Mardi 31 juillet 2012 à 8:53

Drogue, alcool, addictions

     J’ai parlé hier de l’absorption et de l’élimination de l’alcool dans le corps. Je voudrais voir aujourd’hui l’action sur notre comportement et les explications par l’action sur notre cerveau.

    L’alcool agit sur les différentes parties du corps.  Il influence la perception, l’attention et la capacité de  réaction. L’alcool produit également des effets sur les  émotions et le comportement, ainsi que sur les fonctions  physiologiques élémentaires telles que la régulation  de la température du corps et la respiration.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/recompense-copie-1.jpg

    Dans un premier temps, les effets de l’alcool peuvent  être ressentis comme positifs.
    A partir d’une alcoolémie de 0,5 g /l, on se sent euphorique,  on est plus communicatif et on ressent un fort besoin de  parler.
    L’alcool agit en effet sur le circuit de récompense, dont je vous ai plusieurs fois parlé dans mes articles et dont le schéma ci-dessous résume les circuits. Les neurones de « l’aire tegmentale ventrale » libèrent de la dopamine dans les synapses  reliant ce centre à d’autres, notamment le noyau accumbens, les amygdales et le cortex préfrontal, et les circuits activés procurent une sensation de bien-être et de plaisir.
    De plus cette libération de dopamine est contrôlée par un autre neuromédiateur le GABA, un inhibiteur, qui agit sur des récepteurs spécifiques des synapses. Or l’alcool favorise aussi la libération de substances opiacées qui agissent sur les mêmes récepteurs et empêchent le GABA de modérer la libération de dopamine. Le processus s’auto-entretient.

    L’alcool perturbe ensuite l’action d’un autre neuromédiateur, qui contrôle l’action des muscles : l’acétylcholine.
    La faculté visuelle, qui demande une coordination  complexe de différents muscles oculaires, est  très rapidement affectée par l’alcool, dès la concentration de 0,5 g/l.
La coordination des muscles des membres est perturbée si ce taux augmente, puis l’équilibre est affecté, par suite d’une mauvaise commande des membres, mais aussi par action sur le cervelet (voir ci-après)..

    L'alcool agit aussi sur les récepteurs NMDA du glutamate, un neuromédiateur excitateur. Au début de l’absorption, la personne est donc excitée et très active dans un premier temps.
 
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/gaba-copie-1.jpgMais ensuite l’alcool agit aussi sur les récepteurs du GABA et de la glycine, qui sont des neuromédiateurs inhibiteurs. Quand l'éthanol se fixe sur les récepteurs du GABA, ces derniers sont activés, c'est-à-dire qu'ils s'ouvrent et laissent pénétrer des ions chlore Cl- dans le neurone, qui est hyperpolarisé : la différence de potentiel qui règne de part et d'autre de la membrane neuronale est inférieure a celle du neurone habituellement au repos et il est donc plus difficile de l'activer : le neurone est inhibé.
    L'aleool reproduit les effets du GABA et de la glycine et donc diminue l’activité du cerveau, et après une période d’excitation, c’est donc un dépresseur.
    Son action inhibitrice sur le cervelet entraîne entre 1 et 2 g/l des troubles de l’équilibre

    L’alcool agit aussi sur les récepteurs de la sérotonine, qui a de multiples fonctions, mais notamment régule humeur. Et sur les amygdales cérébrales qui contrôlent le stress et la colère.
En général au delà d’un g/l la personne devient irritable, puis au dellà, violente, car le cortex frontal est alors atteint et en partie inhibé de telle sorte que la personne ne se rend plus compte des conséquences de ses actes.

    Le rôle inhibiteur atteint en effet le cortex frontal, entraînant d’une part un manque de réflexion et de motivation, puis un endormissement du cerveau.
Pendant le sommeil provoqué par l’alcool, le sommeil profond reste normal, mal le sommeil paradoxal est beaucoup moins important, du fait du ralentissement de l’action des neurones. Les mécanismes de restaurations pendant le sommeil sont aussi ralentis et l’effet sur l’hippocampe perturbe la mémoire et les souvenirs de ce qui s’est passé pendant l’ivresse.

    On voit qu’il est difficile de décrire les effets de l’alcool sur le cerveau car ils sont multiples, car il s’attaque à de nombreux récepteurs des synapses.
   
    Quelques mots sur les effets d’une prise chronique de l’alcool : l’alcoolisme.
    Les deux raisons les plus importantes de l’addiction à l’alcool sont l’action sur le circuit de récompense, et celle, inhibitrice, sur les récepteurs du GABA.

    Sur le schéma ci dessous, on voit  à droite l’influence de l’alcool concernant le premier mécanisme :

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/addictionalcool.jpg

    - .le noyau accumbens et le pallidum libérent la dopamine associée au plaisir, par une sorte de réflexe conditionné;
    - l'apprentissage et la mémorisation du conditionnement sont assurés par 'hippocampe et l'amygdale cérébrale : cette dernière contrôle, grâce à diverses hormones dont la crticolibérine, les mécanismes du stress et jouerait un rôle de renforcement négatif (le sujet boit pour réduire son stress).
    - le cortex orbitofrontal qui contrôle la motivation et évalue la pertinence des stimulus ;
    - le cortex préfrontal et le gyrus cingulaire antérieur exercent un contrôle cognitif et freinent le besoin impérieux et irrépressible d'alcool.
    Chez une personne dépendante de l'alcool, les stimulus associés a la drogue sont amplifiés par rapport aux autres stimulus plaisants ; le cortex préfrontal et le gyrus cingulaire antérieur n'exercent plus leur contrôle inhibiteur et le besoin d'alcool n'est plus contrôlable.

    Par ailleurs, la consommation d’alcool entraîne une hypersensibilité des récepteurs du glutamate et une désensibilisation des récepteurs du GABA.
La consommation chronique de boissons alcoolisées peut amener un changement de conformation des récepteurs du GABA et diminuer l’affinité du récepteur à l'éthanol et donc provoquer une certaine tolérance, la même quantité d'éthanol causant des effets moindres.

