Nous avons vu dans le précédent article que les vertiges résultent le plus souvent d'un dysfonctionnement du système vestibulaire et de l'incohérence des interprétations que prut en faire le cervelet.
             Mais le symptôme « vertige » ne renvoie pas à un phénomène, une sensation uniques. Les sensations les plus fréquentes sont les suivantes : tendance à tomber, environnement visuel qui tourne, sensation que le sujet tourne sur lui-même, perte d'équllibre, faiblesse posturale, tête lourde, sentiment que l'on va s'évanouir....
            Les patients souffrant de problèmes vestibulaires développent souvent des troubles émotionnels.
            Réciproquement plusieurs études ont montré qu'un trouble vestibulaire peut être lié à un grand nombre de symptômes anxieux, surtout ceux caractérisant des troubles paniques : agoraphobie (la phobie des grands espaces ou de la foule) ou acrophobie (la phobie des hauteurs).
            Les dysfonctionnements du système vestibulaire créent un handicap, de sorte que le patient redoute les apparitions de vertiges : la crainte d'être victime de vertiges ne fait que renforcer l'anxiété.

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            Des études ont été faites mettant en jeu un plateau oscillant et une cabine fermée sur ce plateau. Le patient peut être dans ou hors cabine, les yeux ouverts ou fermés. On peut ainsi différencier les signaux de l'oreille interne, de la vue et de la proprioception.
            On a montré ainsi que les patients souffrant de troubles paniques maîtrisaient moins bien les conflits de signaux contribuant à l'équilibre.

            Des études ont été faites aussi en environnement virtuel : un ordinateur projette un certain environnement visuel en 3D, sur des lunettes que porte le patient et on envoie également des signaux sonores sur un casque. On peut ainsi créer un environnement différent, voire contradictoire avec les signaux reçus de l'oreille interne ou sur la situation de nos membres.
            La encore les patients souffrant de phobies ou simplement très stressés et anxieux sont plus sensibles à ces conflits, y compris à un simple décalage de quelques dixièmes de secondes entre les signaux sonores et visuels.
 
            On reconnaît une anxiété généralisée à six principaux symptômes :
                                    - agitation, sentiment d'être à bout, tension permanente;
                                    - sensation de fatigue, de ralentissement, non justifiée par une activité physique ou mentale intense;
                                    - difficulté de concentration, fuite dans les idées, défaut de la vigilance;
                                    - irritabilité, nervosité ;
                                    - tension musculaire;
                                    - trouble d'endormissement (insomnie), réveil nocturne.
         Le patient anxieux ressent en permanence des angoisses et des soucis sans que sa situation personnelle ne le justifie forcément. Cette anxiété interfère en permanence avec l'attention portée aux autres ou à ses propres actes, et notamment à l'opinion des autres qui est souvent interprétés à tort, source de nombreux malentendus et conflits.
            L'esprit anxieux n'est pas le seul à souffrir et le corps pâtit aussi de ce trouble. Par exemple, le sentiment de fatigue des anxieux (comme celui des dépressifs) est bien réel et peut se mesurer par une baisse des capacités musculaires.
            Au bout d'une période d'anxiété forte peuvent apparaître des vertiges et ce peuvent être des signes avant-coureurs d'une dépression.
 
            Il ne faut cependant pas s'affoler, le vertige est souvent considéré comme une urgence par les personnes qui en sont victimes alors que dans la très grande majorité des cas, le vertige est une manifestation bénigne.
            Mais il est prudent de consulter un médecin qui fera faire un bilan, car le vertige peut aussi être le signe d'une anomalie physiologique :
                        - forte migraine, accident vasculaire cérébral.
                        - réaction à certains médicaments; allergies
                        - hypertension artérielle;
                        - troubles de la vision;
                        - lésions su rachis cervical:
                        - lésion du nerf acoustique;
                        - tumeur du cervelet;
                        - une infection de l'oreille interne.
          Ne vous affolez pas, ces cas sont très rares, surtout si on est jeune, mais il ne faut pas les négliger,
            Très souvent certaines de mes correspondantes stressées et anxieuses se plaignent de vertiges, surtout le matin au réveil.
            Y a t'il donc un lien entre l'équilibre physique, et notamment le sens de l'équilibre et le ressenti émotionnel et notamment le stress et l'anxiété?
 
            Examinons d'abord comment nous conservons notre équilibre et comment il peut être perturbé physiquement.
 
            Plusieurs systèmes sensoriels permettent l'orientation spatiale (statique ou dynamique) et contrôlent la posture, l'équilibre et la locomotion. Ce sont le système visuel, le système vestibulaire de l'oreille interne (pour la perception du mouvement et de l'orientation) et les centres sur le dessus du cerveau derrière les centres sensoriels et moteurs qui contrôlent ce que l'on appelle la proprioception, c'est à dire les informations provenant des muscles et des articulations.
            Ces données nous informent, d'une part, de nos changements de posture (par exemple la position d'un membre par rapport au tronc) et, d'autre part, de nos changements de position dans l'environnement (la position de mon pied par rapport au mur ou à un pied de table).
 
            Le système vestibulaire de l'oreille interne (voir schéma ci dessous), a trois fonctions principales :
                        - le maintien de la posture,
                        - la coordination des mouvements des yeux et de la tête,
                        - la perception du mouvement et de l'orientation dans l'espace

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            Il est composé de trois canaux semi-circulaires (le canal horizontal, le vertical antérieur et le postérieur) et d'organes dits "otolithiques" (l'utricule et le saccule).
            (A noter que la cochlée, que l'on voit sur le schéma, ne participe pas à cette fonction mais est destinée à l'analyse des sons en mesurant leur fréquence, qui se traduit en musique par les notes - voir mon article du 20 avril 2008).
            Ces différents capteurs détectent les accélérations linéaires et angulaires de l'organisme et de la tête, et les transmettent au cerveau via Ie nerf vestibulaire.
            Les canaux et les organes otolithiques sont tapissés de plaques de tissus, les "macules", constituées de cellules sensorielles ciliées reposant sur des cellules de soutien. Les cellules sensorielles ont un long cil, qui rentre dans une membrane gélatineuse parsemée de cristaux de carbonate de calcium, nommés "otolithes" (d'où le nom d'organe otolithique).
            Quand la tête amorce ou termine un mouvement, le liquide baignant les organes otolithiques (l'endolymphe) courbe les cils.
            Dans I'utricule, la macule est horizontale et les cils sont verticaux lorsque la tête est droite; ils détecteront les mouvements dans le plan horizontal'
            Dans le saccule, la macule est presque verticale et les cils se fichent horizontalement dans la membrane otolithique. La macule sacculaire réagit surtout aux mouvements verticaux.
            Le fléchissement des cils stimule les cellules sensorielles qui transmettent leur excitation aux fibres nerveuses du nerf vestibulaire. Le cerveau peut alors analyser ces informations vestibulaires et les intégrer aux autres données sensorielles.
            Quand le corps bouge ou se penche, la tête suit le mouvement et l'oreille interne détecte donc aussi les mouvements de tout le corps.
 
