Revenons à notre problème initial, la mémoire.

    Comment se fait la mémorisation à long terme?
Elle fonctionne en trois étapes : l’encodage, le stockage et la restitution.

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    L’encodage est effectué principalement grâce à l’hippocampe.
Au départ vous avez une série d’informations provenant des sens : par exemple la forme d’un canari, sa couleur jaune, son chant…, mais aussi des informations de type linguistiques : c’est un canari, il s’appelle Titi.
    L’hippocampe est chargé d'associer ces données et les souvenirs pour former un « épisode". Les données ci dessus vont être stockées dans la mémoire associative pour des images, des sons.., mais aussi dans le centre de Geschwind pour les mots.
    L’hippocampe va renforcer ces diverses connexions en les associant , et éventuellement en y associant aussi les souvenirs de l’environnement dans lequel elles ont été acquises.
    Cette association se fait de plusieurs façons : augmentation d la quantité de neurotransmetteurs dans les synapses, augmentation du nombre de synapses joignat deux neurones, excitation d’un neurone auxiliaire qui vient renforcer le signal de l’émetteur et abaisser le seuil à partir duquel l’influx nerveux est transmis.
    Sans l'action de l'hippocampe pour connecter ces souvenirs entre eux et former un "épisode", ceux-ci resteraient plusieurs souvenirs séparés et probablement rapidement oubliés.

    Le stockage met en jeu en outre les principaux centres du cerveau émotionnel.
    A l’origine l’hippocampe évalue l’importance et la pertinence de l’information, souvent avec l’aide des centres amygdaliens, qui gèrent les aspects émotionnels, et si les conditions de mise en mémoire à long terme sont réunies ou  si l'évènement, à l'origine d'émotions, peut être oublié.
    S’il est décidé de mémoriser, les informations en mémoire vont circuler, notamment pendant le sommeil dans ce que l’on appelle le « circuit de Papez » (voir mes articles des 22/12/2011, 29/3/2009 et 1/2/2009)), et vont ainsi renforcer les connections entre les neurones qui constituent le souvenir correspondant.

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    Le rappel du souvenir peut être inconscient et spontané, mais s’il est volontaire, il est demandé par le cortex préfrontal à l’hippocampe qui associe les divers éléments le composant. Chaque rappel conforte les connexions et donc renforce le souvenir.
    Pour des souvenirs qui ont de très fortes connexions entre leurs composants, le cortex préfrontal peut les rappeler directement sans passer par l’hippocampe, car le rappel d’un élément entraîne le rappel de tous, tant les connexions sont fortes.

    Quelles sont les conditions pour mémoriser convenablement des informations ?

    Avant de mémoriser des données, il faut les intégrer et ceci est conditionné par l’attention.
    A un faible niveau d'attention, un individu sera juste capable de capter l'information recueillie par ses sens. A un degré d'attention moyen il sera capable d'intégrer une information et de la restituer.
    A un niveau d'attention plus élevé, l'individu sera capable d'intégrer une information et de faire des liens avec les connaissances qu'il a préalablement acquises, ce qui placera l’information dans un contexte et permettra de mieux la mémoriser.
    Avec une attention maximale, le cerveau sera capable des actions précédentes, mais aussi d'effectuer un traitement cognitif de l’information recueillie pour en déduire une nouvelle connaissance. 
    Donc, plus l'individu sera en mesure de faire des liens avec ses connaissances, plus la mémorisation sera renforcée car la mémoire relie une nouvelle information à des connaissances déjà solidement ancrées et permet ainsi une meilleure intégration de cette nouvelle information. De plus, si l’on a des difficultés pour restituer ensuite l’information, il sera plus aisé de la retrouver en s'appuyant sur les liens fait avec d'autres connaissances.  

    Deuxième condition d’une bonne mémorisation, la motivation.
    On a vu que la motivation mettait en jeu le système d’apprentissage et de récompense, caractérisé par des neurones utilisant la dopamine comme neurotransmetteur.
    Lorsqu’un événement bénéfique pour l’individu intervient, un centre que l’on appelle l’ATV (aire tegmentale ventrale) provoque la sécrétion de la dopamine, qui intervient donc dans la sensation de plaisir, par un autre centre : le noua accumbens (voir mon article du 12 janvier 2009).
    La dopamine se fixe sur des récepteurs spécifiques et on note une augmentation de celle-ci dans certaines régions du cerveau quand l'individu est engagé dans une activité gratifiante, les neurones de ces régions possédant ces récepteurs spécifiques.
    C’est notamment le cas de l’hippocampe : quand l'hippocampe détecte une information nouvelle, un signal est transmis vers l’ATV et entraîne une libération accrue de dopamine, qui inonde alors en retour l’hippocampe, renforçant l'efficacité de transmission de l'influx nerveux dans les contacts synaptiques de l'hippocampe et donc la mémorisation.
    La sensation de plaisir, qui entraine la motivation de l'individu, sera associée à un souvenir particulier. En rappelant le souvenir, l'individu se rappellera le plaisir qu'il avait éprouvé précédemment et sera donc plus motivé pour le rappeler et sa mémorisation sera plus efficace. De plus, la motivation entraîne généralement une hausse de l'attention...

    Un autre facteur peut jouer un rôle important : l’émotion et donc les centres du cerveau émotionnel et notamment les centres amygdaliens.
    Le principal neurotransmetteur des émotions est la noradrénaline, qui possède aussi ses récepteurs spécifiques.
    L'hippocampe et l'amygdale possèdent d'importantes interconnexions, et les émotions vont directement agir sur le processus d'intégration des données.
plus les connexions entre amygdale et hippocampe seront importantes. La mémorisation est donc plus  efficace et moins sujette à l’oubli et les émotions, qu'elles soient positives ou négatives, influent sur l'intégration des données. 

    En définitive, plusieurs facteurs vont conditionner la mémorisation : l'émotion, la motivation et l'attention. Dans un contexte scolaire les facteurs tels que la motivation et l'attention seront prépondérants. A l'inverse, dans un contexte autobiographique le facteur émotionnel sera plus important. Plus ces facteurs seront forts, plus la mémorisation sera aisée.
    Une bonne mémorisation ne se fonde pas exclusivement sur ces trois facteurs. Réviser va relancer le transit d'une information dans le circuit de Papez et favoriser la mémorisation. Elle se fait à l’origine par l’acquisition, mais ensuite par la sollicitation répétée de cette information et sa mise en lien avec les connaissances préalablement acquises.
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