Mardi 30 décembre 2008 à 8:48

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

    Je disais dans mon précédent article que lors d’un piercing ou d’un tatouage inséré dans la peau et donc indélébile, le corps est marqué par le bijou ou le “tableau” et, aux yeux du “porteur”, son corps décidera s'il accepte ou s'il rejette cet objet qui transperce la peau. S'il n'est pas rejeté, le bijou ou le tatouage s'intègre produisant des modifications physiologiques et psychologiques chez le sujet qui le porte.
    L’objet corporel devient le symbole, l’emblème de celui qui le porte, dont il modifie en quelque sorte l’identité.Certains psycho-sociologues estiment que “ces pratiques sont loin d'être des manières délirantes de décorer son corps, mais elles ont « une fonction de construction de soi, une dimension identitaire ». Elles auraient aussi une fonction de mise en scène ludique de soi et d'érotisation de son corps. La souffrance vécue par l'incision de la peau indique aux autres une difficulté de vivre: celui qui se tatoue ou porte un piercing n'accepte pas son corps tel qu'il est. En modifiant son corps, il tente de se construire une nouvelle identité corporelle. “

    Nous en  venons donc à l’image que nous avons de nous même, de nortre corps.
    Que disent d’abord les neurobiologistes.?
    Ils distinguent  le “schéma corporel” et “l’image du corps”.
    Je vais essayer de vous expliquer la différence


         L’image mentale de notre corps.

    L’image “psychique” de notre corps nous apparaît d'une façon particulière.    
    Cela ne veut pas dire que nous ne puissions pas nous le représenter comme un objet parmi les autres, mais il s'agit d'un objet qui a pour nous une importance centrale. C’est une partie de notre “moi”.`
    Lorsque nous le voyons dans un miroir, sur une photo, ou sur une vidéo, notre corps nous apparaît sur le plan de l’optique, exactement de la même façon que celui d'une autre personne pourrait nous apparaître. Pourtant, parfois, nous ne le reconnaissons pas comme le nôtre ou du moins nous le voyons d’une façon différente d’une simple image.
    Nous nous faisons une image de notre corps, qui évolue au cours du temps, au fil de ses transformations et en fonction de l'environnement.
    Cette image est une représentation relativement complexe, qui comprend des états de différentes origines : perceptions (dans la glace, sur des photos...), souvenirs, émotions, idées et jugements que nous nous faisons sur nous-mêmes ...
    Cette représentation est essentiellement consciente, partiellement conceptuelle, et elle se modifie lentement au cours du temps. Elle peut être contradictoire : certaines de mes correspondantes ne “s’aiment pas” et se voient plus grosses et moins jolies qu’elles ne sont réellement.
    De plus nous voyons dans notre image optique du miroir des données psychologiques qui n’y figurent pas et sont un produit de notre cerveau émotionnel.
    L’image mentale est donc une image perçue par nos yeux et notre cerveau, mais transformée ensuite par celui ci, qui y ajoute des éléments psychologiques et des jugements qui deviennent prépondérants dans notre image que nous nous faisons de notre “ moi”.
    A ce titre l’image mentale peut être contradictoire : on peut ne pas aimer l’image de soi dans le miroir alors qu’on a un jugement ou une “croyance” positive de soi et de sa personnalité ou de ses qualités..

         Le “schéma corporel” :

    Ce sont des perceptions de notre corps, presque totalement inconscientes, et qui permettent à notre cerveau , d’une part de percevoir l’environnement par notre toucher, et d’autre part de coordonner mos muscles et l’action de nos membres (en liaison avec la vue de l’environnement et le toucher).
    A ce titre le schéma corporel est stable et automatisé, non contradictoire, mais en perpétuel changement chaque fois que notre corps bouge dans l’espace.
   
    Nous avons trois types de perceptions ou d’informations dans ce domaine, dont les centres sont situés dans le cerveau, sur le dessus du crâne (voir le premier schéma ci-dessous).

