Mardi 3 mai 2011 à 8:11

Enseignement, école, fac

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   L’enchaînement des événements de la vie est toujours quelque chose de bizarre.
    Je pars en Bretagne et j’ai , ce qui est normal, de nombreux mails au retour de ce séjour d’une semaine.
    Parmi eux, trois me parlent d’enfants surdoués, alors qu’avant mon départ deux autres correspondantes m’en avaient parlé et que cela faisait plus d’un an que je n’avais pas abordé le sujet. (15 février 2010)
    Alors j’ai envie de parler à nouveau des surdoués.

    Mais très peu sous l’angle de la neurologie, car on ne sait pas bien la raison de la différence entre les cerveaux des surdoués et ceux des enfants moins précoces.
    Plusieurs hypothèses semblent possibles :  
  
        -   un nombre de mémoires tampon plus élevé de telle sorte que le cerveau peut retenir à court terme et travailler sur davantage de données.
        - une myélinisation plus rapide de telle sorte que la vitesse de transmission de l’influx nerveux atteint plus vite sa rapidité définitive.
        - paradoxalement une diminution plus rapide du nombre de connexions, mais qui aboutit en fait à une meilleure utilisation, avec moins d’énergie, de celles qui ont été conservées.
        - une meilleure prévision des conséquences de ses actes par le cerveau préfrontal qui est mature plus rapidement.
        - des phases de sommeil paradoxal plus importantes et un mouvement des yeux pendant ces phases deux fois plus rapide. Cela correspondrait à une capacité inconsciente à organiser, pendant ces phases de sommeil, les informations emmagasinées durant l'éveil.
        - peut être une utilisation plus imporatant de l’hémisphère droit et des modes visuo-spatiaux, mais par contre un moindre recours aux méthodes déductives.
    Ce qui est certain à la lumière de ces hypothèses, c’est que les enfants en cause ne sont pas des génies, mais des enfants précoces, qui sont plus proches de l’état adulte que leurs camarades et donc à âge égal, ont davantage de possibilités intellectuelles, mais la différence s’atténuera lorsqu’ils atteindront l’âge adulte.

    Je rappellerai qu’on appelle surdoué, sans doute de façon trop simpliste,  un enfant qui vers 9 à 10 ans obtient aux tests de QI classiques (les échelles de Wechsler Wisc de 6 à 17 ans), un score supérieur à 135/140 et souvent de l’ordre de 145/150. (en principe environ 2% de la population a un QI supérieur à 130)
    En plus de ces capacités intellectuelles de compréhension, on s’aperçoit que, très jeunes, ces enfants sont très éveillés, attentifs et émotifs. Certains ont un développement moteur avancé. Leurs repères spatiaux et temporels sont plus vite acquis.
    En grandissant, ils développent une grande sensibilité, s'imprégnant de tout ce qui se produit autour d'eux. Ils sont très vigilants, lucides, empathiques (perméables aux sentiments d'autrui), ils ressentent la joie et la tristesse avec davantage d'intensité. Ils analysent les conversations des adultes et conversant avec eux, peuvent comprendre des concepts difficiles et acquérir un vocabulaire étendu.
        Un enfant précoce ou surdoué lit beaucoup, sa mémoire, sa créativité ou son imagination sont souvent très développées, de même que la flexibilité de la pensée ou l'élaboration de la réflexion. Ces enfants sont généralement attirés par les adultes ou par les enfants plus âgés qu'eux. Enfin, ils posent souvent de nombreuses questions et ont une grande curiosité intellectuelle.
    Un enfant précoce ou surdoué a certainement certaines prédispositions génétiques ou du moins innées.
    Mais le rôle des parents, de l’éducation et de l’instruction est fondamental.
        Si les parents et les grands parents s’occupent beaucoup de cet enfant, lui apprennent à parler relativement tôt, conversent avec lui, répondent à ses questions, ses facultés se développent tout jeune.
    Si à partir de 4 ans, on lui apprend à lire et à écrire puis à compter et à effectuer les quatre opérations, qu’on le fait dessiner et acquérir des repères spatiaux, il va lire beaucoup et acquérir du vocabulaire et des facultés logiques et de calcul, souhaiter développer ces notions par curiosité et donc se perfectionner en mathématiques très élémentaires et en vision spatiale.
        Rien d’étonnant qu’à 8 ou 10 ans, si on lui fait passer un test de QI, basé sur la logique, le calcul, la représentation spatiale et la connaissance de la langue, qu’il ait un score très élevé. Il n'est pas super-intelligent, il est simplement entraîné et a eu une " éducation précoce".
    C’est un enfant qui avait certes des facilités et de grandes prédispositions, mais qu’on a surtout formé avec temps, attention et amour, et qui a développé son esprit et son intelligence par l’exercice, et à qui en plus, cela plaît de le faire, et qui donc, a pris l'habitude de travailler, sans que cela lui en coûte.
        Mais c’est un enfant tout à fait normal et pas une bête de cirque, comme l’on voudrait nous le faire croire aujourd’hui (les médias et les psys, mais aussi quelques parents!).
    Pour beaucoup de jeunes surdoués que j’ai connus, ceux qui ne se sentait pas bien était souvent ceux à qui on avait trop dit qu’ils étaient surdoués et donc ils se voyaient comme anormaux, ce qui est totalement faux.

