Mardi 2 février 2010 à 8:39

Eveil, sommeil, rêves

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     La question difficile à laquelle je vais essayer de répondre aujourd’hui est la suivante :

    “ La notion de "bassin attracteur" que je découvre pour la 2de fois dans les articles sur les rêves ici implique des regroupements de synergies "non-conscientes", entre groupes de neurones et zones cérébrales. Il y a donc comme une aimantation, spécifique à chacun, du mode dont l'interprétation du rêve, au réveil, se constitue... Au moins, c'est ainsi que j'interprète ton texte. Tout n'est pas seulement "aléatoire", en fonction des entrechocs de sensations ou d'événements au moment du réveil. “

    Maud me pose toujours des questions intéressantes, (et cela me plaît), mais ce n’est pas toujours facile de répondre simplement, car elles sont souvent proches de la limite de nos connaissances relativement sures. 
    Je vais essayer de répondre à la question : "qu'est ce qui est aléatoire et spécifique de la personne dans le rêve ?"sans utiliser la terminologie des chercheurs et celle de bassin attracteur et il faut que je retourne aux aspects de mémoire.

    Dans notre mémoire nous avons de très nombreux groupes de neurones qui correspondent à des notions élémentaires acquises, la plupart du temps liées au langage, et qui sont si je puis m’exprimer ainsi “multitâches”.
    Par exemple les couleurs : un groupe de neurones associe le nom de la couleur et sa nuance, à la sensation procurée par les neurones de la vision qui  définissent cette couleur en interprétant le mélange en proportions définies d’influx nerveux rouge, vert, bleu des cônes de la rétine.
    Les formes élémentaires ou plus compliquées dont nous avons dans l’hémisphère droit, une représentation spatiale.
    Des objets courants pour lesquels des groupes de neurones sont de façon privilégiée associés par des connexions plus fortes et qui  vont nous permettre de connaître le nom de l’objet, son image approximative, son usage et divers détails qui se rapportent à cet objet.
    Chose remarquable, le positionnement dans le cerveau des centres mémoriels correspondant à des objets, assez confus chez le jeune enfant (cela correspond à des images et des souvenirs de préhension), se réorganise entièrement lorsque l’enfant a appris à parler. Les notions d’animaux sont toutes situées à coté les unes des autres, celles des outils également, bref une classification par nature, sans doute pour permettre des recherches plus facile dans notre mémoire.
    Des notions abstraites comme la lecture ou l’écriture, c’est à dire l’action de lire ou d’écrire.
    Tout cela est donc très structuré et les connexions entre groupes de neurones (ce sont les “bassins attracteurs”) qui se font inconsciemment ne sont pas aléatoires .
    Je suppose que vous voyez une personne qui prend des notes  sur un livre taille A5 dont la couverture est bleue.
    Aussitôt de façon inconsciente, (les neurologues diront analogique), notre cerveau va connecter ensemble, le visage de la personne, les notions abstraites de lecture et d’écriture, la forme, la taille du livre, la couleur bleue, le nom “livre”, le nom de l’outil “crayon à bille” sa forme, sa couleur.
    De plus notre mémoire associative va aller aussi chercher des informations sur cette personne son nom, le lien qui nous unit, où elle habite, son métier, bref diverses informations qui sont connectées sans que nous en ayons conscience et qui seront prêtes à être envoyées au cortex frontal s’il en avait besoin.
    Et le cerveau émotionnel va rajouter quelques “impressions sentimentales” concernant la personne, les émotions qu'elle nous procure.
    A cela le cortex frontal va ensuite mettre son “grain de sel logique et explicatif”  : “Falbala, que j'aime bien, étudie ce qui est écrit dans le livrebleu et note en marge avec un crayon à bille, des idées, des réflexions qui vont lui servir à la fac”.
    Et le cortex frontal met aussi un peu d’ordre dans les connexions en appelant certaines et en rectifiant la connexion s’il a l’impression que c’est une erreur.   

    Cela c’est ce qui se passe lors d’une sensation réelle quand nous sommes éveillés.
    Dans le sommeil, les connexions se feront de façon analogue, sauf celle au cortex frontal qui n’est pas en éveil, et d’autre part les connexions se feront moins rigoureusement et des erreurs seront plus fréquentes : le bruit de la porte qui grince sera confondu par les centres de mémoire auditive avec celui du miaulement et sera associé au mot et à l’image d’un chat. Et comme le cortex ne sera pas là pour orienter vers un chat donné, cela pourra être n’importe quel chat, y compris une peluche. (le cortex frontal n’est plus là pour dire : “une peluche ne miaule pas! “).

