Lundi 23 février 2015 à 8:52

Sciences et techniques

   Je vous ai expliqué hier ce qu’était le Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA) pour la Sécurité de l'Aviation civile.
     Aujourd’hui, je vais essayer de vous expliquer comment il mêne une enquête, notamment lors q’un grave accident.

     Le BEA est saisi lorsqu’un incident aéronautique se produit en France. Cela peut être un incident qui a mis l’équipage en difficulté, le vol se terminant sans accident, un incident ayant endommagé l’avion, en vol ou sur un terrain d’aviation, ou un accident grave, sans ou avec des victimes.
     Lorsque l’accident se produit à l’étranger, c’est l’état où il a eu lieu qui mène l’enquête. Mais les états où a été étudié, construit et immatriculé l’appareil sont aussi concernés, de même que celui de la compagnie, et de plus en plus, au moins pour information, les états correspondants à la nationalité d’éventuelles victimes. De plus le BEA peut être appelé à titre d’expert, compte tenu de ses compétences.
     Un « enquêteur désigné » est nommé par le pays  lieu de l’accident. Des collaborateurs des divers états sont nommés pour suivre et éventuellement participer à l’enquête.
    Pour un accident en Fran ce, l’enquêteur désigné appartient au BEA.
    Des directives européennes codifient les règles de déroulement des enquêtes et, en France, une loi de 1999 et son décret d’application de 2001, ainsi que le livre VII du code de l’aviation civile, définissent le rôle et les méthodes à appliquer lors de l’enquête.

     Pour déterminer les causes de l’accident, le rôle du BEA est essentiellement technique :
     Il se livre à des enquêtes auprès des pilotes et personnels de bord, des contrôleurs aériens, des personnels au sol, et évidemment des constructeurs d’avions, qui peuvent l’aider dans ses examens techniques. La recherche de débris, notamment en mer, est une tâche difficile, d’autant plus qu’un accident s’accompagne le plus souvent d’un incendie, et que les parties en fibres non métalliques, ne laissent que des cendres (dangereuses au plan respiratoire)
     Ces investigations mettent en lumière un certain nombre de faits, qu’il faut examiner sans idée préconçue sur les causes de l’incident  de l’accident.
     ll faut non seulement examiner les diverses causes possibles, mais regarder toute la chaine des événements et circonstances, la chronologie des faits, notamment de pilotage, les renseignements dont disposait l’équipage pour prendre ses décisions, les risques potentiels et ceux réellement apparus, l’environnement géographique, météorologique et psychique, et se référer éventuellement à des incidents antérieurs analogues.

      Pour les petits appareils d’aéroclub, l’équipement est plus sommaire que sur les avions de ligne, car il n’existe pas la plupart du temps d’enregistreur de bord sophistiqués.
     Si les occupants de l’avions , décédés ne sont plus là pour témoigner des faits, l’enquête se base sur l’examen des conversations avec le contrôle aérien, des cartes radar, et sur celui des restes de l’avion : carlingue, cokpit, moteur, panneaux d'alarmes, positions des sélecteurs et commandes de vol, indication des appareils de mesure, notamment ceux qui indiquent l’attitude de l’avion, et le GPS ou les appareillages qui enregistrent sa position dans l’espace. et donc sa route.
     Pour les accidents d’appareils plus importants, une phase très importante est celle de l’examen d’une centaine et jusqu’à 2000 paramètres techniques de vol et les conversations des pilotes, enregistrés par les « boîtes noires » des aéronefs (enregistreurs de vol qui sont rouges).
     Le BEA analyse tous les paramètres techniques de vol pendant l’incident : moteurs, commandes de vols, paramètres aérodynamiques, instruments de navigation, engagement et désengagement d'automatisme, position des gouvernes, des commandes de vol, ainsi que la trajectoire de l’avion et sa position dans l’espace : inclinaison, vitesse,   ….
     Ci dessous deux photos de ces enregistreurs de bord, en bon état.
Une balise fixée sur chacun des boitiers protégés est destinée à permettre les recherches des enregistreurs lors d'un accident en mer. Ces balises émettent un signal qui se propage dans l'eau sous la forme d'une impulsion toutes les secondes. Ce signal peut être capté par des détecteurs adaptés. La durée d'émission qui était de 30 jours, est maintenant portée à 90 jours.

http://lancien.cowblog.fr/images/Sciences2/enregistreur01.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Sciences2/enregistreur08.jpg













      Ces enregistreurs sont très solides, mais si leur enveloppe est endommagée, le BEA sait extraire les mémoires informatiques, et les lire, voire « recoller » une bande magnétique d’enregistrement des voix.
      Les mémoires et bandes sont ensuite dépouillées sur des appareillages spéciaux dont vous voyez ci dessous deux exemples, celui de droite vous donnant une idée de la complexité des connexions à réaliser.

http://lancien.cowblog.fr/images/Sciences2/extrairecontenubrut.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Sciences2/extrairememoirevolatile.jpg












      Le BEA fait également des examens mécaniques et métallurgiques
Il rassemble éventuellement des éléments de l’aéronefs et les testes pour déterminer d’éventuelles anomalies.
      Les éléments d’épave prélevés sur site sont acheminés en laboratoire afin d'y être observés et analysés. Ils peuvent être de nature très diverse : pièces, ensembles mécaniques, équipements, instruments de bord, ampoules, fluides, débris, dépôts...
      Les examens pratiqués ont pour objectif de déterminer les causes de défaillance des pièces et leur éventuelle implication dans l'accident : origine ou conséquence. Ils peuvent aussi permettre de recouvrir certaines informations sur la configuration de l'appareil au moment de l'accident.
      La photo de gauche représente des débris d’avion qui vont être rassemblés pour analyse, et la photo de droite un cadran d’anémomètre de planeur qui indique la vitesse au moment de l’impact, grâce à la trace laissée par l’aiguille.

http://lancien.cowblog.fr/images/Sciences2/images-copie-1.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Sciences2/anemometre.jpg













     Des simulations sur ordinateur ou sur des avions analogues à celui accidenté, peuvent être faites pour valider certaines séquences de vol.
     Les hypothèses quant aux causes peuvent amener à faire de nouvelles investigations pour les valider.
Il faut tout au long de l’enquête, ne pas perdre de vue que le but à atteindre est non seulement l’explication des problèmes rencontrés mais aussi les recommandations à faire pour les éviter à l’avenir.
     La tâche est difficile, mais le BEA est outillé pour la mener à bien et il est son seul maître.
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