    Enfin il existe une dépendance psychologique liée à l’addiction à l’ambiance de fête

Vendredi 29 juin 2012 à 8:18

Drogue, alcool, addictions

            Pour mémoriser des informations que ce soit pendant un temps court ou plus long, nous faisons appel à notre mémoire de travail.
            L'un des effets les plus importants du cannabis et de son composé actif, le tétrahydrocannabinol ou THC, consiste à perturber cette mémoire de travail.
            De taille limitée, c'est elle qui nous permet de retenir, sélectionner et manipuler une information, pendant une courte période de temps, de quelques secondes à une minute, afin d'accomplir des actions de compréhension, de raisonnement ou d'apprentissage, et de retenir provisoirement les éléments que nous consoliderons ensuite.
            Elle est à l'œuvre dans nos tâches quotidiennes telles qu'entretenir une discussion, lire et comprendre un texte, faire une opération mathématique ou bien nous repérer dans l'espace.
            De nombreuses études sur des rats ont permis de comprendre le mécanisme d'action du THC.
 
            Les principales cibles du THC dans l'organisme avaient été découvertes au début des années 1990 : ce sont les récepteurs aux cannabinoïdes (substances analogues au cannabis produites naturellement par l'organisme), dont les récepteurs de type 1 (CB1) sont très abondants dans le cerveau.
            De nombreux récepteurs CB1 se trouvent sur les neurones et en 2009, on a montré que
l'activation des récepteurs CB1 empêche la libération de certains neurotransmetteurs,comme Ie glutamate et le GABA.
            Des études récentes montrent que les récepteurs CB1 sont également présents au niveau des "astrocytes". cellules très abondantes dans le cerveau; et qui établissent notamment des jonctions avec les vaisseaux sanguins du cerveau, constituant ainsi une interface avec le reste du corps. Ces cellules astrocytes ont longtemps été considérées uniquement comme des cellules de soutien parce qu'elles renforcent la cohésion du tissus, mais aussi assurent l'apport en énergie nécessaire à l'activité des neurones, l'évacuation des déchets, ainsi que la protection du cerveau en cas de dommage.
            Mais on a établi aujourd'hui que les astrocytes sont capables également de moduler l'activité des neurones en libérant des molécules appelées "gliotransmetteurs", analogues aux neurotransmetteurs des neurones
            Cette action entre les astrocytes et les neurones est indispensable à l'efficacité des connexions neuronales ainsi qu'au bon fonctionnement de la mémoire.
 
            Les expérimentateurs ont pu réaliser des "souris mutantes" se développant normalement, dont les unes n'avaient plus, dans l'hippocampe de leur cerveau, que des récepteurs CB1 sur les astrocytes et les autres que des récepteurs CB1 sur leurs neurones.
            Dans le premier cas, le THC perturbait la mémoire alors qu'il n'y avait pas de perturbation dans le second cas.
            C'est donc les récepteurs CB1 des astrocytes que perturbe le cannabis et pas ceux des neurones.
            Une injection de cannabis perturbe le fonctionnement de l'hippocampe et des mémoires de travail pendant plusieurs heures, par l'intermédiaire de leurs astrocytes.
            Le mécanisme d'action a été élucidé (voir le schéma ci dessous) : le THC se fixant sur les récepteurs CB1 des astrocytes, entraîne la libération de glutamate, qui va se fixer sur les récepteurs de glutamate des neurones, ce qui diminue la force d connexion entre neurones (ici 1 et 2), au niveau des synapses, et perturbe donc le fonctionnement de l'apprentissage et de la mémorisation qui repose sur cette connexion.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/memoireastrocyte.jpg
 
            Ces études sur les modes de communication entre neurones et sur les protéines qui forment les récepteurs sensibles aux neurotransmetteurs, permettent de comprendre peu à peu comment fonctionne le cerveau et dans ce cas, la mémoire.
            Il semblerait qu'une enzyme permettrait de garder l'efficacité de la liaison entre neurones qui constituent le souvenir.
            L'inhibition du fonctionnement de cette enzyme, même plusieurs ji-ours après la consolidation des souvenirs en entraînerait l'effacement. Cette enzyme assurerait grâce à son action sur la synthèse de certanes protéines, la permanence du renouvellement de certains récepteurs dans les synapses, assurant ainsi la permanence de la liaison.
            L'entretien de notre mémoire serait donc un mécanisme dynamique.
             Peut être déboucherons nous un jour sur un traitement de la maladie d'Alzeimer.

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/fumergeneriquecannabis.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/cannabis01022011194840.jpg
 

Jeudi 28 juin 2012 à 8:17

Drogue, alcool, addictions

http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/10348383480272.jpg http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/cannabis.jpg









       
  J'ai connu un jeune garçon (ne cherchez pas à savoir qui c'est, il n'est pas sur cowblog), qui avait fait de bonnes études secondaires, obtenant la mention "très bien" au bac S.
         Ses parents habitant en province, il avait été admis comme pensionnaire dans une prépa de maths d'un lycée parisien, pour préparer les grandes écoles scientifiques.
         Son premier trimestre était prometteur et pourtant ce n'était pas facile.
         Les meilleurs élèves se retrouvent en compétition à Paris, et le régime est rude.
12 heures de maths et 8 heures de physique chimie par semaine, quelques autres matières (français, langues..), un cours qu'il faut savoir parfaitement,
car les concours portent uniquement sur des problèmes et des exercices et on ne peut les faire si on ne connaît pas parfaitement le cours. Beaucoup d’exercices à faire chez soi, car il faut s'exercer à ce qui sera demandé à l'écrit comme à l'oral, et chaque semaine, une interrogation de maths et une de physique-chimie de 3/4 d’heure chacune, avec cours et exos (on appelle cela les “colles”), qui préfigurent les interrogations des oraux.
 
            Mais ensuite il s'est laissé entraîner par des camarades à fumer de temps à autre du cannabis, puis de plus en plus souvent, et il a fini par fumer un ou deux joints par jour.
            Au troisième trimestre tout s'est dégradé tout à coup : il n'arrivait plus à mémoriser le cours, et, ne le connaissant plus suffisamment, il séchait sur les exercices.
            Stressé il n'en fumait que plus, mais cela ne lui enlevait pas durablement son stress et il était de plus en plus incapable de travailler efficacement.
Même rappeler ce qu'il avait déjà appris et ce qu'il savait les trimestres précédents, devenait difficile.
          
