Lundi 29 novembre 2010 à 8:31

Architecture

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Marcel Duchamp (1887-1968), qui avait dans sa famille des sculpteurs et peintres connus, a été à l’origine peintre cubiste, puis à partir de 1914 il a réalisé les premiers “ready made”, c’est à dire objets “tout faits”, dont  celui ci-dessous dont parle Leam appelé “Fontaine”. Mais il a été aussi écrivain, réfléchissant à la notion d’art et a même fait du cinéma expérimental. Il a semble t’il, eu une influence sur le dadaïsme et le pop-art.

http://lancien.cowblog.fr/images/oiseaux/FontaineDuchamp.jpg

    J’ai eu une petite discussion avec Leam, parce que dans mes protestations sur le fait que dans notre société actuelle “on nous prenait pour des imbéciles”, je trouvais que la publicité faisait acheter des tableaux à des prix exorbitants alors qu’il n’y avait pas grand chose sur la toile qui était toute blanche avec deux rectangles unis rouge et bleu (et ce n’était pas du Mondrian qui, à mon avis, n’est guère plus inventif, mais a le mérite de fournir une décoration agréable à regarder; mais je reconnais que je n’aime pas beaucoup la peinture abstraite; cela dit je n’apprécie pas forcément la peinture plus figurative non plus et par exemple Warhol, dont parlait Leam, me déplaît encore plus)!

    Je cite un passage de ce que me disait “Léam” dont je n’ai malheureusement pas pu trouver le blog, car ses remarques me paraissent intéressantes à discuter et cela vous évitera d’aller chercher le commentaire sur l’article :

    “Au risque de me répéter, parler de la valeur financière d'une œuvre n'est absolument pas pertinent. Et avant d'en parler, comment l'évaluer ? Il faut aussi se poser la question de qui l'évalue. D'autre part, cette accusation de ne pas travailler revient souvent mais gardons à l'esprit que Duchamp ou par exemple Mondrian, dont tu dois totalement mépriser les rectangles rouges et bleus (mais après tout, peut-être qu'eux aussi te méprisent) savent peindre du figuratif. Avant d'être connus et d'exposer, ils ont reçu un enseignement complet de la ligne et de la couleur et ont réfléchi à ce qu'ils voulaient exprimer, à qui et par quel moyen. Ils ont essayé les portraits avec un trait réaliste et ont voulu aller au delà. Ce qu'il faut comprendre : l'artiste peint des rectangles rouges pour exprimer quelque chose et s'il peint des rectangles alors qu'il maitrise le dessin, c'est parce qu'il estime qu'il a quelque chose à dire de plus intéressant qu'à travers l'art figuratif.
On peut très bien ne pas aimer l'art abstrait ou les ready made et/ou ne pas s'y intéresser, mais on ne peut pas mépriser tout un pan de l'histoire de l'art comme tu le fais, c'est juste une honte.”


    Peut-être Leam est il un peintre moderne et a t’il mal pris mes réflexions, mais il n’a pas compris ce que je voulais dire, et en fait je suis assez d’accord avec ce qu’il exprime dans le paragraphe précédent.
    Pour moi aimer telle ou telle peinture est une question de goût et chacun est libre d’avoir le goût qu’il veut comme la religion ou lles idées politiques qui lui conviennent et c’est assez intéressant de comparer ses idées.
    Je ne cache pas que je préfère la musique classique ou le gospel, et le jazz de la Nouvelle Orléans au hard-rock, à la musique métal ou au rap. Mais quand mes petits enfants écoutent de tels morceaux, j’essaie d’écouter et de discuter avec eux pour voir ce qu’ils y trouvent d’agréable. Cela dit dans la musique classique, je n’aime pas les oeuvres dissonnantes de Boulez, mais j’ai essayé d’en écouter (alors que mon petit chien York quittait systématiquement la pièce, mais se couchait entre les baffles pour écouter du Mozart !)
    On a des goûts, mais il faut essayer d’aller à la découverte de celui des autres, même si cela ne vous convainc pas. Et parfois on trouve quelque chose qui vous plaît comme certains morceaux “métal” qu’écoutent ma petite fille, qui ressemblent à des mélodies folkloriques irlandaises. (par contre d’autres ressemblent aux cris du cochon qu’égorgeaient vivant les paysans du Sud ouest quand j’étais gosse!).
    Il faut essayer de former son goût et c’est vrai aussi dans le domaine culinaire : il faut goûter pour savoir si l’on aime !

