Lundi 3 février 2014 à 8:04

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

    Nos perceptions sont une réalité. Elles nous donnent une image de ce qu’est le monde extérieur. Ensuite évidemment nous pouvons faire des erreurs de jugement dans leur interprétation.
    L’hallucination est donc un phénomène très particulier, puisque la perception est remplacée par une réaction du cerveau voisine de la perception, mais qui nous fait voir le monde différemment de ce qu’il est réellement.
    Nous avons dans les cas de perceptions normales et d’hallucinations, des « représentations mentales » analogues, mais vraies dans un cas et fausses dans l’autre. Mais fausses au sens où elles ne représentent pas le monde perçu par nos sens, mais en fait c’est plutôt un phénomène d’interprétation différente par nos organes sensoriels, car dans  la plupart des cas, ils sont en fonctionnement comme ils le sont dans la perception réelle ou dans le rêve.
    Il est donc assez difficile de différencier la perception réelle, de l’imagination, du rêve, de l’illusion et des hallucinations.
    C’est donc dans le fonctionnement du cerveau qu’il faut rechercher l’explication des hallucinations.
    Des neuropsychologues pensent en particulier, que dans le fonctionnement courant du cerveau, les centres responsables de l’interprétation des stimuli de perception, sont en permanence sollicités, soit pour interpréter de véritables perceptions, mais qui restent inconscientes car le thalamus, les jugeant sans intérêt, ne les transmet pas au cortex frontal (et elles restent donc inconscientes), soit pour préparer des décisions, ou pour participer à des processus mentaux inconscients (comme l’attention, la motivation, blocages, dialogue intérieur).
    Les hallucinations pourraient être une manifestation désordonnée au niveau de la conscience d’une partie de ces processus (comme le rêve qui se produit au moment où l’on se réveille), une sorte de rêve éveillé qui se sert de façon désordonnée de fonctionnement inconscients de nos organes d’interprétation des sens.

    L’étude de ces phénomènes est difficile car les hallucinations ne se produisent pas spontanément sur commande et les étudier sur des personnes atteintes de maladies mentales (schizophrénie notamment), n’est pas suffisant car l’extrapolation à des sujets en bonne santé n’est pas certaine.
    Les études ont été en général faites par imagerie RMN, ou par détection de particules issues d’un marqueur radioactif, sur des volontaires ayant absorbé des substances hallucinogènes.
    Il a d’abord été montré que au niveau moléculaire, les actions correspondantes se faisaient au niveau des récepteurs des neurotransmetteurs et surtout au niveau d’un récepteur particulier de la sérotonine, (car si on bloque son fonctionnement, l’action des hallucinogènes est presque complètement supprimé), et à une surproduction de glutamate dans le cortex frontal notamment. 
  
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/cerveauhallucinations.jpg    Au niveau des neurones, on a constaté que les centres les plus perturbés étaient le striatum, le cortex cingulaire, le thalamus et le cortex préfrontal et frontal. (voir schéma ci dessous). Ce sont aussi les centres les plus sollicités par l’état de conscience et la recherche sur les hallucinations est une contribution à la compréhension des phénomènes de conscience.
    Dans le cas des hallucinations, des blocages qui interviennent dans le fonctionnement normal, pour orienter les signaux vers les centres pertinents, n'interviennent plus, les communications normales entre ces centes se mélangent et ils sont submergés par le flot des informations, qui ne peuvent plus être interprétées correctement et se bousculent.
   
    Le problème le plus étudié est celui des hallucinations verbales, car c’est le plus évolué. C’est aussi, au plan médical, un problème beaucoup plus dérangeant que d’entendre parler et de s’apercevoir que c’est quelqu’un qui, à coté de vous, utilise son téléphone portable.
    Pour comprendre la suite, je vous rappelle quels sont les cinq centres impliqués dans la compréhension et la génération du langage (voir mes articles sur ce sujet) :
     - le centre d’interprétation auditive et
 le centre de Wernicke qui “comprend le langage”. L'oreille transmets les sons à l'aire auditive qui les décrypte et, lorsqu'il s'agit de mots (ou de sons apparentés), les signaux sont transmis à l'aire de Wernicke qui va les analyser, reconnaître s'il s'agit de langage et le décrypter en partie. Elle se met en relation avec l'aire de Geschwind pour en comprendre la signification.
       - les centres de Geschwind qui “mémorisent le sens des mots”.
      
       - le centre de Broca qui “exprime le langage, va utiliser grammaire et syntaxe et mettre les mots en phrases, puis il va commander les muscles de la parole ou de l'écriture, par l'intermédiaire du cortex moteur primaire.
     - une aire “moteur primaire” commandant les mouvements de la glotte, des lèvres et des autres parties associées à la production physique des sons de la parole ou les muscles des mains lors de l’écriture ou de la frappe.
    Maintenant faites un petit exercice :
       
    Pensez au prochain article, ou à une lettre que vous allez écrire à une amie, ou à ce que vous allez raconter de votre journée à vos parents et essayez de faire mentalement un brouillon.
 Vous allez vous rendre compte alors que vous utilisez des mots : la pensée de l’homme se fait essentiellement en utilisant le langage.
       
