Vendredi 15 juillet 2011 à 8:38

Notre cerveau : intelligence; langage

http://lancien.cowblog.fr/images/Fleurs3/1002799.jpg   Mon article sur le breton et son enseignement et plus généralement sur celui des langues locales m’a valu quelques commentaires et mails.
    Je voudrais reprendre quelques aspects de  l’apprentissage des langues et de leur enseignement.

    Une première précision : je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas s’intéresser aux langues locales.  Comme beaucoup d’entre vous je considère qu’elles représentent un patrimoine.
    Même si je ne suis pas un fana du Breton, il m’arrive d’avoir envie de traduire de petits textes (à grand coups de dictionnaire !). Cela dit je ne connais personne ici qui parle vraiment, de façon courante le breton comme le français. Les dernières personnes que j’ai connues parlant vraiment encore breton, étaient de l’âge de mes parents. Mais il y a un cercle qui regroupe des amis de la culture bretonne, mais on y trouve beaucoup de traduction de livres bretons en français.
    Par contre je trouve peu utile de l’enseigner dans les petites classes, pour des raisons de mémoire et de formation de l’enfant, que je vais expliciter.

    On me dit qu’exercer sa mémoire facilite l’acquisition d’autres connaissances. C’est tout à fait vrai.
    Plus on apprend, plus il est facile d' apprendre : la mémoire obéirait a un effet« boule de neige ». Au lieu de se saturer, elle repousserait sans cesse ses propres limites, de sorte que les données apprises faciliteraient I'acquisition de nouvelles connaissances !
    A l'Université d'Édimbourg, la neurobiologiste Dorothy Tse et ses collegues ont entrainé des rats à mémoriser une série d'associations entre des odeurs et des lieux, et ont constaté que,plus ils enregistrent un grand nombre d'associations entre ces deux types d'informations, plus il leur est facile d'en enregistrer de nouvelles.
    Les rats ont subi des tests pendant plusieurs semaines, mémorisant des dizaines d'associations entre des lieux et des odeurs. Au lieu de saturer leurs capacités cognitives, cet entraînement a produit un effet inverse : à partir d'une certaine masse critique d'information mémorisée, toute nouvelle association entre un lieu et une odeur devient plus facile et plus rapide, alors que cet apprentissage était laborieux au début de I'expérience, lorsqu’ils avaient une mémolre encore vlerge.
    Le mécanisme de cette « amplification mnésique» est encore inconnu.
    Il est probable  que de telles associations résultent de la formation de
connexions neuronales stables. Certaines de ces connexions peuvent être communes à plusieurs mémorisations, étant spécifiques de la nature des éléments à retenir, tandis que d’autres connexions sont spécifiques de chaque souvenir, de chaque élément.
    Au début de l’apprentissage, il faut créer toutes ces connexions, mais au bout d’un certain temps seules les connexions spécifiques doivent être créées.

    On constate des phénomènes analogues chez l’être humain.
    Par exemple un  chauffeur de taxi mémorise facilement le nom et I'emplacernel d'une rue quand iI peut la situer au sein d'un réseau de rues qu’il a déjà retenues, ayant une espèce de plan de la ville dans sa tête.
    On constate qu’un comédien expérimenté retient plus facilement les textes qu’un comédien débutant. De même pour un musicien qui retient par coeur la partition d’un morceau de musique.
    La mémoire montre ainsi des propriétés amplificatrices ce qui expliquerait la culture encyclopédique de certaines personnes ( Je me souviens d’un camarade, qui avait une mémoire extraordinaire, qui connaissait même par coeur le chaix qui donnait les horaires des trains !!).

    Toutefois le problème des langues est particulier, car il s’agit d’apprendre à parler la langue, comme un enfant apprend à parler sa langue maternelle.
    Il y a dans l’apprentissage d’une langue trois données de natures différentes : la musique des mots et l’acquisition de l’accent de la langue, la signification des mots eux mêmes et des expressions, et l’acquisition du vocabulaire, et enfin l’usage des mots c’est à dire la syntaxe et la grammaire.


    La “musique des mots” nécessite un apprentissage de l’oreille analogue à celui d’un musicien et les neurobiologistes se sont aperçu qu’il n’était possible que chez un très jeune enfant.
    Un jeune enfant de moins de 3/4 ans possède encore assez de souplesse neurologique pour adapter parfaitement son cerveau aux sons d’une langue. Il aura alors une accent parfait dans sa langue maternelle et dans une autre langue qu’il apprendrait à la maternelle.
    Un adulte certes pourra apprendre une langue étrangère, mais n’atteindra jamais cette perfection de prononciation et d’accent.

    Le vocabulaire, la syntaxe et la grammaire sont avant tout une question de travail. Donc adulte ou enfant on peut apprendre une langue sans problème. Mais l’enfant qui a plus de plasticité neuronale (et moins de complexes quant à l’opinion d’autrui), apprendra plus facilement le vocabulaire et de façon plus instinctive, plus naturelle, même s’il fait un peu plus de fautes de grammaire.

    Chose curieuse, les neurologues ont constaté que les neurones concernés n’étaient pas les mêmes selon l’âge d’apprentissage de la langue.
    Avant deux ans, le vocabulaire (les mots) sont associés à des images et les neurones concernés sont donc classés presque en fonction de la date d’acquisition du mot.
    Puis quand l’enfant apprend vraiment à parler, la mémoire se réorganise et les neurones voisins concernent alors la même catégorie de mots :  les couleurs, les plantes, la nourriture, les outils, les instruments de table et de cuisine .....
    S’il apprend sa langue maternelle et en même temps une autre langue, alors les mots des deux langues concernant les mêmes objets, sont traités par des neurones voisins : en quelque sorte par exemple les dénominations des outils français et anglais sont stockés au même endroit, et les plantes en français et en anglais en un autre.
    Au contraire si l’on apprend sa langue maternelle, puis deux ou trois ans plus tard une autre langue, les vocabulaires des deux langues sont séparés : tous les mots français par un groupe de neurones et tous les mots anglais par un autre groupe, par exemple.

