Mardi 28 avril 2015 à 7:32

Enseignement, école, fac

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On se moque souvent du jargon incompréhensible des mathématiciens et des informaticiens, ou bien sûr des médecins. Mais il s’agit de jargons techniques.

D’accord on n’y comprend pas grand chose, mais ce n’est pas très important si on n’a pas à s’en servir, et si on travaille dans ce domaine ou qu’on s’y intéresse, on apprend peu à peu la signification de ces termes.

L’ennui c’est quand un spécialiste s’adresse à un public non averti et contiunue à être ésotérique. Je rencontre cela assez souvent car j’organise des conférences pour des ingénieurs dans des domaines qui ne sont pas leur spécialité, et il faut que je discute avec le conférencier pour être sûr que sa conférence sera digeste, intéressante et compréhensible par tous.

 

Mais dans des domaines où un langage spécial n’est pas nécessaire, quand je vois certaines expressions cela me fait sourire et voire m’agace, car cela devient ridicule.

Déjà les « techniciennes de surface » à la place des femmes de ménages me faisaient sourire et ce n’était guère apprécié par les personnes de ce métier.

Mais là, l’Education Nationale bat vraiment tous les records. Je sais bien que la formation des bacheliers et des profs est telle aujourd’hui qu’ils n’ont probablement jamais lu les « Précieuses Ridicules ». On parle à peine de Molière dans les programmes de français du bac !

On croirait à une plaisanterie.

 

Je sais bien qu’un prof de gym n’est pas censé connaître le français, mais parler de « traverser l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête dans un milieu aquatique profond standardisé » au lieu d’apprendre à nager dans une piscine m’a fait noter l’expression pour la ressortir au maître nageur de Carnac, pour voir s’il comprend et s’il pense que le bord de mer où il apprend à ses élèves à nager, est un « milieu profond standardisé »! Quelles sont ses dimensions standard, sa profondeur, la composition de son eau, les règles de sécurité, les normes sur les berges….?

Cela me rappelle un examinateur de géographie un peu sadique, qui au bac, demandait quelle était la profondeur du Danube sous les ponts de Budapest, jusqu’à ce qu’on ait lu la réponse dans un roman policier et qu’on lui ait répondu « 4m,25 et 4m,35 sous les arches centrales ».

Il paraît qu’en foot, on court après et on tape dans un « référentiel bondissant »!!

Le badminton et le tennis ont pour but de « rechercher le gain d'un duel médié par une balle ou un volant »

Dans les sports de combat, il faut « vaincre un adversaire en lui imposant une domination corporelle symbolique et codifiée »

Quand à « créer de la vitesse » à la place de courir, je me croirais aux commandes d’un Airbus !

 

« Produire des messages à l'oral et à l’écrit », je le fais tous les jours sur ce blog, mais je n’aurais pas l’audace de dire que ce sont des exposés et des dissertations.

L’objectif des langues vivantes n’est pas de les parler pour communiquer, mais de « se familiariser avec des mobilités virtuelles, se préparer à des mobilités physiques. » et les programmes titrent « Aller de soi et de l'ici vers l'autre et l’ailleurs ».

J’ai appris une mot (dont je ne connaissais pas la signification, mais je ne l’ai pas trouvée dans les dictionnaires, et sur internet, j’ai trouvé un baratin peu précis) : « L'éducation aux médias est mise en œuvre, et organisée de façon spiralaire. » (en deltaplane dans les mouvements ascendants, je suppose).

 

Quant au syndicat qui prétend que ce vocabulaire est un vocabulaire d’expert, il représente bien mal les profs, dont il donne une mauvaise image, et n’a pas le sens du ridicule.
J’ai de nombreux profs dans ma famille, et leur souci, c’est d’être compris par leurs semblables et par leurs élèves. Leur expertise c’est la pédagogie, comment intéresser les élèves à leurs cours malgré toutes les tentations actuelles du numérique, et leur apprendre le mieux possible, le français, les mathématiques, la physique et la chimie, les langues, les SVT et l’histoire-géo. Ils ont été effarés par l’idée que l’expertise des profs défendue par le syndicat, pouvait être une méconnaissance du français, de « Produire des messages à l'oral et à l’écrit » ampoulés et presque incompréhensibles.

Ce qui les inquiète c’est la déconnection (je rajouterais volontiers déconnante), entre ceux qui rédigent les programmes (le Conseil supérieur des programmes), et la réalité de l’enseignement de tous les jours sur le terrain.
 

J’ai lu toutefois le document officiel du Ministère sur la réforme des collèges : il est quand même écrit la plupart du temps en français « classique » et non en novlangue. (voici l'adresse) :

http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/04/3/Programme_C4_adopte_412043.pdf

Mais il m’a donné l’impression que l’élève n’était plus là pour apprendre et surtout pour former son intelligence, mais pour se sentir bien, et je cite « manifester sa sensibilité » et « questionner le monde ». On prend les élèves pour des écrivains philosophes, tout cela s'opérant au nom de la « liberté pédagogique de l’enseignant » et de la liberté de l'enfant qui doit être "créatif".

Il y a tout un chapitre sur les objectif de formation, qui a dû être écrit par des psys, voire des psychiatres ! Ce qui est dit n’est pas faux, mais c’est un mélange de philosophie et de psychologie, le plus souvent du charabia et pas de buts pratiques précis.

Tout reste très théorique, je vous donne un exemple de démarche et outil pour l ‘élève :

« Explorer différentes modalités de représentation par des mediums et techniques variés pour jouer des écarts et des effets produits à des fins expressives. »

De plus je crois bien que employer médiums au pluriel n’est possible que pour les voyants extralucides, mais qu’ au sens de « moyens pour faire quelque chose », il faudrait dire média.

Quant aux mathématiques, le Conseil a l’air de croire qu’il suffit de savoir utiliser un tableur et un grapheur, sans avoir fait auparavant la démarche intellectuelle de comprendre le mécanisme des opérations correspondantes. Il oublie que avant tout le but est de bien poser le problème et de connaître les méthodes pour le résoudre. La machine peut faire le calcul, mais on ne peut la surveiller (notamment ses résultats) que si on connaît le processus.

Par contre on trouve dans le programme d’histoire géographie les objectifs suivants :

« ‐ Trouver, sélectionner et exploiter des informations.

‐ Exercer son esprit critique.

‐ Poser des questions, se poser des questions.

‐ Émettre des hypothèses.

‐ Vérifier en croisant plusieurs sources d’informations.

‐ Mener les différentes étapes de résolution d’une tâche complexe : résoudre un problème, en choisissant une démarche, en mobilisant des procédures, des connaissances et des ressources documentaires, proposer une solution, la justifier et en rendre compte.

Je trouve cela très bien, mais est-ce seulement en histoire géo qu’il faut apprendre à le faire ?

 

Nota : Pour ceux qui ne le sauraient pas je rappelle la signification des cycles 

- cycle 1 : la maternelle.

- cycle 2 : CP/CE I et II.

- cycle 3 :  CM1 et 2 et 6ème

- cycle 4 : collège 5ème à 3ème

- cycle 5 : lycée

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