            Par ailleurs les yeux et le système d'interprétation de la vue situé à l'arrière du cerveau fournit en permanence des images au cerveau, qui nous renseignent sur la position du corps par rapport à l'environnement et sur les mouvements relatifs correspondants (de notre corps ou de l'environnement s'il est mouvant.
            Dans une faible proportion l'oreille nous fournit aussi des indications sur la localisation des sons provenant de l'environnement.
            Enfin les centres de proprioception fournissent des informations sur la position et l'état de contraction des muscles, notamment quand nous bougeons ou que l'environnement bouge.
            En particulier la pression sous les divers endroits de la plante des pieds, varie, sous l'effet du poids du corps, lorsque nous bougeons, ou lorsque nous sommes debout sur une plate forme qui bouge. C'est vrai aussi pour nos cellules sensitives des fesses et du dos, lorsque nous sommes assis dans un véhicule en marche ou dans un bateau ou un avion qui s'incline.
 
            Tous ces signaux neuronaux sont transmis au cervelet, qui en examine la cohérence, car quand nous avons fait notre apprentissage de nos mouvements, de la marche, puis de la conduite de véhicules, éventuellement d'acrobaties diverses, les signaux correspondants ont été mémorisés.
 
            Mais on peut rencontrer des cas d'anomalies, de contradiction d'incohérence entre les divers signaux.
            C'est le cas lorsque nous sommes dans la cabine d'un bateau soumis à de forts mouvements sous l'effet du vent et des vagues.
            Notre vue est limitée à la paroi de la cabine, qui est proche et ne bouge pas énormément.
            Par contre notre oreille interne détecte des mouvements importants du cors, donc des accélérations liées aux mouvements du bateau. Notre corps est en déséquilibre par rapport à sa station verticale normale, ce qu'il corrige habituellement grâce à l'interprétation que fait le cervelet des signaux de la vue et de l'oreille interne, qui habituellement sont corrélés.
            Mais là il y a contradiction, et le cervelet va plus ou moins bien gérer la situation selon les individus. Les personnes vont ressentir désorientation, déséquilibres et réflexes inappropriés, qui s'ils persistent vont réagir sur l'hypothalamus et le système sympathique, entraînant vertiges, pâleur, sueurs, nausées, vomissements...)
            Si les personnes peuvent regarder au loin l'horizon extérieur, alors les signaux vestibulaires et visuels sont plus cohérents et ces symptômes de déséquilibre ne se produisent pas.

            Dans mon prochain article, je parlerai des liens avec le psychique.
           
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             Une de mes correspondantes m'a posé des questions sur la synesthésie.
            Comme c'est quelque chose d'assez mystérieux et que la plupart d'entre vous n'en n'ont probablement jamais entendu parler, je vais faire un article sur ce sujet que j'avais déjà abordé à propos des hallucinations (pour le différencier de celles-ci), le13 février 2009.
 
            La synesthésie est une correspondance, précise et stable à travers le temps, entre les représentations provenant de plusieurs sens (ou des caractéristiques différentes d'un même sens, par exemple forme et couleur pour la vue).
            Une personne atteinte de synesthésie est appelée synesthète
            Les personnes concernées ne s'aperçoivent généralement que tard dans leur vie, de cette particularité alors qu’une telle caractéristique de mélange de sensations est assez répandue (quelques % de la population).
            Elle a été découverte en 1812 par le médecin Georges Sachs, mais na été étudiée par les psychologue qu'à partir de 1982 et plus récemment par les neurobiologistes.           
 
            L'exemple le plus courant est la vision de lettres ou de chiffres en couleur, alors qu'ils sont écrits en noir et avec une couleur différente attribuée aux divers chiffres ou lettre. (par exemple le 1 est vu rouge, le 2 bleu, le 3 vert, le 4 mauve etc...).
C'est ce que l'on appelle la synesthésie "graphèmes-couleurs".
C'est une correspondance personnelle; un autre synesthète aura une correspondance différente.
 
            Mais il en existe bien d'autres formes :
                        - par exemple, des notes de musique sont associées à des couleurs, spécifiques à chaque personne concernée;                        
                        - des lettres, des phonèmes ou des mots à des sensations gustatives ou des odeurs;
                        - des suites de nombres peuvent prendre des formes particulières dans l'espace,  toujours les mêmes (par exemple en arc de cercle);
                        - dans certains cas rares des mots ou des sensations du toucher sont associées à des émotions ou des sentiments
            On a trouvé des cas bizarres : une personne dont la rétine anormale ne pouvait voir certaines couleurs, les voyait néanmoins quand elle lisait certaines lettres, preuve que l'oeil n'était pas en cause, mais la région du cerveau qui distingue les couleurs à l'arrière de la tête (zone V4 de l'aire d'interprétation visuelle, qui mesure les proportions de rouge, de bleu et de vert, trois types de neurones de la rétine étant habituellement sensibles à ces couleurs).
            Les estimations de la proportion de synesthètes ont grandement varié, allant de 1 synesthète sur 20 personnes (Galton, 1883) à un rapport aussi peu élevé que 1/25.000 (Cytowic, 1989). La plus large étude réalisée suggère une prévalence de 1/2000 au moins (Baron-cohen et al., 1996),
            Aujourd'hui on pense que le phénomène est beaucoup plus courant pour la synesthésie "graphème-couleur" qui pourrait atteindre 1%. et peut être plus.
 
            Il ne semble pas que cette particularité soit héréditaire au sens habituel.
Certes certaines familles comportent plusieurs synesthètes, mais pas forcément de la même catégorie, que cette particularité saute parfois plusieurs générations et on connaît des jumeaux homozygotes dont l'un est synesthète et pas l'autre.
            On penche actuellement une cause initiale épigénétique, pour des gènes qui seraient présents chez de de nombreuses personnes, mais qui ne seraient activées que par un gène de l'ADN silencieux, sous l'effet d'une cause inconnue, au début de la gestation de l'enfant ou dans la prime enfance.
 
