Jeudi 5 août 2010 à 8:44

Vivre sa vie


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    J’ai lu dans un magazine que la plupart des gens considéraient les personnes âgées comme vivant seules, plutôt renfermées et acariâtres, que 65% des étudiants en psychologie pensaient que ces personnes vivaient isolées du monde et que 64% des étudiants en médecine croyaient que les personnes de plus de 65 ans étaient davantage dépressives que les plus jeunes.

    Cela m’a étonné car les personnes d’un ceratin âge que je rencontre, me semblent pour la plupart actives et heureuses et bien insérées dans leur environnement , du moins si elles sont en bonne santé.
    J’ai donc recherché quelques statistiques et j’ai constaté qu’il y avait peu de dépressions chez les plus de 65 ans (beaucoup moins que chez les jeunes), que beaucoup avaient une vie active, bien remplie et qu’en moyenne elles s’estimaient plus heureuses que des adultes plus jeunes.
    J’avoue que ces erreurs psychologiques m’ont étonné et il faudra que je recherche dans les magazines s’ils y a d’autres erreurs analogues.

    Certain(e)s de mes correspondant(e)s me parlent aussi de la mort et me demandent si j’y pense souvent et si je l’appréhende.
    Pourquoi penser à la mort alors qu’il y a tellement de choses à faire dans sa vie.
    J’avoue que je n’ai guère le temps d’y penser et pourtant je sais que j’ai peu de chances d’avoir encore beaucoup plus de dix ans à vivre. Mais alors autant en profiter et faire le maximum de choses intéressantes et utiles.
    Pourquoi penser à “sa” mort puisqu’après on ne sera plus là pour la regretter. Ce sont ceux qui restent qui pleureront, pas moi !
    La seule chose, je ne tiens pas à savoir quand cela aura lieu et je préfèrerais ne pas trop souffrir. Mourir en dormant et ne pas se réveiller un matin, voilà l’idéal.
    C’est déjà bien assez pénible en voyant mourir ceux qui vous sont proches pour ne pas de se compliquer la vie en pensant à sa propre mort. Cela ne changera rien à votre mort et cela empoisonnera votre vioe; Alors ! On a mieux à faire en imaginant comment on va vivre et en faisant en sorte que cela se réalise.

    Une de mes correspondante m’a demandé si je connaissais la théorie sur la mort de la psychiatre Elisabeth Kübler Ross.
    J’avoue que je l’igorais et j’ai donc été me renseigner dans mes livres et revues.
    Cette psychiatre d'origine suisse a postulé dans les années 1960 que les personnes qui vont mourir passent inéluctablement par cinq stades psychologiques : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'accep- tation. Selon elle, quand on se sent sur le point de mourir, on commence par le nier. Puis vient la colère quand on réalise que c'est la réalité. Ensuite, on formule des vœux - on marchande - pour retarder l'heure de la mort. Puis vient la tristesse quand on ne peut plus refuser l'évidence. Il faut alors accepter son sort avec sérénité.
    Cette théorie a eu du succès au point qu’elle a été enseignée dans les écoles de médecine américaines..
    Pourtant, la théorie d'E. Kübler-Ross ne repose sur aucun fondement scientifique. Diverses études ont montré que tous les mourants ne passent pas par ces différents stades, ou que les stades peuvent être inversés. Par ailleurs, d'après le psychologue George Bonanno, de l'Université Columbia, et ses collègues, un grand nombre de personnes ne sont pas déprimées après la perte d'un être cher, même s'il s'agit du conjoint ou d'un membre de la famille.
    Les stades d'E. Kübler-Ross sont séduisants parce qu’ils donnent l'impression que la mort, qui est un événement inéluctable que nous ne contrôlons pas, est prédictible et l’idée que l'expérience de la mort puisse être résumée en une série de stades bien définis rassure. Mais c'est oublier que le cheminement vers la mort, comme la vie elle- même, diffère d'un individu à l'autre.
    Mais il est déjà assez difficile de s’occuper de vivre ce que l’on veut et de parvenir à ce que l’on souhaite, alors pourquoi se préoccuper de sa mort sur laquelle on a pratiquement pas d’action.?