   
A mon avis, un apprentissage rationnel des langues devrait être, tant que l’anglais reste la langue la plus parlée, d’apprendre dès la maternelle le français et l’anglais, une deuxième langue dans le secondaire, et de réserver l’apprentissage d’une “langue locale” à l’âge adulte où l’on peut s’intéresser à la culture et au patrimoine, langue qu’on parlera peu ou jamais et qu’on réservera à la lecture (au besoin avec l’aide d’un dictionnaire, ce qu’il m’arrive parfois de faire quand je tombe sur un texte breton).
Par alyane le Vendredi 15 juillet 2011 à 9:48
ON devrait parler au moins deux langues couramment. EN Allemagne, les jeunes parlent l'anglais très facilement. Mais l'apprentissage des langues chez nous est encore à revoir!
Par Demoiselle-Coquelicote le Vendredi 15 juillet 2011 à 14:59
Ce qui serait difficile avec cette méthode, c'est qu'en maternelle on ne sait encore ni lire ni écrire, ce qui complique l'apprentissage je pense. De plus, on apprend notre langue maternelle surtout grâce à notre famille. Pour que cette méthode fonctionne, il faudrait donc que les parents parlent français et aussi un peu anglais à leurs enfants à la maison. Les enfants bilingues sont la preuve que cela fonctionne très bien, mais quand on a deux parents français, ça me semble très compliqué.
Par Dark-Riketz le Mardi 19 juillet 2011 à 13:13
J'ai lu ton précédent article sur les langues et leur apprentissage, ainsi que le commentaire de ma chère amie la comtesse de Coquel, et je suis d'accord avec vous deux.

J'ai été assez effaré, il y a quelques années, de constater que mon neveu apprenait l'anglais dès la maternelle (du moins en toute petite partie) et qu'à l'heure actuelle, étant en primaire, il doit probablement s'y être mis plus intensément. Une tendance qui par ailleurs semblait approuvée par mon frère.
Pour ma part, j'ai commencé en CM1, c'est-à-dire assez tardivement quant aux générations actuelles, mais très tôt par rapport à mes anciens condisciples tout au long de ma scolarité. Et ma facilité naturelle pour les langues fait que l'anglais a toujours été un domaine où j'excellais (avec l'histoire depuis que j'en ai fait une spécialité ^^).

Bref, il est vrai qu'apprendre plusieurs langues à la fois n'est pas simple (je n'ai jamais réussi à être bon en allemand, bien que j'aie, à ma grande surprise, retenu pas mal de vocabulaire, et mon apprentissage très tardif de l'espagnol, pas avant la seconde, m'a laissé un savoir très faible en cette langue), en particulier quand on apprend ces langues de manière tardive.

J'ose même pas imaginer comment je vais galérer à réapprendre le latin depuis la base, pour mes études d'histoire ancienne, mais j'essaierai d'y prendre du plaisir. Comme tu l'as dit, c'est le genre de langue que l'on ne parle pas, qu'on étudie, et à laquelle on ne s'intéresse qu'à l'âge adulte (les jeunes qui apprennent le latin dès l'école, le collège, ne l'utilisent pas en dehors du domaine académique, et encore).

Toutefois, pour rebondir sur le commentaire de la comtesse, j'admets que notre génération (me concernant en tout cas c'est très vrai) a la chance d'avoir étudié l'anglais assez intensément (du moins pour ceux qui, sortant de la masse inepte à laquelle je suis accoutumé, n'ont pas oublié tout ce qu'ils ont appris -_-'), ce qui fait que nos enfants (et les miens si j'en ai plus tard) seront privilégiés grâce à leurs propres parents ;)
Par *Elodie* le Mercredi 3 août 2011 à 11:36
Etant en Allemagne depuis plusieurs années et m'apprêtant à passer la frontière vers le Danemark (avec l'apprentissage du Danois qui va avec!), voici un thème qui m'intéresse fort :)

Je ne vais/peux pas en écrire 10 pages, donc simple question sur un point, celui concernant le regroupement neuronal.
Lorsqu'on apprend une langue sur le tard, je pense aussi qu'on se retrouve avec un paquet de neurone consacré au francais et un autre consacré à la langue étrangère. Mais en cas d'immersion en pays étranger, cette répartition ne peut-elle pas se modifier et se rapprocher?
J'ai en effet constaté qu'à force de "baigner" dans l'allemand (et je suppose que ce serait encore pire si je n'avais pas accès à Internet, et donc à un contact avec le francais), la fontière francais/allemand est devenue vraiment ténue. Il y a quelques années, je sentais bien que je commutais entre francais et allemand. Maintenant, des exemples:
- je suis en train de faire ma liste de courses, je pense "riz"... et me rends compte que j'ai écrit "Reis" sur la liste
- il m'arrive de ne pas réaliser tout de suite en quelle langue est le film que je regarde ("Mince, l'était en francais ou en allemand, ce film?")
- on me parle francais... et je réponds en allemand!
- au milieu d'une phrase en francais, un mot d'allemand cherche à remplacer un mot francais.
etc.
Votre avis là-dessus?


PS:
Désolée d'être si silencieuse, je suis pourtant loin de vous oublier. Mais, comment dire... je suis un peu débordée, j'ai même un peu de mal à tout gérer en ce moment :/
D'ici quelques mois, j'ose espérer parvenir à me poser pour de vrai...
 

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