  Et il oubliait même des rendez vous ou les heures des colles, s'il ne le notait pas.
            Sa moyenne s'est dégradée et il n'a pas été admis en "taupe *", qui permet de préparer les concours des grandes écoles, mais dans une taupe lui permettant néanmoins de passer les concours d'écoles plus faciles.
            Mais il n'était pas sûr de réussir à suivre !
 
            L'éloignement de ses camarades, un sursaut de lucidité, lui ont fait arrêter peu à peu de fumer du cannabis pendant les vacances.
            La mémoire est redevenue plus fiable peu à peu, mais il lui a fallu rattraper le retard de tout ce qu'il n'avait pas appris le dernier trimestre précédent.
            Il lui a fallu trois à quatre mois de plus pour récupérer totalement.
            Mais s'il avait continué pendant des années, non seulement ses études auraient été gâchées, mais il risquait que l'atteinte de sa mémoire ne soit plus totalement réversible.
            Je vous expliquerai demain l'action du cannabis sur la mémoire.

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/ado00192845g.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/faujour00192853m.jpg

Mercredi 11 janvier 2012 à 8:09

Drogue, alcool, addictions

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/ciblescannabis.jpg

   J’ai reçu diverses remarques de fumeurs de cannabis qui n’ont pas apprécié mes articles et ont été chercher dans la documentation tout ce qui pouvait minimiser les effets de cette drogue, et par ailleurs ils n’ont pas lu de documentation scientifique à ce sujet, mais des articles très généraux.
    En outre ils ont mal lu mes articles car ils leur font dire des choses que je n’ai pas écrites.
    Il me paraît donc important de résumer certaines notions sur les effets de cette drogue, car comme la nicotine du tabac, le cannabis est une drogue, certes moins dangereuse que les drogues dites “dures”, mais fumer du cannabis à titre “récréatif” comme disent certains, est encore plus dangereux que fumer du tabac.


    1. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce qu’on “ne meurt pas en fumant du cannabis, comme on meurt du tabac.” Grosse erreur.
    On peut mourir du tabac parce qu’il induit des cancers. Sur le cannabis les temps de latence sont tel,  qu’on n’a pas encore de statistiques, mais on en reparlera dans 10 à 20 ans, quand certains cancers apparaîtront.
    Toutes les études faites par les chercheurs en biologie montrent que les effets cancérigènes du cannabis sont supérieurs à ceux du tabac avec un facteur 10 à 20, selon les études.
    Donc on mourra plus du cannabis que du tabac si on en fume autant.

    2. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce qu’on “ne risque pas d’overdose”. C’est vrai il n’y a pas d’overdose au sens strict et je l’ai toujours dit dans mes articles.
    Par contre on a constaté des comas par absorption importante à la fois de THC et d’alcool, sans qu’on puisse dire si la cause était plus le fait d’un des deux produits (en fait une action sans doute conjuguée).
    Par ailleurs on connaît la valeur d’une dose létale de THC, mais elle est plusieurs dizaines de milliers de fois supérieure à celle utilisée en fumant occasionnellement., alors que pour les drogues dures ce facteur est de l’ordre de dix.
    Il faut aussi savoir que, même à de faibles doses, les personnes qui ne sont pas en bonne santé, peuvent avoir des manifestations respiratoires ou cardiaques plus ou moins graves, certaines ayant entraîné la mort par arrêt cardiaque.

    3. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce qu’on “ne risque pas de dépendance “. Erreur, tout dépend ce qu’on entend par là.
    C’est vrai qu’il n’y a pas ou peu de dépendance physiologique (comme avec la nicotine du tabac) : la très grande majorité des consommateurs de Cannabis qui n'utilise ce produit qu'occasionnellement,t peut cesser définitivement son utilisation sans grande difficulté.
    Par ailleurs il n’y a pas de manifestations physiologiques de manque, comme avec les drogues dures, et de manière beaucoup plus faible, avec la nicotine.
    Par contre il y a une dépendance psychologique due à deux raisons :
        - le THC agit sur les centres de la récompense et provoque donc une libération de dopamine.
        - le cannabis a un effet euphorisant et il est donc majoritairement utilisé par des gens “mal dans leur peau” pour oublier leurs ennuis. Mais lorsque l’effet est terminé, on se sent alors plus mal (les problèmes sont toujours là!) et le stress augmentant, on reprend donc plus facilement de la drogue pour oublier à nouveau.

    4. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce que les effets sont très différents d’une personne à l’autre, comme pour le tabc ou l’alcool. C’est vrai.
    Alors on se croit évidemment mieux loti que le voisin de même qu’on pense qu’on conduit trop bien pour avoir un accident sur la route.
Le nombre de récepteur de THC dans le cerveau n’est pas le même et sa dégradation peut être plus ou moins rapide.
    Les effets dépendent ensuite beaucoup de la fréquence avec laquelle on fume; en plus les “joints peuvent être différents et la dose de THC dépend aussi de la façon dont on le fume.
    Pour des fumeurs chroniques, on constate souvent une modification du comportement : la personne perd peu à peu le sens des réalités, n'a plus de bon sens et devient apathique, perd sa capacité de se projeter dans l'avenir, son élan vital, et se désintéresse de tout. Ses capacités intellectuelles et de communication diminuent et des difficultés se manifestent en général dans le monde du travail ou à l'école, le risque à terme étant une désinsertion sociale progressive. Cet état de passivité est en général réversible à l'arrêt de la prise de drogue.
    Des effets nocifs sur la mémoire ont été constatés par tous les chercheurs, mais sont en général réversibles. Cependant pour des fumeurs très importants, on contate des dégradations permanentes sur l’hippocampe (le “professeur”de la mémoire”). Voir mon article du 28/11/2011.
   
    5. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce que, d’après le dictionnaire, le cannabis n’est pas un neurotoxique. Là c’est une question de vocabulaire.
    Si on dit “un” neurotoxique (nom), en effet on appelle en général ainsi des toxiques qui agissent sur le système nerveux à l’image de l’acétylcholine et qui donc bloquent les muscles puis les poumons et enfin le coeur (par exemple de nombreux organophosphorés; j’en ai étudié les effets autrefois en laboratoire). Le cannabis n’a pas ces effets.
    Par contre si on utilise l’adjectif “neurotoxiqu”e, oui le cannabis est toxique pour les neurones, par l’action de la THC sur ses récepteurs.

