Mardi 26 janvier 2010 à 8:31

Eveil, sommeil, rêves

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    Dans toutes les cultures, le rêve alimente les relations sociales : on parle du rêve, autour du rêve, élément de la pensée important mais mystérieux.  A travers son interprétation, on travaille sur sa pensée, on imagine des événements, tristes ou gais, on met en place les réseaux de sens. Le rêve a longtemps eu une fonction prémonitoire. Les morts ou les lieux étaient supposés envoyer des signes de l’extérieur, pour prévenir, pendant le sommeil, de quelque danger ou de quelques événements imprévus.

    Le premier à expliquer de façon relativement logique et scientifiue le rêve, bien qu’il n’ait que très peu de données neurobiologiques a été Freud au début du 20ème siècle. Il a notamment récusé la fonction prémonitoire qui lui était jusqu'alors attribuée, pour lui en conférer une autre : le rêve  est pour lui, un événement psychique propre au rêveur.
    Pour Freud, la formation du rêve dépend de deux mécanismes fondamentaux: la condensation et le déplacement.
     La condensation consiste à rassembler, à fusionner plusieurs idées qui n'ont pas de liens logico-déductifs pour créer un nouvel objet , voire un mot nouveau, une conception nouvelle. Ces associations de termes sans lien logique aboutissent parfois à des créations surprenantes, comiques ou angoissantes, qui rendent le rêve incohérent.
    Au contraire, le déplacement consiste à garder, dans une nouvelle idée, un lien avec celle qui précède: on passe ainsi d'une voile à un bateau, à la mer, aux vacances, certes sans raison valable, mais en gardant une certaine logique.
    Ce sont des constatations psychologiques mais pas des mécanismes explicatifs du processus des rêves.
    D’après Freud, les rêves, qui résultent de ces processus qui échappent à notre pensée organisée, nous rapprochent d'une partie de nous-même à laquelle nous n'avons pas accès d'ordinaire : l’inconscient.
    Le rêveur, quand il s'endort, “laisse son moi sur la table de chevet”. Le moi, c'est l'ensemble unitaire et maitrisé, qui est représentation personnelle et sociale cohérente. Quand le moi est « endormi », il ne fonctionne plus comme une unité, mais comme des morceaux mal reliés entre eux.. Le moi n'étant plus rassemblé, on a accès à ce qui est derrière le moi : l’inconscient.
    Par contre Freud a ensuite utilisé cette théorie avec des outils inexacts, comme ceux qu’il avait imaginés pour la sexualité de l’enfant, les refoulements à caractères presque uniquement sexuels, et le pouvoir exagéré des désirs.
    Lui et ses disciples utilisent souvent (et beaucoup de psys encore de nos jours), une symbolique qui n’a aucune base scientifique, ni même expérimentale.

    Le rêve n’a pas de valeur prémonitoire, au sens où on l’entend habituellement : ce n’est pas un message de l’extérieur mais de l’intérieur de nous mêmes.
    Les circonstances peuvent nous paraîtrent prémonitoires. Par exemple j’ai rrêvé la mort de mon grand père, deux jours avant son décès. Mais je l’aimais beaucoup, il avait eu un infarctus et était très mal et faible. Donc mon cerveau préoccupé par cela l’a imaginé mort. Cela n’avait rien de prémonitoire, maisc'était  le réflexe d’une adolescent qui ne voulait pas perdre son grand père !!

