Lundi 24 novembre 2014 à 8:03

Psychologie, comportement

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     Il m’arrive de temps à autre de remonter le moral d’une personne qui a des problèmes passagers de natures diverses. La personne me raconte alors ses malheurs, ce qui évidemment me touche. Mais par ailleurs il faut que je reste rationnel, pour voir les choses autrement qu’elle et pouvoir amener son attention sur certains aspects qu’elle n’avait pas vu, et notamment diminuer les aspects négatifs et voir certains aspects positifs des situations.
    Si je restais insensible, je ne comprendrais pas ses problèmes; si je me laissais aller à trop de sensibilité, je serais alors incapable de l’aider parce que ne maîtrisant pas mon émotion au profit de la raison, la logique et le pragmatisme. C’est en fait moins facile que l’on ne croit de ne rester que moyennement sensible.
    Cette compréhension des sentiments, des émotions et de la souffrance d’autrui, est variable selon les individus, selon l’interlocuteur que l’on a face à soi, selon le problème et sa cause, et selon le contexte du moment; le langage, la façon de s’exprimer a également beaucoup d’importance, comme dans toute communication.
    En psychologie, ressentir les émotions des autres et notamment sa douleur, cela s’appelle l’empathie.
    Pour comprendre son propre comportement, certaines études de psychologie donnent des pistes intéressantes : quelles sont les conditions nécessaires pour ressentir de l’empathie pour quelqu’un ?

    Les psychologues citent souvent quatre conditions nécessaires pour pouvoir ressentir les émotions d’autrui :
         - Il faut d’abord ressentir des émotions : les mêmes que son interlocuteur : joie, peine, angoisse, douleur, peur, dégoût, colère et comprendre les émotions liées à l’amitié, à l’amour, à la haine… On ne peut pas ressentir les émotions de l’autre si’ on n’a pas une affectivité suffisante.
         - ll faut être dans un état affectif assez similaire et proche de son interlocuteur. On peut ressentir soi même une émotion, mais si l’état est trop différent de celui que l’on a en face de soi, il est difficile de le comprendre.
   
         - Il faut que l’on arrive à assimiler la cause de l’état affectif de l’autre et que sa propre émotion ait la même cause. deux personnes qui regardent le même film, lisent le même livre ou écoutent la même musique peuvent ressentir des émotions similaires, mais elles n’éprouvent pas forcément de l’empathie l’une pour l’autre. Il faut en quelque sorte qu’il y ait transfert de la cause de l’émotion, pour qu’elle suscite une émotion vraiment similaire et compréhensible;
         - Il faut enfin que la personne qui écoute l’autre soit consciente de cette cause et de son influence. Un jeune enfant qui voit sa mère pleurer pleure aussi, mais ce n’est pas de l’empathie : il ne comprend pas exactement pourquoi sa mère pleure, car il n’a pas une mentalité d’adulte. Il faut comprendre l’émotion de l’autre et être conscient de ses causes réelles, qu’il faut en quelque sorte s’approprier.     

    Mais ces conditions ne suffisent pas, car même si nous comprenons la douleur de l’autre, nous n’y sommes pas sensible de la même façon.
    Supposons que des personnes regardent un film où un homme bat sa femme.
    Un jeune enfant pleurera parce qu’ il s’imagine recevoir une fessée et avoir mal.
    Un psychiatre comprendra la douleur de la femme, mais il est tellement habitué à de s problèmes psychologiques q’il n’aura pas une grande émotion.
    Mais supposons qu’il s’agissent d’une mère et que la jeune femme battue ressemble à sa fille, là son émotion sera bien plus forte, parce qu’il y a ce lien affectif même s’il n’est que subjectif.
    Il ne faut pas confondre empathie et sympathie.

    Finalement, éprouver de l’empathie pour quelqu’un qui souffre, ce n’est pas seulement éprouver les mêmes émotions, parce que l’on est sensible, ou par mimétisme; c’est vraiment imaginer la douleur de l’autre et se l’approprier, c’est partager ses émotions, en faisant appel à sa propre expérience et sa mémoire.
    Mais si on veut ensuite l’aider, il ne faut pas aller trop loin. On peut parfaitement s’imaginer les émotions d’autrui sans partager les mêmes croyances, les mêmes désirs et pulsions, les mêmes intentions. Pour aider quelqu’un il faut avoir un certain recul, il ne faut pas se laisser entraîner dans l’émotion pure. Il faut certes comprendre et s’assimiler ses émotions et leurs causes, mais il faut en partie regarder la scène en spectateur, conserver sa logique et son esprit critique.
    Il faut finalement tout en éprouvant de l’empathie pour lui, voir la situation autrement que son interlocuteur, pour pouvoir lui montrer ce qu’il n’a pas pu ou n’a pas su voir. C’est beaucoup plus facile avec quelqueun d’extérieur qu’avec quelqu’un de sa propre famille, car là, on est trop impliqué sentimentalement.

    Je reprends l’exemple de la personne battue, par exemple une adolescente par ses parents ou par des camarades de lycée.
    Si je ne m’imagine totalement sa souffrance corporelle, au points de la ressentir presque, certes je comprends une partie de sa douleur, mais ce n’est pas comprendre ses émotions.
    Par contre, en discutant avec elle, j’arrive à comprendre la situation, le contexte, les causes, à analyser ce que ressent mon interlocuteur, quelle est la nature de ses émotions, que j’arrive à imaginer ce que je ressentirai moi même en tenant compte de sa personnalité, là je ne ressens pas la douleur physique, mais vraiment l’état subjectif de la personne que j’ai en face de moi.
    Je peux alors aller plus loin avec mon imagination : c’est essayer de trouver les réponses qui pourraient améliorer la situation, apaiser les souffrances, faire aussi cesser ses causes, mais je dois alors analyse le fruit de mon imagination, critiquer mes idées voir leur vraisemblance, leur chance d’aboutir et ensuite les confronter à la réalité de l’autre.

    Mais je mets souvent en garde les jeunes qui essaient d’aider leurs amis. Assimiler ainsi la souffrance d’autrui est quelque chose d’éprouvant si on ne pend pas assez de recul, si on se laisse soi même gagner par l’émotion. Si la douleur de l’autre vient trop en nous, elle peut devenir insupportable et il y a donc un risque de contagion.
    J’ai connu des jeunes qui, en voulant aider leur petit(e) ami(e), en dépression, ont fini eux mêmes en dépression, car ils n’avaient pas nécessaire pour cette lourde tâche. Si un jours vous sentez, en aidant quelqu’un, que vous êtes vous même dépassé(e) par vos émotions, il faut appeler à l’aide, car il y a parfois des situations trop difficiles pour une seule personne, même si elle est motivée par l’amour ou par une grande amitié.

    Après l’intermède de demain, je parlerai après demain des réactions du cerveau, face à l’empathie.
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