    Donc éveillé une rigueur certaine dans les associations de neurones, et endormi sans le contrôle du cortex frontal, une certaine part d’erreurs plus importante.   

    Que va faire le cerveau pendant le sommeil : il va évacuer des “souvenirs” et là encore pas n’importe lesquels.
    - Ceux correspondant aux sensations récentes et inutiles, ceux correspondant à nos réflexions avant de nous endormir, ... donc des notions reliées à notre vie et au temps, à notre mémoire chronologique (que les neurobiologistes appellent “épisodique”).
    - Ceux correspondant à des préoccupations lancinantes du moment  et ceux là ont tendance à être évoqués souvent et donc le cerveau va les écarter chaque fois qu’ils se présentent dans le sommeil
    - Des souvenirs traumatisants qui sont peu présents consciemment mais correspondent à des zones du cerveau  qui restent inconscientes et sont considérées comme nocifs. Le cerveau peut y accéder plus facilement pendant le sommeil car les inhibitions sont fortement diminuées et il va essayer de rendre moins nocives ces zones (enfin cela n’est qu’une hypothèse).
    Ce sont donc des souvenirs spécifiques du vécu de la personne qui rêve (y compris les histoires qu’elle a lues ou entendues au cinéma ou à la télé)

    Donc le cerveau va évoquer des souvenirs qui à l’origine sont donc cohérents et de ce fait leurs notions vont apparaîtrent dans les centres d’interprétation des perceptions, comme s’il s’agissait de perceptions réelles externes, alors que ce ne sont que des perceptions virtuelles de provenance interne.
    Mais au départ la cohérence est celle que j’ai décrite ci dessus, avec absence de contrôle du cortex frontal.
    On ne peut pas dire jusqu’à présent que ce soit aléatoire, et cela a une certaine cohérence en relation avec la personnalité de l’individu et ses préoccupations ou sa vie, son vécu.

    Mais là où cela se complique, c’est que le cerveau envoie en même temps des souvenirs différents et que ces sensations relatives à des souvenirs différents, se mélangent dans les centres d’interprétation des perception

    Quand nous nous réveillons et que le cortex frontal commence à refonctionner et à recevoir des perceptions du rêve, il reçoit donc un mélange aléatoire de rêves assez cohérents au départ quand ils étaient séparés, mais il s’agit alors d’un mélange assez incohérent, que les cortex frontal et préfrontal, prenant cela pour des sensations réelles, cherchent à interpréter, comme ils le peuvent et donc de façon forcément erronée et farfelue.
   
    On peut donc essayer d’interpréter des rêves qui au départ avaient une certaine cohérence propre à la personne, mais ils ont,  à l’arrivée, une incohérence notoire, due au mélange dans les centres de perception, et aux interprétations erronées du cortex.
    Cela dit ils peuvent nous renseigner cependant sur certaines pensées présentes dans l’inconscient de celui qui rêve et sur ses préoccupations.


Par alyane le Mardi 2 février 2010 à 8:56
Certains rêves paraissent dignes d'une suite interrompue d'événements qui s'enchainent les uns après les autres. Un peu dans monde flou. D'autres qui sont très précis.
Par maud96 le Mardi 2 février 2010 à 13:15
Je "m'excuse" d'avoir posé une question "gênante", mais je trouve la réponse très honnête de ta part, en ce qu'elle rétablit la possibilité d'une "interprétation des rêves" (titre d'un ouvrage de Freud, je crois) et de "traces nocives" à partir d'événements traumatisants "marquant" notre souvenir.
Ceci dit, je suis bien d'accord que la possibilité de rendre moins nocifs ces souvenirs "enfoncés" par leur mise à jour et leur interprétation au niveau conscient, ce que prétendent certains psychothérapeutes, reste très longue (pour le plus grand bonheur des psychanalystes) et surtout hors de prix, réservée à un petit nombre souvent fortuné... avec un résultat aléatoire !
Par jazz le Vendredi 5 février 2010 à 17:22
coucou Jean-pierre
après quelques jours absents me revoici par ici, pour venir lire tes nouveaux articles, comme d'habitude trés interressant. te souhaitant un bon w end A+ d' Emmanuel
 

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