 
            La synesthésie n'est pas une maladie physique, ni une, ni une anomalie psychique.
            C'est purement physique et à "la construction". du cerveau.
            Le phénomène est inconscient (on n'a pas prise dessus par la volonté), et il est stable et ne s'aggrave pas, ni ne diminue.
            Malheureusement on ne peut pas y faire grand chose et cela ne se soigne pas, si ce n'est faire accepter par la personne cette légère gêne.
.
            Quand le cerveau se forme antre le 2ème et le 3ème mois de grossesse, les dendrites et les axones des neurones poussent, sous l'effet de facteurs de croissance et ils sont guidés sur un substrat de cellules autres (astrocytes notamment), par des marqueurs chimiques.
            Ces marqueurs mènent les axones au voisinage des centres avec lesquels le centre auquel appartient le neurone doit être en contact (ce centre pouvant être un groupe de neurone appartenant à un centre plus important).
            Mais c'est au voisinage seulement (quelques microns) qu'un signal chimique arrête la croissance de l'axone et les jonctions finales (synapses), entre axones et dendrites, se font au hasard. C'est pourquoi les cerveaux de deux jumeaux même homozygotes (ADN identiques) ne sont pas tout à fait les mêmes.
            On pense que dans le cas de la synesthésie, certaines jonctions, qui n'existent pas habituellement entre certains centres, se sont faites, du fait probablement d'une anomalie initiale au niveau des facteurs de croissance et des marqueurs qui guident le développement des axones;.           
            Par la suite et jusqu'à la naissance et même par la suite au cours de l'apprentissage de la première année, de très nombreuses synapses, voire certains neurones vont disparaître.
            En effet la nature a pour règle de faire des jonctions en surplus et celles utiles qui servent souvent restent et se renforcent et les autres disparaissent.
            Normalement les jonctions entre centres différents des sens n'ont pas d'utilité sauf certaines (par exemple un son qui va diriger la vue sur un objet), mais celles là passent en général par des relais, tel le thalamus et les centres amygdalien et le cortex frontal.
            Celles qui, du fait du hasard se seraient formées disparaissent, faute d'emploi.
            Il est possible également que dans le cas habituel, les jonctions inadéquates entre centres des sensations sont éliminées, et qu'elles ne le soient pas toutes dans le cas des synesthètes. Mais on ne sait pas pourquoi.
 
            La possibilité de liaisons parasites s'explique facilement dans le cas de la la synesthésie "graphèmes-couleurs", les deux zones des centres de reconnaissance des caractères (lettres, chiffres...), et des centres V4 de la vue reconnaissant les couleurs, étant très voisines (voir le schéma).
            Pour l'ouïe et les odeurs, les zones ne sont pas trop éloignées.
            Dans les cas plus complexes, on pense qu'il y a des relais compliqués au niveau du cerveau émotionnel ou avec le centre de Geschwind, qui est responsable de la mémoire des mots (mémoire sémantique).

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Mercredi 6 février 2013 à 8:11

Notre cerveau; nos sens; système nerveux


            Lorsque je parle de conscience, certaines de mes correspondantes y trouve une certaine ambiguïté.
            En Philosophie, en effet, la "conscience morale" est le respect des règles d'éthiques, du "surmoi" de Freud, la conformité à ses propres "valeurs". C'est d'ailleurs la seule signification de ce mot jusqu'au siècle des lumières où la science a commencé à avoir ses lettres de noblesses.
            En neurobiologie, "conscience" a un tout autre sens, c'est lié à "avoir conscience de".
            La conscience, c'est la faculté qui nous permet d'appréhender, au travers de nos sensations, ce qui se passe dans le monde extérieur (les perceptions de nos cinq sens), et dans notre monde intérieur (nos émotions entre autres). C'est en quelque sorte ce qui nous donne conscience de vivre, et donc d'exister : c'est la conscience du "moi".
            Conscience, éveil et sommeil sont très liés. Dans notre sommeil nous n'avons pas conscience du monde extérieur, sauf faiblement dans les microréveils de quelques secondes, pendant lesquels se produisent les rêves (voir mon article des 26, 27, 29 janvier 2010).
            Je vais reprendre un peu le problème de l'éveil et de nos perceptions.


                D'abord un sujet sur lequel vous trouverez très peu de renseignements sur internet : la coordination de nos sensations par le “Thalamus”.
                Le thalamus est un important centre nerveux de notre cerveau central, juste au dessus de l'hypothalamus. L'un de ses rôles est de coordonner nos sensations .
            Mais il faut au préalable parler d'un autre centre vital : le tronc cérébral, à la base du cerveau au dessus du cou et de la colonne vertébrale. Il est, avec l'hypothalamus, à la base de toute notre vie végétative.
            Une partie de ce centre contient des neurones qui grâce à des phénomènes d'échanges ioniques, sont de véritables oscillateurs, comme le quartz de votre montre, et envoient ainsi des influx nerveux à une fréquence(1 hertz = une oscillation par seconde) de :
                        - quelques hertz  pendant notre sommeil profond (1 hertz Hz = une oscillation par seconde);
                            - autour de 30 hertz pendant le sommeil paradoxal;
                           - 40 hertz quand nous sommes éveillés et donc conscients.
               Ces influx nerveux sont envoyés par le tronc cérébral à divers neurones pour les synchroniser et en particulier à ceux du thalamus
    La conscience demande donc une fréquence de travail des neurones du thalamus de 40 oscillations par seconde.
 
            L'interprétation de nos sensations est faite par des centres spécialisés de la vue, de l'ouïe, du toucher, de l'odorat, le goût, relativement complexes quant à leur fonctionnement. Je ne les décrirai pas ici, il faudrait une trentaine d'articles !
            Mais comment ces centres sont il coordonnés, comment le cerveau sait il qu'une sensation se rapporte à un objet donné?
            Toutes nos sensations , avant d'être envoyées aux centres d'interprétation, passent par un centre coordonnateur : le Thalamus. Voyons comment. (schéma ci dessous).

