Jeudi 9 octobre 2008 à 8:12

Scarification, suicide



    Je voulais faire un sujet sur les remèdes contre l'impulsivité, mais j'ai eu un commentaire hier d'une jeune inconnue, qui n'a pas de blog et me demande :

“... Je dois faire un exposé sur l'euthanasie, les pour et les contres et des exemples publics pouvez vous non pas me faire l'exposé intégralement ^^' mais me faire quelques pistes à mettre dans mon exposé?  ...”
    Cela m'arrive assez souvent que l'on me demande de l'aide pour un devoir de maths, physique ou philo et je ne la refuse pas. Mais je préfère discuter avec la personne. Et là pas de blog, pas d'adresse électronique, (il aurait mieux valu m'en donner une sur “lui écrire”) alors je ne peux que faire cet article sur mon blog.
    Après tout pourquoi pas ?
    L'impulsivité ce sera pour demain.

    Euthanasie est un mot inventé par le philosophe anglais Francis Bacon au 16ème siècle, qui vient du grec : eu, préfixe signifiant bon et thanatos  la mort.
L'euthanasie c'est donc la mort dans de bonnes conditions.
    Si l'on se réfère à une définition plus moderne de “ma petite amie La Rousse”, c'est une pratique visant à provoquer la mort d'un individu atteint d'une maladie incurable qui lui inflige des souffrances morales et/ou physiques intolérables, particulièrement par un médecin ou sous son contrôle.
    Francis Bacon écrivait déjà en 1605 :
« L'office du médecin n'est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi d'adoucir les douleurs et souffrances attachées aux maladies ; et cela non pas seulement en tant que cet adoucissement de la douleur, considérée comme un symptôme périlleux, contribue et conduit à la convalescence, mais encore afin de procurer au malade, lorsqu'il n'y a plus d'espérance, une mort douce et paisible ; car ce n'est pas la moindre partie du bonheur que cette euthanasie..."

    Discuter sur l'euthanasie n'est pas facile car on touche un sujet délicat aux facettes multiples :
    - le problème “technique” du médecin confronté au diagnostic et aux moyens d'adoucir la fin d'un malade.
    - sa propre déontologie vis à vie de son serment d'Hypocrate qui en fait peut lui poser des problèmes contradictoires :
“ ...Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions.....J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences....Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.....”
    - les aspects juridiques car donner la mort à autrui est considéré comme un crime, et l'euthanasie pourrait dabns certains cas être considérée comme un prétexte pour donner satisfaction à des fins personnelles.
    - mais surtout on touche un sujet qui relève de la morale de chacun et plus difficile encore des convictions religieuses.
    - enfin, conséquence de cet aspect moral et religieux, le fait que nous appartenions à une civilisation, que nous ayons des us et coutumes de France et d'une région, une éducation familiale enfin, nous avons donc au départ des archétypes, des préjugés, des tabous, bref une opinion préfabriquée par notre origine.
    Je vais donc essayer de donner mon opinion sur ce sujet brûlant, mais en essayant d'être objectif et de ne pas trop me laisser entraîner par mes propres convictions. Je ne donnerai pas d'exemple; les médias s'en sont chargés abondamment et parfois avec un voyeurisme qui m'a déplu.

    Quel est d'abord le problème pour le médecin.?
    L'intime conviction du médecin sur la maladie de son patient est aujourd'hui aidée par des connaissances accrues, et par tous les moyens d'examen. Certes il y a parfois des guérisons inattendues, mais c'est rare et surtout cela intervient assez tôt dans la maladie.
    Certes on ne peut prévoir avec certitude le jour de la mort de quelqu'un atteint d'une maladie incurable, mais lorsqu'elle approche, le médecin sait avec certitude que son malade est condamné. Par ailleurs il sait interpr^éter les signes de souffrance de son patient.
    On connait maintenant le mécanisme de la souffrance physique et comment l'atténuer chez un malade, mais il est difficile de l'éliminer complètement et surtout on peut difficilement agir sur sa soffrance morale, les traitements anxiolytiques étant relativement aléatoires et d'éfficacité variable selon les individus.
    Enfin on sait comment provoquer “une mort douce”.
    Je pense donc que le médecin a actuellement les moyens techniques pour avoir des éléments de décision, mais que le problème pour lui est finalement celui de la relation avec son patient et de l'évaluation de sa souffrance psychique.
    A mon avis le problème du médecin est déontologique : il est face à une contradiction dans son serment d'hypocrate entre ne pas donner la mort volontairement et faire tout pour adoucir la souffrance de son patient. Il a de plus ses propres convictions morales et religieuses. Donc tout dépend pour lui de l'importance respective de ces facteurs.

