Vendredi 7 mars 2008 à 16:39

Inné et acquis


    Dans le précédent article je vous ai montré comment notre patrimoine génétique déclenchait un processus chimique très complexe, qui permet la formation de milliards de neurones, puis leur migration vers des centres spécifiques et enfin la croissance de dendrites et d'axones qui se relient entre eux formant des millions de milliards de connections appelées “synapses”.
    Mais ce processus chimique a une certaine autonomie  et la phase terminale des connections est même aléatoire, de telle sorte qu'une partie de la formation de notre cerveau échappe à l'hérédité et même aux lois de la génétique.
    Toutefois nous n'avons  aucune action sur cette formation qui est donc “innée”

    Mais lorsque nous naissons, seuls les centres du cerveau qui régulent notre vie autonome fonctionnent normalement.
    Bien qu'ils possèdent les neurones nécessaires et même des connexions en nombre superflu, notre cerveau émotionnel n'a encore aucun sentiment et notre cortex ne réfléchit pas et le bébé perçoit bien peu de sensations à sa naissance.
    Nous allons donc maintenant voir l'évolution du cerveau après la naissance et nous constaterons l'énorme influence de l'environnement et de l'éducation sur cette évolution.

                    Le “démarrage” :

    L'environnement a déjà une très faible influence sur l'embryon avant sa naissance.
    Le mécanisme de l'ouïe fonctionne chez le foétus de six mois et il “entend” et son cerveau apprend à reconnaitre certains bruits répétitifs et familiers, de façon inconsciente car il ne sait pas ce qu'ils sont (c'est le cas de la sonnerie d'une horloge, de la voix de ses parents ...). La mémoire des sons commence à fonctionner.
    Le mécanisme du toucher  et de la perception de chaleur commence à fonctionner et engendre par l'intermédiaire de la moelle épinière des actes réflexes de mouvements, mais le cerveau ne commande pas encore les mouvements. Mais le bébé “bouge”.
   
    Le bébé vient de naître. L'hypothalamus met en route le processus de contrôle de la respiration et du fonctionnement autonome de la vie de ce nouveau corps qui doit maintenant s'assumer seul. Il commence à contrôler le sommeil et quelques instants d'éveil où les yeux s'ouvrent.
    Un réflexe instinctif provoqué par l'entrée d'air dans les poumons a provoqué les signaux nécessaires au déclenchement des processus des cris.
    Le bébé est aveugle, mais l'oeil perçoit de la lumière et les neurones des aires visuelles (à l'arrière de la tête au dessus de la nuque), reçoivent des signaux qui pour le moment, ne signifient rien pour elles.  Les neurones du tronccérébral battent la mesure à 40 hertz et le thalamus commence à faire ses cycles de coordination des sensations.
    Les aires du cortex sur le dessus du crâne reçoivent des informations sur le toucher, l'état de contraction des muscles et essaient de contrôler les mouvents réflexes jusque là laissés à l'initiative de la moelle épinière.

    Quelques jours : l'hypothalamus délivre des signaux de faim et de soif.et le réflexe de téter est là. Peu à peu le cortex associe des signaux qu'il reçoit du nez, de la langue et des lèvres qu'il relie à ceux de faim et à sa tétée, et si celle ci ne vient pas, il déclenche des cris. Bébé reconnait l'odeur de sa mère.
    Peu à peu les processus nécessaires à la vie se mettent en place.
    Le bébé est très myope (pour ne pas donner trop d'information au cortex qui ne pourrait tout traiter, car il ne sait pas encore), mais les aires visuelles s'habituent à voir les formes, les couleurs, les déplacements.

    Bébé a un mois. Sa myopie diminue. Il commence à voir les visages qui se penchent sur lui et le processus ultra-compliqué et ultra-performant de reconnaissance des visages commence à se mettre en place pour analyser lles visages familiers qu'il reconnaîtra vers 3 mois.
    Si cela intéresse mes lecteurs je pourrai vous expliquer dans un futur article, comment le cerveau reconnait les visages.
   
