Dimanche 3 mars 2013 à 8:02

Scarification, suicide

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Certaines de mes correspondantes ont eu le malheur d'avoir parmi leur proches qu'elles aimaient, quelqu'un qui s'est suicidé.
            Elles culpabilisent alors de ne pas avoir assez aidé cette personne, de ne pas avoir su empêcher son acte.
 
Je voudrais d'abord remarquer que ce n'est pas spécifique du suicide.
            Quand nous avons perdu une personne que nous aimions beaucoup, et même si nous ne pouvions avoir aucune action sur sa maladie ou sur l'accident qui l'a emportée, nous nous reprochons toujours de ne pas avoir su faire plus, de ne pas avoir été là au bon moment, alors que le destin en a décidé autrement.
            Même si ce n'est pas logique et rationnel, c'est un regret courant et naturel. Aider ceux qu'on aime est heureusement quelque chose d'instinctif chez l'homme.
            Le problème essentiel n'est pas que nous n'ayons pas ce regret, mais qu'il ne dure pas trop longtemps, car il peut alors fortement perturber notre vie et c'est ce que je constate chez certaines de mes correspondantes.
 
Ce sentiment de culpabilité est donc naturel, mais il faut que vous essayez de lutter contre lui.
        Si votre ami(e) vous avait appelé(e) à l'aide lorsqu'elle a eu des intentions suicidaires, et que vous n'ayez pas pu l'en empêcher, je comprends que ce soit très difficile à accepter. Cependant même dans ce cas, vous ne devez pas vous faire de reproches. C'est extrêmement difficile de trouver les paroles efficaces et de l'empêcher de passer à l'acte, si on n'est pas près de la personne géographiquement et physiquement, car le seul moyen vraiment efficace estt alors de l'empêcher matériellement d'agir. (Il m'est arrivé un jour d'envoyer les pompiers chez une jeune que j'avais peur de ne pas avoir convaincue).
        A distance on n'a que la parole et ce que l'on dit, provient de son propre mode de réflexion ou de sentiments, ou de ceux qui résultent des conversations que l'on avait habituellement avec la personne.
 
Seulement la personne n'est pas dans son état normal : comme je vous l'ai expliqué, elle ne raisonne plus normalement. Alors que vous n'ayez pas su trouver les mots qu'il fallait dire, n'est pas une faute de votre part.
        Il aurait fallu que vous raisonniez comme celui ou celle que vous vouliez empêcher d'agir et cette personne était dans un instant de folie, et vous ne partagiez pas cette folie !
        De plus, c'était pour vous la première fois où cela arrivait et quand on n'a pas l'expérience d'une telle situation, on a tendance à s'affoler soi même et à ne pas savoir que faire d'efficace.
        Mais dans les cas que je connais, la personne qui voulait disparaître n'a pas appelé et elle est passée à l'acte seule, sans essayer de se raccrocher aux gens qu'elle aimait. C'est injuste, inhumain, mais il ne faut pas lui en vouloir, elle ne savait plus ce qu'elle faisait, son cerveau tournait à vide; elle se sentait seule, désespérée, inutile, et ne voulait pas, ne pouvait plus se souvenir de ceux qui vivaient, de ceux qu'elle aimait, sinon elle ne se serait pas suicidée.
 
Il arrive parfois que ce soit en réalité un accident, une overdose non voulue, une potentialisation de médicaments entre eux ou de somnifères par l'alcool. Vous n'y êtes pour rien et la personne non plus, sinon elle se serait abstenue.
            Souvent c'est une personne sous l'effet de la boisson de la drogue, ou de médicaments qui a alors fait un geste désespéré. Dans ce cas, vous ne pouviez rien faire. Même sur place, le seul moyen d'arrêter une personne complètement inconsciente de ses actes, c'est de l'attacher ou de l'assommer.
        Même lorsque la personne n'était pas sous une telle emprise, le désespoir, comme je vous l'ai décrit dans mes précédents articles, associé à la fatigue, à l'isolement de la nuit, aboutit à un état dépressif tel, que la personne est presque aussi inconsciente de ses actes et surtout de leurs conséquences, que si elle était sous l'emprise d'un stupéfiant. La personne oublie ses espoirs, ses liens, ceux qu'elle aime, et n'a plus qu'une idée en tête, mettre fin à son tourment, et la mort lui apparaît comme la seule issue possible, même si cette issue est en réalité fallacieuse.
       Comme je vous l'ai dit, ces “overdoses de tristesse” sont comme des coup de folie : comme l'on dit vulgairement, la personne “pète un câble”, en fait, tous les câbles qui la retiennent à la vie.
 
Vous me direz que vous auriez dû prévoir cela et aider la personne avant qu'elle n'en arrive là, que vous n'avez pas vu la gravité de la situation.
        C'est encore un raisonnement fallacieux.
        Si c'était possible de prévoir ainsi, mais on arriverait presque toujours à intervenir à temps et il n'y aurait pas ou très peu de suicides.
        En fait un “coup de folie”, cela ne se prévoit pas. Il est probablement dû à des modifications de concentration dans le sang, des neurotransmetteurs dans le cerveau, et cela ne se voit pas tant c'est brutal.
        Une personne qui se suicide n'est évidemment pas joyeuse et sans problème avant son acte, mais elle paraît, la plupart du temps, dans un état normal, ou en tout cas, pas plus alarmant qu'en temps normal.
        Rien en général ne laisse prévoir son geste, sauf si elle veut faire cette tentative pour attirer l'attention des autres, toutefois, dans ce cas, elle ne veut pas en général mettre fin à ses jours, mais seulement faire peur en tentant de le faire.
 
        Alors je m'adresse à celles qui ont ainsi le remord lancinant de ne pas avoir pu aider un être cher.
        Je ne vous demande pas d'oublier cette personne que vous aimiez, je sais que c'est impossible.
        Mais essayez plutôt de vous rappeler les instants heureux passés avec elle, ceux où elle était joyeuse et où vous avez passé de bons moments ensemble.
        Dites vous qu'elle vous aimait comme vous l'aimiez, que si elle était encore en vie, elle souhaiterait que vous soyez heureuse et que vous oubliiez son acte
        Dites vous qu'elle souhaiterait que vous continuiez à vivre, que vous n'ayez pas ces regrets et ces remords, qu'elle ne soit pas pour vous une source de culpabilité.
        Vous devez pouvoir vivre sans elle, puisque cette personne ne peut plus revenir près de vous, et elle serait très fâchée de vous empoisonner ainsi la vie.
        Il faut prendre sur vous, non pas de l'oublier, mais de tourner la page.

Samedi 2 mars 2013 à 7:56

Scarification, suicide

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             Il m'est arrivé plusieurs fois de me trouver sur internet, face à une jeune qui m'avait appelé à l'aide, parce qu'elle voulait prendre des médicaments pour quitter la vie et qui tout à coup avait eu peur de son geste.
            Je crois qu'en définitive, si elle m'avait appelé c'est qu'elle ne voulait pas mourir, mais on n'est jamais certain de cela, on n'est pas rassuré, on a peur de ne pas savoir trouver les mots qu'il faut, et on a peur de ne pas réussir.
       Alors peut être puis-je faire quelques remarques, pour le cas où vous vous trouveriez un jour embarqué(e)s dans une telle galère, mais je ne suis pas psy, ce ne sont donc que des observations personnelles.
            Pour faciliter mon texte, je l'écrirai au féminin, mais rien ne changerait si c'était un garçon qui vous demandait de l'aide.
 
Tout d'abord, comment dialoguer ?
            Les mails sont lents; il faut attendre la réponse de l'autre et pendant qu'il écrit, il peut se passer bien des choses dans sa tête..Il faut essayer de faire de tout petits mails pour qu'il y ait un échange rapide analogue à MSN.
            MSN ou un autre chat, c'est mieux, parce que cela va plus vite; il y a un contact immédiat on peut réagir. Mais il est commode d'écrire sur un traitement de texte un “projet de réponse” pendant que l'autre tape son texte pour ne pas perdre de temps et faire ensuite des copier-coller sur la fenêtre MSN. On arrive ainsi à faire presque une “conversation”.
            Ecrire est bénéfique pour celle qui a des intentions de suicide, cela l'oblige à réfléchir, mais en sera t'elle capable, car écrire demande un bon fonctionnement du cortex ?.
             téléphone portable, c'est finalement la meilleure solution, car c'est rapide et on écoute non seulement les paroles, mais aussi les intonations de la voix. Seulement attention, on peut corriger avant d'envoyer un texte, mais on ne corrige pas la parole, alors il faut réfléchir avant de parler!! Ne pas dire de bêtises !!
 