    Quel est le problème pour la famille. ?
Il est le même que pour le médecin sauf sur deux points
    - en général, la famille n'a pas les connaissances médicales pour avoir les éléments de décision et est obligée de faire confiance au médecin.
    - en générale la famille aime le malade et donc est davantage sensible à sa souffrance. Mais évidemment elle est moins objective.
    - évidemment dans des cas rares mais possibles, la famille bénéficiaire de l'héritage, ou ayant de la haine pour le malade, peut agir de façon criminelle.

    Lorsque l'on “abrège de façon volontaire la vie d'un malade, qui souffre et est incurable, il y a des distinctions importantes à faire :

    L'euthanasie dite passive, consiste à arrêter les soins d'un malade maintenu en vie par des médicaments ou par des instruments. On sait diagnostiquer la “mort d'un cerveau” et la fin proche d'un malade incurable.
    Le serment d'hypocrate prescrit au médecin de ne pas faire d'acharnement thérapeutique.
    Le seul problème est en général l'avis de la famille qui voudrait garder encore espoir.
    On ne devrait pas appeler cela euthanasie.

    L'aide au suicide dans le cas où une personne veut mettre fin à sa vie et peut le faire lui même si on lui en donne les moyens. C'est en quelque sorte lui donner les gélules qui lui permettront d'accomplir consciemment ce geste.
    Evidemment il faut être sûr qu'il a exprimé ce souhait et que quelqu'un n'a pas fait le geste à sa place.
    Mais cela vérifié, je ne vois pas pourquoi on lui refuserait de prendre cette décision le concernant et la justice ne condamne pas les personnes qui lui ont fourni les moyens de cette mort, dans la mesure où l'on peut prouver ces conditions.

    L'euthanasie volontaire : lorsqu'un individu a la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir et qu'il le demande. C'est pratiquement un cas très voisin du précédent, saudf que le malade ne peut pas physiquement prendre ses gélules et que c'est une tierce personne qui les lui administre.
    Beaucoup de pays autorisent ce type d'euthanasie. La France ne l'admet pas officiellement mais les tribunaux ont récemment, sous l apression de l'opinion certes jugés les auteurs mais sans les condamner.
    Dans la mesure où les preuves sont fournies, je ne vois pas pourquoi ce cas diffèrerait du précédent.

    L'euthanasie non volontaire, lorsqu'un individu n'a plus la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir mais a précédemment exprimé une telle volonté.
    A mon avis le problème n'est pas différent sur le plan théorique du précédent, mais évidemment la preuve à fournir doit être sûre et convaincante, et elle est plus facile à contrefaire.
    La justice est donc très réticente dans ce cas.

    Reste les deux derniers cas où l'euthanasie me paraît plus difficilement acceptable :
        - lorsqu'un individu n'a plus la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir ou de s'y opposer et qu'on ignore quelle aurait été sa volonté.
        - lorsqu'elle est effectuée contre le gré d'un individu, celui-ci étant conscient et s'opposant formellement à cette décision.
    A mon avis personnel, le premier cas est compréhensible par compassion pour le malade, mais l'accepter juridiquement est une pote ouverte sur des abus.
    Le second cas par contre est proche, à mon sens, d'un assassinat.