    Revenons à la peinture.
    D’abord je ne méprise aucun peintre quelle que soit son oeuvre. Là Leam, tu fais fausse route.
    Par contre il y en a que j’admire (Vinci, Renoir, Caillebote... et je pourrai en citer beaucoup), mais il y en a aussi que je n’admire pas, mais ce n’est pas mépriser.
    Je ne chercherai même pas à juger la peinture d’un peintre car je ne suis pas un critique d’art et je n’ai pas les connaissances suffisantes. Je n’ai jamais peint moi-même et, à mon avis on ne peut vraiment juger que si l’on “sait faire”.
    Je reconnais que je préfère de loin la peinture “classique” et que j’ai eu la chance de visiter la plupart des grands musées mondiaux.
    Certains tableaux me plaisent et je ressens une émotion difficile à cerner : les neuropsychologues n’ont pas réussi à bien comprendre le sentiment de “beau”. Mais pour beaucoup de ces tableaux, j’admire aussi de “savoir faire cela”, car j’aimerais savoir dessiner et peindre comme eux.
    J’ai aussi visité des expositions modernes, à l’étranger comme en France au centre Pompidou ou au musée Picasso, mais j’avoue que je n’ai pas d’émotion face à ces tableaux. Mais ce n’est pas dû au peintre.
    Je trouve extraordinaires les dessins figuratifs de chevaux faits par Picasso, et j’admire beaucoup le “Christ en croix” de Dali, parce que faire cette perspective, “vue de dessus” est une prouesse de dessin : dans ce dernier cas c’est le travail, la technicité que j’admire.
    Mais je comprends parfaitement que d’autres préfèrent le non figuratif et que leurs émotions soient différentes des miennes.
    Je n’ai jamais dit que les peintres qui faisaient des rectangles bleus et rouges étaient nuls : peut être étaient ils capables, comme Picasso ou Dali, de faire des dessins extraordinaires. Je n’en sais rien et ce que je regarde ce n’est pas le peintre mais le tableau.

    Reste le problème financier que soulève Leam. Sa phrase : “parler de la valeur financière d'une œuvre n'est absolument pas pertinent.”,
est ambigüe, parce que le mot valeur peut être la "somme d’argent" ou la “valeur artistique”.
    Dans mon article je ne parlais que des sommes dépensées pour acheter des tableaux qui sont simplement des faits connus sur le marché de l’art.
    Je ne sais pas qui et comment c’est évalué, mais je trouvais assez étonnant que  l’on paie des sommes astronomiques des tableaux (peu importe le peintre) pour lesquels la créativité et le travail fourni me semblent bien faibles et surtout pour lesquels j’ai vu des dessins d’enfants de maternelle en faire autant, voire même plus agréables à l’oeil. Et eux y ont passé du temps et n’avaient reçu aucune formation artistique !
    Seulement ces dessins de jeunes enfants n’ont pas fait l’objet d’une publicité et d’un engouement moutonnier de mode.
    Je vais même être encore plus iconoclaste ce qui va m’attirer les foudres de Leam. Si les tableaux d’il y a plus de cent ans ne comportaient pas de tableaux “simplistes” comme ceux là, c’est parce que la pub et les médias n’existaient pas et que donc les phénomènes de mode étaient limités.
    Pour moi, celui qui achète un tableau où il n’y a que deux rectangles bleu et rouge que n’importe qui aurait pu faire lui-même, pour des milliers voire des millions d’euros, me paraît être un beau pigeon. C’est de cela que je parlais et pas du peintre. Je disais qu’à mes yeux, ceux qui vendaient ces tableaux (et ce n’est plus le peintre de nos jours, mais des commerçants financiers) prenaient leurs clients pour des imbéciles et les arnaquaient.
    Mais le peintre, s’il arrive à vivre largement d’oeuvres faciles à faire et qui ne lui demandent ni imagination ni travail, pourquoi ne pas en profiter alors que cela risque de ne pas durer, de se démoder dès que la publicité ne sera plus là pour le soutenir. Je ne lui jette pas la pierre.
    Mais je pense au sans logis ou à la femme qui peine à élever seule ses enfants et qui voit les sommes dépensées pour de tels achats, et je comprends qu’elle dise que notre société actuelle mériterait une petite révolution, comme en 1789, car la cause en serait la même : la pauvreté et l’ostentation des riches, plus la bêtise de certains arrivistes.

    Et je vais être encore plus iconoclaste, histoire de m’attirer un peu vos critiques car j’aime bien aussi les avis contradictoires.
    Je trouve que les prix des oeuvres des “grand peintres” sont également trop chères et qu’il s’agit là encore de phénomènes de spéculations.
    Pour moi, on devrait les rassembler toutes dans des musées où on puisse les voir, les montrer aux enfants pour former le goût (comme on le fait) et que leur cours soit bien plus bas pour que les musées puissent les acheter toutes.
    Et que l’on paie des copistes pour faire des copies relativement abordables que pourraient acheter des personnes sans que cela coûte une fortune, si ces personnes ne veulent pas se contenter de regarder ces oeuvres dans les musées ou sur internet.
    Après tout l’émotion que l’on éprouve devrait être provoquée par la qualité de l’oeuvre elle même et pas par le fait de savoir si c’est l’original d’époque ou une copie, si celle-ci est très bien faite (et je connais des “restaurateurs” d’oeuvres dans les musées qui seraient capables de faire des copies presque parfaites).
   