    6. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce que, me disent ils, "même à forte dose le cannabis permet de garder ses repères de la réalité, contrairement à l’alcool.” Enorme erreur.

    Même à faible dose, fumer du cannabis se traduit par :
        - une augmentation du rythme cardiaque;
        - une diminution de la salivation (bouche sèche);
        - un gonflement des vaisseaux sanguins (yeux rouges);
        - une stimulation de l’appétit, mais parfois une sensation de nausée;
        - une certaine décontraction musculaire.
        - une sensation d’euphorie, de bien être;
        - une baisse de l'attention et de la concentration;
        - une action sur le cerveau préfrontal qui entraîne une sous-estimation importante des conséquences de ses actes et notamment du danger.
           Il en résulte que le danger du cannabis au volant est bien plus important que celui de l’alcool, car on se rend moins compte de son état et de son inaptitude à conduire. Le mélange alcool-cannabis est extrêmement dangereux pour un conducteur.
        Je connais des personnes qui se croyaient “peu sensibles au cannabis” et qui ont eu eu des accidents à répétition, parce qu’ils conduisaient ayant simplement pris un verre d’alcool et fumé un ou deux joints. Une personne qui avait fumé seulement trois ou quatre joints dans la soirée, a pris - de jour en été - à 90 km/h un tournant limité à 60 et a embouti un pylône. Il a eu de la chance de s’en tirer, mais pas sa belle et grosse voiture presque neuve.
   
     En résumé, on peut donc dire qu'une prise peu fréquente de cannabis pour quelqu'un en bonne santé, qui n'est pas particulièrement sensible ou allergique à ce produit, est relativement sans danger important, comme de fumer une cigarette de tabac de temps en temps, mais à condition de s'abstenir absolument de conduire un véhicule ou de se servir d'une machine dangereuse.
         Par contre, si l'usage régulier de cannabis n'entraîne pas de maladie spectaculaire et mortelle, il est néanmoins nocif pour le cerveau, et cela d'autant plus que l'individu est jeune.
         Enfin fumer du cannabis lors d'une grossesse est dangereux pour le foetus dont le cerveau est en pleine formation et des anomalies peuvent être constatées; le THC franchit en effet la barrière placentaire, de la même façon qu'il franchit la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau.
         Quant à l'utilisation médicale du cannabis, elle est tout à fait utile, comme celle de la morphine, pour combattre la douleur ou dans certains cas d'anorexie, pour stimuler l'appétit, mais c'est sous contrôle médical.

       

Lundi 28 novembre 2011 à 8:06

Drogue, alcool, addictions

http://lancien.cowblog.fr/images/Vegetation-1/Unknown.jpg

    J’ai déjà fait dans mon blog plusieurs articles sur les effets du cannabis,.
    Je n’avais guère l’intention d’y revenir quand, dans une revue scientifique, le résumé d’un article du professeur Murat Yucel a fait tilt :
    “Imaginez que certains centres vitaux de votre cerveau rétrécissent. Que leur structure se modifie, qu'ils perdent peu à peu leurs capacités et leurs fonctions naturelles. C'est ce qui se passe si vous fumez du cannabis de façon répétée depuis plusieurs années.”
    C’est la conclusion d'une étude menée  à I'Université de Melbourne, en Australie.

    Il ne s’agit pas de fumeurs occasionnels, mais de gros fumeurs, 15 hommes d’environ 40 ans, ayant fumé en moyenne cinq joints par jour pendant dix ans, et qui présentaient ainsi des troubles émotionnels et de la mémoire.
    Grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), le Pr Murat Yücel a analysé leur cerveau, d’autres sujets, non-consommateurs, ont constitué un « groupe contrôle ».
    Ces examens ont révélé un rétrécissement de deux centres cérébraux: I'amygdale cérébrale (-7 %) et I'hippocampe (-12 %) , centres que vous connaissez si vous avez lu mes articles sur le cerveau.

    L hippocampe est le “professeur de la mémoire”, nécessaire pour mémoriser, mais aussi pour se rappeler les faits passés, ou les mots stockés en mémoire et qui joue un rôle essentiel dans l'apprentissage.
    Une étude publiée en 2007 avait déjà montré que la consommation de cannabis entraîne des pertes de mémoire, des difficultés d'attention et des troubles du langage. Ce résultat est donc conforté par I'imagerie cérébrale.
    Ainsi, le cannabis fait peser une menace sur les capacités de mémorisation, d’utilisation du langage, d'adaptation et d'apprentissage, en faisant diminuer le volume de l'hippocampe.


    Les centres amygdaliens, nous en avons souvent parlé, sont responsable en partie de nos humeurs, notamment du stress, de la peur, de la colère,de la propagation d’émotion violentes, et des réactions physiologiques correspondantes
    Leur réduction entraînerait une fragilité émotionnelle,l e sujet pouvant passer de l'hilarité à l'agressivité ou à l'apathie.
    La difficulté qu'un sujet éprouve à réguler ses émotions ouvre Ia porte à d'autres troubles psychologiques, tels la dépression ou l'anxiété et aboutir à moyen terme à des maladies mentales, symptômes psychotiques, comme les délires de persécution, paranoïa, et bizarres comportements sociaux

     Rappelons que 147 millions de personnes - soit environ 2,5% de la population mondiale - font régulièrement usage de cannabis et en France, 1,2 million de personnes en consomment très fréquemment.


Dimanche 31 juillet 2011 à 9:04

Drogue, alcool, addictions

Comment agit la nicotine au niveau du cerveau.?