    Au plan juridique, en France,  l'euthanasie est considérée comme un assassinat qui peut être puni de la réclusion à permétuité, mais en 19998 et 2005, des textes ont élargi les possibilités de cessation de l'acharnement thérapeutique et étendu les droits du malade « à une fin digne »; et dans la pratique judiciaire, la plupart des affaires ressortant de l'euthanasir volontairele plus souvent lieu, depuis le début de la décennie 2000, à des non-lieux ou à des peines symboliques.
    Il est certain que une loi autorisant l'euthanasie devrait définir de façon rigoureuse les conditions dans lesquelles elle serait légale, pour éviter d'une part des actions individuelles criminelles, les pressions sur le malade (dans un sens ou dans l'autre) pour des raisons financières ou morales, les confusions entre la souffrance du malade et celle de ses proches, et également pour permettre au malade d'être parfaitement informé et de changer éventuellement d'avis.
    Il y a un risque plus improbable, mais possible d'eugénisme, (sélection des individus par rapport à une certaine conception de la vie). Les romans d'anticipation “le meilleur des mondes” d'Huxley et “un bonheur insoutenable” d'Ira Lewin posent bien ce problème.

    Les religions catholiques et musulmane interdisent l'euthanasie, car pour elles la vie est un don de Dieu et même celui qui est mourant doit souffrir mais ne peut en disposer. La prière est son seul recours.
    Le bouddhisme est plus tolérant et admet l'euthanasie sur demande du malade, tout en déconseillant le suicide.
    Je respecte les croyances de toute eprsonne et je pense que chaque patient a ses convictions auxquelles il se conforme, mais il me semble que le médecin  et la famille ne devraient pas se substituer au malade et lui imposer leurs convictions propres.


    J'espère que cet article sera utile à ma correspondante; elle pourra trouver sur internet des cas précis en tapant ces noms sur Google
    - l'affaire Diane Pretty au Royaume-Uni en 2002,
    - en 2003, l'affaire Vincent Humbert, en France et le cas de madame Druais
    - en 2005, le cas de Christine Malèvre, infirmière française et Terri Schjavio aux USA (qui a été “débranchée”.ce qui a suscité une polémique religieuse).
    - en 2006, en Italie le cas Piergiorgio Welby
    - en 2008, en France, le cas de Chantal Sébire.
    Il y a également un site que je consulte souvent “doctissimo” qui a publié un article sur les soins palliatifs et l'euthanasie à l'adresse suivante : http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2003/sem02/mag0926/sa_7085_euthanasie_debat_relance.htm

Par kaa le Jeudi 9 octobre 2008 à 13:02
Etre contre l'euthanasie, je peux le comprendre . Chacun son avis sur une question tellement délicate.
Par contre je suis contre l'acharnement thérapeutique. On croirait parfois que la médecine se fait un honneur de faire "vivre" le plus longtemps possible, artificiellement parfois même, des personnes dont les chances de survie sont devenues nulles.
Par welcometomymind le Jeudi 9 octobre 2008 à 17:20
Je trouve que pour l'euthanasie se pose finalement les mêmes questions que pour l'avortement : qu'est-ce qui fait de nous des hommes ? Est-ce seulement le fait que nous sommes présents physiquement quelque part ? Ou possède-t-on quelque chose de plus qui fait que si on nous l'enlève, nous perdons toute dignité et même l'essence d'être humain ?
A chacun sa réponse ...
Par l'euthanasie 2 le Jeudi 9 octobre 2008 à 20:11
Merci, cet article et ce lien m'ont beaucoup aidé
Merci beaucoup ;)
Cordialement :) et la prochaine fois, si j'ai un problème ou une question je vous l'enverrais dans "lui écrire"
Encore merci ^^
Par Casablanca le Jeudi 17 avril 2014 à 2:46
Proposition de lecture : Les dangers de l'euthanasie de Lucien Israël(cancerologue)
Et « L'euthanasie, jusqu'où ? » un documentaire exceptionnel sur les dérives de l'euthanasie en Belgique et aux Pays-Bas, une enquête incontournable. (accablant)
Par Brandon le Lundi 6 décembre 2021 à 0:09
 

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