D'abord essayez vous même de rester calme, de ne pas paraître effrayé(e), oubliez surtout vos convictions, votre propre peur de la mort, vos préoccupations à vous.
            Ce n'est pas de vos problèmes, de vos pensées qu'il s'agit, mais de celles de la personne qui est en face de vous et qui vous a appelé(e) et a donc confiance en vous..
            On ne vous demande pas votre avis : on vous demande d'aider celle qui vous appelle.
            Bien sûr il faut arriver à la convaincre, mais on n'est, ni en train de faire un devoir de philo, ni dans une réunion politique, ni en train de discuter avec des copains.  A priori vous ne savez pas comment vous y arriverez, et il va falloir que vous trouviez comment vous allez vous y prendre.
            Vous êtes malheureusement condamnée à improviser, en fonction de ce que l'on vous dira.
 
Une recommandation importante, ne la jugez pas, ne lui dites surtout pas que c'est mal ce qu'elle veut faire. Vous n'êtes pas là pour faire de la morale, mais pour essayer de diminuer une souffrance.
            Ne vous laissez surtout pas embarquer dans une discussion pour savoir si se suicider est lâche ou courageux, si c'est bien ou mal au plan moral ou religieux. Quelle importance ? Croyez vous que cela diminuera sa souffrance ?
            Et quoiqu'elle vous dise, même si vous trouvez idiotes et exagérées les raisons qu'elle vous donne de son envie de mourir, ne doutez pas de sa souffrance.
            Cette souffrance est peut être démesurée par rapport à ses causes, mais elle est réelle, et pour en arriver à désirer mourir, son désespoir sur le moment est grand. Certes il n'est peut être que passager, il passerait peut être rapidement, mais si elle passait à l'acte avant, ce serait trop tard.
 
La première chose à faire, même si vous la connaissez déjà, c'est de l'écouter, même si son langage est un peu incohérent (et plus il l'est plus la situation est critique).
Il faut arriver à savoir ce qui lui arrive, à écouter sa souffrance pour la comprendre et la mesurer.
            Quand vous ne comprenez pas, essayez de poser des questions, doucement, clairement, sans s'énerver, sans l'énerver aussi. Essayez surtout de lui montrer que son histoire vous intéresse, que vous êtes son ami(e), que sa souffrance, vous la faites vôtre.
            Ce n'est que lorsqu'on a bien compris cette souffrance, ses causes et leur importance relative, que l'on pourra vraiment faire quelque chose.
 
Dans un tel moment la personne a besoin d'affectivité de se sentir aidée, épaulée, d'avoir confiance en vous.
            Il faut donc d'abord essayer de la rassurer sur le plan affectif, lui dire qu'on est là, qu'elle peut s'appuyer sur vous, que l'on va essayer de comprendre et de partager sa souffrance, de l'aider à la surmonter, que son état actuel est passager, que cela va aller mieux maintenant que vous êtes là, près d'elle, que l'on peut s'en sortir, que d'autres l'ont déjà fait et qu'elle n'est plus seule pour le faire.
    Et ne croyez pas que parler du suicide avec quelqu'un qui a envie de se suicider augmente cette envie : votre interlocutrice a, au contraire, besoin d'en parler, de “vider son sac”, de partager sa douleur. C'est pour cela qu'elle vous appelé(e).
 
Une chose très importante est de savoir alors si la personne raisonne encore et si des arguments logiques peuvent encore la toucher, ou si elle est en plein délire sentimental, si elle est submergée par sa tristesse et dans ce cas, les arguments raisonnables et logiques n'ont plus de poids.
            Cela vous le verrez à la façon dont elle vous fera part de sa souffrance et des raisons, si son discours est raisonnable et sensé ou au contraire, si il n'est fait que de sensations affectives, de plaintes, de désespoir.
            Car là il va falloir décider de la façon dont vous allez essayer de la convaincre.
            Si elle est  encore en état de raisonner, vous pourrez faire appel à son intelligence, à la logique, à des arguments rationnels. Mais sachez que ces arguments, s'ils sont efficaces avec des personnes qui ont simplement des idées morbides, par contre si la personne est au bord du gouffre, elle ne raisonne plus, et ils sont inefficaces.
   
Alors que faire avec quelqu'un qui, désespérée a perdu tous ses repères rationnels?
            On ne peut plus agir qu'au niveau des sentiments et le but immédiat c'est de forcer le cerveau de la personne à oublier quelques secondes son désespoir pour revenir à la raison : rétablir le contact entre le cerveau émotionnel et le cortex. Et là il faut improviser en fonction de ce qu'elle vous dit.
            L'une de mes correspondante m'a montré qu'elle avait très peur de la mort et j'ai essayé d'augmenter cette peur à tel point que son cerveau tout à coup a réagi “n'en rajoute plus”, est revenu dans le rationnel et on a pu discuter.
            Je connaissais bien une autre de mes interlocutrices depuis quelques mois et elle m'avait confié ses espoir, ses projets futurs qui lui tenaient à cœur et on en avait beaucoup discuté.  Je le lui ai rappelé ces projets que je l'avais aidée à construire, et je lui ai dit qu'elle ne pouvait abandonner, faire cela ni à elle, ni à moi. Et on s'est remis à parler de ces projets, de façon affective d'abord, rationnelle ensuite et l'envie d'un avenir est revenue.
 
            Il n'y a pas de recette miracle, il faut faire au mieux, et si l'on a trop peur de ne pas réussir, appeler quelqu'un d'autre à l'aide.
 
 

Jeudi 28 février 2013 à 8:04

Scarification, suicide

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            Je m'adresserai d'abord à celles qui ont envie de passer à l'acte, mais sans avoir l'intention de mourir, uniquement à titre “d'avertissement” pour attirer l'attention de quelqu'un sur soi, soit des parents, soit de l'être aimé qui vous a délaissée.
            Un tel acte est absurde, tant sur le plan du risque que de l'efficacité.
 
Le risque, malgré vos précautions, n'est pas anodin.
    Vous connaissez mal les médicaments et même si un “vidal des familles” existe dans la bibliothèque, les doses indiquées, ainsi que leurs effets, sont des moyennes, et même si vous avez calculé sans vous tromper celle relative à votre poids, il faut savoir que les sensibilités individuelles peuvent être assez variables, notamment en fonction de votre état de santé ou de réactions par exemple allergiques, ou de potentialisation entre deux médicaments (ou par l'alcool que vous auriez pris pour vous donner du courage).
    Il y a eu des cas où l'ado est tombée dans le coma, et où elle risque, si les cellules du cerveau sont mal irriguées, des paralysies ou autres séquelles graves.
 
L'efficacité de votre geste est très incertaine.
    D'abord un garçon, surtout s'il est jeune, a horreur de culpabiliser. Alors votre geste va plutôt l'éloigner encore plus de vous. Le pire c'est si vous avez fait du chantage : “si tu ne m'aimes pas, je me tue”. Je n'ai pas encore rencontré de garçon aujourd'hui qui supporte cela (peut être en était il autrement au temps des romantiques du 19ème siècle !.)
    Si c'est un garçon sérieux et qu'il a de l'affection pour vous, certes il s'occupera de vous, essaiera de vous aider sur le moment, mais ce n'est pas cela qui le fera changer d'avis s'il n'a pas, ou plus envie de vous aimer.
   
    Et ne croyez pas qu'il admirera votre courage. Il considérera au contraire que vous n'avez pas pensé à vos parents, à vos amis à qui vous allez faire beaucoup de peine. Vous n'avez pas pensé à son chagrin à lui et donc vous n'avez pas tellement d'attachement pour lui.
    Bref il verra beaucoup plus l'aspect “faiblesse” de votre acte que l'aspect “courage” et vous n'en sortirez pas grandie, au contraire. Il trouvera que vous êtes une fille à problèmes, et que cela risque de lui en attirer d'autres s'il continue ou devient votre petit ami.
 