    La nicotine imite l'action d'un neurotransmetteur naturel, l'acétylcholine, et se fixe sur un type particulier de ses récepteurs appelé justement récepteur nicotinique.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/acetyl.jpg
     Que ce soit l’acétylcholine ou la nicotine qui se fixe sur ce récepteur, celui-ci se comporte de la même façon : il change d’abord de conformation, ce qui ouvre le canal ionique qui lui est associé pendant quelques millisecondes; celui-ci laisse entrer des ions sodium qui vont dépolariser la membrane et exciter le neurone, déclenchant aisni un influx nerveux. Puis, le canal se referme et le récepteur nicotinique devient transitoirement réfractaire à tout neurotransmetteur, tandis que, en situation normale, l’acétylcholine est détruite par un e enzyme, la cholinestérase.
    Lorsque le canal ionique est activé par la nicotine, le temps d’action est un peu plus long, laissant entrer davantage d’ions sodiume, et en outre l’excitation du neurone entraîne la libération de dopamine par ces centres de récompense, ce qui procure un certain plaisir.
    En effet des récepteurs nicotiniques sont présents sur les neurones de l’aire tegmentale ventrale qui projettent leurs terminaisons dans le noyau accumbens, lequel est le principal centre de récompense entraînant la libération de dopamine et la sensation de plaisir.
    Fumer semble donc agréable !.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/nicotine.jpg
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/fumeur.jpg


















    Les stimulations nicotiniques répétées chez les fumeurs augmentent donc la libération de dopamine dans le noyau accumbens et le plaisir correspondant. Mais le fumeur chronique maintient, entre chaque cigarette, une concentration de nicotine suffisante pour désactiver les récepteurs et pour ralentir leur renouvellement. D’où peu à peu une certaine désensibilisation du récepteur et la réduction du plaisir ressenti.
    D'abord, le nombre de récepteurs sensibles a la nicotine augmente, ce qui entraine, chez les plus gros fumeurs, la libération d'une quantité plus importante de dopamine. Mais progressivement  les neurones réagissent de moins en moins a la nicotine, notamment parce que les récepteurs nicotiniques de l'acéty1choline perdent leur capacité de s'activer en réponse à la nicotine.
    Le fumeur doit alors fumer un nombre croissant de cigarettes pour obtenir le meme effet.    
     Après une brève période d’abstinence (une nuit de sommeil par exemple) la concentration de nicotine redescend et permet à une partie des récepteurs de retrouver leur sensibilité. Le retour de tous ces récepteurs à un état fonctionnel hausse la neurotransmission cholinergique à un niveau anormal affectant l’ensemble des voies cholinergiques du cerveau, voies qui commandebnt notament nos muscles. Le fumeur éprouve alors de l’agitation et de l’inconfort qui le conduit à fumer une nouvelle cigarette.
    D’où la dépendance au tabac qui est analogue à la dépendance vis à vis d’une drogue.

    Il semble que la nicotine et la dopamine ne provoqueraient pas la dépendance tabagique à elles seules. Au début des années 1990, l'équipe d'Ivan Berlin, a I'Hópital de la Pitié-Salpetriere, a Paris. a montré que des molécules, autres que la nicotine, présentes dans le tabac, modifieraient le fonctionnement du système nerveux central, affectant d'autres neuromédiateurs, notamment la noradrénaline et la sérotonine.

    Quelles sont les moyens "physiologiques" pour essayer d’arrêter de fumer?
    Un des buts recherchés est de diminuer la sensation de manque, qui pousse bien souvent un fumeur en période de sevrage a retomber dans ses vieilles habitudes. Différentes substances de compensation peuvent l'y aider
    De la nicotine ou des substances de substitution peut être administrées au corps, mais sans les effets secondaires néfastes de la fumée de cigarette.
    Mais on ne supprime pas vraiment la dépendance à la nicotine ou aux produits de substitution qui imitent la structure de la moléle nicotine, afin de se lier el sa place sur les :eurs nicotiniques de l'acétylcholine. Des effets secondaires gênants sont constatés chez certaines personnes.
    Récemment est apparue une nouvelle pilule antitabac qui contient de la varénidine, un autre antagoniste de la nicotine, qui inhibe la propagation du signal le long des neurones .
    Une étude récente concerne la vaccination contre le tabac, en injectant au fumeur une substance qui active les mécanismes de défense de l'organisme. Le systême immunitaire produit des anticorps dirigés contre la nicotine, qui se fixent sur la substance addictive et l'empêchent de parvenir au cerveau.  Mais on a enregistré un certain nombre de rechutes..
http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures1/clop1.jpg

     Faut-il se préparer longtemps a l'avance, ou décider d’arrêter sur un coup de tête ? Une étude comprenant presque 2000 fumeurs et ex-fumeurs, a montré qu'une décision spontanée a souvent plus de succès qu'une décision planifiée de longue date. Ceux qui renoncent a la cigarette du jour au lendemain ont généralement de meilleures chances de tenir bon au bout de six mois, que ceux qui désiraient s'arrêter depuis des mois ou des années !

Vendredi 7 janvier 2011 à 8:25

Drogue, alcool, addictions


http://lancien.cowblog.fr/images/images/29970007alcoolblog2jpg.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/images/Alcool2.jpg





















    La période des fêtes et l''article que j'ai écrit hier sur le cannabis m'ont fait penser à ce que m'avait raconté une correspondante sur une mésaventure qui lui était arrivée au réveillon, il y a quelques années, et elle m'avait demandé alors, de raconter son histoire.

    Orangette fêtait le réveillon de la Saint Sylvestre chez une copine, qui avait invité ses ami(e)s.
    Elle aime les jus de fruit notamment ceux à l’orange. Ceux de sa copine étaient formidables, seulement il y avait de la vodka dedans et elle ne le savait pas..
    Elle a été gaie, mais a mis cela sur le compte de la joie et de l’excitation du nouvel an  et vers minuit, tout le monde s’est embrassé, sans arrière pensée.
    Mais elle a continué à boire du jus de fruit et bientôt non seulement elle ne pouvait plus danser, mais ne tenait pas debout et c’était trop tard pour revenir en arrière, tout l’alcool n’était pas encore passé dans le sang.
    Un copain de la bande était dans le même cas.

    Ses copines, les voyant ainsi dans le cirage, ont cru bien faire et ont été les “stocker” sur un lit dans une chambre, pour qu’ils puissent dormir et cuver leur alcool, sans trop gêner les autres, et finalement, dans le feux de la fête, on les a oubliés quelques heures.

