    Il est exact que l’enfant découvre la relation particulière entre son père et sa mère. Il considère que ses parents lui “appartiennent” et sont là pour s’occuper de lui. Il est donc mécontent d’abord de son père qui lui enlève l’exclusivité de sa mère. Puis il est jaloux de sa mère et du travail professionnel de son père qui l’empêchent de jouer avec lui. Il est aussi jaloux des frères et soeurs qui naissent car il faut partager ses parents avec eux.
    En ce qui concerne les relations sexuelles entre ses parents, en période de préadolescence, l’enfant s’en préoccupe peu, sauf si son attention est applelée sur ce problème par ses parents ou des camarades. Il se satisfait en général d’explications simples et il est en fait beaucoup plus perturbé par des disputes ou une mésentente entre ses parents.
    Quant à la “peur de la castration” cela apparaît plutôt comme un fantasme personnel de Freud. Sauf si on lui a volontairement fait peur avec cette menace en lui expliquant ce que c’est, l’enfant n’est pas adulte et incapable d’imaginer la castration et l’importance du désir sexuel dans sa vie future d’adulte.
    Il y a plus dans le complexe d’OEdipe, une représentation de réactions d’un adulte que Freud prête à un enfant, lequel n’a jamais eu l’idée d’un amour incestueux vis à vis de sa mère, car les méandres du sexe et de l’inceste lui sont totalement inconnues

    En définitive, il n’y a plus, à mon avis, pour croire encore au complexe d’Oedipe, que des psys d’un certain âge, formés lors de leurs études aux théories de Freud, Lacan et, et qui ne se sont pas recyclés et ont beaucoup brodé sur les détails de ce complexe et les relations parents-enfants.   
    Mais ce qui m’inquiète beaucoup plus quand j’écoute les jeunes qui m’écrivent, c’est qu’un certain nombre de psys considèrent systématiquement que tout traumatisme d’un(e) ado a pour cause ses relations avec ses parents, y compris des petits incidents ou les contraintes inévitables de l’éducation, que ce soit d’ordre sexuel ou autre, et dressent ainsi parents et enfants les uns contre les autres, en les culpabilisant tous deux, mettant en avant les théories de madame Dolto, et lui prétant souvent des propos qu’elle n’a jamais tenus.
    Ils ont tendance à préter aux enfants des réactions, des émotions et des pensées d’adulte. Affirmer par exemple que des pensées tristes d’une ado sont la conséquence du traumatisme qu’elle a subi parce qu’elle a été prématurée et privée de sa mère en couveuse pendant 15 jours, est totalement absurde. Un enfant qui vient de naître a un cerveau potentiellement capable de choses extraordinaires, mais qui pour le moment est “vide de pensée et d’expérience”.
    Persuader une très jeune patiente que tous ses tracas viennent du fait que ses parents ne lui ont pas laissé une liberté totale de ses actes et lui ont fixé des règles à respecter, est un non-sens. (Même madame Dolto n’a jamais écrit cela !)

   
 

Mercredi 29 juillet 2009 à 8:27

Notre personnalité

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    C’est sûrement la partie des théories de Freud la plus contestée, même à son époque, puisque de grands psychiatres comme CG Jung ont nié cette hypothèse.

    Freud après avoir fait sa propre analyse, a considéré qu’il y avait cinq stades successifs dans le développement de la sexualité infantile.
   

        - Le stade oral, jusqu’à environ 6 mois) où la zone érogène privilégiée est la bouche, notamment à travers l'action de l'allaitement.
Le bébé prend plaisir à téter le sein de la mère ou son biberon.
        - Le stade anal, l'enfant se focalisant entre 1 et 3 ans sur la région rectale et sur les besoins naturels. Il est en opposition avec ses parents.
        - Le stade phallique, de 3 ans à environ 7-8 ans, pendant lequel nait le complexe d'Œdipe qui constitue une étape importante du développement psychique des enfants, leur personnalité se créant par rapport à ce complexe et .    à la fonction de l’autorité paternelle.       
        - Le stade de latence, d'environ 7-8 ans à la puberté, période calme où l'enfant se socialise. Elle correspond au déclin du complexe d'Oedipe et le refoulement des pulsions sexuelles .   
        - Le stade génital de la puberté à l'âge adulte correspond à la reconnaissance de la différence, des sexes et des générations.

    Qu’est ce que le complexe d’OEdipe pour un garçon ?
    La mère étant dès le plus jeune âge, perçue comme la nourricière, le petit garçon tend progressivement à “se l'approprier”.
     Le garçonnet prend conscience qu'il existe un univers sexuel entre ses parents, auquel il ne participe pas; il se sent exclu et cela engendre une frustration.Il tente de s'interposer entre son père et sa mère, imite son père puis, essaye littéralement de rivaliser avec lui vis à vis de sa mère.
    L’enfant craint d’être puni car le père représente l’autorité et il ne montrera plus son désir de la mère (Freud appelle cela la “castration” et considère que l’enfant a peur d’être puni par son père qui lui enlèvera sa sexualité !!) .
    L’enfant refoule donc ses désirs et alimente son Surmoi avec les sentiments de culpabilité et de pudeur entre autres. Il s'identifie à son père, tout en lui laissant la place qu'il aurait aimé avoir, il renonce à la satisfaction sexuelle avec l'un ou l'autre de ses parents et lui permet ainsi de sortir du complexe d'Œdipe. Il pourra partir à la recherche d'autres partenaires sexuels que sa mère, et construire désormais sa propre personnalité en empruntant des éléments aussi bien à son père qu'à sa mère..

    Freud essaiera d’adapter cette théorie aux petites filles en développant la théorie du “complexe d’Electre”.
    Il considère que la fille comme le garçon  a comme premier amour sa mère nourricière et se sent également exclue des relations entre ses parents.
    Toutefois la fille ne se considère alors pas comme la rivale de son père et ne ressent pas la peur de la “castration”.
    La fille peut alors soit rejeter la sexualité et son état de femme, soit choisir le père comme objet et ressentir une attirance pour lui, la mère étant alors la rivale, situation contraire à celle du garçon.
    Comme pour le garçon, le complexe d'Électre se résoud au moment de l'adolescence, lorsque la fille commence à élaborer une personnalité propre empruntant à la fois à son père et à sa mère, et qu'elle se met à rechercher d'autres partenaires sexuels que ses parents.

    Du temps même de Freud, le complexe d’Oedipe a été critiqué ; C. G. Jung l'a nié, d'autres psychiatres l'ont ramené à un principe moral limité à la "bonne société" viennoise. Des ethnologues ont montré que cette théorie était inexistante dans des sociétés où la famille est composée différemment et où l’autorité paternelle n’existe pas.
    Des études psychologiques plus récentes sur les familles recomposées remettent en cause le complexe d’Oedipe.
    Certains psychologues et philosophes ont été encore plus loin, accusant la psychanalyse d’avoir inventé cette théorie sur les désirs pour avoir un moyen, un outil pour les maîtriser chez leurs patients, en les enfermant dans la structure familiale.

    Cet article étant déjà très long, je parlerai de ce qu’apporte la neurobiologie par rapport au complexe d’OEdipe, demain, dans mon prochain article.




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