Dimanche 15 mai 2011 à 8:37

Libertés et règles

    Je reviens aujourd'hui sur la mort de Ben Laden :
    Nous avons chacun une morale personnelle qui nous est propre; il existe des lois nationales et internationales qui condamnent certaines actions répréhensibles.
    Mais, en pratique, certaines situations amènent pourtant à s'interroger

    D’abord, un terroriste peut il garder sa conscience tranquille ?
    En simplifiant grandement, j’aurais tendance à les ranger dans cinq catégories :

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    - D’abord ceux, victimes un peu simplettes, qu’on a enrôlés en leur faisant croire que s’ils servaient de bombe humaine, ils auraient droit au paradis des musulmans et à des amours éternelles avec de nombreuses vierges.
    - A l’opposé il y a ceux qui sont de fanatiques convaincus qui croient au “djihad de l’épée”, qui intervient dans les conflits avec les non-musulmans, en particulier à l’appel des imams.
    Certains ont suffisamment de charisme pour entraîner les autres et sont persuadés être dans la lutte du bien (eux) contre le mal (les non-musulmans ou les conflits schiites-sunnites). Ils sont donc en paix avec leur conscience car ils sont “le bras de Dieu”.
    C’était sans doute le cas de Ben Laden.
    Certes ce sont des gens dangereux, qui commettent des crimes odieux contraires à nos lois et méritent d’être punis légalement, mais nous aurions tort de les juger au plan purement moral : ils sont sincères.
    Pensons à nos ancêtres des croisades et des guerres de religion.!
    - Certains groupes perpètrent des attentats pour déstabiliser le pouvoir en place, et leur motivation est alors purement politique : l’ambition du pouvoir.
Cela nous scandalise, mais ceux qui ont organisé la Saint Barthélémy ne cherchaient ils pas le pouvoir plutôt que la lutte contre la Réforme, ce qui était une excuse aux yeux des autres.
    - Il y a par ailleurs un certain nombre de groupes sans foi ni loi, qui profitent de la situation pour acquérir du pouvoir ou rançonner des otages. C’est une sorte de Mafia. Le sort destiné aux voleurs et assassins devrait leur être réservé.   
    - Enfin il y a la majorité des gens, souvent du peuple, auxquels on a insufflé la haine de l’adversaire, haine en partie justifiée par tous les morts des guerres au moyen Orient, (notamment menées par les américains), la propagande exagérant par ailleurs ces actions. Mais il faut reconnaître que, pour éviter des pertes parmi ses soldats, l’armée américaine a parfois tendance à “arroser le terrain” sans trop se préoccuper de ce qu’il y a sous ses projectiles.

    Il n'y a pas de pire violence que celle perpétrée par ceux qui sont persuadés de leur bon droit

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    Des raisons voisines de la haine de l'adversaire peuvent expliquer les manifestations de liesse américaine à l’annonce de la mort de Ben Laden.
    Certes je comprend qu’une personne qui a perdu un membre de sa famille le 11 septembre 2001, se réjouisse, car c’est pour elle l’action de la justice. A sa place j’en ferais autant.
    Par contre la joie générale populaire est plus choquante, mais s’explique par l’impact du 11 septembre : les américains considéraient qu’ils étaient le peuple n° 1 de la terre, à l’abri de toute attaque ou guerre et l’attentat contre les tours a été une désillusion  extrêmement vexante, accompagnée d’une certaine peur de la nouvelle insécurité.
    Ils en rendaient responsable Ben Laden et c’est donc pour eux une juste vengeance et une revanche. Ce n’est pas charitable, c’est un peu puéril, mais c’est humain : l’homme qui a défié les USA pendant 10 ans a été puni !