    Mais ces mots vous ne les entendez pas, vous les comprenez directement sans les entendre et vous savez que c’est vous qui en êtes l’auteur.
 En outre vous les associez à des émotions et des images qui viennent de l’hémisphère droit par le canal du “corps calleux”, ce gros faisceau qui contient des millions de fibres nerveuses et transmet les informations d’un hémisphère à l’autre.
     Lorsque vous parlez le cortex frontal, Wernicke et Geschwind conçoivent les idées avec des mots et ils envoient ce “brouillon” à Broca qui va utiliser syntaxe et grammaire pour en faire une phrase compréhensible et correcte. Puis Broca va actionner les organes de la parole. Votre attention est concentrée sur la conception et l’expression de ce que vous allez dire et donc est “en avance” de quelques secondes et  de quelques mots sur ce que transmets et fait dire Broca à vos lèvres. 
       
     Certes vous entendez ce que vous dites et Wernicke traduit cette audition, mais juste pour vérifier que c’est conforme à ce que l’on voulait dire et repérer des “lapsus”. En fait le centre de Broca, quand vous parlez, inhibe toute transmission interne en retour vers le centre de Wernicke, de telle sorte qu’il ne traite pas votre propre parole avec la même attention que si c’était quelqu’un d’autre qui parlait.
    Lorsque nous pensons ce “blocage” est plus important; non seulement les centres moteurs de la parole ne sont pas activés, mais la transmission vers le centre de Wernicke est totalement bloquée, car il n’a aucune de vos propres paroles à écouter, puisque vous pensez “intérieurement”, et ne parlez pas.
    C’est ce que montre le premier schéma ci-dessous, à gauche.
   

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/hallucinationsvoix.jpg

     Chez certaines personnes, cette inhibition n’existe plus ou est temporairement perturbée, comme le montre le deuxième schéma à droite.
 On n’en connaît pas la raison exacte car il n’est évidemment pas possible d’expérimenter sur le cerveau humain d’une personne vivante, et l’expérimentation animale est exclue, puisque les animaux ne savent pas parler.
     Donc dans ce cas anormal, le centre de Broca renvoie dans le cerveau même, les informations non seulement vers le cortex, mais aussi vers le centre de Wernicke et donc aussi celui de Gechwind. Ceux ci se comportent alors comme s’ils recevaient ces information du centre de traitement auditif et croient qu’il s’agit de personnes extérieures qui vous parlent.
       
    Ceci n’a rien d’une démence : c’est une simple anomalie dans les connexions (peut être des connexions en trop qui ne se sont pas éliminées?).
       
    Les personnes en cause croient alors “entendre des voix” d’autres individus qui leur disent en fait ce qu’elles pensent elles-mêmes, ce qu’elles étaient en train d’élaborer comme pensées. Ces voix semblent réelles entendues par l’oreille droite ou même les deux oreilles et alors localisées.
Par JACk-sCEPTikE le Mardi 4 février 2014 à 11:12
Article passionnant, merci :) (mes cours ne plongeant pas aussi profondément dans les détails physiopath.. pour l'instant ^^).

Le petit exercise que tu proposes me rappelle un exercice que je pratiquais étant plus jeune.
J'avais remarqué ceci : que les pensées se "formaient" quasiment instantanément, et que cette forme se concrétisait à travers une expression "verbale" interne.
Alors je m'étais demandé, est-ce vraiment nécessaire de traduire la pensée en mots ?
Bien entendu cette traduction "verbale" permet de rendre la pensée plus pregnante, plus matérielle. Mais elle limite également sa vitesse.

Bon, je n'ai pas été plus avant dans mes expérimentations, mais il est vrai qu'on peut facilement constater ceci : quand on pense à une phrase, en fait, on l'avait déjà construite dans sa tête avant même de commencer à la "dire intérieurement".
Essayons de nous arrêter au milieu de cette "phrase interne". Le sens originel, l'idée est toujours là, intacte, indépendante des mots qui la décrivent.
Par lancien le Mardi 4 février 2014 à 15:24
Si ce que j'ai lu est vrai, je pense pouvoir te répondre. Les pensées n'ont que trois supports : ce que nous ressentons, mais c'est passif. quand nous "concevons" une pensée, si elle n'est pas composée uniquement d'images, elle est faite de mots. Mais ils ne sont pas conscients tout de suite comme tu le dis. ils sont élaborés par le cortex préfrontal qui dirige, de nombreux centres, notamment du cerveau émotionnel et Broca qui travaille avec Geschwind (qui fournit le vocabulaire. C'est presque inconscient.
Ce n'est qu'ensuite quand elle est formée que, soit le cortex frontal voit avec Broca et les organes de la parole à s'exprimer, (et Wernicke est hors course, inhibé), soit simule cette action de façon interne avec Broca mais en envoyant le message à Wernicke, qui réagit comme s'il l'entendait et on a alors pleinement conscience de cette "pensée interne"
Bien sûr tout cela se passe en quelques dixièmes de secondes.
Par Vieuxclou le Jeudi 3 juillet 2014 à 15:00
Un article vraiment très intéressant, c'est fou de voir à quel point est organisé le cerveau humain comme tout est tellement ordonnée Oo un vraie bibliothèque ! Merci à toi ! :)
 

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