    Au petit matin, quand elle a émergé de son lourd sommeil, assez vaseuse, le copain n’était plus là, mais Orangette s’est trouvée bizarrement vêtue, de façon inhabituelle d’après elle, comme si on l’avait déshabillée, puis rhabillée.
    Elle n’avait aucun souvenir de ce qui a pu lui arriver et craignait le pire.
    Bien entendu le garçon ne se souvient de rien, et les copains et copines non plus.
    Rêve, réalité, personne ne sait.
    En discutant longuement avec elle, je pense qu' heureusement, il ne lui était rien arrivé, et que  cela aurait pu être plus traumatisant. Mais elle s'est fait bien du souci  et
sur le moment, j'ai failli lui conseiller de prendre la pilule du lendemain.

    Alors le message que voudrait vous faire passer Orangette, c’est
“méfiez vous des jus de fruits et renseignez vous pour savoir s’il y a de l’alcool dedans”

    J’en rajouterai un autre : d’abord est ce essentiel de mettre de l’alcool dans un jus de fruit? Puis si vous le faites, mettez aussi une carafe avec un jus de fruit sans alcool et indiquez  sur les carafes, ce qu’il y a dedans.
    On peut aimer se saouler - personnellement je n’aime pas, mais chacun son goût - mais au moins, faut il le faire volontairement en sachant ce que l’on risque, et je trouve que, ne pas prévenir ainsi, c’est être involontairement complice des catastrophes qui peuvent en résulter.

Jeudi 22 octobre 2009 à 8:14

Drogue, alcool, addictions

    J’ai parlé de l’usage médical des cannabinoïdes dans mon dernier article. Je voudrais maintenat parler de son usage “récréatif” comme l’appellent certains, l’usage habituel qui consiste seul ou en groupe à “fumer un joint”.
    J’ai déjà écrit en janvier 2007 des articles sur les diverses sortes de cannabis utilisées et les effets de cette drogue eyt je vous y renvoie pour plus dedétails.
    Je vais me contenter de résumer ici les effets et les dangers.
   
    On me demande souvent de donner des doses en “nombre de joints” : ce n’est pas possible pourplusieurs raisons :

    D’abord les effets ne sont pas connus “à un joint près”. En effet ils sont variables d’une personnes à l’autre, du fait que nous avons des cerveaux tous différents et donc certaions des effets sont plus marqués pour certaines personnes et moins pour d’autres. En outre l’état physique et mental de la personne peut influer beaucoup sur ses réactions au cannabis.
    Enfin les “joints” eux même sont très différents selon le cas, car la quantité de THC contenue dans les produits sur le marché peut varier d’un facteur 3 au moins et de plus la dose de THC reçue dépend de la façon dont on le fume..

    On me demande aussi de comparer alcool, tabac et cannabis. et quel est le plus dangereux.
    Ce n’est pas aussi simple, car on ne peut comparer globalement ainsi des produits qui ont des effets multiples et complexes. Il faut comparer les divers effets entre eux.. J’essaierai de le faire au fur et à mesure.

    L’avantage du cannabis par rapport aux drogues dures (et c’est ce qui fait croire aux jeunes qu’il est inoffensif), c’est qu’on n’a jamais vu d’overdose.
    La dose létale de THC est plusieurs dizaines de milliers de fois supérieuer à celle utilisée occasionnellement., alors que pour les drogues dures ce facteur est de l’ordre de dix.. On peut avoir une overdose en cas de dose très imporatnte, et de personne sensible;mais elle n’est pas mortelle.
    Il n’y a donc pas de danger de mort à court terme résultant du produit lui même, mais certains de ses effets peuvent entrainer une mort accidentelle.
    Il faut se rappeler qu’il y a un renforcement très important des actions si on mélange cannabis et alcool, ce qui est souvent le cas dans des soirées.
   
    Un deuxième avantage est qu’il n’y a pas ou peu de dépendance physiologique (comme avec la nicotine du tabac) : la très grande majorité des consommateurs de Cannabis qui n'utilise ce produit qu'occasionnellement,t peut cesser définitivement son utilisation sans grande difficulté.
    Mais les expériences sur le rat montrent une dépendance et les fumeurs réguliers peuvent ressentir une dépendance physiologique qui leur rendra difficile l’arrêt de leur habitude.
    Par contre il y a une dépendance psychologique due à deux raisons :
        - le THC agit sur les centres de la récompense et provoque donc une libération de dopamine.
        - le cannabis a un effet euphorisant et il est donc majoritairement utilisé par des gens “mal dans leur peau” pour oublier leurs ennuis. Mais lorsque l’effet est terminé, on se sent alors plus mal (les problèmes sont toujours là!) et le stress augmentant, on reprend donc plus facilement de la drogue pour oublier à nouveau.

    Pour quelqu’un qui ne fume qu’occasionnelement les effets du cannabis semblent minime à condition qu’il s’abstienne de conduire et ceci avec encore plus de méfiance que pour “l’alcool au volant”.
    Les effets se limitent à :
        - une augmentation du rythme cardiaque;
        - une diminution de la salivation (bouche sèche);
        - un gonflement des vaisseaux sanguins (yeux rouges);
        - une stimulation de l’appétit, mais aussi parfois une sensation de nausée;
        - une sensation d’euphorie, de bien être;
        - une baisse de l'attention et de la concentration;
        - une certaine décontraction musculaire.
ces trois derniers effets font que l’aptitude à conduire un véhicule ou une machine est très fortement diminuée en même temps que l’appréciation de ses propres performances et du danger.
    La perception du monde est modifiée, la personne n'existe plus que dans l'immédiat et peut perdre une partie de ses facultés de raisonner et de se référer au passé ou à l'avenir. On observe différents effets, tels que satisfaction, sensation de bien-être, euphorie, discours et rire faciles. Une dose importante peut même provoquer des hallucinations.
    Cette modification de l'humeur et du comportement s'accompagne d'une certaine stimulation intellectuelle (apparente car on raisonne moins bien), d'une impression de calme et de relaxation, mais aussi une certaine insouciance et une incapacité accrue à ne pas imaginer les conséquences de ses actes.
    Il en résulte que le danger du cannabis au volant est bien plus imporatnt que celui de l’alcool, car on se rend moins compte de son état et de son inaptitude à conduire. Le mélange alcool-cannabis est extrèsmement dangereux pour un conducteur.
    Je connais des personnes qui se croyaient “peu sensibles au cannabis” et qui ont eu eu des accidents à répétition, parce qu’ils conduisaient ayant simplement pris un verre d’alcool et fumé un ou deux joints.
    Il faut aussi savoir que, même à de faibles doses, les personnes qui ne sont pas en bonne santé, peuvent avoir des manifestations respiratoires ou cardiaques plus ou moins graves, certains ayant entraîné la mort par arrêt cardiaque..