            Vous allez perturber grandement votre vie familiale, semer le désarroi et la peur dans votre famille, et souvent augmenter votre propre peine et vous déstabiliser un peu plus, parce qu'un tel geste est beaucoup plus stressant qu'on ne croit, pour tous ceux qui vous aiment mais aussi pour vous même.
   
            Mais il y a aussi celles qui sont vraiment très tristes au point de penser parfois que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, mais qui ne pensent pas donner un sens à leur geste (j'ai traité cela dans mon dernier article), mais simplement ont cette idée par lassitude de leur état de souffrance.
 
        Dites vous d'abord que tant que vous resterez en état de raisonner, que vous penserez logiquement, vous avez des chances de vous en sortir.
        Voltaire écrivait : “Ce n'est pas que le suicide soit toujours de la folie. Mais en général, ce n'est pas dans un accès de raison que l'on se tue”.
        Il y a des milliers de gens qui souffrent plus que vous, qui sont dans des situations bien plus difficiles et qui s'en sortent, qui s'en sont sortis.
        Il y a aussi ceux qui sont au bord de la mort dans des situations désespérées, et qui luttent pour vivre. Pensez à cette petite fille, atteinte d'un cancer, qui disait à une de mes jeunes correspondantes : “Je voudrais être comme toi... parce que tu vas vivre longtemps...”
 
    Par ailleurs mourir est au contraire une source d'angoisse et de souffrance.   
    Des personnes qui ont fait une tentative, m'ont raconté combien le suicide est pénible. Moi non plus je ne le savais pas, mais celles qui ont essayé m'ont apporté leur témoignage.
    D'abord on a peur avant, et on est très angoissé, on hésite et c'est une véritable torture de l'esprit. Puis juste après, on panique parce qu'on ne peut plus revenir en arrière, que l'on ait pris des médicaments ou que l'on se soit ouvert les veines
    On se sent partir, on a peur, on ne veut plus, on veut revenir à la vie, on crie au secours, aidez moi, soignez moi et personne n'entend. On panique et c'est une souffrance horrible, celle de tout le corps, qui n'est rien à coté de la souffrance uniquement psychologique d'avant sa tentative.
    En plus quand on se rate, si le cerveau est privé trop longtemps d'oxygène on peut rester paralysé toute sa vie.
    La mort sans souffrance, ce n'est qu'un rêve, un rêve absurde et sans espoir.
 
Le suicide n'est pas une fin en soi. C'est la fin de soi
    Quand vous serez morte, vous ne pourrez plus regretter votre geste, vous ne pourrez plus revenir en arrière, vous ne ressentirez plus rien, ni joie, ni souffrance.
    Alors que vous apportera cette issue autre que le néant ?
    Aucune situation, aucun chagrin, aucune personne qui vous a trahie ne vaut la peine que l'on quitte cette vie.
    Ce sont des situations passagères qui nous font certes souffrir, mais elles ne dureront pas éternellement et le bonheur reviendra, alors que la mort est, elle, définitive et tout espoir sera perdu à jamais.
 
    Françoise Sagan disait “Quand on se tue, c'est pour infliger sa mort aux autres.”.  Sans aller jusque là, avez vous pensé à ceux que vous laissez derrière vous, à vos parents, à vos amis, qui seront  désespérés de votre mort et qui culpabiliseront de ne pas avoir pu vous en empêcher.
    Pouvez vous vous sentir responsable de leur peines futures, pouvez vous leur infliger cela, alors qu'il suffirait que vous décidiez de vivre pour leur épargner ce désespoir ?
 
         Enfin ne culpabilisez pas, n'ayez pas honte de vous sentir suicidaire. Vous n'êtes ni folle, ni forte, ni faible, ni incapable, ni idiote. Cela ne veut même pas dire que vous vouliez vraiment mourir, mais que vous avez plus de souffrances que vous n'avez de volonté et de ressources, pour pouvoir être plus forte que cette douleur et la dominer.
            Le poids de cette douleur est trop fort pour vos épaules, et il risque de vous mettre à terre
            En aucun cas je ne vous jugerai, et pour moi, il ne faut ni être courageux, ni lâche, pour penser au suicide, mais simplement ne pas avoir trouvé la clé de la porte de sa souffrance, qui conduit au bout du tunnel
             Il faut donc réagir avant et appeler à l'aide pour que quelqu'un vous soutienne momentanément, vous prête son épaule pour que vous puissiez vous y appuyer, et vous soulage ainsi d'une partie du poids de votre souffrance.
 
 

Lundi 25 février 2013 à 8:05

Scarification, suicide

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(suite de mon article d'hier)

Le désir de mourir :
    On a souvent tendance à croire qu’une personne suicidaire veut mourir. C’est faux : elle veut plutôt cesser de souffrir et non arrêter de vivre. Elle a épuisé les moyens qu’elle connaissait pour mettre fin à sa souffrance.
Son problème l’aveugle et l’empêche de voir les autres solutions qui s’offrent à elle et celles-ci existent. C’est ce que j’appelle “l’overdose de tristesse”.
    Les adolescents peuvent épuiser très rapidement les moyens qu’ils connaissent pour tenter de diminuer leur souffrance d’où l’importance de rester à l’écoute lorsqu’un adolescent vit des difficultés.
 
D'après les statistiques, 80 % des jeunes suicidaires ne sont pas des dépressifs mais uniquement 10 % d'entre eux.
    S'il existe des caractères prédisposants, chaque ado peut avoir des pensées morbides, en raison de cette période de profonde mutation avec ses difficultés spécifiques, et même si apparemment tout va bien.
    Il existe toujours un accident initial :
        - un accident, une agression;
        - un chagrin d'amour;   
        - la perte de la personne aimée;
        - des difficultés relationnelles avec les parents,   
        - de mauvais résultats scolaires;
        - des relations conflictuelles avec ses copains.
 
Même s'il donne parfois l'impression d'être la conséquence d'un événement, la tentative de suicide est avant tout l'aboutissement d'un cheminement souterrain et douloureux.
    Les problèmes familiaux sont parmi les premières raisons évoquées et parmi ceux-ci :
        - les conflits parentaux et conjugaux ;
        - le manque de soutien des parents,
        - les familles recomposées;   
        - les conflits dans la fratrie.
            - dans certains cas, des violences physiques ou morales.
 
   L'environnement sentimental et émotionnel est aussi une source importante de désespoir :
            - la perte d'un amour, surtout le premier.
            - la rupture ou l'éloignement d'amis.
            - la mort de camarades.
            - un climat de violence;
            - les moqueries, critiques, brimades, le racisme.
            - les violences physiques ou morales, notamment le racket.
 
Des évocations au suicide qui sont fréquentes, peuvent être annonciatrices du geste. Il ne faut pas les prendre à la légère.
 
Des causes multiples s’additionnent :
    Il n’existe pas une cause unique expliquant pourquoi certaines personnes ont des idées suicidaires.
Une personne peut vivre des difficultés à différents niveaux dans sa vie ce qui la rend plus fragile. Elle peut rechercher des moyens pour résoudre ses problèmes et se sentir mieux. Lorsque les moyens qu’elle utilise ne sont pas efficaces, le suicide peut commencer à lui apparaître comme la solution lui permettant de mettre fin à sa souffrance. A force de ne pas trouver de solution, ses idées suicidaires deviennet de plus en lpus fréquente et la personne peut commencer à planifier son geste (comment, où, quand).
 
        Une goutte de trop et c’est l’overdose de tristesse :
    Lorsque le vase est trop plein et que la personne envisage le suicide comme la solution à sa souffrance, un événement précis, parfois banal, peut le faire déborder. La personne peut alors basculer et passer à l’acte. Le témoignage que je vous ai rapporté dans mon article du 17 février 2009 en est un exemple.
 
        L’alerte :
C’est effectivement difficile de repérer un jeune ayant des pensées morbide s’il n’en parle pas. On peut cependant indiquer quelques symptômes : dans le monde réel, le mal-être avec l'agressivité et la souffrance ; dans le monde imaginaire : l’adolescent est absent, distant, froid, dans une totale indifférence. Ce sont ces aller-retours d'un état à l'autre qui sont symptomatique de l'entrée dans la trajectoire suicidaire.
    Mais très souvent l’adolescent cache son mal-être sous une insouciance joyeuse pour donner le change et ne pas inquiéter.
 
