Dimanche 2 juin 2013 à 8:01

Zoologie, botanique, évolution

  Notre «chevrette» franco-canadienne bien connue sur Cow, Maud, bien que transformée provisoirement en «gerbille», me donne souvent des renseignements intéressants pour mes articles, et je l’en remercie.
    Sans doute ses conditions de travail actuelles l’ont fait s’intéresser au camouflage et elle m’a signalé un article sur la façon dont la vipère du Gabon essaie de se faire passer inaperçue dans les herbes des forêts du pays.
    J’ai pensé que cela vous intéresserait peut être de connaître un peu cet animal (que je ne connaissais pas non plus, mais sans doute est ce une familière de Kaa) et j’ai donc cherché de la doc sur la question. J’ai pu lire l’article original de Marlène Spinner, zoologue de l’université de Bonn, dans la revue britannique «Nature Scientific Reports», et de nombreux articles plus journalistiques existent dans la presse récente, qui se copient d’ailleurs les uns sur les autres.

    Qu’est ce que cette «vipère du Gabon de l’Ouest» dont le nom savant est «Bitis gabonica rhinocéros».
    C’est la plus grande des vipère, entre 1m et 1m50, parfois jusqu’à 2m pour les femelles, diamètre environ 12 cm (une jambe humaine), et peut peser entre 8 et 12 kg.
    Les photos ci dessous sont tirées du site «funreptiles».

http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux3/TP502.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Animaux3/P1020591.jpg















    Elle possède une tête large et aplatie de forme triangulaire, a de grands yeux à pupille elliptique et de petites cornes situées sur le museau entre les narines, d’où son nom de rhinocéros.
    Repliés dans sa bouche, d’énormes crochets à venin, qui injectent une très grande quantité (10 ml) de venin neuro et hémo-toxique, mortel si on ne vous injecte pas rapidement le sérum spécifique.
    La vipère du Gabon a une très belle robe naturelle : les dessins géométriques qui ornent son corps sont d'une grande diversité de couleurs : jaune, violet, bleuté, brun, beige et noir. Ils sont disposés de telle manière que, même sur le sol de la forêt tropicale où elle vit, cette vipère passe tout à fait inaperçue. Ces dessins s’assimilent aux irrégularités du sol (feuilles, cailloux …). Ils ont pour effet d’effacer le contour de l’animal.
    Voici une photo de l’environnement herbu : cherchez l’animal : il est en bas à droite.

http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux3/DSC6286.jpg

    Elle chasse la nuit et peut manger des proies de la taille d’un lapin, ou d’une petite gazelle, mais elle mange surtout des rongeurs.
    Vis à vis de l’homme, elle est peu agressive, et préfère la fuite ou l’immobilité, mais même si elle reste sans bouger, tout à coup elle peut frapper très rapidement, sans avertir. Toutefois quand elle se sent menacée, elle expire et produit un sifflement.
    Elle vit sous les feuilles et les accidents ont lieu lorsque quelqu’un qui ne l’a pas vue, marche sur elle.
    Ovovivipare, la femelle va donner naissance de 8 à 43 petits (15 à 20 en moyenne), après une gestation d’environ un an.. A la naissance, les petits serpents mesurent de 24 à 37 cm.

    L’étude dont parlent les journaux est celle de l’origine technique du camouflage que lui confère son corps, faite aux universités de Bonn et de Kiel, et qui décrit la structure des écailles de la peau de la vipère.
    Certaines de ces écailles sont d’un noir intense, qui s'entremêlent avec des écailles blanches et brunes sur le dos de la vipère, et ne réfléchissent qu'une faible partie de la lumière qui leur parvient, créant ainsi des «zones d’ombre», qui permettent à l'animal de se fondre parfaitement dans son décor végétal. De plus, les diverses colorations des écailles et de leur absorptions de rayonnement, permettent de contrôler la température de son corps.
    A la surface de ces écailles, notamment noires, on trouve des «nanostructures».
Je rappelle que un nanomètre = un millionième de millimètre : c’est l’ordre de dimension de l’ADN (2 nm), alors qu’un virus fait une cinquantaine de nm, et l’atome de graphite environ 0,1 nm. On fabrique actuellement des matériaux et des objets de dimensions voisines de 100 nm, (métaux et carbone notamment), qui possèdent des propriétés physico-chimiques différentes du matériaux habituel de grande dimensions

    Les chercheurs allemands ont montré, par observation au microscope électronique, que les écailles noires de la vipère ont la forme de feuilles enchevêtrées, hérissées de petites structures nanométriques aux arêtes vives et orientées différemment les unes par rapport aux autres. Elles réfléchissent mutuellement la lumière, finissant par la piéger.
    La photo ci-dessous tirée du rapport allemand, montre le détail de ces structures.

http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux3/srep01846f3.jpg

    Une étude physique complexe de réflectométrie a été faite pour comparer la réflexion et la diffusion provoquée par les diverses écailles, selon les diverses longueur d’onde de lumière visible.
    L’étude fait aussi une analyse des conditions physiques d’éclairage des sous-bois africains, ainsi que du comportement des végétaux au sol et montre que les caractéristiques du camouflage de la vipère, le plus perfectionné parmi les serpents, est particulièrement bien adapté à cet environnement

Par contre les écailles noires absorbent de la chaleur et sont donc visibles avec une lunette infra-rouge.

    Outre la curiosité zoologique, cette technique naturelle pourrait être imitée pour réaliser des matériaux qui absorberaient davantage la lumière et la chaleur.
    Ces matériaux pourraient notamment être utilisés au plan militaire, en matière de camouflage.

Kaa m'a envoyé une très belle photo de cette vipère, qui montre bien ses cornes de "rhinocéros". Je la publie à postériori ci dessous :

http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux4/ARSV01P0710B1713.jpg
Par jazz-autresrimes le Dimanche 2 juin 2013 à 10:51
bonjour jean-pierre
je ne connaissais pas ce serpent, merci pour cet article découverte. bonne journée et A+ du troubadour Emmanuel
Par kaa le Dimanche 2 juin 2013 à 11:05
Que dire face à un article aussi bien documenté ? ...
Tu parles ici plus généralement de la Bitis gabonica. Une sous espèce est la bitis gabonica rhinoceros, qui a, contrairement à sa cousine proche, une corne sur la tête (d'où son nom) En voici une photo ici :
http://serpent.cheloniophilie.com/Images/Photos/Bitis-gabonica/Bitis-gabonica-rhinoceros.jpg
On peut aussi rajouter que c'est l'un des serpents qui injecte de grandes doses de venin d'où la forme élargie de sa tête qui doit contenir de grandes glandes à venin. En cas de morsure, il faut agir très vite si on ne veut pas risquer l'amputation du membre.
En résumé, un des serpents que je ne possèderai jamais chez moi ...
Par maud96 le Dimanche 2 juin 2013 à 18:38
Par Chris68 le Dimanche 1er mars 2015 à 7:11
Concernant la photo en bas , ce n'est pas une bitis gabonica rhinocéros mais une bitis Nasicornis ! Une cousine .
Par PaulineLineau le Lundi 2 mai 2016 à 18:11
Tu fais un job excellent
 

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