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cannabisschema.png

    L’absorption régulière de cannabis par des gens qui fument beaucoup et régulièrement, outre l’addiction qu’elle finit par entraîner, est dangereuse pour la santé.
    Une telle personne perd peu à peu le sens des réalités, n'a plus de bon sens et devient apathique, perd sa capacité de se projeter dans l'avenir, son élan vital, et se désintéresse de tout. Ses capacités intellectuelles et de communication diminuent et des difficultés se manifestent en général dans le monde du travail ou à l'école, le risque à terme étant une désinsertion sociale progressive. Cet état de passivité est en général réversible à l'arrêt de la prise de drogue.
    En cas d'usage important de drogue pendant une longue période, les neurobiologistes constatent une perte de la mémoire à court terme, probablement par une action nocive sur l'hippocampe (qui est le “professeur” de la mémoire), et sur les mémoires tampons qui se trouvent dans le cortex intermédiaire et nous permettent de stocker et de traiter provisoirement des informations. On ne sait pas si ces dégats sont réversibles;
    Les effets cancérigènes pulmonaires sont plus importants que dans le cas du tabac (davantage de goudrons) et il est admis que fumer 3 joints par jour présentait un risque cancérigène supérieur à celui d'un paquet de tabac par jour. Toutefois, cette conclusion résulte toutefois d'extrapolations statistiques dont certaines hypothèses ne sont pas sûres.
    On constate également des anomalies respiratoires, immunologiques et hormonales. L'administration régulière de THC à des rats provoque une diminution du taux de testostérone et une atrophie des testicules. Il n’est donc pas exclu qu’un usage important du cannabis diminue la fertilité masculine.
    selon des études récentes on soupçonne le cannabis d’être responsable de certaines modifications épigénétiques, notamment au niveau des neurones de l’hippocampe.
    Chez les personnes prédisposées à la schyzophrénie, l'abus de cannabis favorisait l'apparition de la maladie.
     Enfin fumer du cannabis lors d'une grossesse est dangereux pour le foetus dont le cerveau est en pleine formation et des anomalies peuvent être constatées; le THC franchit en effet la barrière placentaire, de la même façon qu'il franchit la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau.

     On peut donc dire qu'une prise peu fréquente de cannabis pour quelqu'un en bonne santé, qui n'est pas particulièrement sensible ou allergique à ce produit, est relativement sans danger important, à condition de s'abstenir absolument de conduire un véhicule ou de se servir d'une machine dangereuse.
    Par contre, si l'usage régulier de cannabis n'entraîne pas de maladie spectaculaire et mortelle, il est néanmoins nocif pour le cerveau, et cela d'autant plus que l'individu est jeune.

    Il entraîne des anomalies de la mémoire, un manque de capacités de réflexion, de motivation et d'efficacité. Il favorise l'échec scolaire et la désinsertion sociale.
    Il favorise le cancer bien plus encore que le tabac, agit sur l’immunologie et l’épigénétique et semble avoir des actions stérilisantes sur les hormones mâles.
    Par ailleurs, chez un individu en mauvaise santé des doses importantes ou régulières de THC peuvent avoir des conséquences graves, voire mortelles.
     C'est donc pour protéger les individus et notamment les jeunes que la consommation du cannabis est interdite en France, au même titre que celle des autres drogues.
     Mais le meilleur moyen d'éviter une telle consommation est d'informer sur les dangers qu'elle présente.

 
http://lancien.cowblog.fr/images/Photoscomiques1/caricannabis.jpg

 

Mercredi 21 octobre 2009 à 8:26

Drogue, alcool, addictions

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/a7539b387ab.jpg

       
Nous avons donc dans notre corps des endocannabinoïdes qui existent et qui ont une action sur notre mémoire, sur notre système immunitaire avec des vertus antiinflammatoires, sur le mécanisme de transmission de la douleur et  qui sans doute ont des propriétés sédatives et relaxantes.

    Il est donc normal que des produits analogues puissent servir de médicaments dans ces divers domaines.


    Je rappelle que le principe actif du cannabis est le THC (tétrahydrocannabinol) qui se dégrade lentement dans notre organisme en deux produits le cannabidiol et le cannabinol. Mais cette dégradation demande plusieurs heures (voire plusieurs jours) et d’autre part le cannabis et les produits de dégradation sont stockés dans les graisses où on peut retrouver des traces pendant plusieurs jours, voire des semaines.

    Le premier médicament antidouleur à base de cannabis a été utilisé au Canada et est composé de tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol. Homologué en 2005, le “Sativex” est est destiné aux 50.000 personnes souffrant de sclérose en plaque (SEP) au Canada. Dans 80% des cas, la maladie provoque d’intenses douleurs. Or le Sativex® a prouvé son efficacité dans la diminution de la douleur chez la majorité des malades et le médicament est reconnu par la communauté scientifique.
    Ce médicament aurait aussi une action antispasmodiue pour ces malades
    Cela dit il existe aussi dans ce cas, d’autres médicaments utilisant d’autres principes actifs
    Du cannabis en tisane aurait également été prescrit comme antidouleur, relaxant et somnifère  dans des phases terminales de cancer.

    Deux médicaments (le Marinol et le Cesamet) qui sont à base de cannabinoïdes de synthèse (et non le THC) sont prescrits pour leurs propriétés relaxantes et antispasmodiques et sont utilisés pour les traitements des nausées et des vomissements liés à la chimiothérapie.

    Des dérivés du cannabis ont également été utilisés dans la lutte contre l’anorexie (refus de nourriture) et la maigreur extrème (cachexie), car ils stimuleraient l’appétit et le plaisir de manger.

    De nombreuses études - plus ou moins significatives - existent ou sont en cours sur les qualités thérapeutiques des cannabinoïdes notamment comme vasodilatateur ou bronchodilatateur (traitement de l’asthme), ou dans la lutte contre les perturbations du tonus musculaire et les maladies neurovégétatives, telle la maladie de Parkinson.    .