    L’important, si un(e) de vos camarades à des idées morbides, c’est d’abord de l’écouter de lui montrer que vous tenez à elle, que vous êtes là pour l’aider, mais si vous voyez que cela persiste, il faut alerter des personnes plus expérimentées que vous : l’infirmière du lycée, le professeur principal, vos parents...
    Il ne faut pas laisser le mal progresser
 
            Je continuerai mercredi et jeudi à parler des brimades en classe et de l'aide qu'on peut dire à quelqu'un qui pense trop au suicide.

 

Dimanche 24 février 2013 à 8:11

Scarification, suicide

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           J’ai eu l’occasion ces temps derniers, de parler, avec certaines de mes correspondantes (notamment après le suicide de plusieurs jeunes), d’un sujet pas très gai et un peu tabou, “la mort”, et je crois qu’il n’est peut être pas inutile d’en parler parfois et d’y consacrer quelques articles.
            Déjà un de mes correspondants m’avait demandé si je craignais la mort et je lui avais répondu dans mes articles des 5 et 13 août 2010, que je craignais beaucoup plus de souffrir que de mourir, mais que ma préoccupation actuelle était plus de vivre et d’arriver à faire tout ce que j’entreprenais, occupations peut être un peu trop nombreuses pour le temps dont je dispose, et que parmi ces occupations, il pouvait y avoir aussi celle de préparer ma mort, non pas pour moi, qui n'en aurai plus rien à faire, mais pour ceux qui seront encore vivants après moi (et en fait, je prépare la vie des autres).
            Aujourd’hui je ne voudrais voir l’attitude de l’homme adulte face à la mort, mais celle des adolescents.
 
            L'enfant vit dans le présent, il prévoit peu son avenir et la mort lui est au départ inconnue et elle va le rester s'il n'y est pas confronté dans sa famille ou ses camarades. L'enfant s'éloigne peu à peu de la protection du nid familial, mais il découvre peu à peu la liberté et l’autonomie et il prend conscience que l'environnement  lui apporte gains et pertes, joies et douleurs.
            La mort évoque donc, pour l’enfant, l’expérience de la perte douloureuse, négative : la mort d’un parent, par exemple, est souvent pour lui la perte majeure de tout ce qu’il aime, de tout ce qui lui donne son sentiment de sécurité et là, il n’y a pas de compensation.
            La relation à la mort existe aussi dans les pulsions agressives ainsi que dans les « vœux de mort » de l’enfant vis à vis de ses parents ou camarades et dont les parents devraient l’aider à prendre conscience de leur signification, et à en faire un meilleur usage.
            L’enfant cherche à donner un sens à la mort, une explication(une punition, l’effet de vœux de mort), une justification (« pour laisser la place aux autres »), l’attribue à la vieillesse (qui est un temps si lointain qu’il pense ne jamais l’atteindre, et donc son angoisse est limitée).
 
            A l’adolescence, les questions sur la mort vont ressembler à celles que se posent les adultes, même si le langage est différent; elles portent surtout sur les modalités de la mort, sur l’angoisse et la souffrance (ça fait mal ?), sur ce que pense celui qui meurt (a-t-il peur, regrette-t-il sa vie, en veut-il aux vivants), sur ce qu’il devient dans leur vie à eux (est-il oublié, etc. ?).    
            La mort représente la solitude, le temps qui ne passe plus, l’impossibilité de faire ce qu’on faisait avant, le fait de ne plus être avec les autres, etc.
            Si cette présence de la mort peut se traduire parfois par des conséquences bénéfiques, par exemple des vocations médicales (vouloir combattre la mort) ou artistiques (représenter l’irreprésentable, faire intensément exister l’image, de ce qui n’est plus là...), elles peuvent aussi s’exprimer par l’attrait pour certaines oeuvres (livres de fantômes ou livres policiers), dans les sports dangereux (qui peuvent apparaître comme un jeu avec la mort, comme pour la défier ou s’en approcher au plus près, par curiosité), ou dans des comportements violents ou d’autodestruction (comme si la personne se sentait obligée de reprendre à son compte la violence insupportable de la mort pour ne pas lui laisser ce privilège).
 
            J’ai bien des fois été confronté à des adolescents qui pensaient trop à la mort, et pour un adulte, c’est beaucoup plus difficile de comprendre un adolescent pour lequel la mort est une obsession, alors qu’il a tout pour être heureux, ou que du moins, ses problèmes ne sont ni majeurs, ni vitaux, et cela d’autant plus qu’en général, il ne sait pas expliquer son attitude.
            Il faut alors beaucoup l’écouter, questionner, essayer de comprendre son environnement, mais c’est effectivement difficile de savoir comment l’aider à sortir de cette phase dépressive et dangereuse pour lui.
            Quant aux suicides, les jeunes que j'ai côtoyés et qui avaient des pensées morbides, n'avaient pas réellement envie de mourir et en avaient même peur, mais ils souffraient et à un moment ils avaient une "overdose de souffrance" qui arrivait comme une pulsion, et risquait de les entraîner vers l'acte fatal.
            On ne peut malheureusement être tout le temps près d'eux et les empêcher de ressentir cette chute brutale vers le gouffre.
            Alors il faut leur apprendre à en parler avant, quand ils ressentent qu'ils n'en peuvent plus, mais sont encore lucide, et s'ils en parlent à des camarades, il faut que ceux-ci alertent des adultes : les parents, les profs, l'infirmière de l'école.... Et les adultes doivent tout de suite croire au danger et intervenir, faire parler, écouter. Il ne faut pas perdre une minute.
            La mort est là qui rode, et elle agit très vite dans un esprit qui a perdu sa lucidité, quand " l'overdose de tristesse te de souffrance " l'a submergé.

Mardi 25 septembre 2012 à 8:51

Scarification, suicide

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           J'ai, ces derniers temps, été confronté à 3 cas de scarification, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps, tous les trois à la rentrée des classes, à l'aide de la pointe d'un compas. J'ai pensé qu'il était utile de refaire un article à ce sujet.
(nota : je ne parle pas de la scarification "artistique" qui s'apparente à un tatouage, mais d'automutilation).
 
            Je voudrais d'abord rappeler que c'est d'abord une question de société (pour ne pas dire de mode) dans ce domaine. Ni quand j'étais ado, ni quand mes enfants l'étaient, les jeunes n'auraient jamais songé à se scarifier, car c'était une action inconnue, qui s'est répandue il y a une dizaine d'années.
            Cela dit, le jeune qui se scarifie a un problème et sa scarification exprime sa souffrance, et donc il ne faut pas prendre son action pour un caprice, mais essayer de comprendre ce qui lui arrive.
 
            Traitons d'abord le problème du risque.
            Il y a un risque grave, mais rare, c'est d'atteindre une veine ou une artère. On risque une hémorragie importante et cela se termine à l'hôpital.
            Un autre risque plus courant est celui de l'infection. La pointe d'un compas notamment, qui a traîné dans une trousse, est relativement sale et peut donc contaminée l'écorchure.
            Une infection non soignée peut être grave, et il est recommandé de désinfecter les olaies provoquées par une scarification.
            La conséquence la plus importante est la trace que laisse la scarification sous forme de cicatrices assez peu esthétiques. Je connais quelques jeunes qui, ainsi auront des cicatrices pendant plusieurs années, sur les bras ou sur les jambes et l'été, quand il fait chaud, à la plage, ou à la piscine, ce n'est pas beau et cela se remarque.
            Par contre la scarification n'est ni un signe de dépression, ni celui d'envies suicidaires. Il est rare que ces états soient associés, mais c'est un signe précurseur d'alerte de mal être, qu'il faut prendre au sérieux.
 