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            Le thalamus reçoit les stimulations à 40 Hz du tronc cérébral. Une série de neurones de ce centre oscillent également avec une fréquence double (80 Hz).  
            Ils envoient ces signaux vers les neurones des centres de perception : vue, ouïe toucher.... 
            Sous l'effet de cette stimulation les neurones qui ont reçu des informations de sensations vont alors renvoyer de l'information avec fréquence de 40 Hz.
                Comme 40Hz est la moitié de 80Hz, cela veut dire que les neurones des centres de perception vont réagir à un balayage sur deux (pas forcément le même pour tous les neurones).
            Les neurones du Thalamus oscillant à 80 Hz, reçoivent donc de chaque neurone actif de perception, une information tous les quarantièmes de seconde, suivie d'une absence d'information. C'est exactement comme une camera de cinéma argentique qui recevait une image de la pellicule, suivi d'un "noir", (pour que chaque image soit bien séparée et différenciée de la précédente),mais l'oeil qui a un temps de réponse de 1/10 de seconde ne le voit pas et a l'impression du mouvement !
            Le thalamus oscillant à 80 Hz, (toute les 12,5 ms), lorsqu'il reçoit une information, il ne pourra recevoir la suivante que 25ms après (40Hz) et il profite donc de l'oscillation suivante à 80Hz pour envoyer l'information à d'autres centres du cerveau, ceux chargés de l'interprétation, qui reçoivent donc des information à 40 Hz et aussi, quand cela apparaît pertinent, au cortex frontal qui va interpréter de façon intelligente, ces sensations.
 
            Supposons qu'un oiseau est perché sur notre main et chante.
            Le cortex olfactif et le cortex gustatifs qui ne sont pas concernés puisqu'on ne mange pas l'oiseau, qui ne sent pas (mauvais et ne s'est pas parfumé non plus lol ), ne répondent donc pas.
            Mais, dans la même oscillation de 25ms :
                Le cortex sensoriel renvoie la sensation de la pression des pattes de l'oiseau sur la main. Le cortex visuel renvoie l'image de l'oiseau. Le cortex auditif renvoie le son de son chant.
                Le thalamus fait la synthèse de ces signaux et les envoie au cortex frontal qui réfléchit. Il consulte la mémoire et celle ci lui dit : c'est un oiseau et même c'est un canari jaune, perché sur la main et qui chante. L'hippocampe, qui gère la mémoire, dit même au cortex frontal : "ce canari s'appelle Titi".
 
            Que déduire de ce processus ?
 
                D'abord que, pendant l'éveil, les diverses zones qui interprètent les signaux de nos cinq sens sont consultées à la fréquence de 80 Hz, c'est à dire toutes les 12,5 millisecondes, mais ne répondent, pour un même neurone que toutes les 25 ms.
                Un même neurone ne peut donc différencier deux sensations que si l'intervalle qui les sépare est d'au moins 25ms et si nous considérons tous les neurones des centres perceptifs, balayés à la fréquence de 80 Hz, nous ne pouvons donc pas différencier deux phénomènes se passant à des intervalles inférieurs à cette durée. de 12,5 ms.
    Toutefois si un incident attire notre attention, il y a une “remise à zéro” de ce balayage en cours et le cycle recommence aussitôt et nous avons toutes les chances de saisir le phénomène qui a appelé notre attention, moins de 12 ms après cette remise à zéro.
 
                Si l'information paraît inintéressante au thalamus, il la met en mémoire, mais elle ne touche alors qu'un nombre restreint de neurones.
                Nous n'avons pas alors conscience de cette information et les neurobiologistes disent qu'elle est mise en mémoire dans notre inconscient.
            Si au contraire elle paraît importante, le thalamus transmet les informations dans les 12,5 millisecondes qui suivent au cortex frontal, qui a ainsi une synthèse et peut “savoir ce qui se passe”  avec le maximum de détails.
            Le cortex oriente alors nos sens vers des actions qui leur permettent de saisir d'autres informations sur le même sujet : il va faire orienter les yeux, “prêter l'oreille”, déplacer la main, humer l'air, sécréter de la salive pour mieux sentir le goût etc...
                Ces informations , si elles se révèlent vraiment intéressantes seront mises alors consciemment en mémoire et nous nous rappellerons que nous les avons ressenties, du moins pendant un certain temps, car lorsqu'elles seront devenues inutiles, le souvenir sera effacé pendant notre sommeil.           
            Quand le sommeil vient et la conscience disparaît, non seulement les oscillations diminuent de fréquence, mais certaines parties su cerveau s'arrêtent d'osciller et la synchronisation entre tous les centres n'existe plus, de telle sorte que des centres distants ne peuvent plus communiquer entre eux.
            La conscience c'est donc un fonctionnement synchrone de notre cerveau qui permet aux divers centres d'échanger des informations

Jeudi 17 janvier 2013 à 7:48

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

Mon article sur les homosexuels et le mariage pour tous m'a valu quelques commentaires et quelques mails, dont certains me demandent s'il existe une explication neurologique de l'homosexualité.
            Il n'y a pas d'explication certaine mais seulement des pistes, et certaines font intervenir un centre essentiel de notre cerveau l'hypothalamus.
            Comme un jeune m'a aussi demandé des explications sur le rire et que je compte faire un article, qui mettra en cause l'hypothalamus, il faut que je vous parle plus longuement de ce centre.
 
         Situé juste en dessous du thalamus (d’où son nom), et juste au-dessus du tronc cérébral, et du chiasma optique, (le croisement à l'entrée du cerveau des nerfs optiques droit et gauche), il est de petite taille (proche de celle d’une amande). L’hypothalamus est cependant une structure complexe qui se subdivise en de nombreux noyaux (ou amas de neurones) essentiels à la vie de notre corps. Il est connecté à de très nombreux autres centres du cerveau et donne ses ordre à une glande toute proche, l'hypophyse, qui régule la plupart de la production des hormones, faite par toutes les glandes de notre corps.
            A la fois par la voie nerveuse et par la voie hormonale, l'hypothalamus est essentiel au maintien de l’équilibre du milieu intérieur de l’organisme (aussi appelé homéostasie) qui assure notre survie. Il contrôle le rythme de notre cœur, la tension artérielle, notre respiration, notre température, la faim, la soif, nos comportements sexuels, et il joue un rôle important dans l'éveil, le sommeil et les rythmes correspondants (que l'on appelle les rythmes circadiens).
 