    Mais il est très important de savoir que les doses en cause dans ces traitements sont moindres par rapport à celles utilisées dans l’usage du cannabis comme stupéfiant et par ailleurs cette utilisation chronique a révélé des effets secondaires génant notamment au plan de la mémoire, de telle sorte que les laboratoires pharmaceutiques essaient des composés de synthèse autres que le THC.
    Certains des effets secondaires ne sont pas prohibitifs :
         - baisse de l'attention et de la concentration, …
         - modification de la motricité et de la coordination,
         - difficultés d'appréciation de situations gênantes.
         - augmentation du rythme du pouls (palpitations);
         - diminution de la salivation (bouche sèche);
         - gonflement des vaisseaux sanguins (yeux rouges).
    Mais l’utilisation prolongée peut entraîner des effets beaucoup plus importants qui sont relativement prohibitifs avec le THC :
         - chez certaines personnes plus fragiles, des hallucinations ou des modifications de perception et de prise de conscience d'elles-mêmes : dédoublement de la personnalité, sentiment de persécution. Ces effets peuvent se traduire par une forte anxiété.
         - des pertes de mémoire.
    Examinant les raisons de ces effets une étude récente rapporte des modifications de l'expression (augmentation ou diminution) de nombreux gènes impliqués dans la structure du neurone, ou dans la conduction du signal, dans l'hippocampe de rat après trois semaines d'exposition au THC. Cette étude préliminaire doit être approfondie, et la neuro-imagerie devrait permettre de visualiser les réels désordres causés par la drogue. Mais elle inspire une certaine méfiance dans l'emploi de ces médicaments qui doivent donc être prescrits avec précaution.
   
Quoiqu'il en soit l’utilisation à des fins médicales  ne constituera jamais un débouché intéressant pour la culture du cannabis dont certains pays comme le Maroc tirent des ressources importantes. Cet argument pour la libéralisation de l'achat de cannabis  est donc fallacieux.

Lundi 19 octobre 2009 à 8:59

Drogue, alcool, addictions

    Aujourd’hui je vais vous parler non pas du cannabis, mais des endocannabinoïdes qui sont des produits présents naturellement dans notre sysstème nerveux et qui ont un rôle normal de régulation de notre corps.
    On appelle par le nom de “cananbinoïde” tous les produits qui agissent sur les mêmes récepteurs que le THC, principe actif du cannabis, dans l’interface d’une synapse entre l’axone d’un neurone et les dendrites du suivant, permettant ensuite au second neurone de transmettre (ou de bloquer) l’influx nerveux transmis par les neurones reliés à ses dendrites.
    Les endo-cannabinoïdes” sont, parmi eux ceux qui sont naturellement présents dans notre organisme (endogènes).

    Il existe 5 ou 6 endocannabinoides, mais on ne les connaît sûrement pas tous et il doit y en avoir une dizaine.
    Le plus connu est l’anadamide, car le chocolat (plus exactement le cacao) en contient. Mais rassurez vous, pour faire le même effet qu’un joint, il faudrait manger 30 kgs de chocolat noir !!!

    Les endocannabinoïdes ne sont pas des neurotransmetteurs habituels :            
        - d’une part ils sont synthétisés en tant que de besoin par les neurones et ne sont pas stockés dans des vésicules synaptiques (voir le précédent article).
        - d’autre part ce ne sont pas à proprement parler des neurotransmetteurs qui permettent la transmission de l’influx nerveux, mais des “neuromédiateurs” qui interviennet sur l’action des neurotransmetteurs classiques et influent donc sur le fonctionnement des synapses.
    Leur action au niveau des synapses, se fait selon le schéma simplifié ci dessous :
    A droite un canalionique sur lequel se fixe le neuromédiateur et qui alors laisse passer des ions. A gauche le récepteur de cannabinoïde, qui active une protéine spéciale (G) qui envoie des messager chimiques au canal ionique et en modifient la perméabilité et donc l’action des neurotransmetteurs.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/recepteurcannabis.jpg

    Dans la pratique ils agissent le plus souvent en
        - inhibant la libération de neurotransmetteurs classiques.
        - en inhibant la recapture du neurotransmetteur GABA, qui engendre l’entrée d’ions Chlore négatifs et donc empêche la transmission de l’influx nerveux.
        - en modifiant la “plasticité neuronale” qui engendre la création de nouvelles ramifications dendritiques et de nouvelles synapses.

    Au niveau macroscopiques ils ont des actions assez complexes sur :
        - la mémoire :  Leur action diminue en général la mémorisation, notamment parce qu'ils modulent la plasticité synaptique et inhibent la formation de nouvelles synapses, les cannabinoïdes sont impliqués dans la mise en mémoire des informations (à court ou à long terme).
        - les cannabinoîdes ont des propriétés analgésiques,
En effet les nerfs qui conduisent le signal de la douleur ont un relais neuronal au niveau de la moelle épinière et quand la douleur devient intense, l’hypothalamus fait sécréter des neurotransmetteurs (qu’on appelle des endorphine et qui sont des produits chimiques analogues à la morphine) qui atténuent le signal de douleur remontant au cerveau. Les endocannabinoïdes facilitent l’action des endorphines pour effectuer ce blocage et donc sont analgésiques.
        - les endocannabinoïdes ont une action au niveau de la motricité car ils agissent au niveau des centres du cortex moteur, (qui commandent les mouvements) et du cervelet (qui gère les automatismes) ainsi que des relais du cerveau central. Ils ont en général une action de relaxation et décontraction.
        - Enfin les  endocannabinoïdes ont une action au niveau de la balance énergétique et de l’appétit  car ils agissent sur les zônes de l’hypothalamus qui contrôlent la prise alimentaire et ils stimulent la faim.

    Dans mon prochain article, je partirai de ces connaissances pour vous parler des médicaments cannabinoïdes.

Nota : si vous voulez connaître en détail l’action de ces cannabinoïdes, il existe un excellent article de l’Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement (INAPG), mais qui n’est compréhensible qu’à des personnes ayant des notions en chimie biologique. Je peux vous en envoyer une version PDF si vous me le demandez sur mon blog.

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast