Jeudi 14 février 2013 à 8:02

Politique, économie, religion.

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             Je voudrais aujourd'hui et demain, faire un rapide tour d'horizon des pays islamiques
du Maghreb, du Proche et Moyen Orient et de voir leur situation au plan de leurs divisions religieuses, car depuis 30 ans, la plupart des pays sont en guerre de religion.
 
Maghreb - le Maroc :
 
            Très habilement, le roi Mohamed VI a su par des méthodes sociales opportunes, très appréciées, désamorcer une situation qui s’annonçait explosive. Le Maroc est le seul pays vraiment calme qui , dans l'immédiat échappe aux guerres de religions et aux ambitions salafistes.
 
L'Algérie :
 
            Lasse d'une guerre civile de dix ans, l'Algérie semble peu concernée par l’évolution du monde musulman. Voisine du Mali, elle rechigne à adhérer aux dispositions internationales visant à éradiquer AQMI (la branche africaine d’Al Qaïda), car elle ne veut pas risquer un déséquilibre et la moitié des Touaregs est de nationalité algérienne.
            Le récent attentat dans le centre pétrolier du sud, montre que cet équilibre reste fragile.
 
La Tunisie
            La Tunisie est le pays les plus alphabétisés de l'Islam, et il a connu un "printemps arabe" 2011, qui s’apparentait davantage aux conditions de la Révolution sociale en Europe en 1848 : les révolutionnaires tergiversent et se font doubler par les partis organisés : en l’occurrence, en Tunisie, par les Islamistes préparés à l’échéance. 
            Aujourd’hui le parti islamique Ennahda est au pouvoir, mais le Président Marzouki ne souhaite pas l’application de la charia. Cependant, on observe des atteintes aux libertés individuelles sous des prétextes religieux et la laïcité recule. Les récenys affrontements ne sont pas encourageants.
 
La Libye :
 
            Dans ce pays immense (trois fois la France; 8 millions d'habitants), de régime féodal, le conflit s’est avéré être d’origine tribale, le pays, constitué essentiellement de sunnites, étant partagé entre des provinces qui ont toujours revendiqué une certaine autonomie et dont certains clans ont été persécutés sous le régime de Kadafi.
             Le Comité national de transition a été balayé par les Islamistes, et comme en Tunisie, le parti islamique a raflé la mise des révolutionnaires. Le nouveau Président, Abdel Jalil a fait appliquer la charia. Le 11 septembre 2012, les salafistes ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis et assassiné l'ambassadeur américain.

 
Proche Orient - L'Egypte :

Une fois Moubarak destitué, les gens de la rue se sont retrouvés désorganisés et ont vu le pouvoir confisqué par les Frères Musulmans qui portent le salafisme et encouragent Al Qaïda.
Les Chiites y sont au nombre de 750.000 (soit un Egyptien sur 8), mais probablement le double du fait de la dissimulation. Sous la pression des Frères musulmans, les Chiites sont privés du droit d’expression et du droit de se rassembler.
 
Le Liban
 
Le Liban, ancienne province syrienne de l’empire romain puis de l’empire ottoman, a une démographie éclatée à l’image de celle de la Syrie mais à proportions inversées : les Sunnites sont largement minoritaires face aux Chiites du Sud, aux Druzes du Chouf et aux Chrétiens de la montagne. 
            Le Liban est 18 fois plus petit et 5 fois moins peuplé que la Syrie mais il tient farouchement à sa souveraineté.
Les Libanais qui constituent le peuple le plus évolué du Moyen-Orient, sont rarement à l’écoute de ce qui se passe au Maghreb. Par contre la minorité chrétienne observe avec inquiétude le sort des Coptes d’Egypte et celui des Chrétiens d’Orient en Irak. Elle s’apprête à accueillir leurs coreligionnaires syriens au cas où, par malheur, les Frères musulmans viendraient à accéder au pouvoir à Damas.
 
La Palestine
 
En Palestine, les Arabes sont sunnites ou chrétiens. Les Chiites, qui y étaient à l’origine peu nombreux, ont trouvé refuge en 1967 au Liban et en Syrie. 
Actuellement, le parti sunnite Hamas, soutenu par les Frères musulmans et dirigé par Ismaël Hanijeh, s’oppose avec violence au Fatah plutôt laïque et au président de l'Autorité Palestinienne Mamoud Ahbas. 
En octobre 2012, l’émir du Qatar, le grand financier des Frères musulmans (et par conséquent, d’Al Qaïda, a effectué en Cisjordanie une visite qui se voulait officielle : il a snobé le président Abbas et a consacré tout son temps avec le Hamas et son président Hanijeh.
Un signe évident orienté contre, non seulement l'Autorité Palestinienne, mais aussi contre le Hezbollah libanais et le pouvoir syrien.
 
La Syrie
La Syrie est à majorité sunnite (60%) complétée par 15% d’Alaouites, 10% de Chrétiens, 15% de Druzes.
Cette guerre civile est une guerre religieuse entre Sunnites et Alaouites, quisont apparentés aux Chiites. Ils pratiquent une liturgie voisine de celle des Chrétiens : ils fêtent Noël, l’Epiphanie, Pâques et la Pentecôte et honorent les Saintes Barbe et Catherine et les Saints Georges et Jean-Baptiste au point que les Jésuites au 18° siècle avaient tenté de les évangéliser … en vain.
Sous le règne de l’Empire ottoman, ils deviennent les esclaves des Turcs et sont victimes d’exactions : les Ottomans en massacrent 20.000 à Homs en 1317 et 10.000 a Alep en 1516.
Lors de la Première guerre mondiale, l’empire ottoman s’étant rangé aux côtés de la Prusse, les Syriens rallient les forces franco-britanniques. En 1920 la France se voit confier un mandat de la SDN créant une république syrienne, un état druze et un territoire des Alaouites. Ce mandat durera jusqu'en 1946
En 1970, un général d’aviation, Hafez el Assad (le père de l’actuel Bachar) porté par le parti Baas et par l’armée, accède au pouvoir Pour la première fois, les Sunnites ne dirigent plus la Syrie.
En 1980, un commando de Frères musulmans s’infiltre dans l’Ecole des Cadets d’Alep. Ayant séparé les élèves sunnites des élèves chiites, les agresseurs égorgent ces derniers un à un. La revanche sera terrible : un soir de 1982, Hafez el Assad fait encercler la ville de Hama contrôlée par les Frères Musulmans. Le lendemain matin, on dénombre 25.000 cadavres.
Aujourd’hui en Syrie nous assistons à un duel à mort entre Sunnites et Chiites/Alaouites, avec toutefois l'appui d'environ 10% des sunnites pour des raisons politiques et économiques.
Bouleversées par les images insoutenables des exactions du gouvernement de Bachar el Assad, livrées par les médias qui n’opèrent que du côté des rebelles, les nations occidentales ont pris fait et cause pour ces derniers. Ce faisant, elles oublient que ces rebelles sont encadrés par les Frères Musulmans et Al Qaïda, armés par l’Arabie Saoudite et financés par le Qatar.
            Pour régler cette guerre civile, il faudrait redonner vie au projet avorté de la Société des Nations qui, en 1920 lors de la signature du traité de Sèvres, avait prévu la triple création d’une république syrienne, d’un état druze et d’un territoire alaouite. Cette partition serait largement encouragée alentour par les Libanais, les Israéliens, les Turcs et les Kurdes.
            Mais n'est il pas déjà trop tard
 
Position des Russes et des Chinois sur la Syrie.
 
            Le monde occidental s’étonne de la persévérance de la Russie et de la Chine à opposer leur veto à toute intervention en Syrie. Il est intéressant de se demander pourquoi.
D'abord Russes et Chinois ont été vexés de l’intervention franco-britannique en Libye qui, selon eux, a outrepassé les conditions du mandat fixé par le Conseil de Sécurité de l’O.N.U.
 
            - Les Russes pour contrecarrer les américains au Moyen Orient, s'appuyaient sur l'Irak, le Yemen, l'Egypte et la Syrie. Seul ce dernier pays reste aujourd'hui. Ils y ont en particulier des bases pour leurs navires. Ils fournissent des armes à la Syrie.
            Ils soutiennent également les chrétiens orthodoxes de Syrie, et les nombreux couples de marins russes ayant épousé des femmes syriennes dans le littoral, au voisinage de leurs bases.
            Enfin les russes ménagent l'Iran, bien que les frontières communes avec l'URSS aient disparu.
 
            - Les Chinois, tout comme les Russes ont leur problème sunnite avec les Tchétchènes, ont le leur avec la minorité ouïgoure d’origine turque de la province du Xin Jiang au nord ouest du pays.
Par ailleurs les Chinois, souffrant de carence en sources d’énergie, sont dépendants de l’Iran et de l’Irak pour le pétrole. Loin d’eux l’idée de déplaire aux Chiites.
 
Israël
 
            Ce n'est évidemment pas un état musulman, mais on ne peut pas l'oublier dans cette énumération.
            Israël peut être considéré comme le "51° état des Etats-Unis" qui lui versent quatre milliards de dollars par an à la condition que cette aide militaire serve à acheter de l’armement américain.
            Les menaces existent contre Israël en cas de victoire des Sunnites en Syrie. Elles se sont manifestées récemment dans le Sinaï et elles pourraient surgir dans le Golan où, actuellement, la minorité druze est favorable à Bachar el Assad.
            Par contre les gesticulations d'Israêl dénonçant la possible attaque nucléaire iranienne contre son état, s'apparente plus à une manœuvre pour essayer d'obtenir plus de financement des USA, surtout au moment de la dernière élection d'OBama.
            En effet; , si l’Iran tient tellement à réaliser un armement nucléaire, c’est pour se prémunir contre le Pakistan sunnite, qui dispose non seulement de l’arme nucléaire mais aussi des capacités pour la lancer.
 
  J'ai fait le tour des principaux pays du Maghreb et du proche Orient; demain ce sera au tour de ceux du Moyen Orient, car l'article serait trop long.
Par maud96 le Dimanche 17 février 2013 à 18:31
Pertinent et synthétique... mais c'est si compliqué. Un éclairage ici : http://www.tchadactuel.com/?p=8345
Par LeonIcher le Mardi 8 octobre 2019 à 12:41
Excellent job, je vous remercie pour le boulot !
 

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