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            Vous trouverez ci-après une description rapide du rôle des divers centres, empruntée à un cours de l'université McGill de Montréal; (cf. schéma ci dessus).
            Le noyau hypothalamique antérieur joue un rôle important dans le maintien de la température du corps et dans le sommeil.
            La partie la plus latérale du noyau ventromédian est, elle, impliquée dans le contrôle de la prise de nourriture.
            Le noyau supra-optique, qui contient des neurones sensibles à la pression osmotique du sang, régule l’équilibre hydrique de l’organisme par l’intermédiaire de l’hormone vasopressine qu’il produit.
            Le noyau suprachiasmatique, est connecté aux nerfs de la rétine et joue un rôle dans nos rythmes éveil-sommeil.
            Chaque noyau particulier de l’hypothalamus, même le plus petit, est souvent impliqué dans plus d’une fonction. Le noyau paraventriculaire, par exemple, influence à la fois les comportements de l'attachement (par exemple de la mère à l'enfant, en sécrétant une hormone , l'ocytocine), de la prise de liquide et de nourriture, dla réponse au stress en liaison avec les centres amygdaliens, très impliqués sur ce problème, en plus de contrôler la pression sanguine, la température corporelle, certains réflexes gastriques et même la réponse immunitaire !
            D’autres neurones de l’hypothalamus contrôlent le système nerveux végétatif sympathique (qui accélère) et parasympathique (qui ralentit), modulant ainsi nos réponses émotionnelles viscérales.
            L’influence de l’hypothalamus sur notre comportement sexuel a un aspect dépendant des stimuli nerveux, (notamment l'orgasme), mais il agit surtout par son action sur l'hypophyse, glande endocrine située juste sous l’hypothalamus, qui va coordonner pratiquement toutes les sécrétions des glandes réparties dans notre corps, y compris les glandes sexuelles (les ovaires chez la femme et les testicules chez l’homme).
         Elle reçoit des stimuli des noyaux de l'hypothalamus, qui, informé par les retours nerveux de la situation dans notre corps, active ou freine la production par l'hypophyse des préhormones de commande.
 
            Même si nos comportements sexuels sont régulés par de nombreux centres du cerveau (centres sensoriels, amygdale, hippocampe qui contrôle la mémoire, centres participant aux émotions, processus de compréhension d'autrui, circuit dopaminergique du plaisir...), de nombreuses études montrent que les circuits de l’hypothalamus jouent un rôle fondamental dans l’expression du désir et dans les fonctions reproductives.
            Dans un prochain article, j'essaierai d'expliquer le rôle éventuel de l'hypothalamus dans l'homosexualité.
 

Mardi 16 octobre 2012 à 8:18

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

  Vous me dites que mon "cours" sur la douleur était un peu difficile à suivre et que vous ne vous rendez pas bien compte par où elle passe dans notre corps.
            Alors je vais essayer de vous l'expliquer en le simplifiant le plus possible, mais c'est assez complexe : l'anatomie n'est jamais facile.
 
 
            D'abord un premier point sur les nerfs qui, venant des divers organes, notamment la peau et les muqueuses, véhiculent les influx nerveux correspondant au toucher à la position et à l'état de nos muscles ou de nos organes, et aux sensations de température, de brûlure et de douleur.http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/d03cldou1b.jpg
            Les fibres nerveuses qui viennent par exemple de la peau vers la colonne vertébrale et la moelle épinière, contiennent quatre grands types de nerfs, véhiculant des signaux différents.
            Les fibres A-alpha, qui véhiculent les signaux de "proprioception", c'est à dire sur l'état de nos organes; elles sont de gros diamètre (de l'ordre de 15 microns) entourées d'une gaine graisseuse isolante de myéline et donc à haute vitesse, vers 100m/s (la vitesse d'un avion à réaction au décollage).
            Les fibres A-béta qui véhiculent les informations du toucher, de diamètre moindre (environ 10 μ), myélinisées, rapides (environ 60 m/s une voiture de course)
            Les fibres A-delta, pour les signaux de douleur aigue et brutale, mécanique et thermique, de diamètre plus faible (quelques μ), myélinisées, avec une vitesse d'une quinzaine de mètres/seconde (celle d'un cycliste).
            Enfin les fibres C, très fines (< 1 μ) et dépourvues d'isolant myélinisé, et donc à propagation lente (1m/s, l'homme à pied), qui véhiculent des douleurs d'origine mécanique et chimique plus ou moins permanentes.
            Il faut remarquer que la vitesse de l'information est adaptée au danger et à la nécessité pour l'organisme de réagir vite, en ayant les informations adéquates.
 
            Le schéma assez complexe ci-dessous représente, de façon très simplifiée le parcours de ces fibres à la rentrée dans la moelle épinière et dans leur trajet vers le cerveau.http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/a03cldou1c.jpg

            Il y a trois circuits concernant la douleur, représentés en vert, rouge et bleu. Ils ont des noms horriblement barbares qui ne sont utile qu'aux médecins et je vous en fais grâce.
            Le circuit "vert" est le plus ancien dans l'évolution, très fragmenté avec de multiples synapses. Il véhicule une information rapide, vers le tronc cérébral, puis la thalamus, puis vers l'hypothalamus et vers les centres du cerveau émotionnel, contribuant ainsi à la réaction psychique à la douleur.
            Le circuit "rouge" constitué de fibres lentes C a une destination analogue dans le cerveau, mais en plus apporte plus d'information au niveau du tronc cérébral, qui informe plus largement le cerveau et l'alerte pour mettre en jeu un mécanisme de contrôle de la douleur.
            La voie nociceptive la plus récente d'un point de vue évolutif, n'existant que chez les mammifères supérieurs, est la voie "bleue", et elle véhicule la voie rapide de la douleur qui nous informe de la nature du stimulus douloureux (piqûre, brûlure, etc) et de sa localisation précise sur notre corps, ainsi que la sensation de température.Après le thalamus cette voie va vers le cortex somatosensoriel pour localiser la douleur, et provoquer des réactions musculaires d'évitement.
 
            Parallèlement aux voies nociceptives, des faisceaux de nerfs Alpha et Béta conduisent les information de proprioception et de toucher. Ils ne sont pas représentés sur la figure ci-dessus et comportent des voies ascendantes, mais aussi des voies descendantes qui donnent des ordres aux muscles.
            Les neurones relais le long du circuit bleu, spécifiques de la douleur, ont des relais vers vers des neurones n'appartenant a à aucun des circuits, des neurones "non spécifiques", mais qui ont eux mêmes des axones liés aux voies descendantes vers les muscles. C'est un circuit court, qui sans passer par le cerveau, produit un réflexe de retrait pour ôter le contact d'un membre avec une source de chaleur, un contact électrique ou chimique ou un objet entraînant un choc mécanique.
 
 http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/a03cldou2a.jpg           Voyons maintenant le contrôle descendant de la douleur qui est lui aussi très complexe.
            Une première réaction se fait au niveau du bulbe rachidien et du tronc cérébral (coupe 2 sur la figure) dont les neurones, excités par le flux nerveux ascendant provoqué par la douleur, vont agir par voie descendante (en rouge) sur un neurone non spécifique, (coupe 2 de la moelle), qui va envoyer un signal négatif sur le neurone relais de la voie ascendante et donc diminuer son signal en atténuant la douleur.
 