    En faisant ces recherches documentaires, j'ai trouvé un article sur une étude de Paul Maciejewski de l'université du Connecticut sur la successions des états psychologiques d'une personne qui vient de subir un deuil. D'après cette équipe, elle passerait par des états successifs qui ressemblent fort aux précédents, d'abord incrédulité et incompréhension, déni de la mort, puis phase de mélancolie, nostalgie et chgrin, puis un sentiment de colère et d'injustice, une période de dépession et d'appathie et enfin l'acceptation.
    D'autres équipes ont fait des études analogues, et il apparaît là aussi que chaque cas est particulier et que si ces étapes existent, elles ne sont pas toujours vécues dans cet ordre et par ailleurs ne sont pas forcément toutes vécues.
    La mort ne se laisse pas mettre en schémas.

Par monochrome.dream le Jeudi 5 août 2010 à 11:19
Je trouve cet article très précieux et très important. Moi aussi j'ai tendance à me représenter la vieillesse comme un temple de solitude et d'ennui. Vieux cliché dont j'ignore la provenance. Il y a peut-être là-derrière le phantasme de la fin de vie des vieilles machines, usées, qui rouillent seules sans plus être d'aucune utilité.

On retrouve cette angoisse du corps vieillissant dans la littérature, aussi : rien que dans les livres de Gary que je lis en ce moment, elle est présent comme une hantise, ça se sent (et c'est encore plus évident dans La vie devant soi, et j'en profite pour te répondre que oui, je l'ai lu, mais pas trois fois ; cela dit, j'ai une petite préférence pour la face Gary de l'auteur : Europa m'a sub-ju-guée !).

Pour en revenir à ton article, j'ai pensé à autre chose en le lisant : Les Thanathonautes, titre d'un livre de Bernard Werber. Plus jeune, cet auteur a su me fasciner parce que quoi qu'il écrive, il semblait s'arracher du point de vue limité de l'humain pour bondir dans des mondes radicalement inaccessibles (je me rends compte maintenant qu'en fait, il va taper contre les parois frontalières de l'imagination et du néant sans jamais rien quitter de sa condition humaine, de son petit oeil d'humanité ; ce dont il pense se libérer, il le traduit à l'extrême limite de soi-même, le déforme, mais le rend par là-même d'autant plus évident). Dans Les Thanathonautes, il emmène son héros à la conquête de la mort. Une expérience est organisée pour visiter la mort, de plus en plus loin, et en revenir. Et là aussi, comme dans la théorie de E. Kübler Ross (je ne savais pas qu'elle était arbitraire!), la mort est organisée en paliers, mais cette fois les paliers sont constitutifs de la mort, ils ne la précèdent plus ni ne l'annoncent, ils en font partie intégrante, ils sont elle, et elle est faite chemin vers autre chose que l'inertie. Ce genre de fiction est travaillée de l'intérieur, là encore, par une angoisse indirectement liée à la mort, mais profondément solidaire de la vieillesse et de la mort approchante.

Bref. Je pense que la préoccupation est assez humaine. Mais tu as raison sur ce point : on ne peut malgré tout pas vivre en appréhendant constamment.
Je trouve assez adorable qu'aucun philosophe ne se soit longuement penché sur la mort ; on trouve des millions de pages sur le bonheur, sur la liberté, si le désir, etc, mais sur la mort, si peu ! C'est que quelque part, il fallait bien pousser la réflexion dans le sens de la vie.

(je ne me relis pas, on m'appelle)
Par maud96 le Jeudi 5 août 2010 à 23:13
Bien d'accord avec toi : trop de choses à faire, ou de richesses à explorer, ou de livres à lire, pour penser à ce qu'il y a derrière la dernière issue, et le meilleur moyen de ne pas trop y penser, c'est de s'occuper... ce en quoi tu nous donnes un bel exemple !
Par Mathias le Samedi 7 août 2010 à 23:56
C'est étrange ce détachement que vous avez sur la mort.

Personnellement je ne pense pas à la mienne, je m'en fiche un peu. Comme vous dites, quand ce sera fait, il n'y aura plus de moi. Alors qu'importe. Le plus difficile n'est pas la mort, c'est la souffrance, le mal, etc.
Je ne suis jamais allé à un enterrement, et j'espère ne jamais y aller. Je sais que ce voeu ne sera pas exaucé, mais bref.
La mort des autres, j'en ai très peur.

Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Je ne comprends pas cette vie que l'on mène. Est ce que vous feriez exactement les mêmes choses si "vous saviez qu'un jour vous aller mourir" ?

Est ce que l'on ne vit pas comme si on se croyait invincible..
 

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