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    Examinons maintenant ce qu’est la “raison d’Etat”.
    Ne faut-il pas parfois admettre et même faire un mal, dans une conception utilitariste, pour éviter un mal plus grand ? Un meurtre pour éviter une guerre ? Une guerre pour éviter un génocide ? Une torture pour éviter un attentat ?
    À cela s'ajoute la difficulté de définir la moralité, comme je l’ai montré dans un précédent article, certaines actions et certains comportements n'entraînant pas de souffrance, comme l'homosexualité et l'avarice, ils sont pourtant souvent jugés immoraux, et donc rattachés au mal, par certains.
    Celui qui a donc la charge de prendre des décisions collectives à un certain niveau peut donc être amené à des cas de conscience difficiles, car il ne peut épargner ceux dont il a la responsabilité qu’en sacrifiant des personnes parmi celles qui lui sont opposées.
    C’est le cas de toute personne qui encadre une unité militaire au cours d’une guerre et qui cherche à minimiser les pertes parmi ses hommes.
    C’est le cas d’un policier qui laissera des malfrats se tuer entre eux, plutôt que de risquer la vie de ses policiers en intervenant.
    On peut donc être amené à faire accomplir des actes contraires à une partie de sa conscience ou à la loi locale ou internationale, pour éviter un dommage plus grand au sein de son propre camp.
    Examinons l’opération d’exécution de Ben Laden sous ce jour.
    L’Amérique estime qu’il est à l’origine des morts des tours, mais aussi indirectement des militaires en Irak et en Afghanistan. Il doit donc être puni de ses crimes. Et son action menace toujours, non seulement les USA, mais le monde entier. Il est donc encore plus dangereux qu'un grand bandit, ennemi public numéro un, sur lequel les polices n'hésitent pas à tirer.
    Jamais les Pakistanais ne l’auraient arrêté (ils savaient sûrement où il se trouvait). Le commando en terre étrangère apparaît donc justifié aux yeux des responsables américains.
    Le ramener vivant pour lui faire un procès international susciterait pendant des mois la haine, les représailles et risque de coûter des vies humaines. Il vaut donc mieux qu’il soit mort et par ailleurs, sauf si l’Arabie, son pays d’origine avait voulu reprendre son corps (et elle a refusé), aucun pays ne l’aurait accueilli et l’enterrer aux USA aurait été perçu comme une provocation.
    N’oublions pas qu’aujourd’hui encore, il y a des nazis qui regrettent qu’il n’y ait pas une tombe d’Hitler pour perpétuer son souvenir !
    Quant à la publication de sa photo, qu’aurait elle apporté de plus  (si ce n’est au voyeurs) et elle risquait d’exciter encore plus les adversaires des USA.
    Lors de la décision de monter l’opération contre Ben Laden, certainement, à coté des raisons de justice, d’autres, moins avouables se sont ajoutées, comme la vengeance, l’effacement de l’affront du 11 septembre ou même des motifs électoraux. Mais une fois la décision prise, la principale motivation a été de limiter les risques encourus à court et moyen terme.
    Par contre je trouve que certaines explications erronées auraient pu être évitées : la hâte est toujours dangereuse en matière de communication.

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Dans ces articles, je n’ai pas voulu chercher des excuses ou minimiser les torts ni de Ben Laden, ni des Américains. J’ai simplement examiné les faits et circonstances, et j’ai voulu vous montrer qu’il fallait se garder de juger les gens, car nous le faisons alors à partir de nos propres valeurs et nous ne savons pas ce que nous aurions fait, à leur place.
    Nous ne pouvons juger objectivement, sur le moment que par rapport aux lois, et à moyen terme, en fonction des résultats obtenus, mais malheureusement on ne peut jamais savoir ce qui se serait passé si les décisions prises avaient été différentes.
Par MissPa le Dimanche 15 mai 2011 à 11:04
Ça me rappelle un proverbe que j'avais lu dans un bouquin "Quand le char est passé, beaucoup vous diront par où il ne fallait pas passer!".
Être spectateur et acteur n'est pas pareil, et avec du recul, on se dit toujours que ça aurait pu être mieux fait.
Par maud96 le Dimanche 15 mai 2011 à 12:45
Je trouve intéressantes toutes les comparaisons que tu fais avec les "terrorismes" (selon les uns)ou "actes de résistance" (selon les autres) qui ont été légion dans l'histoire humaine et de notre civilisation européenne. J'ai lu un peu l'histoire de la Résistance française en 1940-45 et la principale arme des "patriotes français" était alors le "terrorisme" allemand... les allemands répliquant le "contre-terrorisme" de l'exécution d'otages choisis sur liste ou au hasard. Oradour fut un village victime de ce "contre-terrorisme" aléatoire...
Par invisible.evidence le Dimanche 15 mai 2011 à 20:09
Merci pour ces différentes informations sur le terrorisme. Un sujet difficile à traiter et pourtant, j'ai apprécié cet article.

Je suis d'accord sur une chose : si je peux comprendre le soulagement des Américains devant la mort de l'ennemi public par excellence - puisqu'il est devenu, en reconnaissant son engagement dans les attentats du 11 septembre, la personne capable d'attaquer les Etats-Unis sur leur propre territoire - je n'arrive pas à me réjouir de la mort d'un homme. Je ne connaissais rien de lui, à part le mal qu'il a pu causer autour de lui par ses actions. Mais cet homme a d'abord été un enfant, il a reçu une bonne éducation, et les journalistes qui l'ont rencontré avant le 11 Septembre le reconnaissait pour son intelligence. Comment peut-on utiliser cela dans le but de semer le malheur à partout ? Si je respecte les religions, leur côte extrémiste me fait peur.
 

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