  











http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/a03cldou2b.jpg



        Un deuxième circuit provient du cerveau central (3), par la même voie, les cortex insulaire et cingulaires du cerveau émotionnel, réagissant à la douleur, ainsi que le cerveau frontal qui lui raisonne et fait des prédictions sur ce qui risque d'arriver, vont mettre en action un circuit nerveux utilisant des endorphines comme neuromédiateurs, lequel activera les neurones du tronc et du bulbe.
 
            Par contre le cerveau proprement dit, malgré ses milliards de neurones, ne possède pas de récepteurs à la douleur. Quand on a "mal à la tête", c'est aux vaisseaux sanguins qui irriguent le cerveau que l'on a mal, et pas aux neurones qu'il contient. Ces vaisseaux se contractent ou se dilatent anormalement, ce qui est perçu et traduit en influx douloureux par les nocicepteurs de leur paroi.
 
 

          
Nota : les schémas sont empruntés au site de l'université Mc Gill de Montréal. Je les ai simplement un peu simplifiés et complétés pour que cela corresponde à mon explication.

Jeudi 11 octobre 2012 à 8:21

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

Comme tout influx nerveux, les informations de douleur passent par des synapses entre axone de divers neurones et dendrite du neurone suivant, et un neuromédiateur chimique contrôle le passage de cet influx nerveux.
 
            Mais voyons d'abord d'où partent les informations?
 
            Les capteurs de douleur sont des terminaisons nerveuses libres c'est-à-dire les extrémités d'axones très arborisées, dépourvues de myéline, qui se trouvent dans tous les tissus et organes, sauf le cerveau.
            Ces "nocicepteurs" peuvent être activés par toutes sortes de stimuli qui peuvent potentiellement altérer les tissus, et pas seulement des stimulations mécaniques comme les pinçures, les piqûres ou les morsures. Des températures extrêmes, des chocs électriques, un manque d'oxygène, des expositions à des substances toxiques, peuvent également les activer. Si certains nocicepteurs sont plus sensibles à un type de stimulus qu'à un autre, la plupart peuvent répondre à plus d'un type de stimulus.
            Quelle que soit sa nature, le stimulus doit aussi atteindre une certaine intensité pour pouvoir activer les nocicepteurs, qui codent donc l'intensité des stimulations douloureuses en modulant leur réponse selon l'intensité du stimulus.
            Ces stimulations peuvent être directes, comme dans le cas des fortes pressions mécaniques qui déforment les membranes et déclenchent des influx nerveux. C'est par exemple la punaise qui nous pique le pied, mais sans percer la peau. Mais si la punaise perce la peau et endommage les tissus, les cellules altérées vont libérer localement certaines substances chimiques qui vont, de manière indirecte, stimuler aussi les nocicepteurs.
            En cas de stimulations fortes ou répétées, les nocicepteurs vont subir une sensibilisation, qui va abaisser le seuil de réponse, augmentant le nombre d'influx nerveux et la sensation douloureuse ainsi produite.
 
 http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/i03mdou1a.jpg           À chacune des synapses, le long de cette voie de la douleur, plusieurs neurotransmetteurs permettent la transmission du message nociceptif. Les substances identifiées à ce jour se répartissent en deux grands groupes principaux : les neurotransmetteurs classiques de transmission des influx nerveux dont j'ai souvent parlé dans mes articles et les "neuropeptides", très grosses protéines formées de plusieurs acides aminés.
            Parmi les classiques, surtout le glutamate, mais aussi l'aspartate et la sérrotonine (qui régule aussi l'humeur); quant aux neuropeptides, ils sont une vingtaine, mais le plus important est la "substance P", qui participe aussi à la régulation de l'humeur et del'anxiété dans le cerveau.
            La substance P entraîne des flux nerveux "lents" , correspondant à des douleurs lancinantes, alors que le glutamate engendre des influx rapides, consécutifs à des douleurs aigues et les signaux empruntent des fibres nerveuses différente.
            La figure ci dessous montre les réactions complexes au niveau des nocicepteurs; à noter que l'inflammation au niveau des tissus nous oblige à penser à les préserver, mais aussi nous immobilise partiellement ce qui les protège aussi.
            Certains nocicepteurs ne réagissent pas aux stimuli habituels, mais seulement aux substances chimiques produites lors d'inflammation et d'enflure.

 http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/a03mdou1a.jpg
 
            Les molécules anti-douleur.
 
            L'opium était sans doute déjà connu des Sumériens, environ 3 000 ans av. J.-C. comme ayant des vertus "dormitives" et analgésiques.http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/i03mdou2d.jpg
            Ce n'est qu'en 1925 que la structure moléculaire complexe de la morphine est décrite par le chimiste britannique Robert Robinson, et à partir de 1952, il est possible de synthétiser chimiquement la morphine ou ses dérivés. Cette synthèse chimique donnera naissance à des composés dont la structure est proche de la morphine, (codéine par exemple), mais dont les effets diffèrent quelque peu.
            Mais notre organisme produit des opiacés endogènes, que l'on désigne sous l'appellation d'endorphines et qui sont de petites protéines (ou peptides).
            Elles agissent aussi au niveau de l'éveil, du stress, et du circuit de récompense.
            Parmi ces substances, les plus connues sont les "enképhalines".
 
            Ces diverses substances sont piégées par des récepteurs au niveau des synapses et ils peuvent soit induire un certain blocage, soit engendre un influx nerveux sur un neurone engendrant un signal négatif de blocage ou de diminution du signal induits par les neurones de la voie ascendante de la douleur.
 
 
            Les récepteurs des neurones qui détectent la douleur.
 