            Pourquoi se scarifie t'on ?
             Dans beaucoup de cas c'est un appel à l'aide, c'est montrer qu'on a un problème auquel les autres n'ont pas fait attention, qu'on est seul(e), face à ce problème, démuni(e). C'est souvent le cas face à un traumatisme, un conflit, la peur d'un certain avenir ou des conséquences d'un acte. Le divorce des parents, un deuil, un conflit avec les parents, les professeurs ou les camarades de classe, une déception amoureuses sont des origines courantes.
            Dans des cas plus grave où le jeune souffre vraiment, c'est essayer d'oublier sa souffrance, en s'infligeant une souffrance physique qui vous fait oublier la souffrance morale.
            Dans quelques cas où on se reproche quelque chose, c'est alors une punition qu'on s'inflige.
            Chez de jeunes adolescentes, qui à la suite de la puberté n'aiment pas leur corps, se trouvent souvent trop grosse, car la formation leur a fait prendre quelques kilos (ce qui est normal d'ailleurs et pas une raison de surpoids), c'est aussi une réaction pour dire à ce corps qu'on le méprise et qu'on peut l'enlaidir sans le regretter.
            Enfin dans quelques cas particuliers où la jeune souffre d'un certain sentiment d'infériorité ou de non reconnaissance, surtout de ses camarades c'est un défi : "je suis capable de m'infliger cela !
            Mais hormis ce dernier cas, l'ado est en général honteuse de son geste et culpabilise.
 
            Que faire face à cette situation.?
            Surtout ne pas sévir, ne pas fustiger l'acte, cela ne fera qu'aggraver les choses en culpabilisant l'ado un peu plus.
            Il faut essayer de créer un dialogue et de connaître peu à peu la raison de cet acte.
            Puis il faut discuter de ces raisons
                        - d'une part au plan sentimental, car la scarification est en général une action subjective et liée à des émotions.
                        - d'autre part au plan logique, car les raisons n'étant pas au départ objective, il faut redonner à la situation ses aspects objectifs et logiques que l'ado n'a pas envisagés. Il arrive parfois qu'au bout de la discussion on puisse montrer que le ou la jeune a fait une montagne d'une situation finalement banale, car elle n'en n'avait ni les clés, ni les éléments.
            Si l'on arrive à expliquer la cause et à la ramener à de justes proportions, comme on a aidé l'ado à comprendre son problème, qu'on s'est intéressé à son cas et qu'il ne se sent pus abandonné, en général la scarification cesse.
            On peut alors lui parler des risques pour l'inciter à ne pas recommencer.
 
            Ce qu'il ne faut pas faire c'est surtout ignorer le problème et ne pas en parler. Car le problème et la souffrance restants présents, l'ado continuera à se scarifier et cela peut devenir un besoin une addiction, comme l'alcool, la drogue ou le jeu, et si on arrive à ce stade, ce sera beaucoup plus difficile à cesser, comme lorsqu'on veut arrêter de fumer.
            En effet si la scarification apporte sur le moment, un certains mieux être, les problèmes ne sont pas supprimés pour autant et deviennent ensuite encore plus insupportables; on est donc incité à recommencer pour apaiser sa souffrance et peu à peu, l'addiction s'installe ainsi.
            Et dans le cas de traumatismes graves, on peut aller vers la dépression.
           
            Je constate que malheureusement les parents ne font pas assez attention au comportement de leurs ados et ont beaucoup de mal à créer le dialogue. L'ado n'aime pas se confier à ses parents qui ont l'autorité parentale et donc le jugent.
            Souvent l'ado se confie mieux à quelqu'un qui n'est pas de son entourage, qu'il ne rencontrera jamais dans ce cadre.
            C'est la raison pour laquelle des jeunes qui se scarifiaient m'ont souvent raconté leurs problèmes et qu'on les a ramené ensuite à des proportions plus raisonnables.
            Je suis prêt à aider encore des jeunes qui se sentent perdus dans cette galère de la scarification, et/ou au milieu de leurs problèmes, mais s'il m'écrivent ou mettent un com sur mon blog, qu'ils pensent que, avec leur seul pseudo, je ne peux leur répondre et qu'il faut me laisser soit une adresse de blog, soit une adresse électronique, qu'on peut toujours créer avec un pseudo pour l'occasion.

Mercredi 2 mars 2011 à 8:18

Scarification, suicide

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    Dans mes relations avec mes jeunes correspondant(e)s, j’ai l’impression que nos idées et notre confrontation à la mort sont très différentes.
    Paradoxalement, moi qui en suis plus proche, je la voit d’un oeil plus serein.

    Les articles de psychiatres que j’ai pu lire sur la vision de la mort d’un enfant, semblent également montrer que, même s’il est inévitablement influencé par les conditions de vie et les façons de penser de sa famille mais aussi de la société dans laquelle il vit, sa façon de voir la mort n’est pas celle d’un adulte.
    Tous les enfants et les adolescents se confrontent à la mort, à sa réalité autantqu’aux questions qu’elle pose. Elle est pour eux un élément de la réalité, en particulier par l’absence qu’elle provoque, mais aussi une question, en raison de l’inconnu qu’elle représente.
    Mais aujourd’hui, pour de nombreux enfants, la mort n’est plus en relation seulement avec la vieillesse, l’accident ou la maladie, car même s’ils ne sont pas confrontés directement ou par le récits de parents, à des famines, des catastrophes naturelles, des guerres civiles ou des génocides, les médias montent tellement de scènes de ce type, notamment à la télévision, qu’ils ne peuvent plus ignorer les horreurs morbides correspondantes.
    Les risques sanitaires font aussi la une des médias.
    Par contre les rites funéraires et le culte des morts ont considérablement diminué, notamment en raison de la dispersion des familles.
    Certains adolescents sont attirés par des éléments culturels dans lesquels la fascination de la mort est présente, (gothique et satanique, par exemple, jeux violents...),
par des manifestations de violence, des sports extrêmes, des conduites à risques, l’usage de drogues etc...
    Mais, dans son approche de la mort, l’enfant est aussi influencé par les événements de sa vie et par son environnement culturel et religieux, mais aussi par l’attitude de ses parents et les décès qui interviennent dans sa famille, voire même par la mort d’un animal familier.

    Les psychiatres et psychologues décrivent diverses conceptions de la mort chez l’enfant. Certains considèrent que l’enfant passe par de grandes étapes de développement, dont le rythme peut varier d’un enfant à l’autre mais qu’il est supposé suivre dans un ordre identique.
    Jusqu’à deux ans, l’enfant ne peut avoir de conception abstraite, qui ne viendra vraiment qu’avec le langage.
    Jusqu’à sept ans environ, l’enfant pense aux choses pour les réaliser, aux désirs pour obtenir, mais il a acquis la notion d’absence, de séparation de ses parents partis travailler, mais le caractère irréversible de la mort lui échappe et elle lui apparaît comme un sommeil, un voyage, une absence provisoire.
    Il n'en reconnaît ce caractère universel et irréversible que vers neuf ou dix ans et encore j’ai vu des jeunes de cet âge, très férus de jeux sur ordinateur, s’étonner que des personnes réellement mortes n’aient pas “plusieurs vies”, comme dans leurs jeux.
    Ce n’est que vers une douzaine d’années qu’il commence à avoir plus conscience, avec angoisse, de la réalité de la mort et de sa complexité ainsi que de sa propre mortalité.

    Pour d’autres psychologues, de telles étapes de développement existent bien mais elles ne sont pas homogènes et chacun des différents thèmes partiels qui constituent la conception de la mort évolue à son propre rythme.
    Cette conception de développement hétérogène distingue cinq principaux thèmes concernant la mort :       
        - l’arrêt des fonctions vitales que l’enfant attribue à tout vivant (manger, respirer, bouger, parler, etc.) ;
        - l’irréversibilité (la mort est définitive) ;
        - l’universalité (nul n’y échappe) ;
        - la causalité (la mort a une cause : un acte violent ou un accident, ; des causes naturelles, comme la maladie, ou surnaturelles pour les plus âgés, comme, par exemple, l’effet d’une justice immanente) ;
        - sa propre mortalité (lui aussi est mortel)..