                L'apprentissage de son corps

    Quatre à huit mois, première phase d'apprentissage intensif..
    Les centres de la vision savent interpréter ce qu'ils voient et le cortex reçoit ces informations et sait maintenant commander les muscles. Mais il ne sait pas encore coordonner l'information et l'action et faire des mouvements “efficaces”.
    Un processus extraordinaire entre alors en jeu.
    Bébé veut attraper un objet, il essaie mais l'évaluation de la distance et la coordination avec le geste n'et pas bonne : il  passe trop loin. Pas de signal nerveux i: l faut recommencer.
    Cette fois il touche l'objet. Un centre du cerveau central “un “centre d'apprentissage” va libérer un peu d'un neuro-transmetteur , la dopamine, et des neurones dont les synapses utilisent ce neuro-transmetteur vont envoyer un petit signal au cortex  : c'est mieux. Le cortex modifie sa stratégie et Bébé va essayer de s'approcher plus; cette fois ci il saisit l'objet mais le lâche. Signal plus fort : on est sur la bonne voie. Dernier essai et l'objet est pris : beaucoup de dopamine et signal très fort : essai réussi.
    Si au contraire l'essai avait été moins bon, le siganl aurait été plus faible.
    Ainsi notre cerveau est guidé par un mécanisme de récompense ou de sanction, émis par ce centre d'apprentissage, qui permet d'optimiser les gestes et plus généralement les actions faites dans un but donné, en fonction de la réussite plus ou moins grande de l'approche du but.
    C'est ainsi que nous apprenons à utiliser nos perceptions et notre corps à maîtriser l'environnement et plus tard à marcher. C'est aussi pour le cortex le début de la réflexion et de l'organisation des actions. Il met ainsi au point des méthodes pour tous nos automatismes.
    Ce mode opératoire c'est le renforcement d'une série de connections, le renforcement des actions de certaines synapses qui représentent la séquence des opérations à réaliser.

    Finalement dans cette tâche d'apprentissage, c'est une recherche de mode opératoire par le cortex, qui est guidé par un censeur : les centres d'apprentissage, et qui finit, à force de répétitions et de mises au point successives,  par optimiser le processus.Si c'est une tâche relativement automatique, dès qu'il a réussi, il donne le mode opératoire au cervelet et passe à une autre tâche.
    Ce mode opératoire est ensuite mémorisé dans le cervelet qui pourra ensuite l'exécuter sans intervention du cortex, automatiquement et instinctivement.
    C'est ainsi que nous allons apprendre à nous servir de nos sens, de nos membres, à marcher et plus tard, comme ado ou adulte, à jouer du piano, au tennis, à taper sur un clavier, à nager, à être en équilibre sur un vélo ou une planche à voile, à conduire une voiture .....
    Tant que la tâche est routinière le cervelet l'assume sans que nous soyons conscients, mais quand une difficulté se présente, le cortex reprend le commandement des opérations.

    Le cervelet n'est pas le seul à avoir un apprentissage dans cette période.
Le bébé découvre son environnement et donc son cerveau reçoit une multitude de perceptions. Le thalamus coordonne vue, ouie, toucher goût, odorat et le cortex s'habitue à interpréter ces diverses informations et à se former une “cartographie” de son environnement.
    Deux centres se développent pour compléter le travail des centres de la vue : un centre qui identifie les images et les objets et un autre centre qui nous donne la cartogarphie de l'espace qui nous entoure.

    Cet apprentissage chez le bébé : attraper son biberon, se servir de ses mains, s'asseoir, marcher, se diriger, se fait de façon presque  inconsciente par essais successifs mais sans un effort de réflexion apparent.
    On a donc tendance à croire que c'est sinon inné, du moins naturel, automatique.
    Il n'en est rien. Nous pouvons beaucoup participer à la formation du bébé.
    L'aider dans ses gestes, lui donner des jeux qui puissent favoriser cet apprentissage, lui donner toute occasion de perfectionner ses systèmes de perception, de raisonnement certes simpliste, mais aussi de découverte et de créativité. Il va dans ces apprentissages dejà exercer sa mémoire toute neuve et prendre des habitudes, des règles de vie aussi.. C'est le début de la formation de son “goût”, les centres d'apprentissage se transformant peu à peu en “centres du plaisir”.
    Cet apprentissage, les parents, les puéricultrices des crèches et maternelles en sont en partie responsables. On ne le sait pas assez.