            Les nocicepteurs ont leurs propres récepteurs qui déclenchent leurs signaux nerveux.
Ce sont, dans la paroi des cellules, de grosses protéines qui laissent passer certaines substances au travers de "canaux ioniques". (cylindres rouges ou bleus sur la figure)
 
            On distingue trois grandes catégories, comme le montre ce schéma donné par l'université Mc' Gill de Montréal :
            - Les protéines de la famille ENaC/DEG agiraient comme transducteurs mécaniques.
            - Les canaux TRP (de "Transient Receptor Potential", en anglais) sont sensibles à des stimuli nociceptifs de différentes natures. Ce sont en quelque sorte des "généralistes" qui laissent entrer du calcium et du sodium dans le nocicepteur, et qui sont sensibles à la capsaïcine, créée dans les tissus par créé par les protons extracellulaires (l'acidité) et la chaleur.
            - À l'opposé, des récepteurs comme les ASIC (pour "Acid-Sensing Ion Channels", en anglais) sont des "spécialistes" qui ne répondent qu'à un seul type de stimulus, en l'occurrence les protons extracellulaires. Ceux-ci sont relâchés avec le contenu des cellules lésées ou encore produits par les muscles trop sollicités, par exemple acide lactique.
 
http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/a03mdou1b.jpg
 
 
            La compréhension du mode d'action de ces différents récepteurs intimement associés à la nociception est essentielle pour ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques. En effet, les antidouleurs déjà existants comme les opiacés et les anti-inflammatoires non stéroïdiens agissent également sur des récepteurs en dehors des voies de la douleur, produisant des effets secondaires indésirables, notamment une accoutumance.
 
            Les protéines extraites du venin du mamba agiraient directement sur les voies montantes de la douleur, en bloquant les récepteurs ASIC, et donc n'auraient pas les inconvénients précités.
 
            J'espère que ce petit cours de chimie biologique n'a pas été trop pénible.
            Maintenant que vous savez ce que sont les ASIC, vous savez pourquoi le venin de mamba pourrait être efficace contre la douleur.

Mercredi 10 octobre 2012 à 8:57

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/d03crdou1a1.jpg

          
Quand je me donne un coup de marteau sur un de mes doigts en bricolant, j'ai tout de suite une sensation de douleur , qui pour moi provient du doigt, mais ce n'est pas le doigt qui a mal mais moi !
            Les nerfs sensitifs de mon doigt transmettent d’abord leurs influx nerveux à la moelle épinière qui les transmet à son tour au cerveau. Et c’est l’activité nerveuse de certaines régions du cerveau qui va alors me faire ressentir de la douleur à cet endroit précis., puis me faire crier de gros mots, et frotter mon doigt jusqu'à ce que la douleur disparaisse.
Sans doute aurai je ensuite un "bleu", mais c'est alors un phénomène sanguin.
            Quelles sont ces régions du cerveau et comment collaborent-elles pour nous faire ressentir les nombreux aspects de la douleur (localisation, intensité, choc, coupure ou brûlure, aspect psychologique....).
            C'est en fait assez compliqué (il n’y a pas de "centre de la douleur" unique dont la seule activité pourrait rendre compte de toutes les facettes de la douleur et donc, aucune lobotomie d’une région particulière du cerveau ne ferait disparaître complètement la douleur), et je vais être obligé de beaucoup simplifier, en partant du schéma ci dessous, emprunté à l'université Mc'Gill de Montréal, que jai un peu complété.
            Les centres du cerveau qui participent à ces sensations sont reliés entre eux par un réseau que les chercheurs appellent "le réseau de la douleur".
 
            Nous avons dit que le signal nerveux de douleur remontait la colonne vertébrale dans les nerfs qui suivent la moelle épinière, et ils arrivent à l'entrée du cerveau, dans la partie intermédiaire entre la moelle et le cerveau que l'on appelle le "tronc cérébral", et plus particulièrement dans ce qu'on appelle la "formation réticulée".
            L’activation de la formation réticulée contribue aux réactions d’éveil et de vigilance associées à la douleur. Ses neurones peuvent agir sur le rythme cardiaque, la pression artérielle, la respiration et d'autres fonctions vitales que la douleur peut affecter. C’est aussi la formation réticulée qui fait qu’une douleur peut passer inaperçue si notre attention est focalisée sur une tâche captivante.
            Les voies ascendantes de la douleur vont ensuite dans le grand relais sensoriel qu’est le thalamus et notamment dans un petit centre dont nous n'utiliseront que l'abréviation, le VPL (ce n'est pas le carburant pour voitures, mais le "noyau ventral postlatéral").
            Ce noyau VPL est relié au cortex somato-sensoriel qui voit arriver toutes les sensations de toucher venant du corps (d'ailleurs par l'intermédiaire du VPL), et donc il y a alors localisation de la douleur.
            La partie médiane du thalamus est ensuite reliée au cortex moteur (en avant du somatosensoriel, mais non représenté) qui va participer à l'élaboration des réactions motrices liées à la douleur. (nous éloigner par exemple un membre de la zone dangereuse).
          Les noyaux intralaminaires du thalamus situés tout près de la région médiane, vont envoyer des connexions vers le cerveau émotionnel, notamment les noyaux amygdaliens et les cortex insulaire et cingulaire antérieur. Il est donc impliqué dans la composante émotionnelle désagréable de la douleur et à la réponse comportementale destinée à l’amoindrir.
            Puis environ 300 ms après tout ce circuit, l'information arrive au "patron", le cortex frontal, avec tous les éléments concernant l'interprétation de la douleur. Il va prendre à son tour des décisions qu'il enverra aux régions du cerveau concernées (par exemple frotter mon doigt ou lui mettre de la glace dessus.
            Le cortex préfrontal est impliqué dans la conservation de l’attention, mais aussi dans l'apprentissage des sensations de douleur, et donc dans le développement d’un sentiment négatif associé à ces situations, ainsi qu'au maintien temporaire d’idées, d’informations ou de pensées en vue d’un contrôle cognitif, afin de jouer un rôle dans l’anticipation d’un soulagement.
         D’autres structures sous-corticales contribuent à différents phénomènes associés à la douleur, notamment l’envoi d'informations nociceptives à la structure régulatrice végétative qu’est l’hypothalamus et aux centres amygdaliens, qui seront à l'origine de l’augmentation de la sécrétion des hormones de stress et de l’activation du système sympathique provoquant des réactions au niveau du coeur, de la circulation sanguine notamment....
            Les mêmes projections, en activant le striatum, favoriseront les réponses motrices d’alarme en grande partie automatiques déclenchées par une stimulation douloureuse.
 