    Certains psys, un peu torturés par les conceptions freudiennes sur les relations parents-enfants, considèrent que c’est la façon dont l’enfant perçoit la place de ses parents dans sa vie et sa propre place dans sa famille qui est au coeur de sa conception de la mort.
    L’enfant découvre que ses parents sont à l’origine de sa vie, et en conséquence il se demande s’ils n’auraient pas aussi le désir de la lui retirer ; il les considère pendant longtemps tout-puissants, et attend donc tout d’eux, bien au-delà du raisonnable et du réaliste, par exemple qu’ils le protègent de tout danger, de toute maladie, et donc de la mort.
    À l’adolescence il a besoin de trouver son autonomie, quitte à imaginer la mort de ses parents pour pouvoir trouver sa libre place dans le monde ; il fait ainsi la découverte bouleversante de leur nature mortelle et donc de sa propre mortalité.
    Après la crise de l’adolescence, dans laquelle ce questionnement sur la mort et les relations complexes et parfois tumultueuses à ses parents qui en découlent, occupent une place importante, il accepte cette nature mortelle d’eux et de lui, et assume son statut d’adulte et notamment l’idée de transmettre la vie à son tour.
    Par contre la mort la mort d'une autre personne apporte une perte et en général rien de positif en échange.
    L’enfant fait en permanence l’expérience de la perte de quelques chose, mais il trouve en général une compensation par un élargissement de sa vie :
    - la séparation fusionnelle du bébé et de sa mère, mais il va alors mieux connaître les autres membres de sa famille, et le sevrage qui change ses habitudes mais lui fait découvrir les aliments.
    - l’acquisition du langage lui fait certes perdre la complicité intime avec ses parents, qui le comprenaient sans qu’il ait besoin de parler, mais elle lui procure d’innombrables avantages relationnels.
    - à l’adolescence, il perd beaucoup des éléments de l’enfance auxquels il tenait, et en particulier l’image rassurante de la toute puissance de ses parents qui devaient le protéger de tout. Il connaît maintenant leurs défauts et leurs limites. Ils sont mortels, et lui aussi.
    Mais en revanche il découvre peu à peu la liberté et l’autonomie.
    La mort évoque donc, pour l’enfant, l’expérience de la perte douloureuse, négative : la mort d’un parent, par exemple, est souvent pour lui la perte majeure de tout ce qu’il aime, de tout ce qui lui donne son sentiment de sécurité et là, il n’y a pas de compensation.
    La relation à la mort existe aussi dans les pulsions agressives ainsi que dans les « voeux de mort » de l’enfant vis à vis de ses parents ou camarades et dont les parents devraient l’aider à prendre conscience de leur signification et à en faire un meilleur usage.
    L’enfant cherche à donner un sens à la mort, une explication(une punition, l’effet de voeux de mort), une justification (« pour laisser la place aux autres »), l’attribue à la vieillesse (qui est un temps si lointain qu’il pense ne jamais l’atteindre, et donc son angoisse est limitée).

    A l’adolescence, les questions sur la mort vont ressembler à celles que se posent les adultes, même si le langage est différent; elles portent surtout sur les modalités de la mort, sur l’angoisse et la souffrance (ça fait mal ?), sur ce que pense celui qui meurt (a-t-il peur, regrette-t-il sa vie, en veut-il aux vivants),sur ce qu’il devient dans leur vie (est-il oublié, etc. ?).     La mort représente la solitude,le temps qui ne passe plus, l’impossibilité de faire ce qu’on faisait avant, le fait de ne plus être avec les autres, etc.
    Si cette présence de la mort peut se traduire parfois par des conséquences bénéfiques, par exemple des vocations médicales (vouloir combattre la mort) ou artistiques (représenter l’irreprésentable, faire intensément exister l’image, de ce qui n’est plus là...), elles peuvent aussi s’exprimer par l’attrait pour certaines oeuvres (livres de fantômes ou livres policiers), dans les sports dangereux (qui peuvent apparaître comme un jeu avec la mort, comme pour la défier ou s’en approcher
au plus près, par curiosité), ou dans des comportements violents ou d’autodestruction (comme si la personne se sentait obligée de reprendre à son compte la violence insupportable de la mort pour ne pas lui laisser ce privilège).
   
    J’ai bien des fois été confronté à des adolescents qui pensaient trop à la mort. Pour certains c’était normal, car ils avaient une maladie grave, mais je pense que même dans ce cas, si cela est plus compréhensible, c’est tout de même à éviter le plus possible car dans la lutte contre la maladie et pour qu’il reste une joie de vivre, l’espoir est indispensable.
    Mais pour un adulte, c’est beaucoup plus difficile de comprendre un adolescent pour lequel la mort est une obsession, alors qu’il a tout pour être heureux, ou que du moins, ses problèmes ne sont ni majeurs, ni vitaux, et cela d’autant plus qu’en général, il ne sait pas expliquer son attitude. Il faut alors beaucoup l’écouter, questionner, essayer de comprendre son environnement, mais c’est effectivement difficile de savoir comment l’aider à sortir de cette phase dépressive et dangereuse pour lui.

   Quant aux suicides, les jeunes que j'ai côtoyés et qui avaient des pensées morbides, n'avaient pas réellement envie de mourir et en avaient même peur, mais ils souffraient et à un moment ils avaient une "overdose de souffrance" qui arrivait comme une pulsion, et risquait de les entraîner vers l'acte fatal.

Mardi 1er mars 2011 à 8:46

Scarification, suicide


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    J’ai eu l’occasion ces temps derniers, de parler, avec certaines de mes correspondantes (notamment après la défénestration d’une enfant de neuf ans), d’un sujet pas très gai et un peu tabou, “la mort”, et je crois qu’il n’est peut être pas inutile d’en parler parfois et d’y consacrer quelques articles.
    Déjà un de mes correspondants m’avait demandé si je craignais la mort et je lui avais répondu dans mes articles des 5 et 13 août 2010, que je craignais beaucoup plus de souffrir que de mourir, mais que ma préoccupation actuelle était plus de vivre et d’arriver à faire tout ce que j’entreprenais, occupations peut être un peu trop nombreuses pour le temps dont je dispose, et que parmi ces occupations, il pouvait y avoir aussi celle de préparer ma mort, non pas pour moi, qui n'en aurai plus rien çà faire, mais pour ceux qui seront encore vivants après moi (et en fait, je prépare la vie.des autres).

    Aujourd’hui je voudrais voir de façon plus générale l’attitude de l’homme adulte face à la mort. Mais bien sûr je n’aurais pas la hauteur philosophique de certaines de mes correspondantes “philosophes” et je dirai par avance à Monochrome Dream, que je ne suis qu’un scientifique plus habitué à la logique qu’aux altitudes de la pensée.
    Mais j’essaierai aussi de réfléchir un peu à ce qu’est la mort pour un enfant ou un ado, car je crois que l’approche est très différente de celle d’un adulte.

    La mort, et plus précisément “sa propre mort” (pas le fait de mourir mais celui d’être mort) est pour tout humain, enfant ou adulte, impensable, irreprésentable, inimaginable.
    Mais c’est justement parce qu’elle est impensable qu’elle occupe une place si importante dans la psychologie de chacun, et qu’il faut y penser, l’apprivoiser, pour qu’elle ne reste pas une inconnue effrayante et qu’elle ne suscite pas des images perturbantes et obsédantes.
    La mort est un sujet difficile et, dans notre civilisation actuelle occidentale, relativement tabou. D’un point de vue philosophique, ce thème est bien entendu étroitement lié à celui du temps et de la religion. Qu’elle soit religieuse ou philosophique, toute réflexion sur la mort a un aspect paradoxal et plein de contradictions.
    De plus la mort a une composante sociale puisque l’homme est le seul animal qui enterre ses morts au cours de cérémonies rituelles, et qui se souvient d’eux (plus plaisamment, on peut dire aussi que l’homme est le seul animal qui connaisse ses grands parents).
    Et tant qu’on y est l’homme est le seul animal qui sache qu’il doit mourir un jour, les autres animaux ne s’en rendant compte qu’à l’approche immédiate de leur mort.