                Apprentissage devient formation du cortex

    Deux étapes cruciales dans la vie de l'enfant : apprendre à parler, puis à lire et à écrire.
    Là ce n'est plus inconscient. C'est un véritable travail pour le cerveau de l'enfant. Mais le mécanisme d'apprentissage joue toujours.
C'est le développement du centre de Wernicke qui comprend le langage, puis la lecture, du centre de Broca qui apprend la parole, puis l'écriture, du centre de Geschwind qui gère la mémoire du langage et des objets associés.
    Un remaniement complet de la mémoire intervient. Jusque là articulée autour d'images et de perceptions, elle devient linguistique en groupant dans des sites voisins les aiguillages vers les mots qui représentent des notions ou des objets de la même famille.
    Certes il y a un mécanisme, un automatisme de la parole, de la lecture et de l'écriture, qui devient inconscient et auquel le cervelet participe.
    Mais la signification des mots et des phrases est du ressort du cortex.
    L'enfant apprend là à réfléchir à émettre des idées à définir tout son environnement par les mots.
    L'enfant “devient intelligent” et là encore la responsabilité de ses parents et de ses éducateurs est énorme. Parler à un enfant, discuter avec lui, lui apprendre du vocabulaire et l'aider à connaître son environnement, lui faire découvrir les choses, l'habituer à réfléchir, à imaginer, à faire des hypothèses, à raisonner, à avoir du bon sens et à suivre des règles, à s'en imposer aussi, ce sont des choses primordiales qui peuvent décupler son développement et son intelligence (mais aussi quelquefois lui donner nos mauvaises habitudes ou des habitudes néfastes pour son avenir).
    On sous-estime notamment l'importance du jeu sur son développement et trop souvent de nos jours, on traite l'enfant comme une grande personne qu'il n'est pas, notamment par le développement de son cerveau.
   

                Et les sentiments me direz vous.?

    Paradoxalement si l'on connait un peu le fonctionnement du cerveau émotionnel, si l'on a identifié des centres qui interviennent dans les principales manifestations sentimentales : colère, peur, anxiété, rapports sociaux, émotivité, humeurs positives ou négatives, voire même amour maternel, on ne connait pas grand chose, ni sur le développement du cerveau émotionnel, ni sur le développement des “sentiments et émotions”
    En fait le problème est très complexe parce qu'il n'est pas limité au cerveau émotionnel, mais est l'affaire du cerveau tout entier avec de multiples actions réciproques.
    Les neurobiologistes manquent de moyens d'investigation et ne se sont pas suffisamment penchés sur ces problèmes, qui restent encore trop du domaine des seuls psychologues, sociologues et médecins.
    Cette période de l'enfance après la possession du langage est celle où l'enfant prend vraiment conscience d'exister, de son “moi” (je sais que certaines d'entre vous s'intéressent à la nature de ce “moi” et j'aimerais en discuter), et d'être différent des autres.
    Il apprend aussi  ce qui distingue les hommes des animaux : à imaginer ce que peuvent penser les autres, à anticiper leurs pensées et leurs raisonnements  et à s'en servir pour ses propres actions, mais aussi pour avoir barre sur autrui.

    Un phénomène important commence à se manifester : les centres d'apprentissage ne servent plus uniquement à automatiser nos processus, mais ont en liaison avec le cerveau émotionnel une action sur la mémoire de ce qui nous est bénéfique ou nuisible.
    C'est ainsi que quand il mange de la glace à la vanille ou de la glace au café, le nez et le palais envoient des infoemations qui, pour des raisons que l'on connaît mal (probablement de connexionx très complexes dans le cerveau émotionnel, vont déclencher une libération de dopamine et un signal positif au cortex et à la mémoire. L'enfant aimera la glade au chocolat et à la vanille.
    Les centres d'apprentissage vont donc “former les goûts” de l'enfant.

    Mais l'enfant est encore très influençable et là aussi parents et éducateurs ont une grande responsabilité : celle d'obliger l'enfant à multiplier les expériences pour qu'il puisse former ce goût, qu'il puisse comparer, l'obliger à goûter, sentir toucher, voir de multiples choses, discuter avec lui des différences et des réactions qu'elles provoquent, l'aider à argumenter et faire ses choix et trouver dans des images, livres, visites, la pluarlité des informations pour qu'il ait une certaine liberté dans ses choix, mais aussi qu'il ne se comporte pas comme un mouton.
   
    Enfin il faut être conscients pour comprendre le prochain de mes articles de la chose suivante : :

    Sur le plan de l'amour l'enfant est axé sur sa famille et donc sur l'amour des parnents, grands parents, frères et soeurs.
    Sur le plan de la sociabilité, sont importants pour lui les camarades de jeu et de classe. et l'amitié qui peut en résulter.
    De plus il a  des “représentations sentimentales”, par exemple les poupées, les peluches ou les animaux de compagnie.
    Mais contrairement à ce que croyait Freud, l'enfant n'a pas de préoccupation ni de désirs et refoulements sexuels.
    Même s'il sait comment on fabrique un bébé, si on lui a donné une certaine connaissance dans ce domaine, ce n'est pas un besoin pour lui.
    Rien ne se passe vraiment avant la puberté.
    Le cerveau de l'enfant est à la fois asexuel et bisexuel.

        L'adolescence : Centres d'apprentissages deviennent centres du plaisir.