Par MeL le Lundi 29 novembre 2010 à 9:58
Je ne me sens pas de taille à commenter l'ensemble de cet article (pour ce qui concerne la valeur financière des tableaux par exemple, je ne sais pas quoi en penser, d'un côté je suis d'accord avec toi, de l'autre je me dis que c'est plus compliqué que cela et qu'on ne peut pas dire qu'une œuvre vaut moins parce qu'on considère personnellement qu'elle a demandé moins de travail et d'imagination à son auteur... mais je n'ai pas du tout d'avis définitif sur cette question en fait !)

Mais je voulais réagir à propos de ce que tu dis sur Marcel Duchamp. Quand tu écris "Il a semble t-il, eu une influence sur le dadaïsme", c'est en fait beaucoup plus fort que ça : Marcel Duchamp a été l'un des principaux représentants du mouvement dada.

Avec Dada, les artistes voulaient détacher l'art des valeurs traditionnelles auxquelles on le rattache depuis des siècles. Les œuvres dada ne sont pas créées pour être "belles" et c'est sûr qu'elles n'ont aucun intérêt de ce point de vue-là, l'artiste dada voulant justement détacher les œuvres d'art de ce "sentiment du beau" : Duchamp voulait qu'on ressente un sentiment de neutralité face à ses œuvres, qu'on ne les trouve ni belles ni laides car il voulait montrer qu'il existe selon lui de l'art en-dehors d'une idée de beauté ou de laideur. Après bien sûr on peut ne pas voir l'intérêt d'une telle démarche artistique mais le professeur spécialiste de Marcel Duchamp que j'ai connu à la fac et qui nous donnait des cours sur le dadaïsme essayait de nous expliquer qu'il s'agit d'art "conceptuel", et que l'œuvre de Duchamp (et des autres dadaïstes, et probablement des artistes abstraits mais là je connais beaucoup moins et on a surtout parlé de Duchamp à vrai dire) est surtout un questionnement sur l'art, et une révolution artistique : à l'époque où Dada a émergé (de 1916 à 1925 si je me souviens bien), personne n'avait proposé une telle vision de l'art avant donc on ne peut pas dire que les artistes dada manquaient d'imagination, puisqu'au contraire les œuvres qu'ils proposaient étaient complètement inédites et originales, ni que leurs œuvres ne demandaient pas de travail, puisque Duchamp (pour poursuivre mon exemple) admettait lui-même que créer une œuvre qu'on ne trouve ni belle ni laide est très difficile : certaines personnes ont trouvé "belle" une de ses œuvres (le porte-bouteilles) et c'était donc pour lui un échec car il voulait au contraire qu'on ressente une indifférence visuelle face à cette œuvre. Certaines de ses autres œuvres étaient surtout là pour choquer (exemple de "Fontaine" qui illustre ton article), et d'autres peuvent être considérées comme plus humoristiques, comme son œuvre "Roue de bicyclette" qui est l'assemblage d'une roue sur un tabouret, sculpture qui était là pour combler une absence de cheminée selon lui... ce ne sont que quelques exemples mais c'est pour illustrer que le fait de ne pas utiliser des techniques artistiques traditionnelles ne correspond pas à une paresse intellectuelle... d'autant plus que de telles œuvres ont pu ouvrir la voie vers d'autres formes d'art : Man Ray (qui était aussi dadaïste) a innové dans le domaine photographique par exemple....

Ensuite évidemment on peut se dire qu'ouvrir la voie à un art "différent" était pertinent au début du XXème siècle parce que cela n'existait pas avant, mais aujourd'hui, quel est l'intérêt de continuer à faire des peintures abstraites avec simplement quelques formes géométriques, sachant que cela a déjà été fait ???? Je ne sais pas, la réponse n'est pas évidente, je pense que pour la trouver il faudrait creuser l'oeuvre d'artistes plus contemporains proposant de telles oeuvres pour comprendre en quoi leur oeuvre est différente... ?

Commentaire beaucoup plus long que ce que j'avais prévu au départ, et peut-être pas extrêmement clair, je ne sais pas... :$ je te conseille cette page (consacrée à Marcel Duchamp) qui explique mieux que je ne le fais l'intérêt de Dada et par extension, de toutes les formes d'art moins "classiques" et dont l'appréciation n'est pas immédiate et pose problème : http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ens-duchamp/ens-duchamp.htm
 

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