            Nous avons parlé du chemin "ascendant" de la douleur; il existe aussi un chemin "descendant", qui commande des "portes", qui, tout au long des voies ascendantes de la douleur, peuvent se fermer pour rendre plus difficile le passage de l'influx nociceptif. Le même degré d'activité d'un signal de la douleur ne va donc pas conduire à la perception de la même intensité douloureuse selon le degré d'ouverture de ces portes situées au niveau des principaux relais des voies de la douleur.
            Il existe trois niveaux de contrôle exerçant ce rôle de filtre biologique pouvant réduire le passage de l'influx douloureux :
            On distingue trois types de contrôle exerçant ce rôle de filtre biologique pouvant réduire le passage de l'influx douloureux :
                         - des contrôles situés dans la moelle épinière d'origine périphériue
                         - des contrôles déclenchés par la douleur montante au niveau du bulbe rachidien et du tronc cérébral; 

                         - des contrôles centraux, dont le cortex préfrontal est l'un des principaux acteurs.
            Le contrôle est exercé par des neurones qui reçoivent des influx qui leur font émettre un influx négatif, qui va bloquer ou diminuer le signal des neurones qui transportent l'information montante de la douleur.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/d03cldou2a.jpg
 
            Les synapses de tous ces neurones permettent la transmission du signal douloureux ou de son blocage et à leur niveau interviennent des neurotransmetteurs chimiques.
 
            Nous en parlerons dans l'article de demain.

Jeudi 23 février 2012 à 8:01

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/odorat.jpg

            J'ai lu dans le journal "La Recherche", un article qui rend compte d'une découverte japonaise assez originale.

            Les odeurs (agréables ?) de  nos aliments avant une sieste peut (peut-être car les essais ont été faits sur la souris), préserver nos neurones du bulbe olfactif.

            Malheureusement, les neurones ne se reproduisent pratiquement pas à l'âge adulte, sauf ceux du bulbe olfactif, qui interprète dans notre cerveau, les odeurs que nous sentons avec notre nez.
            De nouveaux neurones apparaissent en permanence dans ce centre nerveux de notre cerveau, et on sait que la moitié de ces nouveaux neurones disparaissent deux semaines après avoir intégré les circuits nerveux et que ces neurones éliminés sont remplacés par de nouvelles cellules nerveuses, dont la moitié disparaît à son tour.
            Jusqu'à présent on pensait que les cellules qui disparaissaient étaient génétiquement prédisposées à mourir.

            Takeshi Yokoyama et son équipe de l'université de Tokyo ont montré que la réalité était très différente, du moins pour des souris. Ils viennent de montrer que c'est l'environnement de la cellule, le contexte dans lequel elle est produite, qui fait qu'elle meurt ou pas.
            Le repas et le sommeil joueraient un rôle majeur dans ce processus. En comptant les neurones dans des coupes cytologiques de bulbe olfactif de souris à différentes heures de la journée, ils ont montré que le processus de mort cellulaire se déroulait pendant le sommeil qui suit un repas.
            Il semblerait que la sélection des neurones destinés à mourir, aurait lieu sous l'effet d'une hormone sécrétée pendant le sommeil, d'un peptide fabriqué après l'ingestion de nourriture, ou sécrété par les centres nerveux lors du rêve, pendant le sommeil paradoxal.
            Il semblerait même que les neurones qui survivraient, seraient ceux sélectionnés par les odeurs émises durant le repas précédant le sommeil.
            Lorsqu'une molécule odorante se fixe sur son récepteur, dans le nez, l'influx nerveux qui parvient jusqu'au bulbe olfactif, "marquerait" les nouveaux neurones qui s'y trouvent et qui réceptionnent ce signal électrique, et ils seraient alors protégés, d'une façon qui n'a pas encore été identifiée. Lors du sommeil paradoxal qui suit le repas, ils sont les seuls à échapper à la mort.

            De plus ces nouvelles cellules qui viennent de naître, sont hyper-réactives : elles discriminent très bien les différentes odeurs, les reconnaissent et assurent une très bonne mémorisation de l'information ainsi perçue, alors que cette propriété se perd très vite, en moyenne quatre semaines après la naissance des nouveaux neurones du bulbe olfactif.

            Moralité (pas sérieuse !) : mangez des mets agréables avant de faire une sieste, vous sentirez mieux après puisque moins de neurones du bulbe olfactif seront éliminés et qu'ils seront tout jeunes et beaucoup plus sensibles. lol

Lundi 20 février 2012 à 8:17

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

             Notre système visuel et son interprétation par le cerveau sont relativement bien connus.
Il faudra que je fasse quelques articles à ce sujet, mais ce n'est pas simple à expliquer.

            En particulier, si l'on examine au scanner le fonctionnement de la première couche de neurones qui fait l'interprétation première de notre vision, on s'aperçoit que les neurones en fonctionnement reproduisent l'image que voit nos yeux.
            Le schéma ci dessous reproduit l'expérience faite sur un singe auquel on montre le dessin d'une grille. On voit au scanner l'image reproduite en bas à gauche, qui est celle de l'activité des neurones situés dans le petit cercle rouge, dans le cerveau du singe (aires visuelles de premier niveau).


http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/singeoeil.jpg

           Jack Gallant, de l'Université de Berkeley aux USA a publié en septembre 2011, les résultats d'une recherche au cours de laquelle il a filmé les images du scanner, observant des neurones des aires visuelles humaines, et mesurant les flux sanguins, c'est à dire l'activité des neurones, sur trois personnes qui visualisaient des films.
         Ces données, enregistrées par un ordinateur, permettent ensuite de relier les images entre elles en fonction de l'activité cérébrale, et de reconstruire par un traitement informatique, des images des extraits visionnés..
            Certes la représentation de nos perceptions est encore très floue et ressemble plus aux peintures de Londres dans la brume de Turner qu'à un film HD.
            "La méthode permet pour l'instant simplement de reproduire notre système visuel basique, écrit Jack Gallant. Des formes, des contours, de gros objets...".
           
Vous trouverez à l'adresse suivante un film de cette expérience :
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=nsjDnYxJ0bo
dont j'extrais ci dessous deux images. 

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/neuronesvisuels.jpg

              Mais on peut espérer qu'avec les progrès des scanners, cette technique s'améliorera quant à la netteté de l'image.
             Si la vidéo cérébrale nette n'est peut-être pas pour aujourd'hui, il s'agit néanmoins d'un pas important vers la reconstruction de l'imagerie cérébrale interne du cerveau.           

            Cette réussite pourrait, à terme, nous permettre de voir des images dans notre tête, qu'il s'agisse de rêves ou simplement de films projetés par notre esprit, c'est à dire les images que, en l'absence de toute vision nous nous représentons dans notre cerveau, à l'aide des mêmes centres visuels.
           L'avancée pourrait notamment s'avérer déterminante pour comprendre les victimes d'attaques cérébrales, les personnes plongées dans le coma ou atteintes de maladies neuro-dégénératives qui empêchent de s'exprimer.

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sortir de la tristesse

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