       Nous savons que le sommeil est une succession de plusieurs phases: l'endormissement, le sommeil lent et le sommeil paradoxal. Ce sommeil est entrecoupé de micro- éveils qui surviennent de façon aléatoire. (voir mes articles sur ce blog).
    Durant le sommeil, le cerveau évacue tous les souvenirs qui ne lui paraissent pas utiles, notamment la plupart des sensations enregistrées dans la journée de façon non consciente, de même que des souvenirs qui lui paraîtraient néfastes et ainsi des réseaux de neurones, sont activés, correspondant à des données “analogiques brutes et inconscientes”.
    Sont activés également des groupes de neurones correspondant à nos préoccupations majeures, afin d’évacuer les données superflues, ou certaines données peu mémorisées de sujets auxquels on a pensé avant le sommeil.
     Le micro-éveil active les neuromédiateurs, messagers chimiques indispensables à la conscience, mais inhibés pendant le sommeil, ce qui correspond au passage d'un traitement analogique à un traitement cognitif. (voir mon précédent article).
    Si le micro-éveil est de courte durée, le traitement cognitif ne s’établit pas entièrement et n'est pas mémorisé : le dormeur n'aura pas de rêve à raconter.
    Si le micro-éveil est plus long et, a fortiori, si le réveil est complet, le traitement cognitif des images activées juste avant le micro-éveil pourra donner lieu à un rêve car les neuromédiateurs ont fait passer le traitement du mode analogique au mode cognitif.
    Le rêve est une « prise de conscience» des images, sensations ou émotions activées durant les quelques centaines de millisecondes qui ont précédé l'éveil.
    Quand un micro-éveil est dû à un stimulus extérieur (un bruit, une lumière, le froid, une respiration moins facile - nez bouché- par exemple), les images correspondant aux bassins attracteurs analogiques activés, sont associées à ce stimulus, mais ce ne sont pas forcément ceux correspondant au bruit réel, mais à quelque chose d'approchant. Par exemple le grincement d'une porte pourra évoquer le miaulement d'un chat, et l'image d'un chat apparaîtra dans le rêve.
    Ainsi, la formation d'un rêve suit un mode analogique; en revanche, le vécu du rêve c’est à dire la prise de conscience des images, et l'élaboration du “scénario”, c’est à dire l'assemblage des images et des sensations, suivent le mode cognitif, plus logique, car le cerveau ne « supporte » pas l'absence de sens.    
     Le rêve est néanmoins plus ou moins incohérent, car ce passage de l'analogique au cognitif est très rapide et empêche certains mécanismes, tels que la censure ou la critique, d'intervenir. Les cortex frontal et préfrontal ont cru qu’il sagissait de “vraies sensations réelles” et n’ont pu les analyser dans un contexte cohérent, et ils cherchent à en donner des explications, qui forcément sont en général fausses et souvent farfelues. Ils font ce qu’ils peuvent avec des éléments incohérents et sans contexte valable, et dans un temps trop court pour pouvoir raisonner logiquement et alors ils inventent les liens qui n'existent pas réellement !!

   
Cet article étant déjà long, je vous donnerai un exemple de rêve (que j'inventerai en partie, car je ne veux pas utiliser ce que me disent mes correspondantes) et de ses explications, dans l’article de demain.
Par alyane le Mardi 26 janvier 2010 à 9:41
Un nouvel article, et un nouveau sujet toujours aussi intéressant, bien documenté.
Un plaisir à lire!
Par maud96 le Mardi 26 janvier 2010 à 13:19
La dernière phrase "ils inventent les liens qui n'existent pas réellement !" me remplit d'étonnement...
Il y a dans cet article, me semble-t-il, 2 niveaux, le premier, reprenant en partie la théorie de Freud sur la symbolique des rêves... où il s'est peut-être fourvoyé en partie... mais c'est celle qui intéresse le plus le rêveur qui "se souvient" de ses rêves (pas mon cas : je ne me souviens de rien du tout... ou si rarement !).
Le 2ème niveau, neurophysiologique, moins discutable, qui "analyse" le déroulement probable des mécanismes physiologiques, mais qui déçoit le rêveur parce que cette analyse ne lui "explique" rien du contenu des rêves.
Je reviens à ma première phrase : il me semble que si des liens se mettent à exister dans cette situation sauvage et non "censurée", ils ne peuvent être inventés, mais doivent avoir une certaine causalité... Dépendante sans doute de la culture (Jung ?) ou de préoccupations ou besoins immédiats... L'entredeux entre conscience et "inconscient" doit avoir des modes de fonctionnement pas uniquement "aléatoires"...
Par jazz le Mardi 26 janvier 2010 à 15:11
bonjour Jean-pierre
sympa cet aritcle
il est bon de rêver en son chemin de nuit, en son chemin de vie
parfois de tendres nocturnes rêves innachevés nous laissent un vide sans fin,ou d'autres terminés avant l'éveil matinal nous laissent des souvenirs et y'a aussi tant de rêves à réaliser en d' humains chemins.
A+ d' Emmanuel
 

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