Mardi 31 juillet 2012 à 8:53

Drogue, alcool, addictions

     J’ai parlé hier de l’absorption et de l’élimination de l’alcool dans le corps. Je voudrais voir aujourd’hui l’action sur notre comportement et les explications par l’action sur notre cerveau.

    L’alcool agit sur les différentes parties du corps.  Il influence la perception, l’attention et la capacité de  réaction. L’alcool produit également des effets sur les  émotions et le comportement, ainsi que sur les fonctions  physiologiques élémentaires telles que la régulation  de la température du corps et la respiration.

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    Dans un premier temps, les effets de l’alcool peuvent  être ressentis comme positifs.
    A partir d’une alcoolémie de 0,5 g /l, on se sent euphorique,  on est plus communicatif et on ressent un fort besoin de  parler.
    L’alcool agit en effet sur le circuit de récompense, dont je vous ai plusieurs fois parlé dans mes articles et dont le schéma ci-dessous résume les circuits. Les neurones de « l’aire tegmentale ventrale » libèrent de la dopamine dans les synapses  reliant ce centre à d’autres, notamment le noyau accumbens, les amygdales et le cortex préfrontal, et les circuits activés procurent une sensation de bien-être et de plaisir.
    De plus cette libération de dopamine est contrôlée par un autre neuromédiateur le GABA, un inhibiteur, qui agit sur des récepteurs spécifiques des synapses. Or l’alcool favorise aussi la libération de substances opiacées qui agissent sur les mêmes récepteurs et empêchent le GABA de modérer la libération de dopamine. Le processus s’auto-entretient.

    L’alcool perturbe ensuite l’action d’un autre neuromédiateur, qui contrôle l’action des muscles : l’acétylcholine.
    La faculté visuelle, qui demande une coordination  complexe de différents muscles oculaires, est  très rapidement affectée par l’alcool, dès la concentration de 0,5 g/l.
La coordination des muscles des membres est perturbée si ce taux augmente, puis l’équilibre est affecté, par suite d’une mauvaise commande des membres, mais aussi par action sur le cervelet (voir ci-après)..

    L'alcool agit aussi sur les récepteurs NMDA du glutamate, un neuromédiateur excitateur. Au début de l’absorption, la personne est donc excitée et très active dans un premier temps.
 
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/gaba-copie-1.jpgMais ensuite l’alcool agit aussi sur les récepteurs du GABA et de la glycine, qui sont des neuromédiateurs inhibiteurs. Quand l'éthanol se fixe sur les récepteurs du GABA, ces derniers sont activés, c'est-à-dire qu'ils s'ouvrent et laissent pénétrer des ions chlore Cl- dans le neurone, qui est hyperpolarisé : la différence de potentiel qui règne de part et d'autre de la membrane neuronale est inférieure a celle du neurone habituellement au repos et il est donc plus difficile de l'activer : le neurone est inhibé.
    L'aleool reproduit les effets du GABA et de la glycine et donc diminue l’activité du cerveau, et après une période d’excitation, c’est donc un dépresseur.
    Son action inhibitrice sur le cervelet entraîne entre 1 et 2 g/l des troubles de l’équilibre

    L’alcool agit aussi sur les récepteurs de la sérotonine, qui a de multiples fonctions, mais notamment régule humeur. Et sur les amygdales cérébrales qui contrôlent le stress et la colère.
En général au delà d’un g/l la personne devient irritable, puis au dellà, violente, car le cortex frontal est alors atteint et en partie inhibé de telle sorte que la personne ne se rend plus compte des conséquences de ses actes.

    Le rôle inhibiteur atteint en effet le cortex frontal, entraînant d’une part un manque de réflexion et de motivation, puis un endormissement du cerveau.
Pendant le sommeil provoqué par l’alcool, le sommeil profond reste normal, mal le sommeil paradoxal est beaucoup moins important, du fait du ralentissement de l’action des neurones. Les mécanismes de restaurations pendant le sommeil sont aussi ralentis et l’effet sur l’hippocampe perturbe la mémoire et les souvenirs de ce qui s’est passé pendant l’ivresse.

    On voit qu’il est difficile de décrire les effets de l’alcool sur le cerveau car ils sont multiples, car il s’attaque à de nombreux récepteurs des synapses.
   
    Quelques mots sur les effets d’une prise chronique de l’alcool : l’alcoolisme.
    Les deux raisons les plus importantes de l’addiction à l’alcool sont l’action sur le circuit de récompense, et celle, inhibitrice, sur les récepteurs du GABA.

    Sur le schéma ci dessous, on voit  à droite l’influence de l’alcool concernant le premier mécanisme :

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    - .le noyau accumbens et le pallidum libérent la dopamine associée au plaisir, par une sorte de réflexe conditionné;
    - l'apprentissage et la mémorisation du conditionnement sont assurés par 'hippocampe et l'amygdale cérébrale : cette dernière contrôle, grâce à diverses hormones dont la crticolibérine, les mécanismes du stress et jouerait un rôle de renforcement négatif (le sujet boit pour réduire son stress).
    - le cortex orbitofrontal qui contrôle la motivation et évalue la pertinence des stimulus ;
    - le cortex préfrontal et le gyrus cingulaire antérieur exercent un contrôle cognitif et freinent le besoin impérieux et irrépressible d'alcool.
    Chez une personne dépendante de l'alcool, les stimulus associés a la drogue sont amplifiés par rapport aux autres stimulus plaisants ; le cortex préfrontal et le gyrus cingulaire antérieur n'exercent plus leur contrôle inhibiteur et le besoin d'alcool n'est plus contrôlable.

    Par ailleurs, la consommation d’alcool entraîne une hypersensibilité des récepteurs du glutamate et une désensibilisation des récepteurs du GABA.
La consommation chronique de boissons alcoolisées peut amener un changement de conformation des récepteurs du GABA et diminuer l’affinité du récepteur à l'éthanol et donc provoquer une certaine tolérance, la même quantité d'éthanol causant des effets moindres.

    Enfin il existe une dépendance psychologique liée à l’addiction à l’ambiance de fête
Par Thomas Billard le Vendredi 29 juin 2018 à 15:38
Bonjour. Je vous applaudie pour cet article
J’adore votre manière d‘écrire.
 

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