    Quand j’étais jeune, il y avait rarement problème.
    On faisait démarre l’enfant en CE2 ou même en CM1, ou sinon on lui faisait ensuite sauter une classe, une ou deux fois.
    De la sorte il trouvait suffisamment de difficulté à apprendre et ne s’ennuyait pas et il était au contact de camarades plus âgés mais de son niveau d’âge intellectuel.
    Les professeurs veillaient à ce qu’il ne décroche pas par ennui, lui donnaient parfois un complément d’exercice plus difficile, ou, chose plus astucieuse et efficace, le chargeaient d’expliquer et de soutenir les élèves les moins doués de la classe, ce qui lui permettait de découvrir que ce n’est pas si facile que cela d’expliquer simplement (il faut avoir parfaitement compris) et c’était un exercice très formateur pour lui aussi.

    Aujourd’hui c’est assez catstrophique.
    Très souvent les parents ont mis dans la tête de l’enfant que c’est un génie et qu’il n’a pas besoin de travailler pour comprendre et réussir, ce qui est faux.
    Surtout on refuse de faire sauter des classes à cet enfant  car il faut ajourd’hui rentrer dans le moule de “l’égalité des chances” , ce qui est une déformation aberrante de ce principe.
    Il suffit alors d’un problème supplémentaire (parents très occupés, divorce, camarades désagréables, problèmes de santé ....), pour que l’enfant bascule dans des difficultés importantes, et cela d’autant plus que c’est un enfant très sensible, très empathique et très lucide, envisageant les risques et donc les possibilités d’échec, échec auquel les surdoués sont plus sensibles que les autres.
    Cette conscience de tous les instants peut paralyser les enfants surdoués. Leur esprit porté vers l'abstraction est également souvent fasciné par la mort, ce qui est une source d’inquiétude et de stress.
    Ils disposent en général de beaucoup plus d’informations, car leur esprit en recueille davantage sur tout sujet qu’il aborde, et cette masse d’information à traiter peut perturber par toutes les questions qu’elle pose.
   
        Certes, de nombreux enfants surdoués dominent cette angoisse et obtiennent des résultats brillants dans leurs études. Mais parfois aussi, l'enfant s'engage dans un dangereux repli sur soi et ne réussit plus en classe.
        La peur de mal faire est sans doute la source de certains résultats médiocres à l'école, par crainte de ne pas donner aux parents l’image que les parents ont inculqué à l’enfant de génie qui doit réussir..
    L’attitude de retrait résulte vraisemblablement de la peur d'être jugé par les autres enfants.
    Parmi les surdoués que j’ai connus depuis quelques années, la plupart de ceux qui avaient des problèmes, s’étaient exclus eux mêmes des groupes qui les entouraient, en s’estimant trop différents d’eux.
    J’ai développé ces points dans un article du 17/2/2010.