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/schemasensations.jpg    - Au centre les perceptions envoyées par les terminaisons nerveuses de notre peau : les sensations du “toucher” (en vert clair)
    - A coté, vers l’avant du cerveau, les centres de commande des mouvements des différents muscles de notre corps. Il y a trois sortes de centres :
        • le cortex prémoteur qui prépare nos mouvement en rassemblant les renseignements nécessaires sur les positions spatiales notamment. (en bleu foncé).
        • le cortex moteur qui transmet les ordres aux muscles (en rouge).
        • le cortex moteur supplémentaire qui régit des mouvements complexes ou très précis. (en violet)
    - A coté, vers l’arrière du cerveau, les centres de “kinesthésie”  (en bleu clair), qui transmettent en permanence au cerveau les données sur l’équilibre de notre corps et ses postures, les positions de nos membres, les états de contraction de nos muscles, les efforts qu’ils supportent et leur fatigue. Ces renseignement inconscients permettent au cerveau de commander nos muscles pour rester debout, marcher, soulever un poids, faire un mouvement pour attraper un objet, écrire, taper sur le clavier....
   
http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/toucher.jpg    Si nous examinons de façon plus détaillée le cortex sensoriel , les divers centres qui le composent correspondent aux diverses parties du corps. (voir le deuxième schéma)
    Mais toutes ne sont pas représentées de la même façon: la place consacrée à la représentation du visage, par exemple, est plus importante que celle des jambes, ce qui donne l'image d'un homme déformé, (la grosseur de ses partie ayant été représentée proportionnellement à l’importance des centres nerveux correspondants.). Les neurologues le nomment "homonculus" (3ème schéma).
    On peut représenter de façon analogue le cortex moteur qui commande nos muscles.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/homoncule.jpg
    La kinesthésie est une propriété curieuse du cerveau qui semble innée et mise en place avant la naissance. Nous disposons en permanence d’une information concernant notre corps, sur l’état interne des muscles et sur sa position par rapport à l’environnement, sans que nous ayons à rechercher cela comme si c’était un objet parmi les autres.
    Supposez par exemple que vous ayez l'intention de saisir votre crayon sur votre bureau : il faut déplacer votre main dans l'espace, à partir de sa position initiale et dans la direction de la cible du geste de préhension.
Il n'est cependant pas nécessaire, pour effectuer un tel mouvement corporel, de commencer par chercher où se trouve votre main dans l'espace, et d'observer sa position relativement à votre corps et à la cible. Vous détenez déjà ces informations, et c'est ce qui rend possible un mouvement rapide et efficace.

    Le schéma corporel  a donc pour fonction de rendre possible la réussite des actions les plus simples qui nous permettent d'agir dans notre environnement quotidien. Il joue un rôle essentiel, puisqu'il sert à naviguer dans l'espace, à marcher ou à courir sans trébucher ni se cogner contre les objets environnants, à localiser des cibles mouvantes dans l'espace et à les suivre à la trace, à percevoir la profondeur, la distance, ou encore à lancer ou attraper une balle.    
    Il est inconscient et préorganisé, c’est à dire qu’il a des logiques préexistantes du fait de la constitution de notre corps et l’image que nous nous faisons de nous-même repose sur un ensemble dereprésentations qui peuvent entrer en conflit, et il en découle parfois des illusions amusantes.
    Les positions relatives des doigts sont ainsi préalablement fixées pour que le schéma corporel puisse fonctionner. C'est la raison pour laquelle vous aurez l'impression qu'un objet touché par deux doigts croisés se dédouble.
    Vous pouvez le vérifier en posant le majeur et l'index de votre main droite sur votre nez, après les avoir croisés. Dans le schéma corpo-
e majeur est supposé se trouver à gauche de l'index (si vous regardez la paume de la main droite). Mais l'information tactile causée par le contact du nez et des doigts croisés contredit ce schéma : si l'on suppose qu'un seul objet est la source de ces informations reçues par les doigts croisés, cet objet doit se trouver à droite de l'index, et à gauche du majeur - ce qui est évidemment impossible si le majeur est toujours à gauche de l'index. Pour résoudre cette incohérence, notre cerveau suppose à tort que deux objets (deux nez) sont présents, ce qui explique l'illusion.

