Dimanche 29 avril 2007 à 13:03

Scarification, suicide


    A la suite de mes derniers articcles, j'ai reçu plusieurs mails me demandant quels étaient les cas d'automutilation, (et notamment de scarification), que je rencontrais, ce que j'en pensais, d'où venait cette habitude, quelles en étaient les causes, et comment je traitais ce problème auprès de mes correspondant(e)s.

    Je ne peux pas vous donner des exemples trop précis car je considère comme secret ce que me disent mes correspondantes de leurs problèmes.

     Aujourd'hui je vais juste traiter quatre idées qui vont vous étonner et probablement vous laisser perplexes, voire vous indisposer, mais j'assume !!.

     D'abord je ne considère pas ces pratiques comme alarmantes et je ne m'empresse pas de les traiter et de dire à celles qui se scarifient que c'est mal et qu'elles devraient arrêter le plus rapidement possible.

     Cela ne veux pas dire que j'approuve ces pratiques.
     Je considère qu'elles sont relativement nocives :
         - d'une part parce que le risque n'est pas nul : on peut se couper une veine ou une artère si on s'y prend mal. On peut aussi mal désinfecter la plaie et celle-ci peut donc s'infecter, ce qui peut avoir des conséquences graves. Par ailleurs les cicatrices sont vilaines, longues à disparaître et si on insiste trop, peuvent devenir indélébiles.
         - d'autre part parce que la scarification procure souvent, sur le moment, un soulagement à ses souffrances (probablement en substituant la douleur physique à la douleur morale et en libérant des "endorphines"), mais après une courte période de soulagement, le stress augmente et la souffrance est au contraire accrue.
          - surtout, enfin, parce qu'elles finissent par devenir une habitude, un besoin, une dépendance (on utilise aussi l'affreux anglicisme “addiction”).
     On s'habitue à l'acte et la scarification ne fait “même plus mal” et lorsque l'on en est à ce stade, on est amené à multiplier les actes pour arriver à ressentir un soulagement ou à aggraver la dangerosité de l'acte par des entailles plus profondes (histoire bêtement de voir si on est "capable" de le faire, et on finit par éprouver un “manque” comme pour une drogue.

     Mais essayer d'emblée de persuader d'arrêter ces pratiques est une illusion, car elles découlent d'un malaise psychique important et donc il est illusoire de vouloir empêcher quelqu'un de se mutiler si on n'a pas diminué au préalable son malaise psychologique, son stress, voire son désespoir
 Il faut donc au départ rechercher les causes et essayer de les éliminer ou du moins, d'en diminuer l'influence.

     Les ados s'insurgent lorsque l'on croit que se scarifier est un phénomène de mode. C'est pourtant vrai : du temps de ma jeunesse ou de celle de mes enfants, on était aussi parfois malheureux, mais personne ne se scarifiait. Ce sont les médias et les gens qui voulaient vendre bouquins, CD, films de sang et d'horreur qui ont lancé cette mode.
     C'est un phénomène de mimétisme d'une part et de conditionnement par ailleurs.
     Mimétisme car beaucoup de celles qui m'ont parlé de leurs problèmes, m'ont dit qu'elles avaient commencé parce qu'une de leurs camarade le faisait et qu'elles ont voulu voir “ce que cela faisait”  (comme on fume une première cigarette, par curiosité et / ou pour avoir l'air “comme tout le monde”).
     Beaucoup d'entre vous ont aussi voulu faire comme une amie qui disait “être soulagée”  par cette pratique et l'on donc ‘imitée”.
     Conditionnement, car à force de voir des images de sang, on n'y fait plus attention  on surmonte la répulsion naturelle qui fait partie de notre patrimoine génétique instinctif, et à force de voir des images de peau scarifiée, on finit par considérer cela comme un phénomène normal de la vie de tous les jours.
     Pire on finit par vouloir essayer l'acte, comme on essaye un produit si l'on est sensible aux publicités.
     Il suffit pour se convaincre de voir comment les “intérêts mercantiles”  (images, chanson, films, livres, BD, vêtements, bijoux, télé, internet, et médias de tourtes sortes ....) utilisent toutes les modes naissantes et dénaturent des tendances comme par exemple le téléphone portable, les blogs, le gothisme.... pour conditionner les esprits et vendre à grand renfort de publicité des objets la plupart du temps peu utilies et de mauvaise qualité.
     Si tous les médias et pubs ne nous montraient pas en permannece des images de sang, soit de scarification, soit d'atrocités dans le monde, ce ne serait pas devenu un phénomène banal et la scarification n'existerait pas, mais une autre manifestation existerait sûrement pour appeler à l'aide lorsque l'on est dans l'angoisse.

     Dernière idée enfin, on dit souvent que la scarification est le prélude au suicide. Je pense que c'est faux.
     Bien entendu il peut y avoir des scarifications qui tournent mal, comme il y a des overdoses involontaires de drogue qui tuent.
     Il y a aussi des tentatives de suicide qui sont “calculées” par leur auteur pour ne pas mettre sa vie en danger et qui ne sont que des appels au secours, comme certaines scarifications.
     Mais une scarification est très différente d'une tentative réelle de suicide qui n'a lieu que dans des conditions de dépression beaucoup plus graves ou alors dans un état d'irresponsabilité dû à la drogue ou a l'alcool.
     C'est une action de tous les jours mais qui résulte plutôt d'une envie de vivre.
     Mais elle témoigne d'un mal-être important et si ce mal-être augmente, la dépression peut venir et avec elle les pensées morbides.
    J'en parlerai dans mon prochain article.
    
     La scarification n'est donc pas un signe anodin. C'est une alerte qu'il ne faut jamais négliger.
     Il ne faut surtout pas juger la personne qui le fait. Il faut l'écouter, essayer de la comprendre, de savoir ce qui la ronge psychologiquement et c'est cela qu'il faut essayer de traiter d'abord.
    

Par angelynne le Mercredi 2 mai 2007 à 18:48
Moi j'aimerai bien parler un de ces jours, si possible ...
(mon adresse msn est sur mon blog)
Bonne continuation !
Par Plume le Vendredi 28 mai 2010 à 12:51
Je suis totalement d'accord. La scarification commence en général au collège/lycée, et c'est là je pense qu'on est le plus impressionnable et influençable.
En ce qui me concerne, j'ai commencé justement parce qu'une amie le faisait, et je pense, avec le recul, que ce n'était pas par réelle envie de le faire, mais pour qu'on me remarque, pour me sentir différente, importante, pour qu'on s'intéresse à moi.
Et de même, je pense que c'est devenu un réel effet de "mode". J'ai du connaitre, rien que dans mon entourage proche, une quinzaine de personnes qui se sont scarifiées entre le collège et le lycée, et c'est vrai que du coup, pour moi, ça n'a plus vraiment d'importance. Je ne considère plus ça comme "grave", c'est devenu presque habituel... et quelque part, je trouve ça quand même aberrant qu'on puisse s'habituer à voir des proches pratiquer la scarification.
 

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