    Je me souviens de mes cours de philosophie au lycée et d’avoir été assez frappé par ce que nous présentait notre professeur : la vie, parcours dans le temps entre deux néants, l’avant naissance et l’après mort. Alors à quoi bon vivre, puisque je ne pourrai réaliser tous mes désirs et mes projets.? Cette conception m’avait paru très intellectuelle et peu réaliste, car au fond que valent nos désirs et quel est le réalisme de nos projets, dans la vie, indépendamment de toute mort ?
    Mais il nous avait fait comprendre que le mort était quelque chose de difficile à imaginer : une “irréalité”. On conçoit mieux la mort d’un autre que la sienne propre !
    Cela et “l’être” et le “non être”, qui n’est pas le néant,  de quoi avoir mal au crâne pour un pauvre élève de terminale.!
    Mais de mes cours de philo et de français, je me souviens aussi des philosophes qui, comme Sartre (reprenant Epicure), niaient presque la mort, avec finalement un réalisme assez logique et fataliste : "tant que j’existe, la mort n’est rien pour moi, et quand elle est passée, je n’existe plus et elle ne me concerne plus. Alors où est le problème ?"
    Je me souviens aussi des auteurs de la renaissance de Villon et ses pendus, Ronsard et du Bellay et leurs incitations à trouver belle la vie et en profiter.

    Nous mourons tous d’un arrêt du coeur, mais ce n’est pas si simple que cela et la question de passage de la vie à la mort est une transition qui apparaît pour tous, même aux non croyants, comme un mystère angoissant.
    En fait un simple arrêt cardio-circulatoire, est qualifié de "mort clinique" et  "l’Organisation mondiale de la santé animale" considère la mort comme « la disparition irréversible de l’activité cérébrale mise en évidence par la perte des réflexes du tronc cérébral », le tronc cérébral contenant les neurones qui par leurs pulsations régulièrement cadencés, commandent le fonctionnement de tout le cerveau et notamment des organes vitaux et de l’horloge biologique (voir mes articles à ce sujet).

    Je ne me lancerai pas dans le problème de l’âme, de la vie éternelle, voire de la résurrection des corps ou de la réincarnation. C’est une question de religion et donc de foi, qui par définition ne se démontre pas. Il y a sur internet des articles très intéressants sur les pensées et les usages, sur les rites aussi, des diverses grandes religions, voire même de certaines sectes.
    La seule remarque que je ferai est que la mort est associée au “mérite de l’au delà” et donc au respect de règles morales, qui varient grandement selon les époques et les endroits et sont édictées par les prêtres ou les personnes se prétendant telles, puisque cela peut aller jusqu’à promette le paradis aux kamikazes qui font des attentats contre les “ennemis de leur religion”.

    Quand j’étais jeune, c’était la guerre et tout jeune enfant, j’ai vu des fusillades entre résistants et allemands et des hommes mourir devant moi dans la rue. C’était choquant et pendant des semaines je ne suis plus repassé par cette rue, qui pourtant était le plus court chemin pour aller en classe. Mais c’était plus de la peur que la conscience de la mort.
    Puis adolescent, j’ai vu mourir mes grands parents et d’autres personnes que j’aimais beaucoup et là j’ai pris la mesure de l’absence, du vide que cause la mort, de la disparition de l’autre que l’on aimait et qui n’est plus là et qui vous manque énormément.
    Alors je me pose des questions quand je vois le journal télévisé qui chaque jour, fait 80% de son contenu avec les morts dans les guerres internes et attentats dans le monde, tous les assassinats et accidents en France et où les journalistes interrogent à n’en plus finir les proches, malgré leur peine, les voisins, les autorités et s’ils le pouvaient, les assassins, pour leur demander leurs impressions.
    Quelle en sera la conséquence, sans doute parfois la peur de la mort, surtout chez les jeunes qui sont sensibles, mais aussi une banalisation qui peut mener au suicide et au crime.

    Malgré tout, je crois que la mort n’est réellement pensée que lorsqu’il s’agit de la mort d’autrui. En ce qui concerne notre propre mort, et bien que se sachant mortel, on ne peut l’envisager en toute sérénité, on ne sait pas ce qu’elle sera, ni quand (heureusement d’ailleurs) et c’est un événement angoissant.
    Je crois que l’erreur à ne pas faire est de se dire “à quoi bon vivre si je dois mourir ?” Au contraire c’est la mort qui donne un sens à la vie, car, en nous obligeant à faire face aux hasards et à la brièveté des choses, elle nous oblige à agir et à donner un sens à notre existence. .
    Nous n’avons pas de temps à perdre, il faut réaliser le plus vite possible ce à quoi nous aspirons, les buts que nous nous assignons pour nous et pour ceux qui nous entourent.
    Je peux vous assurer que, même quand on est vieux et proche de cette mort, si on déborde d’activité, on n’a guère le temps de penser à elle.


  
  Mais pour les enfants et les ados, la conception de la mort est différente et ce sera le sujet de mon prochain article.

Mardi 24 février 2009 à 8:43

Scarification, suicide

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    Il y a eu, il y a deux semaines,  une journée où des personnalités ont réfléchi sur le problème du suicide et plus particulièrement de celui des jeunes.
    Je voudrais en faire part sur ce blog des diverses constatations que j’ai
entendues.


    Le suicide est un grave problème de Santé Publique en France puisque l'on recense annuellement 12 000 décès par suicide, et que l'on estime à environ 160 000 le nombre de tentatives de suicide. Ces statistiques sont vraisemblablement sous-estimées en raison de la dissimulation du caractère suicidaire de l'acte par l’individu lui même ou par la famille l
Cette sous-estimation pourrait être de 20 %, soit environ 2000 suicides qui ne seraient pas enregistrés.
    La France occupe le quatrième rang après la Finlande, le Danemark et l’Autriche.
    Le suicide est une cause importante de mortalité prématurée car, par rapport aux autres causes de décès, il touche plus les adultes jeunes. Exprimé en années potentielles de vie perdues, calcul qui ne prend en compte que les décès avant 70 ans, le suicide représentait en 1995 la troisième cause de mortalité prématurée (9,6%), à égalité avec les accidents de la circulation (9,7%), derrière les maladies cardio-vasculaires (12,1%) et le cancer (30,0%). En 1970, la part des suicides n'était que de 4,6%.
     L'importance du suicide dans la mortalité prématurée a donc plus que doublé en 25 ans et en 50 ans, le suicide des jeunes a triplé !

    Les tentatives de suicide de jeunes (authentifiées comme telles) sont passées,en dix ans de 40 000 à 60 000 environ, dont 800 à 900 décès chaque année, les trois quarts concernant des garçons.   
    La France arrive en tête en ce qui concerne le nombre de suicides chez les jeunes de 15 à 24 ans, , pour lesquels c’est la seconde cause de décès en France. C’est la première cause chez les jeunes de 25 à 34 ans.    
    Les tentatives sont beaucoup plus fréquentes chez les filles (3 fois plus) mais leurs conséquences moins graves. Chez le garçon, le passage à l'acte est généralement plus violent et le geste est donc plus définitif.

    D'après les statistiques, 80 % des jeunes suicidaires ne sont pas des dépressifs mais uniquement 10 % d'entre eux.
    S'il existe des caractères prédisposants, chaque ado peut avoir des pensées morbides, en raison de cette période de profonde mutation avec ses difficultés spécifiques, et même si apparemment tout va bien.
    Il existe toujours un accident initial :
        - un accident, une agression;
        - un chagrin d'amour;   
        - la perte de la personne aimée;
        - des difficultés relationnelles avec les parents,   
        - de mauvais résultats scolaires;
        - des relations coonflictuelles avec ses copains.
    Même s'il donne parfois l'impression d'être la conséquence d'un événement, la tentative de suicide est avant tout l'aboutissement d'un cheminement souterrain et douloureux.
    Les problèmes familiaux sont parmi les premières raisons évoquées et parmi ceux-ci :
        - les conflits parentaux et conjugaux ;
        - le manque de soutien des parents,
        - les familles recomposées;   
        - les conflits dans la fratrie;
        - un climat de violence;
        - les violences physiques ou morales..

.    Des évocations au suicide sont fréquentes peuvent être annonciatrices du geste. Il ne faut pas les prendre à la légère.

        Le désir de mourir :
    On a souvent tendance à croire qu’une personne suicidaire veut mourir. C’est faux : elle veut plutôt cesser de souffrir et non arrêter de vivre. Elle a épuisé les moyens qu’elle connaissait pour mettre fin à sa souffrance.
Son problème l’aveugle et l’empêche de voir les autres solutions qui s’offrent à elle et celles-ci existent. C’est ce que j’appelle “l’overdose de tristesse”.
    Les adolescents peuvent épuiser très rapidement les moyens qu’ils connaissent pour tenter de diminuer leur souffrance d’où l’importance de rester à l’écoute lorsqu’un adolescent vit des difficultés.

        Des causes multiples s’additionnent :
    Il n’existe pas une cause unique expliquant pourquoi certaines personnes ont des idées suicidaires.
Une personne peut vivre des difficultés à différents niveaux dans sa vie ce qui la rend plus fragile. Elle peut rechercher des moyens pour résoudre ses problèmes et se sentir mieux. Lorsque les moyens qu’elle utilise ne sont pas efficaces, le suicide peut commencer à lui apparaître comme la solution lui permettant de mettre fin à sa souffrance. A force de ne pas trouver de solution, ses idées suicidaires deviennet de plus en lpus fréquente et la personne peut commencer à planifier son geste (comment, où, quand).

        Une goutte de trop et c’est l’overdose de tristesse :
    Lorsque le vase est trop plein et que la personne envisage le suicide comme la solution à sa souffrance, un événement précis, parfois banal, peut le faire déborder. La personne peut alors basculer et passer à l’acte. Le témoignage que je vous ai rapporté dans mon article du 17 février 2009 en est un exemple.

        L’alerte :
C’est effectivement difficile de repérer un jeune ayant des pensées morbide s’il n’en parle pas. On peut cependant indiquer quelques symptômes : dans le monde réel, le mal-être avec l'agressivité et la souffrance ; dans le monde imaginaire : l’adolescent est absent, distant, froid, dans une totale indifférence. Ce sont ces aller-retours d'un état à l'autre qui sont symptomatique de l'entrée dans la trajectoire suicidaire.
    Mais très souvent l’adolescent cache son mal-être sous une insouciance joyeuse pour donner le change et ne pas inquiéter.

  
  L’important, si un(e) de vos camarades à des idées morbides, c’est d’abord de l’écouter de lui montrer que vous tenez à elle, que vous êtes là pour l’aider, mais si vous voyez que cela persiste, il faut alerter des personnes plus expérimentées que vous : l’infirmière du lycée, le professeur principal, vos parents...
    Il ne faut pas laisser le mal progresser

Vendredi 20 février 2009 à 8:34

Scarification, suicide

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    Peut être avez vous après mon article de mardi dernier, une idée plus précise de la façon dont la tristesse et l’anxiété peuvent mener à la mort, de ce que j’appelle ‘l’overdose de tristesse”.
    Aujourd’hui et dans les articles suivants je parlerai de l’après-tentative de suicide avortée (TSA) et des réactions de son auteur et de son environnement.

   
Certaines ont au départ de petits ou de gros problèmes; puis vous vous sentez malheureuses, vous vous persuadez que votre souffrance est insupportable; vous voyez autour de vous le monde de violence de la télé et du ciné, vous dites que la terre est moche; puis vous remplacez “la terre” par “la vie”, puis “la vie” par “ma vie”;puis vous vous dites que la mort serait la seule solution pour se débarasser de cette souffrance.
    Certaines d'entre vous, toutes jeunes, ont donc essayé de mourir, d'en finir avec leurs idées noires qu'elles ne supportaient plus, ou par désespoir d'un amour déçu ou fini. Mais elles se sont ratées ou on les a sauvées.
    Alors elles se sentent coupables, elles ont honte d'avoir causé de la peine à leur mère, d'avoir créé la panique, peut-être aussi d'avoir été lâches devant l'adversité ou devant une situation qui, après tout, n'était pas si affreuse que cela.
    Il ne faut pas vous rabaisser ainsi. Ce n'était qu'un instant d'égarement et, à 13 ou 15 ans, on est juste sorti de l’enfance, on n'a pas la résistance d'un adulte.
    I
l faut en tirer les cotés positifs, voir ce que vous avez appris, pourquoi vous ne recommencerez pas. Vous avez fait un grand pas, certes très pénible, vers la maturité. L'expérience, c'est la somme des conneries qu'on a faites dans sa vie. Il ne faut pas les regretter. Simplement en tirer les leçons et veiller à ne pas refaire les mêmes erreurs.
    Par contre il faut que cette épreuve vous fasse évoluer, voire changer du tout au tout.
    Il faut d’abord changer votre environnement,
   
Mettez dans votre chambre des photos de fleurs, de bébés, d’animaux, de beaux paysages, du soleil. Habillez vous d’autre chose que du noir, ne lisez plus ces bouquins horribles, tristes et fantastiques, n’écoutez plus ces chansons catastrophes, ne regardez plus uniquement des films de violence.
    Voyez la vie en couleurs, pas en noir et blanc.

    Il ne faut plus vous posez la question “pourquoi la mort?”. Je ne crois pas que ce soit la bonne question. Je vous propose aujourd’hui “pourquoi la vie?”

  
  Il y a tant de choses passionnantes à faire que je ne pourrais pas faire si je n’étais pas en vie : les copains; l’amour de mon ami(e); écrire mes poèmes, écouter de la musique, chanter dans une chorale, jouer de la guitare ou de la basse, danser, faire des photographies, de la peinture, du modèlisme, jouer la comédie, profiter des vacances, (si vous avez la chance de connaître la mer, la montagne ou la campagne, il y a tant de choses à faire et à voir), faire mes sports favoris, se promener, aller au ciné, voir les musées, la télé, aller chez les copains, faire de bons plats et les manger, bricoler, s’occuper d’un petit enfant ou d’un animal; j’ai la chance d’avoir un ordinateur ....
    Il y a tant de choses que l’on peut apprendre à faire, sans compter des recherches ou des voyages que l’on peut faire sur internet. Bougez, dépensez de l’énergie; à votre âge, on en a à revendre. Amusez vous, choisissez des copains avec qui vous puissiez rire.
    Ne vous ennuyez plus, mettez vous au travail.
    Si vous êtes trop occupé(e), vous n’aurez pas le temps de penser à vos malheurs!
    Essayez de vous surpasser : croyez vous qu’Hélène Mac Arthur ou la jeune anglaise du Vent des Globes, n’ait pas des problèmes et ne souffre pas? Pourtant, j’ai rarement vu des filles aussi riantes et heureuses de vivre!.
     Dites vous que vous allez réussir dans vos études, rêvez à ce que vous voudriez faire plus tard, et faites le maximum pour y arriver, pour avoir les meilleures notes possibles, vos verrez que cela apporte des satisfactions. (je n’ose pas dire “creuser ce qui m’intéresse dans mes études”, pourtant certains sujets m’ont passionné quand j’avais 15 ans!).
    En attendant faites des souhaits d’avenir, donnez vous des buts, des objectifs à atteindre. Si le monde est trop moche à vos yeux, vous pouvez être infirmière, assistante sociale, médecin du monde, juge, avocat, psy, ou chercheur. Cela sera plus utile que de rester à vous morfondre.
   
    Essayez de partager avec ceux qui vous aiment : parents, grands parents, frères et soeurs, cousins... Occupez vous de vos amis. S'occuper des autres fait qu'on oublie ses propres ennuis.!
   
Dites vous ceci
    “Ma vie n’est pas inutile pour tous ceux que j’aime ni pour ceux que je rencontre. Comment leur parler avec mon coeur si celui-ci est en train de pourrir dans mon cercueil.
    Je n’ai que 15 ans; cela fait quoi : 5 ou 6 ans de véritable expérience, alors que sais-je de la vie, de ce qu’elle me réserve : uniquement ce que les médias me mettent dans le crâne de stéréotypes préfabriqués. Ils ne parlent que du sensationnel, donc de l’affreux : les gens heureux n’ont pas d’histoire dit le proverbe, alors on ne les montre pas.
    Dans quelques années, je verrai la vie autrement. J’aurai d’autres problèmes certes, mais je serai plus forte pour les résoudre et résister à leur emprise. Je serai autonome et libre, mais aussi responsable”. 

    Et cessez de vous complaire dans votre tristesses. Vous serez bien plus apprécié(e) si vous êtes gai(e) et dynamique!
    Tant qu’on est lucide, que l’on n’est pas en dépression, on peut en sortir avec de la volonté et de l’action.

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