    Nous n’avons guère parlé tatouage et piercing aujourd’hui, mais je voulais profiter de l’occasion pour vous expliquer les diverses façons dont notre cerveau appréhendait notre corps.
    Et je n’ai pas parlé des informations qui nous sont également données sur les sensations que nous avons et l’état de notre corps, le sentiment gréable quand vous mangez de la nutella ou regardez un beau coucher de soleil avec votre petit ami, ou au contraire la désagréable protestation de votre estomac qui a du mal à digérer un repas de fête trop copieux.
    L’image que nous avons de notre corps est donc très complexe et luctuante, au fil de nos sensations et de nos humeurs.

  
  Mais je ne perds pas de vue vos questions.
    Les modifications corporelles telles que piercing ou tatouages peuvent elles être une addiction ? Ce sera l’objet de mon prochain article.


Nota : j'ai oublié de préciser sur les schémas, que je n'ai représenté que l'hémisphère gauche du cerveau, qui est lié au coté droit du corps; l'hémisphère droit est en tous points symétrique et s'occupe du coté gauche du corps. Ils sont liés entre eux, par un faisceau nerveux qui s'appelle le "corps calleux".



Par maud96 le Mardi 30 décembre 2008 à 12:37
Je lirais avec intérêt la suite : j'ai une réaction très "négative" contre tatouages et piercings ! la "cicatrice" que je porte suite à une opération "coeur ouvert" (sternotomie donc) il y a 3 ans, grande raie blanche de 20 cms de haut en bas sur ma poitrine, m'a rendue "allergique" à tout "atteinte corporelle". De +, à l'hopital, en cas d'examen IRM, il faut enlever tout objet métallique...
Lire ici : http://forum.doctissimo.fr/forme-beaute/tatouages-piercings/irm-piercing-sujet_803_1.htm#bas
Beaucoup de ceux qui se font poser des piercings ne sont pas au courant du fait que l'Irm devient un examen de plus en plus fréquent. Le titane ne gêne pas l'IRM, mais les piercings ne sont jamais en titane pur (alliage acier-titane)
Pourtant j'admets et aime bien des petites boucles ou perles sur le visage (comme Maybe.be). Mais d'autres types d'implants me révulsent...
Se "recréer" une identité personnelle à partir de bouts de "ferrailles" incrustés dans le derme, j'ai quelques doutes... Et çà devient tellement une sorte de mode contagieuse que je trouve pas çà du tout "original"
Par repermusiques le Mardi 30 décembre 2008 à 13:14
Mais de rien... J'ai déjà dû le dire, mais j'apprend beaucoup de choses grâce à vous & j'essaye de venir lire quand j'ai le temps. Vous devez passer beaucoup de temps à rédiger vos articles (très bien documentés, il faut le souligner)& je vous adresse, avec tous mes bons voeux pour la nouvelle année, des remerciments pour cela.

A bientôt,

Philippe
Par TokyOdecadence le Mardi 30 décembre 2008 à 17:21
Même s'il a peu parler de ma question initiale (au premier abord) j'avoue que cet article m'a énormément intéressé! Les explications bien que d'un point de vue scientifique sont très claire et la première partie sur l'image mentale du corps, explique pour moi certaines choses, notamment que ce que nous pensons de nous-même et nos expériences modifient notre perception de notre corps. Hâte de lire la suite bien évidemment!

En réponse à maud96, je dirais qu'il y a bien d'autre matière que le titane pour les bijoux de piercing de nos jours, et pour n'en citer qu'un, le bioplast (bioflex, utilisé pour les piercings buccaux, résoud le problème de l'IRM étant donné que c'est un dérivé de plastique.
 

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