    Cela dit je connais plusieurs jeunes surdouées qui ont parfaitement réussi, certes avec plus ou moins de problèmes et cela en fonction de la façon dont les parents et les professeurs s’occupaient d’eux.
    Parmi ces jeunes que je connais depuis plus de 5 voire 6 ans, l’une est à Normale Sup sciences, l’autre à Normale Sup lettres, deux sont au milieu de leurs études de médecine, une en pharmacie et la dernière à l’ENA.
    Et j’en ai connu d’autres plus récemment qui réussissent aussi parfaitement.
    Mais toutes ont un point commun : elles ne reculent pas devant l’effort et le travail, bien qu’elles arrivent à comprendre plus vite que les autres et de plus ont une grande curiosité intellectuelle. Elles ont aussi une grande sensibilité, que souvent elles répugnent à montrer, mais qui les rend plus vulnérables aux problèmes personnels ou de leur environnement, qu'elles analysent avec lucidité et clairvoyance, ce qui heureusement les aide à les surmonter, à condition d'en avoir la volonté et le courage.

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Par ailleurs la simple référence au QI est trop simple, et  elle cache des enfants surdoués de natures très différentes et en fait il faut un bilan psychologique beaucoup plus fouillé pour séparer les diverses catégories et notamment ceux qui risquent le plus de rencontrer des problèmes.
Par alyane le Mardi 3 mai 2011 à 9:26
Sujet délicat!
Je connais un cas où l'enfant serait 'surdoué' d'après les parents, mais l'enfanr "roi" décide de ce qu'il veut faire ou non avec le consentement des parents!
Par maud96 le Mercredi 4 mai 2011 à 19:45
Le gros risque du "surdoué" (ou de celui à qui on a déclaré trop vite qu'il était tel), c'est le mépris des autres, de ses frères ou soeurs pour commencer, et une sorte d'auto-exclusion sociale !
Par n9wb0rn le Samedi 14 mai 2011 à 18:29
Eheh ça m'a rappelé ma jeunesse avec mes professeurs du primaire qui étaient fantastiques et qui me laissaient faire les travaux des plus grands pour ne pas que je m'ennuie ou qui me donnaient comme défi d'écrire le meilleur texte ! Ahhh le bon vieux temps !
Par navi48 le Lundi 13 juin 2011 à 10:06
Un enfant surdoué est difficile à gérer d'une part pour la personne elle meme, mais aussi pour les parents pour son intégration social de façon optimum. On peut aisément se poser la question de l'école (http://www.nosjuniors.com/ecole-education/quelle-ecole-pour-un-enfant-precoce/), facteur social de taille pour son développement...
Par lancien le Lundi 13 juin 2011 à 10:15
N'ayant pas trouvé votre adresse, je vous réponds ici. L'article est intéressant, mais il ne souligne pas l'erreur qui est de croire (et notamment pour les copains) que l'enfant est un "génie" ce qui est totalement faux. J'ai connu de nombreux enfants qui avaient sauté deux classes très tôt et ont suivi une scolarité sans problème mais avec des professeurs qui savaient s'en occuper d'une part pour les intéresser et d'autre part pour que le contact avec les autres élèves soit bon.
Par Origine le Jeudi 12 avril 2012 à 23:00
Le livre "Trop intelligent pour être heureux?" de Jeanne Siaud-Facchin est très bien fait et explique vraiment toute cette problématique de l'enfant dit "surdoué" ou "précoce"... entre autre il est dit (comme dans d'autres livres traitant du sujet) qu'il n'est pas forcément question de QI, mais d'un mode de pensée profondément différent. Par exemple, en arborescence plutôt que linéaire. Le système scolaire actuel n'étant fait que pour ce dernier mode de pensée, on comprend facilement le décalage que vivent ces enfants, (et l'inadéquation) d'où, parfois, un repli sur eux-mêmes (personne n'étant au courant de leur dite "précocité" et donc personne pour les considérer différemment). Ce côté de la "précocité intellectuelle" est souvent bien méconnu et ça peut être dommage, car dans ce cas faire sauter une classe ou deux ne suffisent pas, ou ne sont tout simplement pas une solution, le problème étant "ailleurs".
 

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