Lundi 23 mars 2015 à 7:59

Actualité

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    On nous bassine à la télévision depuis quelques jours avec la « plus grande marée du siècle » sous prétexte qu’elle a un « coefficient de 119, le plus fort étant de 120 et on nous dit qu’on ne voit cela qu’une fois par siècle.
    Cela me fait rire  et probablement cela amuse Bretons et marins, car on a rarement entendu proférer autant de bêtises, et par ailleurs cette publicité autour de cette marée me fait penser à celle autour de Halloween : il faut attirer les touristes et cela a d’ailleurs très bien marché, ce qui est un bienfait pour l’économie bretonne.
    Je pense d’ailleurs que les touristes ont vu de belles choses, dans la mesure où ils ne connaissaient pas la Bretagne, et où ils allaient en vacances en Méditerranée, où il n’y a pratiquement pas de marées.
    Mais ce n’est pas une raison pour nous prendre pour des imbéciles, mais je n’ai pas trouvé un seul journaliste qui ait tant soit peu vérifié ce qu’on lui demandait de dire et qui ait un peu cherché à comprendre à quoi correspondait ces coefficients.

    D’abord, ce coefficient de marée très fort, est ce aussi extraordinaire.
Il peut varier théoriquement entre 20 pour les marées les plus faibles et 120 pour les plus fortes. Les fortes valeurs sont elles fréquentes ?
    C’est vrai que 118/119 comme aujourd’hui et demain sont rares, mais on voit souvent en mars et en septembre des coefficients voisins et même en août, comme le montre le tableau suivant :

2010

mardi 2 mars 2010

coefficients 116 / 115

 

jeudi 12 août

coefficients 112 / 111

 

vendredi 10 septembre

coefficients 116 / 114

2011

dimanche 20 février

coefficients 115 / 115

 

lundi 21 mars

coefficients 118 / 117

 

jeudi 29 septembre

coefficients 115 / 113

2012

Samedi 10 mars 2012 -

coefficients 112 / 112

 

Dimanche 08 avril 2012 

coefficients 114 / 113 

2013

jeudi 22 août 2013

coefficients 108 / 109 

2014

Dimanche 02 mars 2014 

coefficients 114 / 115 

 

Mardi 12 août 2014 - 

coefficients 112 / 113 

 

Mercredi 10 septembre 2014 

coefficients 115 / 115 

2015

Samedi 21 mars 2015 

coefficients 118 / 119 


      Alors le problème posé est de savoir si ce que l’on voit quande le coefficient est de 119 est très différent de ce qu’e l’on voit quand il est de 117.  Pour cela il faut comprendre ce qu’est ce coefficient et aucun journaliste n’a cherché à le faire.
    Ces coefficients ne sont valables qu’en France et que sur la côte atlantique et la Manche, et ils ne sont qu’approximatifs.
    Ils reposent sur l’hypothèse que les marées existant à Brest sont approximativement représentatives de celles de toute cette côte. Egalement sur le fait qu’il existe une hauteur moyenne des mers, autour de laquelle oscillent les hauteurs de marées et qui peut servir de référence, au moins pendant un certain temps (la hauteur des mers s’élève lentement avec le changement climatique). On l’appelle « niveau moyen Nm ». Elle résulte d’une part de calculs astronomiques et d’autre part d’observations.
Elle permet de définir une valeur zéro de référence pour la hauteur de la mer en un point donné.
    Par ailleurs, on appelle « marnage » M, la différence entre la hauteur à chaque marée, entre la hauteur de la Haute mer Hm et la basse mer Hm.
            M = Hm  -  Hb
Le service Hydrographique (SHOM) a ensuite pendant des années relevé les caractéristiques des marées et les données suivantes à Brest  :
        - la hauteur moyenne des mers est à Brest de 4,13 mètres.
        - le marnage le plus haut constaté aux équinoxes est de 7,32 mètres.
        - le marnage le plus bas constaté est de 1,22 mètres.
        - le marnage moyen à l’équinoxe, (c’est la moyenne des plus hauts marnages), est de 6,10 mètres. On appelle « U » : unité de hauteur propre à la localité de Brest la moitié de cette différence soit 3,05 m.
    Chaque localité en bord de mer a une unité de hauteur qui lui est propre et qui dépend de la configuration de la côte, qui freine ou augmente la marée.
    Les lieux de plus grande unité de hauteur U sont Dieppe (4,5 m), Saint Malo (5,98 m) et Grandville (6,35 m) et donc des marnages moyens d’équinoxe doubles.
    Par définition le coefficient C pour une date donnée, est le rapport entre la différence de hauteur entre la marée haute du jour Hm et la hauteur moyenne Nm, par rapport à l’unité de valeur propre à la localité où l’on se trouve :
                          Hm - Nm
                C = —————- X 100
                               U
    En fait un jour donné, si Hm et Hb sont les hauteur de haute et basse mers,
Hm - Nm = Hm - (Hm + Hb)/2 = (Hm - Hb)/2, c’est à dire le demi marnage.
    Donc pour un jour donné, en multipliant haut et bas la fraction par 2 :
                   
                            hauteur du marnage du jour
                   C = —————————————————————- X 100
                           hauteur du marnage moyen d’équinoxe du lieu

    La connaissance de C pour un jour donné permet de calculer la hauteur de marnage si on connait l’unité de hauteur du lieu, et la hauteur de la pleine mer Hm si on connaît la hauteur moyenne de la mer.
    Le SHOM a décidé d’attribuer la valeur 100 à la hauteur moyenne de la marée d’équinoxe et donc pour Brest 6,10 mètres
    Comme le maximum et le minimum des marnages à Brest sont de 7,32 et 1,22 mètres, le minimum de C est de 20 et le maximum de 120.
   
    Pour savoir si 119, bien que marée du siècle, est extraordinaire poar rapport à 117, que l’on voit souvent  on peut calculer pour Brest la différence de hauteur des pleines mers :     ∆Hm = ∆ (Nm + C/100.U) = (119-117)/100 X 3,05 = 0,02 X 3,05 mètres = 6 cm

    La différence de hauteur de marée haute à Brest entre des coefficients 117 et 119 est donc de 6 cm et à Granville, de 11 cm. C’est ridiculement faible.
    En fait une mer houleuse à cause du vent, à fortiori une tempête auront bien plus d’influence sur la hauteur de marée si le vent pousse l’eau à la côte et sur l’aspect spectaculaire - et la dangerosité - des vagues.

    Alors la « marée du siècle », c’était un coup de pub, pour attirer les touristes - même si c’était beau à voir, mais j’ai vu bien plus impressionnant en Bretagne par tempête lors des grandes marées de coefficient moindre.
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