    Un phénomène important va intervenir, en général au début de l'adolescence.
    La nature ( les lois de l'évolution), concidère que l'enfant ayant beaucoup appris en matière de mécanismes et d'automatismes, n'a plus autant besoin de ses centres d'apprentissages.
    Environ 30% des connexions des centres d'apprentissages vont disparaître et une partie de ces centres va se transformer en ce que les journalistes appellent “les centres du plaisir”.
    Je pourrai un jour vous en expliquer le fonctionnement si vous le désirez.   
    Ces centres fonctionnent comme les centres d'apprentissage en libérant  de la dopamine et donc en délivrant des signaux forts lors d'un événement ou d'une sensation agréables, (ou coïncidant avec un événement agréable), et ne délivrant aucun signal, mais en excitant au contraire des centres du cerveau émotionnel lors de sensations désagréables ou de coïncidence avec des événements désagréables.
    De même que nous maximisions les réussites de nos buts avec les centres d'apprentissages, nous maximisons les manifestations de plaisirs avec ces nouveaux “outils”
    En fonction donc des habitudes que prennent ces centres du plaisir, des sensations et événements qui accompagnent nos pensées, nos émotions, nos actions, ou les situations, l'ado va façonner ses goûts, ses joies, ses plaisirs mais aussi nos habitudes bonnes ou mauvaise, voire nos vices.

    Cette époque de l'adolescence est difficile pour plusieurs raisons :
    - L'ado est en partie privé des centres d'apprentissages auxquels il était habitué. Il a donc des difficultés passagères pour réaliserncertaines actions.
    - Il est confronté à ces “centres du plaisir” qu'il ne maîtrise pas.
    - Son cerveau préfrontal qui a entre autres, la tâche de prévoir les conséquences de nos actes n'est pas parvenu à maturité en matière de connexions, parce que l'enfant n'a pas eu l'occasion d'acquérir de l'expérience de ce genre de problème. L'ado ne mesure donc pas bien les risques et les conséquences de ses actes.
    - Il n'a pas l'expérience d'un adulte, est plus sensible, moins résistant au stress; il est beaucoup plus influençable.
    - Il se voit grandir et ressent un besoin d'autonomie et de liberté, mais en même temps, craignant de ne pas savoir l'assumer, il souhaiterait  rester enfant dans le nid familial. Dure contradiction.
    - Dans ce contexte difficile l'ado ressent plus que jamais le besoin d'être écouté, encouragé, aidé, conseillé, tout en jouissant d'une certaine autonomie et d'une certaine confiance.
    Et encore plus, il a besoin de tendresse et d'amour.
    - Et malheureusement il ne sait pas encore bien communiquer et parfois aussi craint que cette communication n'ait des conséquences désagréables et donc il ne se confie pas à ceux qui pourraient l'aider
   
    L'adolescence est certainement la période de sa vie ou l'enfant en route vers l'état d'adulte, mais dont le cerveau n'a pas encore les capacités et les connaissances et l'expérience pour assumer cet état, a le plus besoin de ses parents ou de “tuteurs référents” sur  lesquels il puisse s'appuyer et  qui le conduisent hors de l'enfance et de l'adolescence ( ex ducare, “conduire hors de”, c'est éduquer).
    Je suis très perplexe de constater avec mes guenons, que souvent les parents actuels, trop occupés par leur travail ou leur vie et ses problèmes, n'ont pas le temps ni quelquefois l'envie, de s'occuper des soucis et difficultés de leurs ados, qui sont ainsi délaissés, d'autant plus que la mode, l'influence des médias et des psys a entraîné une fâcheuse habitude : celle de considérer les ados comme des grandes personnes, sans s'apercevoir qu'ils sont à peine sortis de l'enfance.

    Et là, au mileiu des difficultés et problèmes de l'adolescence, arrive la puberté. Ce sera l'objet de mon prochain article.




Par un.coup.de.vent le Samedi 8 mars 2008 à 11:05
Merci, ça me fais plaisir.
Peut être que je deviens un peu parano, alors..., il faut m'escuser ^^
Je n'étais pas en vacances (je suis en zone b, du coup ça fait deux semaines que j'ai repris, enfin on s'en fiche un peu..) mais parfois ce que j'ai à raconter, je le garde pour moi, j'hésite. Parce que balancer des petits bouts de sa vie en vrac aux yeux des inconnus, ça fait bizare quand même.

J'aurais du mal à donner mon avis sur cet article, étant moi même "à peine sorti de l'enfance".
Mais je trouve ça trés interessant, et la categorie "adolescence" me plait bien.
Par plume-blanche le Samedi 8 mars 2008 à 23:18
Je trouve que c'est tres interessant...
 

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